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[RP-Jeux d'Ambroise] Introduction.

Nathan
« J’eus toujours de l’esprit. Et l’esprit eut toujours la sédition en lui. Je suis le prisonnier de l’insubordination. » de Nathan.

Nathan Sidjéno d’Ambroise eut tout pour être heureux. Cette locution, qui, par beaucoup, fut employée de manière abusive à son encontre, n’était en réalité qu’un simple euphémisme, d’une pauvreté indécente. On eut pu se croire à la lecture d’un poème faisant l’éloge de la banalité. Affligeant. L’euphémisme se voulut intensifié par la greffe de la circonstance, Nathan eut tout pour être heureux dans le pire des mondes.
De cela, en découla les flots de la connaissance avisée.
Nathan Sidjéno d’Ambroise était soumis aux sobriquets, on pouvait le nommer de bien des manières. Blond, blondinet, garçon au poisson orange, garçon de Louvières entre autres. Il les affectionnait tous. C’était pour ainsi dire sa marque de fabrique. Le jeune Duc se sentit toujours davantage éclairé que les autres. Il brillait malgré le terne qui l’avoisinait tout le temps. Un Ange descendu du ciel. Voilà ce que l’on put en dire. Il arriva dans ce monde par la mort. Dans un écrin luxueux, dans la capitale du Luxe, dans la noblesse, dans la dorure… Dans l’Hôtel Particulier des Louvières.
C’est alors, que ce dernier prit la place la plus importante dans sa vie. Digne héritier des Ambroise, il se devait de faire prospérer sa maison. Le poids l’accablait depuis tout temps, la légèreté, il ne connut que trop rarement. Il s’adonnait à la frivolité tout en étant prisonnier dans la façade de la Noblesse. Un carcan à vie, un pilori en place publique.
Que Louvières eût été son plus grand bonheur, tout le monde le savait. Mais que Louvières eut été la cause de ses plus importants soucis, personne dans ce monde ne le sut complétement. Vie masquée et maquillée.


Nathan reçut la gloire dès ses plus jeunes années. Enfant modèle, meilleur parti de Berry, il était, titré, riche et beau. Le tout s’accentua au cours de ses années insouciantes. Ce n’est qu’à l’âge de ses dix-sept ans, qu’il prit conscience du problème. Il avait hérité du pécule maternel sans le moindre souci. Il hérita de l’Hôtel Particulier des Louvières aussi. Mais de la vicomté de Louvières-en-Berry. Rien. Nathan Sidjéno ne put jamais se faire appeler sa grâce Nathan Sidjéno d’Ambroise, duc de Peya, Vicomte de Louvières-en-Berry & Baron de Palluau-sur-Indre. Jamais. Il laissait la vicomté de côté, alors que le fief lui revenait de droit. Fief ancestral Ambroisien.
Il eut donc le plaisir de revendiquer.
Malheureusement, le blondinet eut toujours été soumis à la bonne conscience, c’était de famille, disait-on, il essayait par bien des déférences de satisfaire l’équilibre, la plénitude de cette dernière, qui dans la situation de déséquilibre lui donnait des crampes d’estomac insupportables.
Il s’en alla en guerre.
Sa réputation fut faite.


Le garçon de Louvières. Connu pour sa beauté. Reconnu pour son goût en matière de luxe ; de mode ; de papilles et de femmes. Le jeune Duc, se nomma Pape de la Mode. Quoi de plus normal dans un univers sucré, où il s’efforçait de se faire rayonner à travers de somptueux banquets et fêtes connus de tous. Un égocentrisme hors norme. Il se disait souvent avec un humour grinçant que l’académisme était une farce que la populace acceptée sans broncher, tandis que lui, se détachait en se présentant sous les atours d’un personnage excentrique et hors-normes. Beaucoup eurent du mal à le suivre dans ses pensées, plus rien n’était secret pour sa vie du devant.
Il en jouait et en raffolait, drogué par ce jeu, il s’accommodait de l’opium sans s’en cacher.
Coqueluche du « Berry Pipeul », ça aidait.


Malgré cette vie débordante et trépidante, le blond s’était gagé de reprendre le fief ancestral de manière concrète. Il s’en allait de la réputation de cette famille où tous les espoirs étaient tournés vers lui.


Il se lança donc dans les bonnes recherches. Demandant de droite à gauche des éclaircissements sur les membres de sa famille qu’il n’eut pas le plaisir de connaître. Il se devait de trouver un certificat de mariage entre feue sa mère Cécile d’Ambroise et son père June Sidjéno, qui, laissa planer le doute sur l’éventualité d’une bâtardise, laquelle le garçon au poisson orange ne put supporter d’accepter. Les recherches de nombreux jours, des livres entiers furent lu.
Et c’est alors qu’il découvrit par le plus grand des hasards qu’un cousin d’un degré plus ou moins incertain, put l’aider. Alphonse était son homme. Dans les maisons de Paris, la racaille pullulait, il était évident qu’il pouvait se donner à son entreprise. Il le payerait grassement se dit Nathan.
C’est alors, qu’un Berrichon de sang pur, se prépara au départ pour rejoindre la capitale de la France. Paris. Il était étranger, il eut le mal du pays.


On ne put trouver plus superficiel que lui, quand il se déplaçait, il emmenait avec lui la valetaille, les vêtements par dizaines, non, par centaines! Un convoi, un véritable de trois coches, vingt gardes ducaux et cinq chevaux. Un creva en route. Il voulut faire un enterrement de cheval. Il n’eut pas le temps. Il s’en voulut. Nathan et la discrétion ce fut le caractère même de l’antipode.
Un antagonisme pur et austère.
Après quelques jours éprouvant de voyage. Il put s’installer dans le vieil Hôtel des Ambroises, laissé à l’abandon depuis 1459. Il en eut des frissons, puis des larmes. Nathan était très émotif. On lisait sur son faciès comme dans un livre.
Il se renseigna sur l’Aphrodite en faisant venir en sa maisonnée quelques grands couturiers de Paris. Tant qu’à faire une pierre deux coups.
Il sut.
Il refusa toute escorte. Il voulait, se défaire des jougs. Il se crut taureau. Voir même vache. Nathan c’était une princesse affectionnant les licornes. On a tous ses fantasmes.
Vêtu noblement, il ne se voila pas la face. Il assumait sa bonne fortune, sa bonne condition. Il se donnait avec joie à la personnalité de l’histrion dans le corps de l’Apollon, un fier bel homme qui se pavanait main sur pommeau dans les rues de la capitale. Ça faisait tâche, par le niveau de richesse, un fort contraste qu’il se plaisait d’affirmer en toute occasion. Ses regards se firent condescendants. Il eut peur. Donc il s’éleva à sa manière.
Mais aussi un Berrichon à Paris, ça fait tâche.
Passant par des quartiers infâmes, il arriva dans les alentours de l’Aphrodite. Le jeune Apollon s’avança prudemment dans la cours pavée.
Il abhorrait ce genre d’endroit, de vagues souvenirs lui remontèrent.
Le visage blême, il ravala sa salive et frappa à la porte sèchement.
Ne surtout pas montrer sa crainte.
Il fallait simplement être soi-même.
Pas de lumière blanche, une lumière virant au ponceau charnel. Une lumière aux douces dorures.
Les prémices de mondanités Parisienne ?


edit pour correction d'une faute
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Alphonse_tabouret
La famille était tout ce qu’Alphonse honnissait, victime de ses liens, de ses méandres et des abominations qu’elle engendrait et s’était soigneusement retranché derrière sa fugue pour couper les liens autant que possible avec eux. Rattrapé quelques mois plus tôt par ces autres qu’il s’était entêté à fuir, le hasard avait choisi, facétieux, de finalement le reprendre aux bras dans lesquels il s’était pourtant empressé de le jeter et de le balayer un peu plus loin, rompant la dernière corde capable d’encore le retenir : le chantage.

Son père, petit bourgeois sachant à peine écrire son nom lorsqu’il avait hérité de la parfumerie familiale avait pour lui deux dons qui se disputaient le génie : la perversion, et le nez. Il ne lui avait suffi que de quelques années pour faire de son commerce l’un des plus prospères des Flandres avant que son appétit et sa réputation ne le poussent à élargir son catalogue et ses relations. Alphonse avait grandi dans une ambiance de parfums entêtants, de notes raffinées et d’argent sonnant, esclave docile, entrapercevant dans la servilité consentie la seule manière de survivre à ce joug, à ce père qui ne supportait pas au travers de ce fils cadet, le reflet de ce qu’il ne posséderait jamais : la finesse, qu’elle soit dans les gestes, l’esprit ou bien les traits.
Ce que son père avilissait le jour, le jeune homme l’avait porté aux nues et en avait fait son parangon. A la moindre occasion de liberté, il remplissait ses nuits jusqu’à la lie de bacchanales joyeuses, gaspillait son temps libre pour passer de bras en bras, sans s’attacher , idolâtre maudit d’un Lion anglais dont il avait poussé le vice jusqu’à la béatification de l’amour, jusqu’à ce que la vie ne se charge de mettre le père et le fils face à un dilemme qui s’était résolu dans la violence et dans la fuite.

De sa famille, Alphonse ne connaissait que peu de choses. Les origines honteuses de cet incroyable parfumeur qui, depuis qu’il en avait les moyens s’acharnait à étaler sa richesse mais sans la grâce innée de l’aristocrate pour qui le luxe est une banalité, avaient été enterrées, tues aux enfants Tabouret, et de sa mère, il n’en savait pas beaucoup plus. Bigote, tantôt simplette, tantôt redoutable, épouse bafouée et qui ne manquait de rien, sa famille l’avait abandonnée aux mains d’un roturier dont les avantages pécuniaires avaient eu le charme nécessaire à souiller une particule. S’il avait eu la moindre trace de sang bleu dans les veines, Alphonse l’ignorait, et s’il l’avait su, aurait certainement pensé que l’acide qui rongeait les veines de son père en avait terni l’aura jusqu’à l’anéantir . La noblesse n’était au final qu’un de ces ailleurs qu’il ne goutait qu’à la faveur des étreintes passagères, amant disparate aussi bien dans ses gouts, dans ses mœurs que dans ses rencontres.
Paris l’avait accueilli et fait de lui un hôte corrompu à ses délices, et même Brienne, sa duchesse, le travail qu’on lui avait confié sur place, n’avait pas suffi à l’en écarter assez pour que la capitale ne se rappelle à lui, aussi bien dans la douleur du deuil que dans sa renaissance.

Ce jour-là, la dernière chose à laquelle il s’attendait, c’était à ce que le hasard mette sur sa route cette lointaine et obscure famille dont il ne savait rien si ce n’était cette différence qui plaçait les uns bien au-dessus des autres et avaient séparé depuis toujours la soie de la dentelle.
La chaleur de cette fin de mois de juillet avait forcé le comptable à abandonner sa veste et, manches remontées jusqu’aux coudes, col ouvert laissant entrapercevoir le filin en argent de la chaine qu’il portait au cou, Alphonse se laissa distraire de la brise chaude qui soufflait par l’immense fenêtre grillée, incapable de se concentrer suffisamment sur les colonnes de chiffres qui n’attendaient que lui, entendant, éternel félin aux aguets sous le toit qu’il squattait, le butoir de la porte frapper le silence épais de la Maison Basse.
Les pas d’Hubert retentirent, reconnaissables entre tous aux cliquetis du fer dont il pourvoyait chaque semelle de ses bottes, esthète dès lors qu’il s’agissait que sa conversation ait plus de poids dans une possible empoignade, et les voix s’étouffèrent au travers des petits bruits attenants à la vie du Bordel… Les pas se déplacèrent, jumelés, et le panneau de bois du bureau vibra d’un appel net.

-Entrez, invita le jeune homme, s’adossant dans son fauteuil. Son regard sombre se posa, curieux, sur la silhouette qu’Hubert laissa passer devant lui et il perçut, immédiatement, la fragrance unique qui se dégageait de l’aura des hautes lignées au travers du visage altier du jeune homme avançant dans la pièce. Beau, le sachant, et cela amusa le comptable d’un sourire venant doucement étirer ses traits, richement vêtu, une moue pincée, peut être dédaigneuse, sur des lèvres pleines et parfaitement dessinées, et une blondeur angélique quand la flamme dansant dans la prunelle suggérait un feu louvoyant. Que puis-je pour vous, Messire ?, demanda-t-il enfin, en se levant pour le saluer, courtois, dressé à admettre cette obligeante servilité que la roture paierait toujours pour la noblesse dès lors qu’il n’était pas question de chair.

Maitre en sa demeure, jouant selon ses règles, Alphonse n’en était pas moins fils de commerçant, et recevoir les hôtes de l'Aphrodite à la hauteur de leurs aspirations, faisait partie de ses attributions

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Nathan
Nathan n’était pas dans les abysses de l’inconnu. Il eut connu par le passé de nombreux établissements peu recommandables. Par le passé il fit une crise qui le poussa à prendre le chemin de terre battue à travers le Royaume de France. Il ne fut pas toujours le jeune homme superficiel. Il eut été un voyageur, il connut la misère, il connut le monde. Peu, purent prétendre connaître cela du jeune blond. De toutes évidences, il ne le portait pas sur lui.
Qui eut pu croire, qu’il travailla dans les vignes du Sud, dans les champs de blé Tourangeau, dans les grands châteaux de Bretagne ? Personne, ce fut évident. Néanmoins, Nathan garda en lui le souvenir d’une autre vie que celle de de la noblesse, il la portait, il ne put faire autrement. C’est ainsi, qu’on se l’arracha quand il s’adonna à l’art de Vénus. Une maison dans un carrefour parfait, et, le temps de quelques jours il eut le plaisir de connaître les délices de l’être humain.
Pour Nathan il n’y eut jamais d’amour. Juste une fois, non pas avec une femme, avec un homme. Il l’appréciait beaucoup, même.

La pensée du garçon au poisson orange s’arrêta quelques secondes. Son esprit, qui était toujours en un mouvement continuel, eut, pour une fois, la bonne ou mauvaise idée de faire un retour en arrière. Il s’interdisait la nostalgie.
Il se l’autorisa. Prenait-il le bon risque en approchant le commerce licencieux ? Prenait-il le bon risque d’assouvir sa soif de titre ? Prenait-il le bon risque en retrouvant un membre de sa famille ?
Il sentit malgré lui la panique monter. Il n’était plus sûr de rien. Il était trop tard pour faire marche arrière. Il nota la fulgurance de ses idées, il se déplut lui-même.

Nathan connut l’instruction, des professeurs émérites s’agglutinèrent à sa porte quand son oncle, George le Poilu, lança l’appel aux précepteurs. Nathan en gagna, l’intelligence, la connaissance et la faculté de jouer de la façade. C’est alors, qu’il dressa surement, une façade dorée devant Alphonse. Aucune imperfection ne put en sortir. Il vendit du rêve avec tellement de facilité qu’un marchand vendant le dernier mantel en provenance de Milan.
Il s’approcha avec une nonchalance assurée, il ne prit pas ses aises. Il était en territoire inconnu, qui de plus eût été en terre ennemie. Paris.
Il se savait proie. Il renonça au statut du prédateur. Il préféra se garder le choix de ladite proie. Prévoyant.
Il resta debout et se lança.


-Bonjour. Je ne pense pas être le premier à venir dans cet établissement pour des affaires, assez peu recommandables. Je suis Nathan Sidjéno d’Ambroise.
Si mon nom vous est inconnu, considérez-moi comme une bourse géante, pouvant monnayer vos services avec de l’or en grande quantité. Première fortune de Berry.


Le Berry était certes un pays où la racaille pullulait, mais Nathan arriva à jouir d’une prospérité sans égale. Il s’imposa comme une bonne poire à écus. Se vanter de la sorte, attiser l’intérêt, faire miroiter l’écu à la vénalité. Il sut le faire. Il le fit. Il l’assuma.
Il ne sut pas si Alphonse était doté de quelques connaissances familiales pour corréler un quelconque lien de parenté. Il ne le mit pas en avant. Il était trop tôt pour faire émerger les familiarités.
Quoiqu’il en fût, il le regarda avec une condescendance innée, tout en détaillant les formes. Beau. Nathan le trouva beau.


-Je viens faire appel à vos services pour m’aider à acquérir un certificat de mariage de mes parents. Afin de revendiquer en toute légitimité un héritage qui me revient de droit, la vicomté de Louvières-en-Berry.
Suis-je à la bonne porte ?


Il garda la forme. Un sérieux qu’il commençait à assimiler depuis quelques temps. Les péripéties d’une vie forge l’individu. Une expansion infinie. Cette aventure le changerait, c’était assuré.
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--Adryan
La goutte. Le fournisseur habituel de Sauternes avait eu la mauvaise idée d’en être atteint. Le gueux, impuissant à la cantonner à son gros orteil, s’en trouvait douloureusement alité, incapable d’assurer le service parfait qu’il avait jusque là fournis tant dans la qualité de son vin que dans ses prix justement calculés. Un beau fils, tête enfarinée et plus occupé à courir les tables de jeux plus qu’à son ouvrage, avait pris sa suite. Les délais de livraison annoncés étaient inacceptables, les prix soudain rocambolesques quand l’Aphrodite ne pouvait se permettre de manquer de ce vin fin et apprécié. Prenant sur lui de s’adresser à d’autres négociants Adryan, missives en main, devait régler l’affaire au plus vite avec le comptable même si la perspective d’une conversation ne l’enchantait guère.

Arrivé devant la porte du bureau, il y toqua en s’annonçant, et à peine se vit-il autorisé d’un « entrez » qu’il passa la porte.

Un homme était présent, impeccable dans sa mise, que le Duc salua d’un hochement de tête courtois, restant à l’écart pour ne pas interrompre l’échange entre les deux hommes, relisant les différentes propositions qui lui avait été adressées. Celle de Rieussec était de loin la meilleure, sans compter que l’homme jouissait d’une excellente réputation.


« … appel à vos services …. certificat de mariage de …héritage … Suis-je à la bonne porte? »

Et la curiosité piquée de quelques mots, le Castillon décrocha son regard des feuillets, soudain attentif.
Alphonse_tabouret
-Bonjour. Je ne pense pas être le premier à venir dans cet établissement pour des affaires, assez peu recommandables. Je suis Nathan Sidjéno d’Ambroise.

La tête d’Alphonse s’inclina doucement sur le côté, une mèche brune glissant sur le front pour venir ombrager le regard attentif quand ses tempes fourmillaient en entendant le nom donné par son hôte, faisant remonter le long d’un chemin obscur des bribes de savoir dont il était incapable de mesurer la portée.
Le nom ne lui était pas inconnu, mais entre les clients que son père l’avait forcé à voir pour l’exhiber, esclave docile et souriant en probation durant toutes son adolescence, les âmes croisées lors de ces pérégrinations alcoolisées semées aux quatre coins du Royaume quand enfin la bride se relâchaient et que le patriarche, sonné par les écus et le stupre, oubliait de tenir son fils en laisse jusqu’au petit matin, et les clients de l’Aphrodite qui se succédaient par dizaine depuis la réouverture des portes… rien ne venait s’imprimer avec assurance quant à ses consonances qui, si elles n’étaient pas familières, n’en étaient pas plus étrangères. L’examen de son hôte s’accrut, incapable de resituer correctement les circonstances dans lesquelles il avait déjà entendu le patronyme, et s’arrêtant dans les yeux du jeune homme qui lui faisait face, accueillit la suite, sans se départir de cet air poli en toutes circonstances qu’avait forgé sa détention.

Si mon nom vous est inconnu, considérez-moi comme une bourse géante, pouvant monnayer vos services avec de l’or en grande quantité. Première fortune de Berry.

Les informations affinaient la situation,mais l’opacité du voile demeurait pleine, et le comptable opina de la tête pour signifier qu’il avait parfaitement compris les services auxquels étaient en droit de s’attendre un client dès lors qu’il y mettait les moyens. La mine doucement dédaigneuse du nobliau l’amusa plutôt qu’elle ne l’écorcha quand il aurait été si facile de s’emporter contre cette autorité naturelle imposée par les dictats des classes sociales, parce que le pli de la lèvre blonde avait un accent charmant et qu’au fond de la prunelle, sous cette assurance condescendante, se dégageait une fébrilité saine. Nathan n’était pas à sa place en ces lieux, il le savait, mais en avait fait son deuil au vu de l’urgence de son désir. Et cela plut au brun dont le sourire prit une teinte plus douce que courtoise, s’apprêtant à répondre quand les coups portés sur le panneau de bois amenèrent le parasite à pointer le bout de son nez, paperasses multiples en main, abimé dans une réflexion qui au vu de son air concentré, avait tout de pécuniaire.
La guerre entre le comptable et le barman avait vu l’éclat de leurs armes ternir la tranquillité des faux semblants quelques semaines plus tôt, mais si quand ils se retrouvaient seuls, les coups les plus bas étaient autorisés, en présence d’un tiers, ils restaient l’un et l’autre d’un professionnalisme contrôlé. L’argent, était le point commun entre ces deux hommes, l’un en étant avide par la force des choses, l’autre désintéressé si ce n’était pour que vive l’Aphrodite. En retrait, le Castillon eut la décence d’attendre que leur hôte ne finisse de s’expliquer quand Alphonse l'invitait à s’assoir d’un geste dans un des fauteuils qui offraient les charmes de leur moelleux devant le bureau.

-Je viens faire appel à vos services pour m’aider à acquérir un certificat de mariage de mes parents. Afin de revendiquer en toute légitimité un héritage qui me revient de droit, la vicomté de Louvières-en-Berry.
Suis-je à la bonne porte ?


-Il semblerait que vous y soyez, en effet, lui confirma le jeune homme attendant que le nobliau ne s’asseye pour faire de même, déclinant à son tour son identité, quand son esprit fusait déjà des informations laissées à l’appétit des liens que tissait la Maison Basse avec ce qu’il y avait de plus illicite. L’intérêt du chat commença à s’étirer, mettant en perspective les raisons qui pouvaient pousser à une telle demande, cherchant, aiguisé, à démêler ce qui était le vrai du faux. L’emploi du mot légitime acheva de poinçonner la curiosité du félin dont les yeux se plissèrent imperceptiblement, ensorcelés par les sous-entendus qui se cachaient derrière la maitrise du langage. Les contrats passés entre l'Aphrodite et le particulier, naissent toutes selon le même Modus Operandi, que, je suis certain, vous approuverez, reprit le comptable, en jetant un coup d’œil à la silhouette élégante du barman dont l’attention venait aussi d’être captée par les dires du nobliau. Une franchise totale sur ce que vous désirez, et ce que vous obtiendrez. La Maison Basse n’était pas née pour juger les autres, et chaque contrat passé, demandait de l’être dans la plus claire des transparences pour bénéficier d’un succès mérité et d’une prise de risque minimum. Qu’espérez-vous précisément de nos services, Messire ?, demanda Alphonse en opposant à la moue condescendante de son hôte, le sel d’un sourire presqu’impertinent, l'allure du chat venant effleurer sa lippe .
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Nathan
Jamais, jamais Nathan ne put se douter à en arriver à de telles extrémités dans sa vie. Ce fut comme s’il fut la victime de son propre orgueil. Comme si, il ne contrôla plus rien. Il regretta d’entrer dans une gueule. Gueule qu’il n’eût pas l’audace de décrie comme étant favorable à son égard, ou alors bien facétieuse. Il se sut en sécurité en annonçant son nom. Il ne craignit simplement de se faire passer pour ce qu’il ne fut pas. Un homme se positionnant comme un vampire. Un vampire qui vampirisait –normal- la gloire. Il ne rechercha jamais cela, car chez lui, chez le garçon au poisson orange, la gloire fut innée. Enfant roi, il connut la jeunesse dorée.
Il regarda Alphonse, l’air perplexe. Il se demanda si l’annonce de son nom réveilla en lui un quelconque sentiment, comme si, il recherchait une légère approbation. Nathan, déjà bien mal à l’aise, s’élança dans une analyse poussée de l’homme en face de lui. Qui en définitive eut été son cousin, à un degré plus ou moins éloigné. Le sut-il ? Nathan ne put s’avancer en ces terres inconnues. Car à défaut de le contempler, comme un bellâtre avide de nouvelle sensation, il ne trouva guère le détail qui conduisit inévitablement aux prémices d’une analyse en somme toute basique, qui entraînait, la plupart du temps une analyse poussée. Non, Nathan ne réussit pas à dégager le moindre petit, toc, tic, geste, sentiment, trait. Il ne saisit qu’une chose, qu’il eût été doté d’un vague trait, large, très large, de l’Ambroise. Il réfuta cette possibilité en pensant vouloir quelque chose. L’esprit fertile, il n’était pas rare que Nathan se défasse de la réalité afin de partir avec une frivolité agaçante dans un univers frivole et sucré. Une enfance qui restait. Une passion pour la licorne. Il n’eut pas de mère. Ceci expliquant cela, c’était toujours la faute de la mère morte en donnant la vie.
Reconnaissant ? Oui! Il était reconnaissant qu’elle eut au moins la décence de le laisser vivre.
Si le jeune blond eut un esprit si mauvais, vil, labyrinthique, ce fut à cause de son père, qui lui vivant ne fut pas présent à ses côtés. Il l’aimait son père.
Il fallut chercher l’erreur.
La réponse la plus plausible : C’est Nathan, il fait le contraire de ce que l’on attend de lui. L’Aphrodite eut été un établissement, celui-ci devrait apprendre à traiter de l’affaire du jeune Duc.


-Oui, là, j’y suis. Je suis dans un endroit que je ne saurai savoir ami ou non. C’est un peu troublant. Vous voyez, je sais toujours si je suis proie ou si je suis chasseur. Notez que ça amplifie avec « toujours ». Mon conseiller m’a toujours dit d’extérioriser mes pensées. C’est ce que je fais. Vous allez me croire fou. Vous vous méprendriez.

Il dut se lancer dans un discours sans intérêt. Il se devait de le faire afin de s’établir, ici, à l’Aphrodite sans perdre la face. Il fut très émotif. S’il paniquait, il le montrait. Il ne voulait pas.
C’est ainsi qu’il parla dans un thème introductif qui lui fut cher, l’extériorisation.

-D’accord. Une franchise totale. Et bien voilà. Mon père ne veut me dire si le mariage entre lui et ma mère eut lieu avant qu’elle ne soit vicomtesse ou pas. Parfois même, la tante Almodie, la sœur de feue ma mère qui est sœur avec ma défunte tante Jazette me dit que je suis possiblement un bâtard. Je ne la crois pas. Ma mère n’eut pas de secret de polichinelle, et même elle eut la chance d’avoir l’anneau au doigt. Bref passons les détails de famille, vous devez vous en carrer. Ce que je veux, c’est un acte de mariage entre mon père et ma mère daté et signé avant le vingt-trois octobre de l’an de Pâques 1443. Mais tout en respectant le calendrier des cérémonies de mariage, je pense qu’ils se seraient mariés un vendredi. J’aime bien le vendredi. Pas vous ? Ça c’est seulement si vous ne trouvez pas l’acte de mariage.
Là, ça va ? C’est assez clair ? Ou je dois raconter mon premier baiser ?


Il conclut par une phrase provocatrice qui voulut dire : « Hé ho! Hé mec, je suis là. Ne mate pas l’autre qui vient d’entrer. J’suis plus important pour le coup. J’ai une grosse bourse bien remplie. » Si nous pouvions résumer bien évidemment la pensée de Nathan, qui eût été éthérée, c’est peu de le dire.

-Sinon c’est qui le messire que vous regardez ? Je ne sais pas si je peux me présenter à lui.

Il le dit avec spontanéité et naïveté. Ce releva de l’ordre de l’inopiné. Nathan eut involontairement analysé un mouvement. L’œil. Le miroir de l’âme.
Barbant.

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--Adryan
Il écoutait, avec concentration, évitant avec une attention farouche le regard du comptable, étouffant sous l’application à la tâche les combats farouches qui se tenaient entre les deux hommes.

Le blond égrainait les informations et le Castillon n’aurait su dire si l’homme était intimidé, agacé, sûr de lui ou simplement arrogant. Et ce fut l’insolence qui fusa sous les dernières questions.

« Là, ça va ? C’est assez clair ? Ou je dois raconter mon premier baiser ? Sinon c’est qui le messire que vous regardez ? Je ne sais pas si je peux me présenter à lui. »

Le Castillon s’avança, un sourire faussement affable accroché aux lèvres quand l’indélicatesse du blond le chatouillait.


Le messire là sait parler, il vous en fait le serment, voyez par vous-même. Aussi, le plus simple est de vous adresser directement à lui. Le Barman s’inclina légèrement en guise de salut renouvelé. Je me nomme donc Adryan, le reste de son nom n’étant pas de mise entre les murs de l’Aphrodite, il ne poussa pas plus loin la présentation. Préposé au bar poursuivit-il, et dans un regard furtif à Alphonse, ajouta sur un ton sec entre autre. D’un geste posé et méticuleux, il déposa ses devis sur un coin du bureau, irrémédiablement la discussion au sujet du Sauternes serait remise à plus tard. Il pencha le visage un instant, comme s’il cherchait ses mots, fausse manœuvre pour attirer l’attention sur les paroles qu’il s’apprêtait à prononcer, qui s’il ne lui revenait pas de les dire, avaient été invitées par l’interpellation désinvolte. L’Aphrodite, agraina t-il doucement en remontant un regard d’acier dans celui du demandeur, doit sa renommée à la discrétion qui règne entre ses murs. Et ce quelque soit la raison de la venue de ses hôtes. Un sourire fin s’étira à sa bouche, légèrement narquois. S’il vous déplaît de me dire votre nom, personne ici lieu ne vous y contraindra, bien que j’ai, il me semble entendu le plus important.

Oui, beau blond, quelque soit ton nom, tu viens d’avouer venir pour obtenir un certificat, et ce par tous les moyens possibles, même par les moins reluisants. Il fallait te taire si tu n’avais pas confiance.

Le sourire s’aiguisa un instant avant de s’adoucir à nouveau, plein de cette courtoisie fausse s’invitant quand l’or frappait à la porte. Il n’en demeure pas moins qu’avec les noms de vos parents et l’identité de l’homme qui aurait pu fournir pareil document la chose serait plus aisée. Et le Castillon de pencher la tête, vaguement goguenard. Ne pensez vous pas ?

Et prenant sur lui, il remonta son regard vers Alphonse. Tant pis s’il avait outrepassé ses prérogatives, tant qu’à être parasite, autant exceller dans cet art, et si le comptable en prenait ombrage, voilà qui serait bien le dernier de ses soucis, bien au contraire, toute mesquinerie étant bonne à prendre.
Alphonse_tabouret
Et Nathan se mit à parler, un flot, un tumulte doucement agacé venant s’abimer aux lèvres agitées et bercées par la voix du jeune homme qu’Alphonse, tout d’abord juste amusé par la spontanéité, écoutait tout de même avec un intérêt soutenu, tachant de ne point s’attacher à la moue qui affleurait au masque du jeune homme.

-Oui, là, j’y suis. Je suis dans un endroit que je ne saurai savoir ami ou non. C’est un peu troublant. Vous voyez, je sais toujours si je suis proie ou si je suis chasseur. Notez que ça amplifie avec « toujours ». Mon conseiller m’a toujours dit d’extérioriser mes pensées. C’est ce que je fais. Vous allez me croire fou. Vous vous méprendriez.

Fou, ç’eut été grand dire, mais le comptable, penchant imperceptiblement la tête quand une fossette enjouée venait creuser sa joue, oublia un instant que le sujet était tout autre, et regarda le nobliau qui lui faisait face avec un intérêt nouveau, laissant quelques secondes l’étau de la Maison basse desserrer ses tempes.
En fait si, l’étincelle de folie était bien là, liée à une morgue joviale, une condescendance de circonstance, nichée dans une originalité qui n’était pas déplaisante.
La suite, généalogie oblige, fut étalée, sans qu’Alphonse y prête plus d’attention que nécessaire, trouvant plus pertinent de jauger les expressions qui se dessinaient sur le visage du berrichon, soulignant çà et là, la grâce d’un trait, la ligne mâle d’un autre, ses onyx parfois déviant jusqu’à l’exaspérante silhouette d’Adryan qui était désormais toute tournée vers eux


… Mais tout en respectant le calendrier des cérémonies de mariage, je pense qu’ils se seraient mariés un vendredi. J’aime bien le vendredi. Pas vous ? Ça c’est seulement si vous ne trouvez pas l’acte de mariage.
Là, ça va ? C’est assez clair ? Ou je dois raconter mon premier baiser ?

Pris au dépourvu par cette façon de se rebiffer contre l’agacement, le chat tarda d’une seconde qui s'avérerait fatale à se maitriser, et sa bouche se pinça avec un effort visible pour juguler le sourire enfantin qui lui montait au nez en entendant la conclusion lassée du Duc, baissant un instant les yeux sombres qui auraient trahi cette émotion non professionnelle… En vain.

-Sinon c’est qui le messire que vous regardez ? Je ne sais pas si je peux me présenter à lui.

En fait, quand il repenserait à la scène, Alphonse se trouverait quelque chose d’héroïque à avoir attendu qu’Adryan ne finisse de parler pour se mettre à rire, et le temps aurait pu tout aussi bien se suspendre d’entendre le hoquet joyeux échappant à la gorge du comptable tant l’instant était rare pour ne pas dire inédit.
Alphonse ne riait pas, ou du moins peu, ayant perçu dès son plus jeune âge, le danger inné à manifester sa joie devant les autres, et cette marotte qui n’avait existé que pour se cacher de son père, avait fini par déteindre sur l’ensemble de tout son être. Si ses épaules savaient se secouer d’amusement c’était toujours silencieusement, ou si légèrement que l’on aurait pu le croire manquant d’air et si seuls de rares privilégiés avaient pu entendre le son clair de sa gorge déployée, aucun de ses spectateurs n’eut pu douter de la sincérité de ce rire là où ne pointait nulle cruauté, ni moquerie mais l’espièglerie la plus totale. Plus tard certainement s’en voudrait-il d’avoir laissé entrapercevoir cette facette de lui au Castillon, mais pour l’heure, incapable de résister à la fraicheur de Nathan, il amena sa main à son visage pour l’y enfouir les quelques secondes nécessaires à retrouver un semblant de flegme, conscient que cet écart était tout sauf professionnel, que le vernis de sa présentation sitôt montrée à leur hôte venait de s’égratigner.
Reprenant consistance au travers d’une inspiration lente, il finit par laisser ses yeux noirs où le voile d’un amusement flottait encore malgré lui, remonter sur les deux hommes en face de lui avant de reprendre à l’attention du client :

-Veuillez nous excuser cette impolitesse, Messire. Adryan travaille ici depuis longtemps et sa discrétion n’est plus à prouver, vous avez là-dessus mon assurance la plus pleine… Une lueur acide passa comme un sous-entendu dans la prunelle du comptable, uniquement réservée au Castillon dont la modération de l’apparat ne s’effritait dans ces murs que dans leur dualité. Quant à moi, je suis un sentimental et si mon collègue n’a que faire de votre premier baiser, soyez assuré que cela retiendra toute mon attention en d’autres circonstances… Le sourire s’affina, retrouvant la paresse lascive du chat tandis qu’il reprenait. Adryan, je vous présente Nathan Sidjeno d’Ambroise… Si le nom ne vous dit rien, considérez-le comme une bourse géante, cita-t-il dans la grâce amusée d’un sourire en coin… Le jeune homme se leva, étirant sa hauteur, pour se diriger vers l’immense fenêtre grillagée où la brise tiède de la journée dispersait ses volutes hagardes pour s’y appuyer et cueillir le tableau d’un autre point de vue, restant silencieux un instant, le temps de mettre en ordre les informations lâchées par le nobliau. Votre demande, reprit il enfin, n’a rien de rédhibitoire pour nos services. Retrouver le document serait bien évidemment plus simple, cela éviterait bien des problèmes, mais au cas où il faille faire un faux… Le velours sombre du chat plongea dans le regard de Nathan, égrenant une vérité :… il faut vous rendre compte que certaines personnes pourraient s’en apercevoir, quelle qu’en soit la qualité… votre père pour commencer, et votre tante également… Aussi persifflante soit elle sur votre naissance, nous ne pouvons pas exclure le risque qu’elle ait raison… Adryan ? fit il en regardant le barman avec une maitrise angélique de la nausée fiévreuse qu’il savait lui inspirer à l’occasion, choisissant cet instant ci pour lui rappeler discrètement qu’en ce bureau il était le seul maitre et que ses débordements ne sauraient être tolérés sans qu’ils ne soient pointés du doigt, … pourriez-vous servir quelque chose à boire à notre hôte pendant que je prends note des noms qu’il a à nous fournir ?, demanda-t-il avec une telle politesse que le Castillon passerait pour un rustre mal dégrossi à le lui refuser, pour retourner à Nathan immédiatement, montrant par là qu’il ne doutait pas une seconde que sa requête trouve à être exaucée. Savez-vous qui a accès aux certificats de mariage de vos parents ?
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Nathan
Bien que la peur eut légèrement raison de ses regards saccadés, de son tremblement de la main droite à peine perceptible, Nathan resta fidèle à lui-même, il garda ses bonnes ou mauvaises habitudes, affaire de goût et de relativité, il n’eut pas de regret à lancer un pavé dans la marre. Fier, infatué, il ne se laissa pas abattre à la morne idée de devoir garder sa langue dans son doux écrin. Il eut été évident, que ledit barman, ne connut pas le jeune blond.
Nathan le dévisagea et lui lança de la condescendance comme on envoyait du pâté. Pour dire.


-Moi j’aime bien. J’aime bien le prénom Adryan. Bon dommage que vous vous énervez facilement. Je ne voulais pas vous vexer. Mais bon, faut croire que je suis doté d’un talent inné pour faire naître chez autrui ce sentiment… assez désagréable. Je vous comprends. Il n’y a pas de honte à se vexer. Je me vexe souvent, moi aussi. Pour des choses plus grave certes, mais je me vexe.
Vous êtes un comique, vous. Vous reprenez ce que votre ami vient de me dire. Une franchise totale. Et sachez d’avance que je ne me cache de ma triste volonté, ici, de forcer la main des papiers.
C’est une métaphore. Je précise.
L’identité de mes parents. Ah oui. Mon père se prénomme June Sidjéno, mais il m’a abandonné. Encore. Donc bon, je veux récupérer ce qui me revient de droit, de feue ma mère Cécile d’Ambroise, Vicomtesse de Louvières-en-Berry. Et, il me manque, le certificat de mariage. Qui est détenu par un évêque, là, à Paris. Donc c’est pour ça que je viens.
Et moi, contrairement à vous, il n’y a pas de doute sur le fait que je pense.


Qu’il eût été odieux, méchant, hautain, snob, condescendant, ce fut normal. C’était Nathan. Tout le monde ne le connaissait pas. Dommage pour eux. Mais une chose eut été à savoir avec Nathan, ce fut que ses meilleures relations débutèrent par une crie. Est-ce-que c’eût été les prémices d’une future « amitié » avec l’Aphrodite ? Il n’en sût rien. Quand bien même il était Berrichon, il ne s’empêchait pas quelques sorties dans la France à jouir de son charme, de sa beauté et de son esprit.
Il se tourna vers Alphonse.
Il semblât plutôt consensuel. Souvent Nathan eut été aux antipodes de la personne en face de lui. Il eut le sang chaud. Bercé par la soif de gloire, de titres, de terres… Il eut été un jeune homme conflictuel.
On essaya de l’assagir, mais rien à faire. Nathan était un jeune homme facétieux, loin de la sirupeuse maturité. Pompeux, pédant, il eut le plaisir d’en étourdir plus d’un. Un histrion, on put le caractériser ainsi.


-Oui, excusez-vous. J’aime bien quand on me fait des excuses. Enfin. Là, ça serait plutôt à moi de le faire. M’enfin bon, vous semblez être conciliant, je vais l’être aussi et ne pas vous contredire. Je sais, je suis un amour.
Je vous raconterai tout sur mon premier baiser, tellement qu’il fût magique! Vous seriez étonné, j’en suis certain.
Je sais pleinement les risques que j’encours, l’idée que l’on m’assassine me plait bien. Je suis donc ici en toute quiétude.
Les noms, je viens de les dires à votre barman. June Sidjéno et Cécile d’Ambroise. Vous sembliez ailleurs m’enfin bon.
L’évêque est un grossier personnage parait-il, Enguerrand de Luny qu'il s'appelle, semblerait-il. Il a la mauvaise réputation de faire d’une table un râtelier. Il est très friand de… Vous voyez… d’amour ?
Bon on l’est tous, mais lui… Voilà. Un manquement à la bienséance de l’ecclésiastique.
Je pense avoir tout dit.


Nathan était un Ambroise, donc de nature un homme au tempérament colérique et suicidaire tout en composant avec une joie de vivre. Le tout s’opposait et se querellait en lui, il fut donc un jeune homme très émotif. Ça, ce ne fut pas un secret.
Tel Atlas, il portait le poids d’un monde meilleur. Son ambition le conduisit dans la sphère du pouvoir, il voulut régler une affaire, qui dut être fait depuis longtemps, avant d’accéder à la tête de son duché. Il dut se lancer dans les péripéties avec son amant de toujours. Il eut disparu. Tristement, Nathan jetait sa colère sur n’importe qui. Et ce jour-là, ce fut Adryan. À coup sûr le regret serait de mise quand il s’en rendrait compte.
Il était jeune.
Il était idiot.
Il était incompris.


-Vu que vous semblez être barman. Avez-vous un verre de vin de Toscane ? Sinon, de vin de champagne. Mais sachez que je préfère le whisky et que je déteste le jus de pomme.

Alcoolique à ses heures, qui plus est.

Edit pour la correction du nom de l'évêque.
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--Adryan
Premier baiser… Blablabli blablabla… Excuses…. Patati patata…. Le Castillon commençait à s’impatienter reposant son regard sur les devis posés sur le coin du bureau. Même si la verve du blond l’avait agréablement surpris et le destinait à une brillante carrière politique si ce n’était déjà pas le cas, Adryan n’avait aucune envie de s’attarder plus que nécessaire dans le bureau du comptable. Enfin surtout face au comptable, qui toujours aussi sournois, prenait un malin plaisir à l’agacer, en toute connaissance de cause, sachant parfaitement qu’en la présence d’un inconnu, le nobliau ne se rebifferait pas. Et de toute évidence, barman ou pas, pépie à cran des deux hommes ou pas, il aurait à coup sûr tourné les talons sous la première excuse trouvée pour s’échapper à cette condescendance poisseuse quand il leva un sourcil à un nom lancé… Enguerrand de Luny…

A ce nom, un sourire fugace étira ses lèvres, et ce ne fut pas la soutane pourpre qui emplit ses pensées, mais le minois tacheté de son de sa sœur. Tiphaine… Petite fleur aux formes trop rondes et à la peau laiteuse, dont le parfum de pain d’épice se ravivait, intact à ses narines, dès lors qu’il se prenait à songer à son nez retroussé et à ses yeux pâles. La donzelle était mignonette, sans attirer toutefois la convoitise fauve des hommes. Pourtant, Adryan n’avait pu résister à ses paroles exaltées roulant à ses lèvres gourmandes dès qu’elle parlait constellations et étoiles filantes. Le Castillon l’avait écouté des heures lui parler d’astronomie tout en jouant d’une main distraite avec une de ses boucles d'un roux clair. Et s’ils avaient été amants, leurs étreintes tranquilles faisaient bien pâle figure comparées à leurs discussions à battons rompus. Cette femme là, s’il ne l’avait pas aimé, il l’avait appréciée à tel point que l’idée d’un mariage l’avait effleuré tant il lui était apaisant et plaisant d’être aux cotés d’une demoiselle si intelligente et passionnante. Le destin en avait décidé autrement. Et au vu de sa propre déchéance, il ne pouvait finalement que se réjouir de ne pas l’avoir entrainée avec lui.

Le silence s’était à nouveau installé dans le bureau et chassant le petit visage pétillant de ses prunelles, replongea dans la réalité.

De toute évidence, les deux hommes face à lui semblaient vouloir s’amuser à l’enliser dans la servilité. Fort bien, ainsi en serait-il quand l’homme dont ils avaient besoin, lui seul certainement en connaissait la véritable faille. Droit comme un i, parfait majordome, le Duc de Castillon, rompu à laisser la moitié de lui-même à la porte de l’Aphrodite inclina le buste, obséquieux à outrance. Et d’un geste maitrisé et outrageusement professionnel, sortit deux verres ainsi que le bourbon qu’Alphonse gardait dans son bureau, pour les remplir d’une lenteur exagérée, appliqué à ce qu’aucune goutte du précieux breuvage ne s’échappe du goulot de la bouteille qu'il reposa sur l’étagère. Puis se reculant d’un pas, strict, une lueur railleuse à peine visible dans la prunelle quand il s’adressa au blond.


Soyez assuré que Messire Tabouret prend un soin tout particulier à recevoir ses hôtes avec toute la courtoisie de mise dans un établissement comme l’Aphrodite.
Son regard se posa fugace sur Alphonse en ajoutant, dans une abomination que seul le brun pourrait saisir, et n’hésite pas à donner le meilleur de lui même pour les combler. Regard distant de circonstance revenant se poser sur le blond. A n’en pas douter donc, ce bourdon régalera vos papilles. Et si je puis me permettre de déroger à mes prérogatives de barman… Regard qui se détache des deux hommes pour fixer, le menton haut un point indéfini devant lui, infect dans le jeu auquel il se pliait avec excès

Monseigneur de Luny, résiste il est vrai difficilement aux charmes féminins. Et son bâtard en est la preuve la plus évidente. Malheureuse Jeanne de Brancion…

Il secoua la tête, un air dépité peint avec méticulosité sur la figure. Vouloir l’injurier en le rabaissant n’avait peut-être pas été la plus judicieuse façon d’y parvenir.
Alphonse_tabouret
Il aurait été difficile de réunir trois hommes ayant aussi peu en commun au même endroit, si l’on exceptait la grâce qui serpentait sous leurs traits plus ou moins juvéniles et cette volonté personnelle consumant les frontières de la raison que même le monde ne savait contredire.
Adryan avait tout du noble austère qui subissait son héritage quand bien même il le chérissait pour mieux le haïr et tout chez le Castillon criait une éducation parfaite qui avait fini par ne servir plus qu’aux autres. Nourri par le titre, puis par sa chute et enfin par les quelques rêves qu’ils gardaient, précieux, au fond d’une prunelle qui s’allumait parfois, tardivement, le barman ne pouvait s’empêcher de trouver que ce collier le grattait, que la laisse était encore trop courte…. Alphonse ne doutait pas de la force de cet adversaire là pour l’avoir affronté, mais avait cerné ci et là à l’occasion de diverses observations et d’une étreinte aussi passionnée qu’amère, les fêlures qui couraient tout du long de cette splendide poupée que le nom avait poussé jusqu’à la raideur la plus extrême.
Alphonse lui, ne possédait pas cet élan inné et ne devait ses manières qu’à un travail forcené où rien ne lui avait été passé, caméléon social gardant pour lui et quelques rares, les aspérités de sa personnalité, malléable et corvéable à souhait selon ses besoins jusque dans le fuselage de son sourire courtois. Certains auraient parlé de dignité, d’honneur… Mais les marchands n’ont d’attachement que dans la qualité de leurs services lui avait appris son père, et quoiqu’en voie de guérison, les rêves de l’anglais restaient fermement ancrés à son esprit et s’il avait choisi de vivre quand le Lion était mort, il n’avait pas réussi à se défaire de l’envie puérile d’accomplir son rêve à la place de Quentin. Qu’importait l’avilissement consenti auquel il devrait se plier jour après jour pour atteindre son but, comptant le temps qu’il lui restait à être tenu entre les murs du bordel, aucun de ceux qui croiseraient son chemin n’égalerait la perversion à laquelle il avait survécu durant presque vingt ans, il en était convaincu.
Nathan quant à lui, de ce qu’il en voyait tandis qu’il parlait à Adryan, s’attachant à une obligeance condescendante dans chacune de ces syllabes, se permettait tout, bienheureux, peut-être porté par l’amour de ces autres censés jalonner la vie pour la rendre plus supportable, ou tout simplement si convaincu que le dû avait ce parfum là qu’il en avait pris l’odeur jusque dans la moindre voyelle, ou bien encore, enfant terrorisé derrière le masque pédant de sa beauté. Un sourire léger persistait sur les lèvres du brun, trouvant toujours quelque chose de touchant dans la volubilité du dialogue quand il suffisait de dire si peu pour exprimer tant.



-Oui, excusez-vous. J’aime bien quand on me fait des excuses. Enfin. Là, ça serait plutôt à moi de le faire. M’enfin bon, vous semblez être conciliant, je vais l’être aussi et ne pas vous contredire. Je sais, je suis un amour. La moue d’Alphonse se mua en une reconnaissance sur-jouée, facétieuse en entendant la fleur que lui faisait leur hôte quand il poursuivait : Je vous raconterai tout sur mon premier baiser, tellement qu’il fût magique! Vous seriez étonné, j’en suis certain.

Le comptable opina poliment de la tête, songeant fugitivement au sien, se demandant s’il fallait compter le premier baiser donné par curiosité ou le premier donné par envie, et ce fut presque distraitement qu’il écouta la suite, flottant un instant dans des souvenirs qui nouèrent doucement son ventre à leur évocation, le forçant à clore brièvement les yeux pour mieux les rouvrir quand la voix d’Adryan prenait le relai, tranchante, exaspérante, comme de coutume. Les onyx tombèrent sur le verre préparé à son attention, et il s’en étonna sincèrement, ne se souvenant pas avoir poussé le vice de la servilité jusqu’à lui demander quelque chose pour lui, remisant pour plus tard cette obscure nouveauté dans les réflexes de son parasite comme une corde sur laquelle tirer un peu plus fort pour exciter les crocs du chien dont la laisse lui brulait le cou.

Soyez assuré que Messire Tabouret prend un soin tout particulier à recevoir ses hôtes avec toute la courtoisie de mise dans un établissement comme l’Aphrodite, et n’hésite pas à donner le meilleur de lui-même pour les combler. En guise de réponse à cette attaque sournoise, le comptable prit son verre, ignorant les perles grises qu’il sentait peser sur lui, et planta son regard dans celui de Nathan, lui accordant un sourire doucement coupable, peint d’une ironie amusée, levant son verre à hauteur comme pour assumer cette faute qui lui incombait. A n’en pas douter donc, ce bourdon régalera vos papilles. Et si je puis me permettre de déroger à mes prérogatives de barman. Vexé peut être mais si fier, le Castillon dont la noblesse n’avait aucune valeur au sein de l’Aphrodite, laissa son regard porter plus loin, bien au-dessus d’eux, comme s’il ne les voyait plus, et dans une mise en scène savante, égrena l’information qu’il retenait : Monseigneur de Luny, résiste il est vrai difficilement aux charmes féminins. Et son bâtard en est la preuve la plus évidente. Malheureuse Jeanne de Brancion…

Le regard d’Alphonse quitta le visage de Nathan pour gagner celui d’Adryan, penchant doucement la tête en l’observant, ne laissant pas plus de quelques secondes au silence avant de prendre à son tour la parole.

-Vous connaissez tous les évêques libidineux de Paris, Adryan ? Son sourire prit un reflet définitivement espiègle, choisissant la paresse obséquieuse du fauve à ne pas répondre à la provocation qu’on lui lance. Notez que cela nous arrange plutôt, poursuivit il sans lui laisser le temps de rajouter quoique ce soit. Le bâtard m’intéresse bien moins que la mère, surtout si notre homme a conservé quelques penchants… demanda-t-il en regroupant soigneusement les idées qui émergeaient malgré les zones d’ombres. Savez vous s'il continue de la voir ?
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--Adryan
S’il ne c’était pas agit, de lui, de cet homme là, certainement Adryan aurait-il rit de l’accueil réservée à sa pique. Alphonse était définitivement un chat, habile jusqu’à l’effronterie à retomber sur ses pattes en toutes circonstances. Et bien malgré lui, qui n’avait qu’envie de le haïr, cette arrogance, cet esprit pointu et fin, plaisaient au Castillon, exacerbant par un jeu alambiqué de vases communicants son mépris le plus dévoué.

« Vous connaissez tous les évêques libidineux de Paris, Adryan ? Notez que cela nous arrange plutôt. Le bâtard m’intéresse bien moins que la mère, surtout si notre homme a conservé quelques penchants… Savez-vous s'il continue de la voir ? »

La pique morveuse pourtant ne trouva pas d’échos sur le visage lisse du Castillon. Si la secrète empoignade avait été à la hauteur des deux combattants, le temps en était lui passé, et synchrone avec le fourmillement d’idées entre les tempes brunes du comptable, celui d’Adryan se mit en branle. Le moment était au travail, tous deux le savaient. Se délestant de ses faux airs serviles de parfait domestique, ses sourcils se froncèrent. Il se servit un verre à son tour, resservant dans le même geste Nathan et Alphonse. Puis il se pencha pour prendre appuis du plat des mains sur le bureau, secouant doucement sa tête basse.


Non, commença t’il d’une voix pleine c’est là ou vous vous trompez. Monseigneur de Luny n’est pas un homme plus libidineux qu’un autre. Du moins cette facette décriée serait sans conséquence si l’homme n’était pas né cadet d’une famille pieuse où la soutane lui fut imposée. D’un geste distrait, il saisit son verre et en but une gorgée, replongeant dans son passé, cherchant à en débusquer chaque détails. L’homme n’est donc pas ce que j’appellerais un coureur invétéré de jupons, il a surtout eu le malheur de s’amouracher d’une jeune donzelle de seize ans de petite noblesse Languedocienne, Jeanne de Brancion, que la Marquise de Baude avait choisi comme dame de compagnie, peaufinant ainsi l’éducation de cette cousine éloignée dont elle aimait le minois clair, les yeux vert et les boucles blondes. Les rumeurs disaient même qu’elle les appréciait trop. Un fin sourire amusé glissa ses lippes. Malheureusement pour la Marquise dont Lugny était le confesseur, et entre les deux robes, c’est à la pourpre que la Donzelle succomba, entrainant dans sa chute Luny qui l’engrossa. Le Castillon tira un fauteuil, et prit par son récit, s’y assis sans plus prendre garde aux deux hommes présents. L’histoire somme toute banale est assez est triste, Jeanne fut envoyée dans le plus grand secret au couvent, privée de tous soutien. L’enfant, je n’en sais rien, il doit avoir dans les huit ans s’il vit encore. Luny a été profondément mortifié, et d’avoir trahi ses vœux, et de voir la jeune vie de Jeanne ainsi brisée.

Il releva enfin les yeux, comme s’il s’émergeait à nouveau dans le présent. Sa lèvre se tendit d’un rictus amer à peine visible tant il fut bref. Je ne sais plus rien de cette famille, mais je doute fort que Jeanne ait été délivrée de sa geôle, tout autant que je doute que Luny ait pu la chasser de son esprit avec tant de facilité qu’il l’a fait de sa vue. D’une main distraite, il fit tourner le bourbon dans son verre quand un éclair fusa dans ses prunelles, et d’une voix vive, toute teintée d’un voile qui enfin se lève Mais oui! C’est évident. Depuis ma première visite cette impression de déjà vu me taraude. Jeanne, bien sûr … La blondine lui ressemble.
Alphonse_tabouret

Les informations données par Adryan étaient tombées, les unes après les autres, égrenant les faits qui allaient sou peu, servir de fondations aux ambitions de Nathan et aux employés de l’Aphrodite. S’en étaient suivies, quand le Castillon eut fini, de longues palabres diverses où chacun des trois hommes avaient petit à petit amené une réflexion, une solution ou un désespoir trouble en sapant d’une impossibilité la construction encore branlante de leur échafaudage.
La bouteille de bourbon avait fini par rendre l’âme en fin d’après-midi quand ils avaient commencé à faire venir deux des catins de la Maison Haute pour vérifier leurs théories, et plus les heures avançaient dans le confinement du bureau où les mots se déliaient avec l’aisance d’un début d’ivresse encore maitrisée, moins les nuances opposants les trois convives semblaient nettes. La fin de la journée avait vu éclore, étrangement, un cercle presque bon enfant, grisé par le succès potentiel de leur entreprise et par la seconde bouteille ouverte dont la moitié du flacon finit de disparaitre quand il fallut trinquer à la victoire par papier qu’ils se prédestinaient.

L’idée, si elle requérait une mise en scène sur mesure était en fait fort simple.
De Luny avait aimé, terriblement, une femme qui avait disparu et dont la ressemblance avec Marie Onelia dès lors qu’elle cessait de faire éclore dans sa prunelle le feu concupiscent qui y brulait, était assez frappante pour émouvoir l’évêque selon les dires d’Adryan et si le comptable avait pour le barman de l’Aphrodite une répulsion pleine , il n’en demeurait pas moins convaincu de sa loyauté à la maison et de son jugement dans cette affaire.
Le tout était de pouvoir mêler assez savamment la fatalité à la culpabilité, et mettre les uns sur la route des autres n’était pas la chose la plus aisée que l’on eut à faire.
Facilement, on put convenir des déplacements les plus officiels de l’évêque, le forçant à quitter son hôtel à des jours précis, et des horaires tout aussi rigoureux, et dès lors, il ne fut plus question que d’organiser ce qui attirerait son attention. Quoi de plus aristotélicien que de sauver une demoiselle et sa dame de compagnie d’un groupe de malfrats en voulant à leurs écus comme à leurs cuisses ? Si Marie Onelia et Cersei jouaient assez finement le jeu, elles n’auraient aucun mal à se faire inviter chez l’ecclésiastique pour se remettre de leurs émotions, et il serait alors temps que de Luny découvre que l’une de ses hôtes ressemblait à s’y méprendre à son amour de jeunesse.
Avec un peu de chance, il suffirait d’un rien pour qu’il soit assez occupé pour ne point remarquer ce qui se tramerait dès lors dans son dos. De quoi distraire la gouvernante à son tour était prévu sous la capuche d’une jeune femme venant chercher emploi quand De Luny se verrait assiégé par ses travers que ne manqueraient pas de raviver la blonde courtisane . Cela devrait suffire à Cersei pour mener à bien sa mission, ramenant dans les plis de son chaste corsage, le butin le plus précieux de cette expédition : Un exemple de l’écriture cléricale et le cachet du sceau officiel de l’évêque, gravé dans la cire pour le reproduire à volonté.
Il ne resterait plus qu’à sortir de la souricière et, de laisser l’ensemble des éléments tomber aux pieds du comptable et D’Ambroise, sirotant un verre non loin de l’hôtel particulier. A partir de là, ce serait au faussaire de créer le certificat de mariage que le berrichon leur avait commandé.

A presque vingt heures, le bruit des verres tinta de concert dans le bureau, quand Alphonse attrapant un parchemin vierge et trempant sa plume dans l’encrier une dernière fois, annonça dans un sourire ivre et presque professionnel :


-Je n’ai plus qu’à chiffrer le prix de votre souhait et je vous raccompagne…
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