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[RP] Dernière nuit.

--Loras.novgorod

Il y a dans la fin d'une journée, quelque chose d’irrémédiablement humain. Lorsque le soleil choit, fondant ses derniers rayons comme des charbons ardents, dans les cendres de la nuit. La fin du jour rappelle à la nature qu'il est né au matin. S'est épanoui à midi. A décliné jusqu'à rendre son dernier souffle dans l'obscurité totale. Nuit après nuit. Né enfant, élevé en homme, cueillit en vieillard. L'aube amorce la fin d'un cycle, que la nature aime à décliner en saisons. En décennies. et en siècles. Pour qu'ainsi , éternellement, les hommes d'hier puissent transmettre aux hommes de demain leurs savoirs.

Ces savoirs, tirés de la nature des hommes et de la nature elle-même, Loras les avait reçus en héritages. Par sa destinée, commencée bien loin des forêts de pins et des criques de Provence, par ses rencontres, par la force et le sang, aussi parfois.

Nul part ailleurs que dans les vastes plaines, à cheval, ou dans les mystérieuses forêts, le slave ne se sentait mieux. Vivant, "les deux pieds ancrés dans la terre nourricière", comme il le disait souvent. Dans son élément parfois hostile, Novgorod trouvait l'apaisement que les champs de batailles avaient consumés. Loin de l'aliénation des autres et des tributs impurs. De l'or qui ne rachète jamais la vie. Mais qui souvent pourtant, achète la mort.

Au soleil couchant, le serbe s'était remis en marche sur son territoire de chasse. La journée avait été longue, le corps du jeune étranger était fourbu. Il avait tout le jour coupé des buches de bois pour un seigneur qui commençait d'ores et déjà à faire ses réserves pour l'hiver. Méthodique, sa progression couvrait d'abord les versants nord, des collines à la guarigue. Sa silhouette de cuir et de fourrures desquelles dépassaient de longs crins de jais se fondait dans le paysage, trahie uniquement par son pas. Pas qu'il n'allégeait jamais en fin de journée, pour prévenir la charge d'un sanglier surpris en glanant à la fraîche, la morsure d'une vipère n'ayant pas eu le temps de fuir. Ou la présence qui ne devait pas être... Là où elle se trouvait.

C'est ainsi qu'au détour d'un endroit choisi par le renégat pour y poser un piège...

Les yeux d'un noir de chine accrochèrent l'enfant qui, trop absorbé par ses jeux et à l'oreille non affûtée, se tenait encore penché au dessus d'un collet brisé. Deux prunelles bleues, d'un de ces bleu dont les madones se drapent pour pleurer un dieu auquel il était étranger, interdites à la vue de cette carrure imposante. Pas par sa taille. Pas par son arme. Juste celle d'être sauvage, racée dans toute sa splendeur. Et de surgir là. Au beau milieu de ce terrain de jeu pourtant si calme habituellement.

Le terrain de jeu de l'un, le terrain de chasse de l'autre.

L'enfant resta figé comme suspendu à l'homme qui lui faisait face. Des boucles brunes, des lèvres rouges, des mains malheureuses. Retenant entre ses doigts les restes d'un piège qui - Loras s'en fit la lumière - incarnait les vestiges d'une longue suite d'autres, saccagés les jours passés, inlassablement.

La tête de la hache, si lourde, toucha le sol. Dans cet instant suspendu quelque part entre la surprise des deux êtres qu'un hasard malheureux a fait se rencontrer là. Dans la résolution des mystérieuses exactions qui avaient laissé plusieurs fois le slave sans repas. L'enfant avait sept ans, au plus. Loras, surpris, demeurait sans plus d'âge que celui du bourreau face à son prisonnier.


Anaon
       

       Le sabot de la monture s'imprime lourdement dans le sol asséché par un soleil trop généreux. Une main bileuse guide ses rênes, distillant par la courroie de cuir et jusqu'à son mors une nervosité dont il n'est plus coutumier. Tout au-dessus de lui irradie d'anxiété, contenue mais palpable, et si s'en offusquer serait contraire à l'incommensurable placidité qui forge sa race, le Grand Cheval de Guerre anglois sent poindre sous sa masse un sang qui ne manquera pas de faire tourner son caractère. Sur lui, l'Anaon a fissuré son masque inébranlable pour l'expression atrabilaire des nerfs à cran et des rides creusées d'angoisse. Malgré le professionnalisme des mains experte, qui gardent tout leur doigté sur la bouche animale, n'importe quelle monture plus nerveuse aurait explosée sous l'amas anxiogène qu'elle fait peser de son aura. Charon a bénéficié du plus solide des atavismes, mais elle sent bien que le destrier lui prête une écoute plus acéré et des réponses plus incisives. La subtile métamorphose du "Gentil Géant" en cheval de guerre et de sang.
       Le carmin recouvre la garrigue. Une lueur d'un or tranchant signant l'avènement des ombres. Un compte-à-rebours qui lui imprime une rare pression sur la nuque. Bien peu sont ceux qui l'ont déjà vu dans cet état et la sicaire à l'impression de ne l'avoir jamais été. En réalité, elle aura connu bien pire, mais ce soudain coup de sang dans le froid qu'est devenu sa vie prend le cinglant d'une déchirure dans un muscle trop fourbu. Elle a reçu une lettre. Une lettre qui a ébranlé tout son être. Dans cet Anjou qu'elle a laissé de côté, le fantôme d'Isaure est revenu. D'entre les morts, le vieux souvenir des douleurs et des frustrations a resurgi. Cette victime, tout comme elle, de l'odieux complot qui l'a rendu mère officielle d'Amadeus Foulque Kenan Von Frayner, à défaut d'elle-même, génitrice réelle de cet enfant. Amadeus, petit bijou de la discorde qui, soudainement, a disparu.
       A la lecture qui lui a coupé le cœur un instant, pris d'un pressentiment irrationnel elle avait mandé à voir son fils… mais on ne savait pas où était Amadeus. La psychose a fait son nid et le sang de l'Anaon a viré à l'acide. Elle a cherché auprès de ses autres fils, de la nourrice, des écuries aux alentours, et les esclaves stationnés dans la grange ont compris qu'il est des calmes qu'il ne faudra jamais ébranler. L'Anaon n'a jamais eu la colère bruyante, mais Lambert, le capitaine de sa garde, avait déjà bien compris que certains regards et ton qui se contiennent sont plus meurtriers que n'importe quelle condamnation. De la réparation de ce manque de vigilance, dépendaient sa vie et celle de ses hommes. Il y a des erreurs qui se payent le prix fort.
       La voilà désormais fouillant de son œil bleu le paysage qui semble la tromper de sa lumière rasante. Elle avait décortiqué la chambre de l'enfant, prise des vieux réflexes, rôdée à la méthode de la traque. Indice, piste, réflexion. Comprendre pour débusquer... comme soumise à un contrat qu'elle n'aurait jamais voulu signer. Et la chasse a commencé. Elle a découvert, derrière une latte grossière dissimulant une petite cachette dans la double cloison, des bouts de corde, de la fourrure, des petits morceaux de viande mal salé et le cadavre d'une proie que l'on avait maladroitement essayé d'évider. La balafrée chassait rarement le petit gibier… et de toute évidence, celui-ci ne provenait pas des cuisines de l'auberge.
       Le corps instille, un peu sèchement sans doute, l'ordre de s'arrêter. Voilà quelques instants maintenant qu'elle a repéré les terriers de lapins qui trouent la garrigue tel un gruyère. Elle met pied-à-terre et s'approche d'un détail qui a retenu son attention. La roche, naturellement, rétrécie la piste en léger entonnoir, et devant ce passage idéal, attaché à la branche d'un genévrier, pendouille un collet déclenché vide de toute proie. Une brève œillade couvre les alentours. Puis la dextre frotte doucement la cordelette de ses doigts nus. Elle a serré si fort et la proie a du tant se débattre qu'il reste des poils de lapins et des parcelles de peau accrochés par les fibres… Pourtant, on n'a pas pris la peine de réenclenché un piège si fructueux. Surprenant… mais pas tant. Car l'histoire des collets sabotés et des prises volées est déjà parvenue aux oreilles de l'Anaon. Les prunelles se plongent un moment dans l'air sec et le tapis de bosquets rabougris aux silhouettes informes. Le bleu prussien se rive au sol pour y déceler la moindre trace ayant bafoué le tapis de poussière.
       La balafrée quitte alors la terre aride pour les hauteurs de Charon. L'œil plus alerte que jamais, l'angoisse laissé au cœur, que l'esprit reste vigilant, la main reprend les rênes et le Noir repart.
       La lumière décline, mais rien ne viendra abattre sa froide volonté.



Musique : "Light of the Seven " dans " Game of Thrones - Saison 6" composée par Ramin Djawadi


__________________
--Amadeus_von_frayner

    " Le matin se terminait, dans le grand lit l'enfant ne s'agitait pas, occupé à observer la découpe de ses mains sur le plafond, à jouer du pied sur les pans épais du baldaquin. Judas s'éveilla et l'observa en silence, absorbé par son image comme souvent ces derniers temps. Le seigneur s'était surpris à aimer l'épier, dissimulé ou non loin de son attention, décrypter ses mimiques, disséquer ses gestes et ses attitudes. Les cheveux noirs corbeaux qu'il lui reconnaissait, les yeux cobalts dont toutes les nuances revenaient à sa mère. La peau laiteuse, les mains curieuses. Tout en son fils lui rappelait combien il avait été lui aussi jeune et fringuant, gonflé d'un orgueil qu'il pensait éternel. "

    - RP Abstinence, Chapitre ' Le veuvage se partage ' du Livre de Judas -



Et soudain, brisant le fil de cette muette observation mutuelle, expectative... Le corps de l'enfant lâcha brutalement le piège, tombant en arrière dans l'amorce ratée d'une fuite.

L'enfant est un solitaire né. Amadeus Foulques Von Frayner, né du péché. De l'histoire que l'on a déjà contée. Deux prénoms pour l'officiel, un pour l'officieux. Un pour une mère, deux pour l'autre. Deux pour lesquels on l'a baptisé sous la protection d'un roi Balbuzard, entre les mains de son Père. Un pour lequel, on l'a rendu à sa mère. Celle qui l'a mis au monde. Et l'a emporté avec elle, loin du mensonge de sa naissance. Du mensonge de son nom. Du mensonge d'une vie. Arraché par deux fois à deux mères, qui l'ont serrées toutes deux dans leur bras aux premiers jours de sa vie. Se persuadant du leg de leurs traits, de ces yeux bleus. De la belle couleur de jais de ses cheveux. Un enfant pour deux.

Depuis qu'ils avaient quitté l'Anjou sans Judas, le petit Amadeus était devenu un homme. Un homme dans un corps d'enfant. Il n'avait pas posé de questions, dont les réponses auraient fait frémir toute la maison. L'Aura de la Roide, cette mère qui n'était pas tant roide que cela enveloppait ses nuits, annihilant ses insomnies. Anesthésiant ses interrogations. Invitant à continuer, être l'Ainé au sein de cette fratrie. La volonté de son père n'était-elle pas de régner sur une armée de garçons? Une armée sans Roy, ne perdurait-elle pas du vivant de sa Reyne?

Et que n'était-il pas loin des angoisses maternelles... De ces choses déjà vécues, sans qu'il ne puisse s'en souvenir. Son rapt, soigneusement organisé. Le rétablissement intra-muros d'une certaine vérité. Celle qu'il ne sauraient sans doute jamais. Les cris d'une Isaure pleurant, grattant la boue dans sa blessure, pour qu'on vienne à le lui ramener. Les bras tendus, vides, d'une Anaon venant tout juste d'enfanter. Amadeus est un enfant absent, comme l'était son père, sans qu'à chaque disparition l'on ne puisse vraiment expliquer pourquoi. Le garçon est d'un tempérament dur, trop dur pour les esclaves qui n'arrivent pas à l'amadouer. Trop dur pour la nourrice, qui ne gagne pas son affection. Ses absences sont discrètes, étant discret déjà dans sa présence.

Tout se passe rapidement. Trop rapidement. Les réflexes d'Amadeus. Celles d'un enfant en faute. Les fesses raclent la poussière, mais les yeux, si bleus, ne quittent pas l'ombre qui le domine de toute sa hauteur quand au versant d'un rocher il s'accule.

Il n'était parti que pour quelques heures. Quelques heures passionnées où il savait où trouver de quoi l'occuper. Loin des frères plus petits. Loin de la maisonnée. Du silence d'Anaon, celui dans lequel malgré elle, elle les avait murés. L'enfance n'attend jamais son heure pour continuer à vivre. Grandir. S'émanciper. Kenan le bien nommé n'escomptait pas rentrer à vide. Jamais.

Depuis des jours il avait trouvé un à un, les collets. Une source inépuisable de vivres qu'il pensait pouvoir s'accaparer. Les oreilles soyeuses, tranchées dans le vif. L'éclat carmin de l'hémoglobine. Les tripes visqueuses que le petit coutelas venait mettre à jour, comme les gestes précis de l'Absent. Ce père qui passait plus de temps à la chasse qu'au lit de sa maison. La main gardait son innocence, en croyant chasser quelque chose qui lui appartenait. Le garçon lui, gardait son secret.

Sans savoir quel en était le prix à payer.



--Loras.novgorod

Comme le chien se fige quand sa proie se fige, et saute quand elle saute, l'action est rapide et n'a qu'une issue possible. Chasseur en herbe, douterait-il être fauché d'un geste par le chasseur né? Et l'homme qui le couvre de son ombre, pense-t-il mesurer ses gestes? Lui qui n'est qu'eau qui dort.


Le renégat aux traits durs tend la main pour saisir l'enfant vandale, et le calmer d'un seul mouvement, instinctif. Ainsi soulevé par le col, Loras n'a qu'à serrer sa poigne pour lui briser le cou. Mais le slave se contente de le garder à un pied du sol quelques secondes, fixant d'un air austère le visage aux traits impressionnés du garçon. De là où il se trouve, si près, il peut entendre les battements de coeur anarchiques du jeune coupable.

Et si le slave endosse son rôle, il n'espère pas en effrayant son captif récupérer tout le préjudice des larcins et des sabotages. Juste boucler la boucler. Flanquer à cet enfant trop vagabond la frousse de sa vie, pour qu'il ne s'approche plus jamais d'un collet ou d'un lièvre. Pas des siens du moins. Pas avant de savoir les voler pour la faim plus que pour le jeu.

Loras connait les jeux dangereux qui entrainent d'odieuses conséquences. A vingt trois ans, son enfance n'est pas si loin. Il n'a rien oublié. Rien de ses actes gratuits. Lorsque dans son enfance il avait souvent tué de petits animaux pour le plaisir de voir comment la vie pouvait s'achever , pour tester son pouvoir, en connaitre les limites. Les versants sournois. Rien qui l'ait fasciné. Rien qui n'eut valu d'aimer cela. Devenu adulte par la morsure des chiens, les jeux cruels des hommes, les vengeances de la nature, le serbe était entier, droit dans ses bottes, et ne tuait que par nécessité. Extrême. Depuis le renoncement. Depuis les bris d'allégeances. La délivrance.

Da sa main libre, la hache aux reflets rouges de la fin du jour est saisie dans le mouvement. Dans l'ironie que d'elle ou de ses mains marquées, elle restait la plus inoffensive. La lame large et émoussée par une journée à fendre les buches vient se poser sous le menton du gamin, tandis que guttural, un grognement sourd émerge d'entre les dents serrées du serbe.

La mise en scène est factice. Le petit pousse enfin un premier cri, tant attendu comme on attend celui d'un nouveau né. Le cri qui délivre. Celui qui avoue. Le cri qui indique qu'il a compris sa leçon. Les cheveux de Loras, hirsutes, viennent presque chatouiller son visage encore rond du tendron, tandis que doucement les doigts se décrispent sur leur prise.


Anaon
       
        EDIT

       Sait-elle ce qui se joue réellement, quand dans son esprit fleurissent les pires suppositions. Un petit corps abandonné, dépouillé de son peu de possessions, déchiqueté par un chien sauvage ou encore disloqué par une chute mauvaise, comme une marionnette fracassée sur le calcaire. Ou, pire que tout : la pure et simple volatilisation. Là, rien, c'est tout, une bête disparition sans réponse. Personne à pleurer, personne à blâmer et elle, à rôder après le vent, l'esprit définitivement détraqué et aliéné. Ces visions sont impitoyablement plausibles, mais le cruel pragmatisme ne cède pas sa place au désespoir, et le cœur de la mère, rendu féroce de se sentir ainsi persécuté, couve la plus violente détermination.
        Le pas de la monture ne faiblit pas, parfois s'arrête pour être relancé dans le même élan. L'attention cherche d'autres pièges, suit les traces légères, espère que dans son dos la voix de Lambert claironne, accompagnée des aboiements triomphant de son propre chien, lui annonçant qu'ils ont retrouvé Amadeus, ailleurs. Vivant. La sicaire prête une vigilance particulière aux oreilles du cheval de guerre, qui subtilement se tournent en direction des bruits qu'elle ne perçoit pas dans ce décor accidenté. Les secondes s'égrènent, incisives, jusqu'à ce que l'esgourde de Charon pivote et se bloque sur sa gauche, accrochant dans son geste les sourcils froncés de la mercenaire. Le soleil décline vers la mer et elle n'attend pas pour faire bifurquer sa monture vers la direction qui l'intrigue tant. L'attention s'y déploie, aux aguets, quand tout à coup, elle entend le cri qui lui éclate dans la poitrine comme une bombe d'adrénaline. Les talons piquent brusquement les flancs chevalins qui s'élancent dans un galop tonitruant.
        L'acide de l'espoir et de la crainte lui fouette soudainement les sangs, toutes ses supputations se cristallisent avec horreur, et au détour d'un bosquet obombré, dans un creuset du paysage, l'image figée dans le couchant du ciel lui claque la rétine.

    Son fils. Un homme. L'éclat du métal luisant entre les deux.
    Et l'instinct qui prend les commandes en une fraction de temps.

        Son sang n'a pas le temps de faire un tour. L'urgence lui colle un sursaut viscéral. Dans une réflexion primale, reptilienne, atavique, l'Anaon envoie la masse colossale de Charon fondre sur le duo. Elle se penche en plein course et empoigne de sa sénestre l'épaule de l'homme qui menace son fils. Elle l'emporte un instant dans son élan avant que la violence de l'impact ne l'arrache à sa selle et ne l'envoie s'écraser au sol. Le choc est sourd, la main est restée crispée sur sa prise comme à la dernière corde de vie. Le galop de Charon s'arrête non loin, Amadeus a du tomber, juste à côté. Elle ne regarde pas, ne perd pas de temps, l'adrénaline la tirant aussitôt de sa surprise. Elle roule sur le ventre, faisant fi des caillasses qui se sont logées dans son crâne et rampe immédiatement sur le corps à côté d'elle, secouée par l'impératif d'éloigner la hache qu'il pourrait saisir à nouveau.
        D'un coup de botte la Balafrée envoie valser la menace. Dans une œillade aussi rapide que douloureuse, elle accroche le corps affalé d'Amadeus. Secoué ? Inconscient ? Blessé ou… La mère se pique des pires craintes, et la mère-cenaire se fend d'une riposte implacable. Le corps rompu par les batailles livrées cent fois, les réflexes trop aiguisés de s'y être tant et tant exécutés, la chorégraphie ne laisse place à aucun temps-mort. La sicaire n'a plus été sicaire depuis un moment, mais comme une bile capable de déborder au moindre bouillonnement, la gestuelle revient, vieil acide irradiant un corps ramollit par le deuil. L'expérience n'oublie jamais et le péril soudain déclenche l'explosivité qui s'était endormie. L'Anaon ne réfléchit pas : elle agit dans un instinct maternel et de survie éclair.
        La sicaire enfourche l'homme qu'elle connaît sans prendre la peine de reconnaître. Le visage qui se nimbe d'un soleil à l'agonie ne lui tire aucune hésitation. Sa senestre saisit le poignet qui se lève de surprise ou de défense. Elle tire le bras masculin contre lui pour dégager le flanc, quand dans le même temps la dextre empoigne la percemaille logée contre sa cuisse. La main brûlée d'une soudaine vélocité, irradiée d'automatisme, s'exécute d'une précision expéditive. Le crissement du cuir qui se déleste est aussi bref que le craquement dans la chair sous la percée brutale. Le coup est soudain. Chirurgical. Sans appel. Perçer la respiration pour réduire au silence. Trouer la pompe vitale pour la vider de l'Ichor.
        Sans ambages ni sommation, la lame effilée transperce l'aisselle, embroche le poumon et crève le cœur.



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Loras.


La scène est rapide.

Il avait entendu les sabots lourds battre le sol dans leur direction. Pourtant, la surprise l'a cueilli tardivement. Trop tardivement. La main n'avait pas encore délivré l'enfant de son joug que la puissance du choc, presque frontale, l'avait fauché comme un brin de paille. Lui, pourtant si fort. N'était plus rien qu'une feuille balayée par le vent.

Et quel vent.

La réception est douloureuse à ce corps qui en a étrop vu, usé avant l'âge. Le renégat Pousse un cri bref. Le cri d'une épaule démise, qui a reçu le poids de sa chute. Incapable de faire autrement que de se ramasser sur sa blessure, le serbe se contorsionne sur lui même, observant au travers de ses paupières fermées la lueur orangée qu'elles filtrent, soudain obscurcie par la masse d'Anaon.

Lorsqu'elle le surmonte de toute sa hauteur et le ceinture de ses jambes, il est prisonnier. Incapable de lâcher son épaule branlante, incapable de se défendre. L'approche est de toutes manières bien trop incisive pour le lui en laisser l'occasion. Il ouvre les yeux, ayant juste le temps d'apercevoir ce visage. Ce visage pas méconnu. Pourtant si différent de celui qu'il avait rencontré. La colère le déforme, ou peut-être est-ce la peur? et lui, se meurt. Soudain. Brutalement. Aussi brutalement que l'impact.

La main qui tenait l'épaule a bien tenté de s'interposer. La main qui a fait peur à l'enfant pourtant n'est qu'un frêle rempart contre la colère maternelle, quasi divine. Celle d'une mère, que Loras pourrait comparer à la toute puissance de la nature, en d'autres circonstances. A une heure moins avancée de sa vie.

La mort vous tombe dessus un jour, comme cela. Sans que vous ne l'ayez vue venir. Sans que vous ne l'ayez invitée. La mort est une passagère de l'ombre. On pense qu'elle arrive à la fin, mais comme toute mère de cycle, elle est toujours là. Tapie. Attendant son tour de scène.

Dans un ultime hoquet noyé, Loras Novgorod accuse le coup. Reçoit la sentence sans procès d'une Mère-cenaire en colère. Il s'éteint petit à petit, prostré contre cette lame qui lui a déchiré le coeur en deux.


Détourne les yeux, petit. Il n'y a pas d'âge pour éviter la laideur de la mort. Ne regarde pas. Je n'ai pas souhaité t'imposer cela.


Une seconde fois.




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-Recueil-
Alaynna
[Dans un coin de garrigue perdue, toujours sans nouvelles du Serbe depuis plusieurs jours.]


Quelque part dans la garrigue, cela fait des heures que je chiale, que je vomis, que je repleure, que je redégobille. Vautrée au pied d'un arbre.
Je pleure tout ce que je n'ai pas pleuré depuis mon retour d'Italie. J'envoies Roman se faire foutre. Ainsi que Niallan. Et puis le Danois aussi. Et tiens, puisque nous y sommes, le Serbe également, Loras, je l'envoies se faire foutre bien profond. Tous m'ont abandonnée et se sont carapatés.

Roman, l'italien de mes rêves tout droit sorti de mon enfance, celui que j'avais épousé jusqu'à ce que mort s'ensuive. Envolé.

Niallan, celui à qui je voues un amour éternel et hors du commun bien que maintenant, il semblerait, selon le dernier article que j'ai lu en sortant de taverne hier soir de la Mouette Déchaînée, que ce soit devenu la grande mode que d'aimer le blond tel un oiseau , un aigle qui vole haut. J'ai ri, cynique, en lisant ça. Parce que je sais que ce n'est pas moi qui en avait causé à Diego pour son article donc ça ne peut venir que d'une seule autre personne. Celle à qui j'avais dit une fois, à Limoges, de quelle manière je l'aimais. Et je me souviens que quelques jours plus tard, en taverne, devant moi, elle s'amusait à dessiner un aigle sur un vélin et mon Salaud de ma vie d'encore mari lui, ça le faisait marrer, alors que moi, ça m'arrachait le coeur.
No. Je n'ai pas oublié. Ni pardonné.

Le Danois. Osfrid. Qui une fois arrivé à Limoges, a eu la couardise de ne pas me dire les choses en face et s'est carapaté en douce, tout ça parce que j'avais refusé d'ôter les droits de père de Niallan pour les lui offrir à lui. J'allais finir par croire que le danois avait formenté une vengeance personnelle pour en arriver là. Les choses ne m'avaient pas paru bien nettes, mais aujourd'hui, je restais persuadée que le seul enjeu avait été Anna. Saloperie.

Et Loras. En qui j'avais confiance. Ce Serbe tout aussi sauvageon que moi, qui cachait beaucoup mais avec lequel pourtant, j'avais des points communs, et tant de différences. Le seul qui me redonnait le goût de vivre et le sourire, en dehors d'Anna. Le seul qui m'apaisait. Le seul qui me faisait penser que se relever de bonheur, c'était peut-être possible. Le seul qui, d'un léger cognement d'épaule, savait me faire frémir, retenir mon attention, celui qui jour après jour, m'avait faite Sienne.
Celui que je cherche depuis sa disparition, qui semble n'être anormale qu'à ma propre personne. Mais je m'en cogne parce que je reste persuadée que quelque chose cloche. Au fond de moi, je sais qu'il ne m'aurait pas abandonné de la sorte. Alors même si je l'envoies se faire foutre à haute voix, je n'en resterai pas là. Je lui mettrais la main dessus. Et je saurai.

Hier après-midi, j'avais eu le malheur d'entrer en taverne en même temps que Neijin alors que Niallan s'y trouvait. Je savais que j'aurai du faire demi tour et partir. Je le savais. Mais ils n'ont pas voulu. Et moi j'ai voulu prendre sur moi.
Grossière erreur.
D'une, je ne supporte toujours pas de les voir ensemble. Y'a rien à faire, ça ne passe pas et d'ailleurs depuis que Niallan m'a quitté, j'en veux à Neijin, alors qu'avant je m'en cognais et je m'entendais plutôt bien avec elle.
De deux, Niallan m'a appris qu'il allait déménager sur Limoges - première claque- et second soufflet, il m'a aussi appris l'arrivée de la russe avec une partie des Corleone.

Revoir Arsène, ça ne me dérange absolument pas, je l'aime bien cette Corleone là. Mais alors revoir cette traitresse de Catalyna, celle qui se disait mon amie, je ne peux pas. Je m'y refuse. Et puis en plus, j'ai fait une promesse à Gabriel. Et je ne veux pas être tentée de la rompre.
Alors le soir, quand j'ai aperçu Diego en taverne, je l'ai prévenu. Que je n'irai pas à Limoges. Cet endroit que je hais.
Je lui ai dit de but en blanc que je n'irai pas avec eux. Et là, l'italien évidemment n'a rien voulu entendre et a décrété que j'irais avec eux.
C'est quand j'ai parlé de l'arrivée de la russe et des Corleone que j'ai compris qu'un truc tournait pas rond chez Diego. Je l'ai vu se mettre à paniquer. Et puis du coup lui non plus il ne voulait plus aller à Limoges. Alors il m'a dit qu'on s'arrêterait un jour avant lui et moi. Son propos m'a rappellé celui du Danois qui m'avait sorti le même sous prétexte qu'il ne voulait pas croiser Niallan. Et vu que le Danois s'est carapaté, je me doute bien que Diego en fera tout autant.
Il m'avait attrapé le bras, il paniquait vraiment. Et puis Daeneryss est arrivé et l'italien a balancé qu'il voulait venir avec moi chercher Loras. J'ai fait la gueule. Dae a fait la gueule. Du coup Diego a décidé finalement de rester avec Daeneryss. Ce qui était la seule chose à faire. Enfin moi si j'étais un homme fiancé, c'est ce que j'aurai fait. Mais moi je suis une femme, sans aucunes attaches désormais hormis ma fille et donc, j'ai fait ce qui m'a semblé, à moi, le plus juste de faire.
Je me suis pris la poudre d'escampette en direction de la garrigue. Apollo sur les talons.

Je me souviens vaguement avoir entamé une nouvelle fois mes recherches, mais en vain. Désemparée par la disparition de Loras auquel je tiens bien plus que je ne voulais me l'avouer, mise à mal par la vue de Niallan et Neijin et par les nouvelles qu'il m'a apprises, je me suis retrouvée, sans trop savoir comment, avec les deux fioles des Corleone entre les mains.
Anna était avec son père, je lui avais demandé de la garder pour la nuit.
J'ai longtemps hésité devant les deux fioles. J'ai joué à plouf plouf avec, je leur ai causé pour savoir laquelle des deux voulaient être la première et finalement mon choix s'est porté sur l'une d'elles.

Et depuis je pleure. Et je dégobille. Depuis des heures. Je fume aussi. La pipe de Loras ne désemplit pas.

J'ai mis longtemps avant de m'apercevoir que je n'étais pas la seule à pleurer. J'ai mis du temps à réaliser que cette masse sombre qui m'écrasait à moitié et que cette humidité que je sentais dans mon cou n'était autre que le poids d'Apollo et sa truffe. Et lui aussi s'en donnait à coeur joie de gémir. J'ai aussi mis du temps avant de sentir les griffes canines me malaxer les avant-bras. Et ce n'est que quand Apollo s'est remis debout en se tournant vers moi et en aboyant que j'ai commencé à reprendre conscience de l'endroit où je me trouvais.

J'ai surtout compris que mon enfoiré d'ex mari de Corleone, m'avait vendu tout autre chose que le poison que je lui avais demandé il y a quelques mois. Cette enflure avait empoché mes écus, alors qu'il savait pertinemment qu'il me vendait de la m.ierda. Je me souviens qu'au début il m'avait demandé si c'était pour tuer Niallan mais je lui avais dit que no, c'était pour tuer quelqu'un d'autre. Bien sûr je n'avais pas précisé que c'était pour ma consommation personnelle. Pourtant Roman m'avait refilé un produit qui ne tuait absolument pas.
Alors soit le Corleone ne tenait finalement pas à ce que je meurre, soit il était comme son père et il avait pris son parti en se disant que finalement au lieu de me tuer le mieux était de me laisser vivre auprès de Niallan, parce qu'ils étaient persuadés qu'il m'en ferait baver, d'ailleurs Roman avait bien eu à coeur de me rappeller la dernière tromperie du blond avec Neijin.

N'empêche qu'Amalio et Roman l'avaient tous deux dans l'os aujourd'hui. Parce que Niallan m'avait abandonné pour se carapater avec sa maîtresse. Alors au final, leur plan aux Corleone, avait échoué.

Sur la colère, je lui aurai bien écrit à Roman puis dans ma caboche déjà bien enfumée, j'ai quand même eu la présence d'esprit de me dire que c'était la chose à ne justement pas faire. Parce qu'alors il saurait que j'ai avalé ce que je prenais pour le poison qu'il m'avait vendu. Et il en serait certainement si content qu'il en éclaterait de rire et puis je ne voulais pas qu'il sache que Niallan m'avait abandonnée.
Quoique si je le lui disais, il cesserait de vouloir le tuer. Quoique no. Peut-être pas. Le mieux était donc de faire comme si je n'avais jamais avalé cette saloperie.

Et c'est à Eliance que j'ai écrit, parce que je culpabilisais un peu de ne pas l'avoir fait avant. Par contre, j'ai le cerveau si enfumé que je ne me souviens pas vraiment de ce que j'ai pu lui écrire.

J'ai la tête prête à exploser, à force de pleurer, j'ai le visage maculé de larmes et de terre, il doit sans doute y avoir quelques restes de mon estomac aussi.
Mais l'attitude d'Apollo me fait me redresser et d'un pas peu sûr, je me rapproche tapoter le flan d'Epo et je glisse une main dans sa crinière.

Et c'est aux côtés d'Epo et d'Apollo que je me remets à la recherche de la trace de Loras.

Et il semblerait que cette fois, mon molosse Danois ait le flair heureux. Tout du moins il semble m'avoir dégoté une piste.

Et je suis peut-être en piteux état, mais j'ai la conscience qui se met en branle quand je découvre la trace des sabots au sol. Je m'accroupis afin de les observer et je reste là, un bon moment. Sans doute autant pour rassembler mes esprits que pour étudier les empreintes que j'ai sous les yeux.
Et je suis assez aguerrie en matière de chevaux pour savoir que ces sabots là, ne proviennent pas d'un cheval de labour d'un paysan du coin. Pas plus d'un étalon ou de l'un de mes Camarguais sauvages.

No. Cette empreinte là, provient d'un destrier. Un cheval de guerre. Ils n'ont pas leur pareil pour marteler ainsi le sol.

Alors dans ma tête s'échafaude un scénario. Loras coupait du bois pour un seigneur des alentours. Il serait donc très plausible que ces traces me mènent au seigneur en question.

De toute manière, quoi qu'il en soit, c'est la seule trace sérieuse qu'Apollo a trouvé depuis que je recherche le Serbe.
J'ai confiance en l'instinct de mon danois, alors le pas italien se fait un peu plus assuré et se met en branle pour suivre les empreintes laissées par les sabots guerriers.

Avec dans mes bleus, et dans le trou béant qui me sert de coeur depuis que Niallan m'a quitté et l'a emporté avec lui, une infime lueur d'espoir qui renaît. Je reste certaine qu'il y a une explication à la disparition de Loras.

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