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[RP] Cheny ou la Déraison

Della
La journée aurait pu être comme toutes les autres, grise, ennuyeuse...longue.
Il faut dire que tenir une armée n'était vraiment pas son dada et cela même si elle avait choisi de le faire et décider de continuer à le faire jusqu'au bout.

Ainsi, au campement installé devant Cosne, dans une tente un peu plus confortable que les autres, l'on pouvait trouver une Della penchée sur des documents qu'elle examinait les uns après les autres. Plus tard, elle ferait un tour de garde, comme les autres, elle irait bavarder avec les soldats, boirait sans doute même quelques verres de vin et croquerait avec plaisir quelques fruits.

Pour l'heure, elle fut interrompue par un messager qui vint lui déposer une lettre.
Au sceau, elle sut immédiatement de qui il s'agissait et elle s'attendait à une demande de précision quant au proche voyage : une date, un lieu de rassemblement, l'organisation des provisions peut-être...
D'un sourire et de quelques pièces, elle remercia le messager et prenant le temps de se servir un verre de vin, de retirer les châtaignes qui grillaient sur le feu, elle fit sauter le sceau et les yeux bleus parcoururent rapidement la missive...

Le gobelet tomba sur le sol, le vin s'y répandit...

Sa gorge se serra tandis que les battement de son coeur se firent trop rapides, trop forts, ses mains tremblèrent et si le sol ne s'ouvrit pas, c'est qu'il y eu un bug car elle, elle tomba...Longtemps, longtemps, elle tomba dans un immense trou profond, sans fond...Elle tombait, tombait encore et encore, la tête lui tournait, de plus en plus vite...Chaque parcelle de son corps semblait être soumise aux flammes, bientôt ses oreilles bourdonnèrent et...elle s'effondra, pour de bon, lâchant la lettre qui se teinta d'une belle robe rouge...


Citation:
A vous, Della de la Mirandole, Duchesse de Chartres, Vicomtesse de Montpipeau, Baronne de Seignelay, Dame de Railly,
De moi, Torvar Kedzia Nazarov, Seigneur de Cheny


C'est avec sérénité que je viens à vous ma dame pour vous faire part de mon souhait de renoncer au titre que vous m'avez courageusement confiée.

Il n'est d'honneur plus grand qu'il me fut fait mais je sais au fond de moi que ce n'est pas là ma place. Je ne puis être ce que l'on veut de moi, contrariant ma nature donc je vous prie de prendre les dispositions nécessaires afin que vos terres soient à nouveau prises en charge par vos gens. Je n'admettrai aucun refus de votre part mais je reste à votre disposition pour toute aide dont vous auriez besoin.

Que Dieu vous protège et vous guide.

Torvar Kedzia Nazarov

Faict à Chalon, ce jour le 22 octobre de l'an de grasce mille quatre cents soixante trois.




Dans les limbes qui l'accueillirent, il y avait des enfants, des papillons, des vallons verts gorgés de promesses de récoltes, il y avait ses frères et son Cousin, son époux et Flavien, là-bas, plus loin, l'on voyait des vignes s'étendre à perdre de vue et du vin qui coulait de barriques qui sortaient des caves garnies. Elle était heureuse, elle souriait et ouvrait grand les bras pour que ses enfants viennent se serrer contre elle, Kéridil les rejoignait alors et tous ensemble, ils rentraient à la maison.

Puis, elle eut froid.
La nuit tombait, une nuit sans lune, sombre et lugubre. Un loup hurlait au loin, ce loup peut-être qu'elle avait suivi autrefois à Arquian...Mais où était-elle ? Dans une forêt ? Mais laquelle et où ? Elle ne reconnaissait pas les lieux, les odeurs étaient putrides et lourdes, ses pas s’enlisaient dans des flaques boueuses, des branches la retenaient, elle voulait hurler mais aucun son ne sortait de sa gorge. Soudain, elle brandissait sa dague contre un opposant invisible dont elle ne pouvait que deviner la présence par le souffle qu'elle sentait sur son visage...

_________________
--Wouaff
    Toute la nuit, j'avais monté la garde avec les soldats.
    Je dormais, du sommeil du juste tout près du feu, sur la paillasse qu'Elle m'avait donnée.
    C'est un bruit sec qui me fit lever une paupière, quelque chose venait de tomber et une odeur familière vint chatouiller mes narines, cette odeur qui souvent s'échappait des gobelets que les Humains portaient à leurs lèvres. J'y avais goûté une fois, j'avais trouvé ça vraiment pas bon. Je ne me levai donc pas, changeai seulement de position pour faire rôtir un peu mon autre côté et m'apprêtai à me rendormir. Mais quelque chose n'était pas normal. Elle ne réagissait pas comme d'habitude, c'était comme si Elle dormait sur ses pieds. Je levai le museau et reniflai un peu mieux l'air ambiant. Quelque chose de louche se passait, il flottait une drôle de sensation dans l'air.
    Et puis, Elle tomba. Paf.

    Elle m'avait offert à son mari, il y avait quelques années déjà.
    Il ne m'avait jamais vraiment prêté d'attention, Il ne m'avait même pas donné de nom, Il m'appelait simplement Le Chien.
    Quand Il avait quitté le monde des vivants, Elle m'avait gardé près d'elle et des Enfants.
    Je n'avais pas de raison de me plaindre, j'avais à manger, une paillasse, les Enfants jouaient avec moi et parfois même Elle m'emmenait à la chasse ou en campagne, comme maintenant.

    Il fallait que je me lève, que je quitte la paillasse pour aller voir ce qu'il se passait.
    D'abord, je m'étendis, le nez en terre et les fesses en l'air. Un petit prout m'échappa. Oups. Et enfin, je me rendis près d'elle pour la renifler. Elle ne sentait pas vraiment bon. Je fis le tour de son corps allongé et finis par me poser juste à côté d'Elle, le nez près du sol, mon souffle sur son visage.
Auguste..
Pouvait-on être la parfaite union de bassesse et de gentillesse, être sans scrupules et par l’heure qui suivait soumettre son cœur nu sous le regard bestial des êtres détenteurs de pouvoir sur nous; je pense que oui, qu’à certains moments notre conscience devient reine et prodigue bienfaits et dès lors nous devenons l’appréciable et que par certaines circonstances que d’ailleurs nous allaitons toujours en trouvant mille arguments nous ôtons aisément ce frêle masque que nous portons pour déchainer notre aigreur et frustration.

Une idée germait, ou plutôt un désir celui de me divertir et par la même occasion faire grossir ma bourse. Me divertir en narguant majestueusement les règles qui régissaient LA mascarade qui ne connaissait de fin, et pouvoir débourser sans compter en menant à bien l’un de mes projets. Tout ce qui me restait à faire était de me fondre dans ce décor macabre, terreux de cette guerre qui décidément prenait grossièrement ses aises.

Soldat bourguignon je devenais, je pouvais enfin rejoindre le campement sans attirer regards, même si chacun était dépassé je ne devais prendre risque j’étais ainsi et je le resterai. Visage souillé, barbe maculée de terre et cheveux divinement gras sans oublier l’ingrédient ! Le sang signe de ma bravoure je me lançais vers la tente de la dame blanche ou te cache tu ou te cache tu je fredonnais conscient de mon entourage.

L’antre trouvé de par les quelques détails qui ne se reflétaient autre part, l’intuition me fut confirmée par la sortie d’un messager, et qui disait messager disait dame blanche cela était aussi simple en mon esprit. Je n’avais de plan précis, comptant sur ma virtuosité je m’avançais d’un pas serein vers l’entrée, sans m’arrêter je plongeais une main m’ouvrant le passage. Pressé d’entrer je ne fis attention au décor, l’intimité retrouvée je posais enfin mes pupilles sur un corps étendu et au premier regard la dame blanche semblait d’être foudroyée, mes pensées se retrouvèrent bousculées et comme si ceci n’était suffisant je devais m’occuper de l’alarme ambulante qui se tenait près d’elle.

Humain je demeurais, mon premier réflexe fut de vérifier si vivante elle l’était… et si le messager n’en était un… L’air semblait encore alimenter son être et étrangement cela me rassura. Pas le temps de me redresser que l’animal poilu se hissa devant moi, mou il l’était, décidément elle aurait mieux fait de bien choisir son animal penchant sa tête sur le côté je fis de même en le regardant, nous étions ainsi d’accord il ne dira rien et je ne ferai rien contre lui mise à part lui offrir ce qui brulait sur le feu et cela semblait le ravir.

Libre de tout geste, je n’oubliais le pourquoi de ma venue et j’entamais la fouille de ses papiers, je notais tout ce qui était sensible et se reflétait a la guerre ou pas, j’aimais prendre le temps de triller. Mon travail terminé je m’apprêtais à sortir jusqu’à avoir oublié d’offrir le mets qui se trouvait en hauteur sur la tablée a l’animal, après tout ne l’avait-il pas mérité.

Saisi par une force invisible je ne pouvais franchir le seuil, elle ne pouvait être que ma chère et tendre conscience. Je ne pouvais me résoudre à laisser ainsi cette dame, après tout n’était-elle pas une grande dame et je ne parlais de sa beauté. Revenu sur mes pas je tentais de la réveiller, aucun risque je n’attirais elle ne pouvait me reconnaitre et nos chemins la se trouveraient séparés. L’exquis visage se trouvait malmené par mon indélicate main sans réponse je ne trouvais autre moyen que déverser sur elle la carafe de vin.

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Della
Elle n'eut pas le temps de venir à bout de l'adversaire au souffle chaud parce que la pluie se mit à tomber qui inonda brusquement son visage !
Machinalement, sa langue essuya les lèvres mouillée de cette pluie subite et...


Mais c'est du vin ! S'exclama-t-elle alors en portant les doigts à ses lèvres avant de les regarder, des points d'interrogation dans les yeux.

Qu'est-ce que...?!
Et qui êtes-vous ?
Interrogea-t-elle en observant l'homme près d'elle.

Alors, son regard fit le tour de la tente et petit à petit la mémoire lui revint lorsqu'elle vit la lettre : Torvar !

En deux temps trois mouvements, elle se releva et droite comme un I, elle se planta devant l'inconnu, les chevaux dégoulinants de vin.


Etes-vous fou ? Gaspiller du vin ! Son index pointa la carafe qui avait contenu le vin.
Qui êtes-vous ? Ah ça, elle l'avait déjà demandé mais devait avoir déjà oublié.
Que faites-vous ici ? L'interrogatoire continuait tandis que discrètement sa main glissait vers l'étui de la dague qui ne la quittait que rarement.

Vous êtes envoyé par Torvar ?
C'est vous qui m'avez remis sa lettre ?
Ca se bousculait un peu dans la caboche blonde, tout n'était pas encore à sa place. Vous allez retourner près de lui et lui dire que j'exige de le voir, immédiatement ! Vous entendez ?! L'étui de la dague fut ouvert et la main serra le manche de l'arme...on ne sait jamais, des fois que ce ne serait pas le messager mais un malfrat...quand on a la tête en marmelade, il vaut mieux être prudent, instinct de survie, merci. Et dites-lui que c'est extrêmement important et qu'il me doit une carafe de vin.
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Torvar
Voilà c'était fait. Parce qu'il ne se sentait pas à sa place parmi les nobles, parce qu'il ne fréquentait pas les bonnes personnes, parce que peut être aussi les coups bas et les chamailleries de gamins entre adultes le fatiguaient, Torvar avait tenu à rendre le titre de Seigneur de Cheny ainsi que ses terres à celle qui pourtant avait cru en lui.

S'il avait été flatté que Della prenne sur elle et l'anoblisse, à la longue, il n'avait vu dans ce monde que des choses qui le dépassaient et ne voyait pas l'intérêt de faire partie de la "caste des sorciers" si c'était pour vivre comme à l'ordinaire, des contraintes en plus. Oh il prenait soin des gens de Cheny ça ce n'était pas à remettre en question mais il aspirait à une vie tranquille, à élever ses chevaux sans rien attendre d'autres. Et puis il ne fallait pas se leurrer non plus, on ne pouvait pas dire qu'il avait été accueilli les bras ouverts. Au contraire, on le regardait comme une bête curieuse tout comme au premier jour et ça, malheureusement, ça ne changerait rien. Donc il avait fait ce qui était le mieux en son âme et conscience. Que cela plaise ou pas, tant pis, il gardait sa dignité pour lui.

Et tandis qu'il s'apprêtait à préparer une besace de voyage pour se rendre à Chalon où l'attendait une jeune mère et son fils salement blessés des coups de l'armée ducale et qui lui avaient demandé aide et secours, Torvar reçu la visite d'un messager, lui intimant l'ordre de se rendre auprès de Della. La blonde duchesse avait donc été prompte à réagir... ma foi, il la comprenait et espérait sans doute une explication de vive voix... Sans doute aurait-il dû lui en faire part de la sorte mais il n'avait pas tenu à lui donner mille explications, mille prétextes, mille observations sur le pourquoi de la chose mais apparemment il s'était trompé. Une main lasse se glissa sur la nuque du cosaque et il affirma au messager qu'il viendrait, le temps pour lui de finir les préparatifs de départ de Cheny.

Mais au bout d'une heure, n'y tenant plus, Torvar laissa Dobromir gérer à sa place ce qui devait être fait et se rendit au campement de celle qui était encore techniquement sa suzeraine. Saluant des têtes connues et d'autres moins connues, il louvoyait entre les hommes, les chevaux, les chiens qui jappaient devant cet inconnu qu'il était. Des malles par-ci, par-là, des coffres ouverts contenant des épées et autres matériels de guerre... une trêve était signée mais les armées toujours sur le qui-vive à ce qu'il voyait. Il avait connu cette ambiance des années durant, peut être que ça lui manquerait... allez savoir...

Le cosaque leva les yeux en arrivant devant la tente de Della. Il l'a reconnaissait entre toute, plus grande, plus haute et portant armoiries ducales et personnelles. Un léger sourire ironique en coin qu'il effaça très vite, Torvar se décida à passer le seuil puis il se gratta la gorge afin de signaler sa présence.


- Vous m'avez fait demander... j'ai fais aussi vite que je le pouvais.
Della
NDJDD :
On disait que Auguste était parti délivrer son message.
Peut-être est-il revenu.
L'extraordinaire scène précédente entre Auguste et Della vous sera présentée plus tard.


Depuis combien de temps Auguste était-il parti ?
Reviendrait-il comme Della le lui avait demandé ?
Et Torvar, oserait-il se présenter devant elle, comme elle l'exigeait ?
Autant de questions qu'elle se posait en tournant en rond dans cette maudite tente, observée par Le Chien qui avait, lui sembla-t-il subitement - le même regard que feu son Maître. Mon Ciel...Mais que lui arrivait-il ? Elle recommençait à divaguer ? A moins que ce ne soit les effets de la pinte de vin...?

La voix de Torvar la fit sursauter et elle se tourna, face à lui, le toisant de ce regard devenu de cette belle couleur acier qui annonçait la fureur intense et à peine contenue.

Vous ? Que faites-vous là ?

Vous ne faites pas erreur, c'est bien elle qui l'a fait venir mais vous connaissez tous au moins une femme et vous avez sans doute avoir vu cette femme en colère, alors ne soyez pas surpris de la question.

Quelle mouche vous a piqué, Torvar ?
Qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle ramassa la lettre tâchée de vin et la tendit sous le nez de son vassal, nerveusement.

Je vous aimais, Torvar...Lui tournant alors le dos, elle baissa les yeux et prit une grande respiration avant de lui faire face, à nouveau, regard haut. Et je vais être obligée de vous haïr autant que je vous aime ! Et ça, de votre faute !

Elle voulut s'asseoir mais se rendit bien vite compte qu'elle serait encore beaucoup plus petite que lui et que le torticolis ne serait pas loin.
Son index pointa vers le torax du Slave.


Vous m'avez trahie ! Je vous avais donné ma confiance, j'espérais que cette confiance était réciproque mais non...Non non non ! Ses yeux rétrécirent et sans aucun doute, ils allaient lancer des éclairs. C'est elle ! Je vous ai vus, tous les deux au Collège, vos sourires et vos petits regards en coin. Que vous a-t-elle dit pour que soudain vous me tourniez le dos, hein, avouez !?

Mais elle ne s'arrêta pas, ne laissa pas le temps à Torvar d'en placer une, de plus belle, elle reprit, tremblant d'émotion et de rage emmêlées : Vous m'avez sauvé la vie, je vous ai confié celles de mes enfants, je vous ai tout donné et vous...vous, vous...Je vous haïrai aussi longtemps que je vous aimerais, vous entendez ? Jusqu'à ma mort, je vous haïrai !

Son coeur saignait comme il avait déjà saigné jadis et cela même si cet amour qu'elle évoquait n'avait pas la même teneur que celui qu'elle avait éprouvé autrefois pour d'autres hommes. Car Torvar, elle l'aimait comme un père, comme un frère, comme un ami, comme celui à qui on peut tout dire, celui qui est capable d'essuyer les larmes autant qu'il peut brandir l'épée en cas de danger. Et même cet amour-là, fraternel en soi, lui était interdit...Mais Torvar ne s'en sortirait pas aussi bien qu'un autre Cosaque pour qui elle n'avait ressenti que de l'indifférence et dont la nouvelle du décès n'avait même pas eut pour effet de la faire sourciller, non...Torvar, elle sentait au fond de son être qu'elle allait le détester pour toujours et ça, ça lui faisait tellement mal...et pour ça, elle lui en voulait et pour ça, pour cette confiance encore piétinée et saccagée sans le moindre scrupule, pour tout ça, il paierait.

Reprenant un tout petit peu de sang-froid, elle reprit, son regard planté dans celui du Cosaque...(commence à avoir mal au cou, on va pas la faire trop longue)...


Vous serez libéré de Cheny lorsque vous m'aurez rendu tous les comptes et les coffres. Alors, je vous allouerai la moitié de ce qui vous revient. L'autre moitié sera le dédommagement pour l'insulte que vous me faites et...soyez heureux que je ne porte pas plainte contre vous.

Elle était épuisée, comme si elle avait livré bataille toute la nuit contre une armée d'hérétiques, elle se sentait mal, seule et tellement blessée...qu'elle en regretta de ne pas avoir succombé à ses dernières blessures...En arriver à piquer des sous à Torvar et le menacer de procès...Quelle grande souffrance était la sienne alors.
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Torvar
Les billes d'acier se posaient sur la blonde duchesse. Fatiguée, les traits tirés, il ne pouvait que constater les dégâts des heures passées à faire des gardes pour des conflits qui avaient empoisonné la France mais au-delà de ça, une profonde tristesse se dégageait de ce petit bout de femme que Torvar en eu mal à l'âme. Jamais il n'avait voulu la blesser, ô grand jamais. Dans son esprit cosaque, il avait voulu la protéger de ces retours du passé qui entraient dans sa vie comme des enfonceurs de porte ouverte. Il n'avait su se protéger contre ses propres démons, il pouvait encore le faire pour Della et ses enfants.

La langue levée pour la renseigner sur les questions posées, un "je..." ne trouvai aucun écho car déjà, la duchesse traçait sa route alors il la laissa parler, débiter tout ce qu'elle avait sur le coeur. Il n'y avait plus que ça à faire. Comprendre et subir cette douleur qui était sienne et qu'elle lui offrait comme on dit adieu à quelqu'un que l'on ne reverra plus en lui faisant comprendre que c'est de sa faute, qu'il a tout gâché, que jamais plus rien ne sera comme avant...

Redressant la tête, Torvar observa ouvertement celle qui fut sa suzeraine. Rien ne sera plus comme avant. Les cendres du passé s'étaient ranimées dévorant le peu qu'il avait dans le présent... Comme pour les champs, il employait la méthode de la terre brûlée... et un instant il retint un soupir de lassitude. Ses propres traits du visage se figèrent et se tirèrent tandis que son esprit plongeait dans un puits sans fond... l'agonie était loin de prendre fin et les âmes d'ordinaires heureuses et dansantes ondulaient dans un rythme d'une lenteur absolue désireuses de déchirer le voile des ténèbres qui les entraînait vers le fond... Le cosaque se mit à respirer profondément quand le silence fut enfin de mise. D'abord hésitant, il finit par faire entendre le son de sa voix.


- Della... l'hésitation était de mise, pouvait-il encore la nommer ainsi alors que tout les séparait désormais ? Tant pis, il ferait avec les autres remontrances si elle devait encore venir appuyer là ou ça faisait mal... Je sais que vous souffrez, je sais que vous me haïssez mais croyez-moi lorsque je vous dis que je ne voulais que vous protéger. Si j'ai fais ce choix aujourd'hui c'est pour ne pas attirer sur vous une quelconque honte... sur vous ou vos enfants.

Le cosaque se déplaça de quelques pas et vint se poster devant la blonde. Il aurait voulu poser ses bras sur ses épaules, la tenir contre lui afin qu'elle déverse toute sa peine sur lui et qu'il efface à jamais ce qu'il entrevoyait mais il savait ses gestes désormais interdits. Elle ne lui faisait plus confiance.

- J'aurais tant souhaité que mon passé ne vienne pas mordre à pleines dents cet avenir que vous m'avez tracé mais il en est ainsi... j'ai retrouvé sur mon chemin des personnes que j'ai côtoyé et avec lesquelles je suis lié... Et ces personnes font honte à la Bourgogne, ont mis la duchesse en colère ainsi que tout ce petit monde qui tourne autour d'elle... vous en faites partie Della et en aucun cas, vous subirez les retombées de mes propres actes... Croyez-vous donc que c'était innocent ce que cette chère duchesse que vous défendez bec et ongles ait pu dire au collège l'autre jour à propos de tel brigand qui serait copain de machin en ajoutant que ce sera là une longue vie d'impunité... Non et il est hors de question pour moi de vous compromettre Della, hors de question...

Les bras de Torvar s'étaient à nouveau levés pour venir approcher ceux de Della puis ils étaient retombés, laissant place à un froid immense entre eux. Le cosaque avait repris sur un ton de la lassitude.

- Alors prenez ce que vous voulez, je ne veux rien... je suis arrivé sur vos terres avec ce que j'avais sur le dos, je repars avec ce que j'ai sur moi... gardez tout : les vignes sont prêtes à donner les derniers raisins de l'année... cette saison a été particulièrement heureuse pour elles, vous pourrez ainsi faire quelques tonnelets de plus et les coffres sont pleins des taxes prélevées et des ventes des vins fabriqués sur Cheny... et si portez plainte peut vous faire du bien alors faites-le Della, je ne puis vous en empêcher...

Torvar se redressa, retrouvant cette dignité qu'il avait toujours eue, tout autant naturellement que par orgueil mal placé. Le sang cosaque qui circulait dans ses veines ne le ferait pas mentir, jamais.

- Et je ne vous ai jamais menti Della, j'ai toujours été loyal envers vous et vos enfants. Et je le serais toujours... Vous vouliez que je veille sur eux et je le fais, même dans l'ombre. Vous savez aussi bien que moi que vous n'avez pas besoin de me mettre au centre de cette noblesse qui ne représente à mes yeux que peu de choses pour que je sois là, attentif à ce qui vous arrive à vous et aux petits. Je n'ai jamais trouvé ma place dans vos rangs, je n'ai pas été élevé pour faire des sourires en face et poignarder dans le dos. Moi je m'attable avec mes ennemis, je les regarde bien en face avant de me battre avec eux ! Je n'ai pas été à l'école de la mesquinerie ni de la duperie et vous ne pourrez jamais me l'enseigner... j'ai trop de fierté pour m'abaisser à tout ceci... mais tout ceci ne m'empêchera pas d'être là... je suis là, je reste là... que vous le vouliez ou non... mais à mon niveau...

Torvar ne pouvait maintenant pas obliger Della à le supporter ni même à continuer à le voir comme il avait toujours été... Il se pliera à ses exigences tout en gardant un œil sur elle et les siens, sans jamais se montrer, sans jamais revenir si elle le désirait. Il avait été son bras armée, il ne serait plus qu'un ombre désormais.
Della
Lorsqu'il avait voulu s'approcher, voire lui tendre les bras, elle avait reculé de deux pas en arrière, les fesses presque collées sur le brasero à présent. Ne vous avisez pas de me toucher sinon je hurle. Avait-elle alors menacer d'un ton sévère en tentant de s'éloigner un petit peu du brûle fesses.

Vous voulez m'éviter la honte, dites-vous mais c'est pourtant exactement ce que vous faites, vous m'insultez, vous me ridiculisez et d'ailleurs, vous ne vous défendez pas quand je dis que Sennecey est derrière tout ça ! Preuve que j'ai raison et qu'elle vous a bel et bien entré dans sa manche. Jura-t-elle ou grogna-t-elle alors ? Difficile de le dire et encore plus d'écrire le drôle de bruit qui sortit de sa gorge...un cri de renard aux abois, peut-être ?

Qu'est-ce que vous me racontez là ? Je ne vous ai pas tracé d'avenir, c'était à vous de le faire, à vous d'écrire votre vie avec ce titre que...que je n'aurais jamais du vous donner apparemment puisqu'il vous pèse tant ! Moi qui pensais vous montrer mon estime...je vous ai puni dirait-on...Comme quoi...les bonnes intentions sont parfois des cadeaux pourris. Je le saurai...On ne m'y prendra plus...Ah ça, j'ai compris. Elle avait débité sa tirade en marchant de long en large dans la tente, évitant le brasero et en tournant autour du Cosaque.
A présent, à nouveau devant lui, elle leva les yeux vers lui. La couleur en redevenait moins menaçante mais la ride du lion toujours bien présente laissait présager que l'orage ne faisait que se reposer.


Vous me connaissez donc si mal, Torvar, pour penser que j'accorde quelqu'importance à ce que l'on raconte dans mon dos ? Voulez-vous que je vous dise...il y a bien longtemps, j'ai voulu octroyer un fief à un homme qui avait brigandé un clerc et qui avait été pour moi, quelqu'un de vraiment détestable...je devais l'épouser...c'est une longue histoire bien vieille...Un rire s'éleva, léger à l'évocation d'un passé qu'elle regrettait parfois...Bien sûr...Elle souleva les épaules et se vida un verre de vin, sans en proposer à Torvar bien entendu...les Hérauts, tout puissants qu'ils sont ont refusé...j'étais certaine pourtant que cet homme aurait été un vassal d'exception. Le verre fut vidé, d'un trait. Mais pour lui aussi, peut-être est-ce que je me trompais...qui pourrait le dire ? Et puis, lasse, elle finit par s'asseoir, le verre à nouveau rempli entre ses mains.

Bien. Je garderai l'entièreté des revenus de Cheny. C'est dit. Ouais, quand même, les écus et Della, c'est une grande histoire d'Amour...pas radine, généreuse même mais avec un petit côté bas de laine quand même...J'aurais de quoi payer une escorte ainsi puisque me voici dorénavant obligée de trouver des hommes pour le voyage en Guyenne. Elle perdit son regard dans le vin qui dansait...Je serais bien restée encore un peu en Bourgogne mais je sens que l'air devient malsain.

La tension retombait même si la peine et la désillusion demeuraient bien présentes au creux de ses entrailles. Comme un soufflé raté mais qui a du goût quand même...
_________________
--Torvar.



Torvar la regardait faire, tourner, virer, fronçant lui-même les sourcils, il espérait qu'elle allait se poser. Pour un peu, elle lui aurait donné le tournis et en plus elle se gavait le gosier de vin... si ça continuait ainsi il allait devoir la ramasser glissée au sol... Mais quelle mouche l'avait piquée. D'accord, il n'avait pas été des plus honorables sur ce coup-là mais comment pouvait-elle penser qu'il lui avait manqué de respect à ce point ? Ce n'avait même pas effleuré l'esprit du cosaque, juste son besoin de liberté qui s'était manifester et il avait fait à l'instinct... comme à l'accoutumé...

La langue levée pour répliquer, il dut refermer la bouche pour se taire... allait-elle finir par se taire à la fin ? Il savait que les femmes quand elles en voulaient à quelqu'un pouvaient se changer en monstre d'égoïsme et bassiner durant des jours et des lunes leur entourage tant elles en avaient à raconter. Mais soudain, Della laissa enfin l'occasion au cosaque de s'exprimer. Et sa grosse voix de s'exprimer.


- Qu'est-ce que Sennecey vient foutre là-dedans ? Mais c'est une obsession chez vous autres que de croire qu'une femme peut me détourner d'un chemin. Une femme ne réussirait pas à me faire tourner la tête alors me faire changer d'avis... En plus elle... Franchement, vous l'avez bien regardé ?.... J'ai besoin d'être libre Della... je suis né libre et je veux le rester... je suis en train de crever avec toutes vos manigances dans ce duché qui pue la honte et la défaite... on se croirait dans une basse-cour, chacun y va de ses petites spéculations sur celui qui fera ça ou ci, celle qui finira dans le lit de machin, celui qui trahira et quand on ne sait pas, c'est encore mieux, on invente... Vous vous rendez compte quand même qu'on se préoccupe plus de ce qui se passe dans le lit de la duchesse et de la vicomtesse Lenada plutôt que de reprendre une ville... sérieusement, vous ne trouvez pas que la noblesse de Bourgogne a perdu de ses lettres de noblesse, qu'elle s'est barrée à l'autre bout du monde et que ses représentants se comportent comme des gamins dans un bac à sable, à celui qui foutra sur la gueule de l'autre !

Voilà, ça c'était dit ! Il rejetait cette noblesse qui était devenue orgueilleuse au fil du temps au point de s'ennuyer à régler les affaires du duché et ne garder un oeil que dans le lit de son voisin.... belle mentalité ! Torvar n'était pas ainsi, il s'en foutait lui de qui couchait avec qui et surtout de ce que l'on pouvait dire sur lui mais il n'acceptait pas que les gens soient sans honneur... Et là, aux vues des attitudes, ça laissait vraiment à désirer. Reprenant le fil de la conversation après avoir chassé ces tristes pensées, le cosaque reprit.

- Je suis désolé si je vous ai offensé Della, je ne le voulais point... Vous avez suivi votre instinct tout comme j'ai suivi le mien. Peut-on vous en vouloir pour ça, je ne le pense pas mais si cela peut vous soulager alors soyez en colère contre moi, haïssez-moi si cela vous chante ou vous fait du bien... je ne demande pas votre absolution pour mes choix, je sais que ce n'est pas possible... mais il est une chose que je vais faire et que vous serez obligée d'accepter et ouvrez-bien vos esgourdes parce que je ne me répéterais pas. Je vous ai promis de vous accompagner dans le sud et ça depuis des lustres. Ce voyage n'a jamais pu se faire... à croire qu'il y avait toujours quelque chose de plus important et maintenant il est hors de question que vous engagiez des inconnus pour vous escorter. Je me suis engagé et je le ferais, un titre ne change rien à cette décision. Cela ne vous plait pas ? Tant pis, c'est non négociable. Vous voulez calmez vos nerfs sur moi ? Vous aurez tout le temps de le faire et croyez-moi j'ai de la patience à revendre alors ne vous privez surtout pas mais il ne sera pas dit que je vous laisserez tomber sur les chemins de votre royaume !

Non mais il ne manquerait plus que ça. Quoi qu'elle dise la blonde duchesse, Torvar l'aimait à sa manière et rendre son titre ne remettrait jamais en question ce qu'il ressentait pour elle. Elle pouvait le détester, le haïr, même l'ignorer, Torvar ne donnait pas dans le sentiment mais quand il le faisait c'était à vie, qu'on le veuille ou non alors elle n'avait plus qu'à se préparer à le supporter... de gré ou de force !
Della
Pendant que Torvar avait réussi à capturer le silence pour le transformer en paroles, elle avait vidé et rempli un autre verre. Oui, peut-être finirait-elle roulée en boule sur le sol, ce ne serait pas la première fois...qu'importe, quand les sentiments sont en folie, tout est permis !

Elle ne put s'empêcher de rire à l'évocation de Sennecey, elle répondit alors :
Je parlais de Sennecey, je n'ai pas évoqué de "femme". Sennecey n'est pas une femme, c'est une manipulatrice girouette. Ne parlons plus d'elle. Elle ne vaut pas la salive que je viens de gaspiller.

Etait-elle assise ou debout ? Elle se trouva alors assise dans un des fauteuils garnis de peaux de mouton. Asseyez-vous donc, Cheny, vous me donnez le tournis. Cheny ou le vin ?

Vous avez raison pour la Noblesse et cela me désole autant que vous.
La Noblesse de Bourgogne s'intéresse plus à ses fesses qu'au bien du Duché...Ah, si vous aviez connu l'époque à laquelle je devins Dame de Railly...Erik de Josselinière, Vaxilart, Eusaias...de Nobles Hommes plus que des Nobles...
Doucement, elle secoua la tête...Tout ceci ne serait pas s'ils étaient encore là...Et il y avait des femmes aussi, de Grandes Dames : Beatritz, Armoria, entre autres...J'aimais cette Bourgogne là, vous l'auriez aimée aussi, j'en suis certaine. Honneur, Gloire étaient des mots remplis de sens et on mettait en avant son devoir plutôt que sa couche. Et là, elle soupira, se sentant tellement vieille déjà, avec une impression d'immense lassitude. Elle regrettait tellement ce passé glorieux de son cher Duché qu'elle quitterait pourtant encore plutôt que de le voir sombrer à nouveau.

Je me réjouis, Cheny, parce que vous l'êtes encore, de ces jours que nous allons passer ensemble, sur la route. Des jours et des jours de voyage...Pendant lesquels il allait souffrir, c'était certain...

Je vous sers un verre ? Il fallait lire là le signe de la fin de cette tempête-ci. La Renarde ne boit pas avec n'importe qui.

J'écrirai à la Hérauderie, dès que j'en aurai le temps...vous savez, l'armée m'occupe énormément. Ou comment reculer une échéance douloureuse.
Mais je ne reviens sur rien : je vous hais.
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Annesainterose
    La Bourgogne. Vaste territoire qui avait vu les pas de la Sainte Rose épouser son sol. Dans quel but ? Fuir. Fuir et se faire passer pour tout ce qu'elle n'est pas. La jeune fillette, - car s'était bel et bien ce qu'elle était ; une fillette tant ses saignées n'avaient pas pointé leur nez - marchait depuis, des jours, ou bien des semaines. De villes en villes, elle ne parlait à personne, ne regardait personne. Anne était aux yeux de tout ceux ayant croisé sa route, une vagabonde, une fille de rien. Volontairement sale, pour que jamais son paternel ne la reconnaisse, la Rose se gardait bien de se lier d'amitié avec du monde. La solitude était son quotidien, son seul ami.

    La santé aussi fragile qu'une toile d'araignée, la brunette se devait de changer. Le déclic ? Elle l'avait eu lorsque la veille, un homme chétif était venu l'aborder. Les joues creusées, le teint grisâtre, s'était peut-être le destin qui l'attendait, si elle ne prenait pas les commandes de sa barque. Alors dans un élan de peur, elle avait couru, ses jupons crottés en mains jusque l'auberge la plus proche. Le souffle court, les joues rouges, Anne avait suscité l'intrigue dès son arrivée. Mais aussi le dégoût.


    Des enfants dans ton genre, j'en vois tout les jours ! Va voler ailleurs, bon à rien ! Va t-en avant que je ne sorte moi même d'ici !

    Les mains se portant sur son visage, Sainte Rose avait tourner les talons, la gorge nouée par un sanglot. La crasse sur le visage juvénile s'était coupé, laissant passer les larmes de cristal faire leurs chemins. La lèvre torturée par le pincement des canines, la petite déambula, tourmentée, perdue. Les passants bien trop habitués à ce genre de spectacle ne prêtaient pas même un regard sur la belle enfant.

    Les pieds frottant au sol, Anne avait croisée les mains sur sa poitrine inexistante, marchant sans même savoir où elle se trouvait. Le désespoir de la situation ne la faisait plus s’inquiéter de son sort, comme si mourir était la plus simple des issues. L'esprit vide, le cœur comme arrêté, la Rose regarda sans intérêt quelconque le campement qui se dressait devant elle.


    C'est ta dernière chance Anne.. Ils sont ton dernier souffle.

    Se trainant, le regard dans le vague, la fillette contourna dans un premier temps le campement. Bien trop peureuse, elle ne se voyait pas affronter le regard d'un soldat, lisant l'indifférence à nouveau. Alors sagement, elle pénétra au sein du camp, le cœur redevenu plus frappant. Les bruits de vie lui parvinrent sauvagement aux oreilles. Habituée au silence afin d'éviter ces maux de crâne qui lui rendaient la vie plus rude que ce qu'elle n'était, la brunette accéléra le pas, se dirigeant en panique vers la plus grande. Les jambes faibles, la juvénile trébucha frappant de plein fouet les battant en toile. Le visage à quelques centimètre du sol, Anne resta là, allongée, le souffle haletant.

    Aidez moi.. Je vous en prie.

    A qui s'adressait-elle ? Elle n'en avait aucune idée. Peut-être des sauvages, des hommes à l'esprit aussi sombre que celui de son paternel.. S'était-elle livrée elle même aux enfers ?

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Torvar
Le cosaque observait la blonde duchesse. Elle était, il le sentait, au bord du précipice tout ceci par sa faute. Une simple lettre parce qu'il ne se sentait pas à sa place au milieu de tous ceux qui se tentaient vainement de s'étriper joyeusement en tournant la personne en ridicule... ça n'avait jamais été son fort les relations humaines mais là... ça dépassait tout entendement... il inspira profondément, le temps de chasser les souvenirs des dernières joutes verbales au collège des nobles... pire qu'une fosse à purin... puis relava ses mirettes azurées aux couleurs bien plus délavées qu'à l'accoutumée pour les poser à nouveau sur cette femme qu'il admirait et qui l'invitait à se poser... enfin.

La proposition fut considérée, le geste lent, et le cosaque prit place tout en écoutant Della. Elle lui parlait des temps anciens ou les nobles étaient de ceux que l'on respectait, de ceux que l'on écoutait, de ceux que l'on suivait les yeux fermés... Peut être pas convenables aux yeux de tous mais toujours mieux que de se pouiller pour savoir qui finissait dans le lit de qui sans vraiment s'occuper des furoncles qui prenaient des mairies et s'accoquinaient avec pire qu'eux... Où était l'honneur de faire partie de cette élite si c'était pour devenir comme eux ? Le cosaque se posait mille questions et n'avait aucune réponse ni à donner ni même à comprendre donc il prit le verre de vin que Della lui offrit afin de meubler les silences qui se faisaient légions de son côté.


- L'Hérauderie souffrira cette attente, je ne suis pas non plus à la seconde...

Que pouvait-il lui dire de mieux, il savait qu'elle n'admettait pas sa décision et il ne voulait pas la brusquer au risque de se retrouver dans une guerre sans merci avec elle... Elle pouvait faire de sa vie un enfer si tel était son désir et aux vues de ce qu'il avait déjà entrevu, il n'avait pas vraiment envie de l'affronter parce qu'il y tenait à sa suzeraine quoi qu'elle dise ou pense, il y tenait à celle qui avait osé bousculer l'ordre établi pour faire de lui un des leurs, il y tenait à cette femme dont il voyait le regard parfois perdu au milieu de nulle part attendant un signe qui ne venait pas et dans ces cas-là, il n'avait qu'une envie, la protéger contre le monde et contre elle-même afin qu'elle soit toujours là à mener sa vie. Mais il savait aussi que le futur risquait de les faire souffrir, quelque soit leur avenir...

- Quant au voyage, je suis certain qu'il nous apportera beaucoup...

Oh oui... il promettait ce voyage et pour tout le monde... dans la joie et la bonne humeur. Cela allait être fantastique...

- Et me haïr est une marque d'affection comme une autre... je suscite souvent ce genre de sentiments chez les gens, ils ont tendance à finir par me détester, à vouloir me voir six pieds sous terre...

Et il savait de quoi il parlait. Les gens ne s'y frottaient pas au cosaque tant il avait une humeur massacrante et un répondant bien particulier... quant ce n'était pas une démonstration de force de caractère qui entrainait les joueurs plus bas que terre... Au final, sans doute pour cela qu'il avait peu d'amis pour ne pas dire plus aucun depuis la lâche disparition de Theodrann... Inspiration profonde à nouveau qui fit gonfler les narines de Torvar quand une visite impromptue déchira le silence et les regards tendus. La rapidité avec laquelle se leva le cosaque le rendit plus jeune qu'il l'était réellement et ce fut en quelques grandes enjambées qu'il se trouva à côté du petit corps qui avait déjà touché le sol. Se penchant dessus, il posa une main sur le front afin de savoir si la fièvre que l'on disait conquérante à travers les royaumes n'avait pas pris possession de ce corps juvénile puis il souleva la petite dans ses bras afin de ne pas la laisser sur le sol glacé et humide. Ce n'était pas le moment de réfléchir de trop mais il se rappela qu'il était sur le territoire de Della alors son regard vint se planter dans le sien, attendant les ordres qu'elle aurait pu lui donner.
Della
Elle eut un étrange sourire alors que Cheny disait ne pas être aussi pressé que ça...Le pauvre, s'il avait su, sans doute aurait-il tourné sept fois sa langue dans sa bouche avant de l'ouvrir. Il venait d'offrir lui-même à sa suzeraine une raison de plus de postposer encore et encore cette fameuse lettre au Héraut.
Et elle soupira, doucement, avec toujours ce sourire aux lèvres.
Bien vite, elle reprit le fil de la conversation afin de ne pas elle aussi trop laisser transparaître ses pensées.
Le verre fut à nouveau vidé. Mais cette fois-ci, avec une certaine volupté, plus aussi vite que les précédents...cette gorgée-ci était tellement plus douce...


Oui...Fit-elle presque avec détachement...Les voyages apportent toujours énormément. Ils sont source d'apprentissage et de découvertes, j'adore voyager. Surtout en bonne compagnie. Déjà quelques idées germaient dans la caboche blonde, quelques petites surprises qu'elle réserverait à son vassal...dans la joie et la bonne humeur, bien entendu. Quoi d'autre ?

Torvar, il n'y a que très peu de personnes que je voudrais voir mortes. Elle s'arrêta et réfléchit. D'ailleurs, il n'y en a plus. Toutes ont rejoint le Très Haut ou sont sur la Lune. Elle se tut encore et son regard porta...quelque part...avant qu'elle ne reprenne : Ai-je donc tant de pouvoirs ? Et là, elle se mit à rire. La tension retombait, le rire reprenait la place, malgré la haine qu'elle lui vouerait pour l'avoir abandonnée, Torvar et elle pouvaient à nouveau être amis.

Elle n'eut pas l'occasion de lui dire ou de trinquer à l'amitié parce que le bruit d'une chute l'interrompit. Torvar, en premier, se leva pour porter secours à...Della se leva à son tour pour découvrir une jeune fille dans les bras du Cosaque qui l'interrogeait du regard.

D'un doigt elle indiqua sa couche, garnie de peaux et de couvertures de laine.

Installez-la ici. Dit-elle tandis qu'elle se précipitait pour ôter l'épée et le bouclier qui y trônaient.

Faites attention ! Dans les bras de Torvar, l'enfant - car ce ne pouvait n'être qu'une enfant - paraissait minuscule. Della attrapa un godet et le remplit de vin. Elle le tendit à Torvar.

Mettez-lui quelques gouttes sur les lèvres. Elle couvrit le petit corps tremblant et observa le visage si pâle, les traits tirés...Comment peut-on laissez une enfant dans cet état ? Della qui n'était assurément pas une mère modèle pensa à ses propres enfants, n'imaginant même pas les voir traités de la sorte.
Elle saisit la main de la petite, elle était glacée. Elle leva le regard vers Torvar.


Qu'a-t-elle ? Oui quoi. Tu dois bien savoir, toi, Torvar qui as vu tant de choses, bien plus que la pauvre Renarde, toi qui es toujours là quand il le faut, toi qui l'as sauvée d'une mort certaine et atroce, tu peux sauver l'enfant !
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Annesainterose
    Une voix d'homme, semblant lointaine tinta dans les oreilles de la Rose, venant se mêler à celle d'une femme. Les paupières se fermant contre sa volonté, la jeune fille se retrouva nicher dans les bras d'un inconnu, se voulant bienveillant. Du moins elle l'espérait. Incapable de dire quoi que ce soit, bien qu'intérieurement, elle hurlait de peur, Anne se laissait installer sur quelque chose de bien plus confortable que le sol. Le corps blanchâtre de la petite semblait d'avantage plus effrayant qu'ordinaire, presque livide. Déglutissant en silence, la gorgée nouée, Sainte Rose ouvrit les yeux du mieux que ses forces le lui permettait. La chaleur d'une main dans la sienne la fit prendre conscience de son état : aggravé.

    Anne..

    Pressant aussi doucement que possible la main de l'inconnue dans la sienne, la juvénile avait tenter de se faire entendre. En vain ou non..

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Della
    Longtemps plus tard. Mars 1464.
    Château de Cheny.


La nouvelle du sort réservé à Torvar lui était parvenue alors qu'elle n'était pas encore rentrée au bercail. Elle avait su aussi auparavant que l'engeance Fatum rôdait quelque part entre Champagne et Bourgogne. La route lui était barrée. Il fallait attendre. Attendre que Fatum se décide entre les bulles et le rouge et qu'ils choisissent le rouge. Hélas pour le rouge. Renseignée par des courants différents mais convergents, elle avait su quand enfin elle pouvait reprendre la route.

Ce ne fut pas au bercail qu'elle rentra mais c'est à Cheny qu'elle débarqua.
Laissant là son cheval, à peine pied à terre qu'elle fila directement vers l'entrée du château, qu'elle gravit quatre à quatre les escaliers menant à la chambre du Seigneur et qu'elle entra sans attendre que Drobomir l'y autorise.

Torvar semblait inconscient. Alors, elle réalisa...Secouant la tête dans un geste d'incompréhension, elle posa sa main sur celle du Cosaque. Laquelle des deux était la plus froide ? Soudain, elle se sentit faible et impuissante, lasse aussi, prête à baisser les bras et à...pleurer...A quoi serviraient ses larmes ? A rien. Aucune larme ne servait jamais à rien.
Déposant la sacoche qu'elle avait à l'épaule, elle s'adressa à Drobomir :

On m'a donné un onguent de châtaigne. Il faut en mettre sur ses blessures.
Alors, elle s'assit près de Torvar, sa main toucha sa joue, doucement. Son visage était gris, ses traits étaient tirés, ses lèvres si pâles qu'on aurait pu le penser mort, déjà.
Mais ça, elle ne voulait pas !


Torvar...Battez-vous. Je veux que vous viviez, on n'a pas fini nos aventures, vous et moi. J'ai encore plein de vin à vendre et puis...j'ai quelque chose de très important à vous demander, un service grand comme ça. Alors, accrochez-vous, mon Ami, je vous en supplie.

Vous vous rappelez, la guerre contre l'Empire ? Lorsque j'étais là, comme vous, entre la vie et la mort, je vous ai demandé de prendre mes couleurs et de les porter haut contre les ennemis. Je vais faire la même chose...Je ne voulais pas me mêler de ce combat contre Fatum...mais maintenant, c'est différent. Cette crevure a osé vous faucher, je vous vengerai, je vous le promets.


Oui...Elle allait reprendre les armes et trucider autant que possible de ces mécréants.

Dans un geste quasiment maternel, elle replaça la couverture sur Torvar et même, elle se laissa aller à poser sur son front un baiser. Il n'en saurait jamais rien.

Alors, elle posa son regard sur le cousin de son Vassal, ne dit rien, il comprendrait.

Et elle s'en alla à Seignelay non pas pour les vignes, cette fois.

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