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[RP] Je suis Camille, au cœur brûlé.

Don.
Quatorzième jour du mois de juin
Touche-moi




Tentacules amères se transforment en doux bras de mère, de père, de frère, d'amant. Qu'importe le rôle tenu par Archibald en l'instant, il est le bon. Et il est bon de le sentir contre elle. Poupée de chiffon, elle se laisse choir contre cette belle protection, il offre ce qu'elle réclame à tous depuis longtemps. Il offre l'étreinte et l'émotion. N'est-ce pas ce qu'elle désire sans cesse, "trop d'attention" ?
Bercée, les pleurs viennent et meurent contre le tissu recouvrant l'épaule du Ravier. Chemise inondée, elle se retrouve dans la peau des ascendants Maëlweg, de cette défunte dont tout le monde lui parlait, elles ne font plus qu'un et c'est là qu'elle réalise. Les choix, la folie de ces derniers et les pleurs. Succession d’événements logiques, sa vie semblait tracée. Pourrait-elle en finir de la même façon ? L'histoire du baquet n'est pas si loin. Abdomen cachait sans doute bien des secrets, mort ou naissance serait à envisager. Pelotine disparaissait sous cette étendue de rouge, Dôn portait pour l'heure les couleurs précédées par l'incident.

La senestre s'agrippe à la nuque adorée, les doigts se mêlent aux mèches brunes. Le visage lui, vient s'enfouir au col à sa portée et du bout des lèvres elle ne résiste plus. Elle baise. Elle baise cette peau, plus chaude que la sienne. Elle baise ce grain, aux effluves jalousées. Citron, ou Bergamote peut-être ? On s'y perdrait. Est-ce elle ? Cette pureté évoquée par un Alphonse dont elle n'a encore pu lire les mots couchés ? Senteur salvatrice, ainsi délivrée serait-elle la clé ? la véritable ? Troublées, les lippes s'assagissent et un bref recul est entamé. Ses bleus qui n'ont rien perdu de leur humanité, dévisagent l'assiégé, dont la stupeur devait être reine en ses pensées.

Faisceau de lumière vient trancher son échine, quand Kerdraon, au contraire se voit éblouie. Les pupilles se contractent sous l'exposition à laquelle Dôn ne s'attendait pas. Elle pourrait partir en courant, évincer son visiteur le repoussant contre un mur trop abîmé de l'avoir vu souffrir et attendre. Elle n'en fait rien, elle se contente de rester là, dans ses bras, le regard posé sur lui avant de réitérer l'enlacement malaisé.

Serre-moi, embrasse-moi, touche-moi, ne m'abandonne pas.

Mourir, elle veut mourir.
Ou vivre, plus que jamais.

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Archibald_ravier
[Quatorzième jour de juin]

Je... de... OHPUTAINM2KESKELFAAAAAIIIIIT ?
Voilà, en gros, ce qui se passe dans la tête de l'Archidéconcerté sous les lippes bretonnes. Sérieusement, elle l'embrasse ? Et il reste comme un flan, les bras ballants ?
Ah, non, il n'a pas les bras ballants parce qu'il la berce contre lui, et il a un vieux réflexe moisi : resserrer l'étreinte. AVANT de paniquer. Bien joué, Archi.

Je...

Voilà. Parler. Parlons, pour désamorcer cette situation.

J'vous avais promis de rev'nir pour... pour vous aider à vous coiffer, pis à vous débarbouiller. Vous vous souvenez, marraine ?


Il essaie de toutes ses forces de ne pas lui parler comme si elle avait quatre ans et la comprennette un peu ralentie. De ne pas avoir l'air faussement enjoué ou au contraire trop emprunté. Et ben mon vieux, c'était pas facile.


Parce que je parie qu'les bonnes sœurs ici elles vous apportent même pas d'leau chaude pour vous laver tous les matins ?


Il n'y avait qu'à voir ses pieds pour en être certain. Ptain, mais à quoi ça servait d'enfermer les gens "pour leur bien" si on les aidait pas à rester humains ?
Lentement, il se détache de l'étreinte, sans la brusquer. Petite chose fragile.


Je vais chercher les affaires, à la porte. Je reste avec vous.


Et il fait exactement ce qu'il a dit, parce qu'à ses amis, il ne ment jamais. Le voilà donc à récupérer sa flotte et son sac, et à soigneusement refermer la porte, les plongeant dans la pénombre.


Bordel d'dieu vous avez même pas une fenêtre ?

Il manque de se viander avec l'eau, la pose soigneusement pour éviter d'en foutre partout, et retourne à grands pas rageurs ouvrir la porte. En grand.


On va laisser entrer un peu d'air, mais vous restez ben près d'moi d'accord Dana ? Sinon j'vais devoir refermer, et l'mère sup ira cafter à votre frangin.
Alors, vous préférez d'abord vous débarbouiller, ou que je m'occupe de vos cheveux ?

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Don.
Dixième jour du mois de juin.
Vivre ou mourir
THEODRIK






Les azurites suivent les mouvements engagés par son homme. Dans cette pénombre, elle a l'avantage qu'il n'a pas. Il se doit de découvrir l'espace, quand elle n'a qu'un seul et unique point d'accroche, e karantez. Roykness se déplace lentement, presque trop pour sembler réel, et sa femme sourit. Ce sourire dévoile combien l'instant est triste, teinté d'une langueur à faire peur. Il s'abaisse, elle le laisse faire. Combien de fois avait-elle ouvert une porte menant à Lui. Combien de fois avait-elle était déçue de le retrouver en meilleure compagnie ? Ironie, quand lui venait, ce n'était jamais pour surprendre un échange embarrassant, ou des mots surjoués pour séduire ou plaire à des tiers. Surprise, aujourd'hui encore rien de tout cela, cette porte-ci n'ouvre qu'un nouvel horizon, où Dana peut disparaître ou revenir. Les cartes ne sont pas encore jouées, mais quel parieur oserait jurer sur une survie sans heurts ?

Il ne parle pas, pas encore. Et ces lèvres closes n'empêchent toujours pas au sourire de Dôn, de s'élargir un peu plus. Derrière cette caboche qu'il dit aimer, Kerdraon cache une demande téméraire. Patience est mère, jusqu'à ce qu'il parle. L'écoute est imparfaite, l'observation prime. Sa main restant vient s'emparer d'une jumelle aux proportions plus amples. Doigts cherchent à se lier, et enfin soupir se fait entendre.
Il précède les paroles, qui ne répondent pas mais font écho.


Maîtresse d'un destin inachevé, je n'ai eu le droit de poursuivre.
Vous veniez m'y aider ? L’effondrement du pilier.


Sa main presse celle de Théodrik. Plus fort, comme pour s'affranchir d'une contenance inutile.

J'ai récupéré une écharde, j'ai beau tâtonner, j'ai beau chercher, impossible d'y mettre... La main dessus.
Elle.. Elle doit être ici...


Visage dodeline au rythme des humeurs déclinées, et les lippes se plissent donnant l'adieu au sourire évaporé.

Il suffit juste... Juste de ça pour en finir, ma.. Ma far.

Épuisée, elle s'abandonne petit à petit au sommeil, contre cet autre tant aimé. Apaisée par cette présence attendue, poupée s'y blottie et lorsqu'elle sombre totalement, retrouve expression sereine.
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Don.
Quatorzième jour du mois de juin
Nouveau baquet
ARCHIBALD



Enlacée, repoussée, dirigée, manipulée, promise à des gestes auxquels elle a l'envie de céder, aucune remarque n'est faite lors du rejet. Elle ne s'y attendait, ni n'en voulait plus. L'instant était tel qu'il fallait saisir. Besoin viscéral d'un échange, brisé. Déjà oublié.

Se laver, le visage, le corps, les pieds. Baquet dans lequel elle ne peut se noyer, le rapport à l'eau était-il toujours lié à Archibald ? Un cri, il accourt et l'extirpe d'une torpeur venue des abysses. A présent, il veut l'y jeter, laver ce qui fut souillé par l’œil réprobateur de celles qui sont irréprochables : Les nonnes. Nicolas vient bien changer son pot, et accueillir quelques réclamations pour mieux les ignorer mais Ravier tient à effacer souillures et péchés. L'homme l'enlace donc plus fort encore, puis l'invite ensuite à séparer leurs corps, pour baragouiner des mots qu'elle n'écoute pas. Pas plus que ceux de Théodrik, ou Nicolas. Il est simple et bon d'entendre ce que l'on désire, ce qui nous importe.
Il est là pour l'aider. L'aider à quoi ? A rendre beau ce qui ne l'est pas ? A oublier ce foutu coin où elle crève jour après jour ? Parfois, il lui arrive d'oublier qu'elle est ici, d'essayer de se convaincre qu'en réalité c'est sa chambre à Guingamp qu'elle occupe. Les pierres froides lui rappellent aussi souvent l'Eglise construite avec Gwilherm. Confiant, il lui avait laissé le choix des pierres à utiliser, des employés à solliciter et l'organisation des jardins pourvu qu'on y trouve de la belladone et feuilles de menthe. Elle aimait tellement la menthe, entêtante. Combien donnerait-elle maintenant pour en mordre une feuille ou deux, sentir sous sa langue l'influence des sens, la subtilité envoûter son palais et enfin se fondre en gorge comme le baiser d'une fée Brocéliande. Et tandis que Archibald s'active, Dôn reste là, à rêver d'une senteur capable de lui permettre l'évasion tant espérée.

Il ferme la porte, les azurés accompagnent l’événement. Obscurité courte qui lui coupe le souffle. La lumière revient presque instantanément, permettant la naissance d'un délicat halètement. Respirer, ouvrir les yeux sur ce monde qui ne tient plus qu'en une porte. Le paradis solaire lui tend les bras, quand Ravier lui interdit de saisir l'opportunité.
Que veut-il ? Qu'elle crève ici, ou dehors ? Pourtant, rien n'est tenté. Pas encore. Ne s'engouffrent pour l'heure, que les regrets.


J'aimerais avoir la peau douce.

Dans un bain de mousse.
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Theodrik
10 juin.


Elle presse sa main et il se calme. Ce n'est peut-être rien en comparaison au décousu de ses mots, mais Théodrik se raccroche à ce qu'il retrouve d'elle. Ils ne s'écoutent pas, l'ont-ils déjà fait ? Il ne cherche même pas l'écharde, il sait qu'elle n'existe pas et qu'il n'y a que folie qui empoisonne le corps fébrile contre le sien. Elle parle d'un destin inachevé et c'est ce goût qui persiste. L'inachevé. Il pourrait se morfondre de n'avoir plus rien, mais il sait qu'il a déjà tout. La femme qui vous fait palpiter les côtes, le fils qui gonfle celles-ci de fierté. Il crève d'envie de lui souffler que l'inachevé n'a pas si mauvaise gueule, qu'il leur reste encore beaucoup à accomplir. Mais elle ne l'entendrait pas et quelque part, il sait qu'elle en est consciente. Dans la brume qui contamine ses pensées malades, il veut croire qu'il existe toujours la force qu'il lui connait, qu'il lui envie. Alors, plutôt que de chercher dans un dialogue vain sa lucidité, il la berce.

Da garout a ran, ma c'harantez. Da viken.

Et ce soir, comme tous les autres soirs à venir, il répète à voix basse.

Da viken.



****
***
*

15 juin, père & fils


Il a longtemps hésité. Il lui semblait que ses bras suffiraient à calmer son épouse et à lui faire reprendre ses esprits. Fort de ces nuits à la maintenir dans ses bras, il sait combien il échoue, mais ne désespère pas. Quand il revient, la nuit tombée, c'est un tout autre être qui se pend à son cou. Petit et rondelet, Brynjar ne fait pas un bruit, rien qui puisse annoncer sa venue. Il a caché ses bras contre la chemise de son père et patiente devant l'air sévère du géant, sans oser moufter. Roykkness, avant d'ouvrir la porte, annonce.

Dana, c'est nous. Poisson rouge n'y tenait plus, il vous réclame.

Et maintenant, y'a plus qu'à prier pour que ce plan désastreux soit efficace.
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Don.
Quinzième jour du mois de juin
Ne viens pas
THEODRIK & BRYNJAR



Clouée au sol, comme Isaure l'était au lit, Dôn croise ses jambes et frotte. Elle lustre les pierres poussiéreuses dans l'unique espoir de retrouver cette écharde imaginaire qu'elle maudit chaque jour un peu plus. Ses doigts sont noirs d'avoir trop cherché, et pourtant elle ne cesse guère, ne souhaite pas interrompre cette quête qui, si active, lui permet de garder l'esprit clair. Du moins, c'est ce qu'elle croit. Si en entrant, Dôn n'était atteinte que de mélancolie et désespoir, désormais il n'était plus question d'aussi peu. L'enfermement lui montait à la tête.
Vingt jours à peu près, que la pauvre était détenue prisonnière. Les heures passaient, sans que la moindre chance de voir l'extérieur ne lui soit donnée.

Tout le corps pivote et s'élance vers la porte aux milles voix. Ce bois qu'elle entend murmurer la nuit, et annoncer le jour. Lourde, plus bavarde que ses semblables. Jamais Dana n'aurait cru tant aimer le refrain d'un chêne oublié. Les gonds sont caressés, tandis que d'une oreille, Kerdraon tente l'écoute. Une idée lui vient, simple mais douloureuse. Sacrifier cette journée d'étreintes en compagnie de son tout petit, pour obtenir gain auprès d'un Nicolas plus sévère que Lallie en jour de grâce.

Paume frappe le bois.


Partez ! Partez tous les deux !
Théodrik, faites savoir à mon frère qu'en refusant visite, j'éprouve le besoin d'écrire et que ce droit doit m'être accordé. Il écoutera, il ne veut pas me voir entourée, il cédera. Je vous en prie, il me faut écrire, et lire ! Dites lui !


Frappe renouvelée, plus vive, plus forte. Lorsqu'elle s'exprime, on l'imagine plus folle qu'elle ne l'est, la rédaction évitera cela. L'écriture fera céder les serrures, deviendra LA clé tant espérée.

J'écrirai à Brynjar. A vous tous. Et si vous faites savoir à Alphonse qu'il me faut du parfum, chacune de mes lettres en sera imprégnée. Il connaît les nuances, il saura me procurer l'essence de la liberté.
Croyez-moi. Croyez-moi ! N'oubliez rien, ma far, n'oubliez rien.


Nouvelle attaque sur l'huis.

Brynjar, je vous aime ! N'en doutez pas, je vous aime plus que mon cœur ne peut le supporter, il bat si puissamment pour vous, mon petit. Mon tout petit. Jouez avec votre frère, ne pensez pas, et mangez bien. Que vos entrailles soient pleines, ainsi votre âme sera bonne ! Rassasié, l'air est plus doux, plus gai.
Mangez.
Mangez !


Elle s'éloigne en espérant qu'ils rebroussent chemin, mari en possession d'une nouvelle mission.
Paupières baissées, et bras liés recouvrant une poitrine amoindrie. Elle voudrait tant qu'ils restent ici, à balayer ses tourments, ses démons et lui permettre d'échapper à une captivité insoutenable.
L'air est inspiré, et ses poumons se gonflent d'un doute à l'angoisse glacée. Et si jamais elle ne sortait ? Si personne ne pouvait réellement l'aider ? Est-ce la fin du chemin ?
Méandres accueillent l'inconstante dans une chute sourde, sa silhouette percutent les dalles sombres de son cachot. Silence, repos. Coeur éprouvé ne se repose jamais, mais le corps ne peut en supporter plus. Les bras de Morphée se font accueillants et réguliers... Ces derniers temps.

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Archibald_ravier
Quatorzième jour de juin.
Pourvu qu'elle soit douce.


La p... la peau douce ?

Bordel de Dieu, elle va se foutre à poil ? mais la bassine est beaucoup trop petite ! C'est décidé, en sortant il ira gueuler dans le bureau de la mère supérieure, qu'on offre un bain à sa pensionnaire, sinon il viendrait la chercher lui même pour la conduire aux bains publics.

Bon, j'vais voir ce que j'peux faire ! V'nez donc par là !


Du bout des doigts, il saisit les siens, et l'attire contre lui. Il navigue en aveugle. Est-ce qu'elle va hurler, se débattre ? Est-ce qu'elle va sombrer ?


On va commencer par votre joli visage, et pis ensuite vos mains pis vos pieds. Pour l'reste... J'irais gueuler où il faut pour qu'on vous offre c'bain ! D'accord ?

Et sans vraiment attendre d'assentiment, il plonge son linge dans l'eau tiède et l'essore d'une main, tant bien que mal, avant de débarbouiller les joues creuses, le visage cave, les paupières qui cachent ces yeux si lointains désormais. Et il ne la lâche pas. L'instinct lui dit de ne pas lâcher. Elle a besoin qu'on la touche.
Au frère, plusieurs jours plus tard, il dira "qu'on la cajole comme une enfant", mais au fond de lui, il sait. Comme une enfant ? Pas vraiment. Comme une humaine, surtout.
Et ça lui demande un sacré paquet d'énergie, de puiser au fond de lui, pour aller chercher loin là bas ce qu'il reste encore de Dana.
Il prend son temps, pour nettoyer ce visage.
Il est mal à l'aise.
Presque autant qu'en la sortant de son foutu baquet, lorsqu'il avait fini par réaliser qu'elle était toute nue.
C'est bien pire, ici. C'est son âme qui est toute nue.
Le voilà donc, tout dégingandé, à tenir la décharnée contre lui dans le flot de lumière entrant par la porte ouverte. Il ne manque plus que la couronne d'épine et qu'il ne mette à lui laver les pieds, et on y est !

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Isaure.beaumont
[Premier jour d’été]


Dix jours de fièvre avaient transformé la Saint Peyrus, modelant son corps, altérant son teint. Libérée depuis peu du feu, elle reprenait tout doucement des forces mais restait marquée par ses longues heures de maladie. Son estomac n’était pas encore capable d'ingérer autre chose que du bouillon ou des bouillies. Le visage encore livide et très émaciée, elle ne quittait le lit que pour se traîner au pot ou dans un fauteuil qu’on lui avait installé près de la fenêtre. Elle reprenait des forces trop lentement à son goût et commençait à réellement s’ennuyer. Elle était encore trop affaiblie pour s’adonner à l’exercice ou à de trop longues réflexions. Ses matinées étaient consacrées au repos et ses après-midis à l’ennui. Elle contemplait fixement le plafond ou guettait les allées et venues dans la rue. Les visites d’Archibald constituaient ses véritables seules distractions, aussi attendait-elle chaque jour avec impatience l’arrivée du jeune Ravier. Son bavardage et sa présence illuminaient ses ternes journées et animait l’œil de la Beaumont, lui redonnant un semblant de vie. Ainsi passèrent les quelques jours les séparant du solstice d’été.

Ce soir-là, Archibald l'avait laissée à sa solitude pour aller retrouver la jeune Caia qui n’avait toujours pas eu l’autorisation de venir la visiter. On lui avait servi son repas. Elle recommençait depuis peu à manger quelques viandes maigres et céréales du bout des lèvres. Ses forces revenaient mais étaient encore insuffisantes pour qu’elle puisse se mouvoir longtemps et retrouver une vie normale. Les maux de tête avaient cessé et la toux était devenue moins inquiétante. Sa respiration, quant à elle, s’était notablement améliorée. Le corps devenait mon douloureux mais témoignait, à l’instar de son teint blâfard qui peinait à se recolorer, de son grand état de faiblesse. Elle ne respirait pas encore la santé, bien qu’elle en ait pris le bon chemin.

A présent qu'elle était hors de danger, Nicolas s'était absenté depuis quelques jours. Elle était placée sous la surveillance d’une matrone qui avait pris le relai des religieuses la nuit, les laissant retourner à leurs prières. La bonne femme parlait beaucoup et écoutait peu. Isaure n’avait généralement pas à souffrir trop longtemps son monologue, sauvée par le sommeil qui s’emparait d’elle aussitôt après le repas. Mais ce jour-là, toutes ses pensées occupées par les révélations d’Archibald, elle ne trouva pas le sommeil : Dana était internée. Là. Tout près d’elle. A quelques rues à peine. Si près et pourtant si loin.

Elle avait bien essayé d’obtenir de l’amant éconduit la clé qui la mènerait à elle, en vain. Aussi était-elle en train d’élaborer un plan pour rejoindre son âme sœur, qui devait souffrir elle aussi de la solitude qu’on leur imposait. Elle fronçait les sourcils, soucieuse, sans écouter un traître mot de ce que pouvait raconter sa gardienne, et bientôt, elle prétexta la fatigue pour rejoindre son lit. C’était décidé : à la nuit tombée, elle irait trouver Dana. Par tous les moyens.

Mais nous étions le jour le plus long. Et il lui fallu attendre longtemps avant que la lumière du jour ne meure, que l’obscurité n'enveloppe enfin Périgueux. Sa patience fut éprouvée de longues heures durant et quand enfin elle estima la pénombre suffisante, elle glissa un pied hors de sa couche. Vêtue d’une simple chainse, elle comprit bien vite qu’elle ne trouverait aucun habit dans cette pièce. S’appuyant contre le mur, elle rejoignit la sortie, tâchant de ne faire aucun bruit pour ne pas alerter sa gardienne qui ronflait dans la pièce attenante. Une quinte de toux s’annonça, prête à la trahir. Elle parvint, douloureusement, à l’atténuer. Bientôt, elle fut dehors, pieds nus et trop légèrement vêtue. Elle marchait aussi vite que son état le lui permettait. La tête lui tournait légèrement et ses jambes la portèrent avec un courage faiblissant jusqu’aux portes du couvent qui s'ouvrirent comme par miracle à son nez. La religieuse s'apprêtait à refermer derrière elle, lorsqu'elle aperçut la Beaumont, blanche dans la nuit, décharnée et livide. Terrifiée, elle se signa avant de s’écrouler à terre. Sans doute avait-elle vue en Isaure l'apparition d'une revenante, d'une âme égarée. Trop préoccupée par le sort de Dana, et ne s'émouvant donc paspour la religieuse, notre téméraire mais faible Isaure s’empara du trousseau de clés que tenait la sainte évanouie. Elle l’enjamba, manquant de tomber, et se précipita aussi vite qu’il lui fut possible dans les couloirs de l’hôtel des fous.


- Dana ?!

D'abord, elle chuchota de peur d'alerter les religieuses et d'être repérée, venant gratter doucement aux portes des cellules. Elle se hissait sur la pointe de ses pieds pour venir inspecter par l'étroite lucarne de la porte l'intérieur des cellules, sans y voir grand chose.


- Dana ? Dana, est-ce vous ?

Une porte, deux portes. Puis dix. Et bien plus encore. Elle s'obstinait, ignorant les appels de son corps qui faiblissait. Elle sursauta une ou deux fois, étouffant un cri de surprise quand des visages, qui n'étaient jamais celui de Dana, apparaissait soudainement à la grille des portes des cellules qu'elle inspectait. L'angoisse et l'impatience lui firent hausser le ton, petit à petit, et bientôt, elle se retrouva dans les couloirs à crier son nom.

-
Dana ! Dana !! Où êtes-vous ? C’est moi ! Isaure ! Je suis là, Dana ! Dites-moi où vous êtes, où êtes-vous !!


Elle tambourinait désormais à chaque porte rencontrer, trousseau toujours en main, faisant cliqueter les clés entre elles. Elle tambourinait et scandait le nom de son amie perdue, réveillant internés et folies.

-
Dana, de grâce, dites-moi où vous êtes !


Elle enchaînait les cellules, se retenant aux barreaux pour ne pas chanceler.

-
DanAaaahaAAAHaH raaah ! Lâcheeeeez-moi ! Vile créature ! Espèce de ravagé de la cervelle !


Martelant la main inconnue d’un fou réveillé qui lui enserrait le poignet décharné, elle se libéra de l’étreinte et se recula. Elle tituba un instant et après un rapide regard à l’hideuse figure que défigurait encore plus une grimace édentée, sans doute un sourire, elle se reconcentra sur sa quête.

-
Dana !!! S’il vous plaît ! Dana, dites-moi où vous êtes !


Les larmes perlaient à ses yeux. Fatigue et inquiétude avaient écaillé sa patience mais elle ne reculerait plus. Elle fouillerait chaque étage, elle retournerait toutes les cellules s'il fallait.
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L_aconit
    Et puis un soir.


Un pas devant l'autre, la fraîcheur à peine retrouvée du soir l'enveloppe, boucles blondes mêlées aux pétales courbées. Bleu ciel pour bleu de nuit. Faust tourne la clef.

C'est moi.

Pas ton époux. Pas ton filleul. C'est ton Geolier.

N'est-ce pas ainsi qu'on finira par l'appeler? Qu'on le regarde. Qu'on l'accuse de ne rien l'aider. Faust est revenu de Paris. Archibald n'a pas donné la pierre qu'il avait envoyée. Cette pierre, ronde, prometteuse. Une pierre pour chasser l'effluve du mal.

Notes sont posées non loin. Dans la pièce attenante. La clef grince, et la porte est ouverte. Cage éventrée.


Venez.

Dit-il. Un pétale chute sur le carreau de grès. Nicolas entre, tend la main à une soeur prostrée qu'éclaire le halo d'une chandelle.


Venez...


Dit-il , plus doucement. Et tandis que la main trouve celle de la soeur, pierre a roulé dans le coeur.

Coupables. Coupables. Tous coupables. Faust est fatigué. Les doigts froissent une pression sur la nuque sosorale. Bouquet de glycine capitonne les retrouvailles.


ma kroaz. Diwall... Diwall*. La marche.


Puisque tu ne l'as pas franchie, puisqu'elle n'a jamais existé pour toi. ma soeur. ma croix. mon amour contrarié. Tu vois, je suis fatigué. Je suis venu te libérer.


* ma croix. Attention. Attention.
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(En Bleu italique, les pensées Laconiques.) galerie d'avatar-Recueil
Don.
Quatorzième jour du mois de juin
Egon Schiele "the death and the maiden"
ARCHIBALD



Courbes disparaissent et ne laissent place qu'à un amas de chairs et d'os disloqués. Deux pantins désarticulés entrent dans la danse macabre d'une asepsie bien vaine. Les doigts de l'homme s'use à presser d'une teneur toute mesurée, le linge sur les paupières exténuées. Au contact d'une fraîcheur salvatrice, l'initiatrice de toute cette peine se surprend à sourire, lippes naturellement ourlées de rose s'étirent jusqu'à faire renaître les fossettes perçant chacune de ses joues. Pointillés d'un bonheur qu'elle prolonge en venant accompagner les mouvements du Ravier, de sa main esseulée. Elle se laisse guider, chaque mouvement est d'une saveur exquise et jamais elle ne voudrait faire cesser cette pluie providentielle.
Ses yeux d'un glas sombre, s'accroche au regard qu'elle devine, tout près. Elle peut y lire la détresse, mais celle-ci semble différente de la sienne. Il faudrait être sot pour ne pas comprendre combien Archibald prend sur lui, pour l'aider. Ingrate, elle n'avait jamais considéré cette amitié comme viable, la rattachant toujours au désir qu'il éprouvait pour Isaure. Sa propre mère affirmait qu'elle n'aurait jamais d'amis, que tous ne serait là que pour un temps, ou pour une autre cause. Dana avait bien entendu craché son dégoût, repoussé sa haine jusqu'à l'éprouver uniquement pour elle même. Mais Lallie se trompait, malgré l'égoïsme instinctif menant l'existence de la manchote depuis toujours, cette dernière avait réussi à s'entourer. Preuve en est, Amarante aussi loin qu'elle puisse se trouver, pensait à elle, elle en était certaine. Théodrik, Mayeul, Archibald, et tant d'autres ! Ils étaient encore là après toutes ces semaines, et ces mois passés en France. Et Isaure. La belle Isaure, son Autre, sa parfaite moitié, suprême amour. Elle prouvait à Maëlweg mère qu'elle avait tort.

La main bretonne quitte celle de cette merveilleuse rencontre orléanaise, pour venir se poser sur sa joue. Approche tactile qu'elle espère tendre car l'affection que la débarbouillée y met puise dans ses dernières ressources.
Épuisée, menotte retombe lentement pour venir s'agripper à la manche d'Archibald. Mais par cette simple caresse, la reconnaissance est avouée.

Merci.

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Don.
Premier jour de l'été
"You're gonna spread your wings"
♥ ISAURE ♥



"DanAaaahaAAAHaH"


Son corps fait un sursaut. Au détour d'un couloir, en résonance avec ses espoirs elle entend sa voix, enfin. Uniquement la sienne, comme tout droit sortie d'un rêve, elle l'appelle, la cherche et l'espoir peut enfin renaître. Est-ce une illusion, une méprise ou est-ce réellement le timbre de son âme jumelle ? Leurre n'a plus sa place ici, les mirages ont le pouvoir d'occire en quelques étincelles chimériques mais en son cœur, Dana puise la croyance d'un renouveau soudain. Elle est ici, c'est certain. Alors tout en elle s'élève, chair et joie, sang et chant.
Viens écoutez mon dessein et mes désirs, je suis là. Je suis là...


JE SUIS LA !

Silhouette parvient à se mouvoir, et la hâte l'emporte sur les précautions. Faible, le corps chute. Une fois, le genou est à terre. Elle se relève. Deux fois, la senestre soutient elle réitère. Trois fois, céphalés s'invitent et tête lui tourne, paroi de la pièce est épousée. Elle revient, se propulse et atteint enfin la porte. Plus rien ne chancelle, ni ne bascule si ce n'est la sensation d'être au dehors de son enveloppe corporelle. Seul son esprit vagabonde et tente d'attirer Beaumont jusqu'à sa cellule.

Isaure ! Je suis ici !

Tambourine contre le bois, appelle, fais savoir que tu es là, tout près d'elle et comme tu l'as promis à l'amour de ta vie, pour elle tu peux le faire aussi : Da viken.

Haletante, sa gorge refuse tout nouvel effort, alors ce sont ses bras, son poing qui martèlent l'obstacle entre elle et son monde. Archibald disait vrai, elle n'est pas morte !
Les coups n'attirent pour l'heure que l'éveil de ses congénères et c'est par l'angoisse grandissante que la force permettant l'appel brutal se voit accompagnée.
Hurlements, déchirements, échos des cris d'aliénés, ce théâtre là n'est pas le sien ou seulement celui de ses viscères. Gangue ombreuse enrobe sa chambre éphémère, mais bientôt les ailes déployées viendront côtoyer la superbe venue la secourir, ce don d'un ciel loyal à ses fidèles. Prières ne furent stériles, la délivrance jamais ne fut si proche.


Tout près...
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Isaure.beaumont
Où êtes-vous ?

Tous ses sens étaient en alerte. Tout son être était tendu vers elle. Elle l’appelait, elle l’espérait. Et dans le vacarme des voix folles, dans le tumulte des bruits, il lui sembla enfin l’entendre. Dana était là, à quelques pas d’elle, dans ce dédale de couloirs, dans cette multitude de cellules. Elle peinait à s’orienter, étourdie par l’écho des voix et des rires fous. Elle sentait le sang battre ses tempes et il lui semblait que tout tournait autour d’elle. Elle ne devait pas faiblir, elle devait persévérer. Elle avança encore, l’appelant toujours La voix moins forte et pourtant plus près lui répondit encore. Elle dût fournir un effort pour se concentrer sur elles et occulter tous les bruits parasites. Elle s’avança plus avant dans le couloir. Elle l’appela inlassablement, l’espoir revigoré, jusqu’à ce qu’enfin son murmure la pénètre.


- DANA !

Son coeur s’emballa. Il lui semblait qu’il ricochait au rythme des percussions bretonnes qui continuaient de la guider dans la pénombre. Elle avala les dernières distances.

- Je suis là, Dana, je suis là ! Enfin, je vous retrouve ! Je… j’avais cru vous avoir perdue pour toujours !

Elle n’avait plus la force de se hisser sur ses orteils endoloris et se contenta d’introduire dans la cage, une main aveugle et décharnée, à la recherche de la chaleur d’une jumelle.

- Je suis venue vous sortir de là, Dana. Je suis venue vous libérer !

Récupérant sa main, elle porta son attention sur le trousseau de clés empruntés à la nonne évanouie. Il y avait tant de sésames en bronze dessus qu’elle ne savait pas par lequel commencer. Se saisissant d’une clé, la main tremblante d’impatience et de faiblesse, elle entreprit de l’insérer dans la serrure. Le geste anodin fut laborieux. Elle dut s’y reprendre à plusieurs reprises et quand enfin elle y parvint, rien ne se passa. La serrure demeura sourde à la volonté de la clé insérée. Elle en essaya plusieurs autres, fit tomber le trousseau, le ramassa, pesta.

- Foutremouille ! Faut-il qu’aucune d’elles n’ouvre votre cellule ? Sommes-nous donc condamnées à vivre ainsi, perpétuellement séparées par la pierre froide ? Faut-il que cette porte de chêne et de fer se dresse entre nous ad vitam aeternam ? Je mourrai là, Dana, je mourrai là s’il le faut, ma main dans la vôtre.

Et alors qu’elle imaginait déjà le pire des scénarios, un cliquetis victorieux se fit entendre et la porte céda sous ses assauts affaiblis. Elle ne réalisa pas tout de suite et s’apprêtait déjà à pester contre cet obstacle et à essayer une autre clé. Quand elle eût compris, elle poussa la lourde et en quelques enjambées atteignit la siamoise perdue. Ni pudeur, ni hésitation ne vint stopper le geste : elle l’étreignit, perdant son visage dans le cou ami, respirant son odeur, profitant de sa tiède chaleur.

- J’ai cru que vous m’aviez oubliée, Dana. J’ai cru que vous m’aviez chassée de votre vie et de votre mémoire. Et Archibald m’a dit.

Elle resserra l’étreinte, comme si elle avait peur de la voir s’évaporer. Elle souffla dans son cou.

- Vous n’êtes pas folle, Dana. Vous n’êtes pas folle. Non, vous n’êtes pas folle. Vous êtes juste… trop vivante pour eux. Ils ne comprennent pas. Ils ne peuvent pas comprendre, mais moi je sais. Je sais, Dana. Vous n’êtes pas folle. Vous n’avez fait que défier la mort, dans ce baquet. Elle ne veut pas de vous, pas plus que de moi. La Mort nous dédaigne. Mais vous n’êtes pas folle. Vous éprouvez la vie, voilà tout. Vous l’éprouvez et recherchez cette renaissance, encore, pour vous figurer que vous êtes bien en vie. Et que tout a un sens. Mais rien n’a de sens, n’est-ce pas ? Si vous n’êtes pas avec moi.
Don.
Ce soir là
NICOLAS



La clef vient faire sonner l'arrêt. Trêve de rêves, délires ou illusions, c'est l'heure de dire bonjour.

Nicolas...

Son visage est une source de bien être, s'il est le responsable de cette séquestration non désirée, il est aussi l'unique lien réel avec l'extérieur. Des deux pieds, il pénètre son monde et celui des autres. L'un, parcourt les plaines, montagnes et tout ce qui peut encore composer cette terre quand l'autre est scellé à cette pièce, entravé par un châtiment de choix : Dôn, sa croix, son mauvais ange.

Doigts se mêlent à ceux de son cadet, le délicat Nicolas. Une légère pression se fait sentir pour contenir cette peur de chuter, éblouie par la lumière, par l'espoir d'une délivrance. Elle ne bascule pas, mais se tient à lui pour ne pas choir à ses pieds. Et comme si tous les âges à venir tombaient sur les épaules de l'apeurée, l'échine de cette dernière se courbe.

Chaque pas relève d'un effort surhumain, il lui faut avancer et suivre. Découvrir le sol bien plus ardent que celui dont elle connait désormais tous les recoins. Et enfin, expirer le venin d'un air mal apprécié. Inspirer celui de la nouveauté, des retrouvailles avec la vie.

Où ?

Court, simple. Les questionnements sont nombreux pourtant, mais c'est celui auquel son cœur tient le plus.
Où l'emmène t'il ?

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Archibald_ravier
Quatorzième jour de juin.
Mais non, tu es Camille
La Valse, Camille Claudel


Pour le lavage de pieds, on repassera. Elle ne tient pas debout, pour le moment. La main échoue à caresser vraiment la joue, mais le message passe. Il la maintient, plus étroitement encore contre lui, et plonge le nez vers son cou.
Il ne l'embrasse pas, pas vraiment. Il la respire. Il cherche l'odeur de Dana. Reste-t-il encore un peu de citron, là ? Il ne sait pas, mais il a probablement très envie d'y croire, alors il retrouve un peu le citron.


Bordel à foutre, il fait vraiment trop noir chez vous, Marraine ! Pensez à ouvrir un peu les rideaux l'prochaine fois que j'vous rends visite !

Il lève enfin le nez, la regarde, mi amusé, mi paniqué par ce qu'il va faire. Et, un bras la maintenant toujours fermement par la taille, l'autre va se glisser sous ses genoux. Il l'enlève. Il la maintient bien contre lui. Il la devine trop épuisée pour lutter, mais Nicolas n'avait-il pas parlé de crise de démence ? Alors il reste sur ses gardes. Et puis, il n'ira pas loin.
Quelques enjambées, et les voilà dans le cloitre, le cloitre bien clos, mais lumineux. Il fuit l'ombre, il cherche le bans le plus ensoleillé possible, en chasse deux nonnes un peu trop bavardes d'un regard noir, et y installe sa marraine avec dévotion.


Voilà, on est quand même mieux ici, et puis ça sent bon !

D'une main, il embrasse les alentours, les carrés de simples cultivés par les nonnes. La mélisse, la lavande, la menthe, le thym, le romarin.
De l'autre, il maintient fermement celle de sa marraine. En soutien. Et, il le sait, elle n'en sera pas dupe : pour la retenir.

Il sait déjà qu'il ne lui offre qu'une parenthèse de lumière dans la noirceur du quotidien. Il ne sait pas s'il a raison de le faire ou pas. Il sait juste que là, maintenant, ils en ont besoin. Tous les deux.


Vous m'direz, si vous avez envie que je m'occupe de vos cheveux ?
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Don.
Quatorzième jour du mois de juin
L'Enclos
ARCHIBALD




Gorge est assaillie à son tour, mais cette fois, aucun dérapage n'est à déplorer. Chaque bouche reste à sa place, seuls les sens se permettent liberté. Lorsqu'il vient éprouver son arôme, Dôn se laisse faire se retrouvant à la fois dans les bras de Théodrik, Gwilherm, Tiernvaël ou tout ceux qui l'ont aimée. La conscience reste présente, et elle sait qu'Archibald pour elle, n'éprouve rien de plus qu'une affection visiblement profonde. Mais l'amour est vrai, et cela suffit à faire soupirer la demoiselle.

Et puis tout s'enchaîne, trop vite à son goût, parce qu'elle a peur, elle ne sait plus ce qu'elle doit faire ni penser. Comme une enfant éreintée d'avoir trop veillé, silhouette nouvelle se laisse emporter. Frêle et fragile, il lui serait bien vain de vouloir lutter contre celui qu'elle suppliait il y a encore quelques mois, de prendre hache et bois afin d'éveiller chez sa siamoise quelques soubresauts cardiaques. Oh, il n'était pas beau le Ravier, mais force est de constater qu'il y a en lui cette bestialité pure, capable de faire chavirer le palpitant d'une Wagner pourtant bien éprise de l'allure chevaleresque faisant défaut à l'individu concerné.

Le soleil frappe et marque la peau blême, jamais astre ne fut si agressif. Une fois assise, et la main dans la sienne, tout paraît irréel et l'environnement immaculé. Le simple fait d'effleurer le banc, embrase sa chair, par la pulpe de ses doigts. Est-ce un signe ? Un indication, lui signifiant que son seigneur ne l'a pas oubliée ? Qu'elle se soigne par le feu, qu'à l'intérieur tout bouillonne pour n'extirper de son âme que le bon, le sauf ?
Un ricanement lui échappe. Elle est désabusée.


Il faut couper les pailles cramées.

Paroles d'une fratrie,

    Maël : Si tu coupes une mèche, je t'offre un baiser. Ce serait presque ton premier. De toute façon, on dirait de la paille. De la paille noire, cramée.
    - J'veux pas couper ! J'veux pas t'embrasser !
    Merwenn : J'suis sure qu'on peut y faire cuire une saucisse d'porc ! Dana tête en bois !
    - C'est pas vrai !
    Myrdinn : C'est pas brûlé, on dirait juste des algues molles.
    - Mais laissez moi ! J'vais le dire au père !
    Maël : Papa dira qu'il faut les couper, parce que c'est moche. J'ai de quoi m'en occuper, dans l'atelier de maman. Les jumeaux iront chercher la clé.
    Merwenn : Et puis on pourrait lui couper tout ce qu'il y a devant aussi. Pour dissimuler ce grand front.
    - J'ai pas un grand front ! J'veux pas, j'veux pas !
    Myrdinn : Une petite frange, et le reste...

Reviennent aujourd'hui.

En dessous des oreilles.
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