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[RP] Entre Chat et Ballerine

Axelle
Citation:
Ballerina,


Bien piètre frère que celui qui t’écrit pour te demander faveur dans l’urgence ; pardonnes m’en, je tacherai de te donner plus amples nouvelles une prochaine fois.

Actuellement à Orléans en attendant la fin d’une transaction, l’une de mes brebis, Dôn af Nærbøfj-Røykkness, m’échappe et court vers le Périgord pour y soutenir une âme que tu connais déjà au moins de nom : Isaure Beaumont Wagner.
Je ne suis pas rassuré de la savoir seule faire tout ce chemin. Elle quittera la capitale ce soir sur un cheval qui ne fera jamais plus de deux lieues par nuit, je le crains. Connaîtrais-tu quelqu’un qui saurait l’escorter jusqu’à Périgueux et dont la route croiserait la sienne à la faveur du Berry ou du Limousin ?

Je suis prêt à rémunérer le trajet de l’escorte à hauteur de 200 écus si cela pouvait t’aider à trouver dans ton carnet d’adresse quelconque âme acceptant la mission. Il lui faudra bien sur attendre notre retour, décalé d’une poignée de jours.

A te lire,
Mackà



Citation:
Mackà,

Si tu es un piètre frère, je ne suis pas meilleure sœur. Cette Isaure m'ennuie. Elle m'écrit pour me parler de bêtises que ferrait Arnoul sans rien m'expliquer de plus et, quand je lui demande davantage d'explications, reste muette. Y aurait-il tant à me cacher, ou bien suis-je à ce point mauvaise mère pour être à ce point traitée en paria ? La colère gronde en moi, sourde et mauvaise quand même je suis privée de la seule signature de mon fils sur un bout de vélin.

Bref, là n'est pas le sujet, à Périgueux, puisque là est mon fils, sois certain que j'aimerais y être pour le reprendre sans discussion sous ma férule, mais je serai demain à Limoges et ne pourrai pas me déplacer avant le 13 du mois de mai. Volkmar a besoin de calme et de repos tout ce temps, et il a fait preuve de tant de patience à attendre que je sois en état de voyager pour quitter Labrit que je me refuse de le laisser à Limoges et de partir sans lui.

Ce qu'il m'est possible de te proposer cependant, serait de trouver à Limoges quelques volontaires, sans promesse car je n'ai malheureusement pas de connaissances en Berry et ne sais qui je peux retrouver en Limousin.

Cependant, si cela peut te rassurer, sache que les routes semblent plus que tranquilles et que sortant du Berry, nous n'avons croisé aucune âme malveillante.

Je t'embrasse.

A.



Citation:
Ballerina,

N’en veux pas à Isaure, elle craint certainement que tu te fâches lorsque tu sauras le fin mot de l’histoire. Je t’en épargnerai l’attente ; j’étais présent ce soir-là, tout aussi coupable qu’elle ou Blanzac. Nous ne prêtions pas attention aux enfants et nous sommes aperçus trop tardivement qu’ils étaient sortis. La suite n’a été qu’une succession de jours où les deux tuteurs ont battu campagne jusqu’aux frontières pour retrouver leurs traces, ce qu’ils sont finalement parvenus à faire.
Comme eux j’ai redouté de t’annoncer pareille nouvelle, ce qui expliquera le silence que je t’ai imposé, ai misé sur une heureuse et rapide conclusion, et fut soulagé de la trouver quand le temps s’étirant a commencé à devenir préoccupant ; qui ne redouterait pas d’annoncer à une mère qu’elle a perdu son enfant, même quelques heures ?
Sois sûre que les jours de battue ont été un calvaire pour elle ; prends- en compte lorsqu’elle te fera le conte de ce triste périple.

Ne te préoccupe plus de ma fugueuse, mais merci de ton dévouement à mes tempêtes; nous l’avons retrouvée ce matin en quittant Orléans. Mes affaires sont conclues et je rentre sur Périgueux me reposer quelques temps avant de choisir nouvelle destination.Si Limoges nous échappe, nous aurons le loisir bientôt de faire sans tant de paramètres.
Je crois qu’à l’occasion, il te faudra aussi me gronder, mon cœur fait quelques bêtises ; même en l’écrasant entre mes deux mains jointes, il persiste à d’imbéciles soubresauts.
Je t’en ai promis la garde, tu t’es promis Dragon ; nous renouvellerons serment à nos retrouvailles.

Donne-moi nouvelles, des bonnes, des mauvaises ; raconte-moi tes jours et ce qui tourne au autour de ton nombril.

Mackà


Citation:
Je n'ai pas de mots, Alphonse. Pas de mots. Ils reviendront plus tard, sans doute, pour le moment, ils sont perdus dans des sentiments que je ne peux pas même définir, amputée que je me sens d'un fils.


A.

_________________
Axelle
Citation:
Mackà,

Pardonne ma dernière missive, s'il te plaît. J'étais aussi atterrée que furieuse. Et en colère, je le suis encore. Tant Mackà, tant. Pas tant qu'Arnoul ait échappé à la vigilance d'Isaure. Combien de fois s'est-il échappé à la mienne ? Mais de ce silence. Ce silence qui m’égratigne, me griffe, m'écorche. Alors il me faut te le dire, dans ma confusion, fâchée, je l'ai été aussi après toi. Aujourd’hui, l'esprit plus clair, je ne peux que te remercier de cette vérité que tu m'as avouée, et que sans doute, sinon, je n'aurai jamais connue, continuant ainsi aveuglement à faire confiance à une femme qui se dérobe.

Je lui en veux, Mackà, de sa lâcheté. De ce mensonge truqué. Mais cette rancœur, je la prendrai sur moi pour ne pas l'en agresser, et la ruminerai jusqu'à ce que doucement elle s'estompe, même si de cette femme, je ne veux plus savoir. Plus rien, au même titre que Nemours, coupable premier de cette débandade, qui après avoir fait des pieds et des mains pour avoir Arnoul auprès de lui malgré mes réticences, n'a su que que le confier à cette femme sans même prendre la peine de m'en informer. Souvent il m'a craché dessus, et crois bien que mon mariage avec d'Aunou n'y est pas étranger, mais jamais aussi éhontément, aussi injurieusement.

Quoiqu'il en soit, j'ai pris une décision, et si Arnoul ne s'y soumet pas, il subira le même sort que ces deux-là et ne portera plus mon nom.

Je leur ai écrit, à tous deux, leur faisant part de ma volonté qu'Arnoul rejoigne Montauban sans délais où, en attendant mon arrivée, je le place sous l'autorité du Prince de Clichy. Qu'il s'y plie, ou il n'aura que mon oubli. N'ai-je pas déjà abandonné deux filles pour pouvoir faire de même d'un fils ? Si. Je ne courrai pas après une tête de mule, aussi attachante sache-t-elle se montrer.

Amen.

J'ai changé, je crois, Alphonse, faute à des événements qui me portent aujourd'hui au doute permanent, ma confiance brisée, chancelante devant tous. Labrit et ce qui a suivi auront laissés des séquelles bien plus lourdes que celles à mon ventre. Me voici si dure, Mackà, Je tranche, je coupe, je romps, sans regrets, sans remords à la moindre déception. Je fais peur à beaucoup, Mackà, et je ne suis même pas certaine que cela me dérange. J'ai fait pleurer des yeux, Mackà, des yeux que jamais je n'aurais cru savoir seulement s'humidifier. Devant ses yeux-là longtemps, je suis restée fermée et butée, avant que je m’effondre et recule. Alors, sans doute, malgré cette dureté neuve, tout n'est pas encore mort.

Alors, vois-tu, Alphonse, de tous les dragons qui peuvent croiser ta route, je te promets d'être le tien, avec plus encore de dévotion et de certitude. Parce que gronder, à ces quelques mots sur le vélin, je le peux déjà. Mackà, vraiment, ces deux ans où tu as failli tout perdre n'ont-ils pas suffi pour que tu comprennes. A l'évidence, non. Mais si je vois la moindre égratignure dans ton regard du fait de cette folie-là crois-moi, cette fois je tiendrai ma promesse et celui qui remue ton cœur n'aura plus d'yeux pour pleurer.


A vite, je l'espère et le veux plus encore maintenant.

Draakje*




*Petit dragon en néerlandais
_________________
Alphonse_tabouret
Périgueux, 21 Mai 1466





Citation:
Ballerina,



Arnoul m’a fait lire hier la lettre que tu lui as adressé. Il a été difficile de la lui expliquer ; je n’y suis d’ailleurs pas parvenu. Si j’ai entendu ce que ton cœur bruinait lors de nos heures communes, je n’ai pas pu me résoudre à dire à ton fils que tu ne voulais plus être sa mère, pas plus que je n’ai su trouver les mots pour lui expliquer ce qui t’avait mené là.

Je te sais en colère, je te sais à bout, déçue des promesses d’un père, qui sait, peut-être, d’un amour désappointé au travers de ton fils… Ton affection pour Nemours a toujours été si vive, si vertigineuse, qu’elle t’a poussé aux rires comme aux larmes, à des symphonies au travers de tempêtes, mais est-ce à ton fils de payer pour ceux qui t’ont tenu au silence, de régler la note d’un Nemours absent ?
Il a six ans, Axelle, loin de sa mère et de son père depuis des mois sans comprendre pourquoi ses parents ne sont pas avec lui. Qui étions-nous à son âge ? Que comprenions-nous des affaires d’adultes ? De nos propres élans ?

Arnoul dit qu’il n’a pas désobéi.
Je dis qu’il a le cœur brisé, comme toi ; bardé d’épines de colère, de silences têtus, de traces d’éraflures tout autour de l’aorte.
Refuse-lui tes bras si tu le souhaites, mais épargne lui l’humiliation du renoncement, Axelle ; ni toi, ni lui n’en sortirez baignés de quelques victoires. Ne quitte pas celui-là ; même loin, même au gel de ton attention, ne répudie pas ta chair, Coquelicot. Confie le à d’autres mais ne l’abandonne pas : tu es trop tendre pour y survivre sans t’y faner aussi ; tes filles te l’ont appris.
Montauban est un rendez-vous raté malgré ton fils. Isaure en procès est assignée à résidence et n’a d’autres choix que de rester à Périgueux en attendant son verdict. Personne n’a pu mener Arnoul à tes exigences mais moi-même, rentrant à peine, je te propose mon temps pour le faire.

Un mot de toi suffira et nous serons à ta voix en quelques jours.

Je ne veux pas d’un dragon de pierre, je veux un dragon de sang, de ceux qui pulsent aux étoiles, qui vibrent au soleil et savent rêver à l’odeur d’un bouquet de nuages. Mon dragon a des yeux d’ébènes qui couvent les montagnes, des griffes si effilées qu’elles tranchent les marasmes et une gueule si vaste lorsqu’il rit, qu’il étiole les mauvaises plantes jusqu’à l’ombre des tombes ; il lui arrive de soupirer parfois, amples poumons balayant les forêts, défaisant l’océan, et lorsqu’il s’endort à mon cœur, ce n’est pas tant pour l’empêcher de battre trop vite que pour en écouter la berceuse.

Comment entend-on encore la musique lorsque l’on n’est plus que Pierre, Draakje ?


J'embrasse ton museau et tes lèvres,

Mackà


_________________
Axelle
Citation:


Mackà,

Je suis enfin arrivée à Toulouse après une halte à Montauban, j'espère y retrouver de précieuses connaissances que je n'ai pas vues depuis trop longtemps. Qui sait, j'y verrai peut-être aussi le bout de ton museau. J'aimerais bien y poser un bécot, et puis en plus, la ville est belle à cette époque. J'essaie de t'amadouer ? Oui, complètement, je l'assume.

T'ai-je dit que je travaillais à la Maison Royale en tant qu'Artiste Royal ? Oui, ça fait beaucoup de royal tout ça, mais qu'importe, ça me plaît beaucoup. Oui, si ça me donne beaucoup à faire et grignote allégrement mon temps, j'aime. J'y trouve des projets très particuliers, et pas mal de défis à relever. Je fais des choses que je n'avais faites avant. Tiens d'ailleurs, j'y ai retrouvé Chimera, mais je t'assure qu'avant de m'engager à ce poste, je me suis bien assurée que son ventre était plat.

Pour le moment, je ne cherche pas d'autres activités, mais ça ne saurait tarder. Malgré les chutes, j'ai définitivement pris goût aux combats et au rustre des casernes et des camps militaires. Ca commence à me manquer.

Et toi, tu ne me parles pas de tes affaires, où en es tu ? Je veux tout savoir.

J'embrasse le bout de ton menton.

A.

PS : S'il te plaît, Alphonse, ne me demande pas de te montrer combien je peux être aussi tranchante que le silex et aussi dure que le granit, sans quoi, nous nous perdrons de nouveau puisque tu ne veux pas de dragon de pierre, même si j'entends toujours la musique.

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Alphonse_tabouret
Courrier lu avait été reposé sans un mot, accusant au regard noir, des paysages aux densités écorchées ; Périgueux l’injuriait de mille écus et Bazens de ses nouvelles volubiles, assermentées d’une ligne préventive en guise de rappel, et si chacun froissait l’orgueil d’ insupportables épines, Axelle et leurs années communes portaient à leur plastron une victorieuse cocarde.
Chat laissa le fiel se diluer au temps, et tira les leçons que l’on lui imposait d’une tape au museau ; certaines pièces ne le toléraient pas et Droits échaudés aux langueurs de Florence y trouvaient de quoi s’accabler de défaites auxquelles on lui contestait même la parole.
Plume s’éprit des mêmes aimables platitudes en attendant la faveur de vertiges échos à ceux de Notre Dame et partit retrouver lectrice à quelques lieues de lui.



Citation:



Ballerina,


Tu me trouves heureux de te lire arrivée saine et sauve, les envies égayées à la faveur de quelques projets. Nul besoin de m’amadouer pour que je présente mes pas à Toulouse, nous avons pris la route, Corleone et moi pour t’y rejoindre quelques jours.
J’ai prévenu Goupil de notre arrivée prochaine et nous donne deux jours pour rejoindre votre tablée. Tu m’y montreras cette ville que tu aimes tant le temps de notre escale.

Chimera ne m’a laissé aucun bon souvenir, et même des mauvais. Cette femme ne vaudra jamais l’attention que tu lui portes ; songes à t’en préserver autant que possible.

Mes affaires se passent bien, et même aux états embryonnaires de leurs schémas, commencent doucement à prendre forme ; il y a encore beaucoup à faire, mais au fil des rencontres, possibilités se forgent d’horizons. Je t’accablerai d’autant de détails que tu le souhaites autour d’un verre de vin.


Je t'embrasse,

Mackà.

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Axelle
Citation:
Mackà,

Mes pas ont rejoint les armées. Je pars ce soir. Sans pouvoir te dire où. Qu'importe. Je pars ce soir, la rage au ventre de prendre ma revanche. Je suis contente. Telle est ma vie à présent. Les armes. Je le sais. Si mon travail à la Maison Royale me plaît, j'y flétris par trop de pastel quand j'ai besoin de rouge et de noir. Privée de l’excitation des combats, de cette ferveur palpable alors que les tambours battent à la cadence du sang échauffé ricochant à l'unisson dans les tympans, je suffoque. Oui, je suis heureuse de retrouver le grincement du fer, les galops de la cavalerie et surtout, de me sentir plus que jamais vivante quand résonne la fin des combats. Même sale, même pleine de sang. Mais à cet instant, la vie bouillonne en moi comme à aucun autre moment. Aussi bon puisse être le sexe, ce ne sera jamais aussi bon que ces moments-là, à l'aube. C'est comme une drogue et je suis piquée.

Je suis heureuse et en même temps, je crève de trouille. Peur de tomber encore et cette fois, de ne pas me relever. C'est la mort que j'espère, mais pas maintenant. Pas tout de suite. J'ai peur, même si un regard vert et perçant veillera sur moi. Un regard auquel je confie ma vie sans ciller. Sans doute ne comprendras-tu rien. Sans doute me trouves-tu idiote, ou dénuée de toute logique. Mais certaines choses ne s'expliquent pas vraiment.

Je suis une mauvaise mère. C'est un fait indéniable. Une bonne mère n'abandonne pas trois de ses enfants. Et surtout, ne devrait plus savoir sourire. Pourtant je souris et je ris et, si j'ai de la peine, encore, parfois, je n'ai ni regrets, ni remords. Je suis une mauvaise mère, pourtant, si j'ai peur de la chute, c'est pour Antoine. Si je ne reviens pas, j'aimerais que ses pas suivent les tiens, toujours. Tu pourras lui dire que sa mère était une écervelée inconstante, tu aurais bien raison, mais dis lui, répète lui, s'il te plaît, combien je l'aurais aimé.

Et si j'ai peur de tomber, c'est aussi pour toi. Je suis inquiète, terriblement, que tu ne rechutes dans les travers qui t'ont déjà fait tomber bien plus douloureusement que moi. Je sais comme tu aimes Alphonse. J'en ai été le témoin. Tu aimes sans partage, exclusivement, passionnellement, préférant te détruire que de porter le moindre coup à l'Autre. Tu aimes jusqu'à t'oublier toi-même. Jusqu'à taire tes besoins. Jusqu'à rayer tes colères à la douceur d'un baiser ou à la sauvagerie d'un coup de rein. Je crains finalement que tu ne sois bien plus en danger que moi. Alors prends soin de toi, je t'en supplie.

Je t'embrasse.


Draakje

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Alphonse_tabouret
Citation:
Ballerina,



Ne crains pas ma chute, elle a déjà eu lieu et le gel de ces jours-là a la saveur des Toujours. Je m’entiche, il est inutile de mentir, le garçon me plait, mais il a, je crois, le cœur déjà bandé à des frontières d’ailleurs. Parfois il oscille, il y croit, je le vois, et j’y crois moi aussi. Rien n’est vraiment sérieux et tout est pourtant si grave… Je joue de force et de résolutions, et parce qu’il m’émeut comme jamais amant n’a su le faire, parce qu’il me fait rire, m’emporte et me désarme, j’apprivoise ses yeux bleus et le sourire de ses lèvres pales, mais s’il a déjà connu l’âcre des douleurs, il n’en demeure pas moins que ses vertes années respirent comme on sait le faire seulement à cet âge.
Où étais tu, toi, à dix-huit ans Ballerina ? J’errais de lit en lit, de maitresses et mignons, et il n’y avait pas un matin où je ne me réveillais pas encore saoul de la veille ; j’avais le cœur si pur d’arrogance que j’étais maitre sur terre, te souviens-tu ?
Je ne supporte pas l’idée que les siens ne trouvent pas de saisons auxquelles battre le temps qui l’emprisonne et s’il faut pour cela, céder quelques hectares, je les lui donne volontiers. Mon royaume s’est réduit à peau de chagrin ; mes terres y sont plus claires, un peu mieux ménagées, mais l’horizon y est étroit et alourdi de leçons. S’il y reste de quoi le distraire, laissons le faire, veux-tu ? Il est jeune, ne se rend pas compte des cicatrices qu’il pourrait m’abandonner aux flancs si je n’étais pas déjà défiguré par celles que m’ont laissé les autres.
L’on m’aime rarement, Draakje ; souvent l’on me désire, parfois, l’on me sourit, mais je ne suis pas de ceux à qui l'on jure l‘infini; et comment le ferait-on ? Il faut être un monstre pour s’enticher d’un monstre.
Là, j’aime Draakje, il est vrai et c’est à tes bras que je viendrai fermer les yeux lorsqu’il le faudra comme j’embrasserai les tiens si tu en as besoin ; j’espère seulement qu’il te traite bien.



Ainsi tu pars danser.
N’est-ce pas là ce que tu fais de mieux ?
Antoine ne craint rien ; sa mère est forte, elle se relève toujours, même si j’ignore comment.
Je suis rentré Axelle, je ne te l’ai peut-être pas assez dit, mais il ne faut pas en douter. Notre fils n’a plus rien à craindre ; là où tu trébucheras, c’est moi qui prendrai le pas. Là où j’aurai le vertige c’est toi qui m’ancreras au sol. Nous dansons tous les deux depuis assez longtemps pour connaitre nos faiblesses et ne pas nous les cacher.
Va boire le sang à la gorge de tes défis, je veille sur son front sage. Je ne suis pas loin de Bazens, j’irai passer quelques jours avec lui en juillet ; je ramène de mon voyage un jouet, ce sera là l’occasion de le lui offrir, et qui sait, de le prendre avec moi pour se balader.
Là-bas, sur le champ de bataille, il te faudra prendre soin de toi et m’assurer que cela est fait ; Labrit encore frais me rappelle la douleur d’avoir cru te perdre, et s’il faut te prouver que le sexe a tout autant d’avantages que la guerre, je te baiserai sans répit jusqu’à ce que tu cries grâce pour assoir ma démonstration et te garder à la maison.
Goupil est-il avec toi ou l’as-tu laissé à Toulouse ? S’il traine dans tes pattes, embrasse le pour moi et assure lui de mes nouvelles prochaines.
Reviens-nous, Ballerina. Antoine, comme moi, ne pouvons vivre sans toi.

Envoie-moi tes mots. L’on me trouvera à Périgueux pour les semaines à venir. J’y fais une étape avant qu’août ne me ramène à Paris. J’y ai des rendez-vous qui ne m’attendront pas ; des vérités et l’emplacement d’une boutique à trouver.
J’ignore pourquoi aujourd’hui plus que les autres jours, tu me manques.



Je t’embrasse.

Mackà.

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Axelle
Citation:
Mackà,

Peut-être pensais-tu me rassurer. Sans doute voulais-tu m'apaiser. J'aimerais tant te dire que tu y es parvenu. Malheureusement. Malheureusement, Mackà, tu ne fais que confirmer ce que je craignais. Ce que j'appréhendais. Ce qui me fait trembler de peur dès que je m'égare à songer à ce que peut-être ta vie. Maintenant. Encore. Malgré tes mots tout brodés de joliesse.

Le laisser te prendre pour un jouet ? Pour une distraction ? Jamais. Jamais Alphonse, tu ne pourras me faire accepter cet avilissement. Cette soumission qui m'écorche même si tu t'en délectes. Jamais. Je serai fière pour toi, alors. Et si tu étais face à moi, sans doute pourrais-je te gifler encore de n'avoir si que si peu de considération pour toi-même. Monstre ? En quoi es-tu monstre, Alphonse ? Dis-moi, parce que je ne sais pas. Monstre parce que tu es tombé ? Parce que tu es parti ? Combien de temps vas-tu encore te punir ? Et qui alors était le monstre, Alphonse ? Toi ou lui ? Ou est-ce autre chose ? Une partie de toi que tu me caches encore ?

Je crois que je ne veux même pas le savoir. Te laisser des cicatrices sans même s'en apercevoir ? Comment pourrais-je l'accepter? Je ne le peux pas. Pourrais-tu, toi, accepter que je me résigne à être jouet ? Que d'avance je courbe l'échine face au coups qui pourraient tomber sur mes flancs ? Non. Je ne le crois pas. Alors ne me demande pas de le faire, je me révolte.

Mes bras seront à toi, s'il te griffe, et mon épaule, et ma bouche et tout ce que tu voudras, mais il te faut savoir une chose. Lui n'aura que ma colère quand il a déjà gagné, en te lisant, toute ma méfiance.

Aussi pour m'autoriser ces mots, c'est qu'il me traite bien. C'est qu'ils me traitent bien, et bien plus encore quand ils me veillent.

Aussi pour m'autoriser ces mots, c'est qu'enfin j'ai compris que sortir les griffes n'affecte en rien les sentiments, mais les exacerbent. Pousse au respect qui s'avère la première marche vers l'attachement sincère et pur. Pardonne moi de dénigrer ce mot, amour. Il n'est que poudre aux yeux et ne signifie rien d'autre qu'un sang inutilement turbulent.

Plier l'échine ne sert à rien Alphonse, si ce n'est à se faire marcher dessus.

Je t'embrasse là, avant que mes mots ne risquent de te rebuter, quand je ne sais lesquels choisir pour exprimer le besoin que j'ai, là, maintenant, de te prendre dans mes bras pour, finalement, bien plus que de lui, te protéger de toi-même.

Tu me manques. Tu m'as toujours manqué.


A.

_________________
Alphonse_tabouret
Citation:
Ballerina,




Ce que je donne en connaissance de cause, n’est pas jeté aux vents, pillé comme un autre l’a fait. J’ignorais qu’Etienne ne m’aimait pas assez, que l’on pouvait alors parler de quantités ; ce n’était pas ce que Quentin m’avait appris. Je l’ai laissé tout me pendre, et ce qu’il a abandonné, j’en connais le prix sur le bout de mes doigts ; j’ai tellement de colère encore en moi quand je songe à lui que je n’oublierai rien. Jamais. Aucun de ses mensonges, aucune de ses humiliations.
Ne déteste pas ce qui me fait sourire, ce qui me fait bander, qui accroche aux nuages quelques brins de soleil. Détestes comme moi celui qui m’a condamné, qui m’a fait croire que donner n’avait pas besoin de réciprocité, que l’on peut vivre sans être aimé pareillement ; je n’y crois plus, rassure toi.
Les passions sont faites pour bruler dans de grands et d’incroyables brasiers plutôt que de s’étioler à d’horizontaux espaces ; deux ans durant, Draakje, j’ai baisé comme respire, de façon mécanique, parfois même pour m’endormir plus vite. Pas une seule âme à Florence n’a su me séduire au-delà de la nuit, au-delà de l’alcool, au-delà de mon vide. Imagine ma surprise lorsque ses yeux m’ont plu.
Je n’exige rien de ceux qui ne m’aiment pas, je ne demande rien à ceux qui ne me lisent pas et j’en cultive la réciprocité ; l’on ne meurt pas de ce qui n’existe pas, tout au plus en a-t-on des regrets. Je ne plie pas l’échine, j’accepte la caresse et si je me plais à imaginer, de temps en temps, qu’il y laisse la main, mais je ne me leurre pas. Les serments que nous avons, lui et moi, ne sont pas de ceux qui offrent la légitimité des crocs, ils sont de ceux dont on profite au soleil de ces premières après-midi de printemps, sans y réfléchir, cotonneux des chaleurs retrouvées au sortir de l’hiver. Dois-tu le condamner pour ça ?

Ne me parle pas de cicatrices desquelles on connait le prix quand cet homme a voulu te faire ployer à chaque occasion, par soif de pouvoir et de domination; tu as eu beau cabrer, tu es toujours revenue auprès de lui malgré les coups donnés. En quoi sommes-nous différents ?
Tu mords à la gorge, te bats, revendique.
N’est-ce pas toi qui songeais à le quitter il y a peu encore, jusqu’à ce qu’il mette genou à terre ?
Vois, nos avis sur le sujet ne divergent pas tant que cela. Aimer ne devrait souffrir d’aucun doute, d’aucune hésitation, d’aucun jugement, d’aucune dignité, d’aucune pudeur, d’aucun orgueil et ce quelle que soit la guerre que l’on mène. La mienne est d’entendre mon cœur battre, et avant qu’il n’y pose les doigts, je ne l’en savais plus capable.
Si tu trouves qu’il te traite bien, si quand tu exiges, il donne tant mieux. Si c’est là ton bonheur, il ne subira pas les condamnations que tu poses à mon front, je tairai chacun des reproches que je lui adresse, chacune des antipathies que je lui voue. Je poserai silence tout autant que celui dont j’ai couronné Nemours, et je ne jugerai pas les pleurs qu’il t’a arraché, ni les ecchymoses qu’il t’a brodé à l’âme.
Tu aimes, à ta façon, et tu en es heureuse. Tu sauras me trouver le jour où tu esquisseras le point d’une interrogation, la sèche colère d’une exclamation. Et si tu tombes, je te relèverai.



Je suis né comme toi, enfant sans conscience, vierge de tous défauts si ce n’est celui de sa lignée.
Ce n’est pas De Ligny qui a fait de moi le monstre que je suis, ce n’est pas mon exil, ce pardon que vous m’avez donné quand je ne suis pas certain d’encore le mériter…
Mon père a dessiné les plans, bâti les fondations, ajusté chaque pierre , a veillé à ce que rien jamais en remplisse les vides, et lorsqu’il a eu fini, les caves de Paris ont embrassé mon front, et soufflé les quelques lueurs que je gardais pour moi.
As-tu déjà souhaité mourir Axelle ? Pas sur un coup de tête à la faveur de quelques douleurs plus fortes que d’autres, mais comme seule et unique délivrance encore possible?
As-tu déjà renoncé, tout simplement, accepté que le chemin s’arrêtait là et attendu que l’on te tue?
T’es-tu déjà rongé l’os comme un chien pris au piège? As-tu déjà essayé de tuer sans l’aide d’une lame, à mains nues, à l’espoir de ce craquement sinistre qui sonne l’heure du travail bien fait ?
L’on n’est plus homme après cela. L’on tache de le redevenir.


As-tu trouvé la guerre que tu cherchais ?
As-tu commencé à danser ?
Je n’entends pas le chant des lames d’où je suis, raconte-me le, raconte toi.

Je t’embrasse, dans le cou.
Mackà

_________________
Axelle
Citation:
Mackà,

Alors c'est à toi, et à toi seul que je ferai confiance. Dans cette mesure que ces deux ans t'ont appris. Mais à tes lettres, si tu nous vois semblables, je vois, moi, nos différences, maintenant. Oh, ne crois pas que je pose ces mots comme une quelconque condamnation. Il n'en est rien quand tout au contraire, les différences enrichissent.

Et la première de nos différence, Alphonse, elle est énorme, tentaculaire, primordiale. Souvent j'ai vacillé. Souvent je suis rentrée entre tes bras pleine de bleus et d'écorchures. La main brisée, l'âme en miette, les os dessinant affreusement mon corps. Et sans doute, le ferrai-je encore. Oui, souvent j'ai trébuché, pleuré plus que je n'aurais dû, mais jamais, Alphonse, jamais, je ne suis tombée hors des champs de bataille. Peut-être aurais-je chuté que tu comprendrais l'inquiétude qui me ronge. Alors, oui, il n'y a que toi qui puisse me rassurer. Qu'entre tes mains que je puisse poser ma confiance de te savoir en sécurité. Mais pas entre les siennes, inconnues.

Étienne, m'avait promis. Étienne m'avait juré. Naïve, je l'ai cru. Ou du moins, j'ai fermé les yeux. Lâche, je n'ai pas mordu quand il me menaçait. Lâche, je ne t'ai rien dit. Et je t'ai laissé tomber, les bras ballants. Je ne referai pas cette erreur. Je te l'ai promis. Sois heureux, goûte à ce soleil qui t'as tant manqué, mais quels que soient tes mots, ton ardeur à le protéger de ma sévérité, je resterai vigilante et tu n'y pourras rien changer, sauf à me renvoyer dans mes pénates.

Tu cours après l'amour Mackà. Tu en as besoin pour respirer mieux. Moi, je le fuis, du moins je le délaisse. Il ne brode plus ni mes jours, ni mes nuits. Mon cœur est éteint. Il est éteint depuis que j'ai fermé la porte de cette masure que j'avais à Embrun, n'emportant qu'un couffin sur un vieil âne. Tu le sais. Et moi, longtemps, j'ai voulu le nier. Le réparer. Plus maintenant. Pourtant, ma vie est nouée de liens précieux et que je ne peux trancher sans me trancher un bras, ou bien plus. Des liens que rien ne peut briser, pas même mon entêtement, parfois. Aimer, Alphonse, n'est plus pour moi le battement exalté du cœur.

Comment aurais-je pu te pardonner, et dans le même temps, ne pas savoir revenir vers lui ? Tu renies la quantité en amour, Mackà, et je crois que tu es dans le vrai, alors, en est-il différemment des blessures ? L'une fait-elle plus mal que l'autre ? Je ne saurai le dire ne veux pas même y perdre une seule de mes pensées. Je ne prendrai pas sa défense, pour le vivre à l'heure où je t'écris, pour te le refuser, je sais combien c'est inutile, mais il m'a donné une vie Alphonse. Ma vie. Loin des marécages de mon enfance.

J'embrasse ta bouche d'une promesse que rien ne brisera.

A.

ps : Je ne danse pas, je te promets de tout te dire quand la musique débutera.

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Alphonse_tabouret
Citation:
Ballerina,




Bretagne en été, cela ne te rappelle-t-il rien ?
Je me souviens de tes pas légers sur les chemins, du bruit de l’eau à nos peaux et des nuits incertaines où nous n’étions pas sûrs, ni toi, ni moi, de respirer encore le lendemain matin, faute d’envie, ou de courage.
Cette année, point d’atelier de peintre, point de mégères à hauteur de mon nez, quoique l’on m’en promette une qui, aux descriptions, surpasserait Cholet, mais un deuil national qui afflige chacune des têtes que je croise. Breizh enterre son Grand-Duc et si je n’ai pas connu l’homme, les visages de ses enfants suffisent à me dire qu’on le regrettera.

Dans une poignée d’heures, je serai à Vannes, en compagnie de quelques-uns que tu ne connais pas. J’irai assurément en bords de falaise et prierai pour toi Sainte Sarah, car qui ne court pas après l’amour mérite que l’on s’agenouille d’un orémus.
Ton cœur est sage, Draakje, trop. Je ne peux pas te croire de ces femmes qui ne tressaillent plus d’envies, ni celles qui se couchent seules même accompagnées et s’endorment sitôt la tête à l’oreiller, sans même prendre le temps d’une dernière concupiscence, d’un dernier désir dans l’ombre d’un baiser adressé au-delà.
Tu m’inquiètes Coquelicot. J’en ai morigéné Sabaude, te rends-tu compte ?
Si ce n’est pas d’amour, de quoi as-tu envie ? Ton sourire à mon cœur est un porte bannière, sans lui, je me sens bien fade et bien démuni.

Vérifie l’enclos de tes gallinacées, je passerai courant août à Bazens, fièrement accompagné d’un lévrier breton. N’y vois nul sous –entendu et gausse toi ; chat possède désormais un chien et il est hors de question qu’à l’instar de son maitre, je l’empêche de voler dans quelques plumes de poules.


Je souffle sur tes cils,
Mackà

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Axelle
Mais c'est moi qui décide
C'est moi qui la dessine
Verre à moitié plein
Verre à moitié vide
La vie, je l'aime ou l’abîme

Emmy Liyana - Ok ou KO


Citation:
Alphonse,

Ou es tu Mackà ? Où est cet homme qui m'a sauvée un soir de pluie, en Champagne, m'apprenant à m'offrir sans donner ni mon cœur, ni mon âme ? Où est-il, cet homme ? Cet homme qui savait le gouffre entre les battements du cœur et l’envoûtement de la chair ?

Je l'ai perdu. La messe est dite. Oublie tes prières.

Ne crains rien cependant, la débauche des sens me brûle toujours avec la même ferveur.

Je t'inquiète ? Je t'inquiète au point d'en avoir sermonné Sabaude ? Mais alors où es tu ? Pourquoi n'es tu pas auprès de moi ? Trouves-tu donc plus confortable, moins contraignant, de t'inquiéter de loin? C'est bien secondaire, sans doute.

N'en blâme aucun. N'en blâme jamais plus aucun. Eux sont là, à chacun de mes pas. Ils l'ont été hier. Ils le sont aujourd'hui. Ils le seront demain. Sans faille.

Tu me mens Alphonse.

Tout au plus te donnes-tu bonne conscience. Je ne suis pas ton porte bannière. Je ne l'ai jamais été. Au mieux n'ai-je jamais eu que les restes de ces autres à qui tu donnes tout.

Ne me mens pas Alphonse.

T'es-tu inquiété de moi, à l'heure où tu quittais Paris sans un mot ? T'es-tu inquiété de moi durant ces deux années ? T'es-tu inquiété de moi quand chaque matin durant de si longs mois, mes premiers pas se perdaient à la morgue du Châtelet, le ventre noué de crainte de voir ton visage au milieu des macchabées ramassés la nuit ?

Non, Alphonse. Alors ne me mens pas.

Parfois, je regrette ton retour. Toi, toi qui m'étranglais, le regard fou de colère alors que j'avouais t'aimer. Ce fut ta leçon la plus éloquente. Ce fut aussi la pire blessure que j'ai eue à endurer. Mais je la préfère encore à fausseté.

Oh, non, ne prie pas, Alphonse. C'est toi qui m'a forgée ainsi.

Je mords ta bouche.

A.


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Alphonse_tabouret
Citation:
Axelle,




Reste avec ceux qui t’aiment ; tu as raison, eux ne t’ont jamais laissée, ne t’ont jamais trahie. Eux sont là où je n’ai pas été, ou je ne suis pas, et ne serais plus. Mes intérêts t’exaspèrent, mes faiblesses te semblent factices, alors laisse les donc au vent ; ils finiront par s’emporter et s’étioler de quelques courants d’air.
Sainte Sarah n’a plus rien à faire avec moi si tu la répudies à mes vœux, je te la retourne. Je l’espérais noyau, elle n’est qu’artifice ; si tu ne crois pas aux mots que je lui adresse, alors qu’eux aussi disparaissent.


Je ne viendrai finalement pas à Bazens cet été. Je crois que tu ne m’y attends plus, je crois que toi-même, tu as cessé de croire à tes mensonges.
Quand tu m’as recueilli à Paris, tu as lavé mon front si vite … A Labrit tu étais si seule, si triste, que peut-être t’en es-tu trompée… pansements vaporeux, pardon de pacotille car si tu m’accables, tu te rends bien compte que tu en as partagé la scène…
Ne m’en crois pas surpris ; je n’imaginais pas que mon crime eut pu s’absoudre, et je me prépare à ce qu’il revienne à tes lèvres depuis si longtemps que j’ignore si aujourd’hui, j’en suis soulagé ou plus affecté que jamais.
Tu espérais celui qui vous a quitté. Tu n’as eu en retour que celui que l’on vous a rendu. Te voilà déçue, m’en voilà blessé.
Ma dette n'aura jamais de fin.



A tes lèvres,
Alphonse.

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Axelle
Solo dans ma peau, sur la plage
J'me la joue mélo, je drague les nuages
[...]
Où es-tu mon alter, où es-tu mon mégot
Pour moi t'étais ma mère mon père mon rodéo
[...]
Solo sur mon île, sur ma plage
J'me tiens plus qu'à un fil
J'ramasse mon coquillage fragile
[...]
Solo j'danse le slow sur ta plage
J'm'enroule dans les flots
Solo j'fais naufrage
Mais dans l'fond j'm'en fous
C'est pas grave

Juliette Armanet - L’Amour en Solitaire


Lettre délaissée sur le bureau, les yeux vagues, la gitane tournait son visage vers la fenêtre, le bout des doigts caressant distraitement le dormant d'une main lointaine. Les cigales s'époumonaient et, au loin, les cris des enfants du village se perdaient dans une brume trop chaude.

Inexorablement, la petite araignée qui, avec acharnement, avait tissé sa vie malgré les coups de balais, rompait elle-même les fils savamment tendus. Un à un, avec la même méticulosité que celle dont elle avait usé pour les tendre. Aimbaud. Arnoul. Alphonse. Dans un élan suicidaire qui se taisait, elle s'isolait, n'offrant à la ronde que des sourires de pacotille et riant plus fort pour donner le change. Et même si elle jouait les acrobates sur quelques fils lumineux épargnés tant ils l'hypnotisaient encore, les couleurs se fanaient, sans qu'elle ne puisse rien y faire.

Quand sa main avait gratté la papier, méchante et incisive, elle savait déjà déjà que le Chat disparaîtrait. Comme cette fois, ancrée à sa mémoire, où elle avait lancé un seul « va-t’en » tassée sur le sol. Pourtant, au fond d'elle, l'espoir avait résonné qu'il se batte, cette fois. Pour elle. Pour elle toute seule. Même en grondant. Une prise, même infime, à laquelle se raccrocher. Se sentir idiote de s'être tant trompée. Bégayer des excuses face à preuve de son attachement. Idiote, elle l'était bien. Du souffle d'une simple plume, le fil était brisé. Sans lutte. Sans un mot plus haut que l'autre. Dans un nauséeux sentiment de soulagement qu'elle reniflait à plein nez depuis son retour.

Ses doigts s'agrippèrent à l'appui de la fenêtre, comptant les secondes avant que le vertige ne s'évanouisse. Elle n'avait plus voulu de mots fleuris, elle n'avait voulu que sa sincérité. Et la vérité suintait de cette dernière lettre, bien au-delà des mots qui y étaient gravés. Et c'était d'une tristesse qui l'assommait.

Alors, d'un bras épuisé, elle referma le volet de bois laissant l'obscurité s'accaparer la chambre, le regard accroché par le reflet tenu d'une petite fiole qui l'appelait en secret.

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