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[RP] - Il faut bénir le fruit de nos entrailles

Lallie_ap_maelweg
Était-ce sa nouvelle maternité ou bien la pitié qui avait dicté à son cœur de favoriser un peu mieux le petit Salar. Elle n'avait pas su dire ce que cet enfant lui avait inspiré la première fois qu'elle avait posé sur lui ses yeux. Tant d'années durant elle avait refusé de reconnaître jusqu'à son existence, lui qui portait un nom tant de fois honnit. Et puis l'occasion s'était présentée, trop belle pour ne pas la saisir. Et si elle n'avait pas conçu pour lui d'amour immédiat, la raison l'avait rappelée à ses devoirs.

- Ne fais pas peser sur le fils les péchés du père, s'était-elle serinée pour se convaincre une dernière fois.

Et puis elle l'avait proposé à Nicolas, maladroitement sans doute, mais elle l'avait proposé. Aussi difficile qu'il fut pour elle d'envisager lui écrire à lui qui, sans même le vouloir, était tour à tour un rival et la preuve vivante du forfait de Pelotine.

- Ne fait pas peser sur le fils les errements de la mère, conclut-elle intérieurement. Et pour le reste alors ? Le reste était tout aussi injustifié elle le savait. L'inconstance des sentiments Ansoaldiens n'était la faute de personne. Dont acte.

Citation:
De nous, Lallie ap Maëlweg de Kermorial, Duchesse de Poudouvre,
A vous Nicolas de Montfort-Toxandrie, Prince innommé de Bretagne,


Aux portes de l'Artois, je vous écris pour tenir cette promesse formulée lors de notre dernière rencontre à Rohan à la fin du mois de Février. Salomon n'est pas mon fils, Salomon n'a pas de père, Salomon n'a pas de mère, mais il vous a vous. Et peut-être qu'avec le temps je saurais lui donner un peu de moi. Je n'ai guère de leçons à donner sur la manière dont il convient d'élever ses enfants. J'ai commis nombre d'erreurs avec les miens, j'ai manqué par trop de fois de tendresse, de compréhension. J'ai voulu diriger, cadrer, forcer des natures quand j'admets volontiers qu'on ne saurait forcer la mienne. Je suis ainsi faite, j'aime mal et de loin et je l'ai chèrement payé.

Alors j'aurais bien peu de légitimité à prétendre à quoi que ce soit sur cet enfant, je me contenterai aisément de n'être qu'une illustre inconnue qui aura croisé sa route pendant son périple breton à vos côtés. Pourtant, je souhaite qu'il ne manque jamais de rien. A cet effet voilà qui devrait pourvoir en suffisance à ses besoins pour les quelques mois à venir.

L'homme qui vous remet ce pli est porteur d'un paquet et d'un petit coffret. N'ayant pas sous la main mes tisserands favoris, j'ai dû trouver à me contenter chez les artisans normands. Vous trouverez donc dans le paquet un drap de laine de facture flamande, trois chemises de toile et une de soie que j'espère à sa taille. Deux paires de braies deux gantelets en cuir de chevreau et un manteau de laine.
Le coffret quant à lui contient deux cent écus pour ses dépenses personnelles. Je tiens à ce qu'il jouisse de tout. L'abbaye jugera peut-être ces présents trop fastueux pour la vie à laquelle elle le destine, mais j'ose espérer qu'il n'en sera pas privé au profit de plus nécessiteux. C'est ma manière de contribuer à sa vie et la seule que j'ai trouvé qui soit décente.

Par ailleurs, j'espère que vous vous portez bien et que la route sur le chemin du retour fut sans encombre. Je tâcherai de prendre des nouvelles régulières et de rendre mes envois les plus fréquents possible.

Que la Mère vous garde.

Scellé à Dieppe le cinquième jour du mois d'avril de l'an de grâce mil quatre cent soixante-six.

LaMdK


Ps : Veillez à ce qu'il ne manque rien de ce que j'ai pris soin de lister sans quoi je ferais rosser le messager.


Le tout fut confié, ainsi qu'elle l'écrivait, à un coursier à l'air plutôt honnête mais pour lequel elle n'aurait toutefois juré de rien. Grassement payé, elle espérait qu'il n'aurait pas plus grand appétit et ne succomberait pas à l'envie de garder les présents par devers lui. Il fut convenu qu'il se rendrait au Palais épiscopale de Périgueux.
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L_aconit
Étendant les bras en grand pour gonfler le drap et le laisser retomber lentement sur la couche, le prélat l'observa couler et se mouler aux formes de son point de chute. Maniaque, les mains blanches vinrent en replier soigneusement les bordures à la paillasse, soucieux de n'y laisser survivre aucun pli.

Le tout était taillé dans une belle étoffe, mais après tout, qu'attendait-il d'autre d'une Duchesse? Tout était parvenu au palais épiscopal de Périgueux, en en l'état. Du temps avait passé depuis son séjour en Breizh. Fourmi parmi les hommes, le prêtre avait prit du galon, jusqu'à se voir accorder le privilège de devenir le plus jeune évêque de France. Lallie aurait-elle seulement été impressionnée? Pas, assurément. Taillée dans l'airain, la flamboyante rousse avait sans doute eu la vie dure pour ne plus réussir à sortir de son éternelle marmoréenne posture. Pourtant, si elle demeurait froide, elle savait converser. Les mots après avoir été échangés pour le prouver sur les terres d’Armorique, avaient fini par se coucher... Nicolas n'en doutait pas, attentif qu'il savait être aux autres et à leurs rouages. L'ovate avait de la profondeur d'âme. L'esprit assez souple par endroits pour concéder d'écrire à celui qui l'offensait d'avoir simplement osé existé.

Fils de feue Pelotine, belle soeur adultérine de Lallie.
Premier péché masculin d'Ansoald, amant de Lallie.
Detenteur de la garde de ce petit fils, ôté à la vue de Lallie.

Trois fois plus de raison de ne pas l'aimer donc, et pourtant, le pli était là. Et la rencontre de Faust Nicolas et de Lallie, aussi inattendue et désarçonnante fut-elle, avait fait son chemin. Jusqu'en Périgord. La Poudouvre était à ce jour encore, la seule personne à qui Nicolas avait avoué sans se défiler son penchant pour le sexe fort. Bien malgré lui.


    - L'aimez-vous encore?
    - J'aime quelqu'un d'autre.


Tout un aveu. Si Elle n'avait rien eu à craindre de Nicolas concernant l'Ansoald, le contraire n'était peut-être pas si évident. Les yeux avaient lu la missive et pensifs, s'étaient accrochés à la vision du petit oblat, insouciant et loin de se douter qu'il était le centre de toutes les attentions, de Bretagne à Guyenne, et encore jusqu'à Périgord... Enfant d'un Grand Duc proclamé traître à son pays, Salomon du Salar coulait des jours simples dans l'existence de l'église, retiré des hommes et des drames de sa famille. Nicolas, détenteur de ses secrets, veillait à ne pas percer cette bulle si chère qu'il n'avait pas su préserver à lui-même.

Qu'en penserait Dana? Fallait-il lui écrire. L'hésitation le gagna. Si Dôn avait mis tant de soins à cadenasser son histoire avec la Duchesse de Poudouvre, la raison devait peser son poids. L'Aconit effleura les effets qui accompagnaient les mots, cachés à la vue de l'enfant par un coffre.


- Salomon. Venez. J'ai tenue à vous faire essayer.

Citation:

Lallie ap Maëlweg de Kermorial, Duchesse de Poudouvre,

Salomon aura trouvé vos présents, et sa joie ne comptait pas assez d'éclat pour vous en faire l'épilogue. Je vous remercie de cette attention en son nom, et gage que son octroi vous aura autant fait plaisir qu'à lui.

Les temps sont difficiles en ce moment, affectivement parlant cet enfant demande plus qu"avant. Je m'échine à le contenter, mais je crains ne jamais remplacer la présence d'une mère, ou d'une grand mère.

J'ai tenu au fait Dana de votre présent, sans mention contraire de votre part. J'espère que vous n'en prendrez pas ombrage. A ce jour, elle ne m'a pas tenu réponse. Je crains qu'elle ne traverse une période difficile. Je vais sans doute lui demander de venir visiter son fils, ainsi tout le monde sera momentanément satisfait. Voici une petite statuette de bois taillée par notre grandiloquent Salomon. J'ai cru comprendre que c'était là sa représentation d'un ange. Par dieu, j'espère que les anges ne ressemblent pas à cela.

Dieu vous garde,
la mère nous protège,

Si j'ai pris les ordres je n'ai pas oublié ma nature.


Faust Nicolas Montfort Toxandrie.


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Chapelain de l'Ostel Dieu à Paris, Evêque de Perigueux, Exorciste de Rome
(En Bleu italique, les pensées Laconiques.) galerie d'avatar-Recueil
Lallie_ap_maelweg
Lorsque l'on écrit, il faut souvent s'attendre à une réponse. C'est le propre de la correspondance. Certes, il y a des lettres mortes, mais le destinataire sait souvent vous gratifier d'un mot ou deux lorsqu'il n'est pas capable d'être prolixe. Une question d'éducation sans doute.
Alors donc elle a écrit et pourtant lorsqu'on lui porte la réponse elle fait mine d'affecter la surprise. Oh bien entendu c'était prévisible, elle l'avait même insidieusement poussé à lui formuler un retour. Foutu post-Scriptum. Ce qui ne l'empêche pas de tressaillir à la vue du sceau de l'évêché et la lecture du nom. Impatiente par nature, elle prend très vite connaissance du billet, s'émeut à peine à la vue de la sculpture qu'elle conservera toutefois, tique lorsqu'il parle de Dana. Âme naturellement tourmentée, Dana jouit de cette étonnante faculté de réussir à se plaindre même lorsqu'elle possède tout. Il y a des gens imperméables au bonheur. Faut-il s'alarmer ? L'information est trop brève pour susciter plus qu'un léger agacement, qu'un simple haussement de sourcils suffit à traduire. Depuis sa dernière lettre, celle où elle la priait de venir à son mariage - qui si elle n'était pas restée lettre morte avait clairement manqué d'enthousiasme - son désintérêt lors du sacre, en dépit de la réponse positive, l'a blessé. Pas un mot, pas un regard, rien qui laisse à penser qu'il peut encore exister pour elles une issue favorable. Pourquoi ? Elle ignore encore tout de ce qui tourmente sa fille et ne l'apprendra peut-être jamais. Résolue, elle ne souhaite ni s'attarder ni s’appesantir, c'est trop lourd à porter d'être si mal aimée par sa propre chair. Alors elle efface, fautive, sans insister. En dépit de sa progéniture nombreuse, Lallie n'a jamais été faite pour être mère. Elle est femme d'abord et avant tout. Éternelle amoureuse, trop pudique pour s'avouer, trop orgueilleuse pour faiblir, aimer un homme est difficile et prenant. Alors aimer ses enfants et leur montrer lorsqu'on n'a à offrir que l'étroitesse d'un cœur exclusif... Non, on ne force pas les natures peu expansives.
Intervenir dans la vie de Salomon par intermittences, de loin, lui convient parfaitement. Ça ne l'engage pas beaucoup sur le plan émotionnel et elle comble ses lacunes par des cadeaux qui sauront peut être parler à sa place. Nicolas semble indiquer qu'il faudrait s'impliquer davantage, craintive, elle préfère se retrancher derrière les principes et les convenances. Ah Dieux qu'elle aime ses foutus principes qu'elle n'hésite pas à transgresser dès lors qu'il s'agit d'elle. Et si elle se croit la plupart du temps infaillible, la nature se charge de lui rappeler qu'elle n'est qu'une femme.


- Grand-mère... marmonne-t-elle dans un pincement de lèvres. Quel petit con.
Assurément il n'a pas appuyé sur ce fait certes avéré, mais cruel, de manière délibérée. Cependant, tout est bon à prendre pour nourrir son amertume.

Citation:
De nous Lallie ap Maëlweg de Kermorial
A vous Faust Nicolas de Montfort-Toxandrie, Évêque de Périgueux ?


Je vous pensais simple confesseur, je m’aperçois de ma bévue. Mais vous saurez je crois pardonner la méprise, je porte assez peu la chose aristotélicienne dans mon cœur pour que ces sacerdoces trouvent un écho en moi. J'ai toute confiance en vous pour savoir que le secret de cette confession ne sera pas ébruité. Notre existence même n'est faite que d'une longue succession de dissimulations comme vous le savez. Vous ne jugerez pas alors celle qui se dérobe à la foy unique.

Remerciez Salomon pour son présent que je conserve précieusement comme le témoignage de son affection naissante. Vous avez, je pense, le caractère assez souple pour répondre aux exigences d'un garçon qui emprunte tout doucement le chemin de l'homme. Vous comprendrez aisément qu'eu égard la froideur de nos relations avec madame sa mère, m'imposer d'avantage aurait probablement des conséquences fâcheuses pour cet enfant. Ni vous ni moi ne voulons d'un scandale comme Dana en a parfois le secret. Et puis, maintenant je peux bien vous l'avouer, mon état actuel ne me permet pas de voyager, je donnerai encore la vie cet été si les dieux le veulent.

D'ici là, portez-vous bien et prenez soin de celui qui nous lie bien malgré nous.

Fait à Arras, le dix-huitième jours du mois d'avril mil quatre cent soixante-six.


LaMdK



La lettre est scellée et confiée à un coursier qui prendra le chemin de Périgueux. Mais une seconde lettre est rédigée pour un tout autre destinataire, moins formelle.

Citation:
Dana,

J'ai gagné l'Artois il y a bientôt deux semaines pour rejoindre ton beau-père, comme tu t'en doutes sûrement. C'est là mon dernier voyage avant la délivrance, je suis enceinte.

Nicolas m'a écrit, non pas pour me parler de toi, mais pour me donner des nouvelles de ton fils à qui j'ai fais parvenir quelques présents. Toutefois il m'a laissé entendre que tu ne te portais pas bien.

Écris-moi.

Ta mère.


Courte, efficace pense-t-elle. Celle-ci aussi est scellée mais le cachet de cire ne porte aucun insigne, rien qui puisse trahir l'expéditeur. Elle veut s'assurée d'être lue. Et cet épître, alors, restera t-il lettre morte ?
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Don.
Ce pli...

Il fut lu.
Il fut lu par deux fois. Puis trois, et peut-être même mille depuis.
Il fut lu et les pleurs s'ils n'ont pas réussi à jaillir, sont là, sous-jacents.
La colère gronde, les pas percutent un sol malmené par les humeurs massacrantes d'une lectrice à bout. A bout de nerfs, à bout de peines, à bout d'une vie.

Dôn avait aimé sa mère, plus que tout. Jugée ingrate, immature, égoïste par cette dernière, elle s'en était naturellement éloignée. Leurs vies n'étaient liées que part leurs connaissances communes qui souvent, parlaient à l'une ou à l'autre et rapportaient sans doute bribes confuses, ou erronées.
Ainsi, la fille apprenait que la mère tombait en pâmoison devant le beau - mais animal - Ansoald, qu'engrossée endeuillée elle évoluait ensuite vers un mariage annoncé auprès du lubrique Kermorial pour finir enceinte - encore - de ce dernier. Honteuse, Dôn préférait exprimer son courroux, ou simplement expulser ce dernier à coups d'oubli forcé. Malheureusement, c'était sans compter sur l'ami de toujours, qui en une phrase avait réussi à briser son âme d'enfant en lui avouant les péchés partagés dans la couche d'ap Maëlweg Mère. Si d'un soutien elle aurait bien eu besoin, c'était vers Tiernvaël qu'elle aurait aimé se tourner, chose impossible puisqu'il était l'acteur secondaire de ses tourments les plus grands. Théodrik n'était pas là. Théodrik n'était plus là. Et aucun autre n'aurait pu l'écouter, en promettant de ne point la juger pour ses élucubrations sévères.

Que lui restait-il ? Ses enfants.

Guénolé, qui oubliait de lui écrire, et qui n'avait en retour qu'un silence pesant.
Isan, son joli fantôme à qui elle parlait en dormant.
Brynjar, qui entre deux poussées de dents, lui accordait conversations sans verbes en dedans.

Salomon. Fils bâtard à qui elle destinait un avenir grand. Évêque ou même pape ! Et qui venait s'immiscer entre eux ? Lallie. Il serait évident qu'un enfant couvert de présents plus coûteux que ce que Dôn pourrait lui offrir, se détournerait d'elle. Il était évident, qu'âgé d'à peine quatre ans, fils Salar choisirait d'évoluer différemment, si on le détournait de la foi et de sa maman. Sacrifiant ses pauvres économies et son cœur battant, Dana qui, tout comme sa mère n'avait pour la filière parentale que peu d'engouement, comblait le manque d'attention et de temps qui lui était possible d'accorder à son second né.

Que voulait-elle, à la fin ? Mais que voulait-elle !



Citation:
Dôn af Nærbøfj-Røykkness
La Buse Rouge Prétrocorienne.
Périgueux, PERIGORD.


Que veux-tu ?

Salomon n'a jamais gagné le moindre intérêt à tes yeux et quelle était la cause de ce rejet ? Sa filiation.
Equemont en est le géniteur, et bien qu'il soit mort il l'est encore. Tu as pu le voir, ses traits sont similaires à ceux de feu son père, son nez franc, ses yeux clairs, l'ocre de sa toison. Est-ce supportable désormais ? Dis-le moi, oui. Il n'y plus de paroles d'hommes qui me soient insupportables à lire, ou à entendre. Je peux découvrir sans crainte. Si tu as du cœur, dis moi pourquoi ? Que veux-tu vraiment ?
Cet enfant est le mien. Il le restera, da viken. Ne t'inquiètes pas de lui, ni de ses frères. Et n'approche plus le mien non plus. Nicolas est ma famille, et il prend soin d'elle.

Je ne suis pas heureuse, mais je vais bien.

D.




Le collanté ne fut guère évoqué. Elle n'en a pas encore la force.
Et comme le chien qui rapporte le bâton pour se faire battre, Dôn ne quémande aucune nouvelle, espérant n'obtenir pour réponse que reproches et insultes. Il serait malheureux d'admettre qu'une aide serait la bienvenue, elle préfère laisser la place à une valeurs constante: L'égoïste ingrate.

_________________
Lallie_ap_maelweg
Ce pli...

Il fut lu.
Il fut lu par deux fois. Puis trois, et peut-être même mille depuis.
Il fut lu et reçu comme une chape de plomb sur sur les épaules, sur la tête.
Elle passe par toutes les phases émotionnelles, de la colère froide, sourde, spasmodique, à l'apathie la plus totale. Rire hystérique, fatiguée, le papier lui échappe des mains. Elle ne le ramassera pas.

Là s'arrête tout autre comparaison. Aux raisons informulées s'oppose l'incompréhension. Pourquoi cette dureté ? La mérite-t-elle seulement ? Ne lui a-t-elle pas tendu la main plusieurs fois ? Elle qui n'en a qu'une devrait se souvenir comme il est précieux d'en avoir deux, sinon plus. Elle pourrait dire beaucoup, mais par où commencer ? Que répondre à cela quand les années ont figée les rancœurs jusqu'à l'os. Elle ne sait plus bien d'ailleurs ce qui les a tant divisées. Equemont sans doute et pour quel résultat ?

Une plume, un vélin, de l'encre.


Citation:
Lallie ap Maëlweg de Kermorial
La Renarde Vannetaise
Arras, ARTOIS


Rien.

Faut-il nécessairement dans chaque mot, chaque geste, chaque démarche voir une intention cachée ?

Ou peut-être tout.

Oui je veux tout. Je pensais que tu le voulais aussi, par ta venue à mon mariage, recoudre ce tissu familial trop longtemps étiré jusqu'à la déchirure.

Je te veux toi.

Ma fille et mon sang. Combien de fois te faudra-t-il me renier ? Pour un homme qui t'a si mal aimé ? Ils passent, je demeure et demeurerai toujours.

J'ai rencontré Salomon à Rohan en même temps que j'apprenais l'existence de ce frère que tu m'as caché. Il semble parfait et te porte j'imagine l'attention que tu réclames avec tant d’appétit. Salomon aussi en réclamait, j'ai vu dans ses yeux la solitude et j'en ai conçu de la peine et du remord. Le fils n'a pas a payer pour les erreurs du père, ça n'est pas juste. Comment peux-tu imaginer que je veuille te le prendre. Sombre idiote.

Quant à m'interdire quoi que ce soit, toi et moi sommes faites du même bois. On ne nous interdit jamais rien.

Je veux la paix.

LaMdK


_________________
Myrdinn
Après plusieurs jours d'un harassant voyage, un drôle de messager se présente auprès de Dana. D'origine berbère, cet androgyne maniéré, au teint hâlé est ce que j'ai trouvé de mieux, ou en tout cas de plus rapide, à envoyer par la route jusqu'à ma soeur, pour déposer ce billet que je veux lui voir remis en mains propres.

Il exerce en outre la fonction de sceau vivant. Car qui d'autre que moi pourrait envoyer pareille créature porteuse d'un message ? Au delà de mon écriture, il atteste sans nul doute que ce message vient de son excentrique de frère.


Citation:
A mon illustre et très estimée sœur préférée
De ton survivant de frère princier


Avant d'en venir aux faits, permet moi en premier lieu de m'excuser pour ce messager quelque peu atypique. J'espère qu'il n'éveillera pas trop ta curiosité quant à ce qu'il peut dissimuler sous ses vêtements, je lui ai donné consigne de ne rien dire. C'est pour son bien, surtout quand on accomplit seul(e) une si longue route par les temps qui courent. Je l'ai croisé au hasard des chemins qui m'ont mené loin dans le nord. Je l'ai recruté(e) et maintenant je l'occupe comme je le peux en attendant de trouver l'endroit où installer le futur établissement dans lequel il ou elle officiera.

Mais trêve de balivernes, venons en aux choses sérieuses.

Voilà plusieurs semaines que j'ai des nouvelles à te faire parvenir. J'ai bien tenté de te les porter de vive voix, mais alors que j'arpentais les routes de Guyenne, point de Dana à l'horizon. En fait, après une longue période à garder le lit pour cause de violentes migraines, j'ai perdu tout le monde de vue ou à peu près. A mon retour je n'ai retrouvé personne et de guerre lasse j'ai fini par jeter l'éponge et j'ai pris la route pour le nord avec comme dessein, tu t'en doutes, d'assister au re-mariage de maman.

Ca c'était la première nouvelle. Nouvelle que tu as reçu entre temps, maman me l'a confirmé.

La seconde est bien moins réjouissante. Et comme il n'y a pas, à mon avis, de façon d'annoncer ces choses là, je serai direct comme à mon habitude. De sorte que si tu préfères t'asseoir pour apprendre les mauvaises nouvelles, tu as quelques secondes jusqu'à la fin de cette phrase pour t'exécuter.

Mamie est morte.

La nouvelle m'en a été rapportée par hasard. Le sort aura voulu que je sois le premier de nous deux à avoir été trouvé et contacté. Nous étions à peu près les seuls, souvenirs de l'époque de Saint Brieuc oublige, qui trouvaient encore grâce à ses yeux. C'est du coup moi qui ai dû en informer papa (si tant est qu'il lise les courriers qu'on lui envoie).

Je n'ai pas eu le coeur de passer à Lisieux à l'aller. Sans doute le ferais-je au retour. Pour vérifier qu'elle fut mise en terre ainsi que son rang le mérite et qu'une tombe digne de ce nom fut érigée en sa mémoire et sa gloire. Elle était devenue dame de la Vacherie, le savais-tu ? Un fief qui lui allait si bien... je regrette seulement qu'aucun Kerdraon ne fut présent à ses côtés pour ses derniers instants. Ce n'est pas l'idée que je me fais de la famille, et la nôtre en manque cruellement d'idées depuis quelques années.

C'est d'ailleurs cette idée que la famille, chose sacrée, doit être préservée en toute circonstance qui fait que tu échappes à mon courroux et à la bouderie que je prévoyais d'entretenir quelques jours au moins. Car ton silence et ton absence m'ont pesé j'avoue. Et entre toutes, ton absence au mariage est la pire, qui me laisse seul en première ligne entre maman et sa soeur, entre maman et beau papa, entre maman et le reste du monde !

En fils aimant je suis naturellement enclin à l'indulgence envers elle. Aussi j'accepte encore de jouer ce rôle ingrat du fils à maman qui, bien qu'adulte, est toujours considéré comme un enfant de cinq ans au plus. Une situation que tu connais, je sais. Que veux-tu, nous ne la referons pas à son âge et il serait vain d'espérer le contraire. Même quand en quelques secondes elle ruine une rencontre prometteuse avec une jeune femme croisée (trop) fugacement en coup de vent quelques jours avant en l'accusant, sans même un bonjour, de vouloir lui voler son fils et de comploter pour s'accaparer titres et fortunes que je n'ai plus.

Et pourtant, bien que toujours la même, toujours en proie à l'excès, toujours portée sur la joute verbale, toujours fière et impétueuse, maman n'en a pas moins changé sur certains points.

Moins assurée que par le passé, je l'ai même vu touchée, blessée et peinée. Je tomberais moi même dans l'excès en la qualifiant d'effondrée, mais je dois avouer ne l'avoie encore jamais connue autant en proie à la peine et la désolation.

D'autant moins que tu es, semble-t-il, l'objet de cet état larmoyant.

J'ai lu le dernier mot que tu lui as adressé. Ne lui en veux pas. Elle était dans tous ses états et peinant à trouver ses mots, la lecture de tes quelques lignes, bien qu'obscures et incompréhensibles pour moi, m'ont éclairé sur son état.

Je ne sais pas ce qui a pu provoquer chez toi un tel rejet maternel soudain, mais je dois avouer que moi même je n'y ai pas retrouvé le calme, la retenue et le recul sur les choses que je te connais. Quand il s'agit de tes rapports avec maman, je t'ai connue triste, affectée, blasée puis indifférente. Jamais agressive ou colère. C'est pourtant ce qui ressort de ce mot.

Comme aimait à le dire feu mamie : "à l'écrit on a pas le ton". Je veux croire qu'il ne s'agit que d'une maladresse de style, une erreur de forme, un égarement d'écriture. Mais alors, rassurer maman est un devoir impératif.

Et si d'aventure que ce qui semble être, s'avère être réel, alors à tout le moins une explication est requise. Si ce n'est à maman, mais au moins à moi ton frère. Que je sache, que je comprenne et que je puisse agir en conséquence pour le bien de la famille, toute déchirée et éclatée soit-elle.

Car la famille c'est sacré.

Tu as d'ailleurs le bonjour de ta tante Ilya qui aurait aimé te revoir m'a-t-elle dit. Sans doute également les salutations de beau papa (il ne m'a rien dit mais il est homme courtois et poli, je suis certain qu'il te saluerait s'il savait que je t'écris). J'espère par ailleurs que de ton côté mes neveux se portent bien.

Et surtout, j'espère que toi tu vas bien ? Ce qui je te l'avoue encore, eu égard à ton dernier mot, est une vraie question et non une simple politesse d'usage tant je fais au mieux pour taire l'inquiétude qui est mienne depuis sa lecture.

J'espère vite de tes nouvelles. Le(la) messager(e) qui accompagne ce vélin est muni(e) d'assez d'or pour attendre une réponse de ta part dans une auberge durant trois jours. Si cela doit prendre plus de temps, je te demanderai de le(la) prendre en charge. Il(elleà ne te coûtera pas cher, filiforme comme il(elle) est, ça ne mange pas grand chose.

Et si par malheur, aucune réponse tu ne souhaites m'accorder, alors renvoie le(la) sans attendre. Inutile de dépenser de l'or pour rien (un sou est un sou).

Je t'embrasse fort

Ton frère qui t'aime

Dinn

PS : Ici devrait se trouver un sceau rouge avec ce joli lapin caractéristique que tu connais. Hélas il fait partie de toutes ces choses que j'ai perdu. Et comme je ne compte sur aucun héraut pour me le refaire, il faudra faire preuve d'imagination !

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Don.
Citation:
Dôn af Nærbøfj-Røykkness
La taverne du Peuple.
BERRY.


Ce sont-elles, tes nouvelles ? Tes écrits me viennent et annoncent réellement pareilles divulgations ?
De si longues lignes ne peuvent décemment pas annoncer si peu. Si mal.

Que veux-tu en réalité, Myrdinn ? Si j'apprends avec effroi la disparition de Scarlett, je ne peux recevoir tes remontrances qu'avec les crocs préparés à mordre. Tu évoques un rejet maternelle soudain, mais Myrdinn... Cela fait bien des mois, plus d'une année même désormais qu'entre elle et moi, rien ne va plus. Ce rejet s'est fait le jour où j'ai reçu une lettre de Dinan, le 24 octobre 1464.

Il me fut dit que j'étais un être profondément égoïste, que ma vie était dédiée à ma propre jouissance qu'importe ma famille, qu'importe les autres. Que je n'avais pas d'amis, que mon cœur était incapable de rendre l'amour que l'on me portait, tant il était concentré sur un seul être : La personne qui partage ma vie. Si j'accorde quelques vérités, comme le fait d'être une personne exclusive, lire de pareilles atrocités sur mon compte ne m'ont pas aidée à avancer. Le jour où j'ai quitté la Bretagne, j'ai quitté mon passé. J'ai donné mes adieux à cette Dana, si douce et si accommodante. A trop être conciliante, je me laissais bouffer. Cela n'arrivera plus, plus jamais Myrdinn. Alors si tu ne retrouves guère la tristesse ou l'indifférence au cœur de mes lignes c'est parce qu'elles ont laissé place au courroux et à la résistance.

Mère ne sera rassurée de rien, si ce n'est mon mécontentement vis à vis de ses actes. Si la plupart des miens ont pu lui déplaire, qu'elle ne s'imagine pas pouvoir agir sans qu'aucune incidence ne vienne troubler la vie de sa progéniture.
L'amour ne sauve pas tout, je suis malheureusement bien placée pour le savoir. L'amour se cultive, s'entretient. Par des mots qu'il faut choisir, et servir avec précaution. Par des actes, qu'il faut réfléchir et ne pas infliger au monde. Elle a su me tuer par ses écrits, et depuis peu par ses choix.

Non. Myrdinn. L'amour ne suffit pas.
L'amour, ne suffit pas.

Dana.

P.S : Elle obtiendra réponse. Peut-être. Il me faut du temps.
P.S² : Arrange-toi pour me donner l'adresse exacte, où il me sera possible de dire au revoir à grand-mère.


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Lallie_ap_maelweg
Le front baigné de sueur, souffle court, elle s'extirpe du lit soutenant ce ventre qu'elle ne peut plus cacher.
L'oeil, fiévreux scrute la chemise blanche qu'elle porte à la lueur d'une chandelle tremblante, la main palpe les cuisses, elle presse l'une contre l'autre la pulpe de ses doigts : il n'y a rien. Mais pourtant la douleur. Elle la sent encore la douleur qui déchire sa matrice. Un frisson lui parcours l'échine et la glace jusqu'à l'os. Kermorial, immobile et serein, ignore tout du tumulte nocturne qui agite le sommeil de sa moitié. Chancelante elle se rend jusqu'à son écritoire et s'y assied. Elle doit lui dire à lui, qui la juge et qui la persécute, qu'il faut tout arrêter.


Citation:
N,

Pauvre con. Combien d'agressions encore ? Combien de falaises bouffées par l'écume saline à tes lèvres te faudra-t-il ronger ? Combien de reproches noirs et insidieux pour peupler de cauchemars mes rares heures de sommeil ? J'ai perdu ce qu'il me restait d'animosité, de courroux, de vigueur et cette nouvelle langueur est mon opium. Je n'ai pour seul désir que de sombrer dans un sommeil duquel tu seras à jamais exclu. En dehors de cela, je n'aspire à rien si ce n'est à la paix. Je suis à genoux. Depuis des semaines, des mois, des années peut-être. C'est un poison qui s'est sournoisement répandu, j'en vois les effets maintenant, la lente course jusqu'à mon cerveau débile qui se calcifie. Le sang, son odeur de métal, je le vois qui s'étale mollement, tiède, entre mes cuisses, tâche d'écarlate la chaisne que je porte. Alors en sursaut je m'éveille. Est-ce une prémonition ou une réminiscence ? Les corbeaux raisonnent encore en moi et c'est la mort qu'ils annoncent. Yohanna n'est plus, Nemyt me l'a dit. Elle m'aura privé de tout, jusqu'à mes prétentions de vengeance. Alors, que me reste-t-il ? L'amour sans limite d'un mari que je ne mérite pas. Le désintérêt grandissant d'un amant qui s'éloigne. Quels enfants ? Quels amis ?
Il m'a pardonné sais-tu ? Faut-il qu'il soit à ce point si parfait, tellement meilleur que moi et qu'il me le prouve encore une fois en trouvant la force d'excuser l'inexcusable ? Foutre dieu, que je suis misérable de lui reprocher d'avoir si vite pardonné ! Que je suis misérable de le mépriser pour cela. Est-ce seulement de la grandeur d'âme ? Faut-il y voir un accès de faiblesse, de paresse ? Il ne veut pas lutter avec moi. Il préfère jouir d'un semblant de quiétude loin de mes considérations tortueuses, alors il pardonne vite et bien en occultant tout ce qui a de mal chez moi et qui ne saurait être aimé. Ou peut-être que ce que je lui inspire est si superficiel que ces révélations n'ont pas même réussi à effleurer son amour propre. J'aurais préféré qu'il me haïsse, qu'il me déchire, qu'il maudisse jusqu'à mon nom. Il n'en a rien fait et sa bonté, s'il s'agit de cela, me tue. Je lui en veux d'être ce qu'il est. Je lui en veux d'être le père de cet enfant. Je lui en veux de ne pas être Lui. Alors j'aurais mieux dormi. Alors j'aurais été à la hauteur. Je pense à cette Hubertine, ou peut-être n'était-ce pas son nom. Cette femme dont Elloin m'a parlé l'autre jour, celle qui me ressemblait et qui aurait pu lui donner cet enfant que je n'ai pas su faire. Cette idée me hante. Par tous les dieux, pardonne-moi, je suis un monstre, il ne mérite pas ça. Je voudrais dormir un peu. Cesse de me tourmenter et laisse-moi dormir, je t'en prie.

L.


La lettre reste en évidence sur l'écritoire, elle ne sera jamais envoyée. Et a qui pourrait-elle adressé pareil billet ? Les morts ne reçoivent pas de courrier.
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Myrdinn
Il/elle finira par bien connaitre la route entre l'Artois et la Guyenne si cela continue. Mais un porteur humain, tout androgyne soit-il, vaut toujours mieux qu'un vulgaire pigeon anonyme sans âme. Se faire délivrer un message par un être humain, même au sexe indéterminé, cela n'a pas de prix. Enfin selon moi. Mais j'avoue qu'en réalité on s'en fout un peu de tout ça là tout de suite vues les circonstances.

Citation:
De Myrdinn et tout le toutim
A Dana tout ça


Ce que je veux ? Comprendre, tout simplement.

Je suis fort aise d'apprendre que tu as changé depuis un an, je j'avais pas remarqué. Mais sans doute est-ce parce que j'ai passé deux ans à tenter de me remettre d'un accident dramatique dans lequel j'ai, certes, une grande part de responsabilité, mais qui ne t'est pas tout à fait étranger non plus.

Et alors quoi ? Tu montres les crocs et en réponse je montre les miens ? Cela va nous mener où Dana ? Nous valons mieux que ça !

Sois en colère après maman si tu veux, mais ne t'en prends pas à moi. Moi qui cherche juste à comprendre ce qui se passe.

Parce qu'il se passe forcément quelque chose.

Nous avons longuement parlé de maman après mon retour, au cours des longues soirées passées à Limoges. Et si tu m'as parlé des changements, si tu m'as raconté ces reproches, si tu m'as longuement expliqué ta volonté de tourner le dos à ton passé pour commencer une nouvelle vie, jamais - tu me lis bien - jamais tu n'as été si catégorique, si ferme, si négative, si définitive, ni si hargneuse et, j'ose le mot, si haineuse sur le sujet maternel.

En outre, maman a bien des défauts mais pas celui de s'aveugler inutilement ou de se convaincre de choses que la force des évidences énonce clairement comme fausses. Quand elle prétend qu'elle escomptait que tu viennes au mariage, c'est bien qu'elle pensait cela possible voire probable. Et comme tu étais au courant, j'en déduis fort logiquement que tu n'as pas rejeté d'emblée l'idée de t'y rendre sans quoi elle n'aurait pas compté sur cette possibilité.

Enfin, si tu étais si catégorique concernant tes rapports avec maman consécutivement à tes choix et à ce différend qui vous éloigne depuis plus d'un an comme tu le dis toi même, comment donc est-ce possible que cette lettre ne survienne que maintenant ?

Tout cela, n'est-ce pas, me fait m'interroger. Et m'interroger légitimement. Tu parles à un quadruple ancien Prévôt ma soeur, dois-je vraiment te le rappeler ? Tu parles également à ton frère qui te connait depuis toujours, est-il vraiment nécessaire que je le dise ça aussi ?

J'ai la vanité de croire que je sais lire dans l'âme humaine avec assez de clairvoyance. Plus encore quand je connais bien les personnes comme c'est ton cas. Et ce ne sont pas deux ans d'absence et de doux changements qui auront fait de toi une parfaite inconnue à mes yeux.

Aussi ais-je la prétentieuse certitude de percevoir que se cache dans l'ombre de tes mots une raison toute particulière à l'expression d'un pareil et si soudain courroux. Et c'est cela que je cherche à mettre en lumière, à comprendre.

Tout simplement.

J'aurais bien d'autres choses à te raconter mais l'écrit ne me semble pas adapté à cela. Et puis discourir sur mes hésitations concernant l'avenir ou sur les sentiments qui m'agitent depuis que j'ai rencontré récemment à Cambrai une inconnue qui a su en quelques heures à peine souffler avec efficacité sur les braises d'un coeur que je pensais froid et éteint pour de bon, je n'ai pas l'impression que cela t'intéresse beaucoup en fin de compte eu égard aux circonstances.

Bref, je m'arrête là sans quoi tu vas me reprocher de faire trop long. Sors donc les crocs si tu le veux, mais quitte à me détester, fais le pour une bonne raison, pas parce que je m'approche d'une vérité qui semble te déranger.

Dinn

Sceau imaginaire, date, tout ça

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Don.
Le courrier n'est ni signé, ni scellé. C'est un simple feuillet, envolé, prêt à être lu. S'il n'est pas apprécié, il aura tout de même eu le mérite d'exister.
Va Myrdinn, saisir ce qui ne peut être compris et parle pour une fois.


Citation:
Je veux respirer, sentir, voler, courir. Je veux tout, moi aussi. Je veux tout, tout ce qu'elle veut ou ne peut détenir. Je veux. Voilà ma vie, ce qu'elle dit, le désir sans les muselières. Je veux. Pouvoir offrir, prendre, reprendre, détruire, vivre et souvent, souvent je veux mourir. Je veux du tendre, de l'innocence, des morsures et leur luxure. Entendre, écouter les anciens et tout à la fois, leur cracher à la gueule. Je veux. Je veux être pleine, et vomir tout ce vide. Je veux. Les lumières, et l'obscurité. La hauteur et l'étreinte malgré tout. Cyprine, puis l'eau. Bénir et souiller.

Ce n'est pas ce que tu veux lire, mais c'est ce que je veux écrire. Cette réponse n'en est pas une. Mais j'en ai rien à foutre, parce que je me moque de tout ça. Je respire, et j'arrive à vivre, sans. Ou même avec ? Qu'importe.
Arrête de réfléchir, arrête de vouloir lier, ou dénouer. Contente-toi du souffle, des saccades et des retrouvailles.

Et quand tu peux me retrouver, fais-le et exprime. Frappe, casse, mais si tu flanches, dis toi qu'après la nuit, avant le jour. Je serai là.
Raconte-toi.

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Don.
Du frère aucune réponse, la folie bien qu'elle soit douce ne trouve pas toujours riposte.
A sa mère, maintenant. Le plume est fébrile ce matin.


Citation:
Maman,

Je ne sais plus quoi te dire. Que tu as raison ? Que tu as tort ? Qu'est ce que ça pourrait nous apporter ?
J'ai peur maman. J'ai peur du matin au soir. Du jour et de la nuit. Du vide et de ce qui peut le combler. Du silence et du vacarme. Rien ne me convient, alors pourquoi suis-je ici ? J'erre, parfois je parviens à rire. Les sourires fusent et je ne pense plus. Et puis vient le tard. Je méprise mes paroles, et mes actes, je regrette la journée passée et je réalise combien leur futilité, la mienne aussi, m'exaspère. Que vais-je faire demain, qui puisse me faire oublier le moins d'hier ?

Plus rien ne devrait nous toucher.
D.

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Lallie_ap_maelweg
L'accouchée se remet, après la fatigue et la fièvre elle mange de nouveau autre chose que l'infâme brouet de la sage-femme. Traits tirés, teint livide, en donnant la vie elle semble presque s'être vidée de la sienne. Elle parait plus amaigrie, les joues creusées, la bouche est sèche. On lui a épargné sur le dernier mois les courriers désolants estimant que la présence de Satyne était déjà bien suffisante de tension et de stress pour ne pas ajouter l'accablement d'une fille qui perd la raison. Elle accuse maintenant ce retard au fond de son lit, l'enfant contre son sein laiteux, s'abreuve affâmé et insatiable aspirant dans une succion terrible et douloureuse, le nectar jusqu'à la lymphe. "Ah Dieux, que m'avez vous donné pour fils une sangsue !" C'est le prix pour avoir jouit d'une autre queue que celle du père. Alors lorsqu'il naquit, elle eut peur de le regarder de crainte de voir sur son petit corps frippé la marque de son infamie. Une déformation, la trace d'une débilité évidente, un membre supplémentaire. Qui sait ? Mortifiée, elle l'aurait tué plutôt que de le présenter à son père, mais tout semblait normal. "Petit Démon, il a le cheveux blond c'est au moins ça." Voilà qui suffirait sans doute à faire taire les mauvaises langues.

Dans la main libre qui ne couve pas le nourrisson, la réponse improbable de Dana. Elle ne l'attendait plus et ce qu'elle lit est une alarme mais aussi, dans le fond une forme de réconfort. Elle ne lui a peut-être pas donné le jour, mais c'est d'elle qu'elle tient le plus.

"Enfant, comme tu me ressemble.
Les éternels insatisfaits ont la vie dure, plus encore ceux qui les entourent.
Mais nous sommes des égoïstes, tu le sais. "

La réponse sera courte.


Citation:
Dana,

Je viens.

L.


La dernière fois qu'elle a tracé des mots similaires, non seulement elle vint, mais elle vit et fut honteusement vaincue.
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