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Info:
L'amour est avant tout un combat dans lequel le sang ne coule pas et où, pourtant, tous les coeurs explosent.

[RP] Reste belle et tais toi.

Shawie
-Montmirail en ligne de mire-



La seule personne qu'elle s'autorisait à détester autant qu'elle pouvait "l'aimer" à sa manière. La seule personne sur qui, elle pouvait compter dans les pires situations, jamais de remontrances, jamais de jugement.


Citation:
On se retrouve vers Vendôme d'ici quelques jours.
Teo n'est plus avec moi.
Tournoi de Genève avec la troupe.
Viens.




Pendant toute l'après midi, le vent filtra des noires forets, proclamant que l'hivers avait glissé du pôle sur le monde, et du côté de la rivière, elle pouvait entendre la glace nouvelle gémir à petit bruit. C'était une journée triste, une journée, une journée d'agitation grise et de mécontentement. La bise légère semblait déplorer en une douce et tendre élégie la perte d'un être plein de gaieté. Mais dans les pâturages alentours, les grands chevaux de labour frappaient du pied d'un air inquiet, et, à travers tout le pays, de petits oiseaux bruns -par ban,de de quatre ou cinq- voletaient d'arbre en arbre en pépiant, à la recherche de recrues pour leur migration vers le sud. Les gamins entamaient depuis peu des batailles de boule de neige tandis que les parents priaient le Très Haut, s'assurant un hiver point trop mortel.

Oui l'hiver était bien là.

Depuis lundi soir, elle avait pris la tangente. Oh, elle ne savait plus vraiment où elle se trouvait sentimentalement alors qu'avant, toussa ne se posait jamais puis qu'elle ne se préoccupait jamais des autres. Chinon sans se retourner, Tours contournait, Vendôme derrière elle. Jamais elle ne c'était arrêtée de marcher, de galoper ou de verser quelques pièces pour se caler dans une charrette. Satyne se devait d'être là aussi. L'Espagnole avait entendu que Teo était devenu le chef d'armée. Sacré poivrot, c'était un comble pour lui de se retrouver à la tête de responsabilité.

Son souffle laissait paraître de l'hiver, ses lèvres étaient légèrement bleues et la faim se faisait sentir. Il était hors de question de regagner un chemin "touristique" et finalement se faire subir ça, la soulageait. La logique aurait voulu qu'elle regagne le Berry ou pire encore, qu'elle passe dans le camps opposé comme il avait été convenu. La seule chose qu'elle voulait c'était de faire ce qu'elle faisait de mieux. Re-goûter au plaisir de tendre la main et de prendre ce qu'elle voulait.

"Ton image s’évapore dans le lointain, ce n’est pas grave, je reviendrai demain, cette fois je serai brave, je te regarderai et je te sourirai, je te tendrai la main pour t’emporter ailleurs, et je prendrai ton cœur comme tu as pris le mien." Elle secoua la tête en y repensant. Sa seule halte qu'elle fit, se fut pour une fournisseur. Le fameux champignon un champignon rouge à tache blanche qui était réduit en poudre dont lui avait parlé Azz. Il fut ingéré sans attendre.

Cette guerre n'était pas la sienne.

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Satyne
Au matin le froid avait gelé les fourrures jusque sous la tente, et quand elle tendit la main elle ne rencontra que du vide. L'esprit encore embrumé couplé à une terreur sourde, Ophélie se réveilla soudain, manquant de faire choir le reste du monde. Son coeur cognait jusque dans ses cotes et soudain il n'y avait plus de soleil. L'étrange appréhension d'être seule dans les royaumes. C'était donc arrivé. Et ce doute devenu crainte devenu réalité la balaya en une seconde. Le tour du campement lui donna raison, et se fut les mains tremblantes qu'elle envoya son courrier désespéré, l'esprit tout de même étrangement lucide. Car c'était toujours vers "elle" qu'elle se tournait. Son âme au bout des doigts. Une appartenance tacite. Qui d'autre pouvait comprendre ?

Un goût de cendre dans la bouche, la brune, mécanique, fourrait déjà son barda dans sa besace. Avancée. Avancée au risque de ne plus pouvoir bouger. Avancée pour ne rien voir de ce qu'elle laissait. La pelisse qui couvrait la paillasse lui demanda plus d'effort, et alors qu'elle finissait son court ménage la toile de la tente s'ouvrit.

"C'est ainsi que tu respires."

Il est des mauvais rêves qui rongent. Et des phrases qui essuient toutes les peines. De celles qui lient et rassurent. Et ce jour là il les a répété, comme un serment qui n'appartient qu'à eux. Qu'importe si le temps les fait mentir. Qu'importe, puisque ce n'est pas encore arrivé. Elle avait juste besoin de l'entendre. De sentir cette main chaude dans la sienne. De lover son corps contre le sien. Et de les faire perdurer. Précieux qu'il est, après des années de tempête. Le départ n'est pas pour aujourd'hui. Ils restent ensemble.

Elle se fait protectrice.
Surtout amoureuse.
Et elle écrit encore.


Citation:
Je ne peux pas arriver de suite.
Et si je viens je ne serai pas seule.
Je t'expliquerai.
Prends soin de toi.
Cela semble inutile à écrire. Mais tout de même.
Et je te porte en moi comme tous les rêves du monde.*
S.




*"Et je porte en moi tous les rêves du monde"
Fernando Pessoa

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Pherea
- Rase campagne, entre nulle part et la guerre -

    La seule abstraction qu’elle s’autorise à détester autant qu’elle peut « l’aimer » à sa manière. La seule entité sur qui, elle pouvait compter dans les pires situations, jamais de remontrance, jamais de jugement. La solitude. Et avec elle une missive, également.


Citation:
Chevalier,

On doit à chaque fois écrire comme si l'on écrivait pour la première et la dernière fois. Dire autant de choses que si l'on faisait ses adieux, et les dire aussi bien que si l'on faisait ses débuts.

Bon c'est l'heure où les souvenirs se ramènent, juste quand le sommeil se met en grève. Le blues en profite pour s'installer, quelques verres de vin blanc pour exciter le manque.
Et voila que je me repasse les souvenirs sur un air de romance.
Je revois les débuts et je connais la fin.

Je voulais m'excuser, cela me paraître dérisoire maintenant que tout est brisé entre nous mais je me suis dis que cela pourrait faire du bien. Du moins à toi. Oui, toi Phé qui, depuis tout le temps était présente, m'a apporté bien plus que ce que tu ne peux imaginer. Il aurait été peut être utile que je t'en parle de vive voix mais vois tu, je ne sais pas faire. Alors voila, tu devras te contenter d'une plume sur un parchemin. Je crois sincèrement que tu as été un coup de cœur. Outre l'idée que tu as : que je souhaite seulement ce que je ne possède pas. Je ne rêvais que d'une chose qui était à porté de main et pourtant, je t'ai repoussé. Maintenant, c'est toi qui me repousse. Juste retour des choses.

Tu es un coup de cœur pour en pas dire un coup de foudre. Tu me demanderas donc pourquoi je suis partie avec Sam. La peur et la simplicité. La lâcheté et l'incapacité à m'engager pour de bon. Sam a un grand cœur et toutes les qualités qu'on peut rechercher. Mais elle n'est pas toi.

L'autre fois, je me trouvais dans une église, et le religieux se trouvait là. Je ne disais pourtant rien, il est venu s'installer près de moi, une main sur ma jambe. Il m'a dit quelque chose de si vrai.

"Il est tellement important de laisser certaines choses disparaître. De s’en défaire, de s’en libérer. Il faut comprendre que personne ne joue avec des cartes truquées. Parfois on gagne, parfois on perd. N’attendez pas que l’on vous rende quelque chose, n’attendez pas que l’on comprenne votre amour. Vous devez clore des cycles, non par fierté, par orgueil ou par incapacité, mais simplement parce que ce qui précède n’a plus sa place dans votre vie. Faites le ménage, secouez la poussière, fermez la porte. Cessez d’être ce que vous étiez et devenez ce que vous êtes."

J'eu presque envie de rajouter un "amen".

Tu n'auras plus à te soucier de moi.
Tu n'auras plus à prendre ton masque.
Tu n'auras plus à m'éviter.
Tu n'auras plus à te poser de question.

Oui, nous n'étions pas ensemble, loin de là -par ma faute- mais considère cela comme une "délivrance" ? Comme quelque chose qui te permettra d'avancer et à moi de faire le deuil de cet amour.

Tu auras toujours cette place dans mon cœur comme personne ne l'a jamais eu. Je te vois déjà sourire de fierté à cette phrase.

Je t'embrasse.
Prends soin de toi mon Chevalier.

S.


Une journée passe sur le campement, aussi morne que ce qu’elle semble être plus au nord. Une journée de silence, d’entre deux eaux, sur le fil d’un avoir, d’un paraitre, d’un sera, au futur incertain d’une campagne incertaine. Foutue guerre, aussi absurdement ébauchée que les contours de l’hiver inlassable et, avec lui, son lot d’irrémédiables : les enfants dans la neige, les parents aux agenouilloirs, les oiseaux en partance. Mais tout ça a déjà été écrit. Ajoutons néanmoins les regrets et les bleus installés depuis longtemps maintenant, aux réminiscences de jours plus simples, de jours heureux. Au-delà de la tente de la Chevalier, le campement royaliste est calme en cette journée de redéploiement stratégique. Phèdre s’affaire sans plus se préoccuper de la lettre qu’elle a trouvée au matin, énième rebondissement dans les feux de l’amour auxquels elle ne veut pourtant plus jouer. Elle trouve néanmoins Samsa dans la soirée, pour lui demander des nouvelles de leur amie commune, comprenant qu’elle a reçu missive elle aussi sans que son contenu soit pour autant révélé.


C’est le lendemain matin, lorsqu’elle trouve la couche de sa sœur toujours vide que la Lieutenante décide de faire remonter le manquement à qui de droit. Et d’aller trouver Saku et Cocma pour leur signifier la désertion, dévoilant la lettre reçue sur injonction de la Grande Amazone et comprenant enfin l’ampleur du message caché. Sha est partie. Et Sha doit réintégrer son poste sous deux jours si elle ne veut pas être virée manu militari de l’Ordre de la Dame Blanche. Ce que Sha veut, nul ne le sait, mais Phèdre a la certitude que ça ne peut finir ainsi. Alors elle décide de retrouver l’hispanique et de la ramener, de gré ou de force, face à ses responsabilités, dans le délai imparti. Midi a sonné lorsque la Chevalier finit son bagage. C’est lorsqu’elle sort de sa tente et rejoint sa monture qu’elle se heurte à un imprévu, ce n’est pas seule qu’elle partira à la traque à la Blanche.

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Samsa
    "Quand tu t'en vas,
    Je compte les pas que tu fais.
    Est-ce que tu réalises
    A quel point j'ai besoin de toi en ce moment ?"*


Il y avait chez Samsa cette étonnante capacité à ne jamais réagir comme on l'attendait vraiment. Son tempérament impulsif sinon colérique aurait dû lui faire péter les plombs à la lecture de la lettre de Shawie, son côté dépressif aurait dû la plonger dans les plus noires abysses mais elle n'avait pas réagi. Comme une esclave à qui l'on aurait donné un coup de fouet, elle n'avait pas gémit, elle n'avait pas grogné, elle ne s'était pas arrêté; elle avait continué d'avancer.
Entre entretien d'équipement et entrainement, elle avait tenté de ne pas penser sans oublier. Au soir, elle avait fait acte de présence pour le moral des troupes dont elle n'était pourtant pas encore capitaine sans rien montrer de ses tracas, de cette armure interne complètement cabossée et en ruines qui grinçait toute seule. Elle avait vu Pherea et n'avait qu'à peine chercher à comprendre ce qui se passait. Elle ne l'avait pas frappé, elle ne s'était pas emportée, elle ne s'était pas plainte et avait gardé presque jalousement pour elle des mots douloureux et en lesquels elle ne croyait pourtant pas parce qu'elle n'avait pas besoin de pitié, surtout pas de la part de la Blanche. Elle n'avait pas besoin de jubilation de la part de celle qui, aux yeux de Samsa, ne la respectait pas plus que Shawie, pas besoin de sa curiosité qu'elle aurait qualifié de malsaine, pas besoin de plus d'hypocrisie qu'elle n'en subissait déjà de la part de tous. Cerbère avait regardé d'un oeil fatigué mais pacifique la Blanche finir par se lever et s'en aller sans plus de réaction qu'un profond regret.

Elle regrettait d'être si seule.
Si fatiguée.
Si abandonnée par son propre courage impétueux.

Samsa n'avait pas été dupe, elle ne l'avait jamais été, surtout pas depuis cette journée où Shawie lui avait tout avoué. Elle n'avait plus pensé, depuis ce jour, qu'elle fut véritablement aimée -l'avait-elle seulement été ?- et, comme un objet qu'on place où il arrange, elle se sentait ballotée par des sentiments qui n'étaient pas les siens, qui semblaient être à tous sauf à elle. Sans broncher, elle avait encaissé le coup, elle avait encaissé ceux qui avaient suivi, elle s'était mise au sol par amour, dévotion et fidélité pour servir de pont à Shawie, espérant lui faire retrouver un chemin quelconque. Le fait est que Shawie était passée sur elle, qu'elle n'avait pas retrouvé de chemin et que Samsa était restée le nez dans la boue. Une fois de plus, on avait piétiné ses efforts en n'en tirant rien et en continuant simplement la route de la vie, la laissant avec un arrière-goût amer de sensation d'avoir été utilisée, quand bien même personne n'avait rien demandé, ou presque, car se cacher de l'arrangement fourni par la Bordelaise aurait été bien vil. La Prime Secrétaire Royale ne s'était pas rebellée, considérant que Shawie était libre de ses choix; sans doute aussi avait-elle eu peur de la perdre.
Assise par terre, jouant des doigts sur la lettre, elle ne comprenait pas pourquoi elle l'avait perdu quand même, perdu depuis cet aveu, perdu avant même; l'avait-elle jamais trouvée ? Dans cette armée pleine d'hommes et de femmes que Samsa regardait passer à longueur de journée, elle n'avait personne à qui se confier, aucune épaule sur laquelle prendre appui, aucune main à prendre pour se relever, aucune âme qui lui redonnerait un souffle d'air, et aucun de ses amis présents ne le pouvaient d'ailleurs car eux aussi, elle les avait tous un peu perdus sans comprendre comment ces fossés avaient pu se creuser alors qu'elle s'acharnait tant à ne pas les laisser naître.

Samsa leur en voulait, à ces gens qu'elle aidait, qu'elle soutenait, qu'elle aimait et qui n'étaient pas capable de simplement l'écouter, lui demander comment elle allait autrement qu'au détour d'une tente mouillée, qui se moquaient bien de la réponse même, n'ayant retenu de la Cerbère typée canine que le côté protecteur et bienveillant, fort pour eux, mais si faible et seul quand ils n'étaient plus là pour ne serait-ce qu'y donner un sens. Mais tout cela leur importait peu tant que, quand ils appelaient, Samsa rappliquait; ses souffrances, ses incompréhensions, ses inquiétudes, qui s'en préoccupait puisque quand elle était là, c'était pour aider et non pour enfoncer ? Elle leur en voulait d'avoir oublié qu'elle était vivante, qu'elle existait vis à vis d'elle aussi et qu'elle n'était pas surhumaine mais bien leur semblable. Elle en voulait au monde entier d'être si ingrat envers la puissance des efforts qu'elle déployait alors qu'elle ne demandait rien qu'une présence, rien qu'une oreille et qu'un sourire, rien qu'une petite considération pour elle et même pas pour ses faits. Elle en voulait à Pherea non pas d'exister mais d'être là et ne pas respecter les choses en place comme Samsa l'aurait fait. Elle en voulait à Shawie de lui avoir menti, d'avoir menti à tout le monde, de se mentir aussi. Elle s'en voulait à elle-même d'avoir ce courage silencieux, celui qu'on ne voit pas, pas plus qu'on ne le considère.

Partir ou rester ?
Lui courir après ou la laisser aller ?
Tenter ou abandonner ?

La nuit n'avait pas porté conseil, et comment aurait-elle pu ? Samsa avait froid, son coeur était froid dans cette guerre si ardente et derrière son regard si enflammé aux charges. Elle aurait voulu simplement s'allonger et dormir, laisser le monde tourner sans elle le temps d'un hiver, cesser de se battre pour la machine rouillée qu'il était et qui semblait avoir une volonté farouche de ne pas fonctionner correctement. Elle aurait voulu disparaître et ne plus exister qu'au regard d'elle-même, elle aurait voulu ne plus être préoccupée de ceux qui restaient présents en son coeur; elle aurait voulu, simplement, abandonner. Elle aurait voulu savoir comment faire car Cerbère ne savait pas abandonner. Elle savait lâcher, mais pas abandonner.

-"Debout. Debout.
-Laisse-moi Sub... J'suis fatiguée...
-Relève-toi.
-Tu n'comprends pas...
-Tu es Cerbère, Prime Secrétaire Royale et combattante émérite. Tu dois te relever.
-Tu n'as pas vécu ce que j'ai vécu, tu ne t'es pas tu comme je me suis tue, tu ne sais pas la force et le courage que ça m'a demandé...
-Et maintenant, tu n'en as plus ?
-Et maintenant, je n'en ai plus... Je n'ai plus envie, je n'en ai plus la force...
-Tu te trompes et tu le sais.
-J'ai plus envie de faire des efforts...
-Il reste en toi ce fond de volonté et d'envie.
-Qu'il y reste alors... Laisse-moi tranquille...
-Alors tu vas te laisser marcher dessus comme ça ? Tu vas t'écraser de la sorte ? Tu vas rester là sans rien dire ? C'est ça ?
-Tu sais que c'est plus compliqué que ça...
-Non, ça ne l'est pas. On s'est jouée de toi, on t'a manqué du respect le plus basique, on t'a trompé; tu avais confiance.
-Et tu veux que je fasse quoi ? Que je dégaine l'épée et que je tue tout le monde ?
-Que tu te lèves et que tu marches. Rassemble ce qu'il reste de toi bon Dieu, et marche. Étouffe-toi dans l'effort, crache autant que tu voudras, brûle de l'intérieur à chaque pas mais avance; tu ferais pareil pour n'importe quelle bataille alors pourquoi pas celle-ci ?
-Parce que je ne combats pas d'ennemis.
-Tu n'as pas besoin d'ennemi pour te battre. Debout.
"

Comme si la cotte de maille représentait le fardeau sur les robustes épaules bordelaises, Samsa mit un temps à se relever et rejoignit Guerroyant après un passage à sa tente où elle abandonna simplement la lettre de Shawie. Tout ceci n'avait ni sens ni valeur. Elle prit le temps d'écrire une lettre prévenant Shawie de ce qui allait arriver en un passage digne d'elle, fort, courageux, impassible de toute faiblesse :


Citation:
Je suis un Cerbère de chasse qui passe son temps dehors, dans la boue et sous la pluie, à courir et à chercher, pas un Cerbère de grand-mère communément appelé "caniche" ou "bichon" roulé en boule sur un fauteuil de cuir rembourré au coin d'un bon feu de cheminée. Sache-le, c'est tout.


Avec l'aide de Melwinn, la Cerbère se mit en selle et mena le destrier bai au pas vers la sortie du campement. Une fois encore, elle sacrifiait ce qu'elle aimait, une bataille contre des angevins, pour quelqu'un qu'elle aimait. Une fois encore, elle sacrifiait la seule chose qui avait du sens pour elle dans sa vie au profit d'une personne pour qui elle ne semblait rien n'être de plus qu'une facilité sensible et donc abandonnée par acquis de conscience. Samsa passa dans le quartier de tentes des Blanches bien malgré elle parce que la route à prendre était dans cette direction et qu'elle n'avait pas de temps à perdre avec des considérations futiles; elle était sur ses deux jambes moralement parlant, même si peu assurées, et elle était bien déterminée à sortir de ce quartier victorieuse ou vaincue. L'issue n'avait pas d'importance, elle n'en avait plus, la Cerbère avait simplement le besoin d'avoir un statut, fiable et vrai celui-ci, et celui qui couvrirait ses épaules à son retour lui importait peu tant il serait préférable au néant actuel.

Fut-elle surprise de trouver Pherea sur le départ ? Sans doute. Peut-être. Pas vraiment. Ceci non plus n'avait plus d'importance quand bien même Samsa essayait d'en donner pour ne pas simplement faire un doigt d'honneur au monde entier et retourner dans sa tente lustrer du métal et graisser des articulations. La Prime Secrétaire Royale s'arrêta à hauteur de Pherea et baissa la tête vers elle. Son visage à la majorité de traits figés était fidèle à lui-même, appuyé des autres qui demeuraient impassibles, et si la Chevalier espérait trouver quoique ce soit dans le regard sombre et enfoncé de la Cerbère, c'était, pour une fois, peine perdue tant il était frontal. Tenter de le percer serait revenu à attaquer de la pierre à la petite cuillère et il n'y aurait rien eu, littéralement, à trouver derrière de toute façon. Cerbère redressa la tête sans un mot après plusieurs secondes immobile et pressa les flancs du solide bai pour lui faire reprendre son pas. Parfois, il n'y avait aucune autre défense possible que le silence, aucun autre moyen de survie que lui, rien de plus explicite que lui, rien d'autre possible que lui; Samsa venait de le comprendre et elle comptait le tenir encore.

C'est pourtant à l'entrée du campement, quelques bons mètres plus loin, que le couple combattant s'arrêta et attendit sans que la cavalière ne se retourne.



* = paroles traduites de Avril Lavigne - When you're gone

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Marvailh
- Rase campagne, entre nulle part et la guerre, à quelques mètres -

    Les nouvelles ne vont pas vite parmi les Blanches. Enfin, techniquement, si. Mais pas pour Marvailh. Son manque de volonté de s'intéresser aux autres lui fait souvent passer les informations par-dessus tête. Ce n'est pas sa faute. Pendant des années, elle a été seule, sans famille, et comptant ses amis sur les doigts de la main d'un lépreux. C'est pour cette raison que depuis son arrivée chez les Blanches, elle a fait beaucoup de progrès pour essayer de se sociabiliser, du moins de son point de vue. Elle ne récite plus de prières de protection en voyant les cheveux roux, signe évident de sorcellerie, de la Capitaine Cocma, et contrôle bien mieux sa nervosité en présence du démon qui possède la pauvre Margaux et l'a rendue albinos.
    Elle sourit en se rendant compte qu'elle a même réussi à se souvenir de leurs noms sans hésitation.
    Mais cette nouvelle-là, Marvailh ne pouvait pas la rater. Une Blanche qui fugue. Et pas n'importe quelle Blanche. Shawie. A part qu'elle a un caractère aussi fort que le sien, Marvailh ne sait rien d'elle. Mais, après réflexion, elle sait que si elle la connaissait mieux, elle la détesterait probablement. C'est donc mieux qu'elle reste dans l'ignorance, pour maintenir leur relation de soeurs entre soeurs. Le mot "brigande" est déjà venu à ses oreilles pour la décrire, mais elle ne veut pas croire ces ragots. Un Ordre de chevalerie, avec tout ce que cela implique, n'accepterait pas des êtres qui ont le crime dans le sang, ça n'aurait pas de sens. C'est trop prendre le risque, pour les recruteuses, de recevoir des "je te l'avais bien dit" dès que l'instinct de bête sauvage desdits êtres se réveillerait. Non, Shawie doit forcément cacher quelque chose d'autre.
    D'autres rumeurs, propagées par les paysans vivant près de Montvicq, suggèrent une relation charnelle entre Shawie et l'Historienne, mais là non plus, elle ne veut pas le croire. Le Très-Haut ne permettrait pas cela, pas dans un Ordre Royal. Démêler le vrai du faux n'a jamais été son fort, mais là, il est évident que tout est faux. Elle reste donc dans le flou, et se contentera de ce que Pherea, source sûre, elle au moins, voudra bien lui révéler.
    Si ça ne tenait qu'à elle, elle retrouverait la nigaude et la ramènerait fissa à Montvicq, ficelée et bâillonnée, en croupe sur sa selle, en la nourrissant de pain sec et d'eau seulement si elle est sage. Mais Pherea n'est pas comme ça. Son coeur est bien trop tendre. Elle l'a vue, la dernière fois, promettre une place chez les Blanches à une brigande qui les a toutes insultées une par une. Marvailh n'a rien contre la miséricorde, mais il y a des créatures corrompues qu'on ne peut sauver que par l'épée, Pherea devrait le savoir. Malgré tout, cette fois, elle est déterminée à n'intervenir que sur son ordre. Pherea voudra parlementer, marchander, voire supplier. Il faudra faire avec, ainsi l'a-t-elle décidé.
    C'est donc ce matin-là qu'elle se prépare, tranquillement, préparant son attirail avec soin, bouchonnant Galahad comme s'il allait participer à un concours de beauté.
    Quand finalement, Pherea se montre, elle se lève et lui barre la route.


    - Tu croyais pas qu't'allais partir toute seule, hein, marraine ? Non, non, j'sais c'que tu vas dire, promis, j'lui f'rai pas d'mal. Les cicatrices, ça s'gagne au combat, pas contre une soeur. Bon, une p'tite baffe si elle cherche la fhalbh *, au pire. Mais t'auras b'soin d'moi pour la r'trouver. Tu l'sais, hein ? J'te l'ai dit, j'suis un limier. On part pas chasser chans chon sien. Sans son chien. Ouh, c'tait pas évident. 'Fin t'as compris, quoi. J'pars avec toi. C'est comme ça.

    Pour souligner ses dires, elle grimpe sur sa monture, et l'attend.

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Gaélique d'Ecosse :
* Fhalbh : merde.

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Apprentie de l'Ordre Royal de la Dame Blanche à l'Ecu Vert
Manon.cieran
- Rase campagne -

Manon s'occupait comme elle le pouvait sur le campement. La nuit avait été courte et les rêves de l'adolescente étaient plus que perturbés en ce moment. La crainte de mourir l'habitait depuis quelques jours, la peur de ne pas être à la hauteur et de décevoir tout le monde, Saku son chevalier référent et sa marraine, les Blanches, ses soeurs, sa mère et surtout son père qui du ciel la voyait peut-être. Ne pas être à la hauteur de son ordre et de ses parents étaient sa hantise. Cela l'oppressait et la terrorisait en même temps. Alors pour vaincre ce manque de confiance récurrent chez elle, Manon s'occupait. La dragée avait commencé par faire le ménage au campement, si tant est que l'on pouvait faire le ménage sur un campement. Elle s'était occupée ensuite de sa monture, avait nettoyé ses sabots, brossé son crin et avait tressé la queue et la crinière de l'animal. La jeune fille s'était enfin chargée de lustrer son armure. Tout y était passé, du casque au plastron en passant par les cuissards. Elle n'avait rien oublié de cette boite de conserve qui, vu qu'elle n'y était pas encore bien habituée, la faisait marcher comme un cow-boy. Et en plus, elle n'était même pas rose. Tristesse pour la blondinette qui ne jurait que par le rose. Mais elle avait tapé Tonton afin qu'il remédie à cela rapidement. Puis, elle avait tressé sa propre chevelure. Seule coquetterie qu'elle pouvait se permettre si près du champ de bataille, le ruban rose qui liait la natte.

Ses petites occupations avaient duré jusqu'au midi. Elle était en train de grignoter un peu de pain et de jambon assise sur une bûche, les jambes étendues devant un feu dont les flammes lui léchaient les pieds, lorsqu'elle vit Phe quitter le campement. Piquée au vif et curieuse comme une pie, la blondinette se décida à la suivre. Elle attrapa la bride de Calliopée, qui par chance était scellée, et suivit l'historienne aussi discrètement que possible, du moins avec un cheval dont les fers claquent sur le sol. Puis, Marvailh se joignit au Chevalier. La curiosité de l'Amnell Junior n'en fut que plus titillée. Alors n'écoutant que sa curiosité, Manon enfourcha Cali et s'élança derrière les deux Blanches. Une fois à leur hauteur, elle s'adressa à ses deux soeurs en ces termes et le plus innocemment du monde.


    - Hé les filles, attendez-moi ! Où allez-vous ?

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Pherea
- Rase campagne, entre nulle part et la guerre, un peu plus près du nulle part –


D’abord, une sœur Blanche sur son chemin.
Et pas n’importe laquelle. Marvailh, sa propre filleule. Et tandis qu’un NON ferme se forme derrière les lèvres de la Chevalier, l’insistance et la ténacité de la Chasseuse ont raison de la situation et emporte avec elles l’égoïsme de la Grise et son besoin maladif de vouloir gérer seule le cas Shawie. Seule, elle ne l’est pourtant plus depuis son aveu au Conseil. Dépassée par ses propres règles du jeu et un serment tombé du ciel pour de bien mauvaises raisons, la D’Isle d’Avalon a regagné le droit chemin en demandant audience à ses sœurs pour avouer le secret trop longtemps gardé des agissements malsains de leur désormais Apprentie. Ainsi, c’est avec les membres du Conseil des Blanches que la fée partage désormais la gestion au jour le jour du dossier Shawie.

Dans ce nouvel épisode, Marvailh, n’a pas grand-chose à voir. D’ailleurs, à bien y réfléchir, si la brune savait le quart de ce qu’il est vraiment, il est fort à parier qu’elle ne prendrait pas la peine de partir à la traque à la déserteuse. Il est parfois préférable de ne pas tout savoir ou de garder silence, il est vrai. A-t-elle deviné le trouble de sa marraine pour vouloir s’imposer ainsi tout en gardant la mesure qu’elle annonce ? Toujours est-il que la fée lui en sera reconnaissante, un jour, plus tard. Mais pour l’heure, elle cache son soulagement et l’immense fierté de vivre encore l’émoi de la solidarité et de la fraternité des Dames Blanches en lâchant un soupire et en balançant sa tête dans une approbation contenue.

Et puis, une autre Blanche, quoi qu’un peu plus rosée.
La Chevalier a bien senti la présence bien peu discrète de leur sœur dans leur dos. Mais elle a fait comme ci elle ne voyait rien, n’entendait rien, parce qu’elle ne veut pas se laisser aller à un semblant de sourire satisfait qui ternirait quelque peu la détermination dans sa grave mission. Alors, elle se contente d’un regard lourd de sens à l’attention de sa filleule pour que celle-ci prenne le relais dans les explications à fournir lorsque l’inévitable question est posée. Le départ de Shawie, la nécessité de la retrouver, les interrogations idiotes à éviter. La Chevalier délègue la transmission d’informations le temps d’héler un garçon d’écurie qu’elle connait pour le côtoyer aux occasions de la rencontre des Sépulcres qu’il sert et des Dames Blanches. Elle lui confie un message qu’il aura tôt fait de porter à la Grande Amazone et à la Capitaine, précisant la coalition se joignant à la mission initialement solitaire de la Chevalier. Un déserteur, c’est largement suffisant pour un OR, inutile de faire penser que celles parties à sa recherche en sont aussi.

Enfin, la croupe d’un cheval rehaussée d’un Cerbère muet.
Avant toutes ces Blanches, avant de rejoindre ce cheval monté d’une cuirasse épaisse, il est un passage qui ne serait resté dans aucune mémoire, en tout cas pas dans celle de la Fée, s’il n’avait pas été cette suite. Ce passage, cet instant, est un regard, celui d’une Prime Secrétaire Royale, combattante émérite, cheffe d’armée de cette guerre royale aux allures de fin de l’Histoire, sur une Chevalier de mérite, combattante raisonnée, Dame Blanche flouée dans une stratégie qui n’a rien de chevaleresque. Le regard est si neutre, si impassible, qu’il n’a ni la teneur de la froidure de la haine ni celle de l’étincelle de la jalousie, il est si noir et si blanc à la fois, si profond mais si absent aussi… Ce regard est indescriptible s’il ne tient pas à la présentation mainte et mainte fois faite des orbites enfoncées cerclant les iris noisette. Un regard qui n’est suivi de rien sur l’instant, ni dans la bouche de Samsa, ni dans l’esprit de Pherea, rien de rien, jusqu’à ce que la Blanche prenne conscience des agissements de la PSR.

La retrouver là, à la sortie du campement, se joignant involontairement à la troupe Blanche formée sur le tard, chevauchant aux cotés de celle qu’elle pense responsable de son malheur alors que celle là même à la rancœur d’un abandon sylvestre… Elles ont toutes les raisons du monde de se détester ces deux là et pourtant, pourtant elles sont unies par une femme qu’elles ont aimée et au-delà, par un profond respect qui ne trouvera pas plus d’explication que le regard au commencement de ce paragraphe. Pherea stoppe sa monture à hauteur de Guerroyant et pose ses yeux gris sur Samy en osant un très léger sourire à son encontre, puis, se tournant vers sa troupe, elle définit les règles :


Deux jours.
Pas de sang.
Pas de plainte.
Pas de question.
On la retrouve et on la ramène.
En route.


On a connu discours plus engageant que celui-ci mais il semble suffisant puisque toutes prennent le galop à la suite de Pherea, laissant un front en instance dans leurs dos, s’ouvrant à un horizon bien plus flou encore face à elles. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit, soit quelques trop courtes heures après leur départ, que les femmes s’arrêtent dans un village dont il n’est pas utile de retenir le nom. En vraies militaires aguerries, les filles se répartissent les lieux pour trouver à qui mieux mieux : des informations sur Shawie et sa possible destination, de quoi se sustenter, où passer la nuit. Ce n’est qu’une fois la troupe réunit autour d’un godet de vin chaud que les langues et les cœurs se délient et se laissent aller à quelques échanges.


Mais qu’est ce qui lui est passé par la tête…
Sam, que t’a-t-elle écrit ? Y aurait-il un indice sur ses intentions ? Un message caché ? Un lieu évoqué ?
Marv, as-tu bien eu la confirmation des miliciens qu'elle a traversé la ville il y a deux jours ?
Et toi Manon, as-tu apprit quelque chose ?
Où va-t-elle bordel, mais où va-t-elle ?

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Marvailh
    Ne rien demander, ne rien penser de travers. Ainsi a-t-elle décidé de se conduire. Deux jours, finalement, ce n'est pas beaucoup. Elle les gardera pour elle, mais elle a tant de questions : que se passe-t-il vraiment entre Shawie et Pherea ? Pourquoi tant de gravité sur les visages ? Une traque n'est-elle pas censé allumer un feu de joie dans le coeur ? Et qui deamhan * est cette femme qui les accompagne ? "Sam", ça ne lui évoque rien du tout. Il faudra vraiment qu'elle se renseigne mieux sur les fréquentations des Blanches et les gens importants du Royaume...
    Elle est allée voir, sur les ordres de Pherea, la milice. Mais quand il a fallu décrire Shawie, elle a demandé une jeune femme brune aux yeux verts. La milice l'a regardée avec un air suspicieux, et a répondu "ben c'est vous, m'dame, 'fieu". La croque-mort a soupiré, et a repris ses explications avec plus de détails, mettant la raclée à donner à ceux qui la comparent à une déserteuse sur la liste de ses choses à faire. Une jeune brune balafrée et tatouée, avec un accent tellement espagnol qu'on y sent des relents de ragoût de figues, ça ne devrait pas passer inaperçu dans un bled perdu dans la prairie comme celui-là. Sûr qu'il n'est même pas sur les cartes. Est-ce que ces gens payent leurs impôts, au moins ? Mais là n'est pas son souci. Elle a, au bout d'un moment, toutes les données suffisantes, mais elles ne lui plaisent guère. Elle rentre d'un pas rapide à la taverne, et s'assoit avec ses compagnes. A la question de Pherea, elle répond :


    - Ouais, elle est bien passée par ici y'a deux jours, et elle partait vers l'nord. C'qui veut dire qu'elle a deux jours d'avance sur nous. Et j'aime pas ça. La mission prendra p'têt' plus de temps qu'prévu. La seule chose qui m'rassure, c'est qu'elle sait pas qu'on la cherche. On la rattrap'ra pendant qu'elle flân'ra que'que part. Elle sait pas qu'on la cherche, pas vrai ?

    Sa dernière question s'adresse surtout à Pherea et à "Sam". S'il y a bien une chose qu'elle sait, c'est que ces deux-là ont clairement des choses à cacher. Si par leur faute, Shawie sait qu'elle est pourchassée, la traque pourrait bien durer des semaines.

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Gaélique d'Ecosse :
* Deamhan : diable.

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Apprentie de l'Ordre Royal de la Dame Blanche à l'Ecu Vert
Shawie
A peine furent ils descendu dans l'estomac, qu'elle se sentit partir et planer. Elle savait qu'en forte quantité cela pouvait être fatal mais c'était justement ça le plaisir. De longs nuages en écharpe, venus du sud, avaient envahi le ciel. La lune pâle y plongeait puis en émergeait l'instant d'après, de sorte qu'elle marchait tantôt dans l'ombre tantôt dans la lumière. Elle avançait tête haute et craintive de chaque bruit qu'elle pouvait entendre, persuadée qu'elle n'était pas seule. Si seulement elle arrivait à choper Satyne sur la route sans se stopper, ça irait encore plus vite. Si elle la voyait, tout serait finis de ces conneries d'ordre et d'honneur.

Un parchemin est sortit pour tenir informé son avancée. D'une main tremblante, elle tenta de lâcher quelque écrit mais en vain. C'est un bout de parchemin immonde, dégueulant de tache qui fut envoyé.



Oh oui oui, c'est magnifique, oui, oui, il y a des taches, c'est tout barré, j'ai tellement raturé que j'ai transpercé le parchemin. C'est immonde, on dirait que j'ai lavé par terre avec, mais c'est fait !


Le souci avec les drogues, c'est que parfois, elle se retrouve à causer seule alors qu'elle est persuadée de causer à quelqu'un. Les discours sont des plus honnêtes mais faudrait encore qu'elle se rende compte qu'elle passerait pour folle à l'instant même où on la prendrait comme ça.


Tu devrais essayer de te dire que la réalité vaut mieux que le rêve. Tu as beau te persuader qu’il vaut mieux ne pas rêver du tout. Les plus solides, les déterminés s’accrochent à leurs rêves. Il arrive aussi que tu te retrouve en face d’un rêve tout neuf que t'avais jamais envisagé. Un jour tu te réveille, et contre toute attente, l’espoir renaît, et avec un peu de chance tu te rendras compte, en affrontant les événements, en affrontant la vie, que le véritable rêve, c’est d’être encore capable de rêver.

Tu parles d'une connerie.

Trop souvent, ce que tu désire le plus au monde, est justement ce que tu ne peut pas avoir. Le désir, il te brisera le cœur, il va t'anéantir. Ta vie est un enfer ! C’est dur de vouloir quelque chose que tu ne peux pas avoir, hein ? Mais ceux qui souffrent le plus, sont ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent.

Mais tais toi bordel.


A la fin de la journée, elle se retrouva épuisée. Le souffle venait de s'affoler d'un coup, comme un coup de pression. Elle fit une pause, les mains sur les genoux comme pour reprendre une respiration qui n'était jamais partie pourtant. De longue minute de panique s'en suit et elle se sentit vaciller et suer sans aucune raison apparente. Putain de merde, le champignon était peut être fort que prévu.
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Samsa
    "Et dans cette lumière pure, j'ai vu
    Dix mille personnes, peut-être plus;
    Des personnes qui discutaient sans se parler,
    Des personnes qui entendaient sans écouter,
    Des personnes qui écrivaient des chansons,
    Qu'aucune voix jamais ne partagea.
    Mais personne n'osait
    Troubler le son du silence."*


Elle avait prévu de partir seule pour aller retrouver Shawie, non forcément dans le but de la ramener à tout prix, trop respectueuse de sa nature et de son bonheur pour cela, mais bien plus pour lui parler, l'écouter simplement. Peut-être lui donner une gifle aussi, cela dépendrait de si elle craquait ou pas, chose probable étant donné les efforts surhumains qu'elle faisait pour contenir ce qu'elle ressentait. Elle ne partirait donc pas seule, elle irait avec Pherea et quand bien même c'est elle qui l'attendait, elle ne pouvait se décrire ravie de ce fait. Tout avait si bien commencé avec Pherea... Tout aurait pu si bien continuer si elle avait gardé sa place. Cerbère avait montré les crocs, elle avait grondé plus d'une fois mais jamais la Blanche n'avait réussi à maintenir ses distances avec l'Espagnole aux yeux de la Prime Secrétaire Royale. Ce n'était pas faute de celle-ci d'avoir été explicite. Malgré tout, elle maintenait une forme d'amitié avec la Chevalier, du moins s'y efforçait-elle au prix d'un effort lui aussi important pour tâcher d'oublier certains reproches. La sagesse aurait fait comprendre à Samsa qu'elles auraient eu l'occasion de parler, de s'expliquer, de s'exprimer, mais la Cerbère n'avait rien prévu d'en faire et n'en ferait d'ailleurs rien. Contrairement à ce que l'on pouvait croire avec son côté particulièrement rentre-dedans, elle n'aimait pas les conflits avec les gens qu'elle côtoyait, qu'elle appréciait. Sans forcément les fuir, Samsa les encaissait en attendant que la tempête passe et, malheureusement, non seulement celle-ci ne passait pas, mais en plus elle empirait et Samsa exploserait plutôt que de se briser.

Elles ne seraient même pas deux mais quatre.

La Prime Secrétaire Royale observe les deux recrues qu'elle se souvient avoir vu au cours de diplomatie qu'elle avait donné en été. Elle pose sur elles le même regard qu'a eu Pherea, un regard teinté d'indifférence. Elle n'écoute d'ailleurs pas les consignes de la Blanche parce qu'elle s'en moque; elle, elle est libre de ses mouvements et seuls ses engagements et ses valeurs et principes ont le pouvoir de la forcer à faire quelque chose.
Les quatre cavalières s'engagent au galop sur le chemin mais Samsa chevauche à l'écart, tout devant ou tout derrière, en parallèle parfois. Halte est décidée dans un petit village pour faire le point et passer la nuit, peut-être. Les chevaux sont traités avec déférence, tout comme les femmes royalistes.
Pendant que Pherea est nerveuse, Cerbère est parfaitement calme. Elle n'est pas à la même table que les autres, elle s'est assise à celle juste à côté mais son choix exprime assez clairement la distance qu'elle instaure, celle qui signale qu'elle écoute et qu'elle suit mais ne veut pas de questions. Échec.


-Non pardi.

Elle a mis un léger temps à répondre, le temps de contracter ses mâchoires pour ne pas exploser de colère. Elle n'a pas regardé Pherea, occupée à rédiger des courriers à la chaîne. Que croyait la Blanche ? Que Shawie lui avait dit où elle allait ? Elle était partie et la suite de ses intentions semblait évidente; elle allait reprendre sa vie d'avant. Se murant encore dans un silence dur, Samsa tâchait de protéger ses comparses d'une colère qui pourrait s'avérer meurtrière si jamais elle filtrait à travers ces hauts remparts. Malgré elle, malgré le bien qu'une telle explosion pourrait lui faire, Cerbère gardait fidèlement sa vocation de protection.
La Prime Secrétaire Royale écouta d'une oreille le rapport de Marvailh pendant qu'elle remettait à un messager une lettre scellée et lui murmurait à voix basse des instructions. L'homme hocha la tête et Samsa lui donna quelques écus en ajoutant qu'il aurait le reste à destination. Pareillement, elle lui donna une seconde lettre où elle déposa la marque du sceau royal en bas de page, y gravant à la plume des dates pendant que la cire était encore chaude. Armé de la lettre et d'un sauf-conduit le déclarant messager royal le temps d'une mission bien datée, il s'en alla et Samsa revint aux trois Blanches.


-J'ai envoyé un message pour confirmer les dires pardi. On va aller au Nord té, la réponse nous parviendra à mi-chemin té, ça nous fera économiser du temps té.
On passera par les routes des messagers royaux pardi.


Il existait les grands axes qu'empruntaient les voyageurs, qui reliaient les villes une à une et que les brigands fréquentaient pareillement pour les bourses y circulant, et puis il existait ce qu'on appelait, au Secrétariat Royal, les routes des messagers royaux. Il s'agissait de chemins qui permettaient de traverser la France de toute part sans jamais croiser une ville, ceci afin d'éviter les interceptions en cas de guerre ou de siège. Entretenus au minimum afin de ne pas ébruiter trop le soupçon de leur existence et encore moins de leur position, ils permettaient aux cavaliers de galoper aisément et rapidement sur de longues distances et, sans les villes, de gagner ainsi un temps précieux, souvent salvateur.
La Prime Secrétaire Royale, à la liste de contacts longue comme deux fois son bras, rangea ses affaires dans la sacoche frappée à la fleur de lys d'or qui avait été accrochée à la croupe de Guerroyant, bagage indispensable dans chacun de ses déplacements, et reprit, sans relever la tête de son rangement :


-Elle ne sait pas qu'on la suit, nuance pardi.

Les dernières phrases de Samsa dans la lettre de Shawie laissaient entendre que Cerbère la chercherait, la surveillerait peut-être, mais pas qu'elle irait la chercher. Pareillement, elle n'avait ni dit quand, ni qu'elle le ferait vraiment. Sans doute même l'Espagnole n'avait-elle pas compris le sens de ce postscriptum tout court.
La sacoche de cuir fut solidement refermée et Samsa la déposa sur la table face à elle. Ses petits yeux sombres, abrités sous des arcades sourcilières marquées, fixèrent les autres femmes et Cerbère demanda, de but en blanc et sans diplomatie cette fois :


-Soit on part cette nuit, soit je vais me coucher té.

Façon très claire d'exprimer qu'il fallait se décider et que dans les deux cas, Samsa se lèverait de cette table pour aller ailleurs et continuer d'entretenir son silence, sa colère et sa solitude.
Pour aujourd'hui en tout cas, elle ne parlerait plus.



* = paroles traduites de Simon & Garfunkel - The sound of silence

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Manon.cieran
Manon ou l'art de débarquer comme un cheveu sur la soupe ! A l'intonation et face aux mots du chevalier, l'adolescente avait compris ce dans quoi elle s'était embarquée et cela n'augurait pas une balade à la campagne pour cueillir des fleurs. Cela dit, il fallait bien se douter qu'il n'était nullement question d'aller ramasser des marguerites à cette saison. Comme on le lui avait intimé, Manon n'ouvrit pas la bouche de tout le voyage... et cela avait été difficile. L'Amnell Junior était timide et perdait ses moyens très facilement dés lors qu'on la mettait mal à l'aise, pourtant et paradoxalement le silence la gênait et elle pouvait être une vraie pipelette à ses heures et lorsqu'elle se sentait en confiance. Alors voyager en se taisant était un supplice. Supplice qu'elle employa à essayer de comprendre pourquoi Shawie était partie. L'apprentie Blanche à l'accent ensoleillé n'était pas n'importe qui pour la dragée. Pourtant à leur rencontre, rien ne présageait de l'attachement que la blondinette porterait à la Brune. Shawie s'était moquée d'elle en la traitant de crapaud. En tout cas c'est comme cela que la jeune fille l'avait interprété. En réalité, l'Espagnole avait juste fait du "Shawie". Un peu plus tard, elle lui avait raconté que les "couilles" se trouvaient dans la gorge des hommes... Hum hum et la petite blonde l'avait naïvement cru... Jusqu'au jour où le plus simplement du monde, elle avait déclaré à son oncle avoir mal aux couilles pour dire qu'elle avait mal à la gorge. Autant dire qu'Andréa s'était moqué allègrement de l'Apprentie Blanche... Malgré tout cela, elle n'en avait jamais voulu à la Brune, bien au contraire. Elle avait ce petit côté un peu badass qui fascinait l'adolescente. Et puis, Manon considérait Shawie comme une genre de tante. Cette dernière avait très bien connu son père, ils avaient presque été élevés ensemble, alors forcément la blondinette - qui elle n'avait pas connu son papa -, lui vouait un profond attachement. De fait, Manon ne réussissait pas à comprendre ce qui l'avait poussée à partir comme cela du jour au lendemain et sans rien dire. Est-ce que tous ceux qu'elle aimait devaient disparaitre ou s'éloigner ? Bien sûr la blondinette se doutait que Shawie devait avoir ses raisons. A moins qu'elle n'ait été enlevée ? Et puis, il y avait son passé dont Manon avait vaguement entendu parler. Mais de tout cela, elle s'en fichait bien, pensant que tout le monde avait droit à une seconde chance. De toute façon, chacun avait ses raisons d'emprunter un chemin différent ou un sentier écharpé. Il n'empêche que galopant sur Calliopée en compagnie de ses soeurs et de Donà Samsa et alors que les paysages défilaient sous ses yeux, la dragée s'inquiétait pour la Brune.

Lorsque le groupe se sépara, Manon alla voir à la première taverne du village. Dans le bouge sombre qui faisait office de taverne municipale, l'adolescente vit un homme, bien gras, transpirant, qui essuyait des verres sales avec un chiffon plus sale encore. Les joues albâtres de la blondinette s'empourprèrent légèrement. Entrer dans ce trou à rat était un exploit pour elle et elle craignait au fond d'elle même d'être enlevée, tuée ou pis encore. Resserrant du bout des doigts sa cape de laine doublée de lapin, Manon s'adressa à lui en ces termes :


    - Lo bonjorn... Je cherche une amie à moi. Peut-être l'avez-vous vu. Elle fait à peu près cette taille, elle est brune et a un accent espagnol.


Manon montra la taille de l'espagnol par un signe de main. Et comme, il n'avait pas l'air de comprendre ce qu'était un accent espagnol, elle s'aventura même à imiter le parler de Shawie.

    - Elle met des "é" partout. Par exemple avec elle, "que veux-tu dire" devient "qué veux-tu dirrre". Parce qu'elle roule les "r" aussi. Ca vous parle mieux. Elle a aussi un riche vocabulaire fleuri. Non ?


Elle grimaça un peu en voyant la trogne du tavernier. Soit, il s'apprêtait à l'égorger avec un couteau invisible, soit il allait la sortir par la peau du derrière. Mais contre toute attente, il lui répondit et fut même prolixe en renseignements, enfin à son niveau...

    - Ouais, j'l'ai vu passer ta copine, ma jolie. Mais si t'veux en savoir plus, va falloir payer, s'tu vois c'que j'veux dire... La maison fait pas crédit.


Comme la blondinette n'avait aucune envie de boire ne serait-ce qu'un verre d'eau dans ce trou où il ne chopperait rien d'autre que la peste, elle délia la bourse de cuir qui se trouvait à sa taille et donna des écus au tenancier.

    - J'l'ai vu ta copine, elle causait pas beaucoup mais toute seule d'fois. Puis même qu'elle a joué aux cartes 'vec un groupe. J'crois qu'elle cherchait quelqu'un. Satyne ? un truc dans l'genre... Maint'nant tu dégages ou tu paies à nouveau.


Information bien imprimée dans la caboche, l'adolescente retrouva le restant du groupe dans une taverne beaucoup plus classieuse que la précédente. Assise autour de son verre de vin chaud - décidément depuis son escapade au Pacte d'Orphée, Mademoiselle buvait du vin -, Manon donna les indices qu'elle avait durement recueillis.

    - Elle a été vue dans un "établissement" de jeu. Paraît-il qu'elle cherchait Satyne. Mais je n'ai pas pu en savoir plus.

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Pherea
RP à quatre mains écrit avec JD Samsa.


– Taverne en rase campagne toujours, un peu plus loin, mais pas encore à destination –



Obnubilée par sa mission, la Chevalier ne prend pas la peine de mesurer l’ampleur de la tempête formée dans l’esprit canin. Mais comment au juste aurait-elle pu deviner ne serait-ce qu’une once du ressenti de la Cerbère ? Alors certes, avec un brin de recul, elle aurait pu deviner quelques indices : le coup du je chevauche à 18 pieds devant ou au contraire à 15 derrière, je m’assois pas à votre table, je prononce chaque mot comme s’il me coutait un litron de mon propre sang… Mais ce ne sera réellement qu'avec l’ultimatum de Sam que la Fée se rendra compte de tout cela. Pour l’heure, elle échange les informations récoltées au gré des enquêtes nocturnes, partage les avis, essaie d’établir un cheminement, une raison, une destination… Elle hoche négativement la tête à la question de Marvailh mais se voit vite coupée dans son élan par la Prime Secrétaire Royale aux abois. Quand le nom de Satyne est prononcé, la Fée garde pour elle toute sa rancœur mais trouve en un instant la réponse manquante à la désertion. Ainsi la lettre déposée ne dévoilait pas tous les tenants de l'histoire et l'élément principal trouve place en l'intrigue.

Satyne…
se contente-t-elle de répéter jusqu’à l’injonction de Sam.

S’ensuit alors une scène à deux, car la Blanche congédie ses sœurs sans grand ménagement :

Inutile de s'épuiser pour rien, d'autant plus si on emprunte les routes des messagers royaux... Mais attend Sam, il me faut te parler.
Marv, Manon, allez donc vous reposer, demain, on se lève avant le soleil.


Et sans même prendre le temps de vérifier si ses sœurs obéissent aveuglément, la Chevalier glisse à la table de Cerbère et fait signe au serveur.

Sam… Je sais que tu n’es pas Blanche et que mon autorité n’a pas lieu d’être sur toi. Mais il va m’être vraiment difficile de gérer ta mauvaise humeur en plus des filles là. Peux-tu poser ta sacoche et m'écouter s'il te plait ? Je pense que la boucle est assez propre…

La concernée retient un soupire. Elle fait tant d'efforts pour se contrôler, ne rien laisser s'échapper de son être... Pourquoi tant d'acharnement à ruiner ses efforts ? Elle n'a pas envie de parler, c'est dangereux, elle le sait, elle veut juste les protéger, et Pherea met un point d'honneur à ne pas comprendre la subtilité de ce silence.

Je ne crois pas être une gêne pardi. Pardon de ne pas raconter de blagues té, mais si ce n'est que ça pardi, je ferai des efforts pour trouver un truc marrant à dire dans la journée pardi.
Je ne t'en demande pas tant...
Mais comprend que nous ne sommes pas seules. Epargne les filles, elles n'ont rien à voir dans cette histoire.
Il n'y a pas d'histoire pardi.
Pas d'histoire ?


Assise face à la Blanche, les épaules ramassées, Cerbère lève ses yeux sombres vers Pherea qui n'attend qu'à se comporter en meneuse pensant au bien être du groupe et à la réussite de la mission. Le visage de la rousse est impassible mais son regard craque, trahit la colère et les reproches qui assaillent son être, sont un véritable ouragan parfaitement -encore- contenu. La réponse est nette et sans appel.

Non té.

Non ?

Les mâchoires bordelaises se serrent violemment jusqu'à faire ressortir les veines à ses tempes. Le corps trapu a des airs de prédateurs qui s'apprête à bondir tant il est replié comme, finalement, un animal blessé. Nulle réaction physique cependant, un simple constat qui siffle dans l'air, simple constat qui, elle l'espère, fera enfin comprendre à la Blanche que c'est dangereux :


Je suis en colère et j'ai mal pardi.

Pherea s'étonne un instant de la facilité avec laquelle elle a pu faire parler le Cerbère sur ses ressentis et n'entend aucunement l'avertissement implicite. Elle avale une gorgée de vin chaud pour retrouver le fil de ses dires et s'invente bonne copine qui remonte le moral :

Ce qu'il se passe entre vous ne me regarde pas. Mais je comprends qu'elle n'est pas partie avec ton accord... Je me doute de ta douleur, vous êtes ensembles depuis longtemps maintenant et elle a du briser la confiance que tu avais en elle. Surtout en ces temps troublés et toutes les responsabilités que tu dois assumer, ton engagement dans l'arm...
Non pardi, ça ne te regardait pas té, mais t'as pas cessé de t'en mêler té.


Plus Samsa l'écoute parler et moins elle supporte les paroles mielleuses qu'elle perçoit comme hypocrites de la part de la Chevalier. Au fur et à mesure du discours ayant pourtant bonne intention, les crocs de la Cerbère se sont dévoilés et la ligne finit par être franchie. Samsa l'interrompt et a un mouvement brusque et violent qui n'a que le temps de s'esquisser avant qu'elle le retienne avec tous les efforts du monde. Il ne faut pas craquer, ne pas succomber à la violence de ses émotions et garder le contrôle, être une parfaite Cerbère, continuer de l'être, envers et contre tout.

La Blanche se tait et observe son interlocutrice avant de laisser sa curiosité rompre le silence gênant qui semble vouloir s'installer :

De m'en mêler ?

L'incompréhension de la Fée est toute aussi grande que la colère est sourde chez la PSR.

Tu crois que j'ai pas vu comment tu lui tournais autour pardi ? Je sais ce qui se passe entre vous té. Qu'est-ce qui s'est passé pardi, t'as pas accepté qu'elle me choisisse et tu t'es sentie obliger de profiter de sa faiblesse pardi ?

Et à la Blanche de s'étouffer dans son godet avant de se reculer sur sa chaise en serrant de toutes ses forces l'objet en bois pour garder toute sa mesure. Elle se fait violence elle aussi pour garder son calme, rester compréhensive et recouvrer une voix douce lorsqu'il s'agit de désamorcer la bombe naissante.

Les choses sont claires entre Shawie et moi depuis qu'elle t'a choisi.
Elles ne le sont pas pardi, ou pas assez té, tu te voiles la face pardi. Shawie est perdue et c'est pour ça qu'elle est parti pardi.
Et moi je suis le dommage collatéral dont tout le monde se fou pardi.


Sha a toujours fuit, c'est pour ça qu'elle est partie ! Et si Manon dit juste, elle est partie retrouver Satyne, auquel cas, on se fait toutes les deux berner en beauté. Ô non pas parce qu'il existe un reste d'intimité entre Sha et moi, mais parce que je suis sa soeur et sa supérieure hiérarchique... Tu te trompes d'ennemi Samy.

Le regard de la Cerbère reste braqué sur Pherea, lourd de reproches et de colère qu'elle ne mérite pourtant qu'à un tiers. Shawie aussi est responsable et Samsa cherche également les siennes sans comprendre où le faux-pas fut réalisé. Toute la rancoeur accumulée à cause des gens, des événements, se trouve là, dans ce regard partiellement injuste que doit endurer la Blanche. Elle entend ses paroles mais n'écoute véritablement que les dernières qui lui rappellent celles que Sub, son subconscient, lui a soufflé pour la faire se relever, la faire avancer.

Je ne combats pas d'ennemis pardi.
Alors desserre les crocs.

L'injonction est servie comme une évidence, un ordre à respecter, nonobstant la hiérarchie inexistante entre elles.

Je dis que tu n'as pas gardé ta place té. C'est le reproche qui t'appartient pardi.
Pas gardé ma place ?


L'éclat de rire qui accompagne l'exclamation est sans joie, marquant le désaccord qui apparait à la Blanche tandis qu'elle se souvient des derniers mots de Shawie la quittant pour la Prime Secrétaire Royale.


Tu te fous de moi ??

Ca y est, c'en est trop pour Samsa. Elle savait que c'était une mauvaise idée d'ouvrir la boucle, de parler, d'essayer d'expliquer, de tenter, un peu, de s'exprimer. Après un vague instant de fixation du regard sombre sur la Blanche, Samsa prend appui sur la table et se lève. Au-delà des reproches, c'est le domaine de ses ressentis, la foule de ses émotions violentes et en désordre et personne n'a à les connaître, personne n'a à subir la tempête. Quand bien même la Bordelaise a de la rancoeur, elle a de l'amitié pour Pherea, un instinct protecteur et une conscience de ses explosions; aucune bombe n'a besoin d'exploser ce soir.

Phèdre se lève à la suite de la rousse et lui saisi le bras, agacée par ce reproche qui ne devrait être dans l'esprit de la Cerbère.


J'ai pas fini.
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Samsa
Suite du RP écrit à quatre mains avec JD Pherea

    "Tu vas juste rester là et me regarder brûler;
    Après tout ce n'est rien
    Parce que j’aime comme ça fait mal.
    Tu vas juste rester là et m’écouter pleurer;
    Après tout ce n'est rien
    Parce que j’adore comment tu mens;
    J’adore la façon dont tu mens."*



-Moi j'en ai fini pardi.

Pherea serre son étreinte sur sa prise malgré les regards des badeaux de la taverne et articule au travers de sa mâchoire serrée le rappel de la mission.

-On est là pour retrouver Shawie.
-Ai-je dit le contraire pardi ? J'aurais pu partir seule, je l'ai pas fait té. Toi non plus, n'te trompes pas d'adversaire té.
-Sha m'a trouvé pour fuir Satyne, elle t'a trouvé pour me fuir et maintenant elle nous fuit pour elle... L'adversaire, elle est toute trouvée.


La Prime Secrétaire Royale dégage brusquement son bras de l'étreinte impérieuse; trop longtemps que Pherea la tient, Cerbère n'apprécie guère mais elle a accepté. A présent, il est temps de mettre fin à cette discussion qui n'aurait jamais dû naître et Samsa s'y emploie avec un grain de colère dans la voix, un haussement ton léger mais perceptible, celui de la douleur.

-Je sais ce qu'elle ressent pour Satyne autant que pour toi. Et comme tu le dis si bien, elle nous fuit après t'avoir fui té. J'aurais trouvé flatteur qu'elle me fui pardi.
Tu ne vois donc pas la vérité té ? Pourquoi tu ne vois pas pardi ! Je ne compte pas té ! Je suis le refuge qu'on abandonne quand l'hiver qu'on a fui se rapproche pardi ! Je ne suis pas aimée, je suis UTILE pardi !
Maintenant laisse-moi pardi.

La prise de conscience pour la Blanche se fait par le grain de voix changeant. Elle ne voit plus Cerbère, elle devine Samy. Elle ne se heurte plus à la carapace, elle entrevoit le gouffre. La Fée perd pied et tente d'apaiser l'échange devenu bien trop lourd :

-Sam...

Un appel insuffisant pour celle qui a déjà tourné les talons, la gorge nouée et les poings serrés jusqu'à en trembler. Samsa cède rarement, elle ne craque qu'en des instants si peu nombreux qu'ils peuvent, depuis qu'elle est devenue Cerbère, se compter sur les doigts d'une main. Ce soir, elle y est proche et lutte encore pour résister, pour ne pas dévoiler les faiblesses qu'elle s'emploie tant à cacher, non pour elle mais pour les autres, pour garder cette image de confiance qui donne un sens à sa vie. Pherea ne la retiendra pas, pas cette fois, Samsa s'en va tomber ailleurs, à l'abri des regards.
Alors la noiraude n'a d'autre choix que de s'époumoner :


-SAM !

Avant de la rattraper à l'extérieur de la taverne, de lui couper la route et de se mettre à lui hurler dessus tout ce qu'elle ne réussi pas à lui dire !

-Es-tu stupide à ce point ?
Ressaisie toi bordel !
Alors oui t'as de la peine, les choses ne se sont pas passées comme tu l'aurais voulues, les jours ne sont pas roses... Mais cesse donc de t'apitoyer !


Et la Cerbère est bien obligée de s'arrêter, de respirer pour retrouver un semblant de tenue, de contrôle peut-être. Parfaitement à l'aise avec les changements d'émotions soudains, le calme vient reprendre possession des traits de son visage, peut-être même est-il possible d'y lire de la peur parce que Samsa sait que Pherea se rapproche d'un danger, son danger. Pourtant, dans les yeux bordelais, c'est de la douleur qui se lit.
Comme un rocher dans la tempête, la Prime Secrétaire Royale ferme les yeux et affronte les cris de la Blanche, d'autres reproches encore qui sont comme des poids pour elle et surtout, l'interdiction de s'apitoyer. Elle n'en a jamais le droit et c'est avec cette phrase que tout ce qu'elle garde, tout ce que chacun a mis dans le vase de son être, déborde. Le cerveau de Samsa en a trop, il brûle et retrouve des réflexes de survie développés trois ans auparavant, ceux du dédoublement, de la fuite; de la schizophrénie. Des voix naissent dans l'esprit de Samsa, elles crient et gémissent, se battent pour prendre le prochain contrôle qui s'annonce bientôt perdu si les choses continuent ainsi.


-Je t'aime bien Phe pardi. Je veux pas te faire mal té.
Alors ne... parle... pas... de ce que tu ne sais pas pardi...


C'est encore le ton de la voix, qui se fait maintenant supplique, qui retient la Chevalier et la fait changer de pied pour un nouveau pas de danse.

- Ce que je sais, c'est que Sha m'a quittée pour toi. Alors s'il y en a une qui doit en vouloir à l'autre ici, c'est bien moi.

L'aveu est bien moins terrible que tous les scénarios imaginés jusqu'alors par la Fée. Elle a tant haï cette femme pour avoir été le grain de sable dans l'engrenage, elle a gardé si longtemps cette rancune quand bien même, elle devait se rendre à l'évidence, Sam ne méritait pas cela. La vie est ce qu'elle est, les sentiments sont ce qu'ils sont et il n'existait pas toujours des responsables; que des victimes. La jalousie reste quoiqu'il en soit un affre douloureux, surtout pour l'Eunuque qui a trouvé refuge dans ses vœux après avoir été abandonnée sur l'autel. Elle aimait à croire qu'elle aurait pu retrouver l'espoir en l'amour et Samsa lui avait involontairement coupé l'herbe sous le pied.

- Et moi ce que je constate pardi, c'est que les sentiments qu'elle te porte l'ont perdu et que ceux qu'elle éprouve pour moi n'étaient pas assez forts pour empêcher ça pardi.

Mais la Chevalier ne peut entendre ses mots et secoue vivement la tête, un geste que Samsa ne voit pas immédiatement, les yeux clos, occupée à maintenir en sa tête le contrôle de toutes ces voix qui cherchent à la faire basculer. Son visage agité de tics nerveux par endroits s'apaise doucement et ses muscles se détendent jusqu'à permettre à ses paupières de se relever sur la Chevalier. La catastrophe fut évitée de peu, pour cette fois, alors, calmement, Samsa pose sa voix et s'exprime autant qu'elle explique.

-Faut pas que tu cries pardi. J'endure assez depuis trop de temps té, j'ai pas besoin que t'en rajoutes pardi. Parle si tu veux, dis tout ce que tu veux pardi, mais cries pas té.
-Pa... Pardon...
Tu as l'air épuisée Sam.


A la mort de Zyg, Samsa n'avait réussi à se sortir de ses cercles vicieux que grâce à son égo, cette fierté, cet orgueil qui la caractérisait aujourd'hui et qui la sauve encore cette fois. La Cerbère se redresse un peu, cherchant à retrouver cette image de femme forte et sans faiblesses, cette image protectrice qui met ses travers de côté pour ne pas inquiéter les autres. Honorable ? Mais stupide.

-Ca va pardi.
Tu sais té, je te tiens pas pour responsable de tout ça pardi.
J'essaie juste de comprendre té, d'assembler des morceaux de puzzle pardi, et je réussis toujours pas malgré le temps que j'y passe té.
-Y'a rien à comprendre, c'est Sha. Tu te fais du mal pour rien.
-Y'a forcément un truc pardi. Avant ça allait té, elle était là, et un jour elle ne l'était plus pardi.
-Sam, j'ai besoin de toi pour la retrouver, mais s'il t'en coute trop, on se débrouillera...
-Nan je viens avec vous pardi. Je connais toutes les routes des messagers royaux pardi, j'ai des pigeons partout té. Et puis... Faut que je la retrouve aussi pardi. Je sais qu'elle a plus d'honneur qu'écrire une lettre et se tirer té, et moi aussi, j'mérite pas ça pardi. Si elle veut se tirer pardi, elle devra me le dire en face té.
Et puis vous, vous devez la ramener pardi. J'suis sûre qu'elle n'a pas réfléchi té.


Pherea approuve d'un hochement de tête et ose même un léger sourire pour conclure :

-Allons nous coucher, la journée risque d'être longue demain.
-Hum... J'réfléchirai à une blague en m'endormant pardi.

La mauvaise volonté n'était pas un trait de caractère de Cerbère et quand bien même elle avait fait la tête toute la journée, la soirée se terminerait sur une note plus explicite de sa nature, plus saine aussi pour ses relations avec Pherea maintenant qu'elles avaient pu s'expliquer.


* = paroles traduites de Rihanna & Eminem - I love the way you lie

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Marvailh
"Tu ne peux fuir le futur
Tu ne peux changer le passé
Tu n'es pas aussi rapide...
Tue le fantôme
Qui se cache dans ton âme"
*


~ Auberge d'un bled paumé dans la campagne, matin ~
    La croque-mort a dormi comme une souche. La paillasse qui lui a servi de lit était plus mitée qu'une chèvre de quarante ans, mais elle était si épuisée qu'elle ne se souvient même pas d'avoir eu du mal à la supporter.
    En descendant l'escalier menant à la salle commune, elle croise un homme sans âge, au teint basané typique des paysans, qui rit sur son passage.


    - Y'a un problème ? lui dit-elle.

    L'homme se retourne et la regarde de haut en bas, un sourire pervers sur le visage.

    - J'me disions qu'vous quat', z'êtes ben trop jolies pour êt' perdues pour les hommes. Y'a pas d'justice dans c'monde, 'fieu.
    - Perdues pour les hommes ? Ça va pas bien, vous, non ?
    - C'est vos deux copines, hier soir. Elles s'bataillaient pour savoère qui savait mieux... s'occuper... d'celle qu'vous cherchez. Si vous voyez c'que j'veux dire. Elles étions pô discrètes, ça non.


    Nouveau rire malsain, et Marvailh secoue la tête.

    - Vous faites erreur, répond-elle. Et arrêtez d'vous mêler d'la vie des gens, s'il vous plaît.

    L'homme hoche la tête, et continue son ascension de l'escalier en riant derrière ses dents jaunes. Marvailh fronce les sourcils, et se dit que cette histoire semble être bien plus complexe qu'une simple histoire de fugue. Les insinuations qu'elle a entendues de par-ci par-là la dégoûtent, et elle ne veut surtout pas leur donner crédit. Pourtant, elle ne peut nier le fait que le comportement de Pherea et "'Sam" est vraiment suspect. Elle ignore si elle souhaite savoir le fin mot de l'histoire ou non. Si ce fin mot est bien ce qu'elle croit, ce serait une partie de son monde, de ses convictions, de tout ce qui fait qu'elle est elle, qui s'écroulerait. Elle ignore comment elle réagirait, et cela la terrifie. Elle qui a toujours su se surpasser, vaincre n'importe quel ennemi, survivre jusqu'à trente-et-un an dans un monde dominé par les maladies, les guerres, les hommes, les nobles, la cupidité, la bêtise, et s'en sortir indemne, pour la première fois, elle doute. Et elle n'aime pas ça. Mais alors pas du tout. Elle reprend sa descente de l'escalier, et quand sa botte touche le plancher de la salle commune, elle est de nouveau concentrée sur la mission.
    En entendant parler "Sam", elle s'est enfin souvenue d'où elle l'a déjà vue, et de son horripilante manie de placer ce "pardi" à chaque fin de phrase. Quelqu'un d'important, ça c'est sûr. Mais impossible de se souvenir des détails. Par contre, une nouvelle inconnue, indiquée par Manon, la veille, l'a fait soupirer. Comment veut-on qu'elle soit efficace si on la bombarde de nouveaux noms toutes les cinq minutes ? Satyne. C'est qui, ça, encore ? Une de ses pensées lui rappelle la conversation avec l'homme de l'escalier, mais elle la chasse aussitôt, direction l'écurie.


~ Montmirail ~
    Elles ont quitté le village depuis quelques heures, et elles galopent toutes quatre bon train. Marvailh jette de temps en temps un oeil à la petite blonde, au cas où elle craquerait. Elle ne la connaît pas beaucoup, mais elle sait qu'elle n'est pas vraiment à l'aise dans ce genre d'expéditions sauvages. Un ruban rose dans les cheveux, ahlàlà... Mais elle a l'air de tenir le coup, et sans trop savoir pourquoi, la croque-mort en est fière, bien qu'elle ne l'exprime pas.
    Tout le long du chemin, les quatre cavalières ont glané des informations qui les ont menées vers un seul et même endroit : Montmirail. Pas si loin, finalement, et Marvailh est soulagée de n'avoir pas plus de route à faire. La lassitude et la colère auraient pu se faire sentir à tout le groupe si la traque avait duré plus longtemps.
    Dans les rues, peu de monde, comme dans la plupart des villages du Royaume. Les maladies, les retraites spirituelles qui durent des années, ont fini par dépeupler certaines régions, à son grand dam. Même à Lyon, pourtant capitale de duché, il y a autant d'animation que dans son ancien cimetière. Pourtant, un lieu semble garder un peu de vie : une grande bâtisse, sans enseigne, aux vitres ternes et noircies de suie, d'où s'échappent des rires et des éclats de voix. La porte s'ouvre, et un homme aviné, portant manteau de cuir élimé et cache-oeil, traverse la rue en titubant.
    Marvailh fait signe à ses compagnes de l'attendre, et met pied à terre. D'un coup d'oeil, elle fait un point, à travers une vitre à peu près propre, des gens à l'intérieur. A première vue, les gens présents sont clients d'une sorte de bouge clandestin, qui ne porte pas de nom, n'offre pas d'abreuvoir à chevaux, et ne fait visiblement pas grand cas de l'état de son porche.
    Elle regarde à nouveau, et fronce les sourcils. Dans un coin, floue et loin, elle aperçoit une silhouette fine et brune, jouant à un jeu d'argent qu'elle ne reconnaît pas, au milieu d'un groupe de costauds pour la plupart chauves. La main en visière, elle se concentre sur cette silhouette, et sourit. Elle retourne vers ses compagnes de route.


    - Elle est là-d'dans, dit-elle en indiquant le bouge. Au fond, la tab' de six, tout droit en entrant. J'imagine qu'y'en a une de vous qui veut entrer lui parler en premier, hein ?

    Elle aurait pu entrer et faire une petite frayeur à Shawie. Mais c'est prendre le risque de la voir fuir on ne sait où, et de toute façon, même sans prendre en compte sa résolution de n'intervenir que si on lui en donne l'ordre, il y a visiblement deux personnes qui ont bien plus de choses qu'elle à lui dire.

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* Refrain de "Ghost", par Slash. Parce que diantre, y'a pas assez de hard rock dans ce RP !
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Apprentie de l'Ordre Royal de la Dame Blanche à l'Ecu Vert
Manon.cieran
Manon vissée sur Calliopée suit le déhanché de la monture. Deux jours qu'elles galopent par monts et par vaux à la recherche de Shawie. La scelle du cheval épouse désormais parfaitement la croupe de la blondinette, à moins que ce ne soit l'inverse. Le voyage est long et l'adolescente a l'impression saugrenue qu'elle marchera pour le restant de sa vie comme un cow-boy ! La faute à la scelle ça. Pourtant, elle ne se plaint pas. Déjà parce que Phe l'a interdit mais surtout parce qu'elle a connu pire que ce voyage. Elle a certes un visage poupin, des réflexions et un comportement parfois enfantins du fait de son jeune âge mais son enfance, elle l'a passée sur un navire loin du confort car même les quartiers de sa capitaine de mère étaient rudimentaires, humides et froids. Pourtant, Manon aimait cela, comme elle aime être là aujourd'hui avec ses soeurs... et ses douleurs aux fesses. Finalement ce qui lui manque toujours, c'est de parler et comme il n'y a pas le droit d'ouvrir la bouche, elle ne peut même pas jacasser avec Calliopée en scred.

Alors pour passer le temps, la jeune Blanche imagine des scenarii sur le pourquoi du comment Shawie est partie et sur qui peut bien être ce Satyne. Car oui, aux yeux de la Dragée, Satyne est forcément un homme. Cet homme, elle l'imagine brun, ténébreux, un peu brut de décoffrage et très bad-boy. Un Shawie mais version homme en quelque sorte. Il est certain que l'Espagnole doit aimer les hommes virils et non les têtes d'ange blondes. Jamais au grand jamais, Manon ne se douterait des réalités de "l'histoire".

De temps à autres, les aigues-marines se perdent sur la nature qui les entourent. Tantôt des sentiers assombris par des forêts drues, tantôt des sentiers dégagés donnant sur des prés où quelques animaux font leurs dernières provisions avant de partir hiberner. La Dragée ne peut s'empêcher de penser à la vue des paysages que les coursiers royaux ont quand même un travail agréable, hormis les brigands qui doivent grouiller dés lors qu'on s'enfonce un peu dans les forêts. Le regard bleuté se perd ensuite sur le ciel, les nuages qui forment moutons, lapins, coeurs, carreaux ou piques qui se sauvent, se mêlent et s'entrelacent jusqu'à s'étouffer puis s'effacer. Les nuages n'ayant plus d'intérêts, elle recommencent à penser. Non pas à "l'affaire" cette fois, mais à ces prochaines expéditions nocturnes ou pas d'ailleurs. La Fayotte, elle ne connait pas, il faudra remédier à cela prochainement, se dit-elle. C'est le moment qui fut choisi pour stopper la troupe. Manon descend de son cheval non sans quelques courbatures, elle fait quelques pas le temps que Marvailh part en repérage. Lorsque cette dernière revient, l'adolescente ne peut s'empêcher d'ouvrir la bouche.


    - Non, il faut qu'on y aille toutes pour être sûre qu'elle ne s'échappe pas et qu'on puisse la ramener avec nous ! En plus si ce Satyne est un gros balèze, on ne sera pas trop de quatre pour la ramener., trois et demi aurait dû-t-elle dire pour être plus proche de la réalité, mais, elle s'en abstint. Parce que s'il l'a déjà enlevé une fois, il ne va pas vouloir la laisser filer comme cela.


Manon fait les 100 pas, tête baissée, réfléchissant à un plan d'action. Il fallait bloquer les sorties possibles, les portes, les fenêtres, la cheminée. Ca bouillait dans la cervelle de la blondinette.

    - Elle est toute seule ou pas ? Il faut qu'on se poste aux sorties pour boucler la zone. Non ?


Non ! Bien sûr que non, elle prendrait peur comme une biche traquée par un chasseur. La comparaison est osée je vous l'accorde, mais vous saisissez le principe général j'en suis sûre... Manon pose son postérieur sur une pierre, tête entre les genoux pour tenter de réfléchir mais surtout attendant les directives de plus expérimenté qu'elle. Marvailh a raison, c'est sûre.
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