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[RP] Entracte

Alphonse_tabouret
Paris s’engourdissait sous le mois de février, et si la capitale offrait aux badauds les perpétuels attraits de sa luxuriance malgré le froid hiémal qui traversait ses artères, elle enchainait patiemment chacun de ceux la composant, ouvriers minutieux qui se nourrissaient d’elle tout autant qu’ils déversaient à chacun de ses flancs, le moindre de leurs efforts.
L’Aphrodite respirait à même son personnel, famille qui depuis la nuit de Noel avançait le long d’un précipice d’émotions, toutes si soigneusement masquées dès lors que la Maison Haute ouvrait ses portes, que l’on eut pu applaudir chaque fin de soirée comme s’il s’était agi d’une représentation. Rares étaient les distractions dans le bureau du comptable et plus rares également étaient celles auxquelles il s’adonnait volontiers, lui pourtant si soucieux de ce précieux temps, aussi, quand les doigts longilignes agrippèrent le petit paquet jusqu’ici volontairement laissé à l’abandon, l’impatience jugulée se révéla aussi subite qu’abyssale. Les livres de comptes et les lignes d’encre s’estompèrent, la rigueur de l’esprit afin apaisée d’avoir exécuté la tâche qui lui était dévoué, alors, brièvement, un sourire discret habilla les lèvres pâles au son net de la déchirure du papier. Sabaude avait semé dans la vie du félin une étrange symphonie habillant jusqu’aux ombres méfiantes dans lesquelles l’avaient poussé ses expériences passées, jusqu’à estomper la noirceur entretenue à l’aube des sentiments, alchimie d’éther et de chair qui mordait irrémédiablement les nerfs du Faune d’une excitante douceur, d’une furieuse tendresse, jusqu’à l’ensevelir du parfum des bois.
Noël et ses obligations avaient posé une suspension aux rendez-vous auxquels tous les deux s’abreuvaient depuis septembre avec une emphase neuve, éloignant le jeune Vicomte vers sa famille et la province, ramenant Alphonse à ses amours les plus exigeantes, s’enchainant au parfait du numéraire pour oublier la laideur des incertitudes, Dacien, Adryan, ou bien encore Etienne, retrouvant à la froide constance du calcul, l’acide dissolvant le marasme qui le gangrénait. Des mois plus tôt, il aurait certainement repoussé la diversion, perdu aux arachnides entrelacs d’une conscience aveuglée de douleur, mais Goupil avait éventré un horizon de grisaille, perdu tout autant que lui, écho inattendu de souffrances disparates jusqu’à se ressembler, au-delà de leurs silhouettes brunes et de leurs yeux sombres. Tour à tour frères, amants, rivaux, amis, ils avaient entamé une valse adolescente dont le trouble joyeux avait la douceur d’un bien être auquel il n’avait alors jamais cru, ses semblables mâles lui ayant rarement ressemblé au point de croire en la sincérité des fêlures partagées.
Le parchemin retiré fut déplié, surprenant l’animal dont les yeux s’écarquillèrent doucement d’amusement en parcourant le dessin (*) ainsi découvert, le regard noir tombant sur les quelques mots jetés au vélin l’accompagnant

"Demain à l'aube, couvre-toi."

Le doigt s’attarda un instant sur l’estampe, redessinant le contour du Renard, laissant le chat incapable de déterminer si le sourire perdurait pour l’œuvre reçue ou pour la matinée à venir, l’âme s’enhardissant d’une bouffée d’air frais sans qu’il n’ait à bouger de son fauteuil. A la nuit, il avait accordé trois heures, jetées en pâture à un sommeil difficile que la promesse portée en quelques syllabes d’encre avait rendu encore plus chaotique, n’écornant pourtant pas l’agitation joyeuse qui l’avait sorti des limbes d’un rêve sans la moindre trace de fatigue dès lors qu’on était venu le réveiller. Chaudement et sobrement vêtu, vestige de cette riche bourgeoisie de campagne ne pouvant s’empêcher d’associer la simplicité de la manufacture de qualité à la praticité de l’usage, le chat finissait de passer ses gants quand l’un des domestiques posa à ses pieds une besace au ventre distendu de victuailles, avant de faire s’envoler d’un simple regard, une cohorte d’oiselles coupables qui avaient profité de ces retrouvailles pour garnir à ras bord le contenant en espérant gaver les duellistes.
En franchissant la porte de la Maison Basse, la première goulée d’une nuit attardant une poignée de filaments d’étoiles encensa ses poumons d’une nature à venir, d’un bruit de galop et d’un sourire brun, accentuant le sien tandis que, remontant l’allée pavée, il finissait par déboucher sur la rue où la lanterne rouge venait d’être mouchée. A quelques mètres, le piaffement d’un cheval l’amena à attarder son regard sur le cavalier qui lui tenait la bride, reconnaissant, sans mal, dans la nuit agonisante, les traits égayés du Renard, enchainant alors les pas pour rompre cette distance qui avait duré un mois de trop.
A hauteur du jeune homme, sans encore prononcer un mot, il s’autorisa une accolade, s’attardant à la réunion de leurs corps emmitouflés quelques secondes, y retrouvant une chaleur qui n’appartenaient qu’à leur étrange association, serrant dans ses bras la silhouette jumelle à défaut de dérober un baiser à ses lèvres, car, aussi près puissent ils être de l’Aphrodite et de ses secrets si jalousement gardés, ici, dans les rues de Paris, plus rien ne protégeait la sélénite clandestinité dans laquelle ils égaraient l’insatiable résonance de leurs envies, quelles qu’elles furent. S’il n’échappait pas lui-même à quelques rumeurs les plus souvent fondées, bien peu savaient dans le fond, l’ampleur de ses désirs, épicurien qui avait égaré sa chair dans tellement de bras qu’il eut été impensable de ne voir dans sa déviance autre chose qu’un appétit mené tambour battant par une jeunesse curieuse tout autant que provocatrice, mais, méticuleux garant des égarements liés à l’ambiance moirée du bordel, Alphonse avait toujours attaché une importance viscérale au respect des silences dorés, et s’il avouait volontiers se délecter jusqu’au frisson d’un jeu de regards compris des seuls protagonistes au hasard d’une foule inconsciente, il ne tolérait pas que l’on puisse, par un quelconque babillage, éventrer le seau de confiance protégeant les pulsions les moins avouables.
Consentant à se détacher du Vicomte, il en examina brièvement le visage, la noirceur parfumée de la prunelle, la ligne marquée de l’espièglerie avant de murmurer au fil d’un sourire éclairé :


Pourquoi diable ce sourire ne me dit-il rien qui vaille ? L’animal pencha la tête pour désigner l’unique équidé d’un mouvement avant de poursuivre, la voix trainante mâtinée d’une taquinerie bon enfant : Comptes tu me faire faire le voyage dans tes bras ou au pas de courses à coté de toi ?



(*) Merci à JD Sabaude et JD Calyce

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Sabaude
Combien de fois a-t-il vérifié les sangles de la selle pour les trouver bien tendues, ouvert les sacoches pour en constaté le contenu et imaginé apaiser un cheval aussi calme que lui même était nerveux, impatient de retrouver cet ami laissé à Paris depuis près d'un mois ? Autoriser autant de jours et de nuits à s’immiscer entre eux, lui s'accrochant aux sensations, s’agrippant aux souvenirs de leurs jeux et reculant dans l'ombre féline à chaque ballottement pour supporter la distance fut une expérience révélatrice de la difficulté avec laquelle il parvenait à évoluer loin du comptable. Alphonse avait su prendre dans sa vie une place dont il ignorait l'existence et la nature même jusqu'à ce qu'elle soit occupée, le faisant s'ouvrir complètement de corps et d'esprit, et accepter cet autre sans réserves.

Senestre crispée sur la bride, le nez Renard se relevait à chaque bruissement pour retomber résolument dans les fumerolles albescentes de son souffle chaud, court à l'instant où il le vit. Son regard brûlant lécha la silhouette de ses flammes avides et ravit chaque pas pour le hâter vers l'accolade aigre-douce qui le laissa sur sa faim, trop courte, trop sage... l'amertume des convenances en bouche quand il devait juguler le désir de ses lèvres à vouloir se poser sur leurs jumelles et se retenir d'étouffer le corps svelte de sa joie à le sentir si proche. A regret il supporta l'écartement consenti, décision prise de narguer les interdits exposée aux commissures relevées.


Comptes tu me faire faire le voyage dans tes bras ou au pas de courses à coté de toi ? 

Ne me tente pas ! Quelque chose me dit que cela ne te ferait pas de mal. Nul besoin entre eux de bonjour ou de fades politesses serviles là où l'expression la plus vraie de leur affection mutuelle résidait dans l'absence des mots.

Et toi aurais-tu si peu confiance en mon sens de l'orientation qu'il te faille te rassurer avec autant de provisions ? Railla-t-il tout en le délestant pour répartir la charge de part et d'autre du bai agité. Elles sont encore parvenues à leur fin dirait-on, fut le constat amusé, une pensée dirigée vers les coupables en jupons de l'Aphrodite.

Sans laisser de temps à son compagnon pour réagir il grimpa souplement en selle, réjoui d'être à nouveau perché, et tendit une main pour l'aider à se hisser. Assuré de leur équilibre il passa impérieusement les bras d'Alphonse autour de sa taille et s'abandonna enfin contre son torse, leurs doigts gantés discrètement entremêlés sous un pan de vêtement épais. La dernière lettre reçue n'avait sciemment pas obtenue de réponse de sa part, décidé à ne pas confier à l'encre ce que la voix pouvait transmettre.


Sois égoïste autant que tu le souhaites quand il s'agit de me faire revenir auprès de toi, délivrèrent les carmines douloureuses de la piquante froidure hivernale tandis que la tête s'inclinait légèrement vers la moiteur d'un cou pour en respirer le parfum avant de se remettre droite.
Aux yeux indiscrets ils ne seraient que deux cavaliers sur le départ se confiant quelques itinéraires, aux leurs deux aigrefins qui se jouaient d'un plus grand larron aux nombreux noms. Des talons le cheval fut enjoint à avancer, guidé d'une dextre et de claquements de langue, puis Goupil les fit parcourir ainsi quelques rues avant de revenir en arrière et de décrire une boucle qui les mena près d'un bel ardennais alezan déjà harnaché. Un rire clair fendit enfin l'air.


Allez descends de là où nous allons épuiser ma pauvre bête avant d'avoir atteint les portes de la ville. Tu sais que tu montes en croupe divinement bien, ne put-il se retenir d'ajouter par dessous un clin d'oeil. Passe devant et mène-nous loin d'ici. Je ne veux plus sentir sur nous les remugles parisiens des obligations.
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Alphonse_tabouret
La remarque du Goupil l’amena à considérer la besace garnie au fil d’un soupir résigné. Tenir tête aux plus acariâtres des clients ne l’avait jamais s’empêcher de s’imposer comme il l’avait choisi, chasser d’une chambre un chaland égaré dans ses pulsions tout autant que dans l’alcool ne l’avait pas plus fait chanceler, s’enferrer jusqu’à l’aube dans un troquet crasseux pour obtenir les informations qu’il recherchait n’avait jamais non plus fait dévier l’animal de sa ligne de conduite, et pourtant, son intransigeance coutumière ne valait rien face à l’armée convaincue de cantinières de l’Aphrodite.

Je gagerai que c’est en hommage à ton légendaire appétit qu’elles ont prévu autant, rétorqua-t-il, goguenard, en prenant la main qui lui était tendu pour rejoindre la croupe équine.
Aux corps lovés par la pose, la chair s’enhardit naturellement du parfum enfin à portée pleine de ses sens, les mains se crispant doucement aux doigts jumeaux quand le ventre épousait le dos, les nerfs guettant avec une fébrilité neuve, la chaleur diffuse qui naissait de leur mitoyenneté. Les yeux momentanément clos quand le nez penchait à hauteur du cou Renard pour en savourer l’accent jusqu’alors éloigné par les circonstances, le chat laissa un sourire dériver à ses lèvres lorsque que la voix de Sabaude creva la bulle de silence avant que son souffle ne s’égare à l’aube de sa mâchoire.
Qu’elles avaient été précieuses ces lettres, ces nouvelles alternant les espoirs et les regrets, ramenant l’animal à contempler chez lui le plaisir de savoir l’Ami heureux et le désespoir de n’y être pour rien, le contentement de sentir derrière chaque volute noire le sourire apaisé du vicomte et l’impatience imbécile de ne le retrouver qu’à soi.

La prochaine te fera égoïstement rougir, lui promit il à l’oreille, dévoilant dans le dessin amusé qui modulait sa voix, les crocs d’un faune tendrement revanchard quand le regard s’égarait aux rues empruntées, reconnaissant chacune d’elle sans comprendre pourquoi diable, Sabaude s’entêtait à revenir sur ses pas jusqu’à apercevoir la silhouette massive d’une monture qui n’attendait plus qu’eux.

Allez descends de là où nous allons épuiser ma pauvre bête avant d'avoir atteint les portes de la ville. Tu sais que tu montes en croupe divinement bien…
Au clin d’œil répondit la dentition du Fauve et la lueur équivoque du ludique qui s’éveillait systématiquement en présence du Goupil, parcours semé d’envies tout autant que de jeux pour ne les laisser vraiment repus que lorsqu’ils avaient le corps rompu, les tempes brulantes , les ventres nacrés et l'estomac plein
Passe devant et mène-nous loin d'ici. Je ne veux plus sentir sur nous les remugles parisiens des obligations.

Se laissant glisser sans un mot le long du flanc bai, il ne s’écarta que pour mettre un pied à l’étrier, retrouvant de la hauteur une fois juché sur la selle, étalant devant lui les divers chemins empruntables pour finalement choisir Rouvray, ses innombrables toits de chênes et la multitude de sentiers qui la traversaient sur plusieurs kilomètres avant de trouver lieux dits ou relais auxquels s’arrêter.

Suis-moi, enjoint il en talonnant les flancs de l’animal qui piétina quelques instants sur place avant de s’élancer au travers des ruelles.

Proche de quelques lieues à peine et pourtant si sobrement éclaircie de toute activité bruyante de la capitale, on ne trouvait dans la forêt de Rouvay que de vastes futaies et des champs que l’hiver avait ensemencés de neige, comptant çà et là une poignée de relais pour assurer aux convois de toutes sortes, une halte avant de parvenir à la ville. Bientôt, le martèlement des fers sur le pavé s’estompa pour ne laisser que les pas lourds des montures écorcher le silence de marques assourdies plantées à même un chemin boueux d’une nuit mourante, le vent cinglant les visages juvéniles des cavaliers au fur et à mesure d’un soleil apparaissant en filigrane dans un ciel d’hiver. Nul mot échangés le long du trajet, le verbe ne suffisant parfois pas à étancher la gorge, tout au plus quelques regards lorsque les chevaux se talonnaient avant que l’un d’eux ne pousse la monture à dépasser l’autre au fil d’un sourire ourlé d’une provocation espiègle, jusqu’à ce qu’enfin apparaisse la destination, auberge coquette desservie le long d’un sentier qui menait plus au sud. Tout ce qu’il savait de l’endroit se résumait à peu de choses si ce n’était le tenancier qui venait deux fois l’an au bordel pour alléger ses économies en échange de quelques faveurs peu orthodoxes. Tirant doucement sur les rênes pour les faire entrer dans la grange, l’alezan se mit rapidement au pas jusqu’à s’arrêter devant une écuelle d’eau où il plongea sans sommation pour s’abreuver quand son cavalier quittait sa croupe, et s’il laissa au bai du Vicomte le temps de le rejoindre, le jeune homme fut quant à lui empoigné à peine un pied à terre et asservi à l’étreinte faune.
Quelques instants, précieuses secondes avant que ne s’ouvre la porte de l’auberge pour laisser venir celui qui prendrait soin des bêtes, parenthèse furtive qui accueillit les bouches jusque-là privées aux couleurs fauves d’un baiser affamé, souffles se jumelant quand les mains encore gantées empoignaient les courbes dissimulées sous les étoffes chaudes pour enfin les ressentir, charme trop court, rompu inévitablement par le crissement d’une porte mal huilée annonçant la fatidique visite du maitre de maison. La langue passant sur la bouche quand le feu des prunelles se consumait à celles de son compagnon, Alphonse recula, tournant la tête pour cueillir la silhouette du maitre de maison.


« Boutet », le salua-t-il d’un signe de tête, un sourire courtois ayant regagné ses lèvres encore parfumées, parfait comédien qui ne revoyait jamais à la baisse la moindre de ses prestations quel qu’en soit le spectateur, bien trop rigoureux dans chacun des gestes offert à ce public de tous les jours pour l’entacher d’un mauvais pli. « A boire et à manger », demanda-t-il en entrainant Sabaude d’une main sur son épaule vers l’extérieur. « Nous avons faim et beaucoup à nous dire », conclut il en étirant les lippes couvant un reflet carnassier au fil du sous-entendu.

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Sabaude
La cécité citadine avait laissé place à un éveil intense et vivace dès les portes de la ville franchies, l'enthousiasme des sens et de l'esprit gagnant en force à l'apparition des chênes rouvres, gardiens aux houppiers amples et harmonieux de ces chemins terreux où s'épanouissait la course folle de leurs amusements matinaux sous les éclaboussements d'ombres sylvestres et des lueurs blêmes du jour naissant.
A aucun moment il ne s'était soucié de la direction prise, confiant quant au choix de la destination, griffant seulement sa mémoire d'indications utiles à leur retour. Nulle surprise ne fut donc visible au visage réjoui du vicomte quand ses prunelles se levèrent sur l'enseigne de l'auberge brochée par les rais balbutiants du timoré diurne jusqu'à ce qu'il mène sa monture au pas à la suite de son guide et se retrouve happé dans son giron dès que sa botte toucha le sol. Renard se sentit s’évaporer dans un geyser de sensations ,docile sous l'emprise faune, l'étreinte timidement rendue aux premières caresses quand l'idée fugace qu'on puisse les surprendre l'émoustilla plus qu'elle ne l'apeurait. Troublé par sa propre témérité, les lèvres hésitantes cédèrent à la pression des babines chaudes et affamées, répondant avec fougue, au rythme de la friction des corps dans cette grange aux odeurs de foin et fragrances animales où il s'imagina étendre Alphonse pour le prendre en bouche dans un concert de halètements saccadés et puissants au grand plaisir de leurs oreilles et de la curiosité de celles équines.
Au grincement de la porte il releva subitement la tête, ramené brusquement à la déplaisante rigueur des apparences, et s'enfonça dans l'ombre de son capuchon absurdement relevé non pour dissimuler ses traits mais la couleur de l'interdit dont il sentait ses joues se colorer.

Boutet...

En voilà un qu'il aurait volontiers soumis à la violence de l'homonyme par le verbe et l'acte tant il tremblait du désir inassouvi dévorant ses entrailles. Mais au lieu de cela, rendu profondément conscient de tous ses mouvements par la présence amicale dont il goûtait encore l'exquise saveur sur la pulpe rougie de ses carmines, le jeune homme resta calme et silencieux, attentif au délectable jeu d'acteur de Tabouret face à l'aubergiste. L'ombre d'une poutre brouillait les détails de la face de l’hôtelier à l'expression inconfortable des gens de commerce, et ce n'est qu'à l’extérieur, une main amie posée sur son épaule, qu'il découvrit pleinement le dit Boutet et conserva suffisamment de présence d'esprit pour resserrer son vêtement sur lui, tout à coup conscient de sa vaillance dressée contre l'étoffe de ses braies. Tête légèrement penchée en arrière pour atteindre l'intimité d'une oreille, le murmure se fit tendrement crapuleux.

Toi ! A la première occasion je te ferai crier de plaisir tant et tant que tes cris porteront jusqu'à la capitale, ébranlant chaque nid, antre et terrier sur leur passage.

Un brin fanfaron mais Renard s'en moquait, heureux de leurs retrouvailles, de cet ailleurs rustique et des notes mélodieuses de la grive musicienne qui salua leur entrée dans l’établissement à une table duquel ils prirent place sous la lumière ambrée des lignes d'or vacillantes dont une ouverture basse était frappée.

Assis il retint douloureusement ses mains pour qu'elles ne viennent pas chevaucher leurs jumelles, écrasé par l'émotion jusqu'ici contenue, et s’évertua fébrilement à retirer ses gants, l’œil soudain farouche.


Tu m'as terriblement manqué...Plus que je ne pensais cela possible... A tel point que je me suis rendu idiot à m'ébahir d'un chat nommé Alphonse offert par un marquis breton à Calyce, à finir par l'adopter et à le ramener à Paris, fut l'aveu spontané libéré par une voix défaillante, le regard légèrement humide et fuyant d'embarras.

Tout en contradictions, capable de passer sa lame dans la chair d'un autre sans le moindre état d'âme ou de confirmer une condamnation au Parlement sans regret, il était d'une émotivité confondante dès qu'il était question du comptable.

Il adore qu'on lui gratte le ventre et a un petit grelot au cou.... parvint-il enfin à s'enhardir, un faible sourire en coin. Je suis prêt à négocier pour tout changement de nom, continua-t-il sur sa lancée, reprenant un peu du poil de la bête. Mais parle-moi de toi avant que je ne décide de demander s'il y a des chambres et des baquets pour prendre un bain ou que je bondisse pour te serrer dans mes bras sans la moindre retenue.Le difficile exercice de la discrétion bienséante le mettait à vif, non rompu à celui-ci.
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Alphonse_tabouret
La menace goupil avait achevé de balayer ses tempes de cette bonne humeur aussi joyeuse qu’épicée qui nervuraient chacun de leurs jeux, qu’ils soient de mots à l’ombre chaleureuse d’une intimité aussi neuve qu’entière, d’exercices au bout d’une baguette de noisetier, ou de plaisirs lorsque l’embrasement des sens achevaient de consumer la journée aux rythmes de leurs caresses. Prenant place à la table, il s’empressa de déboutonner son manteau, imbécilement fébrile comme s’il retrouvait enfin une part de lui qui lui assurait cette indéfectible chaleur des âmes juvéniles, un inhabituel sourire illuminant un visage de coutume réservé en posant sur la silhouette voisine, l’étincelle de son regard.
Paris n’avait pas réussi à entacher l’alchimie naissante des deux jeunes hommes, resserrant bien au contraire, ce besoin né de leurs affinités à se nourrir dans cette solitude partagée, mais rien n’avait le gout d’une escapade telle que Sabaude avait l’art de la présenter, alliant son retour à la fugue, étonnant amalgame qui semait aux chemins de cette année nouvelle, des frondaisons d’éther auxquelles s’assoupir l’esprit tranquille.

Tu m'as terriblement manqué...Plus que je ne pensais cela possible... A tel point que je me suis rendu idiot à m'ébahir d'un chat nommé Alphonse offert par un marquis breton à Calyce, à finir par l'adopter et à le ramener à Paris…
Les mots dévalèrent avec une brusquerie qui, si elle n’étonna pas le Chat que le caractère enjoué et entier du Vicomte fascinait jusqu’à l’adoration, arrondit doucement l’expression de son regard d’une surprise égayée tandis qu’il poursuivait, les prunelles jumelles fuyant les siennes d’un embarras rosissant : Il adore qu'on lui gratte le ventre et à un petit grelot au cou.... Une pause laissa entrapercevoir un sourire qui attendrit le Faune quand c’était pourtant une tempête qui grandissait à sa gorge sans qu’il ait pu se l’expliquer. Je suis prêt à négocier pour tout changement de nom … Mais parle-moi de toi avant que je ne décide de demander s'il y a des chambres et des baquets pour prendre un bain ou que je bondisse pour te serrer dans mes bras sans la moindre retenue.

Et aussi subit qu’inattendu, ce fut un rire clair, tranchant qui secoua le comptable qui avait cru pouvoir accuser l’incongruité des nouvelles et l’enchainement sans ployer, et qui se trouvait de façon inédite à se tenir les cotes quand sa chair toute entière tressautait au rythme de l’onde provoquée. Si Goupil pouvait désormais s’enorgueillir d’avoir entendu le Faune rire aux éclats, il ne fut pas pour autant le plus surpris, l’animal n’ayant que peu d’expérience quant à ces joies qui transperçaient les carapaces pourtant les plus ajustées jusqu’à vous emporter au sonore de la manifestation et si l’extatique bien être d’une telle expérience le fit vaciller, il s’attacha, par réflexe, à rejoindre avec promptitude les berges qu’il connaissait le mieux.
Le bruit d’un plateau lourd posé à la table acheva de rattacher son attention tandis qu’il jetait un regard désarmant de malice à son voisin, sans même prêter attention au festin servi devant eux par le tavernier, attendant que celui-ci ait tourné les talons et disparu derrière l’angle de son comptoir pour se pencher vers le jeune homme, glissant à la nuque une main pour la ferrer, dispensant dans un baiser aussi vorace qu’appliqué le bouillonnement d’une envie partagée au chuchotement d’un manque enfin exprimé de quelques mots pudiques entremêlés à la bouche jumelle.

Quelques instants encore, chuchota-t-il en scindant de nouveau les souffles, mordillant aussi fermement que doucement, les lèvres avant de poursuivre : J’ai à te dire quelque chose d'important et je crains que si nous ne nous ruions vers les chambres maintenant, ce soit un tout autre dialecte que nous nous mettions à parler sans plus nous arrêter… Le pouce attarda une caresse dans l’arrondi bas du crâne, confiant, sans encore reculer quand le bruit de pas perçus signalait clairement que l’on approchait, amateur de ces instants sur le fil qui s’embrasaient des interdits et des conditions les plus volatiles quand il en maitrisait chaque règle: Boutet n’y voit pas plus loin que le bout de son nez mais il a une ouïe de chien chasse. A quelques mètres, l’aubergiste apparut, portant un broc de vin et un énorme quignon de pain venant compléter la charcuterie et la soupe épaisse dont le fumet du lard s’élevait déjà sur le plateau. Il ne te verrait pas à moins d’un mètre mais il entendrait le moindre gémissement échappant à ta gorge à l’autre bout de la pièce, expliqua-t-il en resserrant lentement sa prise dans la nuque brune tandis qu’il s’écartait, le velours de son regard perdu au sien pour en savourer chaque variation, filins de chaleur insinuant à la chair de l’autre, l’envie primaire qui le contaminait lentement au contact de leurs peaux jointes d’exprimer par les mots autant que la lave, l’insensé plaisir de combler le vide qu’il avait créé au sortir de décembre.

Le petit déjeuner, annonça sobrement le tenancier en posant sur la table, penché pour mieux trouver de la place, le chargement qu’il avait apporté. Ces messieurs désirent ils autre chose ? demanda-t-il en faisant cligner ses yeux myopes sur eux, sans rien discerner d’autres que les contours de leurs formes floues.

Deux de vos meilleures chambres, répondit le comptable en délaissant à regret la nuque apprivoisée, attirant l’attention de l’aubergiste en prenant la parole, … de même qu’il faudra nous prévoir un bain en fin de journée. Un seul baquet suffira, précisa-t-il, habile comédien rompu aux exercices de styles, comme s'il ne s'était pas encombré de quelconques manières au détriment de l'intimité, avant de conclure au fil d’un sourire amusé, semant l'une des parties du programme aux tempes voisines : Et ne nous prévoyez rien à diner, nous ne mangerons que ce que nous ramènerons.
Servant un verre de vin à son compagnon avant d’en porter un verre à sa bouche pour en boire une gorgée, Alphonse laissa glisser sur le Renard un air faussement intransigeant tandis que l’hôtelier s’éloignait après avoir pris congé d’un hochement de tête:
Commençons par ce chat, veux-tu ? Que dois-je faire pour éviter de t’entendre raconter à tout Paris qu’Alphonse a le poil soyeux?
_________________
Sabaude
*Quatre mains.



Et qu'il met les quatre pattes en l'air dés qu'on lui caresse le ventre! S'empressa de préciser Renard avant d'être à son tour emporté par un fou rire, le regard cette fois-ci humide d'avoir trop ri. Il caressa tendrement de ses prunelles le beau visage face au sien avant de reprendre finaud par dessus une cuillère de soupe.
Sois persuasif ce jour et peut-être consentirai-je à renommer le matou...peut-être...
Mordant à pleines dents dans un morceau de pain, l’œil brillant. Mais dis moi donc ce qui ne saurait trouver le creux de nos oreilles entre deux gémissements, pas des noms de chats je suppose. Tu n'es pas malade ? S'inquiéta-t-il soudainement.


Malade ?,  s’étonna l’animal  en faisant glisser l’un des bols de soupe devant lui, y plongeant une cuillère distraite, éventrant la pellicule brillante, la recouvrant avant de poursuivre. Non, pardieu, quelle idée, s’amusa-t-il  en regardant le Goupil  et sa mine inquiète. La nouvelle est bien plus gaie, lui certifia-t-il en entrapercevant le sourire chantant de la gitane dans le trille volubile d’un oiseau en bordure de fenêtre. 
Je me marie, Sabaude, annonça-t-il finalement après un instant de silence  consacré à ce visage dont l’attention était tournée vers lui, arabesques concernées qui le lovait dans le confort aérien de cette amitié incandescente J’épouse Axelle…précisa-t-il en fragmentant la nouvelle en deux, incorrigible metteur en scène offrant le prénom en guise d’amuse-gueule, gitane quelques fois évoquée lors des longues soirées passées dans l’appartement parisien du Renard comme cette part de lui indélébile, détentrice fidèle du secret de ses déviances et ravissante mère de son bâtard. 
 
Un ploc troubla le silence installé après la déclaration quand un gros bout de mie échappa aux doigts fins du Renard et tomba dans le potage.


Te marier? Pour de vrai? Balbutia celui-ci, décontenancé par la nouvelle. S'il n'était pas de ces êtres possessifs et jaloux, son propre mariage en berne et battant de l'aile avant même d'avoir échangé les vœux, l'invitait à la prudence et à l'inquiétude dès lors qu'un proche se lançait dans l'aventure. Mais il lui suffit d'une plongée aux puits sombres pour conclure que son ami savait ce qu'il faisait. Conscient d'afficher un drôle d'air pouvant être mal interprété, Renard s'assura qu'ils étaient seuls avec un Boutet occupé avant de faire le tour de la table pour se positionner dans le dos d'Alphonse et l'amener contre lui dans un geste doux et rassurant, ses mains posées aux jonctions du cou et des épaules.

De ce que tu m'as déjà dit d'Axelle, il ne peut y avoir de meilleur choix. Notre hôte y voit aussi mal qu'une taupe donc? Vérifions cela.
La tête du comptable fut renversée en arrière pour découvrir sa gorge qu'il mordilla en remontant le long de la jugulaire, puis il plongea sur les lèvres offertes et clama sa bouche avant d’ébouriffer avec vigueur la chevelure brune et de reprendre place, souriant enfantinement.
Toi marié! Pour quand est-ce prévu?


 Le gout encore vif du baiser aux lèvres, le chat ramena une main dans ses cheveux par réflexe plus que par coquetterie en regardant le Goupil reprendre place à la table, résistant à cette envie aussi légère que fougueuse de s’approcher de lui pour s’approprier ce sourire joyeux du bout des lèvres avant d’y planter les crocs pour affirmer, badin :
 
Moi, marié, à la fin du mois à Paris.
Alphonse avait toujours eu l’implacable certitude qu’il ferait un piètre époux, être volage tout autant  qu’aérien dans la grande majorité de ces rapports aux autres, trop prudent, trop méfiant, trop souffreteux des abandons pour se permettre l’attache quand ce n’était pas la raison pure qui le chevillait à ses convictions de solitaire. Si l’idée de prendre épouse avait germé depuis un an déjà quand il était si réfractaire à l’hypocrisie des serments d’église, elle ne devait qu’à Antoine, bâtard aux yeux noirs et aux boucles épaisses qui avait apposé à ses tempes de nouvelles lois  dès qu’il avait hurlé dans le silence inquiet d’une des chambres de la Maison Basse. 
Délaissant définitivement la cuillère, le Chat s’accouda à la table, pianotant des doigts contre le bol chaud tout en regardant le Renard, au fil d’un silence  annonciateur dont il savourait la teneur. Trop fier pour demander quoique que cela soit la plus part du temps, il eut été facile de penser que c’était uniquement l’orgueil qui amenait si souvent le Faune à  taire ses envies auprès des autres, mais ce qui retenait le plus souvent les mots à la gorge même de l’animal était un mal bien plus insidieux, une maladie personnelle dont il ne guérirait probablement jamais ; trop longtemps objet, trop longtemps façonné par la main d’un autre pour être certain d’être soi, Alphonse ne comprenait que rarement que l’on puisse lui porter un intérêt tout autre que superficiel et exaucer l’un de ses désirs par pure gratuité.
Sabaude, étrangement,  échappait à cette règle 

J’espère que tu es libre ce jour-là, je pensais te demander d’y être mon témoin… laissa-t-il enfin entendre à son ami sans le quitter des yeux.


Le laconisme du Chat fit lever ceux goupils au plafond quand sa défiante réserve ajouta au charme de la demande à laquelle les deux billes sombres répondirent d'une légère altération de leur forme et de leur brillance. Ils étaient deux âmes fourvoyées qui s'étaient trouvées et ancrées, chacune puisant en l'autre un apaisement devenu essentiel, si différents puissent-ils être. Et c'est un jeunet phenix habitué au caractère félin, taquin en retour, qui fit son compte au lard avant de répondre.


A me couver ainsi des yeux je vais me changer en œuf !
Puis dextre renarde reposa l'ustensile en bois et éloigna un à un du bol les doigts agités du comptable pour les tenir captifs.Le regard du  vicomte s'abaissa une fois de plus, et la voix se fit filet de mots, incorrigible émotif sous l'aura faune.

Je suis flatté que tu me le demandes, ta confiance me touche, Alphonse. Et bien sûr que je suis libre ! Le ciel pourrait nous tomber sur la tête que je serais là ! Quel piètre ami serais-je s'il en allait autrement? Souffla-t-il avant de poursuivre plus gaillardement, museau relevéEt compte sur moi pour m'assurer que tu es en condition le jour j et ensuite témoigner O combien tu as dit oui.

Du pouce Renard caressa les phalanges retenues et les libéra pour se relever avec toute l'aisance contenue dans son patronyme, il était temps de passer au programme qu'il avait concocté, cela leur ferait le plus grand bien et ils auraient d'autres occasions de discuter au cours de la journée.Quelques écus quittèrent sa bourse pour tinter sur la table avant de renseigner son compagnon sur ses intentions.
Mange encore un peu et rejoins moi à l’extérieur après t'être assuré qu'on monte nos affaires dans nos chambres, recommanda-t-il d'une voix calme où pointait l'endossement du rôle de Maître d'armes.

Quand Alphonse reparut il le chargea d'un havresac contenant deux outres pleines et quelques victuailles de l'Aphrodite, lui même déjà harnaché dans le dos d'un long et rigide sac contenant deux épées émoussées. Satisfait de la répartition des charges il les guida silencieusement à pied jusqu'à l'orée d'une foret proche qui leur servirait de terrain d’entraînement pour ne pas dire de jeux, et alors qu'ils pénétraient presque mystiquement sous le couvert des arbres il plaqua sauvagement son élève contre l'un d'eux, maintenant fermement ses bras contre ses flancs. A la brusquerie fut opposée la douceur d'un baiser tendre avant que des consignes de moins en moins sages ne soient distillées à l'oreille entre deux coups de langue à l'aune de celle-ci.


Nous allons courir à travers bois jusqu'à l'éminence que tu peux voir sur notre gauche à environ une demi-lieue. Je veux que tu t'abandonnes complètement à l'exercice, que tu sentes tes poumons en feu, ta gorge sèche, la raideur qui quitte peu à peu tes membres, ne pense qu'à fendre cette immensité boisée à la manière d'un animal, et quand tu parviendras enfin au sommet laisse-toi tomber à genoux et sans te soucier d'être entendu crie, gronde, rugis, feule, hurle tout ce que tu ne veux plus retenir en toi ! 

Une jambe goupil s’immisça entre celles jumelles et frotta lentement contre l'aine, excitant à dessein le désir faune tandis que les appendices veloutés se mêlaient lascivement. Le dernier arrivé prend l'autre en bouche sur un tapis de feuilles et d'herbes! prévint-il joyeusement avant de mordiller une lèvre et de s'élancer en riant, tout simplement heureux dans cet élément sylvestre où leurs tracas n'avaient aucun droit de citée.
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Alphonse_tabouret
La pression des phalanges à ses doigts agités eut l’effet d’une caresse, geste simple, doux, qui était devenu aussi naturel que l’espièglerie tissant chacun des défis offerts à leurs appétits, et ce fut un sourire esquissé d’une pudique reconnaissance qui accueillit la sentence de l’acceptation, incapable d'impassibilité lorsqu'il recevait une preuve d'affection qu'il avait lui même demandé.

Mange encore un peu et rejoins-moi à l’extérieur après t'être assuré qu'on monte nos affaires dans nos chambres

La tête pencha pour acquiescer et le regard sombre suivit la silhouette élancée du Goupil qui quittait la pièce, attardant une attention gourmande aux reins renards jusqu’au dernier instant tandis que le pas lent de l’aubergiste le ramenait vers lui. Grappillant sur le plateau le quartier d’une pomme préalablement découpée, le comptable allongea la pause accordée pour échanger quelques mots avec le propriétaire, car si Paris ne jetait pas ses ombres sur eux aujourd’hui, Alphonse n’en demeurait pas moins marchand, vitrine au même titre qu'une cation, du ventre chaud du bordel qui nourrissait aujourd’hui assez de bouches pour que l’on parle de famille.

Quand le Chat apparut, finissant de boutonner sa veste, il trouva le Maitre d’Arme déjà prêt, n’attendant que lui pour devenir mule au travers du périple qu’il lui réservait, et accusant avec une curiosité silencieuse le poids dont il l’affublait, suivit les traces auxquelles il l’entrainait sans poser plus de question, amateur des silences communiants comme des soirées de mots dès lors qu’il s’agissait de Sabaude, créatures dont les sens s’harmonisaient indéniablement au contact l’un de l’autre et qui trouvaient dans le mutisme, une autre forme de langage.
Au havre blanc de neige, ne perçait que le crissement de leurs bottes dans une neige immaculée, tout juste éventrée des empreintes du chien de maison dont la silhouette restée à la lisière de l’auberge surveillait, statique, leur départ vers l’ombre sylvestre. Les premiers arbres percèrent la clairière, dévoilant l‘ombre à venir d’une forêt hiémale dont les arbres les plus persistants obscurcissaient de leurs fardeaux blanc la lumière claire de l’aube consumée, assourdissant et le son et le temps à peine les frontières percées.
L’appétit du Renard le faucha, le dos accusant sans ménagement la ligne noueuse d’un tronc épais tandis que la silhouette mâle le ferrait sans plus tarder, contraignant à l’immobilisme la lueur de malice serpentant d’un regard à l’autre avant que l’étincelle d’une envie jusque-là retenue n’enchevêtre les souffles d’une tendre concupiscence, estompant le temps et arrachant un léger grondement de frustration à l'animal de ne pouvoir joindre à la langueur du baiser, le sceau de ses mains. Les directives suivirent, entrecoupées d’attentions essaimant les frissons à la peau pale du Félin qui subissait l’entretien non sans une certaine délectation, amateur privé depuis trop longtemps des lignes souples de cet amant Goupil. L’obole d’un dernier baiser fut traitreusement dispensée au même rythme qu’une perfide caresse éveillant l’avidité du ventre mâle tandis que l’enjeu tombait sur le départ aussi prompt que joyeux du vicomte :
Le dernier arrivé prend l'autre en bouche sur un tapis de feuilles et d'herbes!

Stupéfait d’abord, l’animal cligna des yeux et attarda quelques secondes étonnées au déroulé de ce départ avant qu’une exclamation maternelle aussi surprise que grossière ne franchisse ses lèvres s'étirant dans l'instant d’un sourire tranchant.

De la course, le jeune Tabouret ne connaissait rien, peu enclin par sa vie de notable à pratiquer l’épreuve, et si sa condition physique s’était étoffée depuis sa rencontre avec Sabaude, il n’en demeurait pas moins de la race de ces chats orgueilleux qui choisissent la discrétion de la disparition à l’impétuosité de la fuite. Sans jauger de l’effort, il s’élança, oubliant momentanément l’enjeu pour ne se concentrer que sur l’immédiateté d’une revanche salvatrice, enjambant la souche morte d’un frêne pour filer en parallèle de l’adversaire, grignotant son retard au fur et à mesure d’enjambées dans lesquelles il lançait toutes ses forces, ne quittant des yeux son agresseur que pour visualiser le terrain.
Il y avait, dans les exercices que proposaient le Vicomte, l’indicible lueur dont s’ornent tous les jeux d’enfants et quand bien même ceux-ci avaient tout autant le gout de l’entrainement, ils ne se départissaient jamais de ces accents frais et acidulés qui enfouissaient son monstre au plus profond de l’oubli pour laisser ce qu’il n’avait jamais été exister quelques heures; à ces frontières-là, tous les rôles étaient permis, du guerrier le plus valeureux au combattant le plus pernicieux, du soldat encaissant la violence des coups sans même penser à s’en plaindre à la satisfaction esthète d’avoir assené la touche parfaite marquant le point… Le rapport de force n’existait que pour se dépasser et les victoires bien souvent célébrées avec exagération à la face du perdant, ne portaient jamais la marque de l’humiliation aux fronts des participants.

Avisant une courte percée devant eux, Alphonse s’acharna à garder le rythme imposé, l’air froid de janvier soumettant son gel à ses poumons embrasés, comprimant son souffle dans un halètement de plus en plus net, et, resserrant sur sa gauche jusqu’à côtoyer le Renard, empoigna la gourde passée en bandoulière pour le faucher au ventre sans ménagement...



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Sabaude
Il courait à travers bois, devenu daguet intrépide aux membres légers et agiles, jeune prince impatient d'un royaume végétal paré de ses atours hivernales. Sous ses pas légers l'avancée sinuait entre pierres, souches, et halliers impénétrables , pompons blancs de l'habit saisonnier, soumettant l’œil vif à l'éclat chatoyant des lampées neigeuses aguichées par l'astre frondeur et aux empreintes poudrées laissées ça et là comme autant d'indices d'une furtive vie animale. L'esprit et le corps libérés des miasmes citadins, Renard fit des cabrioles entrecoupées d'expressions joyeuses livrées aux cimes sylvestres gorge au clair, l'ivresse de la terre et du ciel montée à la tête. Tout à son émancipation salvatrice le maître d'arme veillait, adaptait la cadence pour encourager l'avancée et la préserver des excès dévastateurs, poussant parfois l'élève dans un bouquet de frêles noisetiers pour le ralentir à dessein et par malice.

S'il le vit faire, tirant bras et sac afin de s'emparer d'une outre, le coup au ventre coupa élan et respiration, cueilli par surprise, sa conclusion naïve coincée entre ses dents. Dans le chancellement la botte buta sur une racine affleurante et à son tour goupil jura et invectiva , genoux et mains au sol.


Grrrrr J'en connais un qui a tout intérêt à courir vite, très vite, fut lancé l'avertissement tonnant à travers les ramures, museau levé.

En appui sur le bout des doigts et des orteils, Renard observait sa proie s'éloigner, les prunelles dilatées de défi et d'envie, privé un trop long mois de leurs jeux où se mêlaient l'enseignement de l'un et de l'autre, lacés, entrelacés, tendus et cambrés dans l'exercice pour leur plus grand plaisir.
Face fendue d'un sourire carnassier, estimant la distance les séparant suffisante, il s'élança. Rapidement le terrain fut avalé jusqu'à talonner, craquements de branches et claquements de langue informant le joli faon de sa proximité provocatrice. Car à l'approche de l'arrivée il souhaitait voir son gibier repousser ses limites avant de l'attraper, il pressa pour forcer l'allure, provoqua pour agacer, et enfin dans une trouée le faucha à la taille pour l’entraîner avec lui dans une chute qu'il amortit , grognement arraché. Prestement tourné sur le dos, vivres écartés, la prise fut  chevauchée avec fougue, poignets bloqués à hauteur de tempes.  Inutile de lui redire combien il se sentait bien en sa présence et a pâti de cette absence, tous deux portaient sur eux ces évidences, ses propres tremblements le trahirent.  Visages en miroir, le vicomte arrima ses charbonneux aux puits sombres et attendit sans un mot que les souffles et les palpitations s'apaisassent. Puis ceux-ci s’échappèrent, cristallins dans l'air vivifiant, enfantins:


Je t'ai eu ! 

Une bouche fondit sur sa jumelle, assoiffée, mordante, dériva au cou qu'elle fleurit d'attentions de pulpe, de velours,d'émail et s’échappa rassasiée sur un rire enjoué. Fièrement dressé à califourchon sa victoire manquait encore à ses yeux de panache. La langue passée sur ses carmines étirées fut le signal d'un second acte.
La victime, après quelques tentatives infructueuses,  fut placée sur le ventre, un bras relevé et bloqué dans le dos, le poids prédateur maintenant la position. Le pan arrière du manteau soulevé avec la tunique permit à un appendice gourmand de suivre le filet de sueur le long de l'échine, et sans être délassées les braies furent tirées jusqu'à dévoiler la naissance des globes fermes dans l’échancrure desquels il continua de s'abreuver, alternant avec de petits mordillements.
Temporairement rassasié, l'oreille reçut ensuite la confession  douce:


Ta saveur épicée m'a manqué. Mes reins brûlent à ton contact.

et la délicieuse bravade:

Fais attention à ne pas perdre notre eau, tu auras besoin d'humidifier cette merveilleuse bouche pour me satisfaire une fois arrivé bon dernier.

Un baiser fut claqué sur la joue imberbe avant de rappeler la consigne et de se remettre debout.

Souviens toi, une fois là haut crie, hurle, libère ton être autant que tu le peux. Un dernier effort, tu y es presque mon ami.

Le voilà reparti, dévorant avec enthousiasme le dernier quart du parcours où parvenu sur la hauteur le drôle d'oiseau tomba et laissa échapper sa plainte sous la sévérité d'un grand chêne. La mort du nain s'envola et volta avec la désunion des époux, la folie angevine, ses contradictions et ses peurs.
Sous les phalanges les feuilles brunes figées par le froid et piquées de givre formaient un tapis acceptable sur lequel il roula après s'être délesté des armes. Bras écartés, nez au vent et yeux clos, l'attente s'installa, sereine, accompagnée de trilles enjouées et de pépiements timides, un essoufflement de plus en plus proche étirant les commissures.

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Alphonse_tabouret
A la vitesse succéda l’envol, étrange sensation de légèreté quand il accusait avec le poids de la vitesse, le goupil à ses hanches, irrémédiablement entrainé vers un avant qu’il ne contrôlait plus, chutant au tapis de neige dans le geste maitrisé d’un maitre d’arme attentif. La lutte se poursuivit dans un concert de halètements amusés tout autant que crispés d’efforts, l’animal se jetant dans la bataille pour tâcher d’en garder le contrôle et devant se résoudre, dans un grognement frustré, à céder ce que le corps embrasé par la course ne pouvait garder hors de portée d’une revanche Renarde.
Vaincu, dépenaillé par l’étreinte dogue dans laquelle ils s’étaient immergés, le corps fébrile du vicomte pesant sur lui jusqu’à l’immobiliser, Alphonse aspirait à grande goulées un air glacial dont la tendre de buée se mêlait à celle du visage penché au-dessus de lui, Faune incapable de retenir le sourire que suscitait la proximité. Aux secondes étrennées à reprendre un souffle court, retentit la trille d’un oiseau dans les hauteurs désolées d’un arbre enrobé d’hiver, à laquelle répondit la remarque enfantine du vicomte avant d’unir les lèvres à l’ardeur de leurs envies. Souffle dérobé et chair dévorée, le comptable, assujetti à la prise exécutée se fit proie soumise au bon vouloir d’un chasseur dont la victoire ne cessait d’étendre les entrelacs de son despotisme enjoué.
En sentant le mouvement en cours, il lutta, comprenant d’instinct ce que cherchait à faire Sabaude, protestant à l’aube de cet accent maternel âpre prenant systématiquement le dessus à sa voix dans les enjeux les plus instinctifs, quand ce n’était plus de penser qui avait un sens, mais d’agir. Déterminé autant qu’aidé par une position avantageuse, Sabaude, sans pitié, entraina l’animal à épouser la caresse d’une neige fraiche à sa joue, langue de froid s’insinuant de son cou à son ventre découvert tandis que la patte goupil dépeçait le dos blanc de l’amant pour s’en approprier le sel, étoffant à une langue esthète, le feu couvant dans les veines mâles depuis les premiers instants de leur escapade, ployant un instant le Chat au joug d’une envie qui n’avait malheureusement pas encore sa place dans leur emploi du temps.
Les mots perlèrent à l’oreille, dessinant aux lèvres comptables la rondeur affectueuse d’un sourire malgré le cuisant retour de bâton qu’il venait de subir, grognant tant par jeu que par l’allégement de son martyr lorsque le vicomte consentit enfin à se relever, rappelant l’ordre du jour avant de s’élancer à nouveau sans plus laisser le moindre doute quant au vainqueur que couronnerait le grand chêne. Se redressant péniblement en regardant la silhouette jumelle fendre la distance, Alphonse évalua l’état de son corps que la pause observée avait fini par éveiller aux premiers effets de la cadence effrénée qu’il avait tenu dans l’espoir d’échapper au Goupil, et si la respiration sifflait moins, la chair elle, rechignait à faire le moindre effort supplémentaire, consumée par le presque demi lieu parcouru aussi certainement que l’auraient fait deux heures d’une leçon dans le jardin de son bureau.
Pourtant, la main posée à terre servit à fournir l’appui pour retrouver les hauteurs de l’humanité, et l’élan fut donné à ce corps tout entier qui protesta d’une crispation brulante lorsque l’animal décida de prendre de la vitesse. Si le Chat possédait sans nul doute la rapidité et les réflexes les plus riches à l’esquive, l’endurance était une carte qu’il n’avait pas encore ajoutée aux siennes, et la méthodologie de l’effort n’avait effleuré ses tempes que trop tard, lorsqu’il avait accusé un point de coté à mi-parcours, achevant d’étreindre le corps d’une brulure lancinante jusqu’à le forcer à puiser dans des ressources rarement déployées. Mais Alphonse courrait, d’abord nourri par sa seule volonté avant que le hurlement goupil n’éventre l’horizon restreint de sa détermination, à la fois lugubre et salvateur, aiguillonnant le monstre tapi à son âme à rejoindre au plus vite cette étrange souffrance commune et qui, sortant de sa cage, amena aux nerfs une envie au-delà de la satisfaction d’une victoire contre soi-même.

Sous le chêne, il tomba à genoux, pantin que le feu désarticulait au rythme d’une respiration affolée, le gel de la neige se propageant à ses jambes comme un baume à la lave consumant chacun des muscles sollicités pour achever la quête du maitre d’arme, la nuque trempée d’une sueur fiévreuse qu’une brise légère délassa brièvement. Une poignée de secondes étira un silence assourdissant que le comptable fut forcé d’observer pour espérer pouvoir achever la quête impartie, et, enfin, basculant la tête en arrière, dénerva l’âme d’un cri expiatoire mêlant au visage d’Etienne cette pathologique noirceur qui lui enserrait l’âme un peu chaque jour depuis près d’un an, chassant de ces tempes le visage ensanglanté de Dacien et son imbécile folie avant d’enfin se taire, se laissant tomber sur le dos, non loin du Goupil, épuisé.
Au fil d’une respiration s’apaisant lentement, l’animal approcha les doigts renards à proximité, y accrochant les extrémités gelées des siens, et les pressant doucement avant de tourner une tête aux pommettes encore vives vers lui, attardant la parenthèse d’un regard tendrement curieux, doucement inquiet, aux prunelles noires saisies.

Tu as crié comme un damné… Le cœur palpitant encore vivement de la course résonnait à ses tempes, engourdissant encore le flot de ses paroles, les voilant d’un air encore célébré avec gourmandise… Que t’est-il arrivé depuis Noël ?

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Sabaude
Le tien semblait tout autant sorti de l'enfer, fut retournée la remarque dont les accents inquiets ne lui avaient guère échappé.
Sous l'entrelacs sylvestre les paupières livrèrent l'iris aux rayons lumineux, cessant leur jeu de battements au resserrement des phalanges aventurées aux siennes et du lien d'amitié.

Un sourire compatissant étira la face renarde sous les prunelles compréhensives venues se river à leurs jumelles .  On ne faisait pas parler un Chat sauf à l'avoir consentant ou grandement saoulé , et encore... Oh non. Ceci il l'avait bien cerné, compris, accepté, offrant au choix l'évasion du silence ou l'attention d'une oreille sans forcer l'un ou l'autre dans l'ombre d'un regard complice.

Démêlant leurs doigts et ses pensées à la faveur d'un craquement de bois mort, il vint s'agenouiller aux pieds d'Alphonse, l'intimant à ne pas protester, les mains  s’accaparant déjà le cuir pour le déchausser.


Laisse-toi faire où demain tu auras si mal que chaque pas t'arrachera une grimace de douleur.  Je n'ose imaginer ce qui se glousserait en cuisine si tu étais surpris dans un tel état! Cela en serait fini de mes larges pitances, obligea-t-il l'humour  quand la gorge voulait se nouer de cet après Noël.

Attentif et précautionneux dans l'enseignement, il était inutile de discuter de ces choses là avec lui, et c'est catégorique que paume sous la plante d'un pied, il fit lentement se plier et déplier une jambe jusqu'à l'étirer doucement une douzaine de fois, le front oppressé de confidences désorganisées.


Le nain est mort, révéla-t-il imperturbablement avant de  s'occuper mêmement de l'autre membre, le visage frangé d'une chevelure mutine.Bizarrement ceci ne me soulage en rien, bien au contraire. Dans cette étrange adversité j'avais fini par apprécier le petit homme. T'avais-je dit qu'il était venu trouver refuge chez moi en Alençon après qu'il ait vidé les caisses de Saumur fin octobre? Certes le bougre m'a menacé de je ne sais combien d'idioties si je ne l'aidais pas, mais je ne craignais pas grand chose, tous deux le savions, acheva-t-il d'un ton qui se voulait détaché quand  il vrillait l'esgourde d'une singulière tristesse.

Flexions et extensions terminées le jeune homme s'attela ensuite à masser à travers le tissu les muscles endoloris, des mollets aux cuisses, amollissant la chair et les mots. 

L'Anjou a réservé d'autres surprises, livrèrent timidement les carmines agacées par l'émail d'une incisive  au milieu d'un visage ravagé d'un échauffement nullement fruit de leur course.
J'ai....nous... balbutia-t-il. Je t'avais écrit être avant tout protecteur, grand frère s'entêtant à ne renarder que ses lèvres de temps à autres, excluant tout autre accord charnel... Eh bien...Une grande goulée d'air fut nécessaire à la délivrance de la suite... Le duo infernal nous a bourré le crâne et nous avons...
Merde! Anaon avait raison, il ressemblait à "une adorable jouvencelle" dès qu'il s'agissait de Calyce. Se sentant ridicule il devint silencieux, museau et épaules basses, s'enfermant dans le délassement du comptable et par ricochet le sien.

Satisfait du soin donné il rampa à quatre pattes jusqu'au flanc jumeau et se blottit contre, joue sur la poitrine, un bras passé autour de la taille mâle sous la guidance d'un faible gémissement. Dans le besoin de ces gestes dont se privaient les hommes par fierté, Sabaude exposait sans fard sa fragilité  à la seule personne à qui il ne cachait rien, devenue son ancre, son guide et bien plus encore, lui accordant une confiance aveugle. Être paradoxale soumis aux circonstances, tous deux savaient qu'à la moindre interruption malveillante le vicomte se relèverait d'un bond pour étaler au sol tout malandrin malavisé, troublants aspects d'un équilibre capricieux.

Le croassement d'une corneille tira des entrailles la suite de l'égarement.

Elle est mariée... Certes moi aussi, quoique plus pour longtemps maintenant que Brunette m'a proposé de mettre fin au mariage. Et si cela venait à se savoir? Et si...Tu sais qu'il confectionne des layettes avec de longues aiguilles? Falco, son époux, la terreur aveugle des chemins mainois. Je l'ai vu de mes yeux. Au fait pourquoi le 28 février? La date revêt une signification où vous avez choisi au hasard entre deux rubans colorés et deux lignes de comptes? Et si un enfant né de notre union? Je ne sais même pas définir ce que j'ai ressenti, cela faisait près d'une année que je n'avais pas honoré une femme. Comment devrai-je me comporter la prochaine fois ? Rhaaaaaa, pardonne moi de tout ce flot, je suis nerveux et tout s'échappe en tous sens. Sa prise autour du corps svelte s’affermit, tant pour y puiser l'apaisement qu'une chaleur quand la sienne tombait peu à peu. Je déteste me sentir perdu, s'entendit-il dire, songeur.
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Alphonse_tabouret
La remarque ne trouva nulle protestation, animal ayant tenté de vider l’âme en même temps que les poumons, si proche de l’asphyxie qu’il en avait eu la nausée avant de pouvoir reprendre son souffle, agenouillé à l’aube d’une évidence cruelle devant la meute de hurlements qu’il lui faudrait offrir aux vents pour espérer un jour, avoir les tempes aussi vides que le corps ne l’était à l’instant.
Les noirceurs qui l’avaient créé restaient lovées à tout jamais à sa chair, et l’ombre étirée de quatorze cent soixante-deux avait attisé avec une telle emphase l’hégémonie des autres sur la carcasse boitillante du monstre qu’il en gardait tantôt la gorge nouée, tantôt la volubilité surprenante des premières confidences, incapable de tenir à distance cet étrange jumeau dans lequel il reconnaissait, çà et là, la même profondeur des blessures et pourtant si désireux de ne point le gangréner à sa terrible maladie. S’il avait essaimé à l’oreille mâle autant de soupirs que de mots, il réservait à l’ombre d’un pacte plus ancien les prénoms les plus lourds à ses épaules, l’un par loyauté et l’autre par rage, conscient de ce gouffre entretenu malgré la sincérité désarmante que Sabaude opposait à sa nébulosité.
Docilement soumis aux ordres du maitre d’arme, il le laissa exécuter l’art de ses mains soigneuses à ses muscles échauffés, au silence d’une réflexion que l’un et l’autre se livrait à la manière d’un dialogue bercé par le bruissement désormais raisonnable des souffles, jusqu’à ce que la voix ne délie les plis soucieux des lippes :

Le nain est mort…
Ainsi s’entama le chant de l’oiseau dont les rémiges assombries prenaient la couleur d’un deuil inattendu, embaumant de ses accents, les anecdotes souvent joyeuses, toujours bruyantes, de ce compagnon que Sabaude trouvé au gré d’un pèlerinage finissant par devenir, même entre eux, le sujet d’une taquinerie, et s’il ne connaissait l’homme que de nom, il ne doutait pas du vide plus terrible encore que ne manquait pas de laisser certains adversaires quand ils disparaissaient…
A l’évocation de la donzelle, le regard du Chat quitta les frondaisons d’un ciel dont l’immensité annonçait l’une de ces journées éclatantes que réserve l’hiver aux heureux qui peuvent dépenser leur temps, les prunelles s’attardant à la mine basse du Goupil pour essayer d’en comprendre l’affliction, le laissant s’abimer aux gouffres d’idées qu’avaient évoqué les mots sans rompre le fil silencieux des pensées, attentif tout autant qu’inquiet, et ce fut presque un soulagement neuf que de sentir la silhouette mâle se lover à la sienne, égarant une caresse faussement distraite à la nuque du vicomte pour les apaiser, tous les deux. Si parfois, à l’aube se levant pour conclure une nuit de palabres entre eux, le comptable expérimentait cette étrange impression qu’ils avaient été, quelques heures, seuls au monde au point de ne plus en percevoir la course, il y avait dans l’air de cette matinée une saveur nouvelle, enrobant leur solitude d’un étrange gout de fer, comme si, à l’aune de ce cri exutoire, il était temps de panser les plaies d’une survie laborieuse.
Au croassement volatile d’une ombre noire répondit un torrent de mots désordonnés, semant aux lèvres faunes la perpétuelle envie de sourire que suscitait la subtile versatilité du vicomte, quand la main s’attachait au rythme lents des arabesques délayées affectueusement, accusant le flot de remarques et l’enchaînement incongru des interrogations avant qu’une exclamation rageuse ne fende l’air, achevant de corrompre les lippes mâles d’une tendresse impossible à dissimuler plus longtemps, laissant le trait s’évaporer lentement tandis qu’il refermait ses bras autour de Sabaude, réflexe imbécile qui semblait pourtant, sur le fil suspendu de certaines osmoses, savoir accorder l’exil aux âmes égarées plus fortement encore que le ventre saint d’une église
.

Serait-ce la première femme mariée que tu as jamais courtisé ?, demanda finalement l’animal en enfouissant la dextre dans la chevelure brune pour y apposer de nouveau la lenteur exquise de la proximité. Depuis des mois déjà, il n’était pas rare qu’entre eux, le sujet s‘égare autour de l’angevine sans jamais que le Chat ne parvienne à démêler les sentiments passionnés du vicomte, de ce fantasme de femme parfaite que l’on désire en sachant qu’on ne la toucherait jamais, et si la nature épicurienne du Faune l’encourageait à se nourrir à chaque battement d’âme, il demeurait néanmoins conscient du goût mélancolique de ce qui n’était qu’un rêve devenant une simple réalité.
Les femmes mariées avaient un parfum distinct, comme si leurs cœurs n’attendaient qu’une apparition pour battre en dehors de la cage que leurs serments avaient tissés, une fringale de vie qui trouvait le plus souvent à s’absoudre dans la chair quand ce n’était pas à l’amour qui avait déserté l’union, leurs voix portant les stigmates de leurs rêves de petites filles au fil d’une fragrance unique tout autant que vivifiante.

Tu n’as rien fait qu’elle ne désirait point Sabaude, et de cela tu n’as aucun embarras à éprouver, maintenant ou plus tard... Les prunelles noires regagnèrent la voute quelques instants, la pulpe des doigts trouvant au travers des mèches brunes la peau d’un cou chaud et s’y abandonnant voluptueusement. Ce que tu as ressenti n’a pas à être conforme au reste, ou même à ce que tu connais déjà…, lui dit-il doucement, conscient de l’égarement dans lequel flottait ce jumeau de Tout, et soucieux d’en éclaircir la lancinante tempête en ravageant les tempes, égrena une rassurante fatalité en désignant le flot à suivre aux chemins mêlés de leur amitié… Et si tu deviens père, nous accrocherons la marmaille en bandoulière pour nos séjours sylvestres, poursuivit-il sans chercher à faire disparaitre le sourire taquin envahissant ses lèvres tandis que la dextre faisait pivoter vers lui le cou du Goupil pour cueillir son regard, y posant l’assise sage de quelques secondes où l’âme s’exprimait bien avant la pensée :
Il y a tout autant de gens que de façon d’aimer, Sabaude, ne t’attache pas à essayer de les nommer… Les sentiments sont bien trop capricieux pour cela… Vois, ce sont d’eux qu’est né le cri que j’ai poussé, parce que je suis terrifié, démuni, vacillant…
Une inspiration brève précéda les mots tus jusqu’alors : Je n’ai pas su protéger les miens… Le corps inanimé du Castillon apparut aux horizons de sa conscience et, soucieux de la sincérité dévoyée au vicomte, il l’accepta quand il le répudiait de coutume avec une intransigeante volonté… Mon cœur bat mal… Si la rancune entretenue vis-à-vis d’Etienne depuis son retour s’était estompée au fil de quelques explications et d’une cohabition nouvelle, l’animal, terrorisé du gel qui avait gangréné ses veines durant de longues semaines, se refusait prudemment à suivre la mécanique si naturelle qui le poussait vers De Ligny, sans pour autant réussir à s’en détourner avec la rigueur qu’il aurait souhaitée, damné… Tous les jours… Il s’interrompit une seconde, au bord de ce secret qu’il portait seul, honteux tout autant qu’épris de cette noirceur qui ne cessait de grandir en lui depuis son séjour à la Cour des Miracles, se découvrant encore incapable de le partager dans son intégralité, délayant alors le symptôme à défaut de la cause… Tous les jours …

…je me rappelle de cet instant où je n’ai plus cru à rien.
… j’entends l’écho fantomatique de ses pas dans l’escalier.
… je sens l’odeur de la cave dans laquelle je suis mort.
… je nourris de tout cela un appétit dont j’ignorais tout et qui croît, Sabaude, à une vitesse qui t’horrifierait…


… je sens peser les chaines à mes poignets…

D’un mouvement sec tout autant que précis, le buste pivota, et, déroulant dans l’impulsion le bras passé autour du jeune homme, le Chat le mit dos à terre pour choisir de prendre son assise à hauteur des cuisses, le buste penché pour ne point quitter les yeux les perles noires sondant les siens. S’il n’avait jamais eu de gout pour les noyades, le chat, dans sa pragmatique méfiance avait assisté à grand nombre d’elles sans pour autant tendre une main ou même une oreille, trop méfiant des liens se nouant aux éthers dès lors que les angoisses se partageaient, mais aurait-il voulu rester de marbre qu’avec le Goupil, il en aurait été incapable, séduit jusqu’au monstre le plus laid de son âme par la nature si unique de ce compagnon.
Une poignée de secondes s’abima, légère, volute colorée éclaircissant le front soucieux du Faune dont les bois translucides frémirent un instant d’une paix née de la confidence, aussi estropiée fut elle.

Embrasse qui tu veux, confia-t-il à ses lèvres avant de les prendre, en picorant le souffle jusqu’à se l’approprier pleinement, le gout de l’épice inondant son palais et faisant frissonner ses tempes d’une lave qu’il connaissait bien. Consomme si tu le veux, poursuivit il en gagnant le ventre d’une main audacieuse, dispensant le feu d’une caresse équivoque s’attardant à la voracité d’un baiser précipitant de nouveau les corps à l’embrasement, animal dévorant les doutes embrumant leurs tempes pour y semer le trouble extatique d’un désir capable d’assainir momentanément les landes les plus enchevêtrées de la conscience. Tu es peut être perdu mais tu n'es pas seul, chuchota-t-il à l’orée des lèvres amies quand la senestre remontait le long des flancs pour en découvrir la peau blanche, l’attention de la bouche Fauve délaissant les lippes amantes pour semer à sa peau, morsures et caresses au rythme d’une droite délicieusement concupiscente.

Il n’y eut plus un mot de prononcé, uniquement le bruissement des braies délacées et la gorge renarde s’enflant d’une mélodie nouvelle pour répondre au silence ouaté d‘une matinée de neige, communion animale tout autant que sauvage, exauçant le gage mis en jeu jusqu’à la note abandonnée d’une jouissance exaucée.

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Sabaude
Aux doigts glacés de l'Hiver s'étaient mêlés ceux brûlants d'Alphonse sur les parties à nu de son corps lors son être recevait la chaleur réconfortante de ces mots dont son guide avait le secret, vérités de l'un pour panser les blessures de l'autre. Conseils à portée de main et ignorés par la raison pour se complaire dans la facilité de l’allégeance aux dictats des hommes faits messagers de l'Intransigeance, fut-elle d'essence humaine à défaut d'être divine.

La peine renarde, brume mouvante au dessus de celle fleuve de l'ami cher se délaya dans la force aérienne du Chat et sa fragilité souterraine, fluence bouillonnante au débit sous-estimé. En l'instant il maudit sa propre faiblesse le clouant passif à ce nid confortable tapis de feuilles et d'enlacements, le cœur et les entrailles tailladés par les tourments de celui dont les bras protecteurs ne faillaient pas dussent-ils s'ériger dans un buisson d'épines.

Puis les caresses dissipèrent les maux, remède confié aux sens pour atténuer les meurtrissures de l'âme, et le jeune noble se laissa aller, conscient du cadeau de l'amant où sous le prétexte du gage poignait celui du bienfait dispensé.
Et au sommet de l'éminence, à la faveur des siècles dressés du chêne, halètements et cris se dénaturèrent ,déchirant l'écrin d'un monde végétal assoupi. En contrebas dans l'ombre de terriers des paires d'oreilles se dressèrent, sur des branches hautes des colliers de plumes tournèrent sur leur socle crochu, bec clos et orbes noires inclinés vers l'intrusion. Enfin tout cessa, la sérénité des lieux retrouvée, le chant de gorge rendu à ses occupants légitimes dédaigneux de la face fendue de contentement, imberbe des rayons d'un astre pudiquement voilé d'un nuage otage.


Bon sang ! Que ne t'ai-je entraîné plus tôt dans les bois avec tel enjeu à la clef ?! Le faune de cette foret n'a plus qu'à aller se rhabiller. , s'extasia-t-il l'abattement envolé.

Buste redressé et braies relacées, Sabaude cueillit la bouche habile de la sienne, dextre au collet, avant de rouler langues, corps et outre vers le large tronc auquel il s'adossa, séant calé entre deux racines, amenant contre lui ce jumeau cher dont il baisa les tempes. Et ce qui ne fut dit plus tôt franchit alors l'émail.


J'ai bien peur que nous soyons deux idiots à la solitude jadis choisie quand d'autres la subissent sans rien pouvoir y faire.
Épargne-toi les reproches inutiles dès lors que tu es né homme et point dieu. Tu ne pourras jamais protéger les tiens en tous temps en tous lieux, ni omniscient ni omniprésent ,le sort profitera de tes absences et de ton inattention.

Senestre glissa sous les pans du manteau jusqu'à l'organe palpitant.
Ton cœur bat mal car tu ne le laisses s'exprimer, entravé par ces nerfs gardiens, rênes d'un contrôle pernicieux auquel tu te soumets volontairement. Tu es si beau et je ne parle pas seulement de tes traits, quand tu souris pleinement et ris, Alphonse! Asséna-t-il à l'oreille avant d'en mordiller le lobe. Le membre quitta la chaleur du vêtement pour suivre de la pulpe du majeur la naissance d'une paume.
Quant à ces chaînes qui pèsent à tes poignets nous les briserons, toi, moi, tous ceux pour qui tu comptes, peu importe le temps que cela prendra. Et le ou la première qui voudrait te nuire m'aurait sur le dos ! Lame au clair je retournerais pierre par pierre ce royaume et les autres si tu devais disparaître. Toi non plus tu n'es pas seul, et là où je pouvais prêter serment, cela t'est naturellement acquis.
Le regard noir et décidé ne laissait pas l'ombre d'un doute quant à la détermination du Renard.
A ce propos, je te propose un code si un jour tu devais discrètement me signifier au détour d'une note, d'une conversation épiée ou partagée que tout va bien ou qu'au contraire cela ne va pas. Que dirais-tu de « phénix » si je n'ai pas à m’inquiéter, et « serpent » pour l'inverse ?

Sur ce l'outre fut débouchée et levée... .Aux conseils qu'il nous faudrait appliquer et à cette belle journée !...et conduite contre ses lèvres asséchées avant d'être non pas partagée mais jetée sur son épaule. Après tout son compagnon venait d'étancher un peu sa soif à la fontaine de sa vigueur, fut la conclusion amusée et silencieuse.
Maintenant que nous avons vidé le sac, je te propose de nous approprier ce jour ! Une fois de plus la chevelure du comptable subit l’espièglerie du Goupil. Allez lève-toi, nous allons tester tes réflexes.

Après quelques pas et fouilles autour de l'arbre, un court bâton déposé sur une souche n'attendait plus que leur bon vouloir. L’œil du Maître d'arme agenouillé se releva sur l'élève.
Main droite sur ta cuisse, l'autre aux reins. A trois et pas à quatre, tu essayes de te saisir du rameau sans que je ne réussisse à contrer ton geste. Une gorgée à chaque fois que tu y parviens. Et ne t'avises pas d'essayer d'attraper l'autre gourde, tu finirais plaqué au sol. Avertit-il avec un sérieux grandement amoché par une hilarité naissante. Prêt ? Un, deux, trois.
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Alphonse_tabouret
Dans les mondes de silence, chaque mot était perçu avec une singularité neuve, déchirant aux nuées, les oripeaux d’un passé qui s’entêtait à froisser l’éther de son ombre permanente, et s’il n’en avait pas eu conscience pendant longtemps, le Chat s’était rendu à l’évidente absence du verbe au hasard des proches choisis par son cœur malformé, condamné par son propre vœu à éternellement respecter celui des autres.
Sabaude avait saboté les premiers remparts du mutisme dans lequel l’animal s’enveloppait si confortablement, soucieux de ce vocabulaire trop pauvre pour exprimer chaque éclat de vie, bien souvent trop sommaire, amené aux synthèses les plus directes et les moins tendres, non point par soucis d’économie, mais par respect des vérités les plus indispensables. Séquestré à même ce penchant taiseux de sa personnalité, l’animal écoutait, subjugué chaque phrase de trop qu’on lui offrait, prudent tout autant que méticuleux à ne saisir que l’essentiel, rampant au bassement du pratique sans jamais savoir agrémenter de fioriture le panache d’une route tracée par la verve. Du Goupil il n’avait attendu ni l’embellie, ni le baume lorsque les présentations s’étaient faites une première fois et c’étaient pourtant l’un et l’autre qui s’immisçaient jusqu’à l’âme au roulement de la voix, berçant le monstre éreinté, et si la brulure palpitait encore, l’odeur du souffre fut balayée, distraitement, d’un baiser essaimé à la tempe et par cette dextre fraiche venant cueillir de la pulpe, les battements d’un cœur atrophié.

Épargne-toi les reproches inutiles dès lors que tu es né homme et point dieu. Tu ne pourras jamais protéger les tiens en tous temps en tous lieux, ni omniscient ni omniprésent, le sort profitera de tes absences et de ton inattention.
Le réconfort n’avait jamais été amené qu’au travers des batailles les plus douloureuses et si c’était de rare coutume la main gitane qui s’apposait au front fiévreux de l’animal malade quand la brulure était trop vive jusqu’à risquer de le consumer, il percevait soudainement, démuni, le bienfait de ces affections inattendues, capables à elles seules de fouler au pied les méandres les plus inextricables des herbes enchevêtrées, et un instant il crut, avec une sincérité juvénile, chaque mot prononcé, abandonnant un sourire à ses lèvres à l’entente de cette détermination pure, insensée, impossible, fiévreuse enfance dont les stigmates s’attachaient à eux avec la force des indispensables.
Ton cœur bat mal car tu ne le laisses s'exprimer, entravé par ces nerfs gardiens, rênes d'un contrôle pernicieux auquel tu te soumets volontairement. Tu es si beau et je ne parle pas seulement de tes traits, quand tu souris pleinement et ris…
Beau quand il se trouvait si laid, quand il n’était pas toujours certain d’être Homme, bercé par les borborygmes chuintant d’une âme bancale, sentant parfois ses traits se distordre en une grimace quand il souriait sans en mesurer l’ampleur, emporté par une spontanéité indocile et le plus souvent malhabile. N’avait-il pas asservi la gitane à ses pulsions les plus sombres par spontanéité ? N’était-ce pas finalement la bête hostile et blessée, la seule part de spontanéité ancrée au limon ancien de ce qu’il était devenu, incapable de trouver l’étincelle lui indiquant les souvenirs de ce qu’il avait été avant que ne s’abatte à sa nuque la corruption d’un père.
Quant à ces chaînes qui pèsent à tes poignets nous les briserons, toi, moi, tous ceux pour qui tu comptes, peu importe le temps que cela prendra. Et le ou la première qui voudrait te nuire m'aurait sur le dos ! Lame au clair je retournerais pierre par pierre ce royaume et les autres si tu devais disparaître. Toi non plus tu n'es pas seul, et là où je pouvais prêter serment, cela t'est naturellement acquis.
Les autres… Luxe sociétaire que s’offraient certains à foison quand il ne cultivait que l’aridité de son cœur méfiant ; les autres se comptaient si difficilement, numéraire obscur englobant les visages croisés au quotidien sans pourtant accorder la valeur de l’affection et les regards de ceux sans qui on ne savait plus avec certitude ce que l’on était tant on se nourrissait de l’étincelle vibrante qui s’accordait à l’âme…
A ce propos, je te propose un code si un jour tu devais discrètement me signifier au détour d'une note, d'une conversation épiée ou partagée que tout va bien ou qu'au contraire cela ne va pas. Que dirais-tu de « phénix » si je n'ai pas à m’inquiéter, et « serpent » pour l'inverse ?

Un rire silencieux autant qu’incontrôlé contrariant jusqu’aux fondamentaux dont il avait égrené les certitudes quelques instants auparavant lui échappa, remisant le marasme d’une réalité de laquelle il ne savait que difficilement s’éloigner, boiteux, avant qu’il ne tende le cou pour essaimer un baiser aux lèvres soucieuses, l’épice badine renaissant au creux des prunelles noires en contemplant l’expression grave et astucieuse offerte à portée de sens.

Par tous les Dieux, comment veux-tu que j’arrive de manière feutrée à placer le mot Phénix ou bien Serpent dans une conversation ?... Le rire reprit, asthmatique, avant de gagner enfin la gorge et d’en sortir plus clair, se fondant à l’air ambiant quelques secondes avant que le chat ne reprenne ce sérieux intrinsèque que le renard savait faire voler en éclats avec une facilité désarmante. Considère plutôt que quelque chose n’ira pas si tu m’entends demander à boire du lait plutôt que du whisky, le taquina-t-il avant que le maitre d’Arme n’apporte quelques éclaircies à ses projets les plus immédiats.
Chassé de la chaleur mâle dans un grognement bas et mécontent, le comptable se releva à son tour pour suivre les pas guerriers, chassant les émotions embuant encore les tempes pour écouter, dans un silence étudiant quoique circonspect, le poids nouveau de la consigne égrenée au sourire amusé du jeune homme quand sa gorge sèche réclamait déjà la récompense promise.

Quelle énergie…, fit-il remarquer à l’insolence d’une voix nonchalante, attardant volontairement la langueur d’un étirement en jaugeant le Goupil d’un œil plus attentif qu’il n’y paraissait. Compte sur moi pour te fatiguer bien plus la prochaine fois, conclut-il dans un presque murmure, menace voilée aux volutes d’un regard salé et alangui qui ne cachait aucune de ses intentions.

La main droite fut posée sur la cuisse quand l’autre allait aux reins, observant brièvement l’exercice avant de jauger le Renard dont les traits encore dilués au bien être d’un gage exécuté trahissaient la mollesse incontestée de la chair quand l’esprit s’enhardissait pourtant du nouvel exercice, homme encore nimbé du halo d’une jouissance salvatrice tout aussi qu’apaisante, délié aux confins de la béatitude et de ses berceuses. La première tentative n’exista que pour vérifier l’intuition Faune pesant à ses connaissances de l’adversaire, uniquement exécutée pour saisir la vivacité, l’ampleur du geste, la détente à mesurer pour espérer gagner l’enjeu quand la seconde ne fut servie que pour conforter le Renard aux règles imposées, plus assurée mais tout aussi contrée, estampe brève d’une comédie de funambule avant de laisser bondir le Chat d’un dernier saut, non point sur la branche convoitée, mais sur l’amant qui l’était tout autant.
Les corps chutèrent au sol, mêlant la neige au bruissement des feuilles, Chat abattant sur la silhouette brune l’énergie encore lovée aux nerfs malgré le marathon et l’escapade pour le clouer au sol, abritant au creux de la main, le fer d’une ultime détermination quand l’œil s’extasiait encore de trouver un tel sursaut de vitalité qu’il n’avait pas escompté, jouant des réflexes comme du poids de la pernicieuse surprise pour assoir définitivement son autorité sans même saisir le bout de bois en guise de victoire falsifiée


Comment diable peux-tu encore penser à me faire travailler après m’avoir fait courir sur presque deux lieues ?, lui demanda-t-il au masque d’un visage sévère, une main inquisitrice s’insinuant sous les pans d’une chemise débraillée par cette dernière lutte, égrainant à la peau blanche les prémices d’une fièvre possible tout aussi qu’incontrôlable, prenant toute son essence dans les prunelles noires et pleines posés sur le visage jumeau. Faudra-t-il que je m’emploie personnellement à te fatiguer pour espérer une quelconque accalmie ?, poursuivit il en pesant de son corps sur celui de l’amant, Félin audacieux tout autant qu’insidieux, à la caresse imperceptible des bassins chastement enchâssés quand son visage se penchait jusqu’à frôler celui du vicomte sans se départir de la tendre arrogance dessinée à ses lèvres, excitant celles à proximité en refusant un baiser qui s’attardait pourtant odieusement aux confins des souffles embués.
Donne-moi à boire et nous rentrerons nous délasser à l’onde d’un bain bien chaud…, murmura-t-il d’une voix rauque, le velours d’un regard épais rivé aux aurores nocturnes du Renard … peut être dormirons nous une poignée d’heures avant de descendre pour je te regarde engloutir une poularde entière et saucer jusqu’à la porcelaine, un plat de civet. A la fin du repas, je me pencherai à ton oreille… Suivant le délié des propos, les lèvres du chat s’attardèrent au lobe mâle, y laissant ricocher le souffle quand il en frôlait le contours pour faire frémir la chair toute entière… pour te dire que j’ai à ce point envie de toi, que s’il n’y avait que nous, tes reins seraient à moi dans l'instant… La caresse alangui du bassin s’enhardit d’une lascivité animale sans pour autant mordre encore, la faim carnassière bridée avec une volonté esthète… alors nous monterons dans l’une de nos chambres et je te ferai jouir, encore et encore, jusqu’à m’assurer que tu n’aies plus l’idée de me faire attraper le moindre bout de bois pour la journée, conclut-il au fil d’un sourire narquois avant de ponctuer la sentence de deux derniers mots, ordre teinté de défi quand la senestre ramenait à la patte Goupil l’outre récemment abandonnée dans la chute félonne, sans pour autant esquisser le moindre geste pour en porter lui-même le goulot à la bouche:
J’ai soif.
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Sabaude
Tout à l'entraînement du comptable, ayant à cœur le délestage des faiblesses physiques au profit d'une maîtrise du combat adaptée, l'enseignant concentré sur l'exercice ne vit venir l'entorse de son élève. A la rencontre de son dos avec le sol succédèrent la surprise et la contrariété visibles à ses traits, le visage à demi rongé par une moue boudeuse, sa vigilance et son application si facilement bafouées.

Comment diable peux-tu encore penser à me faire travailler après m’avoir fait courir sur presque deux lieues ?

Au ton faussement accusateur, le jeune noble détourna le regard et se mordit la lèvre, livré à ses démons, à ce suzerain mort auquel il avait concédé une trop grande autorité, môme fautif au moindre haussement de voix. Docilement Sabaude capitula, mâchoire et muscles relâchés, chutant dans la béance de sa vulnérabilité et faisant peu à peu sienne l'idée d'une journée de détente. Après tout , depuis un mois qu'ils ne s'étaient vus, qu'avait-il été chercher ces activités, lors de plus badines, affectueuses et charnelles prenaient naturellement leur place? Était-ce là sa façon de maîtriser cet appétit grandissant pour ces mets dits interdits, fut-il englué dans un attentisme prudent?

J'ai compris, souffla-t-il enfin... une journée de fantaisie! S'amorça la conclusion quand déjà dévalaient aux arabesques de son ouïe les promesses luxurieuses.

La tête roula sur le côté, une joue empourprée remerciant le tapis neigeux de lui offrir sa rafraîchissante caresse quand chaque mot savamment dispensé à son oreille,chaque ondoiement du corps jumeau contre le sien, fouettaient les reliquats de pudeur ingénue aux muretins effondrés. Depuis ce soir de septembre son être vibrait et s'accomplissait sous l'influence faune, impuissant à pacifier le déferlement d'envie et de plaisir distillés goutte à goutte au long col d'une gestuelle au sauvage raffinement, et présidés par un verbe choisi.Si sa raison lui appartenait,son corps entier s'était soumis à son initiateur, et la bosse sous l'étoffe tendue le dénonçait aussi sûrement que l'envolée cardiaque et son souffle devenu court.

En son sein une mutinerie insidieuse gronda, et le Renard fait renardeau sous la patte féline devint chiot mordillant et jappeur, la prunelle pétillante de grivoiserie. L'outre fut repoussée et d'un mouvement du bassin son tortionnaire soulevé pour livrer ses fesses à la prise ferme de ses mains et avec force et absence de douceur inverser les places.

Ta soif attendra que la mienne soit étanchée, mon chaton, tomba la provocation du sobriquet, des mèches soyeuses battant une pommette. Ne m'as-tu point dit plus tôt de consommer ? Ronronnèrent les représailles enjouées au lobe de l’acculé.

Certes il avait capitulé, mais ce serait à sa manière, fut-il habilement dirigé, Goupil ne doutant aucunement du caractère rusé de son mentor. Sans coup de semonce toute sa détermination à s'émanciper et à braver l'interdit fut embarquée dans le baiser furieux et conquérant qu'il adressa à ces perfides et tentatrices carmines, mordues fortement sans en crever l'enveloppe, amant décidé à rester maître du bout de jardin octroyé.


Nous ferons tout ce que tu voudras à l'auberge, mais dans cette foret tu es mien, et sien, dit-il avec un sourire de sauvageon, montrant la foret du chef, et si tu tends l'oreille tu pourras entendre la plainte de l'endroit réclamant son dû. Tu ne crois tout de même pas que ronciers, racines et branches tarabiscotées nous laisseront repartir sans avoir pris possession de tes gémissements.

Déjà des mains avides couraient sur le cuir des entraves pour libérer les hanches laiteuses et exposer ce nid de boucles brunes où reposait l'objet apprivoisé et convoité. Les deux globes d'albâtre livrèrent leur sillon à la taquinerie d'un index fraîchi d'une plongée dans le blanc manteau de l'hiver, et dont le périple prit fin au portail d'une intimité crainte et désirée. Le novice se contenta d'en flatter l'entrée de douces caresses, et sur un regard entendu, à la manière de ces jeunes animaux complices, museau à museau, Sabaude livra tendrement une demande particulière.

Laisse-moi aller jusqu'au bout, j'aimerais ne plus te goûter seulement du bout de la langue mais te savourer pleinement...

Sans attendre de réponse, une bouche inquisitrice reprit l'initiative, assistée de doigts cajoleurs et péremptoires, essaimant au torse révélé la chaleur d'une pulpe rougie et la glace de phalanges ambulantes, parant subtilement la chair d'une neige fondante sous l’œil émerveillé de ces grains de peau alternés. Les attributs mâles furent déposés sur l'autel de ses facéties , tombant, délicieusement tourmentés, de Chioné en Héphaïstos jusqu'à ce que la bête fauve cesse le voluptueux supplice, se déchaîne et se repaisse d'une liqueur saisissante. Un instant pantelant et indécis, moult épithètes se chahutant sous son crâne tandis qu'il déglutissait laborieusement, plus surpris qu’écœuré, le baptisé finit par s'allonger tel un matou propriétaire au ventre ami, léchant exagérément ses babines, menton posé sur ses bras croisés, l’œil fier d'avoir attrapé une souris et de s'en être repu.Tâtonnant pour attraper la gourde, il l'approcha d'Alphonse.

Maintenant tu peux boire, déclara-t-il grand prince, et nous pourrons ensuite redescendre tranquillement de cette éminence. Sur le trajet d'ici à l'auberge, tu m'en conteras un peu plus sur Axelle et ce fils qui vous unit. Je me demande s'ils parviennent à te mener par le bout du nez... Il se tut et les deux orbes obscures s'illuminèrent d'un désir insatisfait trottinant entre ses tempes pendant que sa dextre partait folâtrer sur le flanc et les aréoles mâles.

J'aimerais te faire découvrir ce plaisir des passes à l'épée dans ce cadre champêtre, duel excitant et capiteux sous la faveur d'une nuit qui s'avance et nimbe nos lames de ses couleurs, chassant peu à peu l'orangé d'un jour déclinant, nos oreilles emplies des entrechoquements métalliques et croassements outrés, la moindre parcelle de notre personne, le moindre pore et muscle exaltés.

S'il te plaît, quémanda-t-il plus qu'il ne le demanda, prenant ses aises sur sa proie sans faire mine un instant de vouloir délaisser la position, nous aurons bien le temps après nos ébats, aux abords de l'établissement. Qu'en dis-tu ?

Assurément bon comédien à ses heures, Renard joua franchement d'un air mignard pour tenter d'obtenir l'assentiment.
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Alphonse_tabouret
La gorge sèche s’embrasa au chaos du souffle palpitant à sa gorge, extase délayée au couvert d’une respiration de plus en plus bruyante, asservissant le corps et l’esprit aux entrelacs d’un plaisir que ne savait délayer que l’essence mâle, déformation de l’âme qui avait perverti à tout jamais les flammes berçant la liqueur de son essence. Les doigts faunes s’arrimèrent aux cheveux bruns de ce jumeau dévoyé dont l’application gourmande essaimait aux nerfs des envies plus virulentes, des besoins plus sauvages, corrompu à l’aune de cette bouche seule, et tandis que les reins se creusaient d’un supplice béat, la main s’accapara le haut du crâne en une caresse mesurée, vacillant encore au fil de cette demande formulée, guide au seuil d’un interdit encore jamais transgressé et même jamais proposé aux lippes renardes, jusqu’à l’abandonner, brulant, fiévreux d’une envie neuve, au mouvements orchestrés. Soulevé dans une ultime inspiration, le corps se cambra d’une contraction animale, dextre crispée à la chevelure, nacrant la gangue chaude qui le dévorait si merveilleusement depuis de longues minutes de délicieuse torture, s’abandonnant, pantelant à un silence enfin revenu quand son extase venait de retentir, rauque, boisée, aux frondaisons de ce royaume Goupil.
Lentement, les paupières battirent, entrecoupant le ciel du royaume voilé d’ombres avant qu’enfin, les prunelles ne se posent sur le visage aussi satisfait qu’insolent de Sabaude, un instant prédateur à sa première chasse, auréolé de cet orgueil boréal que suggérait la prise ainsi enneigée. Aux épithètes dansant aux tempes vicomtales répondaient les interrogations du comptable en le dévisageant, cherchant derrière la bravade, ces énigmatiques lignes du dégout, du regret, ou de la honte pour n’y trouver que cet inexplicable bien être louvoyant au regard mâle.
La gourde flotta à hauteur de bras sur l’une de ses provocations enfantines que l’un et l’autre aimaient à se dispenser aux confins de ces terres n’appartenant qu’à eux, limon de nouveautés, d’expériences préservées par des vies enchevêtrées à leurs obligations, bâtissant pierre après pierre des frondaisons nouvelles auxquelles s’assoir et contempler, à deux, les horizons créés de leurs simples plaisirs. Les mots s’ajoutèrent aux attentions délayées à la peau pâle, entrainant la conscience du comptable à l’application de l’écoute quand le corps résonnait encore de l’extase de sa malédiction, perdant au regard jumeau, la noirceur du sien sans plus se soucier de la chair incontrôlable frissonnant à chaque caresse.

J'aimerais te faire découvrir ce plaisir des passes à l'épée dans ce cadre champêtre, duel excitant et capiteux sous la faveur d'une nuit qui s'avance et nimbe nos lames de ses couleurs, chassant peu à peu l'orangé d'un jour déclinant, nos oreilles emplies des entrechoquements métalliques et croassements outrés, la moindre parcelle de notre personne, le moindre pore et muscle exaltés.
S'il te plaît… Qu'en dis-tu ?

Doucement, la main du Chat quitta le tapis blanc auquel elle avait échoué pour s’élever et cueillir, silencieuse, la ligne de la mâchoire, étonnante sensation de brulure disséminée par la morsure du gel à cette peau tiède.

Sais-tu, Goupil, que de là d’où je viens, les questions étaient un luxe, un trésor que nous regardions sans jamais oser le saisir, parce que c’est ainsi que nous étions élevés, ainsi que nous étions créés, parfaits automates dont les instructions suffisaient à remplir la journée sans que rien ne vienne en gripper la parfaite mécanique…
Nos avis importaient peu car nous n’en n’avions pas, dédiés à ne répondre qu’aux exigences que l’on attendait de nous, libre d’obéir, et de se conformer aux attentes que nous portions à nos front d’héritiers sans que le doute ne soit toléré à la bouche.


Les doigts suivirent la ligne jusqu’à rejoindre le cou, langage aphasique qui dispensait pourtant des mots venus d’ailleurs, confession grevée à l’intimité seule des corps et des esprits, berceuse muette qui ne valait que pour les âmes sachant converser à l’unisson.

Monstre je suis né, monstre j’ai vécu, et monstre je m’accomplis, incapable d’aimer ce qui est moins laid que moi par peur alors d’apparaitre tel que je suis et de ne plus savoir le cacher…
Jour après jour, tu franchis sans t’en rendre compte des frontières pourtant si soigneusement entretenues, si farouchement gardées que moi-même, je découvre des chemins que je n’avais jamais pensé arpenter. Folie ou insolence, j’ignore ce qui te motives à aller toujours plus loin, mais ces instants, Sabaude, portent en eux les parfums sauvages de ces journées que l’on ne sait quantifier sans pourtant jamais les oublier…
Qu’adviendra-t-il le jour où, à marcher sans regarder où tu mets les pieds, tu finiras par me voir, tel que je suis, tel que je me hais, tel que je me crains ?


La dextre s’emmêla aux cheveux en épousant la forme arrondie de la nuque et s’y attarda, simple, tendre, écartant les éclats de souvenirs figeant à tout jamais la sincérité d’une après-midi gitane aux reliquats d’une violence expiatoire.

Qui serais-je alors ce jour-là ?
Quel nom me donneras-tu ?
Quels yeux poseras-tu sur moi ?


Le regard s’appesantit au sien, avant de céder à cette mine gracieuse offerte en pâture à l’affection féline, incapable de ne pas s’en amuser tant la bouche avait pris le pli de la supplique la plus enfantine et le regard celui de l’espoir que l’on n’ose croire exaucé.


Le choix existe-t-il vraiment lorsque la question est aussi bien formulée ?, répondit-il enfin en laissant un sourire amusé éclore à ses lèvres avant de le happer d'un baiser carnassier s'envolant au fil des secondes avant que les souffles ne se séparent. Dieu, il ne te manque plus qu’à battre des cils pour me couper toute retraite, fit il mine de se plaindre en délaissant à regret cette nuque chaude pour prendre appui et se redresser, appelant à scinder les corps d’une taquinerie : Allons, debout, tu as bien besoin d’exercice après tout, tu pèses aussi lourd que les deux donzelles que j’avais dans mon lit il y a quelques jours…

Les braies renouées et la gorge enfin exaucée de larges lampées d’une eau fraiche, Chat et Renard suivirent les traces nettes des pas les ayant menés jusque-là, empreintes aussi disparates qu’intactes trahissant l’effervescence de la course tout autant que la sournoiserie orchestrée par l’un et l’autre pour dépêcher la victoire , ravivant au front de l’animal, l’euphorie joyeuse et encore sauvage qui accompagnait le plus souvent leurs rencontres. Incapable d’aborder par lui-même un aussi vaste sujet que la danseuse ou son bâtard, le comptable resta silencieux quelques instants, la neige crissant sous les bottes aux chants clairs de quelques oiseaux, l’interrogation entravée à même la gorge, soucieux de ne point corrompre Sabaude par un quelconque ennui à égrener les anecdotes qui avaient épousé les chemins communs qu’ils avaient emprunté Axelle et lui, avant d’enfin commencer, étrangement par cette fin annoncée autour d’une table quelques heures plus tôt :

J’aime Axelle… Non pas comme l’on aime celles que l’on mène traditionnellement à l’église, embué d’espoir, couronné d’ignorance, mais je l’aime aussi surement et chèrement qu’Antoine.
Elle sait…


Tout.

… mes vices, mes envies, mes fautes et mes erreurs… Je connais ses hésitations, ses craintes, sa faim… Nous appartenons déjà à la même espèce et si cette union n’existe pour beaucoup que pour cet enfant qu’elle m’a donné, elle n’en est pas moins empreinte d’une affection pleine, entière et dévouée… J’aime Axelle comme je n’aimerai certainement aucune autre femme, et elle n’attend pas de moi que je l’aime comme je peux aimer l’un de mes semblables…

Un temps de silence s’attacha alors aux derniers mots prononcés, Chat discret tout autant qu’énigmatique, si peu enclin à dire les choses avec l’intransigeance de la netteté quand cela concernait ce qu’il était dans sa plus violente nudité, Faune ayant jusque-là toujours joué des apparences pour ne point dévoiler la racine de la maladie lovée jusqu’à son cœur, et pourtant impuissant à égrener autre chose que la vérité à cet indispensable jumeau, sans savoir démêler l’inquiétude du rejet du bienfait céleste de la sincérité, attendant la nuque soumise, la réaction qu'il redoutait le plus sur cette lune le guidant , sur ces penchants mâles qu'il préférait aux mammes femelles au point de n'avoir jamais aimé qu'eux quand tous l'en pensaient capable .
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