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[RP] Éternise moi

Soren

         
        « Sarlat, Périgord-Angoumois, Aout 1465 »



    Le matin, une pluie fine s’était mise à tomber du ciel gris et cotonneux qui surplombait la ville de Sarlat, rendant glissant le pavé de la chaussée. Cela faisait quelque temps déjà que je lui avais promis de l’initier à l’art de manier la rapière. Depuis, les évènements nous avaient rattrapés. Lorsque j’avais pris cet engagement, j’étais loin de penser qu’elle devrait aussi vite passer du terrain de pratique à celui d’exercice en grandeur nature. Hier, lorsque je l’ai vu après qu’elle eut pris connaissance de cette missive, elle n’avait pas eu besoin de me dire ce qu’elle ferait. Son corps parlait pour elle. Son corps et son caractère que j’avais appris à découvrir depuis quelques semaines. Je lui avais donné rendez-vous du côté ouest de la ville, proche des remparts et du grenier à blé. C’était un matin comme un autre, un de ceux dont vous avez l’impression qu’ils vont marquer votre vie à tout jamais. Un de ces matins où vous avez l’impression de mettre le pied dans un système d’engrenages que personne ne maitrise et qui peut faire basculer votre vie d’un côté ou d’un autre. D’un côté d’ombre de ou lumière.

    Je m’étais mis en route en début de l’après-midi. Je connaissais les rues de Sarlat par coeur pour y avoir vécu un moment, pour l’avoir vu ravagée par les pilleurs, pour y être aussi le lieu où s’était installé le clan MacFadyen.  La place où je débouchais en remontant la rue des tanneurs était vide de monde. Mon étudiante n’était pas encore arrivée. Je déposai sur la pierre ocre originaire de la région sarladaise une épée à lame fine et longue enroulée dans son fourreau de lin. Une épée…et des doutes. La main droite était toujours engoncée dans une attelle. Le temps lui avait permis de désenfler et la douleur de s’atténuer. Plier les doigts m’était encore impossible mais ce qui me taraudait l’esprit était de savoir ce qu’elle serait capable de faire une fois les blessures physiques guéries.

    Les phalanges senestre se refermèrent nerveusement dans la paume de ma main.  Stupide! Mais pourquoi lui avais-je donc proposé de lui enseigner l’art de l’escrime? Moi qui ne suit même plus capable de porter le moindre coup à l’aide d’une épée, que ce soit d’estoc ou de taille? Et ça, elle le savait. Elle m’avait vu la dernière fois, cette nuit où une fois de plus, j’avais essayé de frapper. Pour quel résultat? Pour voir trembler une main devant un adversaire qui était aussi immobile et paisible qu’un arbre centenaire! Cette fois-là, l’arme avait roulé jusqu’à ses pieds. Depuis combien de temps était-elle là, derrière moi, observant la scène? Assez pour savoir de quoi il relevait. C’était une scène d’une rare indécence: elle m’avait surpris l’âme à nue, cueillant un secret que je désirais garder enterré au fond de moi, offrant à son regard une situation de faiblesse que j’avais du mal à assumer. Qu’avait-elle compris de ce qu’elle avait vu? Des tenants et des aboutissants? De la raison de tout ceci? Cela restait un mystère même pour moi. Pourquoi? Pourquoi ce bras se mettait-il à trembler lorsque je levai une arme quelconque, mon poignard excepté? Pourquoi? Je n’en savais rien. Au début j’avais pensé que c’était un manque de force. Oui…un manque de force...





         « Sarlat, Périgord-Angoumois, novembre 1461, retour dans un passé déjà conté…»


     « Ma mère, nous avons le regret de vous annoncer que votre fils est décédé brutalement la nuit passée dans des circonstances encore inconnues » … A peu de choses près, c’était le genre de phrase qu’avait du entendre Brygh Ailean MacFadyen ce matin-là. Peut-être avait-elle eu un instant de doute en voyant Hadrien gambader sur la berge, près du lac? L’Île de Sarlat était la propriété des MacFadyen. C’était là qu’ils vivaient, qu’ils s’étaient coupés du monde pour mieux se protéger. Et la nuit passée, il n’y avait pas eu de mort sur l’île mais si Brygh avait tourné sa tête vers le Taillevent de Bergerac, à quelques lieues de là,  au coeur même de la ville la plus tranquille du Périgord-Angoumois, elle aurait compris.

    Søren MacFadyen Eriksen est mort. Mais Søren MacFadyen Eriksen n’était pas, ou plutôt, n’était plus un membre du clan MacFadyen, et ce avant même son trépas. Est-ce la raison pour laquelle Brygh n’avait pas saisi ce qu’on venait lui annoncer? La mort de son fils? Quelque part dans son esprit, Søren n’était plus son fils. Elle l’avait renié à cause d’un différend politique. De quoi était-il mort? Personne ne le savait exactement. A Bergerac, il se disait qu’il était en taverne avec Paquita lorsqu’après avoir descendu une énième Sainte, il est tombé brutalement sur le sol, sans vie, devant le regard effrayé de sa compagne qui venait d’entrer.

    Solveig Olofsdottir, l’assistante suédoise qui avait accompagné le danois lors de ses précédents mandats à la prévôté, à la procure et ailleurs s’occupa de faire appliquer les dernières volontés de son employeur. Elle fit creuser une tombe à Sarlat-la-Canéda, derrière l’église Ste-Lucie. Elle organisa les funérailles, convoqua famille et amis, concoctant un étrange mélange de personnes qui ne pouvaient souffrir d’être ensemble, même à un enterrement. Ce fut Agnès Erikssen, sa propre soeur qui ce jour-là sut se comporter avec la plus grande dignité, au delà de la souffrance qu’elle ressentait. Alors que les funérailles tournaient au règlement de compte à l’intérieur de l’église, elle s’appropria le corps de son défunt frère et l’amena avec elle, au couvent des cordeliers de Sarlat, là où elle suivait son noviciat…  





         « Sarlat, Périgord-Angoumois, retour dans le présent »


    L’église Sainte-Lucie me tournait le dos. Je ne me rappelais plus la dernière où j’y avais mis les pieds. Mes relations avec le Très-Haut n’étant pas toujours au beau fixe, mon assiduité aux messes dominicales n’était guère exemplaire. A moins de deux cents pieds de là, se trouvait ma tombe. Oui, ma tombe. « Ci-git pour l’éternité Søren MacFadyen Eriksen, mort de belle façon. ». Tout un épitaphe. La première fois que je l’avais découverte, cela m’avait marqué. Dans mon esprit, à l’époque, ne restait que des lambeaux de souvenirs de mes dernières années. J’avais par contre conservé tous ceux de mon enfance, de ma vie passée à Helsingør ainsi que mes premières années françaises après mon bannissement du Danemark. Voir son propre nom gravé sur une tombe, ça a de quoi refroidir le plus insensible des hommes. Désormais je m’y étais habitué. Parfois, je me disais même en plaisantant que je devrais organiser un pèlerinage annuel pour venir me recueillir ici, pour me rappeler que la vie est courte et qu’il vaut mieux en profiter avant qu’il ne soit pas trop tard.

    Je n’avais pas de doute. Elle viendrait. Mais encore? Et après? Si j’avais prévu de consacrer les premiers instants de la leçon à des généralités comme la prise en main de l’arme, les différentes manières de toucher, la position adéquate des mains, des jambes, du tronc, je ne savais pas en revanche ce qui se passerait lorsqu’il me faudrait croiser le fer avec elle. Là haut, en cet après-midi de septembre, dans le ciel redevenu d’un bleu azur ne trainaient plus qu’un ou deux nuages floconneux. Il n’y avait pas une once de vent pour soulever la terre battue ocre derrière Ste-Lucie. Le soleil tapait fort ce jour-là sur le Périgord et avant de donner ma leçon, j’avais décidé de m’étendre sur ce petit muret pour y prendre un instant de repos et peut-être même somnoler un petit peu. Les semaines qui s’annonçaient ne seraient guère propices à se prélasser. Ni pour elle, ni pour moi. Je n’avais fichtre aucune idée de l’endroit où elle m’entrainerait. Je savais par contre qu’il valait mieux qu’elle sache se défendre, même un peu. Oui, cela serait mieux que rien et pourrait faire la différence entre vie et trépas. Pour le reste, elle aurait sans doute besoin d’un mercenaire, et les danois étaient les meilleurs d’entr’eux. 

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Eudoxie_
"Quand l'amitié parle, la raison se tait" (E.C)

Nouvelles ? Affliction ? Action...

Promesse avait été faite quelques temps en arrière d'enseigner à l'inénarrable l'art des armes, mais pour l'heure, le temps était à la détente entre amis, à la pêche, aux rires, aux folies en taverne... à une douce insouciance bien loin de l'ouragan qui allait s'abattre.
Encore ce soir là, un détrempage de vêtements par le blond médecin et un masque de chat dessiné au fusain avait clôturé la soirée avec Layke, avant que celle d'un défi relevé d'une bure portée ne prenne le relais, Frère "Niels" prenant confession de la brunette, la bonne humeur était donc de mise à La Belle de Sarlat, et puis....

Et puis... Une missive, d'un complice au loin, qu'elle avait tant attendu, trouvant son temps de réponse inquiétant vu le nouveau monde dans lequel il évoluait, et les mots qui avaient défilés devant son regard n'avaient fait que confirmer son idée, la mettant à genoux, au sens imagé et au sens propre du terme, son corps s'affaissant brusquement à la découverte du contenu.
Anéantissement temporaire de la béarnaise qui se mua, après la réflexion au sortir d'une nuit blanche, en détermination à le retrouver et lui porter secours quelque soit le mal qui le rongeait, folie ou captivité, mais d'un sens ou de l'autre, une maitrise minimale des armes ne serait pas superflue, les sphères dans lesquelles vivaient son aube n'étant pas "joviales".

Requête fut faite à son maître d'armes désigné d'office qui avait essuyé les méfaits de cette missive et tout les ravages qu'elle avait pu faire à la jeune femme, une fois de plus là quand il avait fallu l'être pour la soutenir et répondant, ici encore, présent pour honorer sa promesse.
Le temps de préparer le périple, le blond et la brune auraient le temps, au moins pour les rudiments, et en cette matinée rendez-vous avait été donné aux abords de Sainte Lucie.

Eudoxie n'avait aucunement l'habitude de porter braies et même s'il lui semblait judicieux de revêtir ce genre d'artefact pour une leçon d'escrime, son coté logique n'eut guère de difficulté à la convaincre que le jour où elle aurait à se servir de sa rapière, récemment offerte, son assaillant n'attendrait pas qu'elle lui dise "attend deux secondes je me change, j'enfile des braies et je suis à toi".
C'est donc en vêtue de son habituelle jupe que la petite brune se présenta au lieu convenu pour rejoindre le prévôt du Périgord-Angoumois et s'adonner à l'apprentissage de l'escrime qui lui tenait à coeur depuis de nombreuses années, n'ayant jamais réussi à aboutir au jour d'une leçon, même si d'autres lui avaient déjà proposés d'assouvir cette envie par gentillesse, affection ou intérêt pour l'une d'elle.

La marche déterminée et sa rapière en main, l'inénarrable avait arpenté les ruelles reliant La Belle de Sarlat à l'église Sainte Lucie, certains passants croisés la regardant un poil de traviole, surement l'épée sans protection, mais la petite brune n'avait pas eu l'occasion d'acquérir un fourreau encore, cela viendrait avant leur départ pour Genève.
Progressant tout se bousculait dans sa tête, refaire l'itinéraire, préparer les provisions différemment, prévenir tout le monde, ses compagnons de voyage et les célestiens qu'elle ne reverrait pas dans l'immédiat, sa destination déviant par nécessité, mais il est des appels à l'aide voilé auquel on ne pouvait pas ne pas répondre, celui de Gérard en était un.

L'esprit préoccupé par tout ceci, les pas l'avaient menés au lieu donné par Søren, un cours d'escrime derrière un lieu saint, la chose était étrange mais il connaissait Sarlat comme sa poche alors il devait sans doute ses raisons, et en soi l'endroit lui importait peu, tout ce qu'elle voulait c'était découvrir cet art que certains maitrisaient avec une dextérité déconcertante.
Son premier amour avait cette facilité, et avait tenté de lui apprendre alors qu'elle était toute jeune à se battre à l'épée, le résultat fut catastrophique, et sa cuisse gauche en portait encore une cicatrice d'une bonne quinzaine de centimètres de long, il était à espérer que cette fois-ci Eudoxie serait un peu plus habile avec sa lame.

Le blond danois était en mode "bronzette" sur un muret ce qui la fit doucement sourire, en temps normal l'idée lui serait surement venue de trouver un quelconque récipient pour prendre de l'eau à la fontaine ou à l'abreuvoir le plus proche et le "rafraichir" avec malice, mais l'heure n'était pas à ce genre de blagues potaches.
Cela étant... Sans trop de bruit, la future élève du chef des maréchaux s'approcha en déposant la pointe de sa rapière sur la dextre fracturée sous atèle pour la tapoter, sa silhouette filtrant du soleil dans son dos en fixant l'alangui, remontant la rapière jusqu'au niveau de son poitrail pour y appuyer légèrement la pointe sur l'étoffe.

Tu es mort Seurn...

Tête inclinée de coté dans un sourire amusée et moqueur, les rayons de lumière passèrent par dessus son épaule en direction du grand blond allongé sur son muret tenu en joue par une novice et la rapière qu'il lui avait offerte en vue des leçons.
Mais justement de leçon il était question, alors tuer le professeur par mégarde eut-été sincèrement dommage, relâchant la pression sur le poitrail, Eudoxie attendit donc calmement de voir ce qu'il comptait lui apprendre ce jour.


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Soren
         
        « Sarlat, Périgord-Angoumois, novembre 1461, encore…»


    - « Tu es mort Seurn… »

    Cette phrase, lourde de sens, rebondit sur les parois de la tour dans laquelle je me trouve alors que je gravis cet escalier qui me semble interminable. Je ne sais où je suis ni où je vais mais il me faut avancer. Je n’ai pas le choix.

    - « Tu es dans ce que l’on appelle les limbes Seurn, ce lieu entre la vie et la mort… »

    Les limbes? Entre la vie et la mort? Mais qu’est-ce que je fais ici? Ce château m’est familier et pourtant je n’ai pas souvenance d’y avoir mis les pieds un jour. Étrangement, je sais ce qui m’attend là-haut. J’y trouverai une grand salle circulaire dans laquelle a été installé un grand lit à baldaquin orné de voilages de dentelles. En face du lit, il y aura une petite commode de chêne et sur la parois latérales de la pièce, à gauche, un penderie vide tout vêtement. L’unique fenêtre sera frappée régulièrement par les gouttes de pluie malmenées par la tempête qui sévit dehors, sur cette île que l’on nomme Hoy, dans les Orcades écossaises.

    - « Les limbes prennent la forme que l’on désire Seurn MacFadyen Eriksen. Accueillantes ou hostiles, familières ou méconnues, chaudes ou glacées, elles sont ce que tu y apportes, une part de toi, de ce que tu es. Elles sont un passage obligé de chacun d’entre nous, un transit avant une orientation vers le paradis solaire ou l’enfer lunaire. Elles sont le relais dans lequel chaque mort se ravitaille et se repose…en paix.»

    Mort? Mais je ne suis pas mort. Je n’ai pas encore atteint l’âge de mourir.

    - « Si Seurn. Tu es mort, empoisonné par celle que tu as recueilli, par celle que tu as pris sous ton aile. Empoisonné par une scandinave de surcroit, une suédoise du nom de Solveig Olofsdottir. Tu ne me connais pas Seurn MacFadyen Eriksen. Je suis Wilgeforte. Sainte Wilgeforte et je suis venu te dire que ton heure n’est pas encore venu. Cependant, nul ne peut revenir des limbes Seurn, même ceux qui y sont arrivés un peu trop vite. Si tu poursuis ton chemin vers cette chambre, alors c’est l’enfer lunaire qui t’attend. C’est le prix à payer pour une vie passée dans le péché. Sache cependant que je puis t’accorder une chance Seurn, une chance d’expier tes fautes, de corriger tes erreurs et peut-être d’accéder un jour au paradis solaire…mais il y a un prix à payer pour cela Seurn. Es-tu prêt à l’assumer ou préfères-tu pourrir en enfer? »



         « Sarlat, Périgord-Angoumois, un jour d’aout 1465 mi-figue mi-raisin.. »


    - « Tu es mort Seurn… »

    Était-ce la voix ou la pointe de la lame appuyée contre la poitrine qui me ramena au seuil de conscience? Sans doute un peu des deux. Les derniers reliefs d’onirisme s’évaporèrent rapidement. Elle était là, en contrejour, une silhouette obscure entourée d’un halo de lumière, arc-boutée sur ses jambes, les mèches de cheveux s’égayant autour de son visage. Il n’y avait plus qu’à étaler les bras en croix et à s’avouer vaincu. Résister eut été vain. Ne pas reconnaître sa défaite eut été sot.

    - Vas-y ! Frappe! Ne laisse aucune chance à ton adversaire de se reprendre et de retourner la situation à son avantage. Sois sans pitié.

    Elle avait retiré la lame avant même que je lui prodiguai ce premier conseil. Mansuétude? Ignorance? Naïveté? Ou besoin d’un professeur d’escrime? Je me levai alors, laissant ma propre rapière sur le muret et la prenant par la main meurtrie je l’emmenai au centre de l’arène, ce cercle de terre battue derrière Ste-Lucie et son cimetière. Tel un fauve, la mimine libérée, je fis le tour de cette élève consentante, le regard rivé sur ce corps habitué certes aux voyages et aux vicissitudes de la vie mais peu adéquatement drapé pour un duel.

    - Mettons les choses au point…Tu vois ce muret en face de toi? Derrière, c’est le cimetière de Sarlat. Si on y allait, tu y trouverais…ma tombe. Même si c’est pour être allongé proche de toi pour l’éternité, il n’est pas question que tu rejoignes ce cimetière. Alors, lorsqu’on sera en Helvétie, promets-moi d’enfiler des braies, veux-tu? Je n’ai pas envie de te perdre parce que tu t’es pris les pieds dans une robe ou une jupe trop longue.

    La consigne était passée. Serait-elle respectée? Ça c’est une autre histoire. Quand elle a décidé quelqu’un, Elle pouvait être aussi têtue qu’une mule! Ce départ pour l’Helvétie en était un bon exemple. Les bras dans le dos, la senestre entourant le poignet de la dextre fracturée, je poursuivais mon introduction magistrale. Sur le sol de terre battue, un rond commençait à se dessiner autour d’elle.

    - Cette lame que tu tiens dans la main Eudoxie, tu dois la considérer comme une extension de toi-même, un bras plus long de quelques pieds. Une allonge supplémentaire, aussi flexible et maneuvrable que cette chair qui est tienne, aussi précise que peut l’être le déplacement d’un doigt. Si tu désires apprendre ma façon de se battre, tu n’apprendras pas à manier l’épée Eudoxie Castera, tu apprendras à danser. Lame et corps ne feront qu’un. Tu ne pareras pas, ou peu. Tu considèreras la parade comme un échec de ton système de défense et tu privilégieras toujours l’esquive. Oui, Eudoxie, tu danseras avec les lames, entre les lames. Tu prendras appui sur l’arme de ton adversaire, non pas pour te défendre mais pour lancer tes attaques. Mais avant tout ceci…

    Un bref regard vers le sol me permit de constater que le cercle autour d’elle était suffisamment visible. L’heure de passer des paroles aux actes était arrivée. Posté derrière elle, dans une promiscuité permise par mon statut de professeur, la main gauche gauche enveloppant sa senestre, la droite vint également couvrir le dos de sa main sur la garde de l’épée. Le ton de la voix descendit de plusieurs crans, la bouche de l’enseignant se cala proche de l’esgourde droite de l’élève. Mon regard darda sur la pointe de cette rapière que nos mains jointes relevèrent vers le ciel.

    - Étends ton index sur la garde. Ne le laisse pas enrouléeautour de celle-ci…Là…oui…

    La main gauche se fait souple sur la sienne. Le toucher est léger, guère directif...

    - Ta senestre est ton balancier, elle ne frappera jamais mais tu lui devras la vie. Si elle est mal positionnée, tu trébuches…et tu meurs. Sens ton corps Eudoxie. Visualise-le dans ton esprit. Ton centre de gravité ne doit jamais être trop haut, ni trop excentré. Laisse-le au centre, toujours au centre…

    Quand à la droite, elle raffermit son emprise sur la garde, sur sa main. Un léger mouvement de poignet me permit d’orienter son épée vers la gauche, vers la droite, vers le sol ou vers le ciel. Les directives sont murmurées désormais. Je n’avais nul envie que ma voix brise l’harmonie que je désirais lui voir atteindre. Ne faire qu’un avec cette lame de métal. Sentir son sang affluer jusqu’à l’extrémité de la lame. La faire vivre. Littéralement.

    - Maintiens fermement ta main sur la garde. Toute la souplesse doit venir de ton poignet. Là…comme ça…oui…

    Au sol, les pieds ont entamé leur danse. Le corps suivra sous peu… Du plat de la botte, je poussai légèrement son talon pour réajuster sa posture, son équilibre.

    - Et maintenant, ferme les yeux. Visualise tes ennemis. Détends-toi. Perds de cette rigidité excessive et gagne en souplesse. Danse avec cette lame, entre les lames de tes opposants. Danse…

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Eudoxie_
"Les étrangers se parlent, les complices se regardent." (Salvatore Torchetti)

Søren ? Rapière? Apprendre...

Fin sourire dessiné sur les carmines de l'inénarrable à la scène megalo-dramatico-théatrale de "l'achèves-moi" danois en ramenant son bras et la rapière le prolongeant le long de son corps, le conseil étant tout de même entendu d'une oreille, traduction eudoxienne faite "quand tu peux hésites pas sinon c'est toi qui y resteras".
Facile à dire quand on avait ça dans le sang, qu'on était prévôt, aguerri au maniement des armes, un corps d'athlète et qu'on savait ce qu'on faisait, mais quand on était comme la petite brune, inculte en la matière, d'une taille modeste, même si la fine musculature avait été dessiné par les voyages et les entrainements quotidiens pour le tournoi helvétique, et bien y'avait comme un décalage hein.

Pour autant Eudoxie ne s'en laisserait pas compter et voulait savoir comment manier cet engin de malheur qu'elle tenait en main, fin de l'acte théatral, Søren l'embarquait pour débuter la leçon, se mettant à lui tourner autour comme un lion autour de sa proie, euh...
Regard sombre levé vers le ciel quand la brunette compris enfin la raison de l'inspection approfondie de sa silhouette : des braies !!! LE tue l'amour par excellence, la seule fois où elle en avait porté c'était pour Morat et la marrave... Ah bah oui !!! Non... En fait son discours se tenait alors peut-être bien qu'elle ferait ce qu'il disait, peut-être, pas sure non plus.

Brusquement l'esprit d'Eudoxie fit le lien de certaines infos noyées dans sa tirade sur l'utilité de s'habiller en homme, cimetière, tombe, ouais jusque là logique pour l'endroit mais euh... SA tombe, y'a pas comme une couille dans le potage là ????
SA tombe ??? Onyx tournés vers lui, le suivant à en avoir le tournis à force qu'il creuse un sillon autour d'elle, les questions se bousculaient dans sa tête : comment, pourquoi, quand, mais y perd la boule ??? Comment on peut avoir une tombe en étant vivant, et nom de dieu il était bien là et bien vivant.

Et à force de se questionner intérieurement sur le pourquoi du schmilblick, et ben oui, elle n'avait fichtrement rien écouté de la première partie de la leçon, et de tout ce qu'il avait dit depuis un bon cinq minutes.
Quoi pas concentrée ??? Mais si, mais si, l'orthézienne avait tout bien compris : esquiver en dansant, pour faire la parade à l'adversaire, en jouant de sa lame, ah voyez, tout bien compris la brunette... ou pas...

Bon danser, d'accord pas de soucis, ça c'était du domaine des capacités de la bestiole, la volte, le canard, la danse du poignard... Ah bah voilà !!! Là aussi on évitait une lame, bon, et aussi des bières, mais dans l'idée ça se rejoignait finalement.
Pour l'heure, une main estropiée venait guider la sienne, tout en douceur, pour lui montrer comment tenir correctement cette lame qu'elle voulait apprendre à manier sans s'écharper elle-même, le corps du blond l'enveloppant pour imprimer ses gestes et en faire sa marionnette.

Le souffle murmuré au creux de son oreille, l'arme relevée sans un tremblement lui fit étirée un léger sourire satisfait, même si la concentration mise dans leçon, lui faisait mordre sa lèvre plus que de raison, si pas un petit bout de langue par moment, suivant les indications en tentant de ne pas commettre d'impair.
Obéissant à son professeur privé d'escrime, la petite brune ferma les yeux, en sécurité, s'imprégnant de l'intensité jusqu'à ce qu'il... poursuive ses recommandations, Eud ramenant la senestre masculine liée à la sienne pour les poser sur son ventre dans un éclat de rire.

T'en as de bonnes toi !!! Visualises tes ennemis et "détends-toi" ??? Sérieusement...

Oui bon d'accord, avec un petit effort elle aurait surement pu hein, on le sait autant vous que moi, mais là... Non c'était trop fort, pis ça détendrait peut-être un peu le truc, parce que là elle voulait bien se mettre dedans, mais c'était un peu trop protocolaire pour elle.
L'inénarrable savait pertinemment que Søren pouvait être très carré dans certains domaines, mais il savait tout autant se lâcher complètement dans certaines situations, surtout en taverne sous l'effet de la Sainte Illinda et de son compère procureur d'ailleurs, mais là un juste milieu serait une bonne chose.

Inspiration, expiration pour reprendre son sérieux avant qu'il ne s'agace, le pouce de senestre vint serrer doucement son homologue.
Visage eudoxien tourné vers son enseignant dans un sourire un peu confus, la lèvre de la brunette mordillée démontrait le malaise sur sa réaction qui n'était pas à propos devant l'urgence de l'apprentissage qu'il avait accepté de lui prodiguer.

Désolée... C'est parti tout seul... Promis je suis concentrée maintenant, mais évite de me sortir des trucs comme ça quand même

Sourire entendu dans un sourcil haussé, le blond au breuchingue impeccable la connaissait suffisamment maintenant pour savoir qu'il ne lui fallait pas grand chose pour démarrer au quart de tour, alors là...
Regard sombre dans la clarté du sien, la petite brune déposa un tendre baiser à la commissure des lèvres accessibles du danois avant de reprendre sa concentration et son sérieux pour poursuivre la leçon en reportant son attention sur sa rapière.

Et maintenant... suis prête je t'écoute...


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Soren
         
        « Sarlat, Périgord-Angoumois, aout 1465, derrière l’église Ste-Lucie…»


    - Regarde-moi Eud…Regarde-moi

    Ici comme ailleurs, hier comme aujourd’hui. elle était égale à elle-même. Insouciante, de bonne humeur, croquant dans la vie à pleine dent sans se soucier de ce que l’avenir pouvait lui apporter et c’est pour toutes ces raisons que ses amis l’aimaient. Mais là… Je sais qu’elle avait conscience du danger qui nous attendait. Gérard trainait avec Desideratum et la lépreuse venait de prouver récemment qu’elle n’était pas du genre à plaisanter. Personnellement, Je n’avais fichtre aucune idée de ce qui s’était passé là-bas. Maladie? Folie? Provoquée par quoi? Un poison? La torture? Des atrocités vécues? … Mais ce qui était arrivé à Gérard pouvait très bien nous arriver à nous également. Certains n’aiment pas que l’on se mêle de leurs affaires et peuvent prendre les mesures nécessaires pour que cela cesse. Jusqu’où l’orthézienne avait conscience de ça? Jusqu’où masquait-elle les inquiétudes légitimes qu’elle pouvait ressentir? Son insouciance était-elle une façon de se prémunir contre tout ceci? De se protéger? De manière consciente ou inconsciente?

    - J’ai bien dit « détends-toi » et pas « défends-toi ». Ce qui veut dire souplesse dans tes mouvements mais aussi contrôle de tes émotions. Si je t’ai demandé de fermer les yeux et de visualiser tes ennemis, c’est parce qu’avec une lame entre les mains, il te faut développer l’instinct du combat. Par moment, tu n’auras pas le temps de réfléchir. C’est trop long. Il te faudra faire appel à l’instinct. Ça veut dire sentir le combat, anticiper les actions de l’adversaire, prendre la meilleure décision sans même avoir à cogiter.

    J’avais l’impression d’être un vieux barbon qui venait casser le plaisir des jeunes gens insouciants avec ses idées conservatrices d’un autre temps. For fanden! Ça n’était pas moi ça mais il il s’agissait de sa vie. Là où l’on allait, il n’y avait pas de place pour l’erreur.

    - Quand à la raison pour laquelle je t’ai demandé de te détendre, c’est parce que si tu agis sous l’effet de la peur, tu prendras la mauvaise décision et une lame comme celle que tu portes te traversera le corps de part en part.

    Non. Ça n’allait pas. Je n’avais pas le bon ton avec elle. Elle venait de s’excuser et c’était comme si je la sermonnais à nouveau. Ce n’était pas la première fois que je donnai des cours d’escrime et pourtant, là, avec elle, je n’arrivai pas à trouver le bon ton. Je me demandai même si j’allais être capable d’arriver au bout de ces leçons: un bras qui tremblait, une main fracturée et maintenant un ton inadéquat pour lui faire passer mon message… Et c’était encore plus difficile quand elle me regardait avec ces yeux-là. Cette fois, c’était elle qui avait le dernier mot, même sans parler. Un silence de plomb s’installa entre nous et je rompis le premier le contact visuel.

    - Ahhhh… Excuse-moi Eud. Je ne voulais pas paraitre désobligeant mais…

    - « Mais quoi blondinet? Tu vas lui dire quoi? Que tu crains pour sa vie? Que tu penses que c’est trop dangereux pour elle? Ou….que tu n’es pas le professeur idéal pour elle? Hein? Es-tu seulement assez courageux pour affronter cette réalité en face? »

    - …s’il y a une chose que je ne puis accepter…

    - « Une chose que tu ne peux accepter? C’est quoi? Sa frivolité?  »

    - …C’est que tu ressortes de Genève en plus qu’un morceau.

    Aller chercher ma rapière contre le muret fut une façon de retrouver un peu de contenance. Oublier ce faux-pas et passer à autre chose. Ici, comme dans un combat, il ne fallait pas trop cogiter. Partir dans les limbes d’un acte manqué, c’était comme signer son arrêt de mort…



         
        « Sarlat, Périgord-Angoumois, novembre 1461, dans les limbes devant Ste-Wilgeforte.»


    - Tu as pris la bonne décision mon fils.

    Vraiment? Personnellement, j’en doute encore. Lorsque oncle Lars m’a donné le choix de ma peine, J’ai cru aussi que j’avais pris la bonne décision. Comme ici, c’était d’un côté la vie en dehors du Danemark, de l’autre la mort. Comme ici. Par la suite, je me suis maintes fois demandé si j’avais vraiment fait le bon choix. Oui. Maintes fois. Aujourd’hui encore je ne suis sur de rien. Mais ai-je vraiment le choix? Aristote prétend que l’homme a le libre-arbitre des décisions qui jalonnent sa vie. Billevesées! L’homme les subit la plupart du temps.

    - N’oublie pas Seurn. Ta promesse tu te dois de respecter sans cela, nulle chance tu n’auras de gagner le paradis solaire à l’heure de ta mort. A Lyon un pèlerinage, tu feras pour te repentir de tes péchés passés. Le baptême, tu accepteras car nul âme ne peut accéder au Paradis solaire sans avoir été au préalable accueilli dans la famille du Très-Haut par ce sacrement. Et enfin, nul coup tu ne porteras avec ton épée. La mort tu ne dispenseras Seurn MacFadyen Eriksen. Ta famille a déjà versé trop de sang par le passé. Sache que si jamais tu cherchais à outrepasser cette dernière condition, alors le courroux de Dieu tu ressentirais.



         
        « Sarlat, Périgord-Angoumois, aout 1465, un cercle, deux lames.»


    - Regarde-moi Eud…Regarde-moi. A tout instant, tu dois savoir où je suis et surtout ce que je m’apprête à faire.

    C’est là que ça allait se compliquer. A cet instant, la main ne tremblait pas. Était-ce parce que je la portais du côté gauche? Je ne pouvais me battre ainsi. La senestre était bien trop imprécise, bien trop hésitante: j’aurais l’air d’un hareng qui frétille sur la grève si j’engageais un véritable combat ainsi. Tourner autour d’elle, l’arme levée. Croiser son regard pour deviner ses pensées, anticiper ses gestes. Voir en elle, s’immiscer dans son esprit pour capter ses pensées au moment où elles se forment et lorsqu’elle connaitra son adversaire, les anticiper même. C’est là que se fait la différence entre un bon et un excellent bretteur. Cela s’apprend dès le début. Ça deviendra sa seconde nature.

    - Rappelle-toi: interdiction de mettre le pas en dehors du cercle. Si tu le fais…tu es morte..

    - « Elle ne se commettra pas. Elle connait ta faiblesse. Elle te connait blondinet. Trop bien. »

    Les lames s’entrechoquaient. Le bruit du métal résonnait sur cette place, derrière Ste-Lucie. Elle cherchait une faille et moi, je me contentais d’écarter sa lame de mon chemin. Je me prenais au jeu moi aussi. Forcer la lionne à sortir de sa cage. La tenter et voir comment elle réagirait. La main gauche est maladroite, il me fallait compenser par une abondance de mouvements supplémentaires. Oui, c’est vrai, j’abusais de mon avantage mais je n’avais pas pour objectif de la vaincre. Ni de l’humilier. Bien au contraire.

    - Oui, c’est bon… comme ça… Sors la lionne qui est en toi Eud…

    - « Tu cherches à la faire pouffer de rire ou quoi? »

    S’arrêter de tourner. Rester immobile et parer. L’intimider par un regard soutenu. Sentir le mouvement de son épée au travers de ce que trahissaient la prunelle de ses yeux. Un sourire de connivence naquit à la commissure des lèvres. Je baissai la garde de ma rapière, maintenant une distance respectable entre elle et moi. Une pause? Oui. Pour marquer un temps de repos mais aussi pour passer à l’étape suivante. Un sourcil, le gauche, se haussa en guise de défi et un plissement des yeux s’ensuivit. Et puis…

    - Maintenant Eud! Attaque-moi! Allez! Il n’y a plus de cercle, plus rien! Viens! Éternise-moi ou c’est moi qui le ferait!


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Eudoxie_
"Et à la fin de l'envoi..." (Cyrano de Bergerac)

Entrainement ? Théorie ? Pratique...

Obtempérer et le regarder, droit dans ses mirettes bleutées, duel terre-mer de pupilles alors qu'il lui expliquait le pourquoi de son invective et de son conseil... Pourquoi il était judicieux de se détendre, de visualiser, de ne pas être elle dans ce genre de moment.
Mais qui la connaissait dans ces cas là ? Qui l'avait déjà vu dans ce genre de situation extrême ? Qui savait de quoi elle était capable ? Personne... Pas même lui... Pas même elle en définitive...

Tout ce dont la béarnaise était certaine, c'est qu'elle ne laisserait pas un ami en détresse sans lui venir en aide, déjà pour Kaghan elle n'avait pu être là, bien malgré elle, pour ne pas dire contre elle, mais quand coursiers se font tardifs que la distance éloigne, certaines choses ne pouvaient rejoindre notre volonté.
Ici la possibilité était offerte de venir en aide à Gérard, il était donc hors de question que ça se produise une seconde fois, et avec le concours de Søren, elle serait parée pour au moins tenter de l'extirper de tout ça si épée elle devait sortir, mais pour l'heure...

"une lame comme celle que tu portes dans ta main te traversera le corps de part en part"

Le frisson qui parcourut son échine à cette phrase avait surement été ressenti par le danois, tout comme il l'aurait perçu dans le regard qu'ils échangeaient, il est des moments où les mots sont superflus pour se parler quand on commence à bien se connaître.
Celui-ci était de ceux là, et ce qui leur avait traversé l'esprit à l'un comme à l'autre n'avait rien de jouissif, loin de là... Le silence rompu par Søren dans une excuse, lui fit mordre lippe inférieure avant de s'éloigner de son coté, regard sombre portée sur sa rapière en s'arrêtant sur la gravure à la garde, l'observant avec force de conviction en la caressant de l'index.

Oh non.. y'aura pas de morceau non...

Sortie de ses pensées par un prévôt qui de nouveau l'invitait à le regarder, ne serait-ce pas un peu de vanité ? Non bien sur que non... Ce n'était pas le temps de penser à rire encore et toujours, le blondinet allait découvrir Eudoxie comme il ne l'avait probablement jamais vu, et elle non plus au demeurant.
Visage fermé et regard froncé, la petite brune l'écoutait avec attention suivant du regard son professeur qui tournoyait comme un loup autour d'une proie piégée, ouais l'image était pas gaie mais l'idée y était, sauf que la proie n'allait pas se laisser faire.

Hors du rond t'es morte, bah on va pas en sortir alors t'inquiètes...

Et c'était parti, la jeune femme passait à l'étape suivante ce qu'on appelait croiser le fer et sans se blesser de préférence, parce que la dernière expérience de ce genre lui cuisait la cuisse justement là tout de suite, allait savoir pourquoi, un rappel à vigilance sans doute.
Il n'avait beau avoir qu'une main et pas la bonne, il arrivait quand même à la tenir en échec, en même temps, l'orthézienne ne savait comment manier hormis ce qu'il venait de lui "enseigner", et possiblement n'osait-elle pas trop non plus vu son handicap actuel.

Parce que oui ce qu'elle avait vu en forêt n'était pas sortie de son esprit, mais somme toute vraisemblance, cet état de fait n'était que passage car là, même si senestre, la main ne tremblait nullement et était même plutôt assurée et revêche à son encontre.
Le rythme des échanges entre les lames s'accéléraient et la bestiole se laissait emporter, commençant à "danser" avec plus d'aisance dans le cercle sans en sortir, esquivant comme il l'avait expliqué plus qu'elle n'attaquait jusqu'à ce qu'un large sourire illumine son visage quand elle l'entendit parler de lâcher la lionne.

T'es sérieux ???

Le temps figé un instant, permettant à la brunette de reprendre son souffle, parce que mine de rien c'était physique même si ça semblait simple comme ça, mais foutredieu que nenni, c'est que c'était complexe de manier l'épée en fait.
Regards et sourires échangés sous entendaient tellement sur la suite à venir, sans évoquer cette provocation délibérée qu'elle ne pouvait que relever, haussant le sourcil droit en miroir à celui du Mac Fadyen, un sourire en coin entre amusement et sournoiserie.

Très bien Seurn... Eternisons alors... Prêt à perdre jusqu'à ton âme ?

Sourire s'élargissant la rapière fut relevée et la pause achevée, pied se portant en avant pour entamer une danse où cette fois le fer de sa lame vint frapper avec lourdeur et brusquerie son homologue, crissant d'une légère étincelle qui ne put que surprendre Eudoxie.
Mais le bal était ouvert, la petite brune devait apprendre, vite, très vite, trop vite sans doute, et l'un comme l'autre le savait, mais la confiance qu'ils s'étaient mutuellement accordés implicitement dans ce jeu dangereux aiderait à ce que tout se déroule pour le mieux.

Au moment, les fers se croisaient, se décroisaient, s'entrechoquaient, glissaient l'une contre l'autre, certaines esquives de la béarnaise étant du domaine de la justesse improbable, manquant à quelques millimètres de se voir habiller d'une nouvelle cicatrice.
Jouant de l'attention qu'il portait à ne pas la blesser, Eud avait user de fourberie pour réussir à l'acculer contre le muret, lames se croisant pour ne plus se défaire entre leurs corps rapprochés, presque à se toucher.

Souffle haletant, le petit bout de femme releva la noirceur de ses yeux vers le visage du blond entre les rapières entremêlées, elle savait que d'un geste il pouvait tout à fait la repousser et que probablement il le ferait, pourtant c'est un sourire vainqueur qu'elle arborait sur l'instant.
Elle avait réussi à le mettre en porte-à-faux et combien même elle n'aurait pas longtemps le dessus, la jubilation restait pleine et entière et dans un sourire narquois les yeux pétillants, une taquinerie s'éleva de ses lippes.

Et à la fin de l'envoi... Je t'éternise !!!

Echange de regards intense et souffles mêlés, instant de répit avant l'hallalli.

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Soren
         
        « Sarlat, Périgord-Angoumois, aout 1465, éternisé! Ou presque »


    - Et à la fin de l'envoi... Je t'éternise !!! 

    Un flash de lumière…

    - « …T’énernise… »

    Une vision voilée derrière un rideau blanc, opaque…

    - « …T’énernise… »

    Une étoffe qui se dissolvait progressivement, laissant apparaître son visage de femme entre les lames à nouveau… La pluie s’était mise à tomber, le vent balayait son visage, se jouait de ses mèches brunes comme d’un fétu de paille. Son regard avait gardé la même intensité. L’éclat du métal de la rapière rehaussait la force de caractère et la puissance des sentiments que renvoyait la prunelle de ses mirettes. Ses lèvres plissées et froncées cristallisait toute la détermination qu’elle mettait dans ce duel. Un goutte de sueur perla sur son front, se joua des courbes de son visage pour atteindre sa joue et finalement trouver un échappatoire pour rejoindre le sol. Pose figée pour l’éternité, une éternité qui ne dura qu’un bref instant. Un big bang d’émotions explosa soudain et se propagea tout autour d’eux à la vitesse de la lumière.

    Les lames croisées s’affrontaient, les regards se toisaient, les âmes tentaient d’imposer leur force. Les maitres d’armes n’avaient pas pour habitude d’utiliser une de leurs bottes secrètes lorsqu’ils ferraillaient avec un élève. Je n’étais pas maître d’armes, simplement son professeur personnel. Et puis, la senestre manquait de force et de précision. Pouvais-je perdre le premier assaut face à elle? Quelle crédibilité aurais-je ensuite à ses yeux pour continuer à la former? Il m’a fallu à peine un instant, un tout petit instant : alors que mes yeux soutenait toujours son son regard, distrayant par là son attention de nos rapières croisées, mon poignet imprima à la lame une force circulaire suffisante pour lui faire lâcher prise. L’arme virevolta dans les airs, tournoyant autour de la garde, proche de son centre de sa gravité, et atterrit au sol dans un grand fracas métallique. Elle roula quelques instants sur sa circonférence et finit par s’immobiliser dans une flaque d’eau qui s’était formée sur la terre battue dure et sèche du Périgord.

    Son regard se détacha de moi, suivant les circonvolutions de son arme dans les airs, puis au sol. Ses lèvres se dessoudèrent sous l’effet de la surprise. Ses mirettes s’agrandirent. J’avais la tête à peine baissée, mes yeux toujours dardés sur son visage. La position de son épée m’importait peu désormais. Je la savais suffisamment loin pour ne pas me préoccuper d’elle. Ne jamais se laisser distraire par autrui. C’était une des règles essentielles : toujours l’oeil rivé sur l’objectif à atteindre comme je le faisais à présent. Elle le saurait désormais. Lorsqu’elle braqua à nouveau son regard sur moi, la surprise occupait tout l’espace, s’imprégnant dans chaque trait de sa face. Des yeux…aux lèvres.


    - Non! A la fin de l'envoi... c’est moi qui t'éternise. 

    Le débit de paroles ne souffrait d’aucune précipitation. Le ton trahissait une détermination sans faille mais c’était au plus profond des yeux qu’elle aurait pu anticiper ma réaction. La dextre s’enroula autour de son cou à la vitesse d’un cobra se jetant sur sa proie, l’enveloppant totalement pour ramener son corps vers le mien. La senestre vint chercher sa rivale désarmée. Mon corps se pencha vers le sien, la dominant de toute sa taille et sa carrure masculine. Mes lèvres happèrent les siennes pour les emporter dans un baiser plein de fougue, sans aucune entrave, sans aucune quelconque retenue. Toute la place fut alors laissée à l’envie, au désir. Un baiser sauvage, violent, en phase avec les éléments qui se déchainaient autour de nous. Pluie… Vent… Mes lèvres exprimaient de manière charnelle la puissance des sentiments qui me submergeaient en cet instant. La senestre raffermit son emprise sur sa jumelle. Les doigts s’emmêlèrent intimement. Nul mot n’était nécessaire pour lui faire passer mon message, il suffisait de laisser parler…mes envies.

    Un rayon de soleil frappa sur le tranchant de ma lame, m’éblouissant au passage. Graduellement je revins à la réalité. Nul pluie, nul vent, nul baiser. Les fantasmes refluèrent de mon esprit, laissant sur la grève de mes pensées un arrière-gout délicieux, un peu délictueux mais totalement irréel. Le voile de l’imaginaire s’estompa graduellement laissant la réalité reprendre le dessus avec impudence. Devant moi, Eudoxie tenait toujours sa lame dans sa main. Les rapières étaient toujours croisées au travers de nos regards.. Le soleil frappait la ville de Sarlat avec la même ardeur. La lionne me faisait face avec la même fougue que précédemment.

    Et maintenant quoi? Lui faire lâcher prise? Faire valser sa rapière comme je l’ai imaginé? Ou bien…


    - Tu parles trop Eud.

    Les pieds n’avaient pas quitté leur position, ils étaient toujours bien campés au sol. Le regard était toujours porteur de ce mélange de fougue et de défi qu’il dardait au fond de ses mirettes. Lentement, la rapière écarta sa rivale, la faisant pointer vers le bas. La mienne tomba au sol, roulant entre nos jambes.J’écartais les bras en guise d’abandon. Le chemin qui menait au centre de ma poitrine lui était désormais totalement ouvert. Celle-ci montait et descendait au rythme du souffle que je récupérais progressivement.

    - Maintenant… Il ne te reste plus qu’à passer des paroles aux actes.

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Eudoxie_
"Vous chantiez ? j'en suis fort aise : Et bien ! dansez maintenant." (J de La Fontaine)

Epargner ? Achever ? Jouer...

Elle... "parlait trop" ??? Uhm comment dire, il aurait peut-être été temps qu'il s'en rende compte !!! Le souffle court, Eudoxie l'observait et lui découvrait une mauvaise foi sans faille ou alors c'était parce qu'il avait perdu la face, vu que déjà il n'aimait pas avoir tort.
S'en était presque à l'amuser quand le grand blond... sans la chaussure noire, promis c'était des bottes... donc quand le grand blond fit un mouvement étrange avec sa rapière pour... la laisser tomber.

Regard noir délaissant un temps le défi bleuté de celui du danois, la chute de la lame entre leurs jambes pour aller se planquer sous son jupon fut constatée, sourcil droit se haussant, perplexe, en revenant au faciès de Søren.
Et là... c'est le drame... son professeur se prenait subitement pour un condamné au supplice de crucifixion, lui jouant la scène mélodramatique du "vas-y achève moi, tue moi, fais disparaître cette honte de m'être fais grave botter le cul par une femme qui n'a jamais tenu une épée de sa vie".

Quoi exagération ? Oui et alors ? Pas lui peut-être ? Bon résultat des courses, la brunette se retrouvait avec des yeux ronds comme des billes de loto devant celui qui lui offrait son corps en pâture, le laissant à sa merci.
Et si là tout de suite, l'inénarrable pétait un câble hein ??? Comme si une "autre" prenait possession d'elle, et qu'assoiffée de sang elle venait lui taillader la chair, se délecter de son sang, un peu comme ces créatures de légendes qui vous foutait la trouille le soir dans les ruelles sombres.

Bah oui mais non !!! Et sur l'instant c'est une pulsion bien plus primaire et animale qui prit le dessus alors qu'elle pointait sa lame sous le menton du prévôt, appuyant suffisamment pour juste faire perler une fine gouttelette de sang.
Voilà il était mort, si, si !!! En théorie il l'était !!! Bon en pratique non, elle l'avait compris, lui aussi, moi aussi, vous aussi, mais la jubilation était là pour la petite brune alors qu'elle abaissait la garde de son épée, en se hissant sur ses pieds, approchant son visage du sien au plus près.

Eternisé...

Un mot... Un seul... C'était pas trop parler là ??? Et de parler il n'était plus question de toute façon, de savourer sa victoire, somme toute relative, en revanche ??? Sans aucun doute.
Sourire en coin et duel terre-mer des pupilles en cours, les carmines vinrent sceller le point final à "l'éternisation" (croyez le ou pas ce terme existe, si, si !!!) du condamné, un baiser d'une sensuelle simplicité, tout en subtile provocation, juste de quoi donner le frisson qui vous fait frémir l'échine, l'envie de... plus... d'user des points de pression et d'attiser les passions.

Sauf que le rictus de la béarnaise, à la respiration saccadée, s'étira le long des pulpeuses danoises, clôturant prématurément l'envoutant échange, senestre venant caresser la joue mal rasée, talons de bottes reprenant ancrage au sol.
Visage éloigné, le pouce caressa la labiale inférieure du Mac Fadyen alors qu'un sourire aussi narquois, défiant que mutin ou taquin toisait le prévôt, pied droit botté glissant sous la lame à terre pour la pousser vers les chausses masculines.

Tu danses ou tu fais tapisserie ?

Un... Deux... Volte !!!! A son tour de s'amuser... Et c'est en orchestrant cette danse, apprise lors de ces jeunes années en château, qu'Eudoxie rejoignit le cercle tracé, laissant là le blondinet, il avait voulu se jouer d'elle d'une mascarade, et bien ils seraient deux à jouer.
Virevoltes et tournicoti-tournicoton achevés, la petite brune s'inclina légèrement en une révérence digne des convenances, avant de se remettre en position de défense face au danois, et comme l'écrirait plus tard un homme à fables "Vous chantiez ? j'en suis fort aise : Et bien ! dansez maintenant.".


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Soren

       « I got my head but my head is unraveling 
      Can't keep control can't keep track of where it's traveling 
      I got my heart but my heart's no good 
      You're the only one that's understood… * »
      - The perfect Drug - Nine Inch Nails



       « Sarlat, Périgord-Angoumois, aout 1465, Danse avec la lionne. »  



    - Eudoxie 1 - Seurn 0…

    Oui, je sais, vous allez me dire qu’elle m’a aussi touché dès le début alors que j’était allongé sur le muret à rêvasser à des choses qui ne regardent que moi. Mais ça, ça ne compte pas. Seul, le professeur peut se permettre ça. Pour l’élève, ça ne serait que de l’outrecuidance déplacée. Quoi? Oui, je sais, vous allez rajouter : « Mais elle l’a fait! ». Et? Vous avez déjà vous Eudoxie Castera s’abstenir de passer outre les conventions quand elle en a envie vous? Moi pas. Bon d’accord! Ça ne fait que deux mois que j’apprends à la découvrir et hum…un mois et demi de plus environ que je la connais mais croyez-moi j’apprends vite! Allez! Assez de digression, je peux revenir à la narration?

    Eudoxie 1 - Søren 0. Oui, elle m’avait touché. Le fait que ça soit volontaire ou pas importait peu. Elle avait osé. Le menton en était témoin. Sang avait été versé et étanché d’un revers de la main mais Il n’y avait même pas de quoi salir les lieux. Les rombières de Sarlat n’auraient pas à se plaindre que l’endroit avait été souillé et que c’était donner un bien piètre exemple à la jeunesse de la ville. Mais pourquoi? Pourquoi lui avais-je ainsi offert de me toucher? Eh bien, pour deux raisons. Seuls ceux qui ont déjà combattu comprendront la première. Se battre pour sauver sa peau fait partie de nous. C’est une seconde nature. L’instinct de défense est ancré au plus profond de notre être, dans ces recoins de notre esprit que sans doute jamais nous ne comprendrons jamais totalement. Tuer pour se prémunir d’un danger n’a pas besoin d’être enseigné. C’est un acquis que l’on a tous. En revanche, ôter sciemment la vie à autrui alors que l’on ne se trouve pas en situation de danger imminent, certains n’y arrivent jamais. Le droit de vie ou de mort est un pouvoir divin que le Très-Haut a délégué à ses ouailles. Certains abusent du premier, d’autres du second. Certains ne veulent rien savoir du premier, d’autres du second. Eudoxie ne semblait pas particulièrement intéressée à prendre la responsabilité d’élever un enfant. Saurait-elle donner la mort? Certes, Elle avait osé me taillader. Dans ses yeux, je n’avais lu aucune crainte. C’était déjà ça. L’avenir confirmera mon opinion…ou pas.

    Quand à la deuxième raison, c’est elle qui me l’a donné. Du bout des lèvres. Vous faut-il plus de détails ou est-ce suffisamment clair? Connaissez-vous beaucoup de personnes qui savent résister à une addiction qu’ils développent, surtout quand celle-ci vous est si parfaitement adaptée? Moi pas et je n’avais pas envie d’y résister, je l’avoue.

    Était-ce moi ou la leçon n’était pas suffisante à son goût? Impertinente, provocatrice, pousser du plat du pied la lame dans ma direction dans un geste qui voulait dire « Encoooooore! », c’était tout à fait elle ça! Je ramassai l’épée de la senestre et pointai l’extrémité de celle-ci vers le sol, me rapprochant du cercle dans lequel elle avait repris place.


    - Danser? Comment le puis-je quand ma partenaire me fuit?

    Si je continuais ainsi à me déplacer de gauche à droite devant elle, j’allais finir par tracer un arc de cercle au sol. Hors de portée de son épée, je continuais à arpenter le sol, la toisant de temps à autre, surveillant du coin de l’oeil qu’elle ne prenait pas l’initiative de l’attaque. Si l’on disait de moi que j’étais imprévisible, j’en connaissais une autre qui, par son grain de folie, l’était tout autant.

    - J’ai atteint le premier ciel en voyant que tu ne t’es pas défilée pour prendre ta leçon d’escrime.

    - « Ouais! Dis comme ça blondinet, je suis sur qu’elle ne doit rien comprendre! »

    - Ton baiser m’a porté jusqu’au second ciel.

    Désormais immobile face à elle, le bras gauche tendu dans sa direction, la pointe de la rapière la provoquait, trois à quatre pieds devant son visage, oscillant légèrement dans un mouvement hypnotique. Elle m’avait défié, il fallait que je relève. Seulement voilà, je savais que si je cherchais à frapper ma main se mettrait sans doute à trembler, à devenir imprécise et pour finir, je ne serais même plus capable de la tenir. Alors que faire? Chercher le contact de sa lame? Hum, plutôt me rapprocher progressivement en l’écartant quand elle paraissait trop dangereuse. Encore. Oui. La forcer à reculer, à se mettre en équilibre instable ou à quitter son cercle. Je n’avais aucune intention de la pourfendre. Il me fallait rester sur la défensive tout en prenant l’initiative de l’assaut. Mais comment? Il me fallait ouvrir le chemin, ouvrir une brèche dans sa muraille, repousser son arme sur le côté. Si elle avait été un tantinet expérimenté, je n’aurais eu aucune chance. Pas de la main gauche. Pas avec cette faiblesse que je ne comprenais pas. Cela faisait des années maintenant que je n’avais pas porter une attaque et je ne m’en sentais toujours pas capable.

    Jusqu’alors le cliquetis des épées n’avait mené à rien. Elle n’ouvrait pas sa garde. La première opportunité fut la bonne. J’avais réussi à réduire la distance qui nous séparait d’un bon pied. Était-ce l’usure? Commençait-elle à fatiguer? Toujours est-il que la faille tant attendue survint enfin. Sa rapière était beaucoup trop excentrée. D’un coup énergique, au niveau de la garde, j’écartai plus encore son arme sur le côté et me ruai vers elle sans hésiter. Lâchant à nouveau l’arme, ma senestre s’empara de son poignet droit, empêchant son bras de redevenir un danger pour moi. J’effectuai un balayage du pied droit, fauchant au passage sa jambe d’appui pour la faire basculer au sol. La roulade qui s’ensuivit empoussiéra nos vêtements. Par trois fois, elle passa au dessus pour finir dos au sol, les bras en croix. Ma senestre maintenait le poignet de sa dextre contre la terre battue. Le bras droit prenait appui contre son vis-à-vis-gauche. Les genoux étaient solidement ancrés de part et d’autre de ses hanches et les jambes repliées sur les siennes terminaient cette posture d’immobilisation. Le breuchingue défait, la tête penchée vers son visage, j’esquissai une moue de satisfaction.


    - Troisième ciel Eudoxie Castera.


    * traduction ici

Eudoxie
“Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.” (Bertolt Brecht)

Combat ? Danse ? A terre...

Nouvelle danse autour d'un apprentissage qui s'orchestrait sous bien plus d'angles que ne voulait bien le laisser supposer cette leçon d'escrime, la nécessité de l'enseignement donnait champ à exulter sensations et sentiments contenus, qu'il s'agisse des craintes concernant son complice ou de...
Le danois revenait en approche, sans aucun doute l'escarmouche avait fait... mouche justement, le revers de manche essuyant l'impétuosité de la brunette ne put que lui tirer un large sourire narquois, première leçon, première touche, oui son maître d'armes personnel était amoindri et alors ??? Les choses étaient ainsi plus équilibrées non ???

L'orthézienne l'avait possiblement piqué au vif en le provoquant de nouveau, confirmation arrivant rapidement quand ill l'accusa de fuite... Il savait que si une chose n'était pas de ses habitudes c'était bien celle là, la petite brune avait fui une fois dans sa vie, et c'était promis de ne plus jamais le faire sur la tombe de celle que son départ ne lui avait jamais permis de revoir.
Le regard amusé ne l'était plus à cet instant, une noirceur, rarement présente dans ses yeux pétillants de vie, prenant place le temps d'une éclipse fugace, onyx remontant vers le scandinave en écoutant ses paroles un sourire s'étirant à l'évocation des différents ciels atteints, si il savait à quel point l'avoir fait saigner lui avait été jouissif et sceller la joute d'un baiser encore davantage.

Et l'invitation à danser acceptée ne pouvait que la réjouir, l'inénarrable voulait depuis si longtemps apprendre cet art, qu'elle comptait bien en profiter et ça jusqu'à la lie, comme elle le faisait toujours, tout vivre à fond, toujours, tout le temps, l'enfer lunaire pouvait tout à fait lui ouvrir les bras dès le lendemain, alors se nourrir de regrets c'était franchement pas son truc, même si certains resteraient vivaces jusqu'à son dernier souffle.
Mais l'heure n'était pas aux tergiversations de son esprit, caboche devait se concentrer sur un prévôt de retour et en pleine possession de ses moyens par rapport à elle, même avec son handicap, il avait la technique, l'habitude, la pratique, l'endurance et les capacités masculines qu'une femme n'aurait jamais, pas même Eudoxie qui pourtant s'entrainait régulièrement pour tournoi helvétique.

Attaquer, repousser, parer, esquiver, réitérer encore, et encore, jusqu'à sentir son bras lourd et son poignet engourdi, c'est que ça faisait son poids mine de ce machin et à force de tenir verve haute à son adversaire, force s'amenuisait alors que lui semblait pouvoir continuer pendant encore des heures, c'était peut-être pas le cas hein, mais du point de vue eudoxien c'était ce que ça donnait... la faisant grogner intérieurement.
Renouveler l'exploit de lui faire un pied de nez en mode "hé hé je t'ai eu beau blond" semblait fortement compromis, et à force de cogiter sur si, mi, ça et pas sur sa garde, forcément... forcément... bah ce qui devait arriver arriva, une inattention et Søren s'était engouffré dedans...

Comment ? De quelle façon ? Alors ça il fallait pas le demander à Eudoxie... Parce qu'elle avait juste eu le temps de voir sa main armée se faire agripper, qu'elle se sentait tomber brutalement sur le sol, poignet heurtant la terre sèche, en lâchant sa rapière, avant d'entamer série de roulades dont elle ne maitrisait rien, mais avait-elle seulement maitrisé quelque chose jusqu'ici en réalité ?
L'esprit vous joue parfois des tours, vous laissant penser que vous êtes maître de ce qui se passe, de vos vies, de vos sentiments, mais en fait... Que nenni !!!! Il suffisait de se laisser porter et de vivre l'instant présent, de profiter, de... Mais euh... On s'égare pas un peu du sujet là ??? Revenons à nos moutons !!! Roulades, danois, béarnaise, combat, ouais on en était là.

Crâne endolori, dos en compote et danois juché sur ses hanches, la chevauchant de telle façon qu'aucune résistance n'était possible, la maintenait fermement au sol, il l'avait purement et simplement crucifié sur le sol périgourdin, voilà comment on remerciait une livreuse de silex, franchement c'était pas abusé ???
Regard sombre vers son "cavalier", souffle court de leur combat venait s'écraser sur le visage lui faisant face, ténèbres captant ciel fouillèrent l'insondable le temps d'une ellipse, d'un appel d'air faisant soulever son buste plus fortement qu'à l'accoutumée, avant qu'il n'ouvre la bouche évoquant un troisième ciel suivi de son patronyme complet, provoquant un frisson chez la brune.

Tu parles trop Seurn...

Les bras déjà en croix, Eudoxie ne pouvait pas faire plus la condamnée à mort, le poids du danois sur son bassin n'étant qu'un rappel que oui, elle ne pouvait clairement pas bouger même en y mettant le peu d'énergie qui lui restait.
Alors quitte à ne pas pouvoir ruer et le bousculer, au moins le jouter de mots et provoquer jusqu'au point de non retour, le chatouillant où il fallait pour l'enquiquiner, car oui même dans ce genre de situation une Eudoxie ça restait taquine.

Maintenant… Il ne te reste plus qu’à passer des paroles aux actes !!!

Sourire non retenu, provocateur, impertinent et narquois, les mots avaient été soufflés, les siens qui plus est.
N'avez-vous jamais eu cette sensation de déjà vu ??? Et oui, balle de fond de cours, retour à l'envoyeur !!! Jeu, set et... Match ???

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Soren

       « Ma vie est sur un nuage
      
J'ai tout ce dont rêvent les filles de mon âge
      
Pourtant mes envies sont noires

      Quand tout va bien je ne ressens rien

      Mon bonheur a tué une part de moi

      Pardonne moi, mais mon bonheur c'est toi
Aide moi



      Donne moi moins d'attention

      Fais moi mal sans raison,

      Trompe toi de prénom,

      Mon ange sois mon démon,
      
Ne m'aime pas pour toujours,

      Mon ange joue moi un tour,

      Sois ma belle déception,
      
Oublie l'ange deviens mon démon »
      Jena Lee- Mon Ange



       « Sarlat, Périgord-Angoumois, aout 1465, Jeu, set et match parfait. »  



    - « Lui? Parler trop? Dis, t’as trouvé ça toute seule ou c’est mémé qui a dû te le souffler à l’esgourde poulette? Non parce que je le dis moi, t’as beau être bien foutue au dehors, à l’intérieur t’as pas l’air d’être vite vite hein! Ce genre de réflexion, ça n’est pas ça qui va te valoir le titre du Aristote du XVè ma belle! T’inventeras pas l’eau chaude avec ça, moi je te le dis. »

    Retour au présent de l’indicatif. Si pour l’instant j’ai narré ici le passé au présent et le présent au passé, il me faut désormais abandonner cette règle parce qu’il n’y a pas d’autre temps qui soit aussi efficace pour décrire ce qui s’est passé alors, parce que l’écriture lorsqu’elle se décline au présent a le pouvoir de faire revivre les plus beaux souvenirs qui sont en nous. Parce que c’en fut un.

    Les yeux dans les yeux. Plonger les océans au plus profond de cette forêt ténébreuse, s’enfoncer encore et encore jusqu’à arriver au point de non-retour, à cette lisière où plus aucune lumière ne passe. La franchir, pleinement conscient de ce que cela implique et ne plus jamais revenir. Ce n’est pas la première fois que je m’y aventure. Une à une il m’a fallu ouvrir des portes. Ouvrir ou les enfoncer pour en arriver là. Aujourd’hui, les cailloux blancs qui parsèment mon chemin ne servent plus à rien. Je suis allé bien trop loin pour faire demi-tour. Ni mon âme ni mon corps ne l’appellent de leurs cris. Certains prétendent qu’un regard vaut mille mots. Je dis qu’il est dommage de substituer l’un à l’autre quand il est possible d’avoir les deux, quand un silence ne se compare pas à un vide mais s’embellit de l’écrin d’un coup d’oeil.


    - Je parle trop oui… Et il va falloir t’y habituer.

    Oui, tu vas devoir t’habituer. Par ce que je ne changerais pas pour toi. Je resterais celui que je suis même si je me rapprocherais de toi. J’atténuerai ce qui t’irrite et développerai ce que tu aimes en moi, ce qui fait pétiller ton esprit. Je deviendrais ta drogue parfaite, celle dont tu ne peux plus te passer, celle que tu désires quand de réconfort tu as besoin, celle qui te fait sentir bien, celle dont tu abuses quand tu recherches le plaisir. Oui, je te parlerais. Encore et encore. Je te dirais comme tu m’es précieuse. Je commenterai tes grains de folie comme la façon dont tu tiens une épée. Je te dirais que tu devrais goûter à la confiote de bleuets pour que je puisse la gouter à la commissure de tes lèvres. Je te dirais tout ce que les autres ne te disent jamais. Je t’offrirais des fleurs atypiques et te ferait danser avec des poignards et des lames. J’éparpillerai tes vêtements au moment où tu veux préparer tes malles pour un voyage. Je mettrais des stupéfiants dans ta bière en taverne. Tout cela, sans jamais cesser de te parler. Je te prendrais dans mes bras dans les moments de doute et je trouverai les mots pour te réconforter. Je rirais avec toi, chanterai pour toi s’il le faut. Tu sauras tout de moi. tout ce que tu veux savoir, tout ce que j’ai cherché à cacher jusque là. Tu m’enivreras de baisers et de bière, je te saoulerais de paroles et de caresses. Pour toi, je serais…imprévisible.

    - Il n’y a que deux façons de me contraindre à arrêter de parler. La première, c’est de me tuer. La seconde, c’est…

    Se pencher vers son visage, le surplomber pour mieux le détailler puis poser mes lèvres à la frontière entre le cou et l’épaule. Clore les yeux et laisser la pointe d’une bavarde humecter l’endroit avant de le pincer délicatement de ces labiales. Faire courir ce baiser en bordure de son décolleté, tirer du bout des incisives sur les lacets de son bustier, défaire lentement la cocarde et lui dire…

    - Quatrième ciel.

    Voir ses lèvres s’entr’ouvrir sous l’effet du plaisir qui infuse petit à petit en elle, sourire quand elle se mord l’inférieure . La voir s’abandonner au même désir que moi. Faire rouler un souffle chaud sur une peau hérissée par mes initiatives audacieuses. Lui murmurer mes envies au coin d’une esgourde complice et la voir sourire de l’indécence folle de mes propos. Poser mes lèvres sur les siennes et ne sentir aucune résistance, juste un appel des sens. Il est des baisers dont on se souvient toute sa vie. Celui que j’échange avec toi en ce moment Eudoxie en est un. Le professeur cède le pas à l’amoureux pour un instant. Ne m’en veut pas Eud. Sais-tu que ma volonté peut-être faible quand tu es ainsi livrée à mon bon vouloir? Mes mains se referment sur les siennes, Nos doigts s’entremêlent, la paume du pouce semant des graines d’émoi sur une peau que j’imagine déjà à vif. Le bouche-à-bouche qui s’ensuit n’a rien de médical. Si les médecins étaient si sensuels avec leurs patients, les cabinets seraient bondés. Du bout des lèvres, c’est le fiel du désir que j’insinue dans son esprit. Un autre duel commence, sans lame mais tout aussi dangereux. Le ton des paroles est bas, le débit lent, les phrases entrecoupées de silence qui n’ont qu’un objectif: éveiller le désir. Dans son âme. Dans son corps

    - Et si j’entremêle actes et paroles?… Cela fait aussi?… Haine et amour sont à l’extrémité de la palette des sentiments mais si on referme la boucle, ils sont si proches l’un de l’autre… Il y a plus d’un Seurn en moi et ils sont tous irrésistiblement attirés par toi… Tu sais déjà à quel point je peux haïr, à quel point cette haine peut engendrer des débordements extrêmes… Alors…En cet instant…Imagine jusqu’où peut me mener l’amour que je te porte… Je serais ton ange…Et l’instant d’après, l’ange sera oublié et je deviendrais…ton démon.

    Un jour, un philosophe essaiera de faire croire au monde que « Je pense donc je suis ». En cet instant, sur cette terre battue, mon torse pressant sa poitrine, nos mains jointes et les yeux enchaînés les uns aux autres, le sang qui coule dans mes veines porte en lui une phrase légèrement différente « Je ressens donc je suis ». Alors jeu, set et match? Possible. Ou pas. La partie n’était peut-être pas terminée mais ce « match » là, ça oui, il était parfait. Dans mon tête et dans mon corps.


       « Je m'efface sur mon nuage
      Noircit mon ciel donne moi le pire des orages ( je veut haïr ton image)
      Arrache la flèche qui m'a heurté
      Libère mes larmes, détruis moi pour mieux me garder (pour mieux me garder)
      Mon amour a tué une part de moi
      Pardonne moi, mais mon amour c'est toi
      Aide moi

      Donne moi moins d'attention
      Fais moi mal sans raison,
      Trompe toi de prénom,
      Mon ange sois mon démon,
      Ne m'aime pas pour toujours,
      Mon ange joue moi un tour,
      Sois ma belle déception,
      Oublie l'ange deviens mon démon

      J'ai besoin de retrouver ma noirceur
      Pour me sentir en vie (pour me sentir en vie)
      Je me suis perdue à trop chercher le bonheur
      Je ne suis pas faite pour lui »




Détails concernant Eudoxie validés avec son JD
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