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[RP] Dieu n'est pas une Femme comme les autres

Alessia.


    Cette vierge-là, les marins l'appellent Notre-Dame des Navigateurs. Les nonnes du couvent, elles, l'appellent Notre-Dame du Repentir.
    Ce n'est toutefois pas le réalisme de son expression sculptée dans le bois, la fixité de ses prunelles de verre, ni ses longs cheveux, une chevelure véritable, qui donnent à sa présence une telle intensité.
    Non, c'est la femme qui prie à ses pieds, allongée sur les dalles froides, les bras en croix, le visage tourné vers le sol.

    On ne voit qu'elle dans la chapelle du couvent. Alessia Médicis, la pécheresse en robe de bure qui a offert la statue et s'abîme devant elle dans une supplication sans fin.
    Eut-elle ressemblé à ses compagnes, porté l'habit des nonnes et le voile, que ses oraisons n'eussent surpris personne. Mais la chevelure qui s'épand autour d'elle, dit clairement que cette pénitente-là n'a prononcé aucun vœu. Qu'elle appartient au siècle. Et que l'accès aux cloitres lui est rigoureusement interdit par la règle.

    Certes, les dames de la noblesse, comme elle, peuvent se retirer derrière la clôture : elles y restent le temps d'une retraite, ou bien choisissent d'entrer en religion, une fois devenues veuves.

    Celle-ci est mariée. Et sa réclusion dure.
    L'excès de ses jeûnes, l'éclat même de son humilité suscitent le trouble chez les novices et l'inquiétude de l'Abbesse. Sa conduite réveille dans l'âme de toutes les religieuses une immense curiosité pour le monde extérieur.
    Que cherche-t-elle à expier ?
    Les plus charitables murmurent qu'elle rachète ses pêchés, qu'elle paye ses crimes.
    Interrogations, rumeurs ... Chacune se raconte son histoire.

    Cette femme-là sème le désordre.
    Même dans le silence, même dans l'ombre, même à genoux, les yeux brûlés par les larmes , la chair mortifiée par le cilice, Alessia Médicis attire toujours la lumière.

    Mais va-t-elle encore susciter le scandale ?

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"L'abus d'une Médicis est dangereux pour la santé. A consommer avec modération."
L_aconit
Le vent vient clairsemer les cheveux pâles. Les jardins du palais épiscopal sont calmes à cette heure ci comme à toute heure. Penché sur les petits talus de marjolaine, Nicolas écrase de ses doigts les branchages pour en extraire dans l'air l'exhalaison significative. Quelques brins sont soigneusement coupés à la petite serpe et rangés dans la gibecière.

Le vent, les murmures des couvents, rapportent souvent de terribles choses. Voilà plusieurs jours que le doute subsistait. La lumière s'obstinait à éclairer la cellule de Nicolas qui n'en demandait pas tant, soucieux de se faire oublier. Refusait-il d'y croire? Possiblement. Parfois il est des doutes que l'on ne souhaiterait pas avoir. Que l'on combat de sa dernière force, que l'on repousse et à qui l'on se refuse. Des doutes qui nous rongeraient jusqu'au fin fond de l'âme si l'on les laissait prendre leurs aises.

Les yeux balayent à plusieurs reprises les murs qui le séparent du couvent. A coté, la demeure de l'évêque est faste et pleine de grandeur. Ses cloches couvrent une distance telle que tous les oiseaux s'envolent jusque sur la place du village lorsqu'elles carillonnent. Il soupçonne le prélat d'être démesuré jusque dans la taille de ses démonstrations sonores.

Délaissant la rangée des herbes aromatiques, Nicolas se dirige vers un vieux sureau afin d'en prélever les baies, tout près des murailles. Chaque geste pourtant s'accompagne de pensées contradictoires. Ah! Si seulement il avait pu rentrer dans les ordres en abandonnant aussi sa tête. Sa tête si bien remplie. Ses nuits seraient plus longues. Les murmures de deux soeurs derrière la frontière qui sépare le palais du couvent lui viennent encore comme la brise du matin. On ne parle plus que d'elle. Cette pénitente à qui il a déjà donné un visage. A qui il a déjà donné un nom. Un accent, un parfum. A qui il attribue le grain d'une peau, la rondeur d'une boucle brune. Au fond, en vérité, le doute n'était plus permis.

On peut se terrer comme lui en retrait du monde... On peut penser que nos choix sont justes et indéfectibles. Mais les oraisons ne sont pas sans horizons. Et tout vient à se savoir... Tôt ou tard. Se calfeutrer dans l'intime conviction.

La main d'albâtre cueille les baies noires en un va et vient incessant. Quelle douce journée... Il ne faut pas grand chose pour qu'elle dévie vers le portillon de bois et le repousse. D'un jardin à l'autre, d'une vérité à l'autre, il n'y a qu'un pas. Un pas qu'il fait pour assouvir comme les autres sa curiosité dévorante.

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    (En Bleu italique, les pensées Laconiques.) -Recueil
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