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[RP] Les liaisons dangereuses

Niallan
[Et je sors
Et je drague comme on crève
Avec tellement de choses à regretter
Comme ta langue sur mes lèvres
Et mes mains sur tes poignets
Dis-moi que puis-je y faire
Si je ne sais faire que traîner
Car tu es loin et moi je crève
De ne pouvoir te toucher*]


Je sais ce que vous vous dites, ça commence mal. Pourtant, si vous saviez comme j'ai lutté contre mes vieux démons, vous diriez peut-être « Poursuivez vos efforts au prochain trimestre, rien n'est perdu ». Anachroniquement parlant, j'ai obtenu mon jeton des quatre-vingt dix jours sans infidélités et me rapprochais lentement mais sûrement de celui des six mois. Un record que j'étais fier de posséder et de rallonger. Sauf qu'il y a eu des complications et des tentations. Un peu comme un alcoolique qu'on emmènerait à une dégustation de vin juste après la mort de sa mamie, vous voyez ? Mes complications à moi se résument au viol subi par l'aimée. La tentation, elle, n'est autre que la jeune femme que je tiens présentement par la taille et qui fut mienne dans un passé pas si révolu que ça. Je tourne la tête sur le côté pour la regarder. Je pourrais encore partir, oui. Au lieu de ça je presse le pas après lui avoir décoché un sourire enjôleur.
Je suis un enfoiré.

J'ai essayé de résister, vraiment essayé. Je l'ai repoussée plusieurs fois, lui refusant une dernière nuit pour ne pas compromettre celles avec Neijin. J'ai frôlé la ligne sans véritablement la franchir pendant des semaines. C'est allé crescendo. Elle m'embrassait, je la repoussais. Puis je me suis laissé faire. Et puis je lui ai rendu ses baisers. Je continuais à lui dire que je ne tromperai pas Neijin, que j'étais trop amoureux et surtout, que j'avais changé. Mais, comme en témoignent mon corps qui se presse contre le sien devant l'auberge et mes lèvres qui viennent trouver les siennes, le changement n'est pas encore radical.
Je suis un enfoiré.

Revenons-en au viol. Je vous passe la description de quinze lignes sur la souffrance et la colère pour en venir directement aux répercussions sur notre vie sexuelle, en bon gros égoïste que je suis. Je pouvais plus la toucher, de peur de lui faire mal et incapable de ne pas imaginer leurs sales pattes sur son corps. Ça a duré deux semaines comme ça. En application des conseils d'une cuisinière émérite, je l'ai encouragée à essayer une expérience saphique pour, je cite « effacer la douleur par la douceur d'une femme ». En bon gros tordu, je l'ai poussée dans les bras de mon ex-femme que je m'interdisais moi de toucher. Je crois qu'elles ont aimé. Et puis on a réessayé, Neijin et moi, mais c'était pas comme avant. Elle était ailleurs, je crois qu'elle a eu mal et je suis sûr qu'elle n'a pas pris de plaisir. Du moins, pas autant qu'avant. Ça m'a achevé. Alors avec Fleur, c'est pour me rassurer sur mes capacités. Voilà. J'ouvre la porte de l'auberge et l’entraîne dans l'escalier en riant. Mensonges, c'est loin d'être seulement ça.
Je suis un enfoiré.

[Et je sors
Et je drague comme on crève
Avec tellement d'envie à ravaler
Mais si ma bite et mon cœur font grève
Je peux très bien me toucher
Et si ma langue traîne par terre
Je peux très bien l'avaler*]


Figurez-vous que j'ai essayé la technique du paluchage intensif pour éviter de craquer. Quand je prétextais des courses à faire pour m'enfuir de la taverne où se trouvait mon ex-femme et quand je me réveillais au matin contre le corps nu de ma future femme. Sauf que j'ai plus quinze piges alors les plaisirs en solo, ça va bien un temps. Un temps inférieur à un mois. Ce soir, j'ai craqué. L'italienne m'a donné toutes les excuses du monde pour me faire déculpabiliser, incluant « ce sera la dernière nuit, dans un temps où les fautes n'existent pas » -coucou Diegeliance avec vos temporalités qui merdent-, « on a pas divorcé aristotémachintruc, théoriquement c'est moi que tu trompes », « elle aussi a couché avec moi », « tu en as besoin, elle comprendra mieux avec moi qu'avec une greluche », « elle savait à quoi s'attendre avec toi ». Dans des reformulations approximatives.
Je suis un enfoiré. Et pas approximativement.

Buona notte, figlio mio. Reposes-toi bien pour être en forme demain.
Oui, je me mets à apprendre l'italien. Non, ne je me suis pas trompé de scène. Avant de commencer les turpitudes, il nous fallait coucher notre fils dans la chambre voisine. Dans un tendre sourire, je remonte la couverture jusque sous son menton et souffle la bougie sur la table de nuit. Sans me départir de mon sourire, je prends la main de Fleur dans la mienne et l'attire dans la chambre voisine dont je referme la porte d'un agile -ou presque- mouvement du pied. Je relâche sa main pour faire le tour de la chambre, juste le temps de me remettre les idées en place. Fais pas ça, barre-toi. Je crispe mes mains sur la rambarde du lit et lâche sans la regarder :
Neij' m'attend, je peux pas faire ça.

Ça, c'est ce que ma bouche dit mais mes yeux, eux, crient -ou plutôt chantent- :
[Oh mon amour, oh mon amour,
Oh mon amour je crève de ne pouvoir t'enlacer
Oh mon amour, oh mon amour,
Oh mon amour je crève de ne pouvoir te baiser*]


Lorsque les yeux improvisés chanteurs se posent sur elle, je sais que je suis foutu. J'ai envie d'elle depuis que je l'ai revue à Paris, insolente de beauté dans sa robe noire. Une dernière nuit, une seule. Et après je me range, définitivement.
Et merde.
Ça c'est ce que je dis au moment où je lâche la rambarde, correspondant à l'instant où je capitule aussi bien mentalement que physiquement. Je fonds vers elle, tel le faucon -mais moi je suis un vrai con- sur sa proie, referme mes bras autour d'elle et l'entraîne vers le lit alors que déjà mes lèvres viennent rejoindre les siennes. Tout va très vite. On bascule sur le lit, je bataille avec les lacets de sa robe d'une main, l'autre remontant le long d'une de ses cuisses.
Je suis un enfoiré.

Trop brièvement, je repense à Neijin quand mes yeux se noient dans d'autres que les siens. Je me dis :
[Mais si un beau jour je cède
Pourras-tu me pardonner
Mais si un beau jour je m'achève
Dans l'infidélité
Penses-tu que l'on se relève
De tous ces corps si étrangers
Ou que l'on en crève*]


Et puis j'oublie, désir refréné depuis des semaines aidant. La poitrine libérée de son carcan de tissu est avidement explorée quand la robe tombe au sol. Et déjà mes mains se font caressantes, ma bouche pressante et mon ardeur grandissante.

Je suis un enfoiré.
Oui, mais ça tout le monde le sait.


*Miossec – La fidélité
Titre : Les liaisons dangereuses - Pierre Choderlos de Laclos

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Bannière réalisée par les grands soins de JD Calyce.
Fleur.des.pois
“ - Il fut une époque où nous nous aimions. C’était de l’amour n’est-ce pas ? Et vous me l’avez donné ce bonheur...
- J’en ai encore à vous donner, le lien s’était dénoué jamais il ne s’est brisé. ”


Lorsqu'elle l'avait revu à Paris, Fleur avait plus ou moins songé à faire succomber Niallan de nouveau. Cela aurait été l'aboutissement de son vaste plan de vengeance. Le faire retomber amoureux d'elle pour mieux le briser par la suite. Mais lorsqu'elle avait appris qu'il allait se marier, elle avait changé légèrement son plan. Il se disait désormais fidèle ? Elle allait faire en sorte qu'il ne le soit pas tant que ça. Après tout, il avait trompé toutes ses compagnes, elle avait une revanche à prendre.

Mais ce soir, la limite entre le jeu et la réalité était particulièrement instable. Fleur elle-même ne savait plus exactement de quel côté de la ligne elle marchait. Elle s'était rendue compte qu'elle prenait beaucoup trop de plaisir à l'embrasser, que son petit coeur de Fée battait un peu trop vite aussi, et s'était même demandée si ça valait bien le coup d'aller au bout de sa vengeance. Après tout, elle avait déjà réussi à lui faire signer un contrat dans lequel il était stipulé qu'il lui devait de l'argent mensuellement pour Drago et s'était même arrangée pour que ledit contrat de mentionne nulle part l'obligation pour Drago de recevoir les visites de son père. C'était déjà quelque chose. Elle s'était aussi rendue compte que bizarrement, elle aimait bien Neijin. Fleur avait une fascination pour les gens différents, et cette femme aux cheveux blancs comme la neige l'était sans aucun doute. Aussi, nul besoin de pousser le vice plus loin, elle avait eu ce qu'elle voulait.

Pas tout à fait, cependant.

Parce qu'elle voulait toujours plus, c'était dans sa nature. Elle détestait qu'on lui résiste même si elle adorait se battre pour obtenir ce qu'elle voulait. Mais à un moment où à un autre, il fallait que l'autre parti cède, sinon ce n'était pas drôle. Là, cette nuit-là, Gaïa ne savait plus quel parti venait de céder, si c'était le sien, ou celui de Niallan. Parce qu'elle avait véritablement envie de cet homme-là. Ce n'était plus tout à fait un jeu, et au fond, sous cette armature d'insolence et de fierté, bien caché dans le secret de son coeur, elle avait peur. Peur de ne plus maîtriser la situation. Peur de n'être qu'une bête fille qui aimait un peu trop bien le bête garçon devant elle et qui espérait tout aussi bêtement qu'il voudrait bien d'elle encore une fois.

Lorsqu'il lui dit qu'il ne pouvait pas faire ça à Neijin, Fleur resta silencieuse. Extérieurement, elle affichait un petit sourire en coin, ses yeux pétillaient à la lueur des bougies et elle se tenait légèrement appuyée au montant du lit. Elle avait l'air sûre d'elle, conquérante, absolument convaincue de remporter la victoire. Intérieurement, elle se demandait bizarrement si elle pouvait vraiment faire ça à Neijin, elle aussi. Elles avaient passé une nuit ensemble toutes les deux et elle la connaissait. Elle n'avait pas particulièrement envie d'être son ennemie jurée non plus. Alors quoi ? Pourrait-elle réellement mettre en péril tout cela pour...
Elle stoppa net sa réflexion avant même que Niallan finisse par capituler. C'était quoi, ce bazar ? Elle fut parcourue d'un frisson à peine perceptible. Qui était-elle, Gaïa Corleone l'empoisonneuse ou Annabelle Bouchencoeur, la douce petite paysanne qui ne ferait jamais de mal à son prochain ? Elle n'était pas n'importe qui et se fichait royalement de l'opinion des autres à son sujet. Elle était Fleur-des-Pois, elle fabriquait des poisons et était aussi froide que ses fioles. Mais alors, pourquoi tout au fond d'elle-même, elle avait l'impression que quelque chose se brisait ? « Ridicule, pensa-t-elle. Rien au fond ni en surface ne saurait se briser sans ton accord, ma fille, et tu n'as donné ton accord sur rien. »

Ce fut à ce moment précis que Niallan l'embrassa et où ils basculèrent tous deux sur le lit, et Gaïa cessa tout à fait de penser à ces idioties. Elle s'était ramollie, ça n'allait pas du tout. Elle empoisonnerait deux ou trois innocents, dans les jours qui suivraient, pour se remettre d'aplomb et retrouver sa véritable personnalité.
Pour l'heure, elle était décidément trop occupée à délacer la chemise de Niallan pour se soucier de quoi que ce soit d'autre. Elle laissa les rênes à son corps, son esprit se mettant sur pause dès que sa robe tomba par terre. Envoyant promener à travers pièce la chemise importune, elle sentit plus qu'elle ne décida de le faire, tout son corps se tendre vers Niallan, ses lèvres cherchant avidement les siennes, sa gorge laissant échapper quelques borborygmes, comme des suppliques, tandis qu'elle achevait, de ses mains un peu tremblantes, de lui déboucler sa ceinture.

Puis, elle le regarda, voulut dire quelque chose, ne sut absolument plus quoi, et préféra, malgré le vieil adage, agir avant de parler, et enroula les jambes autour de ses hanches, dans une invitation sans aucune équivoque. Tout remord avait disparu, ne laissant qu'un intense sentiment de victoire. Cette fois encore, elle avait réussi.



Les Liaisons Dangereuses - Dialogue du film de 1988

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Niallan
I don't know who you think you are,
Je ne sais pas qui tu penses être,
But before the night is through,
Mais avant que la nuit soit finie
I wanna do bad things with you.
Je veux faire de vilaines choses avec toi*


Le regard que je lui lance quand elle m'envoie une invitation dont le Nini prépubère n'aurait jamais osé rêver ne laisse aucun doute sur ma réponse. Six ans. Mon corps se tend vers le sien, mes mains s'accrochent à elle comme si un « j'en mets ma main à couper au feu » avait échoué et que j'allais la perdre demain. D'ailleurs, je vais la perdre demain. Fleur, pas ma main. Cette pensée m'est curieusement insupportable, ce qui me pousse à répondre à son invitation dans un râle de plaisir étouffé contre ses lèvres.

Six ans. C'est long six ans.
Vous pouvez vous marier, avoir des gosses, acheter une chèvre, mourir, prendre une mairie, la mer (et la maire?). Vous pouvez oublier le nom de beaucoup de gens que vous avez croisé et qui se vengeront de votre mémoire sélective. Mais vous pouvez pas oublier comment aimer quelqu'un que vous avez aimé. Et quand je dis aimer, je parle charnellement. Quoique, si on allait au-delà de nos corps dansant sous la lumière des bougies, de nos fronts enfiévrés et de nos bouches avides, on verrait peut-être qu'il y a plus.

On verrait peut-être que ça me fout une trouille bleue qu'elle s'en aille et que le concept de « dernière nuit » me paraît plus si évident que ça. Mais pour l'instant, j'y pense pas. Je pense à rien. Pas même à Neijin. Il n'y a que cette danse ô combien délicieuse. Nos bassins qui ondulent, nos mains qui caressent et nos lèvres qui se cherchent. C'est comme si vous aviez pas pu manger votre dessert préféré pendant six ans parce que les ingrédients étaient introuvables. En pire. Alors toute cette envie refoulée depuis des années s'exprime dans un orgasme culinaire ou sexuel, si vous faites partie des chanceux. J'en fais partie. Au terme d'une étreinte passionnée et d'un test constant de l'insonorisation de la pièce ainsi que de la solidité des lattes du lit, nos corps se meuvent une dernière fois dans une libération extatique. Je reste un moment à la contempler, le souffle encore court et les yeux brillants. Je lui souris et roule sur le côté.

Six ans et pourtant rien n'a changé. La main droite sur sa hanche, l'élargis mon sourire. J'aimerai lui dire...

J'ai faim, je vais aller nous chercher un plateau en bas.

C'était pas ça que j'avais envie de dire mais c'est la seule chose acceptable. Après un clin d’œil goguenard, je me relève pour enfiler mes braies et reboutonner à moitié ma chemise. Je réajuste mes tifs tout en la regardant. Ce qu'elle est belle. Je mords la lèvre, pars sur une plaisanterie :

Ça va ? Je donne pas l'impression de m'être fait sauvagement agressé par une italienne en furie?

Je déguerpis avant qu'elle ne me rappelle par une pique acerbe qu'il ne faut surtout pas la chercher. Je descends l'escalier si rapidement que je manque de me vautrer mais ça me perturbe pas. Non, j'ai un grand sourire de benêt plaqué sur la trogne. Je dis bonsoir à des inconnus dans une intonation toute guillerette et passe commande pour un plateau de fromage, de confitures et de fruits en faisant des compliments à qui veut bien les entendre en attendant que ce soit prêt.

Au moment où la tavernière me remet le plateau, je vois passer une assiette. Et pas n'importe laquelle ! Une avec des carottes. Je déglutis. Forcément, ça me fait penser à Neijin et forcément je culpabilise. Je baisse les yeux sur le plateau et j'ai l'impression que même les fromages font la gueule. C'est à pas lents que je remonte l'escalier, me répétant un « mais quel con ! Mais quel con ! » plein de hargne tout du long. C'est déterminé à mettre un terme à cette dernière nuit que je pousse la porte de la chambre. Je referme derrière moi et vais poser le plateau de fromage sans la regarder pour ne pas faillir.

Avant que tu dises quoi que ce soit...

Et là, c'est le drame. Je la vois dans le miroir et j'en ai le souffle coupé. Je me concentre sur la grappe de raisin et entame une réflexion profonde. Est-ce que coucher plusieurs fois avec la même femme (mais pas la sienne) dans la même nuit, c'est tromper une ou plusieurs fois ? Oui. Je me retourne vers elle. Non ? Je m'attarde un peu trop sur ses yeux propices à noyades, ses cheveux emmêlés et ses courbes ensorceleuses. Tant qu'à ce que Neijin me jette et que je me retrouve en dépression, autant que ce soit pour une dernière nuit qui en valait vraiment le coup. J'envoie valser mes résolutions très temporaires et m'avance vers elle, terminant ma phrase dans la foulée.

...je voulais te dire que j'ai plus faim. De ça.

Mes doigts qui viennent caresser l'arrondi de l'une de ses épaules et mes lèvres qui se posent au coin des siennes témoignent de mon incapacité chronique à être rassasié d'elle.


I don't know what you've done to me,
Je ne sais pas ce que tu m'as fait,
But I know this much is true :
Mais je sais c'est réel :
I wanna do bad things with you.
Je veux faire de vilaines choses avec toi
I wanna do real bad things with you.
Je veux vraiment faire de vilaines choses avec toi*



*Paroles et traduction Jace Everett – Bad things

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Bannière réalisée par les grands soins de JD Calyce.
Fleur.des.pois
“ Memories turn to dust, please don't bury us
[...] Ain't runnin' from myself no more
I'm ready to face it all
If I lose myself, I lose it all ”


Gaïa avait oublié. Quand le sol se transformait en ciel et que le ciel se transformait en sol. Elle avait oublié la rugosité des draps que l'on serre entre ses doigts à s'en faire blanchir les jointures. Elle avait oublié le feu dévorant qui consumait l'âme autant que le corps. Elle avait oublié les yeux qui contemplaient le plafond, le plafond qui tournoyait à toute vitesse, la vitesse qui la vissait au lit, le lit suspendu au plafond. Elle avait oublié que plus rien n'avait de sens au moment où elle en trouvait un. Elle avait oublié l'odeur qui bizarrement, lui rappelait le sel de mer. Elle avait tout oublié. Lorsque Giacomo avait giflé son fils, la tendresse qu'elle éprouvait pour son mari s'était aussitôt muée irréversiblement en une haine froide et déterminée. Il n'était plus rien resté du tourbillon, elle en avait perdu le souvenir, jusqu'à l'existence même d'une telle chose.

Mais maintenant...

Maintenant plus rien n'était à sa place et tout était au bon endroit. Tout était parfait. Bizarre mais parfait. Et cette pensée, tout aussi étrange, la fit s'ancrer plus profondément à l'homme qui lui faisait retrouver ces sensations. Ses ongles joliment limés en un arrondi soigné se plantèrent farouchement dans le dos de son amant, de son ex-mari, du père de son fils, de ce crétin stupide qu'elle avait réussi à faire céder, à cet homme qu'elle détestait sans pour autant avoir vraiment jamais cessé de l'aimer, quelque part, dans cette partie inaccessible d'elle-même que les autres nommaient bêtement « son coeur ». Avait-elle un coeur ? Avait-elle seulement le temps d'en avoir un ? Lui avait-on donné une seule bonne raison d'en avoir un ?

Fleur avait oublié également les quelques secondes qui suivent la tempête, qui suivent le tourbillon. Ce moment où le sol redevenait le sol, où le ciel redevenait le ciel, où le lit quittait le plafond pour retrouver le plancher. Cette sensation étourdissante d'avoir accompli un miracle, ou d'avoir été très près de serrer la main du Créateur en personne. Comment avait-elle fait pour oublier tout cela ? Henri pourtant, lui avait fait la même chose. Mais Henri était le premier après Giacomo et quelque chose restait encore de la colère qu'elle avait emporté avec elle de Venise. Henri était celui qui lui avait fait oublier son mari, Niallan serait celui qui lui rappelait qu'elle était une femme. Tout cela était bien étrange.

Elle le regarda partir sans rien dire, un demi-sourire aux lèvres. Une fois seule, elle s'étira comme un chat et ramena un morceau de drap sur sa poitrine nue. Il ne fallait pas qu'elle se pose trop de questions. Elle préférait, et de loin, savourer sa victoire. Niallan était là où Fleur avait voulu l'emmener. Il la détesterait après cette soirée, mais elle était habituée, et cela ne changerait rien au fait qu'elle avait triomphé. Elle était peut-être, finalement, aussi venimeuse qu'on le disait...

La porte s'ouvrit de nouveau. Le plateau précéda l'homme. Le premier était chargé d'une nourriture appétissante, le second semblait plus tourmenté qu'en partant et Fleur devina, sans trop de mal, que le remord commençait à s'insinuer en lui comme les poisons qu'elle vendait. Il regrettait, pensait à la femme qu'il avait laissé derrière lui, se demandait s'il n'était pas en train de faire l'erreur de sa vie, mais il était là quand même. Même s'il lui tournait le dos. Même s'il évitait de la regarder. Gaïa relâcha le drap qui ne dissimula bientôt plus grand chose d'elle. Peut-être que ce fut la raison du renoncement de Niallan ? Peut-être se cachait-il une autre raison derrière ce revirement soudain, mais les faits étaient là : il la touchait et déposait des baisers au coin de ses lèvres.

Gaïa enroula les bras autour de son cou et se plaqua contre lui. Elle l'embrassa à pleine bouche, le souffle coupé, l'esprit en déroute, le coeur en bataille. Elle l'agrippait comme si sa vie en dépendait, se collait à lui comme si elle avait voulu disparaître entre ses bras, et tout cela dépassait largement le simple désir physique. À sa façon, toujours détournée, jamais directe, incapable de dire exactement ce qu'elle ressentait, elle laissait son corps parler, et c'était peut-être mieux ainsi. Fleur l'embrassait encore et toujours, et à chaque pression de ses lèvres, elle lui disait qu'il lui avait manqué, qu'elle regrettait de l'avoir laissé, qu'elle l'aimait peut-être bien un peu plus que ce qu'elle avait prévu ; elle le suppliait de ne pas lui en vouloir de lui faire passer la nuit avec elle, qu'elle ne pouvait pas s'empêcher, qu'elle n'avait pas trouvé d'autre façon pour lui dire ce qu'elle ressentait que de s'offrir une dernière fois à ses mains, à ses lèvres, à son corps tout entier.

Puis, alors que le souffle lui manquait, que tout tournait de nouveau, qu'elle était prise au beau milieu d'un cyclone, elle s'écarta de lui juste assez pour voir son visage tout entier, et planta son regard dans le sien. Il était beau. Elle avait oublié à quel point. Ils étaient là, dans le silence, immobiles, le souffle court. Ce fut à ce moment précis que Fleur parla, sincèrement, sans réfléchir mais en en pensant chaque lettre.


- Tu es ma bougie dans le noir. Je ne peux pas te toucher sans me brûler, et sans toi je n'y vois plus rien. Voilà ce que tu es, Niallan. L'inaccessible beauté d'une bougie dans les ténèbres.

C'était peut-être un peu grandiloquent, mais Gaïa, qui éprouvait tant de difficulté à dire ce qu'elle ressentait, n'avait trouvé aucun moyen plus simple pour le lui dire. Alors, au lieu de poursuivre un discours qui aurait pu être long, Fleur laissa de nouveau son corps parler pour elle. Et elle le fit très bien.



Runnin' - Naughty Boy ft. Beyoncé
Les souvenirs tombent en poussière, s'il te plaît ne nous enterre pas
Je ne me fuis plus
Je suis prête à tout affronter
Si je me perds, je perds tout

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Niallan
[Et maintenant qu'il faut partir
On a cent mille choses à dire
Qui tiennent trop à cœur pour si peu de temps*]


Tout contre elle, je la sens opérer une nouvelle disparition entre mes bras et nous vois déjà repartis tutoyer les étoiles. Finalement, j'ai l'impression de vouvoyer le sol quand elle s'éloigne de moi. Elle arrête de m'embrasser, j'étouffe un grognement de frustration avant de rouvrir les yeux. Pile au bon moment pour l'entendre me dire une phrase qui serait inscrite en première page du Livre d'Or de Niallan s'il existait. Le souffle coupé, je me repasse la phrase dans la tête pour être sûr de la graver dans ma mémoire et puis je prends conscience qu'il faut que je réponde. Mes yeux plongés dans les siens, je retiens difficilement un « Gloups » tout sauf mélodieux, cherche à activer mes neurones pour qu'elles délivrent une réponse aussi poétique que la sienne.

T'es...

Pas moyen, y'a rien qui vient. Je zyeute la bougie en espérant que ce moi métaphorique m'inspire et m'aide à trouver une réponse qui aura plus de gueule que « t'es la cire de ma bougie parce que tu me fais fondre ». La flamme vacille, je prends ça pour un refus, panique, commence à bafouiller. Heureusement pour moi, l'italienne opte pour un autre moyen de communiquer, qui ressemble à pique-niquer sans qu'on soit piqués. Accueillant les paroles de son corps d'un sourire jusqu'aux oreilles, je m'abandonne pour mieux la retrouver.

J'en trouve pas mieux mes mots mais en perds la tête. Les tifs aussi désordonnés que les idées, je laisse mes rétines se repaître de la vision de ses courbes nues, mes doigts redessinant avec douceur leur relief. Je pourrai pas vous dire combien de temps on est restés là, à se regarder, sans rien dire, juste à se sourire et à se souvenir. En revanche, je peux vous certifier qu'on ne peut pas vivre seulement d'amour et d'eau fraîche et que les effluves en provenance du plateau précédemment ramené me chatouillent un peu trop les narines pour que je reste indéfiniment couché. C'est un énième gargouillis échappé de mon ventre qui me convainc de me remettre en position assise. Puis debout. Tout en douceur.

Tiens, pour toi.

Galant homme quand je le veux bien, je m'emploie à lui faire déguster une tartine savamment préparée, fromage de chèvre et poire. Je retiens difficilement un rire en trouvant une explication à cet essai culinaire.

Quand tu te paies ma poire, tu me rends chèvre.

[On fait c'qu'il faut, on tient nos rôles
On se regarde, on rit, on crâne un peu
On a toujours oublié quelque chose
C'est pas facile de se dire adieu
Et l'on sait trop bien que tôt ou tard
Demain peut-être ou même ce soir
On va se dire que tout n'est pas perdu
De ce roman inachevé on va se faire un conte de fées
Mais on a passé l'âge, on n'y croirait plus*]


C'est vrai que je me dis tout ça, peut-être même que j'y crois encore un peu parce que je suis un grand gamin. Je replace une mèche de cheveux sombres derrière son oreille, étire un sourire. Je sais ce que je veux lui dire, même plus besoin de réfléchir.

T'es mon opium. T'embrumes ce que je veux, tu m'enfumes dès que tu peux. Je devrais te détester et pourtant je te désire à en crever. Je t'ai dans la tête, je t'ai dans la peau.

Je guide sa main jusqu'au-dessous de ma clavicule droite, la presse sur l'ortie qu'elle a elle-même tatoué. C'est la première femme qui m'a marqué, la première que j'ai aimé. Mais ça je lui dis pas parce que ça fait puceau inexpérimenté et vu tout ce que nos corps ont encore à se dire, ça arrangerait pas mes affaires. Plutôt que de me lancer dans un monologue, je laisse nos corps à leur dialogue, du prologue à l'épilogue. On aurait peut-être même besoin d'un cardiologue.

[On s'est aimés comme on se quitte
Tout simplement sans penser à demain
À demain qui vient toujours un peu trop vite
Aux adieux qui quelque fois se passent un peu trop bien*]


Ils se sont tellement bien passés qu'elle est tombée enceinte. Comme un enfant n'arrive jamais seul, le ventre de ma femme s'arrondit aussi. J'aurais peut-être dû aller siffler sur la colline au lieu de dire salut les amoureux. Neij' m'a tej'. Pernicieux adieux.


*Joe Dassin – Salut les amoureux

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Bannière réalisée par les grands soins de JD Calyce.
Fleur.des.pois
“ Je t'ai aimé trop vite
Je t'ai aimé trop fort
Mais si tu insistes
Je t'aimerais encore. ”


Niallan n'avait pas tort. Manger ne pourrait pas lui faire de mal, et ce fut délicatement que Fleur s'empara de la tartine et mordit dedans à pleines dents. C'était étrange, songea-t-elle en lui lançant un regard énamouré. Des années qu'ils ne s'étaient pas vu, et c'était comme s'ils n'avaient jamais partagé le lit de quelqu'un d'autre. C'était du moins l'impression de Gaïa qui, une fois la tartine engloutie, se colla contre Niallan en ronronnant presque de satisfaction.

Ce fut à son tour d'avoir le souffle coupé. Elle le regardait, les yeux grands ouverts, après la réplique hautement romantique qu'il venait de lui sortir, avec naturel, en y croyant vraiment. Fleur eut un peu de mal à déglutir, se demandant pourquoi diable il avait fallu qu'elle plante cet homme-là comme une carotte dans un champ, pourquoi elle n'avait pas pu simplement claquer le museau de la femme qui lui tournait autour en imposant son territoire à coup de laxatif et de poils à gratter. Et, si le message n'avait pas été assez clair, à coup d'omelette à l'amanite phalloïde. Pourquoi avait-il fallu qu'elle soit si orgueilleuse, si mesquine, si... méchante ? Pourquoi ? Elle serait toujours mariée à lui, c'était certain. Ils auraient élevé Drago ensemble et aurait eu plein d'autres enfants, depuis. Ils auraient été une vraie famille. Sur l'instant, Gaïa se méprisa profondément et, si elle ne tenait pas tant à son intégrité physique, elle se serait probablement frappé toute seule en s'insultant. Mais franchement, elle avait mieux à faire que de se flageller, surtout quand un Niallan nu se tenait à dix millimètres de sa peau en posant sa petite main sur sa clavicule. Elle n'éprouva plus du tout le désir de se taper dessus, mais extraordinairement celui de recommencer encore une fois ce à quoi ils occupaient leur nuit.

Allongée, cette fois, en travers du torse de Niallan, le souffle court et le sourire aux lèvres, Fleur s'amusait à dessiner sur les côtes de l'homme qu'elle aurait bien repris pour époux, une série de formes imprécises, simplement pour le plaisir de voir la chair de poule faire frémir sa peau. Il était beau, et c'était sans doute la chose la plus énervante, chez lui. Il était beau, il était blond, et il avait des yeux bleus plus captivant que toutes les mers du monde. Chose plus énervante encore, il avait ravivé en elle le sentiment qu'elle s'était efforcée d'ignorer pendant près de six ans et qui l'envahissait toute entière en cet instant. Si seulement il avait pu se rendre compte qu'elle pourrait vraiment faire une bonne épouse, maintenant... Qu'elle était prête à lâcher prise, à cesser d'être si... embourgeoisée... Et Drago aurait un père ! Mais il avait fallu qu'il tombe amoureux d'une fille aux cheveux blancs. C'était ridicule.


- Je voudrais rester ici pour toujours,
finit-elle par lâcher après un moment de silence. Juste toi, moi, les tartines de chèvre et de poire... Drago bien sûr, mais faudrait qu'on se rhabille. Me réveiller dans tes bras et m'endormir contre toi... C'est ce que je veux.

Fleur releva la tête pour le regarder, les yeux plus énamourés encore que tout à l'heure. Si elle avait décidé d'écouter la part corleonienne en elle, elle se serait moqué d'elle-même. Elle avait l'air d'une pauvre fille qui n'avait jamais rien vu du monde, qui croyait aux contes de fées et aux princes ensorcelés qui se révélaient très très charmants. Mais cette partie d'elle-même fut réduite au silence, sans trop de mal. Elle se moquait d'être ridicule. Elle pouvait bien être heureuse de temps en temps, non ? Sans se douter que ce bonheur éclaterait au matin, qu'il regretterait cette nuit passée, qu'il épouserait bel et bien sa blanchette, qu'elle tomberait enceinte, qu'elle romprait les ponts pour toujours, et qu'elle en souffrirait éternellement, le coeur brisé à jamais. Pour l'heure, elle ignorait tout cela, et cherchait de nouveau les lèvres de Niallan, jugeant toute seconde passée sans l'embrasser comme une seconde inutile. Parce que, aussi incroyable que cela puisse paraître, Fleur aimait un peu trop l'homme qu'elle tenait dans ses bras.
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Niallan
Nuit du 19 au 20 février, pampa périgourdine :

[C'était beau hier
C'était beau ce matin
C'est beau les filles quand les choses sont douces
Sans violence ni dépit j'avais failli oublier depuis le temps
Cette nuit à côté de toi c'était comme du lait, comme du coton qui m'a enveloppé de nulle part
Si on me l'avait dit j'y aurais pas cru
Alors j'me repasse le film en continu*]


Je me revois, assis au comptoir, à tourner et retourner cette fiole de poison entre mes doigts tout en serrant le petit chausson d'Anna entre mes doigts. Je me rappelle du bruit qu'elle a fait en s'écrasant au sol au moment où mes yeux ont croisé les siens. Je me repasse notre conversation, mon incompréhension du début et mon abdication finale. Je l'entends encore me dire je t'aime et me promettre mon rêve, m'affirmer que tout ne serait pas toujours rose mais qu'elle resterait à mes côtés même quand on affronterait les couleurs les plus sombres. Je me souviens de ce que j'ai ressenti en posant ma main sur le renflement de son ventre, des larmes de joie qui ont embué mes yeux, de nos lèvres qui se sont scellées dans une promesse d'éternité. Je me remémore mes aveux suicidaires et sa façon de les accueillir, constatant simplement les dégâts et pansant mes plaies au rythme où elle comblait le vide dans mon cœur. Je repense à cette nuit où nos corps se sont retrouvés et à toutes celles qui ont suivi.
Et je souris. A m'en décrocher la mâchoire et à m'en rider les joues.

Je lâche les rênes accrochées au cheval pour me tourner vers la charrette et les regarder. Ils sont là, tous les trois. Fleur et Drago sont emmitouflés dans de chaudes couvertures, calés entre nos sacs de voyage et notre tout petit est à l'abri dans son ventre. Cavalier expérimenté et père inquiet, je fais slalomer ma monture entre les divers obstacles qui pourraient secouer un peu trop ce mini-nous si fragile. Ils ont l'air paisibles, heureux et surtout pas décidés à m'abandonner. Elle ne le sait pas mais chaque nuit, je passe des heures à la regarder dormir, caressant tendrement la promesse d'avenir qui luit sous son nombril. Cette activité nocturne peut se deviner à la taille de mes cernes mais croyez-moi, ça en vaut le coup. Je suis fermement décidé à ne rien rater de cette paternité. A l'aimer et à la chérir, pour le meilleur et pour le pire en priant pour que la seconde partie ne reste que théorique.

[Et moi qui croyais que j'étais pas comme il fallait
Qu'il fallait que j'tire une croix, qu'tu voulais plus, qu'tu voulais pas
J'me suis perdu,
J'ai bu la tasse, pour les bras d'une infirmière, j'me suis conduis comme une crasse*]


Dans un dernier sourire, je me détourne de la contemplation de cette famille qu'on commence tout juste à reconstruire. Mon regard se pose brièvement sur la russe rousse, je repense à ce que Chiara m'a dit. Je suis dans le déni de mes conneries, j'y crois à cette nouvelle vie. Je flippe plus que face à une armée de Huns mais si elle tient ses promesses, je tiendrai les miennes. A cette pensée, je palpe ma poche pour sentir l'écrin renfermant la bague et fixe la route devant moi. Le bateau nous attend, cette aventure qui marquera le début d'un nouveau chapitre de notre histoire.

[C'était beau hier
C'était beau ce matin
C'est beau les filles quand y'a pas de peur, pas de dégoût pas de mépris
Quand les choses sont limpides
Cette nuit à côté de toi c'était comme une lueur dans les profondeurs
J'me suis enfin senti reprendre des couleurs
Si on me l'avait dit j'y aurais pas cru
Alors j'me repasse le film en continu*]


On passe les portes de la ville aux premières lueurs de l'aube. Une petite auberge est sélectionnée par les soins italiens pendant que je m'occupe de garer ce qui nous sert de voiture. Je grimace en saisissant des carottes pour les canassons, un visage entouré de tifs blancs blessant mon palpitant. Je serre les dents un bref instant. Et puis ça passe quand je pose les yeux sur l'actrice principale du nouveau film -parfois X, oui- de ma vie. Version le temps d'un automne mais qui passera toutes les saisons et les années comme un long fleuve tranquille. Je soulève mon fils, le cale contre mon épaule et le monte jusqu'à la chambre précédemment louée par le ritagnol. Son front est embrassé, la couverture remontée sous son menton avant que je n'aille effectuer la même opération avec sa mère qui a le sommeil plus léger.

Chhhut, c'est moi. Rendors-toi.

J'en profite pour déposer un léger baiser sur ses lèvres contre lesquelles j'étouffe un rire en la sentant marmonner je ne sais quoi en italien. L'escalier grimpé et le lit conquis, je me blottis contre son corps, ma main rejoignant son fief gonflé de vie. Je m'endors presque aussitôt -vingt lieues à pieds, ça use pas que les souliers- et cette fois, mes peurs me foutent la paix. Pas de cauchemars où je me retrouve seul, loin de leurs yeux et de leurs cœurs. Mais des rêves de bateau, avec un petit remake de Titanic où je lui apprends à voler à l'avant du bateau avant de l'embrasser comme si ma vie en dépendait. Qui a dit que je ne pouvais pas être romantique ? Peut-être la scène suivante qui inclut une baise torride contre cette même poupe.

[Et moi qui croyais que j'étais pas comme il fallait
Qu'il fallait que j'tire une croix, qu'tu voulais plus, qu'tu voulais pas
Mais si tu m'jures, que tout ça c'est du passé
Alors d'accord on tire un trait, on r'commence à s'apprivoiser*]



*Fauve – Lettre à Zoé

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Fleur.des.pois
“ Si tu t'effondres en morceaux
tu sais que je les ramasserai
J'ai toutes les raisons qu'il faut
jamais je n'en manquerai ”


    Vendôme


Le temps s'écoulait d'une drôle de façon depuis quelques temps. Auparavant, les mauvais moments s'éternisaient et les bons passaient en un instant. Désormais c'était le contraire. Parce qu'il n'y avait que de bons moments, Fleur avait presque oublié qu'il puisse y en avoir de mauvais. Elle passait ses journées avec Niallan et Drago. Parfois, ce dernier s'éloignait pour courir avec son chien à travers les rues, mais jamais si loin que sa mère ne sache où il était précisément. L'Hiver régnait encore sur le monde, mais pas dans le coeur de l'Ortie. Gaïa était déjà au Printemps, déjà en Été. Il n'y avait pas de pluie et pas de gel dans son coeur, et c'était tout nouveau pour elle. Nouveau, étrange, et effrayant.

Si son marché florissant de poisons continuait à tourner à plein régime et que, dans ses moments de libres, elle concoctait encore quelques douceurs empoisonnées, laissant libre court à son talent et à sa créativité, elle avait désormais hâte de sortir le nez de son alambic. Elle aspirait à retrouver Niallan et à s'extasier avec lui sur l'augmentation sensible de son tour de taille. Ce n'était pas encore si développé, bien que l'arrondi s'intensifiait chaque jour. Ce serait bien pire dans quelques semaines. Malgré cela, c'était une joie de chaque instant, de partager cette aventure avec l'homme qu'elle aimait et avec leur fils, en toute quiétude. Drago avait changé, il appelait son père « Papà » désormais, et ne se souciait plus de se donner des airs distants. Le petit garçon avait trouvé un équilibre qu'il n'avait jamais connu. Plus aucun rôle à jouer, c'était terminé. Il n'avait plus qu'à être un petit garçon de huit ans qui découvre le monde.

L'homme qu'elle aimait... Fleur n'en revenait pas. Après avoir tellement souhaité le voir plier sous son joug, la voilà qui n'aspirait qu'à l'élever au bonheur suprême. Dans le secret de son coeur qu'elle ne savait pas romantique, elle espérait qu'un jour ou l'autre, il la reprendrait pour femme. Elle s'imaginait souvent lui promettre ce qu'elle aurait du promettre lors de leur premier mariage. Amour, fidélité, famille, rêve qui se réalise, joie et bonheur... Fallait-il donc qu'elle ait été folle à cette époque pour ne pas avoir vu ce qu'elle voyait aujourd'hui.


“ Je porterai le poids
Je ferai n'importe quoi pour toi
Mes os pourraient casser
Mais je ne serai jamais fausse ”


Pour l'heure, Fleur contemplait cet homme-là, celui qu'elle aimait, en souriant rêveusement. Allongés sur ce lit, sous le drap blanc à travers lequel perçait la lumière du soleil de Mars, ils avaient trouvé une façon très agréable d'occuper leur temps. Elle tenait le drap légèrement en l'air, pour pouvoir regarder Niallan tout à loisir. Il n'avait jamais été aussi beau qu'en cet instant précis. Malgré les marques, malgré les forces qui n'étaient pas encore revenues intégralement, malgré ses cheveux en bataille - surtout grâce à ses cheveux en bataille - il était beau. Et elle l'aimait, elle l'aimait fichtrement, d'ailleurs.

Pour la première fois de sa vie, Fleur n'anticipait pas la fin du conte de fées. Elle n'imaginait pas la chute tragique, la mort du héros pas plus que celle de la princesse en détresse. Peut-être que cela finirait mal, et il était certain alors qu'elle souffrirait comme jamais auparavant. Mais peut-être que tout irait bien, aussi. Peut-être bien que cette fois, Niallan ne serait pas tenté d'aller voir ailleurs. Parce qu'elle serait - et saurait être - quatre femmes en une ? Une amie pour rire et s'amuser, une épouse pour prendre soin de lui et le protéger, une mère pour lui donner des enfants, et une amante débridée pour le tenir éveillé jusqu'au milieu de la nuit, voire plus longtemps encore. Peut-être de temps en temps une peste, pour le faire tourner en bourrique, mais cette option ne serait utilisée que dans un contexte qui prêterait à rire, et pas à blesser. Juste de quoi pimenter la sauce, donner un peu de caractère à l'ensemble.


- Tu sais ce qui me ferait plaisir, amore mio ? demanda-t-elle soudain en le regardant dans les yeux.

Elle tendit une main et effleura son torse du bout des doigts. Elle se tortilla pour se rapprocher davantage - elle s'était mise à haïr la plus petite distance entre eux.


- Ce serait de rester là avec toi pour toute la vie. Et avec Drago bien sûr mais... Elle baissa les yeux sur leurs corps nus. Je ne tiens pas à ce que notre fils nous voit dans cette tenue. Du coup je change de souhait. Je voudrais rester avec toi, éternellement, et avec notre fils et nos enfants à venir, dans cet état de bonheur absolu et de totale félicité.

Elle se rapprocha encore, pour l'embrasser, et enroula les bras autour de son cou. Ils étaient bien, là. Ils pourraient peut-être même l'être encore plus s'ils étaient un peu plus près.

“ Le courant se renforce
Sous différentes nuances de bleu
Je tombe dans ton eau
J'ai oublié tout ce que je savais ”




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Niallan
[When a man loves a woman
Quand un homme aime une femme
Can't keep his mind on nothing else
Il ne pense qu'à elle
He'll trade the world
Il vendrait le monde
For the good thing he's found
Pour cette chose magnifique qu'il a trouvée
If she's bad he can't see it
Si elle se comporte mal il ne le voit pas
She can do no wrong
Elle ne peut faire aucun mal*]


Au cours de notre premier mariage, je n'avais connu de Fleur que l'amante passionnée, l'empoisonneuse chevronnée et la garce acharnée. Depuis qu'on s'est retrouvés, elle me promet tout le reste et tient ce serment assidûment. Elle est toujours l'amante brûlante qui redéfinit l'indécence à chacune de nos danses. Elle n'a pas cessé d'être l'empoisonneuse retorse mais désormais, ce n'est plus mon quotidien qu'elle empoisonneuse. La garce a laissé sa place à toutes les autres femmes. Elle est la mère de mes enfants, celle qui m'offre mon monde à chaque fois que je pose les yeux sur l'arrondi de son ventre ou que je passe du temps avec Drago. Elle est l'amie qui me fait rire et me soutient dans de vastes supercheries destinées à faire tourner les autres bourriques, à grand renfort de bières. Elle est la guérisseuse qui m'a sauvé de la mort en m'offrant l'amour, celle qui a pansé mes plaies et effacé mes cicatrices. Et si aujourd'hui elle dit oui, elle sera ma femme dès que nous reposerons le pied à terre et jusqu'à ce que mon corps soit enseveli sous celle-ci.

Rha mais qu'est-ce qu'elle fabrique ?

Angoissé comme pas permis, je me risque à relever un pan de la couverture sous laquelle je suis planqué tout en haut du mât du bateau. C'est la première fois de ma vie que je prépare avec autant d'application une demande en mariage. Non seulement j'ai mis plus de temps à me pomponner que toute une armada de duchesse mais en plus j'ai dû user de toutes mes capacités créatives en amont.

[When a man loves a woman
Quand un homme aime une femme
Spend his very last dime
Il dépenserait jusqu'à son dernier sou pour elle
Tryin' to hold on to what he needs
Il essaierait de se raccrocher à ce dont il a besoin
He'd give up all his comfort
Il abandonnerait tout son confort
Sleep out in the rain
Dormirait sous la pluie
If she said that's the way it ought to be
Si elle lui disait qu'il devait en être ainsi*]


Je tiens à préciser que les paroles ci-avant ne constituent aucunement une exagération. Pour avoir une chance de l'épouser, j'ai commencé par me ruiner dans un divorce. Ensuite, je l'ai couverte de cadeaux pour le seul plaisir de la voir sourire -bon et aussi pour celui de lui enlever ses frusques sitôt celles-ci essayées-. Je suis allé à Paris en coche pour faire ça plus rapidement, direction Notre-Dame où avait eu lieu notre premier mariage pour y casser un vitrail et l'embarquer avec moi. Avec l'aide de mon fils, je l'ai fait fondre pour constituer une sorte de perle de multiples couleurs et ai monté cette dernière sur un anneau en or. Si ça c'est pas une bague de fiançailles qui envoie, je sais pas ce que c'est. Par contre, si Dieu existe, autant vous dire que je m'expose à la damnation éternelle. Rien à secouer. Je pourrai me faire rôtir par Satan et ses sbires pour l'éternité juste pour quelques années de bonheur à ses côtés. Bref, après cette confection, tout repose sur mon fils avec lequel j'ai élaboré un stratagème. Il doit faire croire à sa mère qu'il a laissé sa couverture en haut du mât -couverture sous laquelle je suis planqué, suivez un peu- et qu'il a trop peur pour aller la chercher. Mère hors pair, l'italienne s'empressera d'y aller.

Maintenant que j'y pense c'est peut-être pas l'idée du siècle de faire escalader des cordages à une femme enceinte...

Avec la furieuse envie de me foutre des claques, je m'apprête à annuler l'opération quand j'aperçois les cheveux sombres de l'italienne. Trop tard pour reculer. Je déglutis difficilement et resserre les pans de la couverture autour de moi, rajustant par la même occasion ma tenue pirate/baroudeur achetée spécialement pour la virée bateau et qui, il faut l'avouer, me rend plus canon que le sera Brad Pitt à son apogée. Plus qu'à espérer que ça suffise.

[Well, this man loves a woman
Et bien, cet homme aime une femme
I gave you everything I had
Je t'ai donné tout ce que j'ai
Tryin' to hold on to your precious love
J'essaie de me raccrocher à cet amour précieux
Baby, please don't treat me bad
Chérie, s'il te plait ne te conduis pas mal envers moi*]


Et dis oui.


*Percy Sledge - When a man loves a woman

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Fleur.des.pois

“ De temps en temps, même si c’est rare, les gens vous surprennent.
Et une fois de temps en temps, certaines personnes peuvent vous couper le souffle. ”


Il n'y avait que la mer, les flots à perte de vue. La terre était à la fois derrière et devant, et Fleur songeait que c'était particulièrement excitant de se trouver au beau milieu. Elle avait lâché ses longs cheveux, qui flottaient autour de son visage, battus par les vents. L'Ortie portait l'une de ses robes de deuil, celle-ci étant aussi simple qu'élégante. Inutile d'être trop apprêtée dans un navire, après tout. Les joues rosies par l'air marin, les yeux plus pétillants que jamais, elle regardait droit devant elle, les deux mains ancrées au bastingage. Ce moment était parfait, et elle tandis qu'elle songeait qu'elle aurait souhaité le partager avec son fils, celui-ci apparut juste à ses côtés. Comme s'il avait été attiré par un mystérieux pouvoir auprès de sa mère.

- Figlio mio, guarda come è bello !
s'extasia-t-elle en italien.

Sa langue natale lui manquait. Bien sûr, elle continuait à la pratiquer quotidiennement avec Drago, mais c'était Venise, également, dont elle se languissait.


- Sì, Mamma. È bellissimo. Mi ricorda il nostro viaggio in Francia. Tranne che era più caldo, répondit-il dans la même langue en levant le nez vers Gaïa.

Le petit garçon, tout comme sa mère, n'avait pas réellement fait de concession vestimentaire. S'ils avaient opté tous les deux pour quelque chose de plus pratique pour le voyage, ils n'avaient ni l'un ni l'autre renoncé au raffinement. Sa chemise, ses braies, son pourpoint, ses bas de laine et ses souliers étaient parfaitement ajustés. Tout comme sa mère, il portait toujours le noir.


- Mamma, reprit-il bientôt. J'ai voulu voir la terre de là-haut et le capitaine m'a dit qu'il ferait froid alors j'ai pris ma couverture. Mais je l'ai oublié. Je... Je ne suis pas très rassuré par les hauteurs.

Drago grimaça légèrement, comme honteux d'avouer sa faiblesse d'enfant. Fleur ouvrit de grands yeux, tout à la fois effrayée et ennuyée.

- Amore mio, tu ne m'as pas dit que tu étais monté ! Tu aurais pu... Madre mia, Drago, la prochaine fois, tu me préviens.


Elle fronça légèrement les sourcils et Drago, dans un coin de sa tête, nota que son père lui devrait un service. Après tout, il se faisait réprimander certes pour la bonne cause, mais tout de même.

- Tesoro, dans mon état je ne pense pas être capable d'acrobaties. Demande à ton père, il sera ravi de t'aider.

Drago retint de justesse une grimace. Il ne devait surtout pas se trahir. Ni lui ni Niallan. Sa mère l'observait avec attention, et tout le monde à bord savait qu'il était très difficile de mentir à Gaïa Corleone. Notamment parce qu'elle passait trop de temps à pratiquer ce noble art pour ne pas reconnaître un autre menteur. Et puis, elle connaissait son fils par coeur. Il n'y avait plus qu'une seule façon de ne pas se trahir tout en l'attirant là-haut. Présenter la vérité sous un éclairage peu orthodoxe.

- Je ne l'ai pas vu dans les environs, prétendit-il - ce qui était la stricte vérité puisqu'il était perché là-haut. La dernière fois que je l'ai vu il était très occupé, ajouta-t-il, ce qui n'était pas faux non plus. Mais Mamma, per favor, je meurs de froid ! Et c'est ma belle couverture en mérinos ! Si elle reste trop longtemps là-haut, elle va s'abîmer.

Fleur poussa un soupir et déposa un baiser sur le front de son fils. Maugréant que dès qu'elle mettrait la main sur Niallan, il passerait un mauvais quart d'heure pour cause de négligence enfantine, l'empoisonneuse empoigna les cordes des haubans que lui indiquaient Drago, et grimpa non sans effort jusqu'au poste de ce qui était sans doute celui de la vigie.


- Fichue couverture,
maugréa-t-elle. À quoi servent les trois capes que nous avons emporté s'il ne...

Fleur venait de tirer d'un coup sec sur la couverture pour la caler sous son bras et, fatalement, de dévoiler Niallan. Elle poussa un cri et se raccrocha aux cordages de toutes ses forces, le coeur battant à tout rompre.

- Mais qu'est-ce que tu...


Elle ne termina pas sa phrase. Les yeux grands ouverts, Fleur détaillait l'allure de Niallan en arrondissant la bouche. Il était vraiment beau comme ça. D'un coup d’œil global, elle estima qu'il ne serait pas très prudent de le déshabiller ici. Ils pouvaient tomber, et en plus, tout le monde pouvait les voir. S'il se laissait entraîner dans un coin tranquille en revanche...

- Tu es... Parfait, lâcha-t-elle dans un souffle, le coeur en déroute. Ceci dit, parfait ou pas, j'aimerais bien savoir ce que tu fiches ici, amore mio.



Grey's Anatomy
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Figlio mio, guarda come è bello ! : Mon fls, regarde comme c'est beau !
Sì, Mamma. È bellissimo. Mi ricorda il nostro viaggio in Francia. Tranne che era più caldo : Oui Maman. C'est magnifique. Cela me rappelle notre voyage pour la France. Sauf qu'il faisait plus chaud.

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Niallan
[Ah, ah, when I was young
Ah, ah, quand j'étais jeune
I, I should've known better
J', j'aurais dû mieux savoir
And I can't feel no remorse
Et je ne peux pas avoir de remord*]


La gorge nouée par l'appréhension, je l'observe grimper par la minuscule ouverture que j'ai laissé dans la couverture, à la manière d'un môme effrayé par les ténèbres. C'est sur ça que s'est fini notre premier mariage. Des drames à répétition, plus sombres qu'une nuit sans lune. Toutes les étoiles de nos espoirs se sont effacées pour ne laisser que la rancœur et la haine. Paniqué, je repense au rythme effréné de nos crises conjugales. Je la revois pleurer, je me revois hurler. Je me remémore les infidélités, les mensonges et les coups bas, les menaces et les ultimatums, les fuites et les au-revoir. Peut-être que je suis en train de faire une connerie. Peut-être qu'on est pas plus prêts qu'il y a huit ans. Peut-être qu'on est pas faits pour le mariage, qu'on s'aime trop fort pour s'aimer bien.

Lorsqu'elle pose son pied sur le bois, je crispe mes doigts sur l'écrin de velours sombre renfermant la bague. C'est pas une bonne idée, on va tout faire foirer. Alors qu'elle se met à râler, je cherche déjà une excuse pour l'avoir fait monter aux cordages. J'étais bourré et je me suis endormi. Pas terrible mais elle ne me laisse pas beaucoup de temps pour réfléchir. Découvert aussi bien littéralement que métaphoriquement par ses soins, je déglutis avec difficulté en la regardant. Dis quelque chose bon sang, t'as l'air d'un con.

Je...Je...la couverture. Parce que …

Et vas-y que je bafouille en triturant nerveusement mes mains. J'arrive pas à réfléchir quand elle est là, c'est comme si elle parasitait toutes mes capacités de réflexion d'un seul regard. J'ai jamais ressenti ça pour aucune autre femme. Bien sûr, j'ai aimé, parfois démesurément mais jamais comme un dément. Je lui ai pardonné ce que je n'aurais jamais pu accepter chez aucune autre, je suis resté envers et contre tout. C'était dur, épuisant mais aussi putain de grisant. C'est avec elle que je me sens le plus vivant alors tant pi si elle me précipite vers la mort. On était jeunes, on était cons, on l'est sûrement encore mais on a jamais cessé de s'aimer.

[You've been on my mind, girl, since the flood
Tu occupes mes pensées, chérie, depuis le déluge
Oh, Fleur
Oh, Fleur
Heaven help the fool who falls in love
Que le paradis vienne en aide au fou qui tombe amoureux*]


Sans hésiter plus longtemps, je me redresse légèrement pour poser le genou à terre. Je lui souris, ce qu'elle est jolie. C'est pas une connerie ou alors la plus belle de ma vie. Je me racle la gorge, passe une main dans mes tifs pour me donner une contenance et tente de me rappeler du discours que j'ai préparé. Peine perdue. Me voilà reparti pour une crise de panique, les mains aussi tremblantes que moites. Histoire de pas rester trop longtemps muet, j'improvise.

Je peux pas te promettre une vie aussi rangée que tes fioles de poisons, sûrement même que je voudrai jamais me poser et t'offrir une vie de château. Le moins qu'on puisse dire c'est que ça commence mal, je me mords la lèvre inférieure. Mais je peux te promettre que tu seras toujours ma reine et que mes bras seront toujours ton royaume sans que tu doives faire face à des envahisseurs. Y'a un léger mieux, je me fends d'un sourire en coin. Je peux pas te promettre que je te donnerai aucune raison de me frapper, de crier ou de pleurer, peut-être même que des fois t'auras carrément envie de me jeter mais je resterai. Que ce soit tout rose, tout noir ou un caca d'oie pas attirant, je serai là. Je m'accrocherai à toi avec plus de fermeté qu'une moule à son rocher même quand des vagues nous heurterons et qu'on fera face aux tempêtes.

Je marque une petite pause, la gorge sèche. Avec délicatesse, je m'empare de sa main sans la lâcher des yeux et reprends sur fond de mathématiques.

Le fait qu'on se soit perdus pendant six ans reste un mystère de type Triangle des Bermudes pour moi parce que je t'aime à un point si gros que ça en devient un rond, même si c'est à ma manière pas très carrée. C'est vrai que parfois je te comprends en diagonale et que je fais des parallèles pas convaincants mais t'es le centre de mon monde. Et je pense, non, je suis sûr que si on fait des efforts des deux côtés, ça peut marcher. Ça va marcher.

[You've been on my mind, girl, like a drug
Tu occupes mes pensées, chérie, comme de la drogue
Oh, Fleur
Oh, Fleur
Heaven help the fool who falls in love
Que le paradis vienne en aide au fou qui tombe amoureux*]


Une grande inspiration est prise, l'écrin ouvert pour dévoiler la bague.

Je suis condamné à t'aimer pour l'éternité alors si tu voulais bien accepter qu'on la passe ensemble, tu ferais de moi le plus heureux des hommes. Veux-tu m'épouser ?


*Paroles et traduction The Lumineers – Ophelia (prénom revisité pour l'occasion)

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Fleur.des.pois

“ « Ça dépend »... Oui ça évidement, on vous demande de répondre par « oui » ou par « non » alors : ça dépend, ça dépasse ! ”


Les bras croisés, en équilibre précaire en haut du mât, elle l'observait d'un œil inquisiteur pendant qu'il bredouillait quelque chose à propos de la couverture. Il n'avait pas l'air très malin, comme s'il avait honte de s'être fait surprendre, caché là-dessous, dans ce tout petit espace alors qu'en bas l'attendait un pont tout entier où déambuler - entre autres choses intéressantes. Lorsqu'il se mit à bouger, Fleur crut tout naturellement qu'il amorçait un rétablissement en position verticale et s'apprêta à redescendre. Mais il ne se remit pas debout. Il mit un genou à terre. Juste devant elle. Sous son nez pointu qui se fronça légèrement, comme si elle s'attendait à une entourloupe. Et non content de mettre un genou au sol, il commença à parler. Plus exactement, à discourir.

Les yeux de Gaïa s'arrondir comme deux pièces de monnaie. Elle perdit son air suspicieux, ses lèvres s'entrouvrirent de stupéfaction. Il lui faisait une déclaration ? Ici ? Maintenant ? Est-ce que l'air du large lui avait complètement dérangé la cervelle ? Non pas qu'elle n'aimait pas ce genre de discours, mais c'était aussi attendu de la part de Niallan que de la neige au mois d'Août. Logique, ça n'existait que dans les rêves. Bien sûr, il lui disait qu'il l'aimait très régulièrement - et il avait tout intérêt - mais jamais il ne se lançait dans de telles expansions de son amour. L'espace d'une seconde quelque peu gênante, Fleur se demanda même s'il n'allait pas sortir un luth de sous la couverture de Drago.

Ce qui étonnait le plus l'Ortie, c'était la quantité de jolies choses qu'il était capable de lui dire. Il avait l'air tellement sincère, en plus ! Ses yeux bleus si remplis d'espoir quand il parlait de leur amour, son souhait qu'il dure pour toujours, sa façon si adorable de lui demander de l'épouser...

Fleur se raccrocha de toutes ses forces à la rambarde. Quoi ? Il lui demandait de l'épouser ? Avait-elle bien compris ? Le souffle lui manqua, l'air lui parut singulièrement manquer d'oxygène, tout à coup. Son coeur se mit à cogner avec une force inhabituelle contre ses côtes, comme s'il avait décidé de s'échapper de sa poitrine pour, au choix, tomber droit dans la mer ou s'élever très haut dans les cieux. Il avait l'air sérieux. Ce n'était probablement pas une blague. Il lui demandait véritablement sa main. Il avait même une bague. Nerveusement, Fleur déglutit en tirant sur le col échancré de sa robe. Un sourire tremblant se dessina sur ses lèvres tandis que, d'un coup d’œil bref et rapide, elle évaluait ses chances de s'enfuir en toute discrétion. Chances qui étaient ramenées à zéro. Mais avait-elle vraiment envie de fuir ?


- Tu...

D'après le regard qu'il lui lançait et la main qu'il lui tenait, il attendait une réponse. Une réponse là, maintenant, tout de suite. Alors qu'elle ne portait rien d'autre que cette banale robe noire taillée dans un tissu des plus simples, qu'elle ne se lavait qu'à l'aide d'un seau, que ses cheveux sentaient le sel et...

- Tu...

Il venait de lui demander sa main. Il attendait une réponse. Il fallait qu'elle cesse d'avoir l'air de s'être pris un mur en pleine figure. Elle ne s'y était pas attendue, voilà tout. Elle n'avait pas deviné. Elle s'était laissée surprendre. Fleur n'aimait pas se laisser surprendre, elle n'aimait pas ne pas mener la danse. Ce n'était pas dans sa nature, mais d'ordinaire, même quand elle faisait face à des choses inattendues, elle savait toujours se comporter comme si la nouvelle était fraîche de deux siècles et qu'elle n'était pas étonnée. Mais là c'était différent. Elle s'était laissée surprendre et, à son grand étonnement, pour la première fois de sa vie, elle adorait ça.

Gaïa se mit à rire. Ce n'était pas un simple petit éclat de rire amusé, c'était un véritable torrent qui se déversait en cascade. La tête rejetée en arrière, elle était en proie à une crise d'hilarité qui manqua de la faire basculer en arrière. Elle n'avait pas ri comme ça depuis des mois, peut-être même des années, voire carrément jamais. C'était un éclat de rire profondément joyeux, léger, insouciant, qui volait comme des lucioles dans un crépuscule d'été, sauf qu'il flottait encore plus haut. C'était tout le bonheur qu'elle avait dans la poitrine qui sortait par flot de sa bouche grande ouverte pour se déverser tout autour d'eux.

Elle mit un temps infini à arrêter de rire, un temps infini à exsuder son bonheur, un temps infini à répandre tout son amour. Lorsque, enfin, les derniers éclats moururent et qu'elle dut redevenir sérieuse, qu'elle dut redevenir Gaïa Bellini-Corleone, et non plus cette fée éclatante comme un soleil, son regard étincelant se posa sur Niallan. Qui attendait toujours. Mais plus pour longtemps.


- Ça dépend, murmura-t-elle en lui jetant un regard malicieux. Cette condamnation est-elle pour toi une malédiction ou une bénédiction ?

Puis, sans attendre que lui-même réponde à sa question, elle se pencha et l'embrassa avec fougue, sans retenue, avant de lui jeter un regard plus tendre, sans malice.

- Bien sûr que oui, Niallan Ozéra, je veux être ta femme.



* Le Père-Noël est une ordure

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Niallan
[I gave her everything
Je lui ai tout donné
She took my heart and left me lonely
Elle a pris mon cœur et m'a laissé seul
I think broken heart's contagious
Je crois que le cœur brisé est contagieux
I won't fix, I'd rather weep
Je ne le réparerai pas, je préférerais me lamenter
I'm lost then I'm found
Je suis perdu puis je me trouve
But it's torture bein' in love
Mais être amoureux, c'est de la torture
I love when you're around
J'adore quand tu es proche
But I fuckin' hate when you leave
Mais putain, je déteste quand tu pars*


Et pourtant c'est ce qu'elle a fait. Sans rien me dire, sans même laisser un mot. Elle a emporté avec elle nos deux enfants, celui déjà grand et celui pas encore né. Elle m'a abandonné et m'a privé de notre famille. Elle m'avait promis mon rêve et me fait revivre mon pire cauchemar.

Vous vous souvenez de cette scène aux allures de conte de fée il y a trois mois ? De l'opération commando sous la couverture et des déclarations en suivant ? Suite aux miennes, elle s'était marrée, ce qui m'avait donné envie de me jeter à l'eau. Littéralement. De disparaître dans les profondeurs pour oublier cette humiliation. Mais après, elle avait dit oui. Vous vous rappelez ? Elle avait accepté de devenir ma femme. On s'était embrassés et on avait fait l'amour juste au-dessus de la tête des matelots. Avec le recul, je me dis qu'elle se foutait peut-être vraiment de ma gueule à ce moment-là, que la simple idée qu'elle puisse m'épouser était ridicule.

Le corps parcouru de frissons, je crispe ma main autour du goulot de la bouteille dont le contenu a tôt fait de me brûler la gorge. Trois semaines qu'elle est partie et je donne l'impression d'avoir pris dix ans.

Tout est allé très vite. Trop vite. Si j'avais su qu'il y aurait une fin, croyez bien que j'aurais savouré chaque seconde comme si c'était la dernière. Mais comment j'aurais pu savoir ? Tout allait bien. On se disputait presque pas et quand ça arrivait, les réconciliations sur l'oreiller effaçaient tout. On s'envoyait en l'air plus souvent que d'anachroniques pilotes d'avion. J'étais un amant aimant. Chaque jour, je me rapprochais un peu plus de notre fils, je rattrapais les années perdues. Je lui apprenais tout ce que je savais et planifiais son avenir. Je veillais sur le ventre rond de Fleur comme un dragon sur son trésor, j'attendais la naissance comme celle du divin enfant. J'étais un père présent. On devait se marier au début du mois de juin. On avait parlé des centaines de fois de la cérémonie, tout orchestré dans les moindres détails. J'avais même réfléchi aux couleurs des fleurs, c'est vous dire. On avait des projets et je m'y tenais. J'étais un fiancé dévoué. On formait une famille, on était heureux. Alors pourquoi ?

Les mains tremblantes, je fouille dans ma besace à la recherche des dernières boulettes d'opium. Échec. Après plusieurs gorgées de whisky, je me relève et entreprends de retourner l'intégralité de ma piaule dans le même espoir de trouver des opiacés. Nouvel échec. J'étouffe un grondement de rage et titube jusqu'à la porte que j'enfonce d'un coup de pompe.

Alaynna ! Putain, Alaynna, t'es où ? J'ai plus rien ! J'suis sûr que tu m'en as pris ! Où c'est ? Où tu l'as mis bordel ?! Réponds !

Je suis infect avec elle et le pire c'est que je m'en rends même pas compte. Depuis que Fleur est partie, je suis plus moi-même. Je vrille complètement. Je suis tout le temps défoncé et les crises de manque sont de plus en plus violentes. La ritale veille sur moi, je vois bien qu'elle fait tout pour m'aider mais j'en ai rien à carrer. Je ne m'occupe même plus de notre fille, j'en suis incapable. Je ne vois pas ce qu'il me reste, seulement ce que j'ai perdu.

Je sais que tu m'en as pris ! Putain de voleuse... Où tu l'as caché ? Hein, où ?!

Pas de réponse, elle doit être sortie avec Anna. Qu'à cela ne tienne, j'entre dans sa chambre et entreprends de lui infliger le même traitement qu'à la mienne. Je vire les draps, retourne le lit, envoie le contenu non intéressant des étagères au sol, démonte à moitié le bureau jusqu'à ce que je tombe sur un petit sac dans le double-fond d'un tiroir. Fébrile, je m'empresse de bourrer ma pipe afin de commencer mon atelier fumette. C'est totalement défoncé que je me laisse retomber sur mon lit, les bras en croix, ma gnôle dans une main.

Elle est partie. Je l'ai cherchée partout sans parvenir à mettre la main sur le moindre indice. C'est quand j'ai compris qu'il ne lui était rien arrivé et qu'elle m'avait seulement quitté que j'ai sombré. J'ai recommencé à me droguer sans discontinuer et à picoler comme un polonais. J'ai brûlé la roulotte que j'ai passé des semaines à construire en même temps que le berceau qui berçait mes espoirs. J'ai jamais cessé de lui écrire mais elle m'a laissé lettre morte. Et maintenant, le mourant, c'est moi.

Toujours étendu sur le lit, je tourne la tête sur le côté pour prendre plusieurs lampées du liquide ambré. J'en renverse à côté, imbibe ma barbe et mes joues. Je m'en fous. Je tourne à nouveau la tête et fixe le plafond d'un regard vide. Pourquoi ?

J'ai laissé mes amis derrière moi. Pour elle.
Je suis devenu fidèle. Pour elle.

Oui oui, vous lisez bien. J'ai pas merdé. Pas une seule fois. J'ai renoncé à toutes les autres femmes par amour pour la mienne. Et ça a pas suffi. Elle est partie. Dents serrées, j'envoie la bouteille contre le mur -après l'avoir vidée, faut pas déconner- et me relève. Je titube jusqu'au bureau et dans un éclair de lucidité, je sors d'un tiroir parchemin, plume et encrier. Et puis j'écris. A Elle, que j'ai perdu, même si c'est peine perdue.

Citation:
Fleur,

Pourquoi ? Pourquoi tu t'es tirée ?

Dis-moi, c'était prévu depuis le début ? Quand t'es revenue, tu savais déjà que t'allais faire ça pour te venger ?
Tu m'as aidé à remonter la pente pour pouvoir me pousser du haut du précipice. T'as attendu que je te demande de passer ta vie à mes côtés pour détruire la mienne. Tu m'as promis mon rêve pour me faire vivre un cauchemar.

C'était pas trop dur de faire semblant tout ce temps ? De me dire « je t'aime » alors que tu me détestais ? De crier ton plaisir alors que je te dégoûtais ?

En tous cas, je tenais à te féliciter. Tes efforts ont été récompensés. Tu m'as bousillé. T'as réussi à me faire plus mal encore que Neijin.

Tu vas faire comme la dernière fois et m'abandonner pendant six ans ? Élever mes enfants loin de moi et te marier avec un richissime enfoiré qui finira par lever la main sur eux ? Peut-être même que tu finiras par revenir après avoir tué ce nouveau mari pour hériter. Tu me retrouveras et tu me promettras d'être là, tu me demanderas pardon et tu me proposeras de tout recommencer.

Tu sais quoi ? Tu pourras aller te faire foutre. Je veux plus jamais voir ta gueule. Crève. Lentement et douloureusement.

Reviens, je t'en supplie.
Je peux pas vivre sans vous.
J'ai besoin de toi, je ferai tout ce que tu voudras.
Je t'aime.
Plus que tout.


Niallan.


[Suicide if you ever try to let go, uh
Suicide si jamais tu essaies de lâcher prise
I'm sad, I know, yeah, I'm sad, I know, yeah
J'suis triste, je sais, j'suis triste, je sais, ouais*



*Paroles et traduction XXXTentacion – Sad

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