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[RP Août- Ouvert] La moralité ne paye pas.

Etienne_de_ligny
La morale et l’éthique ne doivent être un frein à la détermination.

Paris, ville de luxure.

Loin du domaine, de son retranchement, Etienne et Aliénor arrivent enfin à la capitale après plusieurs jours de route. Légèrement harassé, c’est avec réserve que le noble regagne l’appartement parisien. Depuis la mort des ascendants, c’est la première fois qu’ils foulent le sol de cette demeure secondaire et à cet effet, il ne peut se retenir de poser sur sa sœur un regard compatissant et protecteur.
    - Ouvre les fenêtres, Alinéor s’il te plait. Il faut que l’on aère.

Au sein de l’appartement, les décorations, les souvenirs, les portraits familiaux se sont recouverts d’une épaisse couche de poussière. L’atmosphère est chargée, pesante et l’odeur qui y règne est nauséabonde. Ça suinte le renfermé et la nostalgie. Feintant l’indifférence, le Brun arpente les couloirs jusqu’à la salle d’eau et prépare de quoi réaliser la toilette d’Aliénor. De l’eau est mise à chauffer, ses propres bagages sont méticuleusement déballés dans cette chambre qui fût autrefois celle d’un couple uni et aimant.
    - J’ai posé tes bagages dans ta chambre, Ali. Ne tarde pas à ranger tes affaires, je suis en train de préparer ton bain. Cela te permettra de te détendre un peu…

Suite à ces mots, la porte de la chambre est fermée. Le noble s’isole un court instant. Etienne s’installe sur le bord de la couche, ressassant douloureusement l’annonce qui lui fut transmise et qui bascula à jamais la vie des héritiers De Ligny. Ce fut dans cette ville qu’ils trépassèrent. Selon les dires des maréchaux, deux brigands furent appâtés par leur naïveté et leur richesse apparente et leurs tendirent une embuscade. « Ils sont mort sur le coup » qu’ils rajoutèrent. Toutefois, Etienne malgré son jeune âge n’était pas dupe, les brigands ne s’encombrent pas de ce genre de précaution. Enfin, quoiqu’il en soit ce passé est révolu et les larmes furent déjà versées.
    - Aliénor, le bain est prêt et tu as de quoi souper dans le panier. Je vais en ville, seul. Pour ta sécurité, je te demande de fermer la porte derrière-moi. Ha ! Si jamais le temps te parait trop long…Tu pourras toujours commencer à apprendre à être une bonne épouse en nettoyant l’appartement pour qu’il soit impeccable à mon retour, qu’en penses-tu ?

La pique est lancée, taquine et mesquine à l’adresse de la petite et c’est légèrement soucieux mais néanmoins prudent qu’Etienne regagne les pavés parisiens. Secret, réservé, le Brun ne pipera mot sur les raisons de son départ, comme à son habitude. Ses sorties nocturnes et ses aventures, font partie intégrante de son jardin secret et depuis le temps, cette dernière s'était résignée malgré elle, à ne plus l'interroger.

Plan en main, le noble s’aventure d’un pas décidé dans une rue précise de la Capitale. En effet, sa venue ici lieu n’est point due au hasard. Il avait eu vent d’un recrutement effectué par un bordel réputé et luxueux, un lieu de perdition où les nobles et les activités licencieuses formaient un tout, une unité salvatrice et corruptible. Pourtant et contre toute attente, ce n’est pas en tant que client que ce dernier comptait annoncer sa venue mais bien en tant que courtisan. Habitué aux plans foireux, aux combats, aux paris, aux actes licencieux qui payent mieux que l’Honneur, Etienne n’était effectivement plus à une activité profanatrice près.

Correctement vêtu et propre sur lui, le noble réussi finalement à retrouver le bordel en question. L’Aphrodite. Quelques regards méprisants, accusateurs et hautains se posent sur lui au fur et à mesure que les passants croisent sa route mais à cela, Etienne se contente de répondre par un sourire à la fois provocateur et pervers. Il connait que trop bien la jalousie et l’ignorance de ces femmes qui ont perdu toute leur fermeté et leur beauté, tout comme il connait la fidélité de ces époux peu gâtés par leurs épouses frigides et ignares en la matière…

Serein et ferme, le Brun frappe à la porte du péché.

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
--_le_portier


La nuit venait de tomber sur la capitale, et l’Aphrodite comme quasiment tous les soirs, venait de faire allumer sa lanterne rouge, phare discret et perçant pourtant l’obscurité de son halo carmin comme nulle autre lumière dans la rue. Le bordel avait fière allure, niché au creux d’une rue parmi tant d’autre mais gardait au creux de son écrin, ses plus beaux et mystérieux atours quand la parade de sa façade en annonçait pourtant les charmes.
Lorsque les coups furent toqués à la porte, Fabian venait juste d’arriver à son poste, et, délaissant à regret le verre qu’il s’était fait servir au comptoir, s’empressa d’ouvrir le panneau en gardant la contenance qu’on attendait de lui. Son regard s’arrêta sur un jeune homme sobrement mais bien vêtu, la mâchoire volontaire, et le regard aiguisé. Un simple coup d’œil du portier lui suffit à juger dans la carrure de ce client une similitude avec la sienne, fluide, nerveuse, et si on ne la décelait chez le portier que lors d’une empoignade, elle se lisait par contre jusque dans la moue sereine du brun qui lui faisait face.


-Bienvenue à l’Aphrodite Messire, le salua-t-il en s’effaçant pour le laisser passer.

Refermant la porte derrière lui, il poursuivit, avenant, sous entendant la règle d’or des bordels par un bras poliment tendu pour le défaire si besoin de ses effets et surtout de ses armes :


-Souhaitez-vous que je vous débarrasse avant que vous ne trouviez à vous occuper au salon ?
Etienne_de_ligny
La porte s’ouvre enfin et le brun découvre le visage du portier. Une carrure semblable à la sienne et une allure distinguée qui le différencie, sans mal, de ces nombreux portiers qu’il a pu croiser durant ces dernières années. A peine le seuil est franchi qu’Etienne se sent happer par ces fragrances, ce parfum de femmes et d’encens qui attise et enivre l’être. L’atmosphère est douce, feutrée mais néanmoins marquée par le vice et la décadence. L’Aphrodite dénote alors par son élégance et sa suggestion. Les teintures, les statues, la décoration raffinée et délicate, tout ce soin appelle à la décadence et au dépaysement.

Néanmoins, à l’heure actuelle, Etienne se doit de montrer patte blanche et déposer son unique arme, sa dague. Le brun n’est pas de ces hommes qui aiment à s’équiper lourdement, premièrement car suite à sa blessure le poids d’une épée lui est insupportable mais surtout car il avait appris à compenser son handicap à l’aide de ses poings.

- Je n’ai que cela sur moi. D’ailleurs ma visite n’est pas une visite de plaisir…Je viens suite à une annonce de recrutement et il me faudrait rencontrer le patron pour cela. Est-il disponible pour un entretien ou suis-je venu à une heure inappropriée ?

Le portier acquiesce et range aussitôt l’arme d’Etienne dans le vestiaire avant de se retourner et lui poser une ultime question.

- Qui dois-je lui annoncer ?

Le sourcil d’Étienne s’arque et c’est naturellement qu’il se présente tout en suivant au pas le portier qui l’invite au salon.

- Étienne, simplement.

Nulle envie pour le noble d’afficher son rang et son appartenance à la Haute car tout comme ces déboires, cela devait rester discret, secret. C’est par ce silence et ce mutisme que le Brun avait pu conserver l’Honneur durement acquis par sa famille. Aliénor, elle-même ignorait tout de ces combats, de ces paris et des aventures en dehors du domaine et pour cause, il espérait la protéger à sa manière, lui offrir un avenir meilleur loin du passé, de leurs souffrances communes. Toutefois, loin d'être sotte, elle avait déjà repéré les bleus, les cicatrices qui parsèment désormais le corps de son frère mais elle n’avait rien dit. Peut être qu’elle soupçonnait ces déboires sans pour autant les accepter. Il est vrai que le déni est parfois salvateur.

C’est donc à nouveau pour elle, pour la famille mais également pour lui, qu’Étienne découvre le salon de l’Aphrodite, spacieux et intriguant. Assis sur une causeuse, à son aise, le noble découvre la composition de ce lieu de plaisir. Autour de lui, des salles qui encerclent la pièce centrale. Ces dernières de par l’odeur qui s’en dégage mais également par leur décoration et leurs odeurs semblent se distinguer et se dissocier. Il se sent à son aise, comme baignant naturellement dans un fleuve de perversion et d’abysse qu’il a toujours côtoyé et adulé.

La luxure était un vice qu’il était bon d’exploiter et d’apprivoiser. Étienne est né libertin et c’est pour cela que le métier de courtisan lui semblait être une activité taillée sur mesure. Être payé pour satisfaire des femmes…Quoi de plus agréable pour un profanateur tel que lui.

Encore fallait-il convaincre le patron, qu'il avait sa place ici lieu et au près de ces créatures...

_________________

L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Une épaule appuyée contre l’un des murs jouxtant le passage reliant les deux maisons, Alphonse, chat nonchalant, les bras pliés sur son torse, un sourire amusé étirant la commissure de ses lèvres, attardait une discussion avec Hubert que l’empressement enthousiaste à embaucher un nouveau garde pour la Maison Basse ravissait au point de subir sans broncher deux fois d’affilée l’argumentaire de l’homme de main.
Alphonse avait toujours apprécié Hubert, valeur sure, ombre loyale quand il avait fallu relever la tête et faire face aux premières demandes qui lui avaient incombé. Patient, à la manière d’une mère frustre mais étrangement pédagogue, Hubert avait pris sur lui le temps nécessaire à parfaire les attitudes et les gestes du comptable jusqu’à lui assurer la plus parfaite aisance avec tout ce que Paris pouvait compter de plus sale. L’âme soigneusement retranchée derrière une pléthore de masques, le flamand, rompu à l’exercice du paraitre avait assimilé rapidement les principaux rouages et les maniait désormais assez convenablement pour qu’Hubert cesse de le materner à grands renfort de hochement de tête et de plissement consentis des yeux.
Interrompu par la main d’une soubrette venant se poser à son bras, il pencha la tête pour recueillir l’information qu’elle lui livrait, cherchant des yeux et trouvant, le jeune homme qui venait de s’assoir dans l’une des causeuses les plus excentrées du salon.
Les onyx détaillèrent brièvement la silhouette de leur hôte, le trouvant à l’aise, visiblement coutumier de ce genre de lieux, ou tout du moins adepte. D’un sourire poli, il remercia la domestique et posant une main sur l’épaule d’Hubert, lui assura qu’ils reprendraient cette discussion demain, à la première heure. Une expression volontaire s’afficha sur les traits de l'homme de main tandis qu’il tournait le dos pour descendre les escaliers menant à leur antre commune, laissant le flamand irrémédiablement diverti par le guerrier qui, à n’en pas douter, serait la première personne qu’il verrait à son bureau en y entrant aus première heures de l’après midi.
Silencieux, le chat profita de la distance qui le séparait du postulant pour l’examiner plus en détail, notant, l’ébène des cheveux courts, la finesse du nez, la courbe de la nuque, apercevant quand il fut juste à hauteur, dans l’entrebâillement léger du col de la chemise, l’aspérité d’une cicatrice naissante.

-Etienne ? demanda-t-il en tendant une main au jeune homme, profitant que son visage se tourne vers lui pour constater deux vérités successives : Étienne était beau à en crever et Dacien capable d’en mourir de jalousie. Si la vision caricaturale de l’Arrogant, blême de rage, une main au front et l’autre au cœur, lui arracha un sourire involontaire, il ne se départit néanmoins pas de cet air vaporeux que l’on affiche parfois en découvrant quelque chose dont on ne peut nier l’absolue véracité. Un instant saisi par l’apparition, le flamand, s’abandonna à une seconde de silence supplémentaire pour accuser la ligne nette de la mâchoire et la flamme turbulente de l’œil avant d’enchainer. Alphonse Tabouret, se présenta-t-il dans un sourire courtois, le costume du comptable revenant l’habiller comme il se devait, épousant au millimètre, le sourire spontané qui était né plus tôt sur ses lèvres. On me dit que vous postulez à la Maison Haute? Prenez donc quelque chose à boire au comptoir de ma part et suivez-moi dans mon bureau, lui proposa-t-il en cherchant des yeux le Castillon. Il savait pertinemment qu’il n’avait pas besoin d’être dans son champ direct de vision pour qu’Adryan sache ce qu’il attendait de lui, les deux hommes ayant réussi au fil de leurs empoignades houleuses et cyniques à se créer malgré eux un dialogue presque symbiotique, aussi, se contenta-t-il d’adresser un geste au barman pour être sûr d’être compris. Je ne peux décemment pas vous recevoir au beau milieu du salon quand les portes viennent d’ouvrir, lui expliqua-t-il en cueillant son regard du sien.
Sage, courtois, doucement nonchalamment, le chat attendit qu’Etienne revienne du bar pour le mener d’un pas félin vers le passage menant au ventre de la maison et, après avoir passé les escaliers en lui expliquant brièvement l’agencement de la partie haute et de la partie basse, gardant pour lui ce qu’il y avait encore à taire, le jeune homme posa la main sur la poignée de la porte et l’ouvrit en invitant Etienne à y rentrer.

Le bureau baignait dans la clarté d’une chandelle que le comptable laissait systématiquement se consumer en quittant son bureau aux premières heures de la soirée, sachant bien qu’il devrait y redescendre à la toute fin pour clore proprement la journée du bordel.

-Vous aviez l’air parfaitement à l’aise dans les hauteurs de la Maison, fit remarquer le flamand dans un sourire en l’invitant à s’assoir d’un geste tandis qu’il contournait le bureau pour prendre possession son fauteuil… et pourtant vous n’avez pas l’air d’un courtisan. La paume touchée pendant la poignée de main n’était pas celle d’un courtisan de salon, ni même de campagne. C’était la poigne d’un soldat, abimée, un peu rugueuse, puissante… Serait-ce indiscret de vous demander ce qui vous amène à postuler auprès de l’Aphrodite ?

L’entretien commençait, et à compter de là, chaque question aussi déplacée fut elle perçue, aussi intrusive puisse-t-elle toner, aussi amusée puisse-t-elle paraitre, servirait au comptable à jauger cet hôte intriguant. Le chat, museau au vent, moustaches frémissantes, attendait, curieux, piqué au vif par cette apparition inattendue.
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Alienor_.

« Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance comme un divin remède à nos impuretés ! »

de Charles Baudelaire

Appartement des De Ligny


Paris, ville de richesse et de pouvoir.

Cela fait un moment que Etienne et Alienor sont sur les routes afin de rejoindre la sublime capitale, pas une fois elle ne c’est plainte sur la route. Enfermée dans ce coche avec lui elle n’a pas décroché un mot du voyage, non pas parce qu’elle n’en avait pas envie, simplement qu’elle n’en voyait pas l’utilité. Parler pour combler les blancs ça n’a jamais été ce qu’elle préfère, bien au contraire, elle trouve une certaine jouissance réconfortante dans le silence. Une fois arrivés sur place, il pénètre dans l’appartement familial. Depuis le tragique destin qui frappa leur famille, il n’ont pas remis les pieds ici. Alienor se sent mal, il fait chaud, trop chaud, l’odeur est puissante, non pas une de ces fragrances qu’elle affectionne tant. La ça sent le renfermé, le moisis, la mort. Les prunelles fauves de la Belle, se posent sur les lieux pour détailler ce qu’elle vois. Les meubles sont recouvert de grands draps salis par le temps, tout ça donne une atmosphère sinistre qu’elle aimerait faire disparaitre d’un coup de baguette magique.

- Ouvre les fenêtres, Alinéor s’il te plait. Il faut que l’on aère.

Elle ne se fait pas prier deux fois, ignorant le regard compatissant de son ainé, elle file vers les fenêtres et les ouvre en grand. Une bouffée d’air frais viens lui chatouiller le visage, faisant alors voler les quelques mèches obsidienne qui s’échappent de son chignon. Ça sent bon, en contre bas il y a des boutiques, la ville s’anime comme dans une fourmilière et eux…Ici, c’est comme si ils étaient suspendu dans le temps. La dextre sibylline glisse sur le rebord sale de l’ouverture, caressante, elle se souvient lorsque leur mère aimait à se placer la des heures pour observer Paris la grande. Le poids des souvenirs est dur à supporter, surtout pour cette femme enfant , encore un peu perdu entre peine et colère. Se décalant de la fenêtre elle se retourne vers son frère, ses perles ambrés le sonde, elle veux voir ce qu’il ressent. Peu être de la peine, de la peur, de la colère, tout lui ira pourvut qu’il ne soit pas indifférent comme il l’est bien souvent. Pourtant dans son regard elle ne vois rien , le néant , comme si tout ça ne le toucher pas, revenir ici après que l’impensable se soit passé des années plus tôt.


La Belle déambule dans la pièce ou chaque objet est rattaché à un morceau de leur passé. Esquisse du temps passé, fragment de plaisir arraché, il ne leur reste plus que ça, les souvenirs. Venant glisser une main dans sa chevelure elle réajuste son chignon avec soin, puis elle avance dans ce salon qui lui semble maintenant trop grand. Elle s’approche de l’entrée et viens glisser sa dextre sur la masse grisâtre qui cache un précieux miroir. Tirant dessus lentement, elle fait tomber le tissus et reste la à observer son reflet morcelé dans ce miroir brisé. Les deux pierres orangés la fixe à travers son regard, sa peau d’albâtre luit à la lueur du soleil, ses lèvres fines et bien dessinées s’étirent en un sourire tendre, une chose est certaine c’est le portrait craché de sa mère.

- J’ai posé tes bagages dans ta chambre, Ali. Ne tarde pas à ranger tes affaires, je suis en train de préparer ton bain. Cela te permettra de te détendre un peu…

Elle arque un sourcil étonné en entendant son frère ainé, il lui à préparé un bain ? Depuis quand est-ce qu’il prend soin d’elle lui ? N’est-ce pas lui qui sortait toute les nuits pour courir la ribaude ou s’adonner à d’autres vices du genre ? N’est-ce pas lui qui rendait leur Mère folle d’inquiétude chaque fois qu’il disparaissait de la demeure familiale ? Si, c’est bel et bien lui, peu être à t-il changer, se dit la Brune alors qu’elle continue d’observer les lieux. Haussant les épaules, lui accordant le bénéfice du doute elle s’approche d’une masse informe près de l’Âtre maintenant éteint. La une nouvelle fois elle tire le drap blanc comme s’il s'agissait d’un linceul . Le corps se déplace souplement, presque gracieusement et viens s’assoir sur le banc prévu à cet effet. Les doigts fins et délicats ouvre le couvercle et glisse sur le clavier trop longtemps délaissé. Un clavicorde (ancêtre du piano), celui ou leur père aimait passer du temps à leur jouer des mélodies toutes plus belles les unes que les autres. Les doigts cours sur le clavier, elle ferme les yeux et se souvient des notes, jouant lentement une mélodie douce et joyeuse s’échappe de l’instrument. Sur la joue d’albâtre, alors que la mélodie continue d’envahir les lieux, viens à rouler une perle salée, oui ça fait mal les souvenirs.

- Aliénor, le bain est prêt et tu as de quoi souper dans le panier. Je vais en ville, seul. Pour ta sécurité, je te demande de fermer la porte derrière-moi. Ha ! Si jamais le temps te parait trop long…Tu pourras toujours commencer à apprendre à être une bonne épouse en nettoyant l’appartement pour qu’il soit impeccable à mon retour, qu’en penses-tu ?

La mélopée cesse à l’instant ou la voix du Brun viens à percer les lieux, elle tourne ses prunelles vers le couloir et hoche la tête. Depuis qu’ils sont rentré dans l’appartement elle n’a pas prononcé un mot et ne compte pas le faire. Pas la force de parler, la gorge nouée il n’y aurait surement que des sanglots qui s’échapperait de ses lippes amarantes si elle parlait. Fronçant les sourcils à la remarque elle s’apprête à ouvrir sa bouche mais se tait, filant vers la salle de bain. Encore une fois elle le laisse sortir, encore une fois elle ne lui pose pas de question mais elle se doute. Elle n’est pas dupe la jeunette, même si elle n’a que 15ans elle n’en est pas moins perspicace. La porte claque derrière le passage d’ Etienne, ça y est il est parti. Il lui à dit de fermer la porte à clé, elle fixe alors la clé posée sur la table et secoue doucement la tête. Non, elle ne ferme pas la porte ça lui fera les pieds à celui-la. Une bonne épouse ? Comment ose t-il ! N’est ce pas elle qui à appris les bonnes manières, qui tenait la maison avec leur Mère, qui c’est dévouée corps et âme à la science et la bienséance. Si bien sur, alors qu’il aille au diable, pense la Brunette.


Une fois arrivée dans la salle de bain elle observe les lieux, c’est toujours aussi poussiéreux, après elle lavera tout ça, redonner vie à ce lieu délaissé. Offrir une âme à cet appartement luxueux qu’ils ont tant aimé. La dextre glisse sur le chignon qu’elle défait en retirant les pinces une à une, sa chevelure obsidienne cascadant alors jusqu’au creux de ses reins en de belles boucles rondes. La, elle tire sur le lacet de son corset et le retire lui aussi, le laissant chuter au sol. Viens ensuite ses braies à retirer, son haut qui tombe lui aussi sur le sol crasseux. Elle récupère ses vêtements précieux, les plie avec soin et les range sur la chaise prévue à cet effet. S’approchant du bain elle glisse une main délicate dans l’eau, frissonnant à cet instant. C’est chaud, doux, apaisant. Elle ne se fait alors pas prier et finit par se glisser dans l’eau lentement. Une fois allongée elle cale sa nuque contre les bords de la baignoire et ferme les yeux, oubliant le temps présent l’espace de quelques heures…


Le bain lui fait du bien, elle y passe deux bonnes heures en dehors du temps puis finit par se lever. Enfilant simplement une robe de nuit en lin qu’elle trouve dans sa valise, laissant sa chevelure détachée elle file au salon et entreprend de tout nettoyer. Il faut que ce soit propre, qu’on oublie qu’ils ne sont plus la. Elle à besoin de retrouver la chaleur des lieux, reprendre gout à cet endroit, mais surtout continuer à vivre dans ce lieu familier. Construire un nouveau destin, une suite à cette histoire, mais cette fois ils ne seront que deux.

Tout reste à faire, mais ne dit-on pas qu'a cœur vaillant, rien d'impossible?

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Etienne_de_ligny
Dans l’attente, les iris vairons du noble jaugent les diverses salles qui encerclent le salon. Il se laisse ainsi, lascivement envahir par ces flagrances et ces idées perverses qui doucement embrasent son esprit et son bas ventre. Ces pièces l’intriguent autant quelles le fascinent et Etienne, déterminé, s’imagine déjà tourmenter l’esprit et le corps d’une cliente en son sein. Parfums et encens délicats, contacts charnels et cris vaporeux…Le noble aspire déjà à la Luxure.
    Etienne ?

Sorti brutalement de ses songes dès l’appellation de son prénom, le noble arque un sourcil. Le patron est là, tout près de lui, élégant et serein comme le serait un Maître en son royaume. L’impertinent se redresse donc et salue Alphonse d’un signe de tête et d’une poigne ferme et concise. A défaut d’avoir un sourire véritablement naturel, le comptable savait recevoir. C’est donc sans se faire prier que le Brun se dirige d’un pas décidé vers le comptoir. La commande est passée dans l’instant. Etienne va consommer la Verte jusqu’à la lie et s’abreuver sans état d’âme de sa brutale chaleur. Effectivement, ce spiritueux est de loin celui qu’il affectionne, tant par la soudaineté de ses effets, que par la douceur qu’elle dégage lorsqu’elle se dissipe.

Toutefois, Etienne n’a pas le temps de s’attarder et de savourer un autre verre. Il est là pour affaire et le patron a déjà ouvert la marche. Curieux de nature, le noble emboite donc le pas et découvre avec surprise et délectation les coulisses du Bordel. Les couloirs étroits s’égarent loin du Salon et les escaliers quant à eux, conduisent les protagonistes jusque dans les entrailles du Malin. Ici lieu, le Secret et le Licencieux semblent former un couple idyllique et perfide, loin du sexe, de la chair et de l’insouciance. Les affaires qui se trament dans l’obscurité de la Maison Basse semblent être marquées par de plus vils desseins. Cependant, Etienne n’en sera point d’avantage. L’escapade est écourtée.

Ils sont arrivés, tous deux, devant le bureau du Comptable. Ainsi, invité à s’installer sous la délicate clarté de la chandelle, le Brun s’exécute et écoute les dire d’Alphonse. L’Impertinent le sait, le Patron l’attend au tournant et le jauge, donnant ainsi à l’entretien toute son essence et son intensité. Un sourire se dessine alors à la commissure de ses lèvres. Provocateur.
Loin d’être déstabilisé, Etienne se délecte de cette pression, de cette dualité qui émerge telle une aura de leurs entités.
    -Il n’y a aucune indiscrétion à faire votre travail. D’ailleurs si vous êtes, à tout moment, capable d’apercevoir le bas de mon anatomie et mes coups de reins, il serait surprenant que je me montre pudique pour de simples motivations…

Le sourire s’étire. Etienne est impertinent, sans gêne et il ne s’en cache pas.
    - Je répondrai simplement que j’aime la chair, les perversions, les profanations, en somme la Luxure dans tout ce qu’elle a de plus intense et de frivole à offrir. Et que ma Morale, si tant est que j’en soi doté, se modèle aisément sous le clinquant des écus. Toutefois peu importe le sexe, je me ferai dominant. C’est là, mon unique condition. Je prends mais ne me fais prendre.

Le regard se perd alors volontairement dans les iris d’Alphonse. En effet, loin d’être sot, le noble avait remarqué au salon, l’insistance et le poids de son regard. Si jamais ce dernier comptait tester la marchandise, il allait devoir, lui aussi, se confronter à l’orgueil machiste du Brun.
    - Avez-vous des conditions particulières, des attentes quant à vos courtisans ? Vous avez déjà des balafrés dans vos rangs ? Si non, je saurai remplir ce rôle à la perfection.


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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Le sourire du chat se fusela à la réponse, irrémédiablement amusé dès lors que le jeu tournait à l’empoignade verbale, et charmé qu’on cherche à le désarçonner, choisissant toujours de croire à l’orgueil des autres à paraitre plutôt qu’à un réel intérêt à sa réaction, mais qu’importait… Ne connaissant plus d’autres règles que celle-là, le chat s’en amusait volontiers, peu regardant lorsqu’il s’agissait de sortir les griffes pour jouer tant les distractions s’étaient faites rares ces derniers mois.

Il n’y a aucune indiscrétion à faire votre travail. D’ailleurs si vous êtes, à tout moment, capable d’apercevoir le bas de mon anatomie et mes coups de reins, il serait surprenant que je me montre pudique pour de simples motivations… commença Etienne


Quelque chose avait dû contaminer le flamand depuis quelques temps car s’il ne le fit pas, il eut envie de rire, non pas par moquerie, condescendance ou autre, mais parce l’audace trouvait toujours grâce à ses yeux, qu’elle soit à propos ou déplacée, mauvaise ou bien espiégle. L’audace récompensait chacun de ses enfants. Courtois, toujours, silencieux, ne coupant jamais la parole de ses hôtes, le brun laissa le jeune homme évoquer le choix de ses services et de ses dispositions, ponctuant la conversation d’une question sur laquelle Alphonse choisit de ne pas rebondir de suite.

- Pour être capable, encore faut-il en avoir l’occasion…, commença le jeune homme dans un sourire effilé. Etienne avait du franc-parler, portait sur lui le charisme délicieusement mâle de la virile arrogance, semblait prompt à titiller l’attention de celui qui partageait son temps et cela réjouissait le chat déjà de bonne humeur, diverti par les palabres enrubannées d’Hubert quelques instants auparavant. Gouter au tranchant de l’essence des mots avait quelque chose de rafraichissant. Je crains que mes envies ne dépassent vos… aspirations, lui assura-t-il , malicieux, en jouant du bout des doigts avec la plume posée sur son bureau avant de la délaisser, passant au second point de la discussion en retenant la moue espiègle qui menaçait son visage, les yeux toujours accrochés à ceux du nobliau. L’Aphrodite laisse à ses courtisans le libre choix de ses clients et l’intégralité de leurs transactions. Le comptable connaissait ce genre de profils, croisés en abondance dans des nuits errantes, avinées, souvent brulantes, toujours éphémères, mortes à peine nées, exultant uniquement dans le secret d’une jouissance assouvie. Les penchants d’Etienne semblaient curieux, peut être goûtus, mais en aucun cas affirmés et l’idée même d’appuyer sur ce point-là amusa terriblement le chat. Que vous soyez pris ou à prendre ne regarde que vous, poursuivit-il, avec une insolence polie, vous ne trouverez personne ici pour vous en vouloir de vos penchants, quels qu’ils soient… Il se leva, et alla saisir deux verres qu’il remplit de bourbon, sans même penser une seconde à déboucher la fiole de fée verte dont le flacon n’était ouvert qu’à la façon d’un parfum depuis la mort de l’anglais, enchaînant. Et pour vous répondre… J’attends uniquement des courtisans de l’Aphrodite la loyauté au nom de leur maison. Il posa le verre devant le jeune homme sans lui jeter un coup d’œil, s’appuyant au bureau à coté de lui… Je crains que ce point-là, ne soit pas modelable, quelle que soit la somme en jeu…

Il acheva sa phrase en tournant à nouveau ses onyx sur le jeune homme, sans plus la moindre courtoisie dans la prunelle malgré le sourire doux qui persistait à flotter à ses lèvres. Rien ne ruinerait le rêve qu’il avait entreprit de bâtir post mortem, pas même le diable sous les traits les plus parfaits qui soient. Avalant une gorgée de son verre, il attarda le silence d’une seconde pour retrouver son sourire discret, chat savant s’étant gardé le meilleur pour la fin.

-Balafré vous dites ? A quel point ? La tête s’inclina doucement quand le sourire grandissait sans cacher quoique ce soit de son intention à l’impertinence de son hôte. Montrez-moi…
_________________
Etienne_de_ligny
Pour être capable, encore faut-il en avoir l’occasion…
Je crains que mes envies ne dépassent vos… aspirations
.
Ça c’est cadeau.

Le sourire du noble reste sur son minois, amusé et néanmoins rassasié par cette répartie, cette joute verbale qui lui laisse entendre que le patron n’était pas un novice. Attentif et à l’écoute, Etienne le suit du regard, laissant malgré lui, la clarté de la bougie afficher clairement la particularité de son iris droit. Le verre en main, le Brun peine à contenir une moue boudeuse à la vue de cette fiole d’Absinthe abandonnée négligemment sur le meuble.
    - Je serai fidèle à l’Aphrodite.

Effectivement, même si Etienne n’était pas à ce moment précis, un homme des plus vertueux, ni des plus respectables, il conservait pour lui, la droiture, le respect et l’honneur pour des occasions plus nobles et pompeuses ou familiale. N’importait pour lui que sa sœur et la continuité de son nom, même si pour cela, il lui fallait se battre et jouer au courtisan. La loyauté était donc pour lui, une notion naturelle et droite à laquelle, il ne pouvait naturellement pas déroger. Sa réponse était donc claire, sans équivoque et néanmoins marquée par la sincérité. Ainsi, si l’Aphrodite avait pour elle, deux facettes distinctes et complémentaire, il lui semblait évident que ses occupants eux-aussi soient tout aussi complexe.

Toutefois, noyé ou lassé par la verbe, le patron aspire à plus de concret. Etienne se relève donc, savourant une première et dernière gorgée de bourdon et c’est sous l’œil aguiché et professionnel d’Alphonse, que ce dernier entame son déshabillement. Dans un premier temps les liens de sa chemise sont défaits puis, d’un geste mesuré, il retire le tissu dans son intégralité. Le buste est donc mis à nu et les cicatrices dévoilées. Traces de griffures, de morsures, de lames et quelques ecchymoses parsèment sa peau légèrement hâlée. Sur son épaule gauche, une cicatrise est plus enflée et disgracieuse. Elle est la marque de sa propre honte et de son fardeau. Plus douloureuse, il peinait encore aujourd’hui à contenir sa douleur dès que l’une de ses amantes venaient à son contact.
    - Voici déjà pour le haut

La voix se fait audacieuse alors que ses doigts habiles entreprennent de défaire les liens de ses braies. En bon habitué des ruelles, il lui fallut quelques secondes pour descendre ses braies et pour dévoiler le bas. D’ailleurs tout comme le haut, le reste de son corps était sculpté par l’armée et ses différentes mésaventures et il n’était pas rare d’y trouver, là aussi, quelques cicatrises. Toutefois, taquin et joueur, les mains du noble se porte naturellement sur son intimité, qu’il cache volontairement. Le visage se relève, le regard se fait défi et la question est lancée…
    -Avec ou sans les mains ?...

Après tout, il fallait bien savoir se faire désirer non ? Et puis, en toute franchise, l’air était bien trop frais pour oser dévoiler l’intégralité. Il n’est qu’un homme après tout et la biologie et ses réactions peu flatteuses, ne l’épargnait nullement.
    - ...Si vous aspirez à en voir plus...Il vous faudra réchauffer l'ambiance.

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Le jouteur eut un sourire, terrible tant il était délicieux, martelant chaque syllabe qu’il prononça quand la chemise ne fut plus sur ses épaules, laissant l’œil du chat découvrir le carnage.

- Voici déjà pour le haut…

Le corps, sublime, était écorché de mille coups, mille traces toutes diverses, jetées çà et là par une cohorte de furies faites d’armes et d’ongles sur la peau du jeune homme, et un instant stupéfait, le flamand laissa sans mot dire ses yeux s’accrocher à celles qui se présentaient le long du ventre, des côtés, remontant inexorablement à ce bras gauche qui, s’il n’était pas mutilé, affichait dans une amère victoire la laideur de son impériosité. Les braies glissant révélèrent le horizon qui, s’il était plus diffus n’en demeurait pas moins violence, lacérant les cuisses, les hanches moins communément mais tout aussi durement et ce fut la voix étrangement espiègle d’Étienne qui le ramena à une réalité moins esthétique :

-Avec ou sans les mains ?...
...Si vous aspirez à en voir plus...Il vous faudra réchauffer l'ambiance.


Les yeux d’Alphonse glissèrent au bas ventre pour le découvrir drapé d’une pudeur cocasse et étira un sourire sincère en relevant le nez vers le jeune homme, répondant :


-Vous priver ainsi de vos mains est fort périlleux dans une telle situation… lui fit il remarquer d’une voix douce, et effilée et pourtant zestée du gout du sel. Le sourire poursuivit sa course, mutin, révélant les crocs du chat dans le sous-entendu quant aux conditions énoncées plus tôt , définitivement amusé par la morgue de son hôte, par l’étincelle qui venait de se présenter dans les murs. Étienne serait embauché, évidemment. Beau, un corps monstrueusement affuté pour charmer n’importe quelle donzelle passant le pas du la porte, et la férocité mâle de l’homme, le tout servi par un sourire à damner les saints... Mais en voudrait-on au comptable de s’attarder un peu à ce jouet qu’il laisserait bientôt regagner les hauteurs ? Étienne ne lui appartenait que le temps de l’embauche, la vie dans les Maison haute n‘était pas de son ressort quand bien même il y passait chaque soir, saluer les uns et les autres. J’ai comme dans l’idée qu’il en faut plus qu’il n’y parait pour vous réchauffer, fit finalement le flamand en tendant le bras pour venir toucher du doigt la ligne irrégulière d’une marque sur la clavicule, effleurant à peine la cicatrice. La pulpe de son doigt en suivit le tracé, pensif avant de remonter le regard dans celui du nobliau, laissant une poignée de seconde s’envoler dans le silence feutré du bureau, créant au creux du moment le vacillement palpable des envies et des permissions. Séduit le comptable ? Evidemment, mais fauve avant tout, metteur en scène machiavélique dés lorsqu’il se rendait compte de ces faiblesses, et la beauté d’Etienne en avait sonné la curée dès la première seconde. Je ne prends rien sans qu’on me le donne… fit il rompant l’instant d’une voix claire, dangereusement enjouée, les replongeant immédiatement dans le jeu précédemment lancé par le nobliau… ou presque, admit il en ponctuant cette vérité d’un baiser qu’il vola à la bouche brune sans la moindre hésitation, assez promptement pour ne point gouter au souffle, assez lentement pour savourer la chaleur des lèvres, lui opposant en reprenant de la distance un air de rien que le Très haut lui-même aurait cru s’il n’avait pas été contredit par un sourire félin léchant son visage d’une satisfaction toute amusée. N’allez pas attraper froid et rhabillez-vous..., lui proposa-t-il sans le quitter des yeux… ... avec ou sans les mains, conclut-il dans un sourire délicieusement sournois, presque complice, tout ourlé de provocation

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Etienne_de_ligny
Joueur et espiègle, l’animal alléché n’en perd pas une miette, reluquant sans modération les formes et les muscles du Brun. Toutefois devant les cicatrices, l’appétit se fait autre et l’œil avide devient étrangement moins vorace. Nombreuses, elles s’étalent sur l’ensemble de sa chair, jetées telles des coups de pinceaux anarchiques par un artiste fou, lui rappelant les frasques de sa jeunesse et le poids de sa détermination. Son corps balafré symbolise ainsi sa fierté et ses responsabilités, son insouciance et sa soif d’ivresse.

D’ailleurs sous ce portrait aux finitions imparfaites et irrégulières, le Patron montre les crocs et se délecte, appréciant l’autorité et le pouvoir que lui confèrent cette pièce et ce recrutement. Il use et abuse de ces derniers, longeant du bout de son doigt la cicatrice de l’Impudent, venant jusqu’à quérir ses lèvres avec un sans gêne et un naturel déconcertant. Sous le contact interdit des lippes, les sourcils d’Etienne se froncent imperceptiblement. Si par le passé Etienne prit le séant et la bouche d’un homme ou deux lors de soirées de débauche, cela n’en restait pas moins exceptionnel et tabou. Le libertin avide de profanation et de désinvolture peinait ainsi à fouler du pied cet ultime pêché avec le même désintérêt et je-m’en-foutisme.

N’allez pas attraper froid et rhabillez-vous…Avec ou sans les mains…

Décidément, il veut voir le Loup l’animal. Joueur, un sourire taquin se peint alors sur les lèvres du nobliau qui par provocation et aplomb s’empare de ses braies à deux mains. Après tout ce dernier finira bien par la croiser entre deux pans de rideaux ou deux monts. Sans le lâcher du regard, Etienne resserre les liens de ses braies et enfile soigneusement sa chemise. C’est ainsi revêtu et prêt que l’échine finalement se redresse.
    - Je suppose que vous pouvez me compter parmi vous ? Dois-je commencer ce soir-même ?

Petite pause mutine alors que le Brun restreint l’espace qui les sépare. Son visage se rapproche sans crainte et sa bouche vient happer la sienne avec vigueur. Par vengeance et orgueil pour ce baiser volé, Etienne vient volontairement emprisonner la lippe inférieure d’Alphonse entre ses dents. Malmenée, étreinte, l’Impertinent se résout à la relâcher en douceur sans toutefois apaiser le feu de la morsure par une quelconque attention. Sa joue se plaque alors contre la sienne et son souffle se perd dans le creux de son oreille.
    - Dois-je commencer par vous ?

    "Et vous apprendre ainsi que rien ne se prend sans en payer le prix."

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
Je vous déteste d’être aussi beau , avait songé un instant le comptable quand dans l’œil d’Étienne se mêlèrent une vague répulsion et l’éclairement de la surprise, les lèvres encore outragées du baiser qu’il s’était permis d’y déposer, et le sourire que lui opposa le nobliau à son trait d’humour lorsqu’il remonta ses braies, eut beau être parfaitement dessiné, il ne trompa pas le jeune homme dont le regard ne s’attarda pas une seule fois sur le bas ventre mais resta cloué dans ces yeux étranges.

Étienne l’ignorait mais il se trompait sur un point. Les crocs du chat étaient soigneusement remisés sous ses babines, et le droit de cuissage ne l’avait jamais intéressé. Une proie asservie a forcément moins de saveur qu’une consentante, pensait le félin, fort de tous les corps qu’il avait eu le loisir d’étreindre par le biais de l’envie et rarement du dû. Mais, cruel, comme tous les félins, il jouait, sans aucune innocence, si peu diverti au fil des soirées que les chiffres lui offraient et avec cet élan de plus en plus enivrant de bruisser en même temps que le monde.
Tout aurait pu cesser à cet instant d’ailleurs, le comptable estimant en savoir assez sur ce nouvel hôte pour ne point le retarder plus avant et retrouver la quiétude de son bureau, mais De Ligny , mâle aguerri, orgueilleux guerrier, lutteur exacerbé choisit de lui-même la voie la plus périlleuse à ce que le chat avait jugé de plus anodin et porta par trois fois l’estocade

- Je suppose que vous pouvez me compter parmi vous ? Dois-je commencer ce soir-même ?

Les mots d’abord, arrogants et suffisants, avec raison puisqu’il était en effet hors de question de priver le bordel d’un tel courtisan, que le comptable, d’un hochement de tête, allait accompagner d’un assentiment verbal quand il remarqua l’inflexion du corps lacéré à se pencher vers lui.
Le baiser ensuite, sauvage, terrible, bon dans sa douleur, revanche implacable d’avoir osé profaner ce qui n’était pas à lui, punition dédaigneuse de celui qui n’aime pas les hommes à celui qui les choit, baiser vorace auquel Alphonse se plia, jugulant à sa gorge chaque frémissement qui menaçait de faire éclore le moindre son de plaisir à cette fougue rancunière. Laissant la lèvre endolorie, le parfum du nobliau à sa bouche, le comptable crispa doucement ses doigts au bois de son bureau quand la joue d’Etienne se plaqua à la sienne et que son souffle déversa à ses tempes sa dernière botte sous la forme d’un feu grégeois.

- Dois-je commencer par vous ?

L’animal chancela, un infime instant, avant que la bile ne remonte à ses veines, exaspéré une fraction de seconde par son propre corps que la proposition électrisa jusqu’à la pulpe, par la pulsation sourde de ses tempes à respirer ainsi le cou à portée de museau du courtisan et à s’en délecter, par l’envie détestable de ses lèvres à vouloir chercher celles d’Etienne… La moue, invisible aux yeux du nobliau, disparut quand les onyx s’assombrissaient plus encore d’une volonté nouvelle.

Tu veux jouer ?
Bien.
On va jouer


La dextre d’Alphonse s’enfouit dans la nuque du jeune homme avec une douceur ferme, pour garder son souffle à portée de son oreille avant de répondre, ses lèvres effleurant la chair quand il modulait le dessin de ses lèvres dans un sourire :


-Je prends ceci pour une invitation… Le silence dura le temps d’une respiration quand sa senestre venait toucher la chemise de nouveau nouée du bout des doigts, présente sans être intrusive, suggérant sans pour autant donner… Et si vous voulez plus de moi, trouvez-vous un autre prétexte… Le sourire s’était effilé, et la remarque sonna tendrement narquoise, doucement aigue, quand la main trouvait naturellement la courbe de la hanche et glissait le long, fluide. A moins que vous ne vous décidiez à me vendre le bas… La main s’égara sur les reins pour les souligner d’un geste élégant quand son sourire finissait de joyeusement trancher son visage d’un éclat de chat amusé ... vos charmes aussi délicieux soient-ils, ont peu de chances de m’émouvoir. La tempe s’appuya à celle du nobliau, avant de dériver jusqu’à se retrouver face à lui, les doigts effleurant toujours les cheveux brun, … Et vous ne me ferez pas croire que vous êtes homme à vous mettre à genoux dès le premier soir, le provoqua-t-il en laissant dériver la main sur l’épaule gauche, l’épaule abimée, l’épaule faible, faisant étrangement preuve d’une délicatesse féline… Avec ou sans aide, conclut- il en le regardant, souriant toujours, dans le sous-entendu de cette faiblesse qui sautait aux yeux du fauve dont l’hôte s’est changé en proie.

Dégout, Orgueil et Fierté… Les trois vices les plus aisément manipulables se tenaient tous les trois sous le nez du courtisan, s’agitant joyeusement dans la courbe voluptueuse des lèvres comptables, dont l'insolence à ce moment-là, avait quelque chose de doucement acidulé.

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Etienne_de_ligny
Alphonse joue, provoque, dégoute et inéluctablement, attire. Le chat est un maître de la déstabilisation, un félin vil et habile de ses doigts et de son verbe, un Pécheur qui assume pleinement son goût marqué pour les reins et pour leur étroitesse. D’ailleurs ses dextres effleurent déjà sa peau, sa chevelure, sa chemise et sa faiblesse. Elles s’approprient ainsi son corps et son essence sans réellement parvenir à l’étreindre. Toutefois, le dégout monte dans les veines d’Etienne, enserrant ses tripes, nouant sa gorge et crispant ses mâchoires. Sa fierté est jaugée, provoquée en même temps que la main Bretonne finit sa chute le long de ses reins et que sa réplique, piquante et provocatrice vient heurter son esprit.

S’il désirait mettre à mal et défier l’orgueil du Brun, c’était chose faite et ce, avec brio. Renfermé, les sourcils froncés, Etienne ne veut s’avouer cette attirance ni assumer le frisson et le fourmillement provoqués par cette caresse au creux de ses reins. Succomber une fois ou deux aux hommes est faisable, tolérable surtout si l’alcool ou la nécessité apparait aux yeux de tous et des siens comme une possible excuse à cette dépravation et à ce plaisir malsain mais là, sans ivresse et sans obligation Etienne, faible, se laisse gagner par une rage salvatrice.

Dominant mais jamais dominé.

La main d’Etienne vient s’emparer de la nuque du Breton afin de l’attirer à lui et sa bouche quant à elle vient heurter la sienne. Le baiser se veut ainsi violent et envieux. Sa main gauche descend le long de sa cuisse pour remonter fermement dans le creux de cette dernière. Doucement, les doigts viennent appuyer le tissu contre l’entrejambe dans l’espoir de lui arracher un soupir ou une quelconque plainte. Mélange d’envie et de dégout, d’attirance et de répugnance, d’ardeur et d’interdit, le Brun lutte et s’embrase. Orgueilleux et fier, le libertin cherche ainsi à le faire plier avant qu’il n’exalte, lui-même, sa première plainte. Combat de coq, d'orgueil...de Vérité intérieure.

Confidence, mépris, Etienne abandonne sa bouche suave pour provoquer le creux de son oreille d’un souffle rauque et ferme.

- "Mon fessier ne sera jamais votre, qu’on se le dise."

Le Brun se rassure par la menace, par cette pression et ce massage qu’il exerce à pleine main contre le renflement du Breton. L'autre main quitte la nuque de ce dernier pour venir se placer dans le creux de ses reins et le forcer ainsi à se plaquer tout contre lui. Renflement contre Retenue. L’Assumé contre l’Orgueilleux.
De sa part, aucun baiser dans le cou, aucune attention particulière qu’il pourrait accorder à une femme. Si luxure il devait y avoir, elle serait alors minimaliste et masculine, détachée et fière.

- "Si vous désirez m’essayer, c’est à genou ou face à ce bureau que vous en aurez l’occasion…"

Une dernière réplique, une porte ouverte pour Etienne qui n’aspire qu’à une négation. Ses iris bicolores lorgnent le verre d’alcool posé à même le bureau…Sa félicité est là, dans le flou de son esprit et dans la fuite de ses propres envies.

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
L’animal fut ferré, en un instant, laissant à la grève du regard divisé une lueur à ce point mauvaise que le chat eut envie de feuler de contentement, en proie à une colère lascive dont ses tempes accusaient le rythme sourd. D’habitude si placide, si souple à se couler à chaque vague de colère qui venait lui lécher l’âme, Alphonse se découvrait à l’instant même une satisfaction indicible à provoquer chez Etienne le feu de la bataille et toisa les prunelles du nobliau dans une moue empreinte d’un mépris amusé, faite pour exaspérer autant que pour être désirée.

Le regard noir des yeux clairs le captiva tout entier et discernant une lézarde inattendue, le chat, aux aguets, comprit une chose essentielle qui menaça sa gorge d’un rire dédaigneux et qu’il contint, sage, royal, définitivement amusé quand il baignait lui aussi dans une tempête d’agacements enflant.

Tu as aimé ça…

Les pensées n’eurent pas le temps de plus, balayées par la poigne à sa nuque, les doigts du nobliau se vissant sa peau avec une telle fureur que le chat fut brièvement ému, retrouvant l’espace d’une seconde, la sensation naïve d’appartenir à un autre, à son appétit et sa démence, resserrant ses doigts aux hanches mâles. La bouche, brutale vint chercher la sienne, sans la moindre délicatesse, sans la moindre tendresse et sous les crocs qui le martyrisaient avec un tel savoir-faire, le comptable porté par son imagination, dériva quelques secondes, livré, fébrile, à la langue qui le goutait et au parfum d’Etienne qui gangrenait sa chair, abandonnant un frisson glacé à son dos quand la caresse du courtisan s’apposa à ses braies.

Quelle application dans la colère, songea le jeune homme dans une exquise amertume, égarant son corps à cette attention qui gonflait lentement son ventre d’une envie difficile à cacher, jugulant par reflexe le moindre son montant à sa gorge. Abandonnant ses lèvres, les laissant engourdies, salies par un désir qu’Alphonse aurait voulu ne pas laisser gronder, les mots d’Etienne s’échouèrent cruellement à l’oreille du jeune homme, empoignant la raison avec une telle force que le fauve grogna, transpercé par la vérité de l’instant, fâché de s’être laissé distraire, aplanissant d’un seul coup chaque ombre de plaisir pour laisser place à la surface logique la plus pure.

- "Mon fessier ne sera jamais votre, qu’on se le dise."

Retranché dans la forteresse qu’il connaissait le mieux, Alphonse fut l’espace d’une seconde un pantin vide de vie, choisissant, méticuleux, au détriment de ses aspirations chacun des gestes à venir, chacune des expressions qu’il offrirait, chaque détour qu’il accomplirait … La main quittant sa nuque lui échappa, trop occupé à choisir le masque plutôt que lui-même, une seconde harassé de ces luttes constantes qui l’épuisaient, et vint se caler à ses reins, l’enchainant étroitement au corps d’Etienne, le noyant dans son parfum sauvage, écœuré de lui-même de s’y sentir bien, de cette envie brusque d’enfouir le nez dans son cou quand le corps du courtisans n’offrait aucune tendresse et ne promettait rien de plus que la rage

Je ne vaux rien…

- "Si vous désirez m’essayer, c’est à genou ou face à ce bureau que vous en aurez l’occasion…"

La provocation tomba et Alphonse releva ses prunelles pour croiser celles de de Ligny, offrant une fraction de seconde sur son visage aux traits si finement dessinés, une sorte de fatalité terrible, condamnée, expiée, si pure qu’elle en était irrésistible, qui disparut dans les derniers mots d’Etienne.

Tu insistes…
Je te dégoute et tu insistes…
Sais-tu seulement ce que cela me donne envie de te faire ?


Les mains encore aux hanches d’Etienne se crispèrent doucement d’une nouvelle résolution, froide, exigeante, déterminée. Gagner ou perdre n’avait jamais inquiété le chat, l’adrénaline du jeu, prévalant sur tout le reste et pourtant à cet instant ci, il ne toléra pas la défaite et se rendit compte que son choix était fait.

Donne-moi le feu, je t’offrirai le gel.
Donne-moi le dégout, je t’offrirai le mépris.
Donne-moi l’envie, je t’offrirai la frustration.
Donne-moi une brèche, je t’offrirai le chaos…

Si les règles te plaisent, joue avec moi, Étienne



Son regard mua, fort de n’être plus lui, de ce costume neuf qui, en était-il sottement convaincu, le protègerait, et enchainé à une colère mauvaise qui gagnait lentement ses nerfs, le flegme du félin réapparut à ses lèvres, s’étirant dans un sourire narquois

Mes reins ont aussi un prix Étienne… lui confia-t-il d’une voix basse, voilée d’une intimité douce-amère où affleurait une sensualité quasi vénéneuse, se lovant plus avant contre le nobliau pour y allumer une brulure, étirant son corps souple jusqu’à épouser chaque courbe, apposant sans aucune pudeur, le dessein provoqué à ses braies contre le courtisan. Il n’était nullement question d’argent évidemment, de Ligny put le comprendre aisément. Il est, je le crains, au-dessus de tes moyens…, poursuivit-il dans le rapprochement belliqueux d’un tutoiement chuchoté, en penchant sa tête pour gagner le cou du nobliau et y semer la pointe de sa langue du cou jusqu’à l’oreille, spectateur privilégié des moindres réactions de ce corps qui le tenait, attentif, curieux, implacable, d’autant plus après avoir vacillé. Etienne avait choisi la distance, Alphonse la proximité, résolu à pervertir chaque centimètres de peau, à n’épargner aucun délice du dégout au guerrier, à laisser en souvenir à sa peau chaque attention aussi nauséeuse que jubilatoire… Je te laisse le choix… T’endettes-tu … La question fut posée au creux de l’oreille, lascive, concupiscente, remplie d’une promesse exquise d’une dépravation lunaire, forte d’une volupté vibrante avant qu’il n’appuie sa tempe à celle du nobliau pour conclure avec une impertinence aiguisée … ou me diras tu le prix de ta bouche ?
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Etienne_de_ligny
Le chat est lové contre lui, s’étirant de tout son long afin de faire sentir son envie et épouser chaque centimètre de son propre corps. Réticent, répugné, Etienne avide de distance montre les crocs avec amertume. Oppressé, étouffé et néanmoins envieux, le nobliau se dégoute d’être ainsi à son aise au contact de sa chaleur. Contre son bassin se cale le sien, enflé et provocant, ses braies aussitôt finissent par le mettre à l’étroit et une chaleur incandescente lui embrase l’échine et les tempes.

Pourtant, les mots du félin le ramènent à la réalité, lui rappelant alors que cette étreinte, cette envie charnelle, ce fourmillement dans le bas de son ventre est le fruit d’une attirance répugnante. Les yeux se ferment, le sang-froid se reprend et quand la langue du Breton longe sa peau, goute sa chair jusqu’à son oreille, Etienne se force tant bien que mal pour retenir un soupir de bien-être.
Que dirait sa sœur, qu’en serait-il de l’honneur de sa famille, de sa propre virilité s’il venait à céder sans excuse, à succomber sans encombre à ce plaisir et à cette envie qui lui dévore l’entrejambe ?
Il hait ce Breton et ces provocations, cette assurance qui vient s’écraser de plein fouet contre sa fierté personnelle. Il ébranle son orgueil, le provoque pour mieux essayer de le soumettre et pourtant, Etienne en combattant intransigeant, en Impudent ne peut se résoudre à la défaite.

Sous le poids de son interrogation, de son ultime provocation, la dextre du nobliau vient empresser le flanc gauche du Breton pour y enfoncer ses ongles et sa rage. A cet instant, il aimerait lui coller son poing dans la mâchoire, lui faire ravaler ses paroles et lui prendre les reins, sa main droite enfuit dans sa chevelure et l’autre empoignant son vit avec perversité, lui faire cracher son arrogance, ravaler ce trop-plein de provocation qui vient percuter ses propres faiblesses, sauver un honneur qui n’a pourtant, nullement besoin d’être excusé.

Au lieu de cela, le Brun inspire doucement et lutte contre cette chaleur qui lance désormais ses braies. Ce félin semble chercher la douceur, le contact rassurant, la passion charnelle sincère et pourtant il ne rechigne pas à poursuivre le jeu, sachant pertinemment qu’Etienne ne serait que violence, trouble et bipolarité. Pire, ce vil enfuit ses griffes au plus profond de ses failles pour se délecter de ses réactions, de cette décontenance qui saisit le noble jusqu’aux os. Agacé, Etienne passe sa langue le long de son incisive. Son choix est fait.

D’un geste sec et néanmoins mesuré, Etienne retourne le Breton afin de plaquer son ventre contre le bois précieux de son bureau. La chaleur est enfin libérée, ses sens à nouveau exaltés et sa fierté menacée par une dette à venir. La dextre vient défaire le lien de ses braies, sa main chaude et habile s’engouffre déjà dans l’ouverture pour venir effleurer et saisir l’objet de son dégoût intérieur. Son bassin se presse contre le creux de ses reins pour affirmer sa présence, son envie et sa domination. Qu’importe la dette, le choix était malheureusement évident…Mené par le bout du nez, manipulé par le félin, l’Impudent baisse les braies du Breton ainsi que les siennes. Pour sa peine, le Tendre n’aura aucune attention, il sera pris sans concession, violé dans ses entrailles par le poids d’une haine qui le ronge. La pulpe de ses doigts enduite de salive vient se perdre pour qu’enfin, Etienne s’immisce doucement mais surement en lui. Il pèse son entrée pour la forme, freinant sa rage et son orgueil brisé pour…Il ne sait…Il le fait néanmoins, car ce trouble même s’il blesse et afflige, lui sied.

Un râle s’échappe de la bouche de l’Orgueilleux qui s’empresse aussitôt de mordre la chair de son épaule brûlante. Sa dextre branle, la libre étreint sa tignasse pour basculer son visage vers l’arrière. Les lèvres envieuses se perdent jusqu’à l’oreille du félin pour en saisir du bout des dents le lobe.

- "Aucune profanation digne de ce nom, Bretonne ou non, ne me fera plier l’échine et écarter le séant pour un homme…Choisi donc bien ta dette car je suis un très mauvais perdant."

Sous la menace, le solitaire le pénètre dans sa totalité, empoignant ses hanches pour accentuer sa prise et la cadence de ses coups de reins. Le plaisir lui enserre désormais les tripes, électrise son échine et enivre son esprit. Etienne se hait d’être si bien au creux de ses reins, de ressentir un plaisir si intense qu’il peine à assumer son acte et sa prise.

- "Je te hais…"

Une exaltation…Une gorge saisie avec délicatesse mais fermeté, un pouce qui effleure l’arête de la mâchoire pour la marquer de son ongle, des reins qui se creusent pour mieux se perdre, des gouttes de sueur qui perlent le long des balafres, une main perverse qui agace le membre, une autre qui finalement étreint la nuque moite du Breton…Etienne veut le briser alors que son corps lui-même appel au plaisir, à la prolongation de ses réjouissances, à la poursuite de ce jeu sournois et malsain.

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L'Aphrodite, une invitation indécente.
Alphonse_tabouret
La douleur cisailla brièvement sa hanche quand les doigts d’Etienne s’y enfoncèrent, griffes cruelles mais étrangement propriétaires, mues par une rage aiguisée et provoquée, laissant le chat dans l’extase d’avoir touché la dernière limite possible. A l’orée d’une nouvelle frontière, que le chemin se fasse sous les coups ou les à-coups, il sentait dans le corps plaqué au sien tout le bouillonnement qui le ravageait, toute la fureur d’avoir un choix à faire par sa faute.

Frappe-moi.
Frappe-moi et tu es libre.

Semi vérité. Le piège était tissé avec tant de rigueur par le félin que chaque option laisserait à De Ligny, le gout de l’amertume. Le poing signifierait la défaite, la bouche l’abandon, et les reins… Ah, les reins… Les reins seraient sa dette, inaltérable, définitive, brulante.
L’inspiration enfla tout du long du ventre, serrant un peu plus le comptable dans les bras du duelliste, révélant au félin le contrôle nécessaire, la réflexion aux tempes, l’indécision… Et cela secoua l’âme du jeune homme d’un rictus cruel, émerveillé par la faiblesse de la chair, par ce défi vexatoire qui venait à ce point égratigner l’orgueil du guerrier qu’il se laissait le temps d’une respiration pour choisir son chemin.

Par tous les saints… Tu hésites…

Cela ne dura pas. Le geste fut déterminé, retournant le comptable contre le bureau, l’amenant à plaquer ses deux mains sur le bois patiné pour garder un semblant d’équilibre, le corps d’Etienne pesant à son dos d’une volonté aussi pleine que rageuse, éveillant le faune dans le ventre d’Alphonse avec un sadisme aussi cru que lascif. Esclave d’un autre, proie tentatrice ayant touché au but, corps soumis au viol à venir, les onyx plantées sur la fenêtre qui lui faisait face et renvoyait leur image doucement fracturée, le fauve sentit la main d’Etienne se frayer un passage à son ventre et venir saisir l’inévitable preuve de son excitation, arrachant une plainte de plaisir au comptable.
Puisqu’Etienne ne donnerait rien, il lui offrirait tout, telles étaient les armes que le jeune homme avait choisi. Chaque souffle serait enrobé d’une volonté exhibitionniste, chaque regard serait assumé, chaque plainte aurait l’accent d’une perversion qui hanterait ses tempes jusqu’à les dévaster… Qu’importaient la violence et la sècheresse dont le nobliau l’accablerait, qu’importait la douleur par laquelle son corps serait lacéré, le chat voulait la victoire, et elle tenait là, dans l’exutoire jouissance d’Etienne et de son désir à ses reins quand il avait eu dix fois l’occasion de battre en retraite.

Il s’attendit, fébrile, excité malgré lui à n’être qu’objet, sensation longtemps étudiée au travers des mains d’amants et de maitresses de passage, chose à l’âme bancale convoitée depuis son plus jeune âge, et si le nobliau se voulait sans attentions, il les égrenait pourtant, arrachant une inspiration de plaisir à la gorge bretonne lorsqu’ il s’immisça en lui avec une lenteur volontaire quand il aurait pu n’être que fureur. Les doigts du comptable se crispèrent, blanchirent à la table, et il gouta, animal, la divine barbarie de la morsure quand les dents du nobliau se plantèrent à sa chair pour étouffer la plaisir qui perlait à sa gorge, se tendant tout entier sous l’étreinte jugulée de la bouche acérée et de la main endiablée. La senestre agrippa ses cheveux, faisant basculer sa tête en arrière, offrant la ligne de son profil à son bourreau, et, terrible, victime choyée, laissa un regard lascif, coupable et satisfait, couler en coin sur Etienne avant qu’il ne rejoigne son oreille.

- "Aucune profanation digne de ce nom, Bretonne ou non, ne me fera plier l’échine et écarter le séant pour un homme…Choisi donc bien ta dette car je suis un très mauvais perdant." Les mots brulants s’égarèrent aux tempes du comptable, engourdies par les sensations furieuses à sa chair accueillant dans un ultime mouvement d’emphase, l’ombre pleine du courtisan dans un gémissement rauque, se découvrant étrangement assouvi autant qu’affamé, plein autant que vide, égarant sans remords pour quelques instants le plaisir malsain qui le contaminait tout entier.
Les cheveux relâchés ce furent les hanches qui se trouvèrent conquises, d’une ferveur mauvaise, d’une rage délicieuse, diffusant la douleur autant que le délice aux reins d’Alphonse dont la respiration se hacha, rythmée par le bassin du Griffé. Voilée, retenue parfois d’une morsure aux lèvres faite pour s’entendre et appliquer le guerrier à se jeter plus avant dans la bataille, le breton laissa les derniers mots du jeune homme liquéfier son âme d’une aveu qui avait l’accent diffus de la déclaration . - "Je te hais…"

L'âme toute entière fut prise d'un spasme lancinant, plongeant le chat dans un abime momentané de tempêtes, crispant le fil de sa mâchoire...

-Tu me haïras bien plus encore, lui répondit-il d’une voix sourde avec ce même parfum éthéré de tendre promesse, modulée par l’ivresse de ses sens, piquée d’une étrange sensibilité lorsque ses doigts enserrèrent sa gorge, fermes et étonnamment doux quand ils étaient en droit d’asphyxier selon leur bon vouloir, d’affoler, de punir… Mais non… Le pouce caressa la mâchoire au lieu de la brutaliser, marquant la peau de son ongle, faisant frémir Alphonse que les attentions les plus minimes avaient le don de perdre jusqu’à l’affolement, regonflant immédiatement sa colère d’une vague violente d’avoir senti son âme se tordre d’un geste aussi dérisoire, involontaire, ridicule, méprisant… Le dédain redora ses veines et il acheva de se joindre à la dépravation de leurs corps en devenant acteur de sa propre soumission, étirant savamment les minutes jusqu’à les délayer, abandonné plus qu’il ne l’aurait voulu à cette main perfide qui achevait d’exciter sa folie et à ce corps nerveux qui éveillait le bien être au même titre que le dégout, mais résolu, déjà vainqueur, à ne rien laisser au nobliau si ce n’était l’horreur d’une jouissance pleine.

Il sentait bien, le chat, les promesses de mort à sa nuque empoignée, il sentait également la haine qui s’échinait à le faire plier et qui le soumettait à l’irascible plaisir de sa déviance, mais il sentait aussi le plaisir de l’étreinte si roidement fiché en lui, l’attardement volontaire auquel le courtisan ne résistait plus, et cette attention définitivement étrange à vouloir partager l’extase en le caressant avec un tel engouement.

La dextre quitta la table, et le coude plié lui permit de saisir la nuque brune en s’y incrustant, les amenant à plaquer leurs tempes côte à côte, les forçant à bouger au rythme soutenu de l’osmose, à n’être qu’un quand ils voulaient pourtant si intensément être deux, le chat savourant le souffle court à la gorge honnie, la brulure de la peau à ses mains froides, et se surprit à haïr le tissu qu’il portait sur le dos pour ne pas percevoir le ventre essoufflé d’Étienne contre son dos . Débridé, égarant ses yeux sur leur reflet, il se laissa porter par la vague lancinante qui le saisissait, et, avant de sombrer, de consumer ses derniers grammes de lucidité, s’offrit le luxe d’un ultime jeu.

La main desserra sa prise avec lenteur, relâchant la nuque, s’apprêtant en quelques secondes à scinder de nouveau les corps, à laisser le poids du comptable repartir en avant et à priver son tortionnaire, attardant dans sa lenteur l’avertissement aux sens du nobliau, lui laissant le choix de le retenir contre lui ou pas. La raison délitée, agonisante dans les soubresauts de leurs corps mêlés, définitivement altérée mais tenace, dans les limbes de ses pensées, de plus en plus proche d’une extase qui menaçait de le vriller aux doigts habiles du courtisan, Alphonse laissa Étienne en proie au dilemme de laisser parler sa chair ou sa rage.


Retiens-moi
Lâche-moi
Choisis toi-même le poids de ta dette.

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