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[RP] Les ailes sanguines d'Eros.

Etienne_de_ligny
Pour l’argent, Etienne avait accepté les rixes, les activités licencieuses, le mensonge et l’absence ainsi que son poste à l’Aphrodite. Vendre son corps, ses soupirs, ses coups de reins et ses baisers ne relevait nullement de l’exploit et pourtant, cette fois-ci, l’appât du gain le conduisait à la limite de ses retranchements. Devant la porte de l’Enfumée, le Griffé entrouvre légèrement sa chemise et peaufine son apparence. Au cœur de cette pièce, un client bien connu de l’Aphrodite pour sa fortune et son pouvoir. Un noble a qui peu de choses étaient refusées tant il excellait dans l’art du chantage.

Le comptable avait convoqué Etienne quelques jours plus tôt pour lui annoncer qu’il faisait l’objet de ses désirs et que ce dernier aspirait contre une somme défiant toute mesure à s’offrir sa bouche et la vigueur de ses coups de reins. Avant cette soirée, jamais Etienne n’avait envisagé l’éventualité d’offrir sa bouche ou bien même ses entrailles à un homme, préférant dominer et contrôler plutôt que de subir lui-même ce qu’il considérait comme une honte et un avilissement. Toutefois, l’argent avait su bouleverser ses principes les plus solides sans pour autant qu’il accepte de céder ses entrailles. C’était là son unique condition et la raison de sa présence en temps et en heure.

Finalement prêt, le Griffé ouvre la porte et découvre dans les vapeurs d’encens et d’ivresse, son client. Un brun, d’une musculature quelque peu semblable à la sienne sinon plus sèche et une tenue qui clame haut et fort son appartenance à la Noblesse. Un verre lui est tendu alors qu’il s’approche doucement de lui, reluquant son visage et le moindre de ses contours. Le Griffé inspire doucement et contient tant bien que mal son écœurement et sa réticence naturelle. Une gorgée de vin de Bourgogne est bue, marquant ses papilles d’un goût sucré qui lui faudra d’ici peu effacer au détriment d’un autre breuvage. D’ailleurs, les intentions du client sont claires et sachant son temps compté il s’empresse de venir au contact du courtisan. Ses mains masculines se perdent alors sur sa chemise dont il défait les liens en douceur, laissant à Etienne le loisir de croiser dans son regard azurs la portée de sa perversité. Dans le même temps, le client l’invite à consommer avec hâte la totalité de son verre, lui murmurant alors qu’il aimerait passer aux choses sérieuses.

Pas le temps de reposer le verre vide sur la table de chevet que le client s’installe déjà au bord du lit. Son regard est empreint de significations tout comme cette main qui machinalement défait ses braies. Cette enflure n’y va pas par quatre chemins et son empressement ne fait que plonger Etienne dans un malaise certain. D’ailleurs, le Griffé essaye de retarder l’échéance en retirant complètement sa chemise et en s’avançant d’un pas lent vers la couche.
- Vous me semblez hâtif…Je peux vous offrir bien d’autres plaisirs…
- Mon cher…Etienne…Je vous paie pour que vous assouvissez mes envies, sur le moment. Non pour me faire attendre. Alors, si c’est votre bouche que je désire, vous allez me l’offrir et sans concession. Est-ce bien clair ?...Vous désirez peut être que je récupère mes écus ?...

Le bougre, le fils de chien…Comment osait-il lui parler de la sorte !
Des écus, oui il en avait besoin s’il voulait conserver sa demeure familiale et payer l’appartement parisien où ils avaient passés leurs plus belles années. Les combats devenaient bien trop difficile à gagner tant les combattants étaient piochés sans qu'aucun tri ne soit fait. Des tricheurs, des armes désormais se cachaient dans les arènes et Etienne avait déjà versé assez de sang sur pour les Royalistes pour refuser qu'un brigand verse le sien. Il n’a pas vraiment le choix et il le sait.

Ses genoux se plient tout comme son échine et c’est le ventre noué, la gorge serrée que sa bouche découvre et emprisonne son fardeau. Il se répugne, se débecte d’être ainsi entre ses cuisses, à subir cette main qui le presse et le pousse vers la nausée. Il n’est pas à son aise et son corps entier cherche à lutter contre cette présence mais outre la nausée c’est une sensation étrange qui vient le saisir et l’accabler. Ses mains qui étreignent les draps se font moins réactives, plus engourdies de même que ses jambes qui semblent peiner à supporter son propre poids. Il y a embrouille...

D’un geste sec et néanmoins maladroit, le Griffé repousse la main du client pour retrouver l’usage de sa voix.

- Qu’est-ce que…le vin…Vous…Vous m’avez…drogué ?!

A cette question un rire résonne, pédant et hautain alors que le client mis en appétit se rapproche d’Etienne pour le saisir à la gorge. La prise est ferme, sèche alors que les membres du courtisan se font lourds et désarticulés. Il ne maîtrise plus rien, se sentant peu à peu engourdi comme groggy. Les fardeaux d’une cuite carabinée en quelques gorgées de vinasse…Néanmoins alors que le noble tente de le conduire contre la couche, il lutte, incapable d’émettre désormais le moindre son…Sa gorge, elle-même refuse de le secourir. Des murmures se glissent alors dans le creux de son oreille alors qu'il parvient à le figer contre la couche. Vois-tu …J’ai quelque peu modifié l’arrangement passé avec le Comptable…Ce n’est pas ta bouche qui m’intéresse Etienne, mais bien tes entrailles. On m’a vanté tes talents de dominateur…Mais c’est en soumis que je te voir. C’est ça qui me plait...Payer pour humilier mon cher…Payer pour obtenir l’interdit… Sous les menaces, le cœur d’Etienne semble s’arrêter dans l’instant alors qu’il cherche du regard une quelconque assistance. Cette salle est faite pour les voyeurs et il espère naïvement que l’un de ses confrères l’observe à travers un judas.

Livré à lui-même, sentant que le client essaye de lui retirer ceinturon et braies, le Griffé délivre des coups…Le combattant ne vaut rien dans cet état. Il n'est qu'une vulgaire poupée de chiffon malmenée par un noble lubrique et avide. Les coups d’ailleurs se perdent mais lassé, le client finit par heurter avec force l’arcade du courtisan…Le Griffé sombre ne sentant que sur sa peau, ruisseler la tiédeur d'un liquide et la moiteur de mains avides et masculines.

    "A trop vouloir…Tu vas tout perdre…
    A trop aimer l’argent...Tu vas y perdre tes entrailles…
    A trop haïr…Tu vas souffrir…
    Il te retourne, tu le sens…
    Il se presse le bougre…Il halète tant il te veut…
    Il te fait languir…Ressens-tu cette honte ?...
    Tu veux vomir ?...
    Mais diable...
    Le Salaud…tu es roide…"

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Alphonse n’appréciait pas le Vicomte de Grannes.
L’homme en lui-même était plutôt séduisant, joliment fait, accrochant l’œil à la première rencontre, mais on discernait rapidement en lui les stigmates d’une âme calcifiée qu’avait ensemencé une fortune familiale colossale, soumise aux appétits délirants qui vont avec. Il n’eut pas été étonnant qu’il ait prêté à de bien plus titrés que lui dans l’ombre de quelques corridors, à la faveur des affaires et surtout de ses intérêts personnels, n’hésitant ni à faire, ni à défaire les réputations de ces autres avec lesquels il traitait, se sachant maitre tant qu’il avait l’or. Ses forts penchants pour les herbes et leurs mélanges l’avaient d’abord amené à la Maison Basse pour y assouvir ses envies, et c’était là que le comptable l’avait d’abord rencontré avant de l’envoyer vers les hauteurs du bordel, un soir où un contrat plus qu’audacieux avait été conclu entre eux.
Quand le nobliau était venu le trouver pour lui parler de De Ligny, il avait écouté la demande, impassible, muselant sagement les babines fauves qui crevaient d’envie de se retrousser et avait retenu les conditions d’Etienne au bord de ses lèvres en entendant la somme proposée pour les faveurs du Griffé. L’unique faiblesse d’Etienne résidait dans le coton à offrir au nid fraternel, toujours à court d’argent, courant derrière le tintement aigu des écus s’entassant en offrant son sang à la fosse et sa chair au bordel. Le montant de la passe que demandait de Grannes dépassait amplement le solde d’une semaine pleine, écrasant les ondulations sentimentales du chat d’une froide logique.
De Ligny avait besoin d’argent et l’argent était à portée de ses mains. Le choix lui était donc revenu et le nobliau avait cédé à l’appel doré des sirènes, rectifiant quelques conditions mais vendant à la soumission de l’autre, cette chair qui plongeait le chat dans une affliction aussi turbulente que brulante, laissant Alphonse à la fois incompréhensiblement déçu, et amèrement rassuré. Tout s’achetait finalement, même les principes, telle était la première leçon qu’on lui avait énoncé, telle était la réalité à laquelle le confrontait Etienne.

Il était volontairement resté dans son bureau ce soir-là, pataugeant dans ses précieux chiffres, cordes qui l’avaient maintenu en vie, tentaculaires, quand il sombrait dans le néant de ses journées sans Quentin, refusant de se confronter au sourire victorieux que le Vicomte ne manquerait pas d’afficher en venant chercher son dû, niant la silhouette d’Etienne qui se serait alors détournée des autres pour disparaitre dans les ombres lascives du bordel à ses côtés. Malgré l’habitude de faire place nette, de rejeter le monde pour ne se concentrer que sur ses besoins les plus urgents, il peinait à accomplir sa tâche, l’agacement dû à son inefficacité enflant au rythme des minutes qui filaient , impitoyables, le ballottant dans le chaos des possibles que faisait naitre de Grannes partout où il passait, et lorsque la porte de son bureau s’ouvrit pour laisser apparaitre le visage d’Hubert, il sentit tout son discernement se dissoudre, se consumer dans la seconde, pire encore que ce qu’il avait consenti à imaginer, paille sèche retournant au néant, balayée par une rage absolue, bondissant hors de son bureau pour se ruer dans l’escalier menant à la Maison Haute.

De Grannes n’est pas fiable
avait fait remarquer l’homme de main quand l’affaire avait été conclue, en réponse de quoi, Alphonse avait hoché la tête, silencieux, analysant les informations laissées par les uns et les autres au cours des rencontres qui les avaient mêlés. Non, le Vicomte n’était pas fiable, accoutumé à s’entendre dire oui chaque fois qu’il le demandait, assez sournois pour prendre ce qu’on lui refusait sans même s’en excuser. De Ligny devrait pouvoir se défendre si besoin est, c’est pas un enfant de chœur , avait rajouté Hubert en croisant le regard sombre du comptable, laissant flotter à ses lèvres un sourire discret, qui vexa Alphonse doucement, à la manière de ces enfants dont la délicatesse des parents pour les amener à dire les choses apaise le cœur quand elle heurte l’égo.
Qui sera en haut ce soir-là ?, avait demandé le jeune homme, l’index effleurant distraitement une nervure apparente dans le bois de la table, ne prêtant aucune attention au nom que lui soumettait Hubert, enchainant à la manière d’un point final. « Prends sa place »

A ses pas précipités répondaient ceux d’Hubert, martelant les marches dans son dos quand il atteignait déjà le salon, discernant au premier coup d’œil le discret attroupement de trois hommes de main devant la porte de l’Enfumée.

-Ouvrez la!, rugit il sans se soucier de troubler la moiteur de cette fin de soirée où quelques clients flânaient encore dans le corsage des catins et dépensaient au bar les derniers écus de leurs poches pour les boire aux lèvres vendues, s’engouffrant dans le passage fait au creux de la chambre pour y trouver les deux hommes sur le lit enchevêtrés sans être encore liés, la chair abimée d’Etienne soumise au poids d’un autre, étouffant le fauve d’une colère noire.

Ce qui frappa le chat en premier fut le carmin répandu en trois gouttelettes sur la blancheur de l’oreiller et qui, explosant à ses yeux sombres, amenèrent sa senestre à empoigner la nuque du vicomte qui tournait vers lui un visage déformé de stupeur et sans chercher une seconde à juguler sa force, le jeta au sol, laissant le soin aux gardes du bordel de le relever. Inerte, nu, une fleur rouge agonisant à hauteur de la tête sur le tissu soyeux de la literie, Etienne bronchait à peine, poupée désarticulée effleurant la conscience du bout des doigts, mais vivant, sauf, et l’absurdité de cette vérité soulagea l’animal à un point qu’il ne sut s’expliquer.
Dans son dos commençaient les plaintes, le remue-ménage d’une empoignade discrète quand l’exacerbation du félin avait explosé quelques secondes plus tôt, et rien de tout ceci ne le détournait pourtant, fébrile, du corps qu’il retournait vers lui, un genou enfoncé dans le sommier, penché au-dessus du nobliau alangui.


-Étienne ?, appela-t-il en découvrant la plaie sanguinolente pourtant sans gravité, cueillant la tête d’une main pour la faire pivoter et l’examiner sommairement, étonnamment délicat quand c’était de rage qu’il avait envie d’exploser. Étienne, répéta-t-il plus fort, cherchant à accrocher sa conscience quand De Grannes se rependait dans un flot de menaces houleuses, se heurtant à l’indifférence du chat qui cherchait dans le regard égaré du griffé, l’étincelle de la conscience, et qui, la percevant enfin, laissa lire aux yeux vairons un sourire soulagé avant d’égrener sa sentence dans l’arrondi d’un sourire incongru, aussi déplacé que tendancieux dont la singulière douceur n’avait qu’un spectateur groggy. Vous êtes en dettes Vicomte, pour ne pas avoir respecté le contrat établi. Le double sera versé pour lui avoir fait perdre sa soirée, continua-t-il en désignant uniquement Etienne de l’attention qu’il lui portait, et me faire perdre de l’argent, somma-t-il, coupant court un instant aux vociférations nobiliaires. Vous êtes un bon client… veillez à le rester.

-Trois fois rien, lui assura le garde en se penchant par-dessus son épaule pour jeter un coup d’œil à la blessure quand la chambre retrouvait son calme, les derniers mots du chat ayant sonné comme la fin des pourparlers, insignifiante roture en dehors de ces murs, maitre incontesté de ce monde dès lors qu’il s’y trouvait. Le seul pouvoir qu’il avait se tenait ici, dans l’assurance qu’il pouvait parachever un rêve anglais à la mesure de ses ambitions et, instinctive, la dextre passa, apaisée, dans les cheveux poisseux de sang de De Ligny. Il l’a drogué, poursuivit l’homme de main en reposant le gobelet qu’il avait porté à son nez. Une nuit de sommeil et plus rien n’y paraitra.

-De l’eau. De l’eau et un linge, réclama Alphonse sans rien rajouter, les doigts égarés dans une mèche brune, attendant que les pas d’Hubert ne s’éloignent à la recherche de sa commande pour laisser un soupir lui échapper, tachant de maitriser les battements acharnés de son cœur, choisissant de garder Etienne dans le monde des vivants en le piquant, presqu’avec tendresse, abritant sous l’espièglerie, l‘angoisse qui l’avait étreint jusqu’aux os :
Et moi qui avais misé toutes mes économies sur toi… J'aurais juré qu'il repartirait sans ses dents au premier baiser dispensé...


Je déteste l'idée qu'il t'ait touché...
Je le déteste autant que je te déteste...
Je me déteste encore plus...

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Etienne_de_ligny
Le corps se presse contre le Griffé et la rage l’envahit aussi flagrante que son impuissance. Groggy, le drap enserré avec force entre ses doigts, Etienne se répugne et s’insurge. Incapable de repousser ce corps qui sur lui se fait plus envieux et douloureux, le bas ventre subissant les assauts troublants d’un plaisir interdit, le noble réalise sa perte. Une menace se glisse, pâteuse et maladroite hors de ses lèvres alors que son corps, interdit, découvre la ténacité du client. Le creux des reins pressé contre la couche, une main retenant sa taille, Etienne serre la mâchoire. Sa haine est vivace, malmenant ses crocs qui se contractent les uns contre les autres au risque de briser sa mâchoire.
    Dégage *****
    Laisse-moi me retourner et je te refais le portrait…
    Plus jamais tu ne me toucheras …

Soudain, un cri se dresse et paralyse aussitôt les doigts et les intentions du Vicomte. Alphonse.
Les iris vairons s’écarquillent, soulagés et troublés par cette voix qui s’immisce sans mal dans ce chaos pour y faire régner, à nouveau, l'ordre et la décence.Aussitôt, le poids du client disparait libérant Etienne d'un dessein douloureux et les doigts du comptable se perdent, tremblants et hâtifs, dans la tignasse ensanglantée. Enfin, le corps du Griffé se laisse happer par l'apaisement et le soulagement avant de s’électriser sous Son contact et Sa voix qui paniquée, cherche à l’interpeller et à l’animer. Le Salaud est bien là, vaporeux mais présent, ressentant cette crainte qui coule de la gorge du comptable ainsi que cette main qui glisse sur sa peau autrefois bafouée. Autour d'eux, les cris du Vicomte se répandent, haineux et secs, et les sens d’Etienne s’embrasent à nouveau. Il n’aspire qu’à une chose désormais, lui briser la mâchoire et les parties afin de rétablir l'équilibre et réparer son tort. Néanmoins aussi troublant que cela n'y paraisse, cette haine se dissipe comme court-circuité par un autre phénomène...

Et moi qui avais misé toutes mes économies sur toi… J'aurais juré qu'il repartirait sans ses dents au premier baiser dispensé...

Sous son souffle, cette pique et l’inquiétude du Félin, l'appétit du courtisan s’éveille et s’enflamme soudainement. Son bas ventre qui fut attisé par un contact pressant, s’emballe désormais sous Sa présence. Enfin seuls, les iris du noble se plongent dans le regard sombre d’Alphonse avant d’attirer sa bouche toute entière contre la sienne. Sa main lourde se pressant tant bien que mal contre le dos de l’amant afin de plaquer son bassin contre sa roideur. La mâchoire endolorie par la rage et le refus s’active afin de libérer ses crocs qui avides, s'empressent d'adresser une morsure brûlante contre Sa lippe.
Roide, brûlant et drogué, les tempes du courtisan subissent le poids d’un désir et d’une frustration trop longtemps contenue alors que sa bouche se fait plus douce et que son intimité affiche sans complexe l’ampleur de son envie.

La solitude, c’était ce qui leur manquait en fin de compte. Personne pour le juger, l’humilier, ses sens parfaitement libérés sous l’ivresse de la drogue, la félicité d’un abandon trop longtemps enchainé, le Griffé peut enfin retirer ses entraves et se laisser posséder par l’insouciance.
    Dévore-moi…
    Libère-moi de cette frustration…

Prends-moi…
L’aveu se glisse, quittant tel un acte manqué ses pensées les plus perverses et violentes alors que sa main abandonne sa nuque pour marquer de ses ongles le tracé de son échine. Le bas ventre, quant à lui, se creuse pour se presser avec force contre lui tandis que sa main libre tente, maladroitement d’empoigner la hanche du comptable. Il respire à pleines narines son souffle, son parfum alors qu'il se laisse envahir par ces frissons qui électrisent son échine et élance son bas ventre...
    Je te déteste…Je te hais...
    Et pourtant mon corps entier te désir…
    Jouis pour moi…
    Jouis en moi…
    Jouis grâce à moi...Alphonse.


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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Ce ne fut pas l’arrogance pourtant coutumière qui lui répondit quand il l’attendait à la façon d’un signe de vie suffisant, capable de se réchauffer à bien peu, fauve que la méfiance avait rendu frileux et qui pourtant, cherchait la moindre particule de chaleur, que ce soit aux armes des mots comme à celles de la chair. Les prunelles fractales accrochèrent les siennes, troubles, mais sensibles au monde extérieur, laissant sur le visage du chat ce sourire doucement vague, irrémédiablement rassuré, et qui disparut de lui-même dans le geste délayé par Étienne.

Lorsqu’il se remémorerait ce moment, et il le ferait, Alphonse resterait frappé par l’extrême lenteur qui avait altéré sa perception toute entière des choses, rabrouant le fil logique de la continuité pour s’en abolir et déverser à ces deux âmes malades, la grâce évaporée d’un instant où ne comptait plus que l‘envie, dénouée de tous ses apparats, de toute la laideur des règles, pour ne plus être qu’elle, insensée, rejetant le tabou et ses carcans. Ce geste seul, les doigts du nobliau venant se crisper à son col de chemise, ce geste-là, lui coupa le souffle, amenant son sourire à déserter au profit du néant, d’un instant où l’imagination se devait de s’emballer et où le félin, amputé de cette qualité propre aux esprits libres, se retrouvait démuni.
Si la main venant le cueillir lui sembla ralentie par une magie propre aux non-dits qui l’entravaient, sa chute lui échappa au rythme bruyant d’un battement brusque du cœur qui assourdit ses tempes, écrasant, anéantissant toute perspective, et ne les cherchant plus, perdu à la bouche jumelle, le chat s’ensevelit aux lèvres d’Étienne, en subissant d’abord la morsure rageuse avec un soulagement qui lui fendit l’âme quand la marque de ses doigts maladroits à ses reins corrompait son équilibre jusqu’à ce que les formes s’épousent, gonflant son ventre d’une envie aussi démesurée qu’immédiate. Il connaissait la colère d’Étienne, en avait essuyé les plâtres et avait compris que c’était chez De Ligny un état quasi perpétuel des choses, tour à tour homme, frère, guerrier, marchandise, pilier d’une famille qui ne tenait que par son ambition, enchainé lui aussi à des valeurs qui le serraient à la gorge. Ce qu’il ne connaissait pas du nobliau, c’était la douceur, la volonté à atteindre l’autre autrement que par les coups, et quand le baiser s’attarda en langueur, gagnant dans l’arrondi d’une délicatesse neuve, lascive, abandonnée, Alphonse frémit, brulé vif, affolé d’y trouver le plaisir du gout, sans pouvoir se départir de la peur viscérale d’une renaissance à ces bras auxquels il n’opposait pas la moindre résistance, figé d’horreur par ses propres désirs, par les envies ridicules et de plus en plus nettes qui lui écorchaient l’esprit à chacune de leurs rencontres.

Ne fais pas ça… Si tu fais ça… si tu fais ça, Etienne…

Sous le sien, le corps de De Ligny s’animait, beau, voluptueux, offrande raide d’envies frustrées répondant à celles qui se dessinaient aux braies du comptable, ravivant une étincelle de folie à la chair féline dont les doigts avaient trouvé la nuque chaude du nobliau et s'y laçaient, envieux.

Prends-moi…


L’injonction, la supplique, le désir, le chant… Le tout percuta Alphonse, explosa en lui à la manière d’un soleil trop vif, l’éveillant, acheminant à ses nerfs la saine aliénation de la possession et ce furent à ses lèvres de répondre aux Siennes, emportées, animales, attardant le baiser dans une douce sauvagerie, appuyant la caresse de son ventre contre celui du courtisan, frémissant, extatique à leurs desseins conjugués

Sur le pas de la porte, Hubert s’arrêta, un broc d’eau dans la main, quelques linges donnés à la va vite par les soubrettes dans l’autre, ses yeux s’attardant un instant aux deux corps enlacés sur le lit, jaugeant dans l’étreinte un je-ne-sais-quoi d’à ce point personnel qu’il ramena la battant à la charnière sans mot dire, excluant momentanément le monde de l’Enfumée, presque gêné quand il avait pourtant en charge de veiller par les judas dispersés aux murs des chambres, sur les ébats des courtisans de la maison.

Aux ongles marquant sa peau, au ventre pressé du courtisan, Alphonse répondit en quittant la bouche, appuyant son front à la tempe nobiliaire, haletant un souffle chaud à son oreille, encensé par le parfum qui s’échappait de son cou. Il avait cru jusque-là que le jour où il posséderait Étienne, il le ferait avec la même colère qui L'avait submergé à leur première rencontre, convaincu que ce serait dans l’humiliation de l’autre qu’il trouverait sa revanche à l’ébranlement de son âme, mais à cet instant ci, aux fils éthérées de la drogue qui flottaient dans les yeux dépareillés du Griffé, la raison n’avait plus d’asile, dépenaillée au profit de l’instinct faune du brun, de cette envie qui lui cisaillait les pensées avec une force redoutable.


Je prendrai tout, répondit-il d’une voix rauque à la façon d'une promesse, étirant sans en avoir conscience l'intention bien au delà de la chair, venant lécher la trainée sanglante laissée à la peau, colorant ses lèvres d’un carmin doucement délavé, le gout ferreux du pourpre s’insinuant à sa bouche, agrémentant son sourire d’un reflet farouche. Je ne rendrai rien, poursuivit-il en dévorant le cou de baisers, les mains malhabiles d’Etienne vacillantes de drogues embrasant à sa peau le présent sans se soucier du futur, enfant stupide qui refusait obstinément de reconnaitre les prémices de l’agonie amoureuse et se jetait dans la gueule du loup, parce que le loup était beau, terrible et tellement touchant.

Ta peau. Ta peau contre la mienne. Vite. Maintenant.

La chemise fut chiffonnée dans les draps qu’ils froissaient, révélant le torse joliment dessiné du chat quand la mâchoire d’Alphonse se crispait en sentant pour la première fois leurs chaleurs se mêler, envenimées toutes deux par la faiblesse qu’ils acceptaient ce soir, parenthèse jetée à leur défiance, ne se rouvrant que pour mordre à pleine dents les cicatrices laissées aux épaules, aux flancs, quand le bassin persistait à flatter la raideur commune, ne la délaissant que pour glisser entre ses cuisses et parer l’objet de son désir de l’écrin de sa bouche. Au chemin du plaisir, il dispensa sa langue, déliée, experte, jouant du délicieux avec une habilité où la conscience des choses n’avait plus sa place, l’attention soumise uniquement à l’envie de sentir ce corps parfait frémir de tout son être en réponse à sa propre faim. Il envouta de va et vient la raideur à sa bouche, le gout d’Etienne s’incrustant à ses papilles voraces, écumant chacune de ses attentions d’un feu de plus en plus épicé, calant et contredisant tour à tour le ventre qui se gonflait et s’abimait, spontané, dans des mouvements de plus en plus saccadés.

Je voudrais que tu jouisses dans ma bouche, je voudrais que tu jouisses à mes reins, je voudrais que tu jouisses à ton ventre, je voudrais que tu jouisses à mes mains…
Sais-tu seulement à quel point j’ai envie de toi ?


Bourreau, il releva un regard fiévreux sur Lui, délaissant son membre sans l’avoir fait gouter à l’extase, volontairement, rongé par une envie d’ensemble qui serait éphémère, le sachant tout au fond de lui, coupable, victime, imbécile d’abandonner à la faveur de cette soirée, le venin de sa tocade. Appuyé sur un bras planté à hauteur des cotes abimées, il se redressa, projetant son ombre sur le corps brulant d’Étienne, amenant lascivement ses doigts à sa bouche pour passer entre l’index et le majeur la pointe de sa langue salée , suggestive, indécente, sous le regard du Griffé, ne les délaissant que pour les aventurer aux reins, savamment outranciers, sachant sublimer le plaisir au delà de la honte , et demanda dans le même chant qu’Étienne quelques instants plus tôt, le lacet de ses braies serpentant le long d’une raideur qui lui engonçait le ventre dans une douleur née de la frustration, écho jumeau des pensées du jeune homme :

Libère moi
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Etienne_de_ligny
L’envie, la fièvre, la drogue et le plaisir se décuplent sereinement. Le corps d’Alphonse se presse, se devine sous les doigts habiles du courtisan, le bas ventre s’électrise, s’envenime alors que les courbes de l’amant disparaissent, se glissent jusqu’à finalement lui échapper totalement. Il ne lui reste qu’à enfoncer la pulpe de ses doigts dans sa chevelure sauvage et à se perdre dans le soyeux de cette dernière. Les yeux clos, la bouche entrouverte, le Griffé se fait haletant, envieux jusqu’à ce qu’une fois son vit en bouche, logé dans la chaleur et l’humidité de sa bouche, il exalte un aveu, un râle de plaisir. Les reins se creusent alors violemment comme saisis par ce contact, cette bouche et cette langue qui se joue de lui et le noie, sadique, dans un plaisir intense et volage. Les doigts enserrent la chevelure, accompagnent les vas et vient du Félin et les soupirs du noble s’abandonnent au cœur de la pièce. Seuls, complices, libres de tout péché, de tout regard, drogué pour mieux s’abandonner, le Griffé déguste chaque caresse, chaque coup de langue qui le guide vers l’extase mais voilà…la bouche s’éloigne et la fraîcheur de la pièce vient happer son membre de frustration.
    Encore…
    Donne-moi ta bouche…
    Tes reins…Quelque chose…

Les yeux à nouveau ouvert sur lui, sur ce doigt qui se porte à sa bouche pour en savourer avec provocation le goût, Etienne inspire et peine à retenir cette morsure volontaire contre sa propre lippe. Envieux, suppliant, sa main reprend aussitôt possession de Ses lèvres qu’il vient happer avec violence. Il savoure à son tour ce goût salé qui vient se perdre sur ses papilles et s’enfoncer dans les tréfonds de sa gorge. L’aveu est salvateur, libérateur et alors qu’il peine à retrouver l’intégralité de ses sens, de ses muscles, il se relève tant bien que mal et invite d’un geste hagard son amant à s’allonger sur le ventre. Martelé par l’envie de le saisir, de lui offrir la chaleur de sa propre bouche afin de le torturer,

Etienne se résout finalement à le prendre. Son bassin contre le sien, prenant appui sur son avant-bras, le noble glisse sa main sur le devant de Ses braies afin d’en retirer le lien et de libérer le bas de son corps qui n’aspire qu’au son contact. Sa bouche se perd sur sa chair, mordant à pleines dents son épaule tout comme il sut saisir ses cicatrices, sa langue dessine un tracé le long de son échine alors qu’il vient de sa dextre empoigner son intimité pour la guider à l’entrée de Ses entrailles. L’envie le presse, échauffe ses tempes et pourtant, se rappelant la manière bestiale dont il le prit dans son bureau, Etienne se résolu à se fondre en lui, en douceur. Il s’immisce et râle…Son bassin s’avance pour mieux le saisir et finalement le posséder. Son corps regagne le sien pour savourer son contact, la chaleur de sa peau alors qu’une main remonte jusqu’à Sa bouche pour venir immiscer son pouce entre ses lèvres tandis que sa dextre libre s’abandonne jusqu’à sa source de plaisir pour venir la saisir et flatter de caresses brûlantes.

Les coups de reins se font de plus en plus amples, plus envieux, plus profonds et pourtant alors qu’il se sent épris par l’extase, il s’interrompt. Le souffle est reprit et le noble se laisse couler sur le flanc avant d’entrainer son amant tout contre lui, dos contre ventre, bassin contre bassin, une main entourant sa taille et l’autre bras glissé sous la nuque d’Alphonse, le Griffé regagne son bassin et ses entrailles. Il hume son parfum, écorche sa taille qu’il vient enserre avec force. Il ne veut rien perdre, pas un seul soupir, pas une seule perle de sueur, il veut le posséder jusqu’à l’abandon suprême.

Reste cette nuit…

Une seule demande pour apaiser ses sens, cette fois il ne veut pas que ses entrailles ou l’humiliation, Etienne aspire à rester à ses côtés, à s’abandonner totalement à lui et à sa peau. Il n’y a qu’à l’Aphrodite qu’il pourra être lui, à ses côtés…Pourquoi lutter après tout…La drogue n’est pas la seule fautive, ses sens entier le désirent. Sa main encrée à sa taille finit par l’abandonner pour qu’il puisse humecter de sa salive ses phalanges avant de les poser contre son vit et fluidifier ses mouvements de vas et vient. Il veut qu’il s’abandonne à lui tout comme il s’apprête à le faire en son sein. Il veut qu’il accepte ses excuses pour l’avoir ainsi violé ses entrailles…

L’envie le gagne, saisissante, radiant ses sens et son esprit. Plus proche de l’extase, plus prêt à l’accueillir et à la savourer, Etienne se laisse vaincre par cette vague qui s’abandonne en lui en un râle sourd et vibrant. Le palpitant retrouve son rythme, calme et posé alors que dans son esprit, le goût de l’orgasme ainsi que ces séquelles restent encore gravés et présents.

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Étreints, les corps se mouvaient dans un empressement fiévreux et pourtant délicat, brulés à vif par cette sensation d’enfin qu’accompagnait l’abandon de la raison, sa mise à mal par les affres d’un plaisir qui ne s’aiguisait que parce que c’était eux, l’apothéose d’un partage qui n’avait rien du carnage.
Le cœur battant à folle allure résonnait jusqu’à ses tempes, aiguisé par les mains d’Étienne s’accrochant à lui, le dévorant des empoignades qu’elles égrenaient à chaque vague de plaisir qui s’imprégnait à sa chair, le chat sombra dans la félicité de sentir la concupiscence rompre les dernières chaines L’entravant, éclaircissant même les lambeaux diffus de la drogue dilué à Ses veines jusqu’à la volonté née de l’impatience. Le plaisir de voir l’autre succomber était pour Alphonse un filtre qui empourprait ses sens d’une excitation animale, sourde, nourrissant l’âme de ce moment où les derniers fils se rompaient, affamé à en crever d’être vu, reconnu, voulu, lui qui avait passé l’équivalent d’une vie à se prouver qu’il existait.

Le poids d’Etienne dans son dos, ses dents mordant la chair sans concession, imprimant ses crocs dans le blanc de la peau, l’arrachèrent une seconde au moelleux salé de leur étreinte pour le ramener à la première fois qu’ils s’étaient rencontrés, duel ourlé de violence, de dédain et de mépris, tissé d’un désir incompréhensible, d’une rage impérieuse d’en prendre conscience. La douleur éclata à la manière d’une bulle de savon, fictive et pourtant si nette, souvenir dont le vernis avait persisté à la manière d’un garde-fou, ramenant le chat, fébrile, à un possible qui s’était dissous dans l’intimité de cette chambre et se consuma d’elle-même dans une certitude neuve qu’il discerna dès l’instant où s‘imprima le dessin du Griffé à ses reins. Dans sa gorge fondit un premier râle de plaisir, qu’il garda égoïstement pour lui, la chair bouillonnant follement en sentant Etienne le gagner avec une lenteur volontaire, presque inquiète, follement tendre et ne s’autorisa à gémir que lorsqu’il fut plein de Lui, de cet Autre impossible, insupportable, qui ramenait inexplicablement la flamme là où il l’avait pourtant vu mourir.
Bercées à la chaleur d’un désir tempétueux qui s’appliquait pourtant, attentif, à ne plus rien souiller, les chairs se lièrent dans une nouvelle danse faite d’une possession neuve, délaissant l’outrage perpétré pour n’y voir que le sublime de la cohésion, amenant la gorge du fauve à chercher l’air plus amplement. Au pouce gagnant ses lèvres, il répondit par une morsure née de la brume qui se resserrait sur ses pensées, et à la main venant égarer ses attentions à son ventre, répondit le frémissement tout entier de son corps subissant des lors les assauts conjugués et consentis d’Etienne. Emporté, pantelant, proie dans les griffes de cette ignoble et précieuse faiblesse, il accepta la vague le submergeant, ses hanches, instinctives, venant quérir le dû que leur assénait le bassin mâle vissé à son dos, oubliant tout, passé, présent, futur, feu se consumant dans l’instant sans plus se soucier de rien, et à qui soudain on impose la frustration de l’inertie, laissant éclater aux tempes comptables une tempête mêlant la rage au désespoir, la colère au dépit, l’inquiétude aux tourments. Lorsque la main du nobliau ramena le corps délaissé contre le sien dans le plissement des draps, Alphonse eut envie de feuler, bile noire enrouant ses cordes vocales, sur le fil de retrouver la conscience qui l’amènerait quelques heures plus tard à se revêtir de la crainte farouche de trouver l’empreinte de De Ligny plus profondément enracinée qu’à la chair meurtrie, et pourtant, tout fut balayé dans la seconde, inexplicablement, injustement. La dévotion d’Etienne éventra l’horizon pour laisser apparaitre un ailleurs, semant par la ferveur de ses attentions de nouveaux chemins, effaçant l’amertume pour ne garder que l’essence sucrée de l’envie la plus entière. Le souffle nobiliaire gagna son oreille, désordonné, tandis qu’il reprenait possession de lui, les enchevêtrant à nouveau, fatal, jetant le chat dans une extase qui s’offrait les largeurs du cœur battant à tout rompre de cette plénitude agitée.

Reste cette nuit…

Les mots le talonnèrent, le pressèrent, force vive, brulante, irradiante d’un tabou qui le maintenait loin des autres quand il cherchait l’apaisement du sommeil, et incapable de répondre par les mots, l’animal égrena les gestes en guises de lettres, s’affolant au même rythme que son amant, cherchant l’air à ses poumons brulant quand son corps se gorgeait d’une folie jumelle, amenant les couleurs chaudes à sa gorge à prendre une ampleur sonore en réponse à la Sienne, chaotique jusqu’à exploser d’un râle rauque lorsque la jouissance lyncha en lui ses dernières réserves, tendant son corps d’un spasme violent, nacrant la main nobiliaire qui étreignait éperdument son membre, poissant les doigts d’Etienne dans l’agonie de ses pulsations.

Flottant, extatique au fil coupant de la délivrance, le chat, le souffle court, la chair tatouée jusqu’aux nerfs par la présence du Griffé, contempla au travers du voile de la béatitude, les gravas qui jonchaient le sol de sa forteresse, le feu consumant ses récoltes, le ciel qui se fissurait et se morcelait pour chuter au sol, lambeaux en fusion, sans arriver à trouver l’énergie de la colère.

Il aurait voulu trouver la force de se lever, de renouer ses braies, d’attraper sa chemise qui trainait quelque part au pied du lit et de s’en aller sans se retourner, quitter Étienne avant que la réalité ne le cueille encore présent dans la chambre, avant qu’Il s'extirpe des limbes du poison qui circulait dans ses veines et l’avait dévoré cette nuit, chat ayant perdu la foi en l’Autre, chat convaincu que De Ligny reprendrait le chemin de ses travers sitôt les vapeurs de la drogue altérée par le temps, qu’il n’y aurait alors de la place que pour le mépris de son errance. Mais il en était incapable, condamné dans la chaleur essoufflée qui se répercutait à son dos, transi dans ce bras qui le maintenait quand les corps avaient pourtant fini par retrouver leur indépendance, trahi par sa propre chair qui savourait l’engourdissement de son ventre, l’odeur d’Etienne sur lui, leurs parfums mêlés étirant dans la pièce les premiers filins d’un cocon que l’un comme l’autre combattrait encore, égarés par l’orgueil et la crainte, quand ils savouraient pourtant avec tant de quiétude le gout de la défaite.
Alphonse grogna en s’écartant, le dos soudain gelé par l’absence de la peau marquée du brun à ses côtés, et, tâtonnant instinctivement jusqu’à trouver Sa main pour Le rabattre sur lui comme il l’aurait fait d’une couverture, emporta le brun dans le roulement qui l’amena ventre au lit, la ligne de son profil s’enfonçant dans l’épaisseur d’un coussin, le poids d’Etienne reprenant ses droits contre lui, odieusement apaisant.

-J’ai froid, argumenta-t-il d’une voix basse, parce qu’il était peut être au fond le premier à avoir besoin d’une excuse, à trouver une justification à la folie qu’il menaçait de commettre, à se raccrocher à une raison, aussi fausse et futile soit elle.

Je ne dormirai pas, tu sais.
Je ne peux pas.
Pas avec toi.
Pas avec toi, n’est-ce pas ?


Ses yeux noirs s’ombrèrent d’une résolution en se sentant vaciller, funambule déséquilibré par ses propres doutes,

J’écouterai ton souffle s’alourdir, s’espacer, devenir une mélodie entêtante …
Je te l’ai dit, je prendrai tout, je ne rendrai rien… j’emporterai ton sommeil, une fois, rien qu’une fois… parce que je suis faible quand tu es là… et pour ne pas oublier que ma nuit n’est pas à toi...


Le chat se trompait, enfant convaincu de ses résolutions, s’y accrochant avec une force proche de la crédulité, et le savait peut être déjà, ayant gouté une fois déjà à ce calme au creux de la nuit, reconnaissant dans le plomb de son corps, le gout du sommeil partagé. Dans quelques minutes, il s’endormirait, épuisé, éreinté, dans un coma nocturne sans rêve, trêve jetée là par le caprice de la passion, née pour le narguer et passer à son front malade, les baumes les plus inattendus.

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Etienne_de_ligny
Dormir contre un homme, les bras accrochés à ses hanches, son parfum emmêlé au sien, son souffle se perdant contre sa nuque, sa chaleur irradiant son être, jamais il n’aurait osé. Péché sordide, faiblesse contre nature, Etienne se sentait néanmoins apaisé par son contact et sa présence. Il hume son odeur et se laisse emporter par la fatigue et le poison d’ivresse. A ses mots qui se perdent, il n’en perçoit que quelques sons sans en comprendre le sens. La seule chose qui l’étreint à la réalité, reste ce contact qui disparait et s’anime à nouveau pour l’enflammer à son insu. Ainsi, les flancs du Comptable sont à nouveau pressés alors qu’il semble être le seul à trouver rapidement le sommeil.

Pendant la nuit, pas une fois les iris vairons n’auront quittés les abysses. Noyé dans des songes profonds, l’esprit d’Etienne n’aura retrouvé les foudres de la réalité qu’une fois le poison entièrement digéré et dissipé. La gueule enfarinée, les tempes fracassées par une douleur digne de la plus frappante des cuites, le Griffé retrouve la vérité et le poids d’une culpabilité naissante. Entre ses bras, le corps encore brûlant de son amant et contre le bas de ses reins, son envie matinale qui doucement s’embrase à son contact et aux souvenirs de la veille. L’intérieure de sa joue est mordue et son corps, coupable, se détache du sien. Le contact lui manque déjà et pourtant son esprit, sa rancœur, sa virilité mal placée, lui ordonne de reprendre ses esprits et de quitter à jamais ses reins.
    "Qu’as-tu fait ?
    Tu as pris ses reins, succombé au plaisir ?
    Tu as pris ton pied qui plus est…
    Quel homme es-tu désormais ?
    Que penserait ta sœur ? Tes parents s’ils étaient encore en vie ?
    Tu te sens homme à t’être entiché de ce gueux comme le ferait une donzelle ?
    Tu te sens mâle de n'être ainsi qu'un vulgaire sodomite ?

    …Je suis un homme et personne de ma famille n’a besoin de…savoir.
    Quant aux autres, mes poings se chargeront de dissiper les doutes sur ma possible virilité et masculinité..."

Son échine se redresse et assis sur la couche, le dos plaqué à même le mur, il contemple le corps d’Alphonse encore à moitié endormi. Ses tripes, son bas ventre, ses doigts et sa bouche n’aspire qu’à le retrouver, qu’à savourer son contact et à renouer avec la douceur de sa peau. Néanmoins, le voilà plonger dans un tourment qu’il n’avait eu de cesse de fuir. Il avait succombé avec l’excuse de l’alcool, oui c’était ça, une excuse…Mais en avait-il vraiment besoin finalement ? Il avait savouré chaque soupir, chaque caresse, le moindre de ses coups de langue alors pourquoi diable se sentait-il sali et souillé par ce qu’il avait éprouvé et vécu. Jamais il n’avait autant vibré qu’au son de cette insouciance mêlée à l’impudence véritable. La solitude, l’ivresse, Lui et son propre abandon...Etienne, pour une soirée, s’était laissé aller au plaisir et à sa nature caché et malgré lui, il en redemandait encore.

Doucement il laisse couler son regard sur le corps et les muscles d’Alphonse alors qu’il sent en lui monter le désir. Le souffle se coupe légèrement et veillant à ce que la porte soit encore close et le Comptable endormi, il regagne sa place à ses côtés, pressant son bas ventre contre le bas de son ventre. Un soupir s’échappe alors qu’il vient presser ses fesses et se glisser entre ses dernières. Il savoure à nouveau sa chair, son étreinte et ses doigts s'empressent de presser cette chair qu'il désire avec fièvre.

Je m’assumerai qu’ici lieu…
    "Pour nous..."

La menace reste en suspend alors qu’il glisse sa main contre sa nuque et qu’il s’insinue doucement en lui. Sa main libre s’agrippe à ses hanches alors que son bassin se plaque contre les reins de son amant. Un gémissement de plaisir s’échappe de sa bouche et se perd volontairement contre son oreille alors qu’il vient s’enfoncer jusqu’à la garde. Le réveil se fait ainsi…En lui, la main pressée contre sa gorge, sa joue contre la sienne, sa bouche prête à aspirer le premier soupir qu'il rendra.

...Mais si tu t’écartes de ce bordel afin de retrouver mon vit au risque de nous exposer, un rappel à l’ordre s’imposera et ce même s’il me faut de nouveau lever à nouveau la main sur toi.
    "Ta croupe m'a manqué...
    Embrasse-moi, toi qui cause ma perte".

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Le sommeil était un royaume sacré, dépeuplé, arpenté de longues nuits si seul qu’il en avait le dégout du partage, esclave d’une exception qui en disparaissant avait fini d’anéantir le peu d’espace qu’il avait consenti à laisser à la présence des autres et lui pourtant si habitué fuir ou à veiller dès lors qu’une silhouette serpentait dans les draps à ses côtés, s’endormit en quelques instants, vaincu, anéanti. Les heures s’égrenèrent alors, lourdes, salvatrices quand il ne s’accordait habituellement qu’une poignée d’entre elles chaque nuit, fuyant l’ombre du lit vide, paradoxe de celui qui n’y invitait quasiment jamais personne, et il s’y enveloppa, oublieux, offert, engourdi par la chaleur du corps lové au sien, par les odeurs mêlées qui s’enracinaient à ses sens, par la respiration qui, pesant à son dos, résonnait à la sienne, jumelle, dans le néant du rêve comme dans la satiété à se répondre.
La fuite première du Griffé ne le réveilla pas mais écorcha son sommeil, troublant l’onde immobile dans laquelle il avait chu, ramenant les instincts du chat à se trouver attentif à tout sans en avoir toujours conscience, changeant de strate pour marcher dans celle qui se déchire du moindre bruit, du moindre changement, aussi, tant que De Ligny resta dos au mur à le regarder, il poursuivit son union à Morphée, pantin fragile dont le souffle chaud s’égarait aux lèvres entrouvertes, corps au repos, chair sans défense, innocente créature jetée en pâture aux remous qui torturaient Étienne dans sa contemplation. Il ne suffit que d’un mouvement, froissant les draps dans la reconquête de la place abandonnée pour tirer Alphonse hors des limbes, amenant son regard à s’ouvrir encore hésitant, ses prunelles noires à discerner ce nouveau matin dans une odeur qui n’était pas celle de sa chambre, dans des draps qui n’étaient pas à lui, ramenant avec une précision diabolique et une rapidité incompréhensible, les éléments à leur place jusqu’au tumulte d’images s’imposant à ses tempes, l’arrachant en moins d’une seconde, au moelleux du repos pour l’ancrer abasourdi dans une réalité corrompue par les courbes fermes venant quérir son dos.
Il s’était endormi, lamentable esclave dont les chaines n’avaient pas su le retenir dans le monde des vivants pour quelques heures, le précipitant dans la honte de s’être laissé bercer et la colère bouillonnante de se sentir si profondément serein quand tout aurait dû le précipiter hors de la couche avec fracas. L’amertume laissée par ses résolutions bafouées dansa devant ses yeux en ronde assourdissante, pointant d’un doigt grêle le risible des convictions dont il s’était entiché lorsqu’il avait cédé à la demande d’Etienne, et contempla, hébété par sa rage, leurs chutes enflammées dans ce ciel alourdi d’une faute dont il était seul coupable


Je m’assumerai qu’ici lieu…

La nausée balbutia à sa gorge quand son corps, traitre, reconnaissant le grain de peau irrégulier se plaquant à lui, se fit lascif, docile, fusionnant aux envies que semait Etienne, les hanches ne délaissant le roulis des rêves que pour épouser instinctivement celui du bassin qui s’immisçait à ses reins, gangrené par la divine essence du plaisir, par cette insupportable délivrance à sentir les mains du nobliau dépassé par ses démons, oser s’approprier ce qui leur faisait envie sans plus de scrupule. Au réflexe naturel de l’éveil se tissa le désir, immédiat, animal, écho embrasé au soupir déversé à son oreille, ensevelissant le comptable dans un duel entre l’esprit et le corps, car si les tempes hurlaient leur mépris au nez du chat encore embrumé par les vapeurs nocturnes, sa chair s’amourachait indéniablement de son profanateur pour l’accueillir dans une inspiration se suspendant à la douleur précédant le plaisir. Il suffoqua un instant en sentant l’emprise d’Etienne se refermer sur lui, sa main empoigner sa nuque, son corps se presser contre le sien jusqu’à buter contre lui, égrenant le trouble d’une voyelle rauque à la bouche féline, délayant la souffrance dans la brulure de la concupiscence, irradiant les nerfs d’un frisson extatique les enrobant aussi brutalement que définitivement, déchainement à son ventre une raideur pleine.
La joue d’Etienne se plaqua à la sienne, répercutant dans son cou son souffle entravé d’une excitation sourde, aux reflets colériques, diluant dans chacun de ses mots la menace salutaire, nécessaire à enfin dissiper la mélasse de ce sommeil bienheureux, de cette nuit de calme, de cette soirée abandonnée

...Mais si tu t’écartes de ce bordel afin de retrouver mon vit au risque de nous exposer, un rappel à l’ordre s’imposera et ce même s’il me faut de nouveau lever à nouveau la main sur toi.

Les chats possèdent neuf vies, le savais tu, Etienne ?
J’ai perdu la première, le jour où j’ai quitté les miens.
J’ai perdu la seconde le jour où Quentin est mort.
J’ai perdu la troisième sur les toits de Notre Dame…
Il m’en reste six… Je peux bien en sacrifier une pour te survivre


Les lèvres d’Alphonse s’élargient jusqu’à gagner le dessin d’un sourire délicieusement arrogant sous la capture des doigts nervurant son cou, entravant son souffle, les crocs effleurant l’empreinte de la moue d’une teinte carnassière, l’ombre des yeux se densifiant en se plantant dans le fractal des prunelles nobiliaires dont le couperet le dardait avec attention, se révélant proie mais mâle dans toute sa superbe .


- Epargne-moi tes menaces… Un silence insolent dans lequel se répercuta la respiration palpitante à la main nobiliaire, jetant aux travers du fil suspendu à leurs yeux le sable nécessaire à fausser leur vision pour s’assurer le salut. En dehors de ces murs, tu n’existes pas, mentit-il avec un aplomb sincère dans un murmure cruel quand son visage exhalait l’osmose des corps entremêlés, habillant ses traits du plaisir affiché, incube sacrifié, immolé au prix de ses propres vices, s’offrant pour mieux perdre l’autre sans se rendre compte que c’était ses propres cornes qu’il polissait jusqu’à baisser la garde. Existe pour moi maintenant, chuchota-t-il d’une voix entravée par l’extase qui le gagnait et contre laquelle il ne luttait plus, …c’est tout ce que j’attends de toi…

Hier, j’ai cru entendre mon cœur battre.
Ridicule n’est-ce pas ?


Le coude replié sous lui-même, sa bouche happa la sienne sans plus de préambule, affamée, résolue quand la danse instinctive des corps se perdait au baiser, finissant quand il se sentit rassasié par lui mordre la lèvre avec un air de chat, insaisissable, prêt à disparaitre. Le bras jusqu’alors replié pour que s’enfouisse la dextre dans la masse brune des cheveux d’Etienne délaissa son angle, les doigts abandonnant le soyeux de leur poigne pour saisir la main qui entravait son cou, et volontaire, l’en décrochèrent pour la faire glisser le long de l’aine, où s’impatientait son membre frémissant, gémissant à la bouche du Griffé pour le braver lorsque le feu se délaya au ventre comme aux reins, enflammant les braises du tempo jusque-là orchestré.

L’as-tu entendu, toi ?
J’ai failli en devenir sourd…


Dévoyé, entier, résolu à soumettre le corps à la chair puisque c’était la seule solution qui s’offrait, soulagement amer, douceur aigre dont il célébrait la fatalité en l’enviant, le jeune homme se fit porter par la foudre, épousant l’emphase du plaisir à chaque à-coups qu’il subissait, une main jointe à celle d’Etienne autour de sa délivrance, l’autre, au bout d’un coude replié, venant se crisper à s’en damner à la nuque du Griffé. Emporté par une vivacité neuve, l’appétit du fauve brutalement nourri par le chemin qu’il pensait pouvoir arpenter sans risques s’appliqua à jouer de ses charmes, fondant à Son corps sans plus de mesure, venant chercher le feu à la gorge, l’empressement à prendre ce qu’on était venu chercher et rien d’autre.


J’aime ta musique. Tes soupirs, la teinte de ton souffle, les intentions de tes mots… Tout cela me tue.
Consume-moi, qu’il ne reste rien de cette ombre informe de toi qui s’accroche en moi au-delà de l’étreinte. Anéantis ce stupide cœur qui me trahit. Baise moi jusqu’à plus soif, que ça perde de son gout, que ça ne me réchauffe plus, que je cesse de lutter contre moi-même pour enfin me retrouver seul, navré d’avoir été aussi idiot, sans plus trouver de charme au fait que ce soit toi.



Balayé par la morsure qui le submergeait, il perdit le souffle de concert avec Lui, s’immergea, s’attela à savourer les articulations blanchies d’Etienne à sa peau jusqu'à le perdre Lui aussi dans le béatification de la jouissance, son corps pris par le chaos d’une nouvelle plaie, et égara le fil de la raison dans une exclamation rauque en s’enfonçant, extatique dans le bien être vaporeux du plaisir, maculant l’âme de noirceur quand c’était le nacre qui empâtait les doigts de De Ligny. Essoufflé, frissonnant, gelé jusqu’aux os, il répudia l’envie de se réfugier dans Sa chaleur au profit du costume choisi, chat de nouveau, félin naïf, déterminé à paraitre et ne plus être, s’étirant le long de la peau balafrée, se dégageant de son emprise pour se retourner et, serpentant le long de son corps, écrasa un baiser insolent aux lèvres.


-Viens me voir à la Maison Basse la prochaine fois, j’ai fait en sorte de doubler le prix de ta passe au vu des circonstances. Les lèvres s’égarèrent dans le cou, avides, tendres, disséminant à la peau d’Étienne le savoir avec lequel il chérissait chaque corps s’offrant à lui, mais l’étincelle savamment muselée, luisant parfois pourtant dans une intonation, dans un geste, dans le dessin des lèvres venant narguer les siennes. Qui sait ce que nous trouverons à faire si le temps s'y prête... rajouta-t-il en mordillant le dôme brun à portée de ses dents dans un sourire qui s'entendait jusque dans les courbes de sa voix, quand lentement, le corps se dissociait du sien, égarant les dernières douceurs le long de l’épaule la plus abimée, et quittant définitivement la chaleur du nobliau, les nerfs grinçant de ce sacrilège, Alphonse lutta pour ne pas y replonger dans la seconde, égarant un instant son sourire au profit d’un air grave, mais inflexible. S’asseyant sur le rebord du lit, il laissa courir son regard sur le sol de la pièce, cherchant les vêtements perdus dans la nuit Il faut que je passe par mon bureau, poursuivit il , volontairement badin, léger, futile comme il s’était promis de l’être au creux de leur étreinte matinale, trouvant ses braies froissées entre les draps et les récupérant en se levant pour les passer. Fais un détour par les cuisines pour avaler quelque chose. Rentrer chez toi le ventre vide après une telle descente est le meilleur moyen qu’Aliénor te trouve mauvaise mine, conclut-il dans un sourire qu’il n’osa pas porter sur Étienne, conscient de la faiblesse qui le menaçait en ramenant la réalité entre eux comme si elle n‘avait aucune importance, bouleversé au delà de ce qu'il pensait, découvrant dans sa gorge un nœud qu'il se mit à haïr plus fort encore que tout le reste.

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Etienne_de_ligny
Comme si de rien était ou presque.

La jouissance est là, à portée de main et de reins. Elle s’invite à eux telle une finalité salvatrice et c’est dans un soupir rauque commun qu’elle s’éteint et se refroidit. Le corps autrefois brûlant se laisse toucher par la fraîcheur et ces corps qui ne faisaient qu’un se dérobent pour devenir de simples étrangers. Cela aurait pu être banal si Alphonse avait été un client et qu’il avait pris ses reins en tant que courtisan, mais la réalité était tout autre et ce semblant d’indifférence était aussi glacial que son absence dans la couche.
    "Tu veux jouer à ce jeu, Alphonse…Soit."

Etienne reste à même la couche tout en prenant le temps d’essuyer les quelques gouttes de sueurs qui perlent encore son front et sa peau. Sur ses doigts, les traces d’Alphonse qu’il porte aussitôt à sa bouche afin d’en savourer le goût. Ses yeux vairons se portent sur lui alors qu’il lèche minutieusement ses doigts, un par un avant de finalement mimer ses actions. Il se relève à son tour, oubliant le sens même de ses paroles, se fixant uniquement sur ce qui se déroulera en dehors de ses murs, au-delà de cette demeure et de cette chambre. Seul le nom d’Aliénor finit par le sortir de cette torpeur dans laquelle il s’était volontairement niché, redevant le Noble et non le Griffé tout comme l’Amant était redevenu le Félin sauvage.

Ne t’occupe pas d’Aliénor veux-tu. Tu as du travail et quant à moi, il me faut me redonner une apparence convenable et oublier ce poison qui doit encore couler dans mes veines.

Tout redevient insipide tel que le Comptable l’avait souhaité en quittant la couche de manière aussi abrupte. Le Noble se relève et remet ses braies, sa chemise et ses bottes. L’apparence est presque sauve malgré la coiffure et les cernes. Prenant le temps de s’arrêter devant une glace, il ne peut que constater avec regret ce teint blafard et maladif, celui-là même qu’il revêt en temps de cuite. L’excuse était ainsi toute trouvée, une nuit d’ivresse dans une auberge, comme il en avait l’habitude autrefois.

Quant à la gueule enfarinée, elle avait un air familier. Etienne adresse un unique regard au Comptable avant de quitter la pièce sans attendre son dû, sans espérer de sa part ne serait-ce qu’une caresse. A cette heure, malgré le lieu, ils n’étaient plus que transparences et désillusion. La frontière avait un goût amer, tout comme ce réveil. Arrivé à sa hauteur, le Noble laisse entendre sa déception à laquelle se lie sans détour, le poids d’un regret.

Je m’attendais à mieux de ta part Alphonse.
    "Tu étais le premier à me révéler qui j’étais et pourtant, tu auras su me figer dans cette amertume décevante.
    Ignores-tu le poids de cette révélation, de cette nuit ?
    Peut-être n’as-tu pas tort, mieux vaut rester ainsi…
    Je t’aime moi non plus.
    Après tout, j’ai commencé le premier par les menaces, tu nous as achevés par l’indifférence."


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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Le murmure éventra la légèreté dans laquelle s'était retranché le félin, certain de ses forteresses quand il aurait dû se méfier de la facilité avec laquelle Etienne les foulait au pied depuis leur première rencontre et il ne suffit que d'une seconde pour qu'une colère saturée n'entrave jusqu'à la dernière miette de sa réserve habituelle. Le gouffre l'avala, la cage de l'animal s'évanouissant dans les mots de De Ligny, consumant tout son être d'un sentiment d'injustice tel qu'il s'en trouva le cœur vitrifié avant qu'il n'explose dans le fracas sanglant d'une palpitation tonitruante de vie.
Sa main empoigna l'épaule d'Etienne qui s’apprêtait à le dépasser pour l'envoyer dos à cette porte encore close qui menaçait de le voir partir.


A mieux?, explosa-t-il quand les doigts de sa senestre se crispaient au tissu, tétanisés par une rage éclatante, le sourire de circonstance qu'il avait choisi en réponse aux règles édictées par son amant disparu, ravalé au profit d'une mâchoire tendue, d'un regard noir, épais, abime dans lequel se lisait tout le tourment des coups portés entre eux et encaissés avec la patience maladive de ces funambules dont le vertige était encore préféré à la terre ferme.
Comment oses tu?, poursuivit-il, troublé par la propre puissance de sa voix quand il avait si peu l'habitude d'user de l'embrasement lors des confrontations qu'ils livraient au quotidien, symbole des défaites les plus virulentes auxquelles il avait assisté, et pourtant crève-la-faim y trouvant soudainement une substance nourricière, salvatrice, vitale, animal découvrant le plaisir incommensurable de l'explosion
Comment oses-tu quand tu me menaces en me tenant contre toi?, demanda-t-il, ne baissant le ton que pour lui laisser découvrir la lave serpentant à son timbre. La dextre se plaqua sèchement au chêne patiné de la porte, étoile aux branches longilignes dont l'adhérence blanchissait les jointures pourtant déliées et tandis qu'il se penchait jusqu'à réduire la distance entre eux à quelques centimètres, l'acculant un peu plus au bois, continua, grognant, le feulement du félin ayant laissé sa place au grondement du fauve, vêtu de sa seule souffrance à concevoir la fin de cette nuit dans la bile amère d'une désillusion dont il ne sentait coupable en rien, borgne au royaume des aveugles.
Comment peux-tu parler de déception quand tu l'as injectée toi-même à mon oreille d'un simple murmure?, l'accusa-t-il, sombre autant qu'il était blême, une mue courant le long de ses nerfs pour les laisser à vif, fragiles, neufs, sans antécédents pour les guider aux réactions qu'ils auraient dû choisir d'assumer, sursautant à au moindre frôlement.
Qui crois-tu que je suis? Une de tes maitresses imbéciles qui songe que le paroxysme de l'amour est de se promener main dans la main aux yeux de tous? Que je vais courir à tes fenêtres pour te crier que j’ai envie de toi? Pour qui me prends-tu donc ?!, l’interrogea-t-il sans lui laisser le temps de répondre, la chair, le dépit et l’orgueil ayant à ce point enflé dans l’épanchement qu’il sentait en lui monter l’envie de la violence comme dernier catalyseur.

Il emporta dans une exclamation rageuse un juron dans sa langue natale, délaissant la chemise avec une moue furieuse, ramenant une main nerveuse dans ses cheveux, dégageant son front, enfant perdu au creux d’une colère qu’il savait traitresse sans pouvoir s’empêcher d’y vibrer tout entier...

Je lutte, tu sais, de toutes mes forces, sans jamais savoir si je veux t'embrasser ou te mettre à genoux... Et chaque fois, malgré...


Pour la première fois depuis des mois, les pensées et la voix du félin se coordonnaient sans qu'il s'en rende compte, aveuglé par cette fièvre livide, spectateur des vérités qu'il égrenait quand ses onyx se figeaient à nouveau sur leur proie, poursuivant, la brûlure rentrant lentement ses griffes au profit des mots, la voix retrouvant un flot moins criard, plus mesuré sans pourtant être maitrisé

... toute la détermination que j’y mets, ce sont à tes lèvres que j'échoue parce que tu me plais...
Sais-tu seulement ce que j'ai ressenti quand tu m'as attiré à toi hier, la façon que le temps a eu de se décomposer... Cette sensation de vacillement, cette envie…
Il s'interrompit, comme on respire, le long d’une phrase dont les accents prenaient la rondeur d’un chemin plus apaisé. Si mon indifférence te déçoit, si mon existence t'inquiète, que dois-je faire ? Il laissa un sourire déséquilibré d’émotions illustrer son égarement au fil de la colère, s'attardant un instant dans la proximité du visage nobliau, son pouce venant effleurer la lèvre jumelle avec une lenteur naturelle jusqu’à rejoindre la joue pour y dispenser la chaleur de sa main avant qu’elle ne se mêle aux cheveux avec une délicatesse presque craintive, la tempête passée le laissant sur une grève neuve, incertain mais concerné, vacillant mais sans avoir pris la fuite, sans avoir choisi le silence en guise de réponse, délaissant la victoire qu’il s’était promis pour la suspendre aux yeux dépareillés d’Etienne
Il appuya son front au sien, les souffles se trouvant sans se mêler, le derme givrant quand les sens soupiraient d’être à nouveau capables de sentir Son odeur éclaircie du reste.
Ne peux-tu pas me faire confiance ?... Juste… baisser ta garde et me faire confiance ?
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Etienne_de_ligny
Sous la violence du choc, la mâchoire s’enserre tandis que ses phalanges, éperdues, effleurent ce tissu qui vient glisser entre ses doigts. Cette étoffe est Sienne et malgré le venin qui s’échappe des lippes du Comptable, le Griffé semble ailleurs. Par cette proximité, le noble se contente d’humer chaque flagrance de son odeur et d’absorber cette énergie dévastatrice qui l’habite et le consume. Ainsi, ses iris vairons se perdent sur cette bouche qu’il aimerait happer de plein fouet, sur cette gorge tendue contre laquelle il désire abandonner quelques morsures salutaires, sur ce ventre qu’il désire à nouveau étreinte de sa dextre afin de savourer ses soupirs et sa vigueur...

Sous cette agitation et ce chaos, Etienne ne réagit à aucun mot, réalisant simplement l’évidence : le poids de cette attraction et les répercussions de ses propres mots. Ainsi, sous ce regard noir, ces gestes vifs et agacés, ces paroles piquantes et brûlantes se cachent l’intérêt qu’il lui porte. Il n’y a jamais eu d’indifférence, au contraire. Alors pourquoi le De Ligny repoussait cet être qui n’aspirait qu’à briser ses défenses pour mieux s’y loger ? Pourquoi le menacer alors qu’il était là, lové entre ses bras et prêt à ne faire qu’un ? La moralité, l’orgueil, la peur ?...Qui sait.

Las de ce contact futile, la pulpe de ses doigts vient se glisser au-delà du vêtement pour venir retrouver sa peau, cette chaleur dont il était devenu dépendant et alors que le Comptable s’agite une dernière fois pour le priver de ce contact, le palpitant d’Etienne se fige. Angoisse.
    Reviens…
    J’ai merdé…Je sais.
    Reviens Alphonse...
    Ne me fuis pas...
    J'ai...Besoin de ton contact...

Soudain telle une réponse à son attente, le corps désiré se presse à nouveau et le souffle chaud et réconfortant de l’amant se perd sur son visage. Sous le contact de cette lèvre qui vient le happer, Etienne sent monter en lui le poids du soulagement. Le palpitant retrouvant son office, le Griffé se hâte et emprisonne les hanches entre ses serres pour ne plus être en proie à ce manque, à cette inquiétude violente de ne plus jamais le sentir contre lui. Là, Plaqué contre lui, sentant sa cage thoracique se gonfler contre son torse, un murmure se glisse jusqu’à son oreille.

Ne peux-tu pas me faire confiance ?... Juste… baisser ta garde et me faire confiance ?

Baisser sa garde ? En était-il simplement capable. Depuis sa jeunesse, ce furent des coups qui forgèrent cette épaisse carapace. Qu’ils fussent donnés par des poings, le tranchant d’une lame ou l’animosité d’une critique, tous firent de lui ce salaud au cœur de pierre reconnu aujourd’hui. N’aimant que lui-même et sa sœur, culbutant femmes et putains sans jamais espérer s’en enticher, Etienne n’eut jusqu’à présent aucune raison valable de se préoccuper du sort d’autrui.

Et pourtant…Sous ce frisson qui lui arrache l’échine dès qu’il dévore ses lippes, sous cette angoisse qui le submerge quand il le fuit, sous cette attirance charnelle qui embrase son bas ventre par un simple regard, le Griffé ne peut que se résoudre. Sa main remonte doucement, griffant le dos du comptable avant de s’échouer dans cette tignasse domptée, il l’attire à lui et vient saisir ses lèvres avec une étrange retenue. Ce baiser lui brûle le ventre, embrase ses sens et pourtant, il se contient, enchainant volontairement ses envies primaires pour la solennité de l’instant. Il ne restera pas plus longtemps ici lieu. Le noble se doit de retrouver sa propre demeure et de rassurer Aliénor mais avant de franchir la porte de la chambre, Etienne abdique.

Je ferai…cet effort.
Pour toi…

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