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[RP (Fermé )] Minuit, dans le jardin du Bien et du Mal (*)

Alphonse_tabouret
(* Titre emprunté au film du même nom de Clint Eastwood )



L’Ortie avait donné la thématique de la soirée et le comptable avait choisi de s’y plier, par sens du commerce, il va sans dire, puisqu’accéder aux requêtes des gens de qui on attend quelque chose est la moindre des attentions à leur prodiguer, d’autant que l’herboriste n’avait pas eu la folie des grandeurs. Elle serait peut-être même surprise des mets que l‘on pouvait trouver dans les cuisines de la Maison Basse, dont le cœur ne cessait jamais vraiment de battre, et quand le bordel , lui, s’endormait doucement aux petites heures de la matinée, les domestiques , pour certains, rangeaient et nettoyaient, quand d’autres préparaient et gardaient… La nuit venant, à n'importe quelle heure, on trouvait toujours des petites mains prêtes à exécuter les commandes de certains clients si bien que jamais la Maison Basse ne dormait du sommeil du juste, une oreille toujours aux aguets de ce qui s’y déroulait.

L’heure était tardive puisqu’Alphonse avait pris rendez-vous avec l’Ortie de façon à ce que son déplacement jusqu’au bordel soit fait en toute discrétion, à la faveur d’une de ces nuits de juillet où l’on est encore éprouvé par la chaleur de la journée et où chaque goulée d’air nocturne s’avale avec la fièvre de l’assoiffé. Si elle avait accepté de se venir jusqu’à eux pour soigner le parasite quelques jours plus tôt, il n’en demeurait pas moins un voile de mystère sur ses affinités avec un tel endroit et il n’était pas question de la mettre dans de mauvaises dispositions dès le début de cette rencontre.
Quand la soubrette lui avait demandé où placer les couverts pour son diner, Alphonse avait opté pour un coin de verdure, et une simplicité dans le choix des apparats presque déroutante pour un lieu aussi réputé pour son luxe que l’Aphrodite Une nappe blanche, mais brodée par des artisans genevois, des assiettes si simples qu’on ne les aurait jamais cru importée de Naples pour l’ivoire de leur blancheur, des verres, joliment ciselés, gravés sur le socle, par le souffleur du « A » discret du bordel . La lumière viendrait des bougies allumées dans le bureau adjacent à ce bout de jardin, permettant une lueur diffuse et ne se pliant à aucun courant d’air quand un seul chandelier trônait sur la petite tablée préparée. Seul luxe autorisé, les fauteuils, splendides de courbes invitant à se les approprier rapidement, dont le tissu tendu était doucement piqué de motifs bleus et verts et dont les larges accoudoirs permettaient une assise des plus confortable.

Minuit sonna et Alphonse, levant le nez vers un ciel moucheté, espéra une fraction de seconde, égoïstement, torturé encore par ce fragile passé où les plantes avaient étouffé jusqu’à la moindre parcelle de vie en lui au travers de son Autre, que peut être cette sorcière-là n’honorait pas ses rendez-vous…

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Fleur_des_pois
Fleur était impatiente. Son rendez-vous nocturne la faisait se hâter dans les rues de cette ville qu'elle connaissait si bien. Elle y vivait depuis ses dix ans. Depuis qu'une guérisseuse l'avait arraché à un couvent qui ne lui offrait pas d'autre avenir qu'un voile. Une voile en lieu et place d'une chevelure somptueuse. Un voile pour racheter sa faute. Celle d'avoir été abandonné au milieu des pois de senteur. « Une fille des fées » avait-on dit. Une fille du Sans-Nom. Et pour racheter cette filiation honteuse, une vie entière au service de Dieu semblait à peine suffire.
Isolda l'avait sauvé. Elle lui avait enseigné un savoir vieux comme le monde. Guérir par les plantes. A l'aide d'un Savoir vrai. D'un Savoir sûr. Et Fleur avait appris. S'abimant dans les cueillettes tôt le matin. Les yeux rivés sur les notes qu'avait prise sa mère d'adoption. Qui a défaut d'amour, lui avait offert un bien plus précieux encore. L'apprentissage. Le Don. Isolda disait souvent qu'elle-même avait du talent. Mais que sa protégée avait un don. Gaia avait tout fait alors pour mériter le compliment. Elle avait tout appris. Le bien comme le mal. Mélangeant tout cela comme pour une potion. Ce qui lui avait valu la porte.

Ceci dit, la Fée ne s'en plaignait pas.
L'Aphrodite fut trouvée facilement. Le bordel ne lui était plus inconnu. Et alors qu'elle se présentait à un serviteur, celui-ci lui indiqua le chemin à suivre. Les jardins. Cette idée lui plut d'emblée. Une fleur poussait mieux en terre fraiche.
Ses petits pieds chaussés de pantoufles de satin foulèrent bientôt l'herbe tendre. La table lui apparut, magnifique de simplicité. Plus attrayante qu'un banquet royal. Il symbolisait à lui seul une promesse d'avenir. Un emploi fixe. Régulier. L'occasion d'étaler son savoir. Ses capacités sans cesse repousser. Son intelligence mise à l'épreuve des lubies de la clientèle.

Le maître des lieux était là. Un sourire se dessina sur le beau visage de Gaia. Si elle portait une robe verte, ce n'était point la même que la dernière fois. La vêture la mettait plus en valeur, suivant les formes pleines de sa poitrine et la finesse de sa taille. De ses cheveux nattés, quelques mèches sauvages avaient repris leur liberté. On distinguait toutefois dans la pénombre, le reflet brillant de sa chevelure, au hasard d'une lueur égarée.
Son chien à trois pattes, Dandelion, la suivait, comme toujours. Impossible de se séparer de lui. Le seul être hormis elle-même en qui elle avait toute confiance. Les hommes étaient changeants. Son chien restait fidèle.


Je vous souhaite le bonsoir, Messire. Je crois que nous avons pas eu le temps de faire les présentations, la fois dernière. Tendant la main vers Alphonse, la Fée sourit largement avant de poursuivre. Fleur-des-Pois. Fleur, pour vous servir.
Alphonse_tabouret
Et tandis que l’heure des sorcières sonnait, son hôte s’avançait, nullement en retard, terriblement à l’heure, dans un sourire rappelant au comptable combien le masque de la mort pouvait avoir de facettes. Qui aurait cru en voyant cette élégante fleur qu’elle eut pu avoir caché derrière ses yeux tendres, le savoir nécessaire à vous emporter ?...
La gasconne avait laissé Alphonse plein de défiance, de rage et d’idées sombres sur les plantes qui ornaient les étals de ses services et de songer qu’elle n’avait même pas la fraicheur de l’Ortie pour duper ses ennemies fit monter à ses tempes une méfiance plus sourde encore. Bien sûr que liés aux poisons les plus divers se trouvaient les remèdes, les soins, les baumes… mais certains arrivaient toujours trop tard et les empoisonneuses elles, frappaient toujours juste. Derrière elle, le comptable remarqua un cabot, avançant d’une démarche claudiquant mais certaine sur ses trois pattes et sans s’y attarder plus longtemps, attendit qu’elle arrive devant lui pour finir de peindre le tableau qu’il voyait.
Légère, agréable à regarder ainsi drapée d’un vert rehaussant un teint joliment frappé du grand air, les courbes harmonieuses de ses formes ondoyant sous le tissu, une lueur dans l’œil où la malice flirtait avec l’acide,, l’herboriste finissait de réduire la distance qui les séparait quand le jeune homme se demandait si cette étincelle pétillante était dû à son jeune âge ou à un esprit dissociant à sa convenance ce qui devait de ce qui ne devait pas se faire.
Chassant de son esprit ce passé si frais encore, il laissa à ses lèvres se dessiner un sourire courtois et avenant et cueillit le halo des yeux mutins qui se posaient sur lui .


Je vous souhaite le bonsoir, Messire. Je crois que nous avons pas eu le temps de faire les présentations, la fois dernière. Fleur-des-Pois. Fleur, pour vous servir.

-Bonsoir Fleur, répondit le jeune homme. La main, dans un mouvement élégant dont les femmes étaient capables sans le moindre arrière pensée, fut tendue, et même si la politesse était toujours de mise lorsqu’il s’agissait des femmes , il n’était pas question de deux galants venant à un rendez-vous, mais bien d’un repas d’affaires, aussi, le comptable choisit d’ignorer le baise main conventionnel et serra la main de l’artisan comme on serre celle d’un confrère : avec respect. Alphonse Tabouret, se présenta-t-il en glissant au dos du fauteuil pour le lui proposer, attendant qu’elle s’asseye pour faire de même. Notre dernière entrevue fut certes décousue mais en tous points satisfaisante, poursuivit il quand l’ombre d’une soubrette venait discrètement poser une bouteille de liquoreux frais sur la table. Votre efficacité est à saluer. Sa dextre se posa sur le bras de la domestique qui pencha instinctivement la tête pour cueillir le message que le comptable lui délivrait en désignant le chien du doigt, et repartit, après un hochement de tête. C’est Hubert qui vous a amené c’est cela ? La question ne valait que pour la rhétorique, mais flâner aux abords du vif du sujet était une façon d’apprendre ce que l’ortie savait déjà. A-t-il eu l'occasion de vous parler de la Maison ? demanda-t-il en remplissant son verre quand la domestique ramenait une écuelle d’eau fraiche pour le chien.
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Fleur_des_pois
Alphonse. Ce nom lui allait bien, décida Fleur. Les manières du jeune homme étaient exemplaires. La poignée de main fut ferme. Bien que cela ne fut pas ce à quoi elle s'était attendue... l'Ortie s'en trouvait satisfaite. Ils se retrouvaient pour parler affaires. Les bases étaient posées. Rien d'autre ne serait abordé.
Gaia lui adressa un sourire avant de prendre place. Sa main vint cueillir le verre au contenu grenat. Et alors qu'elle s'apprêtait à tremper ses lèvres dans l'alcool rougeoyant, la domestique déposa une écuelle d'eau. Pour son chien. Cette étonnante attention eut le mérite de charmer la Fée. Un homme qui se souciait d'un canidé estropié méritait toute son attention. Et une bonne part de sa confiance.


Je vous remercie, fit-elle en hochant la tête.

Et maintenant que les présentations étaient faites... Il ne restait plus qu'à parler de la cause de sa venue. Même si Alphonse semblait vouloir rester à la périphérie de la nature de l'entretien. Pourquoi pas, songea Gaia en reposant son verre. Ils auraient la nuit entière pour sceller un éventuel contrat. Profiter du moment en badinant un peu n'était pas une désagréable perspective.

Non, cette fois, je suis venue seule. J'ai mémorisé le trajet, la première fois, lorsque Hubert est venu me quérir. Et le pauvre homme était si pressé qu'il n'a guère eut le temps de me parler plus précisément des lieux.

Puis, comme si elle venait juste de s'en souvenir :

Et votre ami ? Il se porte mieux ? J'espère que vous lui avez offert quelque repos.

De nouveau, la petite main s'empara du verre. Une nouvelle gorgée fut savourée. Les yeux mi-clos, l'Ortie se laissa aller dans le fond de son fauteuil. La finesse du meuble ne lui avait pas échappé. Laissant ses doigts courir sur le bois ouvragé, la brune s'absorba quelques secondes dans l'écoute des tardifs grillons.

Alors, Alphonse... Que dois-je savoir de cette Maison ? Et de l'autre ?
Alphonse_tabouret
La lueur dans l’œil de l’herboriste ne lui échappa pas lorsque la soubrette vint poser la gamelle d’eau à côté du chien, et cette simple clarté brilla immédiatement de mille lueurs dans l’esprit du brun, mettant en avant quelques-unes des évidences qui façonnaient la personnalité de la jeune femme. Il eut été sot de se contenter de dire qu’elle aimait les animaux, il l’aurait nettement moins été de considérer le chien éclopé comme une extension d’elle-même.
L’Ortie pouvait se demander si le comptable avait mis dans le mille par le plus grand des hasards et il l’aurait bien volontiers pardonnée, mais à la vérité, il était rare que le chat fasse un geste sans que ce ne soit sa curiosité qui le lui ordonne. Avant tout hôte recevant quelqu’un, il se pliait à la politesse la plus élémentaire, et n’aurait jamais commis la faute de ne point sustenter l’animal que le maitre avait amené avec lui, mais il avait ressenti chez Fleur, une douce sauvagerie, une méfiance amenant à un coté abrupt, peut être dictée par son métier ou bien les rencontres faites le long de sa route, et s’était surtout demandé, lorsqu’il avait réclamé l’écuelle, si cela la satisferait comme d’un dû ou si elle en sourirait.
La réponse était là, dans le dessin gracieux de sa moue avenante, dans le pétillement naturel de ses yeux.



Non, cette fois, je suis venue seule. J'ai mémorisé le trajet, la première fois, lorsque Hubert est venu me quérir. Et le pauvre homme était si pressé qu'il n'a guère eut le temps de me parler plus précisément des lieux.
Et votre ami ? Il se porte mieux ? J'espère que vous lui avez offert quelque repos.


Le flamand retint les premiers mots qui lui venaient pour renier la moindre chose pouvant le relier à Adryan comme un intime, se promettant de finir par appliquer le feu sur la plaie pour ne plus qu’elle lui bouscule les pensées aussi facilement et répondit, en prenant son verre en main :

-Il est donc heureux que vous ayez su retrouver seule le chemin… quant à Adryan, il se porte en effet bien mieux, et il aura bénéficié des deux jours de repos que vous lui avez prescrit…
Deux jours de calme pendant lesquels le comptable avait retrouvé son havre de paix, fasciné par le silence qui y régnait quand son parasite ne se trouvait pas en face de lui, à faire bruisser sa plume dans les arabesques des chiffres du bordel… S’il n’avait tenu qu’à Alphonse, c’est la semaine entière qui lui aurait été offerte, au frais de la maison… Vous aurez peut-être l’occasion de le voir plus tard si nous finissons par aller écumer le comptoir du bar… Son sourire s’anima d’un dessin espiègle quand il portait le verre à ses lèvres pour en boire une gorgée, laissant à la demoiselle le temps de prendre possession du fauteuil qui lui avait été réservé.

Alors, Alphonse... Que dois-je savoir de cette Maison ? Et de l'autre ?

Son sourire s’étira lorsqu’il reposa le contenant sur la petite table en dévisageant l’ortie, laissant le regard glisser une seconde sur la gorge veloutée qu’offrait le simple décolleté de sa robe, notant que si elle avait l’air simple, elle était loin d’être sotte. Le double visage de l’Aphrodite ne lui avait pas échappé ce qui signifiait au choix qu’Hubert parlait trop ou que son travail l’amenait à fréquenter à peu près la même clientèle que la Maison Basse

-Ce que vous devez savoir ne tient qu’à vous, Fleur, répondit-il quand dans le couloir, le bruit des pas de la soubrette portant un plateau, se faisait doucement entendre. L’Aphrodite, vous l’ignorez peut être, est avant tout un lieu de vie, et il me plairait de savoir quelqu’un susceptible d’intervenir si la santé du personnel de maison le requérait… Depuis la découverte macabre du corps de Quentin, l’une des hantises d’Alphonse était que les employés ne reçoivent pas les soins nécessaires dans la minute où ils étaient indispensables, et c’était exactement cela qui l’avait motivé à ne pas laisser Adryan se vider de son sang dans son bureau quelques jours auparavant. Il va sans dire que l’Aphrodite est aussi un bordel où s’exercent de nombreux talents… Ceux de la chair évidemment… Les onyx gagnèrent les yeux noirs qui lui faisaient face… mais aussi ceux de l’abandon au sens plus large du terme. Malgré la finesse des vins et la rareté de l’alcool, tous nos hôtes ne souhaitent pas forcément s’enivrer, et certains ont en tête des expériences qui recèlent pour ma part d’un savoir-faire que je n’ai pas… les concoctions et associations de plantes relèvent de l’herboristerie et pas de la comptabilité, vous en conviendrez… Il remercia d’un sourire la domestique posant devant eux l’entrée où se mélangeaient la salade vigneronne et quelques tranches fines d’une terrine de lièvre. Je cherche donc quelqu’un capable de répondre à ces besoins là… Quant au reste… si vous connaissez un tant soit peu Hubert, vous devez vous rendre compte de la clientèle qu’il nous arrive de croiser ici-bas… La distinction fut faite quand il embrassait du regard la fenêtre de son bureau et le couloir par lequel elle était arrivée. Le vif du sujet était désormais abordé et si l’ortie était de celles qui donnent et prennent au hasard de leur bourse, elle saurait parfaitement de quoi il retournait… ceux-là aussi, il faut les satisfaire… En auriez-vous les compétences ?
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Fleur_des_pois
Fleur avait faim. Elle ne s'en rendit compte que lorsque la domestique déposa devant son petit nez retroussé et pointu, une assiette des plus alléchantes. Et si son estomac gronda, cela fut fort discret.
L'Ortie écoutait avec attention le comptable. L'Aphrodite ne lui était point étrangère. N'était-elle pas venue récemment accompagnée de quelques membres de sa famille ? L'aspect lupanar ne lui était de fait, pas inconnu. Bien différent des lieux qu'elle avait foulé en se rendant au chevet d'Adryan. Cette façon d'organiser les choses lui plaisaient. On ne mélangeait pas plaisir et affaires sans le regretter un jour. La Fée faisait aujourd'hui les frais d'un jeu interdit auquel elle s'était adonnée. Le prix était élevé, à la hauteur de son erreur. Cependant, alors qu'elle dégustait l'entrée, le Lutin s'efforçait de n'y plus penser.

Les désirs des riches faisaient son profit. Celui d'Alphonse aussi, sans aucun doute. Ce n'était que justice. Et bien que parfois elle consente à offrir ses dons aux plus démunis sans presque rien demander, Gaia n'hésitait pas à soutirer le maximum d'argent aux nobles trop imbus d'eux-mêmes pour s'apercevoir qu'elle les roulait.
Et si l'on demandait ici des services qu'elle pouvait offrir... Fleur ne tergiverserait pas trop longtemps.
Dégustant silencieusement une bouchée de l'exquise salade, la Fée prit le temps avant de répondre. D'un ton dénué de sécheresse. Mais qui n'admettait pas le doute quant à ses capacités.


Mes compétences peuvent aisément comblées le nobliau en quête de sensations fortes. Et comme vous l'avez constater il n'y a guère de temps, soigner est également de mon domaine.

Fleur porta le verre à ses lèvres. Dégustant avec délice le liquide grenat. Puis reprenant, d'un ton plus léger. En totale opposition avec ses paroles.

Je dispense les soins comme la mort. La mort et la souffrance. Entre autres petites choses du même acabit. Je saurai répondre à n'importe quelle demande pourvu qu'on y mette le prix.

Un léger sourire flotta sur les lèvres ourlées de l'empoisonneuse. Elle reposa son verre et apprécia de nouveau le contenu de son assiette. Se délectant de la terrine avec gourmandise.

D'ailleurs, parlant prix... Dans l'hypothèse où j'accepte de travailler ici... Comment serais-je rémunérée ? Toucherai-je la totalité des gains que je rapporterai, ou seulement une partie ?
Alphonse_tabouret
L’Ortie était définitivement une femme agréable, songea le jeune homme tandis qu’elle égrenait les évidences convenues à n’importe quel entretien d’embauche, aussi charmant soit il à la lueur d’une bougie, dans un carré de verdure parisien, attablé en bonne compagnie.
L’adresse de la sorcière à remettre Adryan sur pied ne lui avait pas échappé, sa discrétion en ne posant aucune question était ce qui avait le plus plu au flamand, et sa réputation, confirmée par Hubert quelques heures plus tard avait fini de convaincre Alphonse qu’il avait bien fait d’inviter la demoiselle à revenir. A cet instant ci, dévouée avec une adorable gourmandise à son assiette, elle faisait, bonne commerçante un résumé succinct de ses compétences avant d’entrer dans le vif du sujet, notant par là au comptable qu’elle pouvait être intéressée par le contrat qui pointait le bout de son nez.


D'ailleurs, parlant prix... Dans l'hypothèse où j'accepte de travailler ici... Comment serais-je rémunérée ? Toucherai-je la totalité des gains que je rapporterai, ou seulement une partie ?

Picorant dans son assiette pour ne quasiment rien porter à sa bouche, le chat peu enclin à se repaitre depuis quelques mois, déjà nourri par ses obligations, laissa son sourire prendre une ampleur féline en répondant :

-Dans le cas où vous travailleriez ici, Fleur, l’intégralité de l’argent perçu lors de vos commandes vous reviendra. L’Aphrodite ne ponctionne aucun pourcentage à ses employés sur le labeur qu’ils effectuent en ses murs… Le léger temps de silence accordé à la suite de cette vérité put laisser à l’herboriste le loisir de comprendre qu’il en était de même pour les courtisans de la Maison Haute. Je peux également vous proposer une chambre au sein même de la Maison Basse si d’aventure vous souhaitiez installer vos affaires de manière à vous éviter la multiplication de trajets à des heures parfois indues…. C’est que nous avons l’habitude de travailler tard, expliqua-t-il dans un sourire, en faisant signe à la soubrette qui pointait son nez qu’elle pouvait venir chercher les assiettes et apporter la suite. Cela ne vous coutera que quelques écus par mois, et cet argent est remisé dans une caisse noire attenante aux besoins potentiels du bâtiment en lui-même…En échange de cela, car vous vous doutez bien que je ne suis pas mécène , fit il en portant le verre à ses lèvres pour le finir, je vous demanderai l’intégrité et la loyauté à votre nouvelle demeure, et si jamais vous deviez avoir un cas de conscience, j’espère être à même d’en parler avec vous pour trouver une issue qui satisfera tous les parties... N’était-ce pas son rôle au fond, de veiller à ce qu’entre le nom, la fange et le rêve de l’anglais, le tout s’équilibre jusqu’à vivre sans lui ? Nul doute que vos talents trouveraient ici une aire de jeux à leur convenance… Son sourire vacilla une seconde, rejetant immédiatement la moindre image du corps tétanisé du Lion, le visage figé à tout jamais dans le poison amer dispensé par la Gasconne… De la même façon, si vous n’avez aucun intérêt à amener la lumière sur votre travail, vous comprendrez aisément qu’il en est de même pour la Maison… La discrétion sur ce qui se passe ici ferait donc parti de nos obligations communes… Il s’interrompit le temps de remercier la soubrette déposant un coquelet farci dans chacune de leur assiette et repartant cherchant une nouvelle bouteille de vin. Voyez-vous des points que j’aurais oublié de vous soumettre et qui demanderaient quelques éclaircissements ?, demanda-t-il en découpant l’une des cuisses du coquelet et en l’indiquant d’un geste à la maitresse du cabot, pour lui demander s’il pouvait la jeter au chien.

Ce geste-là n’avait rien de courtois, de calculé ou de réfléchi. Alphonse ne concevait pas que l’un des convives de la soirée se retrouve sans rien à se mettre sous la dent quand les autres festoyaient.

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Fleur_des_pois
Toute son attention était dirigée vers Alphonse. L'entier paiement de son travail lui reviendrait donc. Voilà qui était plus que satisfaisant. Avec son ancien futur employeur, l'Ortie ne touchait pas même la moitié. L'entente semblait aussi parfaite que possible. Et pour quelle raison en ce cas aller voir ailleurs ? La loyauté de la Fée était déjà toute acquise à l'établissement.

Dans ces conditions si... idéales, je m'engage avec joie à toute la loyauté et confidentialité nécessaire à notre épanouissement mutuel.

Le plat fut dégusté avec gourmandise. Le mêt était fin. Divin. Et pour Gaia qui n'aimait rien tant que la bonne nourriture, l'Aphrodite promettait d'être paradisiaque. Le geste à l'attention de Dandelion n'échappa point à l'empoisonneuse. Qui hocha la tête en signe d'assentiment. Son chien était gâté lui aussi. Et ce seul fait rendrait la brune plus fidèle au bordel qu'elle ne l'était à son quasi-fiancé. Son chien étant la « personne » à qui elle tenait le plus. Quiconque lui témoignait de l'intérêt à l'estropié se voyait considérer d'un œil plus que favorable par sa maîtresse.

Plus aucun sujet ne me vient. Sauf peut-être... quand puis-je commencer ?
Alphonse_tabouret

La cuisse fut jetée au chien quand l’assentiment tomba, et Alphonse observa un temps de silence souriant à la jeune femme, comme dégagé d’une obligation si lourde qu’il en avait eu du mal à relever la tête, étonnamment plus léger, plus frais à la faveur de cette nuit pourtant bien avancée.
Elle ne se doutait pas l’Ortie, de ce qu’il avait remué en lui pour accorder chaque mouvement à la présente représentation, luttant à chaque instant pour éviter que l’image de la gasconne ne se superpose à celle de la ravissante créature dont l’enthousiasme à avaler son plat lui arracha l’ombre d’un sourire oublié.
L’Aphrodite venait de trouver son empoisonneuse
Nul doute qu’il y aurait possiblement quelques soins à apporter, une fièvre à soigner, un doigts coupé aux cuisines ou bien une mauvaise goutte chez l’un ou chez l’autre quand viendrait l’hiver... mais les talents de Fleur auraient bien peu de chances d’être toujours aussi louables, il le savait déjà. L’Ortie n’avait pas l’air sotte, bien au contraire, et sous l’apparente fraicheur, on devinait une angoisse plus sourde, une force plus solitaire. S’il ignorait les chemins qu’avaient pu emprunter l’herboriste, il ne doutait pas de leurs méandres et de leurs arrêtes parfois effilées, puisque personne n’était jamais épargné par la vie, aussi facile puisse-t-elle être. Le destin, ou le Très Haut se chargeait toujours de vous rappeler que tout avait un dû, que même naitre parfois vous rendait débiteur des autres.

-Quand vous le souhaiterez, répondit-il en repoussant son verre du bout des doigts. Vous pouvez dès ce soir demander à Hubert de vous aider à déménager vos affaires. Une fois que ce sera fait, vous n’aurez plus qu’à venir me voir pour signer votre contrat. Il remonta ses yeux jusqu’à elle, sincère sous la fatigue, étrangement victorieux de lui même, sans se départir de son sourire : Bienvenue à l’Aphrodite, Fleur.

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