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[RP] Une plante tient sa destinée de son herboriste.

Milon.vidal
[Cabinet médical de Vivia Corleone, un jour comme les autres]


    Dame Viviaaa !

Milon Vidal entre en courant dans l’échoppe de barbier. La cloche sonne, échos aux battements impatients de son cœur d’adolescent. A dix ans révolus, on est adolescent. Surtout à la Cours des Miracles.

Les secondes s’égrènent mais la rousse n’apparaît pas. Qu’à cela ne tienne, son rat il le sauvera tout seul.
Le petit brun passe sans hésitation dans la salle de consultation pour étendre le rongeur sur la paillasse, qui reçoit d’habitude un autre genre de raclures. Avec toute la douceur dont sont capables ses doigts inexperts, le môme tâte la bestiole, comme il a vu faire la Corleone. Ce rat, il faut qu’il vive !
Pourquoi celui-là en particulier ? Parce qu’il vient de le trouver au détour d’un amas de détritus et que, dans sa petite tête aux sentiments encore enfantins, il l’associe à sa propre personne. A ce qu’il était, il y a quelques années, blottis contre un tas d’ordures pour se réchauffer aux gaz de fermentation, le corps parcourut de spasmes et les poumons en feu. Dans son délire, était apparue une silhouette improbable, un sourire qu’un gamin des Miracles ignore, une douceur qu’il n’imagine même pas. La médicastre lui avait sauvé la vie et depuis, il passait à son cabinet chaque fois que c’était possible. Il la regardait faire, écoutait ses conseils, suivait ses apprentissages. On ne pose pas de question à sa bonne étoile quand elle daigne descendre sur Terre pour prendre soin de vous. Surtout à la Cours des Miracles.

Donc ce rat, il faut le sauver !
Ils vont devenir les meilleurs amis du monde. Il l’aidera à chaparder. Et puis quelle fierté de montrer à la rousse son petit miracle. Les yeux bruns furètent sur les étagères, car la place fait également pharmacopée. Il y a un endroit d’où la médicastre sort régulièrement un remède efficace pour de nombreux maux.
C’est par là …
Les doigts crasseux glissent le long de l’étagère, s’arrêtent, s’emparent d’un petit sachet. Imitant l’attitude de son mentor, Milon dessert le cordon et hume le paquet. L’odeur est caractéristique, il ne saurait dire de quoi, mais il la connait. Le môme allume un feu, et pendant que l’eau chauffe dans le petit chaudron, il revient vers son patient. De la pointe du doigt, il lui verse des gouttes d’eau fraîche le long du museau, passe un linge humide sur ses poils trempés de sueur. D’une voix calme, il utilise les mots que la médicastre emploie pour tranquilliser ses clients.
Au chant de l’eau qui boue, il se précipite et saupoudre le liquide de racines séchées et pilées. Il regarde le breuvage, le sachet, en rajoute un peu, on ne sait jamais. D’une louche en bois il remue lentement. Quand il lui semble que l’eau s’est légèrement colorée, un chiffon autours de l’anse il retire le chaudron du foyer.
Le petit brun courre vers une autre étagère où s’entassent mortiers et autres récipients. Il s’empare d’un bol et retourne s’accroupir près de son patient. D’une main habile, il verse le médicament puis le rapproche de ses narines, humant la vapeur qui s’en dégage. L’odeur est toujours là, presqu’entêtante. C’est la première fois qu’il va sauver la vie de quelqu’un !
Avec douceur, il souffle sur sa préparation pour qu’elle refroidisse. Il ne faudrait pas brûler le rongeur et empirer son mal. Le gamin continue de rassurer l’animal de sa litanie de mots tendres. Il l’aime déjà, ce petit rat, comment ce dernier pourrait-il ne pas le lui rendre après que le môme lui ait sauvé la vie ?
L’espoir, le rêve, ce sont les clés du bonheur pour un gosse de dix ans. Surtout à la Cours des Miracles.

Il continue de souffler, trempe son auriculaire dans l’eau, la trouve suffisamment tiède.
Soudain, un doute lui serre le ventre. Et s’il s’était trompé dans les doses ?
Un rat c’est beaucoup plus petit qu’un homme ! L’idée fait son chemin dans la tête de Milon.
Il ne faudrait pas le tuer, son futur copain. En même temps, il ne peut pas le laisser comme ça, et la Corleone ne revient pas. Un sourire éclaire le visage sale du gamin des rues. Il suffit qu’il goûte en premier !

La solution n'a pas plus tôt fait son chemin dans l'esprit du petit Vidal, que ses lèvres gercées se trouvent sur le bord du bol, mouillées par le breuvage.
Vivia
S'il lui arrivait de laisser son cabinet de temps à autre pour aller chercher quelques plantes supplémentaires ou pour faire le plein de mets raffinés, elle ne s'attendait pas à ce qu'un gamin, aussi connu et apprécié soit-il, se perde jusqu'à son lieu de travail. En principe fermé, en son absence, il semblerait que ce fouineur ait trouvé comment faire sauter sa serrure. Quoiqu'il en soit, les traits se froncent aussitôt alors qu'elle croise le regard de Milon et ce rat, étalé sur sa couche. Un Rat ?! Un animal putride, vecteur de maladie, présent là, sur sa couche dédiée aux patients ?! Put*** il en avait fait des conneries dans sa vie ce môme mais là...Voilà qu'elle regrettait presque de lui avoir sauvé la vie à ce mouflet.

Milon Vidal ! Tu es sérieux là ?! Je peux savoir ce que fou ce rat ici ?! Tu me vires ça, illico presto !

Comment osait-il ramener ce nuisible ici-lieu au risque de ramener la maladie jusqu'à son cabinet. Comment pouvait il rendre insalubre cette couche, juste en y déposant ce rongeur qui, assurément, doit passer sa vie dans les bas-fond de la cour. Bon, certes, elle avait déjà accueillis des clients qui tout comme le rongeur, devait partager les tiques, les saloperies et même quelques maladies mais quand même, de là à ramener directement la bestiole, il y avait un fossé ! Prenant alors sur elle et faisant fi du teint un peu blanchâtre du môme, la Corleone récupère un tissu dans lequel elle finit par accueillir l'animal. D'un coup d'oeil, elle grimace et comme un verdict sans appel, elle observe le môme et tord instinctivement et fermement le cou de l'animal agonisant entre ses phalanges expertes.

Il est "mourru" le copain !

Le geste est certes -un peu- cruel pour le môme, surtout que vu ses braillements et son regard hagard, il avait l'air d'y tenir au bestiau, mais pour la Corleone, il n'y avait rien de pire que de laisser quelqu'un ou quelque chose agoniser, surtout gratuitement. Prenant alors sur elle, elle se ferme hermétiquement aux pleurnicheries qui pourraient découler de son geste, pour continuer son inspection. D'ailleurs, son regard tic devant ce feu encore allumé et ce chaudron duquel se dégage quelques odeurs étranges. Attirant les vapeurs vers son visage par quelques gestes précis, la Corleone retrousse le museau. Elle connaît cette odeur, pourtant, ces flagrances ne sont pas celles qu'elle utilise de manière habituelle. Mais heureusement, le mioche avait laissé quelques indices, à savoir, un paquet ouvert et à moitié vidé de son contenu. Pour sûr, quand il s'improvise herboriste, il n'y allait pas de mains mortes. Cherchant alors le petit vélin sur lequel la Corleone inscrit le nom de ses plantes, en cas d'oubli, elle déglutit au nom de cette plante-ci. Grande Cigüe. Que faisait cette plante parmi ces préparations ? Posant ses doigts sur sa nuque, elle se masse légèrement mal à l'aise. Il ne s'agit pas d'une plante de sa préparation, ce nom d'ailleurs, ne lui évoque rien de bon. Ressassant ce nom entre ses tempes, elle cherche dans ses souvenirs, un écho favorable. Pourtant, ce ne sont pas ses lambeaux qui s'éveillent, mais plutôt le comportement et l'apparence du mioche qui parasite sa concentration.

Milon ?

Lentement, la Corleone se rapproche de ce gamin pour apposer sa main sur son front alors que le teint autrefois hâlé devient blafard. Sur son front, quelques gouttes perles tandis que la chaleur se répand sournoisement à l'intérieur de sa paume. Tu as bu la préparation ? A quoi bon poser la question alors que la réponse, elle, lui semble évidente. Pourtant, elle ne peut s'empêcher de la poser, comme pour rassurer son esprit sur l'avenir de ce mioche, comme pour offrir une autre destiné que celle, qui funeste, semble se dessiner pour lui.

Dis-moi exactement où tu as mal ...décrit moi cette douleur, c'est important. On va jouer au patient et au médicastre hein ! Allez..Concentre toi...S'il te plaît, décrit moi comme je t'ai appris.

Entre ses tempes, le sang s'active et si son apparence se veut calme et rassurante, c'est le chaos qui règne en maître sous sa crinière blonde – oui, blonde pas rousse – Et pour cause, sous les symptômes naissants du Milon, la Corleone réalise l'ampleur de la situation. Ce paquet n'était effectivement pas le sien, il appartient à Mérance, sa première amante qui pour son goût pour la Mort et la Sorcellerie avait, par ses choix, causé la discorde au sein de leur ménage. Vivia le sait, une plante à bien des usages, mais seul l'homme fait de ces vertus un poison ou un remède et si la voie de son amante avait été toute tracée, leurs opinions trop opposées avaient finalement provoqué la mort de leur couple...Pourtant, à cet instant, il n'y a qu'elle qui puisse résoudre ce Mal, qu'elle qui puisse soulager les maux de Milon.

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Milon.vidal
Être sur le qui-vive et entendre avant de voir, c’est vital pour un gamin des rues. Surtout à la Cour des Miracles.
Alors Milon, il sait que la médicastre est là avant même que sa silhouette n’apparaisse dans le chambranle de la porte. Il déglutit, s’essuie la bouche d’un revers de manche crasseux et s’apprête à la recevoir avec un sourire. Sourire qui disparaît bien vite au profit d’une judicieuse retraite dans un coin de la pièce, suivit d’un ratatinage dans l’ombre.
Savoir disparaître en quelques secondes, c’est aussi quelque chose que l’on apprend vite quand on est orphelin. Surtout à la Cour des Miracles.

Le môme n’a pas le temps de se précipiter vers son nouvel ami que déjà le rongeur est empaqueté, saisi et brisé.
Le craquement des cervicales est discret.
Pas suffisamment pour que le gamin doute de ce qu’il vient de se passer.
Sa bouche se tord en une grimace de souffrance. Ses yeux se mouillent d’un sentiment d’injustice. Ses points se serrent pour témoigner d’une haine aussi puissante que fugace. Cette colère des plus petits qui ne peuvent rien contre le pouvoir des adultes. Il n’avait rien fait de mal son rat. Son seul tort avait été de naître dans la rue, au milieu des immondices dans lesquels il avait fallut apprendre à survivre. Il n’avait eut que le malheur de tomber malade et de n’avoir personne pour prendre soin de lui. Personne sinon lui, Milon Vidal. Et la Corleone vient de détruire cette chance. Ce n’était pas sa faute, à l’animal, si la Vie avec son grand V avait plongé dans la misère et le désarroi sa petite vie de hasard. Cette idée tourne et se retourne, se transforme en tempête sous la tignasse brune, fait virer à l’orage les yeux marrons ternes, fait pâlir le teint sale de l’enfant. Quoique …

Au gargouillement peu glorieux de son estomac, Milon porte la main à son ventre. Il a l’habitude d’avoir faim, et il sait reconnaître les cris de détresse de son corps. Celui-là ne fait pas parti du répertoire. Le môme sent ses entrailles se tordre et une envie pressante le prend, au point de lui bloquer les cuisses.
Toute autre pensée est chassée de l’esprit en deuil, seul compte à présent l’urgence de ses besoins primaires : Il faut qu’il se soulage. Il ne sait pas s’il aura le temps de sortir, un bref sursaut d’orgueil lui commande de ne pas se laisser aller devant la médicastre. Il grimace, se retrouve en sueur et est incapable de se dégager de la main meurtrière quand elle se pose sur son front, inquiète.
Les questions le pressent, l’oppressent, il ne peut pas réfléchir. La douleur l’immobilise, de même que la certitude qu’il ne va plus tenir longtemps, et que le moindre mouvement le fera craquer. Il ferme les yeux.
Le gamin gémit. Se mord la lèvre. Secoue la tête, les fesses serrées, les poings crispés.
Soudain il ne peut plus. Il fait un pas pour courir hors du cabinet.
Le pas de trop.
Le pas trop tard.
Une pâte nauséabonde vient mouiller ses braies déjà bien souillées, coulant le long de ses jambes. Milon se met à sangloter, de soulagement, de honte et de douleur, parce que si cette foutue merde a fini par s’échapper, libérant pour le moins ses cuisses contractées, ses intestins continuent de le torturer. Alors qu’il ouvre les paupières pour lever la tête vers la blonde, une flèche se décoche de son ventre pour lui vriller le crâne. Un nuage passe devant ses yeux et il titube. Le vertige le met à genoux. Ses excréments collent encore d’avantage le tissu contre sa peau.


Je … Je suis désolé …

Le gamin s’excuse.
Pour le rat.
Pour la chiasse.
Pour le désagrément.
Quand on n’a jamais rien eu, et que son seul bien c’est la bienveillance de certains, on a souvent peur de déranger. On s’en veut d’être une possible gêne. Milon ne veut pas que Vivia lui tourne le dos, qu’elle le chasse pour cette bêtise de trop. Elle est un miracle, son Miracle de la Cour.

Il voudrait lui dire, lui expliquer. Ses entrailles qui se tordent, se contractent et se relâchent, libérant une nouvelle coulée immonde. Il n'aurait peut-être pas du manger ce pain moisi trouvé le matin même.
Les sanglots se changent en pleurs silencieux qui serrent son crâne dans un étau. A quatre pattes sur le sol du cabinet, le môme n'ose pas bouger.
De peur de déféquer encore.
De peur que sa tête n'explose.
Il n'arrive pas à parler, se contentant de pleurer, et chaque hoquet est une torture. Il aurait du aider le petit rat. Quelqu'un est en train de le punir pour ne pas avoir sauvé sa petite vie. Après tout, une vie est une vie, même si dans certain coin, elles ne valent pas grand chose. Comme à la Cour des Miracles.


S'il-te-plaît ...
Vivia
Le Vide

Devant ses iris sombres, le poison agit, étreignant les entrailles du gamin qui abandonnent suppliques et substances sur son parquet, pourtant le Mal ne semble qu'à ses prémices. Incapable de se retenir, le souffle court, le teint blafard, la Corleone se trouve pour la première fois démunie devant un Mal qui plus sournois qu'une lame, s'enfonce dans ces organes enfantins pour les vriller, les paralyser et les détruire. Il lui faut agir, pourtant, elle se trouve décontenancer par cette voix faiblarde, cette innocence qui lentement réalise sa destiné, par cette échine qui plie sous la douleur et par ces pleurs qui s'abandonnent, comme seul vestige d'une souffrance intérieure dont elle ignore le remède. Durant quelques secondes, la gorge Sicilienne se serre jusqu'à étouffer ce souffle vital et les iris d'ébène se parent d'une moiteur incontrôlée. Pour la première fois, la Corleone réalise que la Mort est en train de faire son œuvre. Entité funeste qui, avide et indifférente, recouvre de ses bras le corps gracile et meurtri d'un môme trop ignare et trop jeune pour crever ainsi.

Prenant alors sur elle, Vivia retrouve son professionnalisme, se détachant de ce corps, de cette affection qu'elle lui porte pour ne voir en lui qu'un client, qu'un morceau de chair contaminé par un Mal qu'elle ne peut soulager seule. Femme d'esprit, elle se fait insensible et cruelle, voyant alors dans cette échine pliée et dans ses plaintes, la même condition animale et éphémère que celle ce nuisible. Prenant alors une épaisse étoffe, elle recouvre le corps de l'enfant et s'empresse de l'accueillir dans ses bras. Détachée, son esprit ne se concentre désormais que sur la tâche à accomplir, un effet tunel dans lequel les plaintes et l'agonie s’essoufflent. Ainsi avec hâte, elle glisse la bourse de Grande Cigüe dans sa besace, contient le marmot dans ses bras et quitte son cabinet à grandes enjambées. Si à a chaque pas, le Mal s'empare plus sereinement de ce corps réduit pour souiller d'avantage la couverture, il accompagne également cette course effrénée par des plaintes plus essoufflées et agonisantes qu'à l’accoutumée.
Pressée par le temps et par ces bras morbides qui s'accrochent plus fermement à ce corps enfantin, la Corleone oublie cette tension qui étreint ses bras fébriles sous le poids de Milon, puis soudain, le soulagement se lit sur les traits tirés de la médicastre, quand enfin les pavés s'estompent pour laisser place à un sol terreux.
Sa demeure est proche et le chemin bien qu'ancien lui semble pourtant si familier. Néanmoins, à chaque pas, le masque impassible s'effrite, rattrapé par l'espoir et l'humanité, comme si ce chemin emprunté durant des années, lui rappelait sa nature profonde, se laissé aller et cet apaisement qu'Elle incarnait.

Accroche toi, Milon, s'il te plait. On y est presque..Elle va te soigner, je te le promet... Oui, je te le promet...J'espère qu'elle le fera...qu'elle le pourra.

Devant sa porte, elle marque une pause et frappe à grand de coups de pied sur cet amas de bois poisseux. Les bras éreintés par ce présent de plus en plus livide et à bout de force, la Corleone avoue alors ses derniers cris, cette ultime recours aux accents d'Italie. Mérance !! C'est Vivia ! Apri questa caz*o di porta * !!! Ti imploro....

Je t'en supplie....



*Ouvre cette putain de porte !
_________________
Merance
“Le bonheur est éphémère
les regrets sont éternels.
C'est aujourd'hui le courage.”



- *Richard Bohringer -




    Mérance, tout petit bout de femme devenue la sorcière qu'elle était, s'occupait comme elle le pouvait tout en surveillant les travaux que Guylhem et elle avaient fait engager afin de mettre sur pied "la petite boutique des horreurs". L'idée de vivre pleinement de ses potions mais aussi de ce qu'elle était avait, durant un temps, paralysée la jeune femme et puis elle s'était lancée. La mort avait toujours été à ses côtés alors si l'inquisition avait envie de la trouver afin de lui faire subir son courroux et toute la panoplie de tortures qu'ils avaient en réserve, au moins elle ne se cacherait plus ! Midia le lui avait souvent répété, que jamais ils ne l'attraperaient, et aujourd'hui elle y croyait. Et c'était donc en plein cœur de la cour des miracles que le la maudite vivait ouvertement depuis qu'elle était revenue de son périple du Sud.

    Cela n'avait pas été sans mal le fait de prendre ses marques dans ce petit monde et puis les souvenirs de Narbonne et de ses journées chaleureuses. Certaines personnes lui manquaient encore, d'autres moins mais elle savait que tôt ou tard, elle aurait dû repartir dans son propre monde, son éternelle bulle. Cela finissait toujours comme ça, un jour ou l'autre le bout du chemin pointait son nez et plus on avait vécu avec les gens, qu'on s'y était attaché et plus la douleur en était intense. Mérance était donc devenue pragmatique par nécessité. Faire mal un bon coup sur le moment et vivre de ses souvenirs et avec eux.

    Un sourire au bord des lèvres, Mérance entra par la petite porte de derrière, celle qui donnait sur la cour et qui tenait encore debout par on ne savait quel miracle. Un panier au bras, elle se stoppa net lorsqu'elle entendit le bruit des marteaux et des scies. Prenant une grande bouffée d'air, elle posa doucement le panier sur la table de fortune et s'en alla jeter un œil dans la grande pièce où Guylhem se trouvait déjà à bricoler. Les deux mains sur les hanches, elle l'observa un instant, la tête penchée sur le côté puis tout en souriant elle lui dit.


    - Dis, tu penses à dormir de temps à autre ou bien je vais devoir concocter une potion pour te faire tenir debout même quand tu ne seras plus qu'un squelette ?

    Et Mérance attendit que son ami réplique mais au lieu de cela, il se tapa sur un doigt et se mit à hurler tant et si bien que la sorcière se précipita vers lui, essayant déjà de lui prendre la main qui avait reçu le coup. Mais Guylhem sautillait dans tous les sens et vue la grandeur du gaillard, Mérance avait bien du mal à le maîtriser.

    - Par les cornes du bouc, tu te calmes où je te jette dans le feu et t'y laisse rôtir jusqu'à ce que mort s'en suive.

    Puis se radoucissant, la jeune femme sourit tout en prenant la main du jeune homme dans la sienne, le tirant afin qu'il la suive jusque dans la petite pièce d'où elle était arrivée quelques instants plus tôt.

    - Je me demande ce que je vais faire de toi… sérieusement… j'espère que tu n'as point dans l'idée de manier une épée un jour parce que je ne donne pas cher de ta peau et je deviendrais quoi moi après ?

    Un sourire tendre transforma le visage de la sorcière et elle finit par mettre un baume et un bandage sur la main de son ami. Puis elle alla lui préparer quelque chose à grignoter avant de le voir repartir vers ses occupations journalières. Puis enfin, elle prit le panier qui était resté sur la table et s'en retourna vers la vieille bicoque qui lui appartenait afin de trier les dernières herbes qu'elle s'en était allée couper au petit jour, à la rosée du matin afin de ne pas les abîmer. Il lui faudrait encore prendre le temps de les suspendre afin de les faire sécher et demander l'aide de Guylhem pour arriver à ses fins. Quoi que, cette solution lui sembla précaire soudainement. Poussant un long soupire, Mérance ressentit une immense fatigue lui étreindre la nuque et les épaules. Sans savoir pourquoi, la joie qu'elle avait ressenti ce matin-même lorsque le jour n'avait pas encore pointé son nez s'en était allée vers d'autres horizons laissant la petite sorcière l'âme en peine et chiffonnée. Et ce fut dans cet état d'esprit qu'elle fut surpris par les grands coups donnés à la porte.

    Pas le temps de réfléchir, pas le temps de chercher à comprendre, une perle de suée glissait déjà le long de sa colonne vertébrale tandis que son corps frissonnait d'effroi. Et puis son nom fut prononcé avec cette intonation particulière des gens du sud de l'Italie. Mais Mérance resta figée quelques secondes supplémentaires, son cœur battant la chamade, le regard dans le vide et puis, comme si les dieux avaient claqué dans leurs doigts, la sorcière sortit de cet état catatonique pour se précipiter sur la porte et l'ouvrit à toute volée.


    - Mais qu'est-ce que tu fais là, qu'est-ce …

    Pas le temps de finir sa phrase que l'œil de la rousse se focalisait déjà sur la pauvre victime tout en tendant les bras.

    - Ne reste pas là, entre voyons et raconte.

    L'une des mains de la sorcière se posait déjà sur le front de Milon afin de juger des dégâts et peut être de ce qu'il restait à faire pour lui venir en aide.



    *Bienvenue dans l'Antre de la sorcière, pile ou face la mort guette et n'attend que ça pour se jeter sur toi !*

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Vivia
Pas le temps de s'attarder, de croiser le regard de Merance que Vivia cherche activement une table pour reposer Milon et heureusement elle en trouve une à portée. Lentement, elle vient plaquer l'enfant contre son buste d'une main tandis qu'elle débarrasse la table de l'autre. Puis, avec autant de précaution, elle allonge le gamin avant de s'en écarter. Prenant pour elle, une seconde pour réfléchir à ses mots, elle s'empresse alors de sortir la bourse de Grande Cigüe de sa besace avant de la présenter à Merance.

Il s'est fait une tisane de Grande Cigüe...En grande quantité. La remarque se fait froide et posée, comme si elle cherchait à protéger Milon de son inquiétude, de l'urgence et de la gravité de la situation. Pourtant, si la voix se veut neutre, les iris siciliens eux, s'avèrent être criant de vérité alors qu'elle cherche du regard, le soutien de Merance. Elle seule pouvait l'aider, si tant est qu'elle puisse encore faire quelque chose contre ce Mal, contre ce poison qui s'empresse de détruire chaque organe, chaque muscle de Milon.

Retirant alors la couverture souillée qui recouvre le gamin, Vivia, prend quelques initiatives. Oubliant son rôle de médicastre, elle devient simple infirmière, prête à assister sa sorcière dans ses soins. Et heureusement, elle connaissait déjà les lieux pour s'y être perdue quelques années durant aux côtés de son amante, alors, instinctivement, elle se dirige vers cet endroit où sont entreposés ses chiffons et autres tissus et en récupère quelques un avant de s'emparer d'une bassine qu'elle remplie d'eau froide.

Qu'importe donc, qu'elle ne soit pas chez elle, qu'importe que cet endroit ne soit plus le leur, mais simplement le sien, Vivia fait fit de ce vécu et de cette séparation pour agir, rapidement. De retour aux côtés du gamin, elle retire aussitôt les habits du morveux, trempe les tissus propres dans l'eau froide et d'un geste précis, nettoie et rafraîchit aussitôt le corps transpirant et brûlant du morveux - oui,c 'est un morveux, vous avez bien lu -

Je m'occupe de le nettoyer et de faire baisser sa température, dis-moi si tu veux que je fasse autre chose...

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Milon.vidal
La couverture est accueillie avec reconnaissance.
Milon a l’impression que l'humiliation est moindre. Il voudrait dire merci. Sourire.
L’élancement qui lui vrille le crâne au moment où la blonde le soulève lui fait presque perdre connaissance. Jeune macho, personnage viril en devenir, il parvient à songer que tomber dans les pommes, c’est vraiment un truc de filles ! Les hommes, les vrais, ça ne tournent pas de l’œil.
Et encore moins à la Cour des Miracles.

Les mots de Vivia parviennent à ses oreilles bourdonnantes. Sonorités brouillées par la douleur, il en comprend pourtant le sens. Leur douceur étire un pauvre sourire sur sa face sale, grimaçant au moindre soubressaut de la course sicilienne.
Le froid envahit le môme qui cherche à se couvrir d’avantage. Il est incapable de saisir le tissu, le bout de ses doigts fourmillant violemment.
Ca le picote.
Ca le gratte.
Il la mordrait presque cette pulpe palpitante. Seulement, il n’a pas la force de lever la main jusqu’à ses dents.

La Corleone s’arrête enfin. Pour mieux s’égosiller dans une langue que le gamin reconnaît, à défaut de la comprendre. Un mouvement brusque de la médicastre vide ses entrailles de ce qu’il restait de matière. Milon espère que l’immonde substance ne traversera pas la couverture, souillant les vêtements de sa Bonne Etoile.
Il n’a pas le temps de se sentir d’avantage mortifié qu’une main fraîche se pose sur son front.
Une voix inconnue flotte contre ses tympans.
Son sang joue du tambour, manquant de lui faire exploser le crâne.
Il se sent incroyablement faible.

Sa respiration se calme.


Un voile recouvre ses yeux.




Comme il est doux ce silence …
Cette lumière ténue …

Qu’il est délicieux, ce sentiment d’abandon …










Milon aurait sursauté s’il en avait été capable, si seulement ses muscles le lui avaient permis.
Non sans difficulté, il arrive à tourner son visage vers Vivia. La jeune femme lui passe un linge sur le corps. C’est la sensation de l’eau froide qui l’a ramené.
Il n’était pas loin pourtant. Mais c'était drôlement plus agréable qu’ici.
Couché sur cette table, sa tête le lance, ses extrémités le démangent. Les effluves de plantes qui parviennent à ses narines cachent un peu la puanteur de son corps qu’il imagine répugnant.
Il a honte, il a mal.
Quelques secondes plus tôt, il était au calme et la douleur s’en était allée.
Il était bien, serein.

Un éclair de lucidité traverse ses pensées confuses.
La tranquillité ... c’est la Mort. Surtout à la Cour des Miracles.
Merance
    Cigüe… le mot était lâché puis happé à nouveau entre les lèvres de la Sorcière afin de le mâchonner, de lui en extirper tous les sucs vitaux et de le recracher. D'ailleurs, le geste rejoignit la pensée et la rousse cracha sur le sol maculé de paille en une grimace innommable tandis qu'un long frisson parcourait son échine. Et puis son regard vint se poser sur l'italienne et son cœur se serra. L'autrefois prenait ses aises dans son aujourd'hui mais Mérance rejeta immédiatement ses souvenirs qui tentaient de la distraire. Elle ne voulait pas se laisser aller à des regrets ou à des idées folles car Vivia n'était pas là pour ça. Jamais elle ne se revenue vers elle s'il n'y avait pas urgence.

    Respirant longuement et profondément, la rousse regardait les doigts de la Corleone s'activer puis elle alla vers la cheminée, pris un pot qui contenait une poudre d'une étrange couleur entre ses doigts, la jeta dans l'âtre en marmonnant quelques mots d'une langue qu'elle seule connaissait. Une légère fumée s'échappa du foyer laissant s'échapper une odeur agréablement parfumée puis elle revint vers le petit malade sur lequel elle mit une main sur le front.

    A peine ce geste exécuté que Mérance se raidit, tendant ses épaules en arrière, la tête renversée, les paupières à moitié clauses, elle récita une formule en gaélique telle que la Morrighan le lui avait appris. Et son corps se mit à trembler avec plus ou moins de violence jusqu'au moment où elle retira sa main avec rapidité.


    - Il est déjà entre deux mondes… il n'a guère de chance Vivia pour ainsi dire aucune…

    Mérance n'était pas le genre de femme à cacher la vérité ou à l'enrober. Elle n'avait pas de temps à perdre avec les fioritures. C'était bon pour les nobles et leur cour. Elle, elle vivait la plupart du temps dans les bas-fonds et même si son extraction était de petite noblesse, elle en oubliait les codes pour vivre comme elle l'entendait dorénavant. Donc elle posa son autre main sur la joue du mourant, cherchant dans sa mémoire un quelconque anti-poison, passant en revue ce que le père Eusèbe l'enseignement qu'il lui avait donné puis d'un seul coup elle s'en détourna.

    - Mais j'ai peut être une idée…

    Elle se précipita vers la cheminée, pris le chaudron d'eau qu'elle avait mis à chauffer un peu avant l'arrivée des visiteurs, remplit un gobelet puis y jeta du gros sel qu'elle fit fondre avant de revenir vers l'empoisonné.

    - Fais lui faire boire ça. C'est sans doute notre seule chance de l'aider même si… même si je doute que nous y parvenions.

    L'eau salée devrait faire vomir le petit irresponsable et ainsi rejeter le poison de son corps mais la Sorcière savait que la Grande Cigüe n'était pas réputée pour être d'une grande patience. Mettant d'office le gobelet dans les mains de Vivia, Mérance s'en retourna afin de faire brûler des herbes de menthe pour aider le gamin à respirer.


    * La mort réclame son dû et rien ne saurait l'arrêter, viens et saisis-le puisque je ne peux que le regarder partir…*


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