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[RP Background] Cours particuliers (I)

Sabaude
Une petite bourse de cuir pleine d'écus vient remplir la paume avide du missionné rondouillard à la forte odeur de transpiration qui tarde trop à son goût à quitter la chambre qu'il loue dans un petit hôtel particulier de la capitale. Le congé est signifié avec agacement d'un mouvement de dextre tandis que ses prunelles et senestre caressent les armes posées sur le haut coffre en chêne à pentures que les faiblards rayons d'une matinée à peine entamée font luire d'un timide éclat. La pulpe de ses doigts teste l'émoussement demandé d'autorité au grand dam de l'armurier perfectionniste au nom de sa sécurité et de celle de son élève. Le terme fait apparaître l'émail entre ses carmines étirées.
Quant au détour d'une discussion Alphonse eut mentionné son envie d'apprendre à se battre, le sang du Renard ne fit qu'un tour et l'occasion de réunir Faune et Phenix sans contrainte du prétexte fut saisie. L’alléchante idée de prodiguer ses conseils, d'être à son tour professeur pour un amant particulier aiguisèrent son appétit du défi et de la facétie. La perspective d'échanger leur rôle d'enseignant et les corps à corps à venir furent pour notre jeune vicomte source d'excitation.

Satisfait il fait deux paquets. Étendue sur le lit, la première peau caprine tannée reçoit la dague à rouelles, celle à couillettes, la percemaille et le stylet alors que la seconde se refermera plus tard sur épées à une main ,boces et gantelets de combats. Du second lot il n'a point besoin car il s'agit ce jour de déterminer quel combattant est le félin.

Vêtu de simples braies noires que des bottes de monte et une chemise de laine crème viennent souligner, sur quatre gouttes d'un parfum aux notes hespérides et un long pourpoint ouvert en cuir, Renard se saisit des biens empaquetés nouvellement acquis et sort pour prendre la direction d'un marché non sans avoir vérifié une dernière fois la présence de ses propres armes et de ses brassards.

Pour ce qu'il a en tête il lui faut le concours de quelques chairs d'infortunes qui ne seront pas sans surprendre le comptable. C'est donc plumes, poils et gamins des rues qu'il payent pour apparaître à l'Aphrodite chargé et accompagné d'une oie et d'un coq dans des cages d'osier. Une petite boite percée maintenue contre sa poitrine ne permettra à aucun œil de voir son pensionnaire.

Quand on lui demandera la raison de sa visite, c'est avec aplomb et face avenante qu'il déclarera:


Faites savoir à Tabouret qu'un apprenti queux vient lui proposer services et menu.

Notre homme est ainsi fait qu'il ne saurait se présenter simplement quand l'occasion lui est donnée de cabotiner aussi subtilement que possible.
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Alphonse_tabouret
La routine avait ceci de rassurant qu’elle permettait au chat de ne penser à rien, vidant les tempes des bribes éthérées pour les remplacer par de gigantesques colonnes de chiffres dansant, tantôt à sa plume, tantôt à ses yeux, au son mat du boulier qui additionnait et soustrayait sans faillir, exercice salutaire autant que précis à canaliser en lui les volutes les plus ardentes de sa personnalité. A son bureau, Alphonse était un automate, soigneusement huilé, parfait pantin focalisé à la tâche, qui n’en dérogeait qu’une fois les comptes de la journée achevés, et rares étaient les occasions de l’y arracher, le personnel ayant pris pour habitude de le déranger aussi peu que possible pour s’épargner l’étrange spectacle de ce changement de costume. Si le félin était un animal calme, souvent silencieux, la plus part du temps discret et perpétuellement en observation de son entourage, il n’en était pas moins vivant, chose dont eut pu douter au travers de cette assise immobile dont l’unique animation résidait dans les mains s’agitant avec la lenteur volontaire de l’application.
Lorsque la soubrette frappa à la porte, il prit le temps de finir sa ligne de chiffres, les domestiques ayant pour consigne de toujours attendre qu’il réponde pour se permettre d’entrer et seul ce qui tournait autour de son bâtard dérogeait à cette règle, puis, relevant enfin le nez de sa page, autorisa que l’on trouble son travail.


Un apprenti queux pour Monsieur, hasarda-t-elle, répétant mécaniquement les propos dont le sens premier comme second lui étaient imperméables, la prunelle indécise avant de rajouter : Il vient proposer services et menus…

Le sourire s’étira finement aux lèvres fauves, non point par connivence, la subtilité lui échappant tant qu’il ne percevait pas la silhouette goupil, mais devant cet air joliment perdu de la donzelle qui ignorait encore si elle avait correctement fait passer le message ou si elle avait tout simplement l’air d’une idiote.

Faites entrer, répondit-il simplement en repoussant le livre aux pages noircies, frottant brièvement ses yeux pour chasser le moindre chiffre de sa vision, recentrant brièvement, pensait-il, l’univers sur une parenthèse quand elle s’effaçait au profit de la troupe, Phoenix en tête, chaine oiselle disparate le suivant au pas, élargissant tout naturellement l’amusement dessiné à museau faune.
Méthodique, il s’était employé à ranger dans ses souvenirs, sans plus y toucher, la soirée passée en compagnie de Sabaude, aussi bien les confidences faites au salon que celle nées de la chair une fois l’intimité d’une chambre refermée sur eux, troublé indubitablement par la connivence simple et bienfaisante d’une franchise qu’il goutait rarement ici, à l’Aphrodite, où tout, et tous , jouaient des apparences, intrigué autant qu’amusé par les heures qui avaient suivi le délit et s’étaient soldées à ripailler dans les cuisines de la Maison basse, dans le brouhaha discret du cœur du lupanar, au chant du bouillonnement de quelques marmites et des va et vient du personnel nocturne attelé à des préparations qui nécessitaient déjà son savoir.

Voilà ce que j’appelle une véritable troupe, fit il en se levant pour accueillir dignement cet hôte aussi bienvenu qu’incongru, animal si peu habitué à ce que l’on exauce ses désirs qu’il en avait presque oublié la joie spontanée du Renard à l’entrainer et sa promesse à venir bientôt dispenser ses connaissances au fil de quelques leçons. Je suis content de vous voir, Sabaude, lui confia-t-il en lui serrant la main, les sens un instant accaparé par les notes parfumées soumises à la proximité, mais, savamment dressé, n’en laissant rien paraitre, s’attachant par précaution à la politesse inhérente à sa roture dès lors qu’un public assistait à la représentation, méfiant de cette noblesse et des usages qu’elle arborait dans le commun des rapports et dont elle pouvait se délier dans l’alcôve de la relation. Le tutoiement ne franchirait les lèvres qu’à cette condition, esthète de cette discrétion requise autant à l'amitié qu'à la chair consommée, à moins que le Vicomte de lui-même ne le somme d’en faire usage. Messieurs…, fit-il aux enfants qui suivaient fièrement, …Mademoiselle, rajouta-t-il à l’attention de l’oie qui patientait dans sa cage d’osier, faisant naitre un ricanement aux lèvres juvéniles des assistants des rues avant que l’œil ne s’attarde sur la boite mystérieusement tenue à même le torse mâle quand la simplicité de l’apparat et la longueur du paquet apporté menait irrémédiablement les idées sur la piste de l’entrainement promis.
Nanti, soumis à une éducation hors de prix, même pour une bourgeoisie couse d’or, Alphonse s’était plié à quelques leçons avec un maitre d’arme qui n’avait su l’intéresser, ni par son physique épais, ni par son apprentissage, et force était de constater que tous les réflexes guerriers du jeune homme ne tenaient qu’aux innombrables prise de becs fraternelles, réglées par les poings avant qu’aux alentours de ses seize ans, l’avide paternel interdise toute rixe de peur de voir le visage du puiné dont sa clientèle raffolait, abimé d’une quelconque façon.

Quels que soient les motifs de votre visite, même si je me risquerai à deviner qu’il s’agit pour moi de soumettre le corps et l'esprit à vos leçons… Le sourire s’étira, dévoilant délicatement les crocs, attention perceptible uniquement à cet amant inattendu de septembre, …nous serons moins à l’étroit dehors, les invita-t-il en se dirigeant vers la petite porte menant au jardin réservé à son bureau, écrin de verdure d’une dizaine de mètres de long sur moitié moins de large, où un vaste chêne paressait à l’angle, abritant de son ombre encore dense un banc où pouvait se poser la marmaille. Faites servir quelques biscuits, du lait, et du vin, demanda-t-il à la soubrette avant de la congédier, se penchant à l’oreille de Sabaude pour lui confier, malicieux avant de le précéder dehors : Vous me pardonnerez la traitrise, Goupil, mais le ventre alourdi, je gage qu’il me sera plus facile de me débarrasser d'eux si nécessaire…
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Sabaude

Les jours suivant la nuit où il fit de Tabouret son capitaine au long cours, passeur d'un autre genre, homme auréolé de mystères, il se sentit entre deux eaux. Ballotté par des rêves à la substance évanescente qui le livrèrent en sueur aux matins naissants, et chaviré par des pensées fugitives qui l’égarèrent pendant la course du diurne, il craignit d'abord de s'être emporté en acceptant d’entraîner Alphonse au combat et donc de le revoir. Mais le sentiment s'estompa jusqu'à disparaître pour renaître sous le forme d'une tentation à laquelle il ne pourrait résister.

Et quand il le voit et tient sa paume contre la sienne, sans autre présence humaine il le gourmanderait volontiers d'un baiser aux canines joueuses pour ce vouvoiement qu'il ne peut concevoir qu'avec peine dans la bouche de celui qui l'a guidé vers un abandon salvateur et mené jusque là d'une main de maître. L'ombre de la peur d'un retour aux rapports formels s'étire depuis les tréfonds de son être où nichent ses incertitudes quand il la fait disparaître à la lumière des convenances judicieusement conservées par le comptable expert et à sa compréhension exposées.

Il soupire de sa crainte, puis rit discrètement au messieurs et au mademoiselle, soudain conscient de la ménagerie qui lui fait lieu de suite dans ce bordel qui prend des airs de basse-cour sans qu'aucune poule de luxe n'ait à glousser.

Faune devant lui, silencieux,il attend qu'ils soient seuls pour lancer le paquet d'armes dans sa direction et profiter de la distraction. En deux rapides enjambées, vif, il est dans le dos du chat, poignard au clair sur son cou.


Si tu veux apprendre à te battre, sois prêt à le faire à tous moments bel Alphonse, susurre-t-il du bout des lèvres à l'évasure d'une oreille avant de le retourner, la menace métallique écartée.

A la vue de la petite perle de sang sur cette peau qu'il a explorée auparavant avec bien plus de délicatesse, son front se plisse et un éclair fugace passe sur ses sombres prunelles. Gorge serrée, l'idée que cet improbable compagnon puisse être blessé par lui ou d'autres vient d'éclater sous son crâne comme une bulle de tourment et éclabousse l'indifférence qu'il aurait du éprouver.

Par fierté il pourrait dissimuler, cacher, tromper, mais de cela il ne veut et peut avec celui qu'il retient contre lui. Renard est ainsi fait qu'à de rares individus il se livre nu, sans retenu, sans contrôle.... Est-ce le parcours du corps qui a induit celui de l'esprit avec Tabouret ? Il ne le sait et ne souhaite se confondre en explications


Fichu Faune, lui souffle-t-il d'une voix douce. Tu me trouves inquiet de ce qu'il peut t'arriver.

D'une pointe de velours il goûte au fluide vital avant de le partager aux carmines félines, diversion qu'il aime à employer entre eux. Non sans effort il s'écarte et reprend contenance. Il n'a pas oublié la raison première de sa venue.

Retire ton haut, que je puisse voir tes mouvements sans la tromperie du tissu, impose-t-il avec autorité, redevenu professeur.... et ainsi profiter de la vision, n'hésite-t-il pas à ajouter, rieur. Nous allons commencer par voir comment tu bouges, quel agile matou tu es, précise-t-il, ponctuant d'un claquement de langue, la main sur la cage de l'oie.

Mademoiselle, voyez là bas ce gros félin qui devra vous attraper. Ne le laissez pas faire trop facilement mais ne me l’abîmez point trop où je vous tord moi-même le cou. Permettez que je vous livre dans tous vos états !

La prison d'osier est agitée et le derrière de plume piqué de la pointe de son poignard alors qu'il l'ouvre et laisse échapper sa pensionnaire en direction d'Alphonse.

Tu permets que je prenne mes aises pendant que tu cours après notre dîner ! Lance t-il gaiement alors qu'il s'étale sur le banc.
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Alphonse_tabouret
A la surprise de se retrouver seuls quand c’était la ménagerie enfantine qui menaçait d’envahir le jardinet, succéda une satisfaction faune, nimbée des souvenirs concupiscents qui, à la vue du corps mâle élancé devant lui, se ravivèrent à ses tempes, volutes d’éther épicées n’ayant pourtant pas leur place dans l’effort qu’on exigerait de lui à ce jour, mais qui serpentaient, paresseuses, à ses nerfs.
La diversion du goupil trouva preneur à tomber dans le piège et sans qu’il eut le temps de se défaire du paquet, la lame froide du poignard poinçonnait sa chair au murmure d’un défi brodé d’un tutoiement doux aux oreilles, qui reprenait ses droits au confort salé de la promiscuité.
L’insouciant badinage, l’innocente farce qui aurait pu amener mille reparties aux lèvres gourmandes du chat, trouva bien malgré elle un écho sinistre et ce qui n’était qu’une première leçon empreinte d’espièglerie, figea dans la seconde l’animal aux fers d’une torpeur dont il se croyait guéri, les tempes noyées aux réminiscences froides qu’il avait écarté patiemment depuis des mois quand elles grouillaient à portée de pensées, tentacules monstrueuses s’agitant dans l’ombre, et qui, bien qu’on ne les perçoive pas, signalaient leur présence à tout instant d’inattention d’un chuintement engourdissant l’âme. Une seconde à peine s’étirant sur sept jours, une seconde où l’odeur de la cave de sa geôlière ramena à ses narines le fumet caractéristique de la paille sale et de l’eau croupie, lui coupant le souffle quand le long de la nuque, glissait un frisson de colère au souvenir de cette lente et impuissante agonie. Une seconde tétanisé, raide, où la lame l’entaillant ne le fit même pas réagir tant c’était brusquement le corps tout entier qui se trouvait soumis aux plaies, au sel, à la fracture, aux souvenirs des multiples tortures essaimées à sa chair, une seconde que Sabaude pourtant, chassa miraculeusement sans même le savoir en apercevant, une fois le pantin replacé face à lui, le rubis à même la peau pâle , laissant affleurer à ses yeux sombres, l’étincelle salvatrice de l’inquiétude, louvoiement jamais entraperçu dans les prunelles de la sentinelle qui l’avait supplicié avec tant d’entrain et qui le ramena à cette vie partiellement désertée aux couleurs du passé luisant de la captivité.

Fichu Faune, tu me trouves inquiet de ce qu'il peut t'arriver

Le contact délicat des lèvres à son cou raviva l’ébauche d’un sourire à son visage égaré, le bout de la langue cueillant la gouttelette apaisa les pensées froides quand le baiser dispensé à sa bouche achevait de l’ancrer à la réalité automnale, faune se nourrissant avec avidité de la chaleur des autres quand son propre corps restaient parfois soumis aux lianes qui le dirigeaient, et le Goupil, à cet instant ci brulait comme un Phoenix. S’il eut l’envie furieuse de s’y accrocher et d’y sombrer pour finir de réchauffer son corps soumis au gel de mars, il rentra les griffes, attentif aux commandements quand, dérangée dans sa cage d’un coup de paume visant à la réveiller, Mademoiselle cacardait et dardait sur son bourreau un regard noir.
Reculant de quelques pas, Alphonse déboutonna sa chemise avec son habituelle langueur, quand bien même la lascivité n’était pas au menu premier du jour, incapable de ne pas faire trainer les choses lorsque l’on lui demandait de se dévêtir, quelle que soit la situation, esthète de ces contrariétés bienfaisantes qui aiguisent l’esprit tout autant que la faim, et tandis que Sabaude taquinait le volatile de la pointe du poignard, l’animal, lui, n’avait encore défait que trois boutons de son vêtement. La première charge de la grise courroucée fut esquivée d’un pas sur le côté, félin agile, observateur retranché n’aimant rien plus que susciter chez l’adversaire l’excitation de la brulure jusqu’au faux pas, et, trouvant chez l’oie, une mégère bien décidée lui faire payer ses quelques heures de captivité, ne put s’empêcher de s’amuser à la pousser du bout du pied pour exciter sa verve bruyante

Tu permets que je prenne mes aises pendant que tu cours après notre dîner !

Prends les donc, Goupil… Et n’aies crainte… J’ai toujours su parler aux femmes, rétorqua-t-il doucement narquois en finissant de scinder en deux les pans boutonnés de son vêtement, découvrant fugitivement la peau blanche du ventre, …je trouverai bien un moyen de te ramener celle-là, dit-il en donnant un coup d’épaule pour finir de faire tomber l’étoffe, révélant au soleil encore ardent de septembre, les lignes claires de son dos, reculant encore pour éviter une seconde charge, sans pour autant lâcher la chemise au bout de ses doigts.
Agile le chat l’était certainement, la seule chose qu’il eut apprise de ce frère ayant hérité de la rugosité paternelle, étant de se servir de cette force brute pour s’épargner d’avoir à user de la sienne, nettement moins probante. De ce fait, Alphonse s’était toujours servi de la rapidité, de l’esquive et de l’autre plutôt que d’atouts qui ne lui appartenaient pas. L’ingéniosité, bien souvent, avait été la seule arme réellement efficace dont il eut pu user et l’exercice de ce jour ne dérogerait pas à la règle. Attraper l’oiseau sans risque était illusoire, mais la piéger était un exercice beaucoup plus envisageable au vu des moyens proposés et de la configuration des lieux. Durant quelques minutes, il s’appliqua à éviter, parfois de justesse, parfois trop tard, partant d’un rire léger en sentant le bec de l’oie pincer le cuir de ses bottes, mais régulièrement à temps, jusqu’à l’acculer dans un coin du jardinet, d’un air satisfait.

Mademoiselle, vous m’excuserez, mais il faut bien que je le nourrisse si je le souhaite fringuant jusqu’au lever de lune, expliqua-t-il à l’oiselle en jetant un coup d’œil amusé au renard sur son banc. N’y voyez pont d’offense, juste un appétit aiguisé, conclut il en jetant la chemise déployée sur l’oie pour l’aveugler et profiter de cette nuit avancée pour l’asservir à ses bras.
Un quart d’heure avait été nécessaire mais ce fut un chat souriant et nullement épuisé à la tâche qui présenta, torse nu, l’air goguenard, emmailloté dans une chemise, le butin de sa chasse.

Pour toi Goupil, le fruit du labeur, à moi, celui de la récompense…
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Sabaude
Oh il les prend ses aises, se délecte tant des biscuits et du lait qu'il préfère au vin que de la vue du chat essayant d'attraper l'oie. Le voyant approcher avec sa prise aveuglée il s'étire paresseusement sur le banc. Renard est à dessein lascif.

Tu en as mis du temps, provoque-t-il par jeu, j'ai failli m'endormir, ajoute-t-il le sourire en miroir de celui du garçon de ferme improvisé. Redevenu sérieux il pointe alors d'un index tous les endroits où le bec a sévi, soucieux.

Adaptation à son environnement, utilisation des ressources à disposition, mais s'il s'était agi d'un adversaire humain armé tu serais blessé, notamment à la jambe ce qui aurait eu une incidence sur ta mobilité si nous avions eu en lieu et place d'un pincement une taille profonde ou un coup d'estoc.

Redressé, il profite qu'Alphonse ait les mains prises pour se retrouver dans son dos. Point de poignard cette fois mais une paume et des doigts qui glissent sur des hanches jusqu'à l'intimité de l'aine pour se superposer sur le renflement mâle qu'ils caressent sensuellement par dessus le tissu jusqu'à réveiller le membre endormi. De coups de langue sur la nuque il induit le frémissement et le maintient captif de ses carmines assujetties à la courbe d'une épaule que son menton vient ceindre pour lui permettre d'observer le butin.

Point d'empressement joli brun, tu ne maintiens contre ton torse que la mise-en-bouche. Imagine jusqu'à quand je puis être fringuant avec Monsieur dans l'estomac si déjà avec Mademoiselle je puis l'être jusqu'à l'apparition de la Changeante nocturne.

A ces mots, à l'entre-jambe dressée d'attention il rend la politesse d'une pression vers le haut puis débarrasse Alphonse du palmipède non sans pousser un aïe à la rencontre chair-bec et sucer le gras de sa dextre après l'avoir remis en cage et décoiffé de la chemise en jurant. Le vêtement est placé autour de son cou et c'est au tour du roi de la basse-cour d'être libéré.

L'atypique noble, plus habitué à servir suzerain, rois, reines, peuple qu'à profiter des bénéfices de sa charge et de ses titres, se fend alors jovialement d'une parodie de révérence. Senestre place ça et là des arabesques de hauteur de nez à celle de pied avant de retrouver le chemin de sa ceinture derrière laquelle elle insert un pouce.


Cher Faune, je te présente Monsieur Coq Heaumé! Il fera un parfait entremet. Laissons le gambader un peu et prendre ses marques.

Sans autre forme de procès il est dans les bras de son amant qu'il bascule sur le banc et chevauche par simple plaisir du contact et du souvenir de cette nuit. Il lie leurs lèvres fougueusement et mordille un lobe qu'il gratifie d'une belle histoire. La voix chaude et calme travestit le boniment en vérité.

Monsieur Coq Heaumé n'est pas une volaille comme les autres. D'après son propriétaire qui a du s'en séparer pour nourrir sa maisonnée, c'est un héros sur ergots. Non seulement il est parvenu plusieurs fois à faire fuir des prédateurs, préservant ainsi le gagne-pain de la famille, mais il a aussi sauvé la dernière-née d'un verrat affamé, défendant l'enfant mieux qu'un chien ne l'aurait fait. La petite pleure sa vente...

Dans un silence qu'il installe sciemment pour laisser son élève s’imprégner de son récit, il plie la chemise de celui-ci jusqu'à obtenir un bandeau et la lui tend. Il garderait bien la position mais chaque chose en son temps. Ces courtes passes amantes l'aident à appréhender l'après où ils inverseront les rôles. La dernière fois il n'a pu que détourner le soulagement de son guide. Il chasse son embarras de novice d'un claquement sur la cuisse féline et le libère de son poids.

Voyons voir privé de la vue comment tu t'en sors avec Monsieur Coq Heaumé. La perte d'un sens est instructive quant à la manière dont tu te sers des autres.. Dis moi quand tu es prêt que j'invite notre ami à déguerpir d'un coup de pied au croupion.

C'est le moment qu'il choisit pour donner tout son sens à ce portrait élogieux du volatile.

Ah au fait, quand tu seras parvenu à l'attraper, retire ton bandeau et romps lui le cou.

Le ton est froid et ses prunelles dardées sur Alphonse le sont tout autant. Il n'aime lui imposer ceci mais il n'a pas le choix, l'homme veut apprendre à se battre et ceci inclus pouvoir blesser et donner la mort.. Renard est certes homme aimable mais il n'est point dépouillé de cette dureté et ce détachement qui permettent de prendre la vie de l'ennemi. L'explication est inutile, il sait Tabouret intelligent. S'il ne peut tuer la bête il sera alors inutile de continuer l’entraînement.
Pour sceller l'ordre il croque dans le dernier biscuit, pointe de botte dans l'attente.
Il ne sera pas sans induire matou en erreur de quelques leurres lancés à droite et à gauche. Ce ne serait pas drôle sinon,

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Alphonse_tabouret
Patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage
La Fontaine.





La récompense attendue fut distillée, caresses brulantes sur le corps partiellement dénudé, ombres lascives s’accaparant les formes jusqu’à les dessiner, retranchant l’animal aux plis de son costume pour ne point marquer l’envie plus qu’elle ne se suggérait déjà sous les mains étonnamment indécentes de l’amant. Les mots s’égrenaient, pointant çà et là les erreurs du novice, les vérités de l’inexpérience, contrastant la leçon des attentions offertes, rendant le chat étonnamment plus vigilant, attentif malgré le fourmillement de la chair, malgré la langue pernicieuse venant gouter la nuque, et la chaleur du corps Goupil contre le sien, lascif jusqu’aux baisers dévalant la ligne de l’épaule. Le Renard jouait de ses facettes, et l’exercice, s’il était connu du chat, lui signalait néanmoins qu’il fallait prendre au sérieux le professeur autant qu’il avait dû croire l’homme, jongle délicate l’exhortant à ne pas perdre la tête quand la fièvre pointait déjà à ses braies et à ne se concentrer que sur les heures diurnes tant que le Phoenix n’aurait pas étendu ses ailes pour créer l’ombre.
Débarrassé de l’oie, il observa la révérence maitrisée, s’amusant de cette pointe d’insolence distillée, reconnaissant malgré les titres, la servitude exigée à de toujours plus titrés que soi, et, s’interrogeant fugacement sur le chemin pris par Sabaude, se laissa, malléable observateur, renverser sur le banc pour accuser le poids de l’autre. L’ardeur du baiser l’amena à laisser ses mains s’approprier un instant les hanches mâles de leur pression, caresses fermes remontant jusqu’au dos pour emprisonner la nuque et garder un peu plus longtemps à sa bouche le gout de l’épice avant que l’histoire merveilleusement contée ne vienne iriser ses tempes amusées du prochain défi orchestré. A regret mais sans hésitation, la dextre relâcha la peau de l’amant pour se saisir du bandeau de fortune tendu, avant de redresser le corps pour retrouver la hauteur dont le privait la position confortable mais malheureusement hors sujet, de la parenthèse, observant, pensivement, l’animal destiné à l’exercice.


Ah au fait, quand tu seras parvenu à l'attraper, retire ton bandeau et romps lui le cou.

Les prunelles croisèrent leurs jumelles, silencieuses, faune ne contredisant que rarement les ordres donnés, élevé à accomplir les taches requises par ses devoirs sans jamais les soumettre à la protestation, et se taisant, là aussi, non point par respect mais parce qu’il savait reconnaitre l’injonction, même sans sommation. On ne naissait pas esclave sans savoir en tirer profit. Tuer un coq, aussi noble soit-il, n’écorchait nullement sa conscience car même s’il n’avait jamais eu à le faire, il n’était pas assez sentimental pour s’en offusquer et la seule chose qu’il espérait à cet instant ci, était de ne pas avoir à s’y reprendre à deux fois.

Fais le courir, se contenta-t-il de répondre en guise d’ouverture, taiseux perpétuel ne gardant que le flot des mots pour les occasions les plus intimes, nouant autour de sa tête le tissu replié jusqu’à plonger dans le noir factice de l’épreuve. Si la vue avait son importance, c’était l’ouïe qui avait toujours su éveiller l’âme du félin… bruits de maison qu’il faut s’approprier pour se sentir maitre des lieux et de ses occupants, bruits d’extérieur qui préviennent bien souvent avant même que l’on ne voit, bruits des autres, souffles courts, longs, précipités, gémissements avoués ou échappés, gorge nouée de délices ou de douleurs…

Il resta immobile, une poignée de secondes, ayant pour lui la connaissance de l’enclos de fortune, profitant avec cette patience relative aux chats du soleil dardant à sa peau, sollicitant à ses sens, les échos des bribes d’activités qu’il percevait autour de lui quand le coq mécontent, s’égarait d’un coup de pied au croupion, dans les quelques mètres de verdure. Réprimant un instant l’envie première d’essayer d’écourter la tâche en tentant d’attraper le coq passant à portée de lui à l’envol, il insista à ne point bouger, statue rendue lascive par cette cambrure naturelle des reins, dont le souffle lent dérangeait à peine la peau blanche, si peu soumise à l’astre journalier, lui ayant toujours préféré les reflets d’une lune pleine.
Si le maitre d’arme s’attendait à le voir courir, il serait déçu. L’exercice encore une fois, ne requérait qu’une seule chose, et ce n’était pas une dextérité hors du commun car il aurait fallut être sot pour se précipiter derrière la volaille et la rendre méfiante d’une cohorte de mouvements aveuglés. La lenteur, la patience, l’immobilisme, qualités inhérentes au chat étaient ses seuls atouts, cela et, une idée dont la mise en place faisait naitre un sourire espiègle aux lèvres apprenties tandis que d’un jeu de pieds, il se déchaussait de ses bottes, épousant le canevas humide d’herbes rases à proximité de ses orteils. Lentement, il pivota sans bouger ses pieds ancrés au sol, tâtonnant dans le vide sans hâte jusqu’à trouver le banc et par extension, le plateau de gâteaux délestés par l’appétit de son hôte, sentant sous la pulpe de ses doigts, la pluie de miettes qu’il cherchait. Les phalanges agrippèrent le rebord argenté, en plaçant la paume de la senestre en coupe, récoltant les fragments ayant échappés aux babines gourmandes avant de reposer, dans sa lente cécité, le matériel dont il n’avait plus besoin et de rejoindre, approximativement, le centre du jardinet.
Petit Poucet aux formes adultes, il essaima le long de son chemin, les graines de son piège avant de s’assoir à ce qu’il estimait le centre de l’écrin vert, et finissant de tracer le parcours des miettes jusqu’à en poser sur la rebord de ses pieds, attendit, sagement, que le héros de la fable ne vienne picorer jusqu’à lui pour se faire saisir.

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Sabaude
Quand le cul du coq à la pointe de sa botte a goûté, il retourne sur ses pas pour chevaucher le banc, jambes de part et d'autre de celui-ci. Toute son attention se focalise alors sur Alphonse dont il détaille silencieusement les mouvements. Bras croisés sur son torse il l'observe tracer le chemin qui mènera Monsieur à sa perte. Rien n'est oublié, jusqu'aux pieds nus pour intensifier la perception tactile.
La lèvre inférieure mordillée, il s'interroge sur l'homme qui attend patiemment sa proie, certain de son avantage stratégique et de sa prise sur l'initiative. La méthode choisie est révélatrice. Soit le matou est tire-au-flanc et à l'exercice physique préfère l'intellectuel. Soit....

Lentement pour ne pas effrayer l'ergoté il se lève et se dirige vers  Tabouret en évitant de piétiner les miettes. Parvenu à son côté ses prunelles effleurent la peau exposée dont il a jusqu'ici ignoré quelques traces auxquelles, après examen, il ne saurait attribuer une origine accidentelle ou maladive. Yeux et front se plissent alors qu'il prend une profonde inspiration et expire doucettement.
Volontairement la pulpe de son majeur traîne sur certaines puis se retire pour rendre l'élève à sa leçon.


Peut-être un jour me conteras-tu leur histoire, murmure-t-il tout bas pour lui-même avant de se détourner et de s'allonger sur la pierre plate pour plonger lui aussi dans l'obscurité, paupières closes, ses pensées aussi rugueuses que la surface où il repose sinuant entre ses tempes.

… soit la révolte d'une proie qui se délie de ses faiblesses gronde sourdement. Chasse à l'affût...puissance de la tranquillité... alliance de deux vertus essentielles que sont la patience et la discrétion. On scrute depuis sa cage d'ombre entrouverte l'ennemi bourreau qui captive de son insolente domination et que l'on rêve de tenir à son tour entre ses serres.
Qui?Se demande le jeune noble.

A fréquenter des personnes taciturnes , parfois atrabilaires, personnalités drapées dans leurs secrets qui ne distillent d'elles que des bribes lors de rares confidences, il sait laisser sa place au silence et brider l'interrogation.  A l'Anaon il n'a jamais posé la question de ses cicatrices, à Mheïl non plus. Il est curieux mais point indiscret sauf à vouloir taquiner.

Au bout de quelques minutes le voile se soulève sur le plafond de feuilles piqueté des rets de lumière solaire. L'oeil cligne et se perche à la contemplation du buste délicatement ciselé qui s'anime au rythme de la respiration faune. Dressé sur un coude il laisse peu à peu ses inquiétudes sombrer dans sa mer de perplexité et un sourire affleurer à ses lèvres. Il y a quelques jours encore il n'aurait accordé aucune attention particulière à cette chair mâle, il aurait nié l’attirance, et indisposé, aurait invoqué un prétexte pour s'esquiver et retrouver ses esprits. Désormais il ne saurait blâmer la séduction dont ils ont tous deux joué ni rejeter l'inclination qui oriente son comportement quand il est en présence d'Alphonse.

Troublé par un tintement, Renard quitte sa couche minérale et s'accroupit à côté de la boite percée de petits trous qui contient le troisième larron.


Patience, je te réserve pour plus tard. Rendors-toi, enjoint-il comme si l'animal allait l'écouter, le comprendre, et lui obéir....

Redressé, lesté des rares restes de biscuits laissés par la matou, il s'emploie avec adresse et discrétion à diriger le coq vers le parcours à becqueter.
Non pas qu'il s'ennuie, mais le banc est raide et si le chat continue à faire la statue grecque il va finir par lui sauter dessus toutes griffes de Phoenix dehors.



Quand tu auras pondu un oeuf, préviens-moi, lance-t-il moqueur pour essayer de perturber l'apprenti alors qu'il s'étend sur l'herbe non loin des cages.
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Alphonse_tabouret
Point besoin de la voir pour sentir la présence de Sabaude à côté de lui, d’abord alerté par le bruissement de l’étoffe signalant le mouvement, chanson douce qu’il connait sur le bout des doigts, puis la résonnance moelleuse des pas sur ce sol herbeux où il s’est improvisé statue, vase communiquant de la moindre onde assez pleine pour lui parvenir, avant que ce ne soit aux discrètes notes du parfum de troubler l’air autour de lui. Le doigt curieux s’appropriant les sutures nettes de ses tortures troublèrent le faune, oscillation délicate du plaisir au contact chaud de la main amie et du dégout des souvenir émergeant fatalement aux tempes, forçant l’animal à s’immerger plus encore dans le masque de sa cécité, à l’abri d’un sourire qu’il dessina sans la moindre difficulté, y camouflant ce qui aurait pu fournir l’indication, montrer la faiblesse, amener à la confidence prématurée de cet enfer binôme que les caves de Paris avaient vu naitre sous l’égide de la créativité morbide d’une adolescente aux masques doubles. Que dirait le Goupil s’il savait que le guide qu’il avait choisi pour retrouver le gout de la chair, se confrontait lui aussi, à un tout autre vide tout aussi implacable, plusieurs fois par jour, et que ce n’était plus que quelque filins tendus au travers de rares autres qui lui maintenaient la tête hors de l’eau…
Le monstre connaissait l’exacte superficie de sa cage, l’angle précis de l’ouverture par laquelle il pouvait se faufiler à la faveur de l’ombre, et même loin de la tyrannie paternelle, de ce créateur tortionnaire, il gardait, intrinsèque, à la manière de reflexes vitaux, chacun des enseignements appris malgré lui au travers de l’éventail de possibilités que son insolente indolence, face aux exigences ou menaces, lui avait appris. Rien n’entamait jamais, ou presque, le flegme impertinent d’un chat.

Le murmure lui échappa, le laissant à nouveau solitaire dans l’exercice, les oreilles entièrement tournées vers le caquètement sporadique du volatile, n’écoutant plus que ses rares débordements, s’appliquant à ne respirer qu’en cadence avec lui jusqu’à ce qu’il sente, sur le rebord du pied, le bec s’enfoncer à la chair pour saisir une miette dispensée.


Quand tu auras pondu un œuf, préviens-moi.

Irrémédiablement amusé, le sourire jusque-là contenu s’élargit fatalement sur le visage jusqu’alors aussi inanimé que sage, égayant une mine narquoise d’une aura neuve, pleine, presqu’indécente dans l’éclat malicieux de son expression, la gorge lui brulant d’une réponse qu’il ne pouvait donner sous peine de faire fuir le coq. Si la crête rouge avait l’habitude des hommes, elle ne gardait pas moins la méfiance innée de tous les mâles régnant sur leur empire, et Alphonse ne souhaitait pas éterniser plus que nécessaire l’exercice qui avait déjà égrené les minutes dans le silence imposé de sa mise en scène. Au quatrième coup de bec amenant l’animal à plonger plus avant dans l’un des replis des braies, les mains jusque-là offertes en coupoles ouvertes sur les mollets se refermèrent brusquement, manquant le corps pleinement mais en saisissant l’aile assez vivement pour ferrer la proie et raffermir la prise. S’il s’estima chanceux, il n’en montra rien, audacieux félin qui préférait toujours narguer les façades avoisinantes et garder l’humilité à l’ombrage des tonnelles, s’étonnant brièvement de la puissance déployée par l’animal à chercher à se libérer et accusant dans une grimace, une volée de coups de bec sur la main destinée à le faire lâcher prise. La senestre fit glisser en arrière le bandeau de fortune, l’amenant à plisser des yeux quelques secondes en retrouvant l’ardeur des rayons illuminant encore le jardin aux heures fraiches de l’après-midi, et sans s’interroger une seconde de plus, sans même vérifier que le maitre d’arme improvisé le regardait, et surtout sans chercher une quelconque clémence, élève assidu que rien ne déviait du chemin qu’on lui avait tracé quand il était consentant à l’arpenter, saisit le cou de l’oiseau et le rompit d’un geste sec, le squelette vibrant tout entier à l’harmonique sinistre du craquement qui lui rappela celui de son pouce sacrifié dans une ultime tentative de révolte.
Le corps chaud de l’oiseau inanimé dans la main, il se releva sans mot dire, abandonnant la chemise pliée derrière lui, et rejoignant le corps allongé de Sabaude à l’ombre du feuillu, s’assit à califourchon sur lui, œil sombre autant que déterminé, troublé de bien autre chose que la mort dispensée à cet instant ci pour les besoins des duels à venir, laissant se balancer sous le museau goupil, les plumes panachés de la victime avant de la jeter d’un geste sec à côté de lui et de fondre à la bouche mâle sans aucune semonce. Les mains s’enfouirent dans la crinière brune, enserrant les tempes quand les lèvres mordaient jusqu’à s’approprier pleinement le souffle, baiser fougueux, débordant de vie, d’une fièvre indispensable à contrecarrer les réminiscences éveillées par le son qui se répercutait encore et lui piquait inexplicablement la senestre, jusqu’à manquer d’air et relâcher sa proie, dans un halètement bref. Il resta quelques instants à l’aube du visage jumeau, les prunelles sombres rivées dans celle du Phoenix avant de se redresser sans quitter l’assise, retrouvant dans la distance la pellicule morgue du faune rassasié pour l’instant, et désignant la petite boite remarquée plus tôt, hasarda, doucement railleur
:


A quoi passons nous, maintenant? Au campagnol ?
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Sabaude
Les carmines d'Alphonse éloignées des siennes il avale une goulée d'air et halète tant de la véhémence du baiser que de la brève suffocation. Son corps pantelant s'apaise peu à peu lors que la fixité s'étend sur eux et qu'au regard félin il suspend le sien, irrésistiblement attiré par ses puits sans fond et leur possesseur. Sous la brûlure du souffle, il jurerait qu'à son tour il vient de recevoir une leçon ou deux.
La première : le chat prend quand il en a envie. Et celui qui vient de donner la mort et a pris ses aises sur sa personne n'a rien d'un chaton, ni le coq mort d'une musaraigne.
La seconde : qui frustre l'autre à un moment, peut l'être en retour. Il doit l'admettre, il l'a bien cherché...
Redressé sur ses coudes, Renard tremble d'avidité et d'inconfort. Son être se cambre, la chair hérissée d'envie, demandeur de l’étreinte du Faune.

Le « pas à pas » de leur première nuit s'impose à son esprit, revenu comme une pichenette à son front. Et là il pense « Foutu matou ! », qui ne cesse de le mener agilement.

Et il se laisse glisser sur le tapis herbu pour se retrouver allongé ,piqué par sa gourmandise devant un mets qu'il ne sait que picorer, ce qui l'exaspère.
D'inconvenantes questions s'invitent sous son crâne tandis que ses mains s'égarent sur les cuisses cavalières, effervescence de la nouveauté qui le transforme en jouvenceau maladroitement empressé et curieux bien que timoré.
Au campagnol c'est le coup de grâce, le rouge affleure à ses joues, penaud comme un môme d'être presque démasqué. Dextre et senestre choient de part et d'autre. Toute la confusion et contradiction du jeune homme est alors visible à qui sait observer. Tantôt adulte responsable imperturbable et flegmatique face aux maux et humeurs auxquelles il n'accorde aucune prise sur lui, tantôt enfant émotionnable.
Sa voix vacille alors qu'il regarde son compagnon du coin de l'oeil, embarrassé ,et cesse de mordiller sa lèvre basse.


Ce n'est pas un campagnol...se justifie-t-il aussi crânement que possible.

Conscient de sa réaction puérile, un sourire étire ses commissures.

C'est un cadeau particulier que tu auras tout à l'heure. Et lui ne se mange pas ! Conclue-t-il toute gaieté revenue.
Maintenant...Laisse-t-il traîner d'un air malicieux ... je me ferai pardonner pour ça plus tard, annonce-t-il alors qu'un bras entoure la taille d'Alphonse pour retrouver l'assise souhaitée, cueillir à sa bouche un baiser et....d'un doigté savamment dosé presser ses parties jusqu'à la douleur sans qu'elle ne perdure une fois le méfait commis. Rapidement il profite de la surprise pour le renverser sur le dos et souplement en deux bonds se retrouver debout.

Leçon numéro deux, dans un combat la courtoisie est un luxe que tu ne peux te permettre si tu tiens à la vie et que tu veux arriver à tes fins. Adoptes les coups bas, surprends, sois imprévisible et surtout pas conventionnel. Laisse aux mirliflors l'enseignement d'ouvrages sur l'art du combat et ses beaux principes.

Tout à servir sa prose, Goupil se dénude à son tour partiellement, dévoilant à la victime de l'immoralité appliquée et avouée pour son bien son buste désespérément glabre. Sautillant, la mine goguenarde, il l'enjoint de rapides mouvements de son index et majeur serrés à se relever.

Fais-moi tomber. Et pas de sommeil en semant des miettes, ne peut-il s’empêcher d'ajouter, facétieux.

Dans l'attente, il se place de côté pour dissimuler tant bien que mal le mélange d'hilarité et de culpabilité pour son mauvais tour alors qu'il vérifie le laçage de ses brassards de cuir.
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Alphonse_tabouret
Ce n'est pas un campagnol...

L’œil noir du félin s’immobilisa, saisit par l’expression qui passait sur le visage de Sabaude, fragrance éthérée des instants volés à la valse incessante dans lesquels étaient jetées les âmes, pantomime vitale où s’exécutaient les meilleures prestations aussi bien dans les hautes sphères qu’au fil des pavés froids.
Rien n’avait jamais appris la spontanéité à Alphonse ; ni de cette enfance au service des autres ou sa survie la plus élémentaires dépendait de l'indolence qu’il offrait aux exigences démesurées des ambitions qu’on nourrissait pour lui, ni de ses heures de liberté savamment pensées de façon à être consommées jusqu’à la dernière seconde et surtout pas l’Aphrodite, manège perpétuel de masques où chaque pas, chaque danse, était sujet à la façade la mieux exécutée pour ne jamais laisser aux autres l’opportunité d’entrapercevoir l’arme potentielle. Parfois, oui, parfois, la lézarde lui échappait, écharde à sa panoplie qu’il s’appliquait à corriger la plus part du temps avec un acharnement maladif, et s’il lui arrivait de laisser la fissure intacte, ce n’était qu’à la faveur d’une intimité ombrée, privilège de quelques noctambules sur le fil d’une comète passagère, poussière et rien d‘autre à l’aube d’une nuit qui finissait toujours par s’achever et emportait avec elle, dans l’abandon des souvenirs, ce qui avait été.
Chat fasciné, il eut envie de tendre la main pour passer la pulpe des doigts à ces joues embarrassées, de cerner les contours de l’expression enfantine qui déjà, flétrissait au profit d’un sourire en chassant les parfums délicats, saisi, irrémédiablement charmé par cette faiblesse forte de ceux qui savaient laisser les variations de leurs émotions s’afficher au mépris des possibles faiblesses et il l’aurait fait si la voix mâle n’avait pas troublé l’onde curieuse en reprenant :


C'est un cadeau particulier que tu auras tout à l'heure. Et lui ne se mange pas

L’animal balaya l’envie avide née à ses tempes, répondant de bonne grâce au sourire adressé par l’un des siens, lèvres prises pour la diversion souhaitée, le dos nu épousant dans la foulée de la cueillaison, la fraicheur de l’herbe qui, grasse, sommeillait à la silhouette du feuillu, observant sans bouger, le Goupil qui déjà se relevait en continuant à asséner la leçon qu’il était venu dispenser. S’accoudant, il regarda le Phoenix dévoiler les lignes de son torse, les souvenirs de la soirée passée dans l’une des petites chambres de la maison basse venant irrémédiablement saler son palais en se confrontant à cette peau embrassée, mordue, épicée par sa concupiscence, les oreilles bourdonnant brièvement des soupirs que le maitre d’arme avait poussé à la faveur de l’extase, aiguisant d’une malice lascive l’accent d’un sourire à la commissure de ses lèvres.

Fais-moi tomber. Et pas de sommeil en semant des miettes

Un rire silencieux secoua légèrement ses épaules, rarement offusqué que l’on le taquine quand la morsure visait à chatouiller sans égratigner, la dextre prenant appui pour regagner la hauteur demandée, observant quelques instants, pris au jeu, la danse sautillante du Renard avant de s’étirer, passant un bras, puis l’autre derrière son cou pour délier les muscles encore assoupis avant de faire quelques pas en suivant une courbe circulaire, n’approchant, ni ne reculant, chat définitivement, dans l’approche comme dans la finalité de ses choix, rétorquant, à l’ombre d’une insolence complice :

Compte sur moi pour te tenir éveillé jusqu’au petit matin…

La ronde orchestrée se resserra quand il rejoignit le mouvement , faune dansant d’un pied sur l’autre pour ne fournir aucune indication sur l’instant où il tenterait l’approche, réduisant la distance à peine plus d’un mètre avant qu’il ne se décide à évaluer les réflexes de l’enseignant, assenant plusieurs tentatives plus ou moins directes, chacune d’elles se faisant proprement rabrouer avant même qu’il ne parvienne à le toucher et qu’il ne tente une première passe dans le dos mâle, lançant le bras, devant la gorge pour plaquer les épaules jumelles à son torse et tenter de faire plier un genou par l’appui propre du sien.
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Sabaude
Dans ce petit jardin clos, à demi vêtu, sous la protection du Vénérable qui sur eux étend son ombre, il se régale de ce plaisir simple du jeu bestiale et de l'échange. Il n'y a que le Faune et le Phoenix, le Chat et le Renard. Il se sent libre d'être ce déboussolé enthousiaste qui s'amuse d'une oie et d'un coq lâchés, qui n'a plus à se soumettre aux convenances, à la bienséance, au cérémonial et à l'étiquette. Tête rejetée en arrière, visage offert aux éléments, bras écartés, il attend la prise féline. A l'instar du loup sous la gibbeuse ,  il hurlerait volontiers sa félicité fugitive  à la face de l'assujettissement tenace.

Goupil rit sous cape des approches vaines qu'il tance d'un claquement de langue quand à peine engagées elles sont vouées à l’échec, esquive d'un bond sur le côté, d'un pas chassé ou d'une pirouette de danseur.

Et s'il y avait un puits il y jetterait une pièce et ferait le vœux qu'Alphonse le tienne effectivement éveillé bien au delà du petit matin. Être conscient de ses chaînes, de sa subordination, et ne se contenter que de quelques escapades .. Les poings se serrent et l'affliction du constat trouble son attention, permet l'approche. 
Vient la tentative qu'il accuse afin de la retourner contre l’apprenti. Du côté ouvert il donne un coup de coude dans le flanc adverse , saisit à deux mains en opposition le bras sur sa gorge et se dégage en pivotant sur le coté opposé . D'un regard entendu il fait comprendre à Alphonse d'inverser et de venir dos à lui afin de lui enseigner les bons mouvements.


Ton bras étrangle et tu maintiens le corps de l'autre serré contre le tien tout en reculant pour qu'il ne puisse conserver ses appuis et ainsi l'empêcher de se dégager. Si tu es pris, ta rapidité à déjouer l’étranglement et à retrouver de l'aisance doit te permettre de frapper rapidement en retour. Vise nez, mâchoire, tempes, cou, plexus, parties génitales,tout ce qui fait très mal et te donnera le temps soit de fuir soit de maîtriser l'adversaire.

Sur cette dernière précision, il les accule contre le chêne. Au contact de l'écorce sur sa peau l'habit martial choit et il transforme l'exercice en moment intime, invitant doucement le matou cambré à ronronner sous ses caresses. Avec douceur le Faune est retourné, captif de ses mains sur sa taille et du baiser langoureux qu'il donne paupières closes. Renard frémit de cette envie qui l'assaille, maîtresse de ses pulsions à l'égard d'Alphonse dont il écarte les jambes de la sienne qu'il glisse, plie et remonte à l'aine pour induire le frottement de leur bas-ventre. Ce n'est qu'à l'agitation de Mademoiselle oie qu'il cesse et en front à front expulse un rire discret.

Reprenons avant qu'une pause ne soit nécessaire. Et ne retiens pas tes coups, j'en ai encaissé d'autres.

A regret il rompt la contiguïté des corps et reprend position pour attendre les nouvelles tentatives de son élève.

Évite toutefois le visage si tu le peux et ce que j'appelle la prise Judas, depuis que ce diable de Courceriers me l'a appliquée. J'ai cru que les larmes allaient me monter aux yeux comme à une fillette ce jour là tant la douleur était intense, livre-t-il d'un ton badin.

Mais au dessus des propos qui s’échappent de sa bouche, les prunelles s'assombrissent. Ces étranges passes de violence avec le seigneur sont autant de marques sur le jeune homme qui ont contribué à forger son caractère, sa part d'indolence. Certes il ne fut pas seul à le façonner. L'expiration le fait relever les yeux, l'air de rien .

Au fait, tu étais à ce dîner en campagne vernolienne donné en début d'année par le von Frayner. Je ne savais pas que vous vous connaissiez au delà du rapport client-comptable au bar de l'Aphrodite. Mais je suis trop curieux. Allez fais-moi voir ce que tu as dans le ventre.

Nouveaux sautillements provocateurs et là il la voit, la bouteille de vin délaissée plus tôt pour le lait. Il déglutit, conscient de sa soif.
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Alphonse_tabouret
Sous le soleil automnal, dans un jardin parisien, deux animaux joyeux se faisaient face, d’abord enthousiastes dans la chaleur d’une digression offerte aux obligations les liant si fermement au quotidien, refermant ses bras sur le plaisir partagé de savourer la présence de l’autre au sein d’un même temps les défaisant momentanément de ce joug apposé aux épaules dont nul ne peut jamais se défaire complétement lorsque le serment est chose importante, jusqu’à toucher du doigt l’exaltation sourde du jeu sous couvert de la leçon, le dénuement des gestes qui n’avaient plus à obéir à une quelconque pantomime mais à l’instinct seulement… Auraient-ils dû être bêtes à cet instant ci, qu’ils auraient été jeunes chiens, excités par le combat, par les petites douleurs anodines, par l’étonnante récréation de l’esprit dans les attaques livrées et si l’heure était à l’enseignement, sans aucun doute, elle était aussi sujette à autre chose, indéfinissable, légère autant que grave, éclats brefs, acérés et éthérés, disséminés sur une après-midi ensoleillée couleur miel.
A la parenthèse lascive à l’ombre du feuillu, le chien redevint chat pour quelques instants, livré en pâture à cette peau tiède plaquée à la sienne, l’esprit s’égarant au fil des mains mâles s’appropriant les cotes, le ventre, la taille, jusqu’au baiser l’affamant irrémédiablement dans la langueur de son adresse, le gout sucré des biscuits parfumant encore l’haleine et donnant à Sabaude un parfum d’ivresse et de fougue adolescente dans lequel il s’immergea pour mieux y répondre, pressant le ventre contre le sien, laissant peser son poids sur celui de l’autre quand une main s’appropriait la nuque et que l’autre ferrait une hanche, délicieusement surpris de cette fringale habile dont faisait preuve le Renard, sage faune trouvant dans son esprit docte la force d’une promesse espiègle à répondre avec la parcimonie exigée pour ne point le dévorer tout cru dans l’instant. Mademoiselle s’attira les foudres d’un regard noir en s’impatientant de quelques cris, forçant le chat à délaisser l’amant dans un soupir rehaussé d’une moue caricaturalement tragique pour se recentrer sur l’objet premier de la visite.


Reprenons avant qu'une pause ne soit nécessaire. Et ne retiens pas tes coups, j'en ai encaissé d'autres.
Le velours des prunelles détailla brièvement le torse dénudé avec une application autre que le simple plaisir des yeux, butant sur les brassards de cuir soutenant les poignets pour se rappeler les cicatrices brièvement entraperçues y séjournant à la manière de rayures étranges.
Évite toutefois le visage si tu le peux et ce que j'appelle la prise Judas, depuis que ce diable de Courceriers me l'a appliquée. J'ai cru que les larmes allaient me monter aux yeux comme à une fillette ce jour là tant la douleur était intense
Si, en temps normal, le fauve eut été sensible au changement d’expression de Sabaude, éternel attentif à ces infimes variations qui livraient la lecture la plus vraie dans les âmes avoisinantes, le nom de Judas lui vrilla instantanément les tempes, trop en tous cas pour déceler chez l’hôte la gangrène distillée par Von Frayner quand c’était à ses veines qu’elle se propageait avec fièvre. Fugace, la crispation se cacha derrière les plis de la façade féline, cueillant l’air détaché du sien, en proie à une ramification de pensées qu’il avait occulté jusque-là, charmé par le Vicomte, affamé par le lien de cette camaraderie inconnue qu’il était venu offrir aux heures pales de son apathie, attisé par cette lascivité neuve dont ils jouaient tous deux et qui les nervurait des délices à venir…
Au fait, tu étais à ce dîner en campagne vernolienne donné en début d'année par le von Frayner. Je ne savais pas que vous vous connaissiez au delà du rapport client-comptable au bar de l'Aphrodite. Mais je suis trop curieux. Allez fais-moi voir ce que tu as dans le ventre.

Comment avait il fait pour ne point penser que le premier jour où il avait rencontré Sabaude était également le premier jour où il avait rencontré Judas, fatale connivence qui embourba le soleil, le sourire, les baisers de son compagnon d’arme dans une suspension froide qui aurait dû ramener l’animal à la cage de laquelle il ne sortait que rarement, méfiant de ces autres qui trouvaient toujours le moyen de vous rompre les pattes lorsque l’on s’aventurait en dehors des frontières exigées par la survie la plus élémentaire, qui vous sabotaient l’indifférence exigée au point de vous faire vaciller… Et pourtant le chat resta là où il était, un sourire amusé naissant inexplicablement aux sautillements provocateurs de son adversaire, en proie à cette envie de profiter encore de cette bouffée d’air qu’était le Goupil tout autant que décidé, revanchard, à ce que Von Frayner ne lui gâche pas le ciel bleu de Paris comme il lui avait gâché celui de la Bretagne.

Le regard d’Alphonse suivit d’un coup d’œil celui de Sabaude sur la bouteille de vin, et, esquissant l’ébauche d’un plan à ses tempes, répondit en retrouvant lui aussi la mouvance de l’exercice.


Curieux Goupil, le taquina-t-il en décrivant un arc en cercle autour de lui, finissant d’étendre les étapes du méfait à venir, et qui suggérait en priorité quelques défaites, vouloues ou pas, pour endormir la méfiance du maitre. Pour tout te dire, je crois que ton ami ne m’attendait pas ce jour-là… Quelques pas sautillants le rapprochèrent de l’amant pour, une fois à proximité, le saisir au bras quand la jambe cherchait grossièrement à entraver l’équilibre, se faisant rabrouer en quelques secondes… Il a été, il me semble, aussi surpris de me trouver chez lui que moi de recevoir son invitation… reprit il en poursuivant le cercle tracé par ses pas autour de son hôte. Nul doute que ses gens les auront distribuées à tort et à travers… Le seul plaisir de cette fête campagnarde avait été d’y convier Chimera en guise d’accompagnatrice et à voir le visage blême de Von Frayner lui promettant une explication prochaine à la vue de la mégère, il savait qu’il n’avait en aucun cas perdu son temps en se présentant à Verneuil. Une tentative maladroite le fit valser quelques mètres plus loin d’un geste appuyé du Renard avant qu’il en reprenne en se massant l’épaule brièvement. Je n’ai que rarement eu l’occasion de la croiser en dehors de l’Aphrodite… Une fois sortant de taverne en Bretagne, et chez lui… Nous pouvons difficilement dire que ce sont là des rapports particulièrement amicaux… Et ils ne l’étaient pas, le gout de la rancune se distillant au palais du chat au souvenir du mensonge que Judas lui avait servi pour arriver à ses fins. Deux tentatives suivirent, toutes repoussées, avant que le chat ne pousse un soupir de comédien, habile acteur dès lors qu’il choisissait de mener à bien les plans tracés à son esprit, saisissant la bouteille de vin de laquelle il avait fini par se rapprocher.
Tu es aussi glissant qu’une anguille, l’accusa-t-il dans un sourire en portant le goulot à ses lèvres pour en vider une lampée, poussant un soupir satisfait d’avoir pu étancher sa soif avant d’agiter la bouteille pour proposer le service au Renard.
As-tu soif ?, demanda-t-il en connaissant la réponse à l’avance, et, recevant l’approbation d’un mouvement de tête, s’approcha à hauteur du Renard, glissant sa main sur ses reins pour l’amener vers lui, sans force mais propriétaire, emboitant son bassin au sien sans retenue, les doigts faisant pression sur la cambrure pour en ressentir chaque forme, confiant à l’orée de la bouche jumelle avant de porter la bouteille aux lippes pour la délester d’une nouvelle lampée : Laisse-moi te désaltérer.
Les lèvres furent jointes, s’entrouvrant légèrement pour distiller la boisson au travers d’un baiser délicat, accompagnant l’ivresse d’une caresse remontant le long du dos jusqu’à ficher la senestre entre les omoplates, profitant de l’engourdissement lascif dans le baiser s’attardant une fois le vin lapé, pour plier doucement le genou et le passer derrière celui de Sabaude pour rompre d’un coup sec et précis, la hauteur jusque-là maitrisée, le faisant chuter dans l’herbe sans autre commentaire qu’un rire bref en le contemplant enfin au sol, d’un air de faune goguenard.
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Sabaude
Ton ami... le choix  du possessif est révélateur et suivi de la confirmation. L'esprit fin analyse et  range l'information.
Bretagne... Si matou cessait de tourner il lancerait l'hameçon de ses interrogations dans ses puits obscurs.
D'après l'Anaon il est le seul ami que le von Frayner a, et ce dernier a bien failli le tuer un soir  de cette année sous un toit de taverne bretonne, haineux, enragé. De la terre païenne battue par les éléments il garde un goût de fer, spectateur involontaire de la déliquescence d'une relation entre Judas et la Dénéré-Malines.
Le front se plisse, inquiet. Comment réagirait le versatile seigneur s'il apprenait que lui le renardeau qu'il a poussé vers l’émancipation et les cuisses femelles humides trouve son salut  avec un homme? Le dédain au mieux. La moquerie ou la colère au pire? Une moue peu convaincue crispe sa mâchoire. Captif, il chasse son aîné de ses pensées et plonge avidement dans l'onde sereine qu'est pour lui  Tabouret.

Séant, épaules et crâne percutent le sol cependant que les poumons se vident et que le gémissement s’échappe. Loin d'être fâché du stratagème, conscient de sa défaillance dès lors qu'il est sous l'emprise faune, l'oiseau part d'un grand rire, heureux des sensations qui le font se sentir vivant. Ceci étant, à se masser reins et arrière de la tête, un tapis de mousse pour amortir sa chute n'aurait pas été de refus. Ses prunelles accrochent leurs jumelles, pétillantes.

Alphonse, tes conquêtes n'ont plus qu'à bien se tenir si elles ne veulent se retrouver à terre, livre-t-il jovialement, le ton empreint de cette sincérité sienne,inhérente à la pleine acceptation de la nature qu'il soupçonne être celle du chat dressé au dessus de lui.

Paumes et doigts écartés sur l'herbe de part et d'autre de ses oreilles, les jambes pliées et rapprochées de son torse, l'agile goupil donne l'impulsion pour projeter son poids vers l'avant et se retrouver sur ses pieds face à son élève. L'attitude redevient instamment professorale.  Rapidité, énonce-t-il. D’un mouvement vif et sûr , un coup au plexus est donné... Précision, poursuit-il... frappant un point précis au dessus d'un genou. L’attaque est contenue, soucieux de limiter la douleur tout en ayant l'effet escompté. Détermination ! De côté, bras et poignet prolongés de la bouteille sont agrippés et les jambes fauchées. Tu ne saurais dispenser des baisers à tous tes adversaires, conclut-il amusé  en accompagnant la descente jusqu’à s'accroupir, protecteur.

Sur cette leçon, le goulot  du récipient mérité à ses lèvres est porté.  La courte rasade prélevée, le pouce soustrait la goutte pour oindre les carmines félines  offertes au velours de sa langue. Par jeu Phoenix s'écarte rapidement des douces promises.


Cesses de faire la sieste et lève-toi, lance-t-il taquin. Nous allons passer à autre chose , nous poursuivrons les prises à ma prochaine visite. A ce propos, j'ai peur de ne pas faire illusion en tant qu'apprentis Maître queux, ajoute-t-il  rieur en désignant le coq mort du menton. Il faudra trouver autre chose. 

Laissant là le constat, les charbonneux balayent le petit jardin à la recherche du poignard et du paquet lancé plus tôt à Alphonse en guise de diversion. L'un et l'autre sont trouvés et ramenés près du comptable qu'il déshabille d'un coup d’œil pour s'assurer de sa bonne santé.
Plaçant l'égalité, friand de leurs positions alternées,  Renard s'agenouille face au Chat pour étendre la peau caprine dont il révèle le contenu pan à pan. Les  lames aux dimensions variées brillent sous la lumière qui rayonne à travers le feuillage, et la pulpe vérifie consciencieusement une fois de plus l'usure exigée.
Gardant la position basse , son ceinturon étudié et conçu pour le port d'armes passe de sa taille à celle d'Alphonse sur laquelle il s'attarde plus que de raison. Le Phoenix observe le Faune, lippe blanchie d'une incisive, appliqué à ceindre la cambrure. Ses ébènes se parent d'un voile de timidité , résonance à l’échauffement de ses joues au moment de boucler l'accessoire juste au-dessus du théâtre dont il appréhende et désir à la fois le levé de rideaux. Il ne saurait faire sortir le loup du bois sans l'avoir apprivoisé.
Majeur et index se pendent au cuir pour le relever, doigts en balade sur mollets et cuisses, et lui permettre de glisser le poignard dans sa gaine contre les lombes. Pressé ventre à ventre,  le profil effleure le visage amant dans un souffle chaud alors qu'il se penche pour attraper la couillette d'environ deux empans et la passer non loin de celles à qui la dague a emprunté son nom de par sa forme suggestive. Légèrement de biais, maintenant le peau à peau, le Maître du moment fait tourner dans sa dextre un court stylet d'une huitaine de pouces de longueur qu'il tend par la garde à son compagnon.

Imagine celle-ci dans une botte, précise-t-il Marche, tire les tour à tour pour piquer devant toi et déterminer celle qui te convient le mieux. Elles sont émoussées sauf celle dans ton dos, appuie-t-il pour inviter à la précaution.

Avant que de le laisser aller, inopinément submergé par la langueur, il frémit contre le torse mâle dont il referme les membres sur lui. Taraudé depuis des jours par la métamorphose, corps et esprit flattés du changement, il vacille contre son guide, traits enfouis dans la pénombre et moiteur du cou faune.

Comment as-tu domestiqué ton évolution, Alphonse? Je me sens tiraillé entre force et faiblesse, est-ce là cheminement habituel ? Questionne-t-il dans un filet de voix.
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Alphonse_tabouret
La douleur fut d’abord aiguë, précise, touchant en deux points nets avant que le dos ne percute le sol, lui coupant brièvement la respiration de stupéfaction et voilant le ciel d’une onde grise, abandonnant le chat surpris de n’avoir rien vu venir quand il avait jusque-là toujours évité le pire en délayant ses réflexes à ses adversaires.

Tu ne saurais dispenser des baisers à tous tes adversaires
Voilà qu’il reste à prouver, répondit-il au fil d’un sourire à peine crispé, dans l’impertinence doucement fanfaronne du mâle, repassant à ses tempes les coups brièvement portés à la façon d’une leçon à précieusement garder en tête tandis que le Goupil s’accroupissait à ses côtés, dans l’insolence de l’oiseau narguant le chat estomaqué.
La souffrance se délita d’elle-même en quelques secondes pour se propager en une nappe plus confuse mais plus supportable, mordant sans cruauté, mais par soucis de l’espiègle revanche, le pouce venant lui maquiller les lèvres d’une goutte de vin avant d’être assujetties à un baiser aviné.

Sur l’ordre donné, le comptable retrouva d’abord l’assise, se massant la nuque d’un air distrait avant de porter une main à sa coté ressoudée, geste inconscient mais qui trahissait une certaine nervosité à retrouver le gout de la douleur physique, encore plongé dans la réflexion de la leçon si promptement dispensé avant de se lever. Interpellé par les propos suivants, la dextre toujours lovée au flanc nu, il accorda un sourire égayé au Goupil en suivant le regard amusé sur la volaille inerte, sachant pertinemment que ce serait les cuisinières de l’Aphrodite qui déplumeraient pour eux le volatile pour l’arranger de légumes croquants et de sauces épaisses auxquelles plonger un pain encore chaud.
Dans un réflexe qui lui échappait, butin ramené de sa geôle torturée, Alphonse se tâtait toujours les cotes lorsque Sabaude posa devant lui le paquet transporté plus tot, le laissant découvrir à la manière d’un Achille grimé à Lycomède, l’étendue des coutelas et épées s’offrant à lui, attentif, aux gestes déployés, curieux de leur dextérité et de leur assurance. Les armes étaient affaires d’Hommes et si l’animal avait toujours eu dans la démarche quelque chose de sensuel, il ne goutait pour autant pas moins l’agitation naissante qu’éprouvaient tous les garçons à la vue des lames. Un instant pourtant, il délaissa le spectacle pour s’en offrir un autre, celui du visage brun qui vérifiait chacune d’elle avec l’attention soutenue de la connaissance, lisant presque un instant le fracas des rixes qui avait forgé l’expérience, trouvant dans la sévérité innée des traits renards plongés dans l’exercice, quelque chose de sauvage et de beau, qu’il ne s’expliqua pas. Taiseux, il suivit les gestes sans ajouter la parole, accusant à sa taille, le poids du ceinturon, étudiant avec intérêt la façon de faire, irrémédiablement distrait quelques instants en contemplant le visage du jeune homme accroupi dont les joues prennaient un couleur tendre à la lente application, comme évaporé un instant sur le fil de pensées moins agressives mais tout aussi combattives, la nervosité trahie par cette lèvre mordue.

Adorable…


La fulgurance de la pensée, tout comme sa contradiction face à l’exercice qui se profilait amena un rire silencieux, maitrisé, à la gorge espiègle, secouant à peine les épaules tandis que le Phoenix se redéployait à hauteur du regard noir, soucieux d’ajuster correctement l’arme à l’indécence des reins.

Tu m’intrigues Goupil… Comment survis-tu en ce monde en laissant tes émotions se livrer si ouvertement sur ton visage ?... Ou n’est ce que l’obole dispensée à quelques rares qui fait de toi cet être précieux, tour à tour serein, et troublé ?...


L’installation perdura dans un silence dessiné au sourire discret aux lèvres du félin, les ventres se frôlant d’une respiration commune que le faune n’exacerba pas, respectueux de la patience et de l’attention dispensée à sa leçon, cadeau rare qu’à l’exception de la gitane lors de leurs heures de poses dans son atelier, on lui avait rarement prêté, recevant le poignard effilé sans mot dire, en soupesant le poids quand le renard reprenait l’usage d’une parole un temps volée à la mise en place de l’acier.


Imagine celle-ci dans une botte. Marche, tire les tour à tour pour piquer devant toi et déterminer celle qui te convient le mieux. Elles sont émoussées sauf celle dans ton dos…
Eut-il voulu exaucer son professeur dans l’instant, élève appliqué et intrinsèquement redevable du temps qu’on lui accordait, qu’il ne le put, fauché encore une fois par cette incroyable aptitude que Sabaude avait de le surprendre. Une simple seconde eut le temps de filer que les bras mâles se refermaient sur lui, loin de l’épice dispensée dans le jeu au soleil de cette après-midi, mais au fil délicat d’une tendresse lascive, presqu’inquiète, laissant poindre à son cou un murmure interrogatif :
Comment as-tu domestiqué ton évolution, Alphonse? Je me sens tiraillé entre force et faiblesse, est-ce là cheminement habituel ?

Un sourire fragile, chargé de souvenirs nombreux, se dessina contre la tempe brune de son hôte, délaissant le stylet pour le faire choir dans l’herbe et glisser un bras autour de la taille mâle, quand l’autre cueillait la tête avec une précaution aussi amicale qu’affectueuse.

Par tous les diables, Goupil, si tu n’étais en proie à toutes ces questions, je te traiterai de sot ou bien de menteur…, répondit-il à voix basse, les doigts câlinant l’arrondi du crâne quand la main dans son dos, le pressait contre lui, accolant les corps jusqu’à les lover l’un à l’autre, s’immergeant dans l’odeur de l’amant, acceptant d’ouvrir une parenthèse de vérités dans un monde d’apparats. De ma naissance à mes quatorze ans, on m’a ôté toute envie, toute ardeur pour que je ne sois que le reflet des attentes que l’on avait de moi… J’ai obéi, sans faillir, parce que j’ignorais ce qu’était vraiment le désir et quand je l’ai trouvé, même si j’ai été déterminé à me l’approprier, il m’a fallu lutter contre moi, contre eux, contre quatorze longues années d’esclavage… Chuchotés à la manière d’une confidence, le chat parlait, livrant à l’oreille blanche ce qu’il avait si peu formulé, précautionneux de garder ces secrets qui donnent aux autres le poids, et la possibilité du jugement. Ils étaient bien peu à avoir demandé, moins encore à avoir eu de réponse, et, délaissant un instant le costume qu’il ne quittait qu’à la faveur de la rareté, l’animal aventura son museau aux rayons feuillus du soleil pour poursuivre : J’ai eu peur, j’ai eu mal, parfois même, me suis-je réfugié dans des raisons imbéciles pour assouvir mon appétit… mais la seule vérité dans tout cela, Sabaude, c’est que j’avais faim… Faim d’être moi, faim de contenter et mon ventre et mon âme… Un baiser s’égara à la tempe, un second sur la joue, un troisième sur le fil de la mâchoire, jusqu’à ce que le quatrième vienne chercher les lèvres enfouies dans le cou fauve, chacun délayé avec légèreté et assurance, distillant pour finir la douce arrogance du chat dans une langue venant cueillir celle de l’autre pour y mêler les souffles sans pour autant les rompre. Rien n’est jamais facile, Goupil… En matière de chair, n’aies honte d’aucune de tes envies, car ce sont elles qui te gardent en vie, fit il en s’amusant de la répétion à la façon d’une leçon badine quand elle était pourtant si fervente à ses tempes. Si tu as faim, mange, conclut-il, se détachant du corps chaud pour ne point succomber à la fringale qui montait irrémédiablement à son contact jusqu’à esquisser le ventre de son dessein.
Reculant d’un pas, à regret, l’odeur de la peau de Sabaude faisant encore frémir ses sens, il laissa son regard courir sur le corps à moitié nu du jeune homme avant de pousser un soupir résigné en reprenant le stylet délaissé dans l’herbe, tempérant ses tempes, avec la rigueur de la patience à laquelle il savait se soumettre pour apprécier chaque instant offert.

Finissons en veux-tu, ou je risque fort de ne point attendre l’heure du repas pour sustenter l’appétit d’ogre que tu m’évoques…, le taquina-t-il en le couvant d’un regard concupiscent avant de prendre un peu plus de distance encore et de s’essayer, comme exigé de lui, au maniement des armes proposés pour en adopter une.

Ce qu’il pensait être un exercice délicat fut étonnamment plus simple qu’il ne l’eut cru, répétant plusieurs fois les gestes indiqués, sortant chaque arme avec une attention concentrée tant pour remiser l’appétit qu’attisait le Renard que par soucis de ne point décevoir le maitre par-delà l’amant, jusqu’à ce découvrir en un vingtaine de minutes que c’était définitivement l’arme passée à son dos qui attiraient ses faveurs. Se retournant vers le professeur, il désigna d’un index, le poignard à couillettes d’une lippe vaguement théâtrale :


Celui-ci me fait définitivement trop peur vu l’emplacement que l'on lui réserve, et je n'aime pas avoir à me baisser pour saisir l'autre... Ce sera celui-là, fit-il, achevant d’affirmer son choix en extirpant sans mal, le poignard lové à ses reins. Il me plait…
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Sabaude
Faiblard est le sourire qu'il traîne jusqu'au banc, la tête basse d'être perdu dans ses pensées. A l'assise jambes en tailleur, le dos s'arrondit, menton et joues dans le creux de paumes soutenues par deux coudes appuyés aux genoux. Si l'un fend l'air des lames remises, l'autre fend l'âme d'un long soupir. Sous la caboche l'estrade est dressée et le rideau vient de s'ouvrir sur le drame goupil.

Si tu as faim, mange....
Tu en as de belles... Faune. Sur un tranchoir fait de pain ou de bois ? Dans une écuelle ? Couverts ou doigts ? Avec ou sans sauce ? Quelle boisson pour ne point engourdir les papilles ?

Des sons désapprobateurs franchissent sa bouche et la tête s'agite de gauche à droite quand aux entractes il surprend de mauvaises prises en main de la part de son élève.

Si j'ai un bec et que tu me proposes de la soupe dans une assiette plate ? Et si elle est trop chaude, trop épaisse, trop fluide,trop épicée ?

Au même moment l'estomac gronde, mis en appétit plus tôt par les biscuits et désormais par le parallèle culinaire emprunté au plaisir de la chair. La distraction sonore suspend le geste sur lequel ses yeux s’écarquillent. Nerveusement dextre vient frotter sa nuque, accompagnée d'une toux discrète vouée à contenir la bouffée de chaleur née du mime suggestif d'imbrication de corps mâles fait avec ses mains sans qu'il n'y prenne garde.

Des coups d’œil sont jetés à Alphonse, l'espoir au ventre qu'il n'a rien vu de la pantomime dont il n'est pas très fier, conscient d'être ridicule à se soucier de géométrie dans l'espace et de rôles dès lors que le désir est là : petit animal craintif sorti du nid, peu à peu sauvage, bestial, qui griffe ses entrailles à chaque approche faune et le laisse pantelant.

Bon sang de néophyte ridicule ! Mais quel crétin des alpes je fais.... S'assène-t-il tout bas en enfonçant ses doigts dans sa chevelure qu'il malmène frénétiquement le temps d'une inspiration et d'une expiration.

Il se reprend, et bras en arrière, pierre en accotoir sous ses extrémités refermées sur les bords rugueux, Renard couve le chat de ses prunelles qui se parent peu a peu d'un feu nourri des prémices d'une compréhension et acceptation neuves, à son tour élève attentif aux préceptes faune appuyés de l’expérience. Celle qui lui fait défaut sitôt livré à lui même dans ces rares moments où la contrainte n'est plus, sauf à être feinte.

Faim d'être moi...

Le jeune vicomte est de ces désillusionnés conscients de leur assujettissement, funambules sur la corde de l'affranchissement suspendue au dessus du gouffre de leurs affres et détermination. Fort et froid dans l'habit d'une charge, sur la scène politique et face aux artifices de ce monde , faiblesse et impulsivité l'étreignent dès qu'il sort de cette foret d'épineux où d'autres se perdent et se piquent. Curieux des rapports simples qu'il méconnaît pour en avoir été écarté , trop tôt ravi à la vie par l'engagement, la contradiction pointe son museau à chaque relâche.

N'aies honte d'aucune de tes envies....


Oh j'ai une envie... toi ! Laisse-t-il échapper tout haut alors qu'il fond sur matou qui revient, des images débridées d'ébats en tête. Le frein est toutefois rongé...se contenir... passer outre ce sang qui pulse aux tempes et parties jusqu'à brouiller la vue. Il se ressaisit d'un rire bref au constat d'Alphonse sur les armes, manque flancher au Il me plaît. Charbonneux aux puits faune plongés, il suce son pouce mordu, invitation pour un après de sensualité sur des traits espiègles.

S'il te plaît..., il est à toi, répond-il la voix volontairement traînante d'un sous-entendu alors qu'il se love au flanc du chat après en avoir délicatement écarté le bras qui tient le poignard. Double tranchant, de taille et d'estoc, deux petits quillons mouvementés en laiton, garde en bois de cerf, la lame est d'un très bon acier, l'ensemble est sobre mais efficace. La mort en toute simplicité.
Ses tergiversations n'ont point émoussé l'observation, dextre presse doucement la côte plus tôt tâtée.

Hum....il nous faudra aborder ta volonté à survivre à l'adversaire à défaut de tes motivations. Mais pas tout de suite. Un dernier exercice pour ce jour et nous passerons à table, souffle-t-il sourire en coin, également soucieux de le ménager.

Le cou est piqué d'un baiser galopin avant qu'il ne s'écarte et saisisse la dague à rouelles. Fermement tenue devant lui bras tendu, d'un signe de tête il invite l'apprenti à avancer.

Fais moi lâcher la garde. Pas de prise, je ne bouge pas, tu dois donner une seule frappe pour y parvenir. Désarmer affaiblit l'adversaire.
Tu as autant d'essais que nécessaire.


Renard prend une grande goulée d'air et gonfle le torse, prêt à dompter la douleur.
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