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[RP] Le créancier réclame les intérêts

--Gabriel.ange
[ Paris, quelques heures plutôt ]

Cette fois, c'est la dernière ! Il est en vaine, la chance sourit aux audacieux, il a bravé la chance usant de toutes les audaces. Les doigts impatients et moites, tremblent d'excitation, l'iris pétille d'une joie enfantine, difficile à contenir, provoquant de léger mouvement du séant posé sur l'assise. Le cœur bat toutes les mélodies du monde, à un rythme effréné, le sang afflue libérant l'endorphine. Plus un murmure, plus un souffle, l'on peut entendre la grande aiguille glisser, annonçant la délivrance d'une très longue année.Gouttelettes de sueur perlant au front, bruissement de cartes déposées, l'iris triomphant se plante dans ceux de l'adversaire, chuchotement d'effroi parcourant l'assemblée. L'aiguille sonne le tocsin, figeant le temps, le sang bouillonnant en ses tempes, le corps s’affaisse, tombant mollement contre le dossier. Les gens autour de lui sont réanimés, rient, se mouvent, les conversations ont repris dans le monde de silence et d'incompréhension ou la raison refuse d'affronter la réalité. La perception transpercée par des mots chuchotés.

[ Paris, heure de régler sa dette ]

Sous le manteau de la nuit, une calèche s'enfonce dans les rues sombres de la capitale. Des ombres furtives dessinent des arabesques sur le mur des maisons aux volets fermés.Loin du faste des commerces de la galerie, il ne connaît pas ces rues, l'envers du décor, impossible à discerner dans ces ruelles étroites mal éclairées. Une signature apposée, les directives n'ont pas cessées d'être répétées, martelant son crâne que les opiacés ont soulagé, embrumé. Le cortège funèbre s'arrête, porte ouverte de l'intérieur, dernières recommandations, geste lui indiquant le chemin. Il ne s'attarde pas sur ce qui l'entoure, sentant ce regard pesé sur lui comme une sentence, le convoi ne bouge pas, craint-il une dérobade ? Il ne s'interroge pas, pas encore, inconscient, ignorant de ce qui l'attend au-delà de cette porte, à laquelle il frappe.
Alphonse_tabouret
Paris n’épargnait personne, qu’on y soit né ou qu’on y vive, qu’on y passe ou qu’on y séjourne, la ville savait prendre bien au-delà de ce que l’on pensait pouvoir donner. La belle l’avait vu arriver à dix-sept ans, auréolé d’une insolence écrite à l’encre d’une fugue salvatrice et qui, dans l’intimité de la solitude le faisait encore frémir d’horreur, l’avait enveloppé, bercé, poignardé et ramené à la vie, le laissant toujours plus exsangue, toujours plus déterminé, esclave pour qui la souffrance était presque signe de vie. Des destins brisés, la ville en avalait par centaine, insatiable, cruelle, désormais ventripotente mais jamais comblée, hasardant sous ses toits et dans ses rues, la vie comme la mort, poison distillé à tous les rêves de ceux qu’elle honorait de sa présence.

Les coups portés à la porte de l'entrée ne l’interrompirent pas s’il les perçut, animal régnant sur le domaine de la Maison Basse par l’ouïe avant toute chose, et s’il ne suivit pas l’échange entre Hubert et leur visiteur, il sut instinctivement que la visite serait pour lui, les voix étant trop basses pour être une simple commande, trop fortes pour le négoce illicite de quelques drogues que l’herboriste vendait dans son antre… ce timbre-là était réservé à la confidence, à un autre cercle de demande, une de celle où l’on s’engage et lorsqu’Hubert introduisit un jeune homme à sa suite dans le bureau, Alphonse put lire jusque dans l’étincelle de l’œil, le couperet suspendu au-dessus de sa tête bien faite.

Messire, fit il en délaissant définitivement ses comptes, les volutes sombres de ses prunelles se posant avec une curiosité étonnamment légère sur le visage de l’homme qui se tenait devant lui quand Hubert refermait la porte sur eux. Puis je quelque chose pour vous ?
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--Gabriel.ange
[ À l'entrée sous le regard d'Hubert ]

Qu'il est bon de baigner dans les volutes cotonneuses de l'opium, esprit libre voguant à mille lieux, libérant le carcan strict d'années d'études trop rigides. Le corps est léger, souple, malléable à souhait, douleurs, peurs et craintes ne franchissent pas la barrière des brumes. Une porte s'ouvre, une autre se ferme, le bruit de l'attelage décroit, il relève l'ébène pour apercevoir un garde.

Je viens voir Albert.

L'homme lui fait face haussant un sourcil.

Albin.

Le garde reste septique mais patient pour l'instant.

Alfred.

Un signe de négation, mine patibulaire, une question franchit la barrière des lèvres immobiles. Armé ? Pourquoi serait-il armé ? Question absurde au demeurant, il écarte sa veste, laissant le garde faire son inspection. Il ne s'est pas trompé de lieu, il a été conduit, de nom alors, probablement. Il emboite le pas à ceux du garde, ce nom lui revient ! Aphrodite ! Oui, c'est bien cette personne qu'il doit voir, il s'agit donc d'une femme. Que voulait dire cette main amicale pressant la sienne, ce regard compatissant ainsi que ces mots murmurés ? Faut-il craindre une chose que l'esprit n'assimile pas ou pas encore.

[ Le bureau du comptable ]

Introduit dans la pièce, l'imagination déchante, un bureau, pièce confinée, bien plus agréable à partager en compagnie féminine. Contre mauvaise fortune bon cœur, la pensée s'égare à nouveau, saleté d'opium ! S'interdisant de poser la question stupide qui lui brûle les lèvres quand la réponse est évidente, ce n'est pas Aphrodite. Le regard sombre injecté de sang se porte sur la voix, il a appris la leçon ! Demain, il sera plus a même de penser, il lui suffit de réciter rien de plus, ni de moins et cela reste dans ses capacités.

Je cherche du travail, de l'argent facile à gagner.

N'a-t-il pas été drogué à cette fin, la substance dont il est friand offerte grassement par son créancier. Interdisant toute déduction logique à l'intellect. Ce n'est pas les paroles exactes qu'il vient de prononcer, rébellion, rebuffade ?

Je souhaiterais devenir courtisan.

Aligner l'exactitude des propos amène un sourire sur ces lèvres pleines. Pour le reste, il a tenu sa langue, inutile d'ajouter qu'il n'avait aucune expérience et que de plus, il n'était pas certain de connaître la pleine signification du mot.
Alphonse_tabouret
Une moue désapprobatrice fut retenue sur le museau du chat sans grand problème tandis que l’observation se poursuivait, les yeux de velours noir errant sur la silhouette qui lui faisait face, détaillant le costume quand il avait appris tout ce qu’il avait à savoir du regard luttant avec l’apathie de la drogue. Certes, le chat restait ignorant des motifs forcés de la prise, mais aurait tout aussi bien pu adresser la même expression aux imbéciles l’ayant envoyé ici dans un état pareil, confondant les bordels de seconde zone où le physique avantageux de Gabriel aurait été suffisant et ceux où se déversaient les fortunes parisiennes comme l’Aphrodite.

Je cherche du travail, de l'argent facile à gagner
Je souhaiterais devenir courtisan.


L’exaspération darda ses piques sous le flegme félin sans l’écorcher, savoir entretenu tous les jours qu’on lui présentait, se contentant d’enchainer :

Êtes-vous seulement en état de souhaiter quoi que ce soit, objecta calmement le comptable en plantant les griffes de ses prunelles dans les yeux du jeune homme, éternisant un silence enrobé d’un de ces sourires dont il avait la maitrise, doux et pourtant intraitable. D’un geste il l’invita à s’assoir, observant le corps vitrifié d’opium obéir au commandement et ne se leva qu’une fois qu’il eut pris place, fendant l’espace vers l’une des portes d’un pas mesuré, ne s’arrêtant qu’un instant à hauteur de son hôte pour attraper son menton entre les doigts de la senestre et le faire pivoter pour examiner l’éclat de ses prunelles.
Étrange idée que celle de se présenter à un entretien en ne valant rien de plus que l’extase et la perdition du pavot, songea le comptable, se demandant ce que serait la suite logique chez celui qui se permettait d’arriver dans un tel état. Concevait-il la courtisanerie via un sofa moelleux et une pipe savamment bourrée, trop embourbé pour même savoir interpeller convenablement une cliente ou trop éthéré pour savoir garder la courtoisie nécessaire à ce milieu. Il relâcha lentement le visage jumeau pour lui confier, à mi-voix, sentence inexorable apprise depuis bien longtemps.

L’argent facile n’existe pas, l’ami…

S’en désintéressant aussi promptement qu’il s’était arrêté sur son cas, le jeune homme repartit vers la porte, l’ouvrant pour demander à l’un des gardes :

Allez me chercher Fleur.

L’herboriste, première source des volutes aériennes qui se dispersaient aux nerfs d’une certaine clientèle serait certainement à mieux de faire redescendre son visiteur. L’Aphrodite n’embauchait pas de toxicomanes, et encore moins ceux qui ne savaient pas tenir leurs vices. Laissant volontairement porte ouverte pour l’Ortie, revenant prendre place à son bureau, il choisit sobrement d’établir les faits en priorité, ignorant jusqu’où se situerait l’attention de son hôte :

Les courtisans de l’Aphrodite gagnent l’argent de leurs passes dans un certain confort mais sont les premiers détenteurs de leur commerce, commença-t-il. Il ne tient donc qu’à eux d’engranger leur fortune et de faire fleurir la réputation de la Maison. Un sourire apparut, mêlant un certain mépris à une compassion réelle, esclave dont le laisser aller ne s’était jamais abattu jusqu’à entacher son professionnalisme, monstre éduqué pour faire face en public à toutes les situations n’entachant jamais le protocole avant aussi d’amateurisme. Pensez-vous être capable de gagner quoi que ce soit dans l’état dans lequel vous vous trouvez ?
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--Gabriel.ange
[ Dans le bureau du comptable ou d'Aphrodite ]

Rester debout sans faire le moindre mouvement demandait un effort surhumain, le pied bat la mesure d'une mélodie auditive irréelle, faisant naître un sourire niais, il adorait la musique, danser, tournoyer sur une piste des salons privés mondain, au bras des plus belles femmes.
L'iris est fuyant, impossible à poser sur quelque chose de fixe, l'homme assit à son bureau devient très vite une silhouette fluide, une tâche noire floue, aux contours indiscernables.
À l'invitation, il s'avachit plus qu'il ne prend place dans le fauteuil, souriant au contact des doigts emprisonnant son menton.
De gagner quoi que ce soit dans son état ?
Pour sûr, foi de gentil homme, il sait !
Il bondit sur ses pieds, porte la main à son cœur et déclame.


Aphrodite
Tu représentes le sel du monde
L'amour étant le plus doux nectar
Sur lequel l'humanité se fonde
Et par lui, elle demeure féconde
Ton mythe est toujours réalité
Sinon l'espèce serait moribonde
Grâce de ta sensualité.


Il avance, s'inclinant, s'emparant de la main comptable, la portant à ses lèvres, ne faisant que l'effleurer.

Mes hommages Madame.

Il se redresse, tirant une note déchirée et froissée de sa poche.

Voici mes références.

Le mot glisse de ses doigts, recule titubant, retombant lourdement dans le confort de l'assise. Il a perdu le fil éthéré de la réalité.
Citation:

Messire,

Pardonnez ces quelques mots griffonnés à la hâte, je me tourne vers vous, car vous êtes mon dernier espoir.
Le nom de votre établissement se murmure sur toutes les lèvres des salons mondains.
Le jeune homme qui se tient devant vous, drogué malgré lui, fut l'objet de maintes manipulations.
J'ai tenté de lui porter secours, mais la personne qui le tient sous sa coupe et puissante, très puissante et mes moyens bien faibles.
Le sort qui l'attend, est, j'en ai bien peur, au-delà de ce qu'il pourra endurer, c'est pour cette raison que j'implore votre bonté et vous supplie de faire de lui un courtisan afin qu'il soit prêt le moment venu ou son créancier viendra le réclamer.

Une femme sans autre recours.
Fleur_des_pois
La porte de la droguerie s'ouvrit à la volée. Fleur sursauta, et se tourna vivement vers l'importun. La déranger en plein inventaire n'était sans doute pas la meilleure idée que l'homme avait eu de la journée. La Fée ouvrait déjà la bouche pour l'invectiver sèchement, mais le garde fut plus rapide. Alphonse la demandait.
Allons bon, songea la Lutin en rengainant ses remontrances. Qui était blessé, cette fois-ci ? Une jeune femme, comme l'autre jour ? Un courtisan ? Lui-même ? Délaissant ses fioles et ses sachets, l'Ortie suivit le messager jusqu'au bureau du comptable. La porte était restée ouverte, aussi se faufila-t-elle à l'intérieur sans prendre la peine de toquer. Gaia posait le pied dans la pièce au moment où un inconnu déclamait un poème, sans doute de sa propre composition. Et voilà que l'homme présentait ses hommages à une dame qui n'était autre que le Patron.


Je ne soigne pas la cécité, fit-elle d'une voix où couvait l'amusement.

S'approchant de l'individu, Fleur se planta face à lui. L'œil fuyant, la pupille rétrécie. Il confondait Alphonse avec une quelconque femme. Il se dégageait de lui des symptômes que la Fée connaissait bien. Son propre époux ne consommait-il pas lui-même des substances douteuses ? S'ils étaient en affaire, Alphonse et lui, celles-ci risquaient fort de ne pas se dérouler au mieux. Comment conclure un contrat avec quelqu'un qui n'était pas capable de différencier un homme d'une femme ?

Je suppose, puisqu'il ne me semble pas blessé outre mesure... Que c'est pour le dégriser que vous m'avez fait mander, Patron ?

Faisant claquer ses doigts devant le regard du jeune homme, dont la beauté ne lui avait pas échappée, Fleur retint un soupir.

Eh ! Concentrez-vous.

Mais le regard s'obstinait à papillonner. Quel besoin avaient les hommes de s'échapper ainsi de la réalité ? Certes, tout n'était pas facile, ni joyeux, mais la vie méritait d'être vécue. Dans les pires moments comme dans les meilleurs.

Si tel est le cas, Patron... Vous feriez bien de faire venir un seau d'eau. Glacée.
Alphonse_tabouret
Les vers, aussi joliment calibrés soient-ils, ne parvinrent pas à effleurer les sens du chat pour qui la poésie avait toujours été une tache fastidieuse et qui ne s’y prêtait qu’à l’occasion d’orchestrations précises, aride dés lors que la création requérait imagination et esprit, qui plus est lassé par la prestation indélicate du postulant. Tout au plus le sursaut de vie de Gabriel avant qu’il ne s’affale moribond dans le fauteuil acheva des geler ses nerfs, signe premier que l’agacement était posé, installé, lové dans les tempes brunes, soupape immédiate acquise au fil de ses années de service, lui permettant d’envisager la distance nécessaire avant que ne pointent les crocs.

La lettre fut lue, sans un mot, impassible sous le voile de l’attention quand enflait de plus en plus la brulure de l’irritation. L’Aphrodite était elle devenue un refuge, que l’on y envoie la proie recherchée de criminels notoires, décrits comme puissants sans même une once d’explication sur l’importance du condamné ? Quels risques encourraient la maison pour protéger un fugitif dont il ne savait rien des délits et pourquoi accorder une faveur à quelqu’un qu’il ne connaissait pas, lui, félin méfiant dont la confiance se gagnait au prix de batailles épiques et dont les luttes se marquaient au fer ?

A la remarque de Fleur, un sourire parvint à percer la chape noire qui avait enrobé son humeur et désignant le jeune homme en rejoignant son bureau pour s’y assoir, répondit alors qu’elle proposait le seau d’eau :


Votre méthode sera la mienne, qu’importe mais qu’il émerge avant la fin de la soirée, j’ai assez perdu de temps comme cela… Ses doigts saisirent un vélin vierge qu’il plaça devant lui, trempant une élégante plume grise dans l’encrier avant de relever la tête vers Fleur pour lui confier, un sourire doucement espiègle aux lèvres : Vraiment glacée, l’eau ?
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Fleur_des_pois
Une esquisse de sourire fleurit à la bouche de l'Ortie lorsqu'Alphonse demandait confirmation pour la température de l'eau. Un simple hochement positif de tête confirma ses dires. Il n'existait pas beaucoup de méthodes pour sortir un homme des volutes de l'opium. Pourquoi, se demanda-t-elle de nouveau. Pourquoi sortir de la réalité ? Gaia se mordit la lèvre inférieure, sourcils froncés. Il existait moult manières de fuir. Chacun possédait les siennes, et elle-même ne faisait pas exception à la règle.

Si vous êtes pressé, c'est la seule solution. L'eau ou le temps, et vous ne pouvez attendre que le second fasse son œuvre. Cependant... Ne vous dérangez pas. Je vais mander moi-même ce seau.

S'éloignant de l'homme, la Fée s'aventura jusqu'au seuil du bureau. Le garde fut chargé de la commission, et ce fut les bras croisés, impatiente, que Fleur fit le pied de grue, jetant de temps en temps des regards sur son « patient » d'un genre bien particulier. Se présenter ici dans cet état ! Le Lutin en était presque choquée. Un entretien, un rendez-vous, une affaire, qu'importait ce qui l'amenait ici. Mais drogué ! Cela ne reflétait pas le sérieux de l'individu.
Le seau arriva, empli aux trois quarts d'une eau particulièrement froide. S'approchant à pas lents, veillant à ne pas verser le contenu sur le sol, l'Ortie s'agenouilla près du rêveur.


Je suis vraiment désolée, fit-elle d'une voix où pourtant, le remord était absent.

Et sans plus de cérémonie, déposant le seau sur les genoux du jeune homme, la Fée empoigna fermement mais sans violence, la chevelure brune pour plonger dans le liquide glacé le visage souriant. Lui relevant la tête, elle ne lui laissa que le temps de reprendre sa respiration avant de le replonger dans l'eau. Puis une nouvelle fois. Quelques petites claques furent administrées sur les joues froides, et la Fée se redressa en l'examinant attentivement.

Cela devrait suffire... Je vous laisse le seau, Patron. Au cas où.

Et de son petit pas aérien, la Fée fit volte face, se dirigeant vers la porte de sa démarche dansante.
--Gabriel.ange
[ dans un seau ]

Parfois, l'oubli vaut mieux que la réalité

Des bribes de cohérences, des gestes et actes remontaient à la surface, dans le capharnaüm ou baignaient son esprit. Une partie de cartes, l'effroi, un acte signé et tout s'embrouillaient à nouveau comme si la perception ne voulait pas affronter la réalité, la fuyant le plus possible, s'en tenir éloignée comme si le diable était à ses trousses. Une voix douce, le sort de sa léthargie, la silhouette se dessine peu à peu, serait-ce Aphrodite ?

Aphrodite est apparue, belle, aérienne et meurtrière ! Il ne sait pas nager, s'il sait, mais pas dans un seau, Diantre ! L'air lui manque, il suffoque, l'eau est glaciale ! Il ne mérite pas pareil traitement ou peut être que si finalement. Le visage plongé dans l'eau est un impact violent avec la réalité, cette même réalité qu'il a fuie depuis un an. Décadence édifiante dans les entrailles pestilentielles de la débauche, le jeu, les drogues et les femmes, ces souvenirs ne pouvaient être les siens. Non, non, non ! Il n'était pas cet homme, vil épave animé par le vice recherchant ce sentiment fugace de plaisir à tout prix. À quel prix ! Il y avait perdu son âme et depuis quelques heures seulement, son corps.

Réalisant l'ampleur des dégâts commis par folie, la folie d'un homme élevé et éduqué loin de toutes tentations. Partit à la découverte du monde, une escale suffit à le mettre à terre, dépossédé de ses biens, de ses valeurs, de son honneur. Se jetant à corps perdu dans l'envie, l'avarice, la gourmandise et la luxure, le résultant, une somme astronomique. Les paumes glissent d'un geste las sur le visage, repoussent les cheveux trempés, faisant face à un inconnu dans une pièce tout aussi étrangère. L'Aphrodite qu'il cherchait n'était point une personne mais un lieu, un bordel, l'homme assit à son bureau.


Vous êtes cet homme, celui dont le nom est sur toutes les lèvres.

Cet endroit avait été choisi pour lui, il devait y parfaire son éducation, n'étant plus maître de son destin, il appartenait à Monsieur. Se soumettre ou accepter un funeste destin ? Il frissonne, le froid, le manque, l'effroi de se retrouver dans ce lieu, la nausée monte sournoise, se jouant de va et vient jusque la trachée.

Je ne suis pas courtisan, je ne l'ai jamais été ...

Vague souvenir de s'être éveillé plus d'une fois dans des draps froissés, aux côtés de dames dont il a oublié les traits et le reste. Sa condamnation sera bien pire puisqu'il devra assouvir Monsieur.

Je suis un élève assidu, j'apprends vite, laissez-moi une chance de faire mes preuves en vos lieux.

Se résigner sans se battre ? Accepter son sort ? Sauver sa vie ? Relever la tête est affronté ses erreurs.
Alphonse_tabouret
Le chat resta concentré sur son vélin, le sourire pourtant, s’étirant immanquablement au bruit de la tête plongée dans l’eau et de la main de l’Ortie parachevant la remontée de leur hôte de son plat, comme suivant un cérémoniel qu’elle connaissait et dont les rouages la laissait si ce n’était revancharde, visiblement pensive et sans remord aucun, ce qui plut au comptable pour qui les vapeurs des drogues symbolisaient encore le poison distillé aux veines anglaises. Les herboristes vous emportaient d’une pincée de rien selon leur bon vouloir, marchands de vie et de mort, dualité qui embarrassait Alphonse jusqu’à la méfiance la plus spontanée quand il prenait pourtant tant de plaisir à côtoyer la Corleone.

Je vous remercie Fleur, la salua-t-il en entendant ses jupons bruisser dans leur demi-tour, leur étrange visiteur du soir reprenant piteusement consistance et délayant dans un flot incertain mais marqué par la sincérité de la descente, les motifs de ses troubles.
Il l’écouta, la plume poursuivant son œuvre le long du vélin vierge, attendant que le jeune homme finisse pour prendre la parole :


Vous voilà lucide, nous n’aurons donc pas tout perdu ce soir. La lettre que vous m’avez fourni parle de créances, je vous imagine donc raisonnablement en dettes,
poursuivit il absent de la conversation quand il la menait pourtant, occupé à la fois, à rédiger son courrier et les mots qu’attendaient de lui le naufragé. De combien, Messire ? demanda-t-il attendant la réponse pour la noter sur le vélin ainsi que le nom et le prénom qu’il ignorait toujours, reprenant une fois les informations obtenues, après avoir posé sa plume, cherchant le cachet du bordel des yeux pour le trouver oublié derrière un verre de whisky.
L’Aphrodite ne forge pas de courtisan, elle se nourrit de leur réputation. De la même façon, elle n'abrite pas d'esclave mais un personnel qualifié. Si vous ne pouvez pas remplir ce contrat-là par la courtisanerie en faisant vos preuves cette semaine, nous vous trouverons sans problème un autre emploi entre nos murs pour nous régler votre dette, expliqua-t-il en scellant le pli d’une cire rouge d’excellente qualité avant de saisir un second parchemin.
Ceci..., fit-il d’un ton ourlé de la monotonie professionnel à ne rien laisser déborder, après un silence gratté par la plume aiguisé..., est un rachat de dettes. Il tourna le vélin vers Gabriel pour qu’il le lise, attardant son regard noir sur les dernières gouttes égarées de sa douche sommaire s’égrener aux pointes de ses cheveux. J’imagine que vous comprenez fort bien ce que cela suppose. Le second vélin fut pivoté de la même manière, offert à la lecture. Ceci est votre propre dette désormais, soumise aux conditions de la maison. Vous les trouverez certainement moins strictes que l'on vous aura imposées jusqu'ici… Ne me croyez pas pour autant humaniste, mentit-il avec finesse, commerçant dans son rôle de comptable, bien loin et pourtant si proche de lui dans son façonnement de ce ventre des idéaux s’entremêlant au mercantile. Vous aurez votre chance mais il faudra que vous sachiez la saisir.
Reculant le fauteuil du bureau, il retrouva les hauteurs de sa silhouette féline.
Si elles vous conviennent, signez, et allez dormir. Vous n’avez mon cher, vraiment rien d’appétissant dans cet état-là, conclut il en laissant filer son sourire à la commissure de ses lèvres, ayant discerné depuis son entrée, le physique gracieux et agréable du jeune homme sous le poids des drogues disséminées à ses tempes, volutes épaisses qui l’avaient entravé sans demi-mesure jusqu’au remède de la Verte.
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--Gabriel.ange
[ la tête à la surface ]

Une autre reconnaissance de dette, encore ! Serait-ce le lot quotidien et coutumier du reste de son existence. Monsieur serait remboursé pour la somme, les intérêts, il serait seul à être en mesure de les honorer. La nausée ne cessait de ce jouer sa trachée, il avait mal à la tête, froid et les vapeurs dissipées laissaient en son corps un mal qu'il connaissait. Il repousse le seau, les ondulations de l'eau font monter son haut-le-cœur. Une semaine pour faire ses preuves, donner de sa personne, comment s'exécuter sans plus aucune substance pour l'aider. Affronter cette autre réalité le heurtait dans le fondement de ses convictions. Il était trop tard, trop tard pour parler, trop tard pour reculer. Il prit la plume et appose sa signature sur chaque page. Un mal pour un autre.

Je ne sais si merci est approprié dans ce cas, je donnerais le meilleur de moi pour combler les attentes que l'on exigera de ma personne.

Il se lève, la tête lui tourne, l'envie de rendre grandissante. Il se force à sourire, hochement de tête pour saluer le comptable. Il quitte les lieux sans s'attarder plus longtemps, il note au passage un endroit auquel, il rendra surement visite sous peu.
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