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[RP]On se sauve de tout par orgueil*

Archibald_ravier
Mais là, là, alors qu'il l'entrainait à sa suite dans l'ombre des arbres, il réalisait à quel point il était dans la merde.
Qu'est-ce qu'il lui avait pris, bon sang, de dire ça ? Et elle, devait elle vraiment le prendre au mot ?
Oui, forcément, elle devait. Il aurait du s'en douter.
Mais voilà, une bonne bagarre avec un léger goût d'inachevé, et le voilà qui s'exaspérait plus vite que son ombre.
"Je vous saute derrière un arbre et vous arrêterez de me casser les couilles"
Et elle avait mis sa main dans la sienne pour le suivre.
Bondieud'bondieud'bondieud'merde...
Autant en prendre son parti. Après tout, c'était lui qui avait commencé. Il suffisait de continuer à jouer le jeu aussi longtemps que nécessaire. Et puis depuis son incarcération et sa folie, elle avait maigri, et... et ta gueule, le cerveau. C'est in-ter-dit. On touche pas la femme de son pote. Enceinte. Oh, merde, elle est enceinte. OHMERDE ! ça n'a pas des envies brusque les femmes enceintes ? OHMERDE.
Hormones, Archibald. On dit "hormones".

Alors il était là, dans la panade. Mais marchant à grands pas dedans, comme si s'éloigner au plus vite des autres et aller directement au devant de kilos d'emmerdes était la meilleure solution. Fougères, champignons - les cèpes merde Archi ! - et autres fraises des bois étaient foulées rageusement. Les bestioles nocturnes, habituellement si bruyantes à cette saison, se tenaient coites. De peur de se prendre une mornifle au passage ? Éberlués à l'idée d'assister à une partie de jambes en l'air sur commande et par défi ? Allez savoir !
Lui, il s'y voyait déjà. Il évitait les ronces, les pierres, les souches et les branches basses machinalement, sans lâcher la main de sa partenaire mais sans se soucier de savoir si elle arrivait à slalomer aussi bien que lui. Il se voyait déjà l'embrasser et la peloter, adossée contre un chêne puissant. Il imaginait déjà l'ami, demain sur le chemin, l'attendant au détour d'un virage pour sèchement lui planter une dague entre les côtes. Après tout, c'était peut être encore le meilleur moyen de ne plus se languir autant.
Voilà. Il l'embrasserait, elle le giflerait, et on s'en tiendrait là. Et le lendemain, il raconterait tout lui même au mari, qui le cognerait sévèrement. Et au moins, il serait trop occupé à souffrir dans son corps pour penser à son pauvre petit coeur solitaire.
Parfait.

Lorsqu'il estima être assez éloigné du camp, avec seulement la lune pour les éclairer vaguement, dans l'enchevêtrement de buissons et arbres qui les masquaient à la vue d'à peu près tout, sauf peut être de ce chat huant qu'on entendait au loin, il la plaqua contre un arbre.

Et après ?
Après il prit son joli visage entre ses deux mains, et darda un regard noir dans le sien.

Puis il fondit en larmes.


__
*Flaubert
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Don.
Qu'est ce qu'elle fait !?
Comment pouvait-on être aussi bornée ? Pourquoi trouvait-elle toujours le meilleur moyen de se foutre dans la mouise la plus totale ? Ce n'était guère envisageable de simplement lui dire non ? Fallait-il réellement le provoquer encore et encore ? Et comment était-il possible d'expliquer la persévérance dont avait fait preuve Archibald lorsque sa marraine eut accepté cette idée sordide ? D'où venait-elle d'ailleurs, cette foutue lubie !!!

Mais voilà, Dôn était de toutes la plus têtue, la plus douée aussi lorsqu'il s'agissait de s'impliquer dans des situations rocambolesques et son orgueil atteignait sans nul doute les mêmes extrémités que celui du Ravier, qui présentement, l'entraînait au cœur même des bois Nantais.
La nuit avait toujours fait peur à la Maëlweg mais étrangement, celle-ci était revigorante.
Son unique menotte ancrée à celle, plus large, de son meneur, restait la seule parcelle de son corps qui ne tremblait pas encore. Par cet unique lien, Dana respirait. Par cet unique lien, Dana vivait. Par cette unique main, son chemin restait tracé. Il serait stupide de dire, ou ne serait-ce que de penser qu'il était son tout, ce n'est pas le cas, mais il lui avait sauvé la vie. Deux fois, sans s'en rendre forcément compte. L'amoureux transi d'Isaure, était un des seuls à la soutenir et parfois même, à la brusquer quand il le fallait.
Et là, lorsqu'il avait haussé la voix excitant celle de la jeune femme en retour, la vie revenait. Il suffisait parfois d'un rire, d'une étreinte, ou d'une senteur exotique pour réveiller l'émoi. Cette fois-ci, ce fut un éclat à la vanité explosive, ridicule au possible. Il n'en fallait pas plus pour se retrouver en forêt, à éviter chaque obstacle voulant obstruer leur itinéraire. Un bolet par ci, une fougère par là. Une brindille dans le coin, une girolle plus loin. Les bottines évitaient tout cela au mieux, et leur propriétaire sautillait lorsqu'il le fallait, évitait les branches prêtent à lui fouetter le nez et les troncs bien dissimulés.

Après tout, il n'était pas laid. On pouvait même lui trouver un charme certain si on aimait les hommes à la carrure épaisse et au franc parler. Là, placées derrière lui, les mirettes reluquent. Certes, il était loin de ressembler à Théodrik mais il suffirait de fermer les yeux et d'y croire puissamment. S'était-il senti gêné, lui, lorsqu'il faisait du rentre dedans à Madeleine ? Il verra enfin à quel point ce pourrait être douloureux de voir l'autre s'intéresser à quelqu'un au physique plus attrayant. Serait-il à l'aise avec cette idée ? De plus, Archi avait déjà pénétré dans son baquet, d'une certaine manière.

Caboche s'ébroue afin de retrouver des idées claires.
Bordel.
Si jamais elle devait aller jusqu'au bout, elle ne le ferait pas pour ça, non, ce serait parce que... Parce que Archibald est bon, généreux, gentil.
Voilà.
Elle coucherait avec, parce qu'il est gentil. N'est-ce pas ce qu'il faut faire ? Récompenser les êtres généreux ? Bonne âme qu'était Dana, elle ponctuerait cette amitié et son mariage déjà instable, par une nuit avec lui. Point.

Point.

Point !

Encore quelques pas et elle s'écroule. Il n'est pas humain ! Comment fait-il pour avancer comme ça ?
Les cuisses s'échauffent, les mollets suivent le même exemple. Il va la tuer avant même de la prendre. Elle va mourir, sur place ! Et puis, ils sont sans doute perdus maintenant qu'ils sont si loin du campement. Comment pourrait-elle s'en sortir ? Rejoindre les autres ? La honte d'avoir fauté ne l'étouffera donc pas, si sa vie s'arrête ici.

Ils arrivent.

Violence, il ne parle pas. Il ne dit plus rien. Pourquoi est-ce qu'il ne parle pas ? Adresse-toi à moi...
Contact. Il esquisse un geste. Ce n'est pas tendre. Elle préfère. Il n'y avait donc pas à s'en faire, il devine ce qu'elle aime.
Impact. Le tronc dans son dos lui semble énorme. Ce dernier s'étend comme une ombre, celle de la culpabilité ? De la honte ?
Caresse. Grandes mains viennent cueillir ses joues. Va t'il l'embrasser ? S'il le fait, ils pourront encore reculer. Oui, après tout, ce n'est qu'un baiser. Comme celui donné à Cassian lors du pacte, rien de bien important. Théodrik l'a surement fait derrière son dos. Si ! C'est vrai. Il y a eu ce mensonge, qu'elle ne pardonne pas. Qu'elle ne parvient pas à oublier.
Silence. Il pleure.

Il pleure ?
Merde. Il pleure.
Pourquoi
?

Pourquoi ?
Archibald !!


Pourquoi fallait-il qu'il chiale ? Elle allait jusqu'au bout, pour une fois !
C'était Isaure encore ? Ils venaient ici parce que la bretonne se sentait désaimée, que tous lui préféraient sa plus proche amie ou bien encore la Firenze. Mais non, il fallait qu'un d'entre eux s'épuise à lui démontrer combien c'était juste, et qu'elle n'était effectivement qu'un faire valoir. Rien de moins, rien de mieux.

A bout de nerfs, Roykness agrippe le tissu de la chemise voisine d'une main enragée. Le cœur s'embrase d'une jalousie connue, et la haine se déverse sur le pauvre ami qui semblait pourtant souffrir de son état. Mais la brunette est égoïste et n'entend plus la souffrance des autres, elle en a déjà bien assez de la sienne. Alors, elle frappe, cogne et maltraite le Ravier, qui n'a pourtant pu expliquer la provenance de ses larmes.


Pourquoi faut-il que vous gâchiez tout ! Tous ! Monstrueux, vous êtes tous monstrueux ! Les hommes sont infâmes et je voudrais qu'ils disparaissent !!!

Ne pleure pas, ou je pleure avec toi.
Perdue.

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Archibald_ravier
Alors, il encaisse. Il a bien usé du page de Nicolas pour se battre ce même soir, il peut bien laisser Dana l'user. Il encaisse un peu. Jusqu'à ce que les mots se fraient un chemin jusqu'à son cerveau, et que la rage change de camp.

Que je gâche tout ? Que je gâche TOUT ?

Il la repousse sans douceur, et la plaque à nouveau à son arbre, pesant de tout soin poids sur elle. Et il lui bloque le visage d'une main, pour bien en rajouter à la domination mâle, et surtout pour bien la forcer à le regarder dans les yeux.

Qui essaie d'régenter ma vie jusqu'à la couleur des ch'veux des putains que je saute ? Qui préfère hurler comme une harpie quand son amie est malade plutôt qu'aller lui tenir la main ? Qui finit enfermée chez les nonnes pour une pseudo folie ? Qui fait payer la terre entière parce que votre crétin d'mari vous tringle pas assez et n'vous aime pas comme VOUS le voulez ? Et c'est moi qui gâche tout ?

Il est là, il la tient en son pouvoir, et la main sur son visage devient caressante, et il l'embrasse. Il est trop en colère pour réaliser qu'il la force. Trop médiéval pour savoir que c'est mal.

J'ai plus qu'vous, marraine.


A aimer.

J'vous aime. Mais vous êtes trop occupée à être malheureuse pour l'voir. J'm'épuise à vous aimer, et vous vous en foutez, parce que c'est tellement pas comme ça que vous voulez être aimée.


La preuve ? C'est que quand il avait vulgairement parlé de la sauter, elle était venue. Alors que lorsqu'il était aux petits soins pour elle, recluse dans sa cellule, elle n'a rien vu. Elle s'était remise à hurler, il avait fallu la ceinturer, la renfermer. L'éloigner encore de lui.


J'vous désire pas. Mais je vous aime. Pas comme une sœur, et pas comme une amie.

Comme une je-ne-sais-pas-quoi. Un fou, un soldat, une staaaaar de cinéma ? (pardon)

J'vous désire pas et j'vous désirerais jamais, mais si vous avez b'soin d'grimper aux rideaux pour l'comprendre, j'peux l'faire.


Et par là même perdre le seul vrai ami que j'aie jamais eu. Est-ce que tu le vois, Dana, tout ce qu'il est prêt à faire pour toi ?
Il en tremble, tout contre elle. Cela pourrait passer pour du désir, si son corps habituellement si prompt à la trahir ne restait de marbre.
Et il enfouit son visage contre elle, dans le creux de son cou.
C'est humide.
C'est quoi toute cette eau, putain ?
C'est qu'il n'a pas cessé de pleurer. Comme un gamin.

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Don.
Les coups cessent, il est temps d'entendre, d'écouter.
Le corps malmené, à ses côtés, n'a fait que subir avant de se révéler. L'homme qui pleure secoue son amie, la propulse une nouvelle fois contre l'arbre qui n'a rien demandé et à qui on impose un triste spectacle. Là, à la merci d'un Ravier colérique, Dôn ne pense plus, elle oublie son âme et sa tête le temps des quelques secondes de brutalité pure qu'il lui offre, sans pitié. En a t'elle, de la pitié ? Jamais, ou rarement. Ce détail là n'a rien d'égoïste, c'est simplement qu'elle fut élevée ainsi, entre un père trop doux pliant sous l'autorité d'une mère trop sèche. Vide de sentiments, préférant aller baiser les gorges d'amants plutôt que celle d'une orpheline de trois ans. Alors est-ce vrai ? Elle en était là par la faute de sa mère adoptive ? Ou ce raccourci lui permettait de se trouver des excuses ?

Le sang pulse dans sa gorge, et son corps tremble à elle aussi. En chœur, tout contre celui de l'éprouvé face à elle. Ne sont-ils guère habitués à cette valse, tous les deux ? Ils ne se désirent pas, et ne pourront jamais se désirer, c'est ainsi. Ils pourraient être nus, l'un contre l'autre qu'il n'y aurait rien à déclencher dans leurs foutues têtes dures. Rien, si ce n'est la mécanique naturel des sens, qui se plierait alors aux besoins basiques de deux êtres. Entre eux, le désir n'existe pas, seule la bestialité pourrait gagner.

Il parle.
Sa voix est rauque et lui fait peur, jamais elle n'avait entendu Archibald causer de cette façon.
Il évoque la putain rousse, mais s'il savait. S'il savait pourquoi elle l'évoquait, il ne réagirait pas ainsi.
La maladie d'Isaure, la folie qu'il soupçonne feinte, et bien sûr l'époux Roykness. Tout est cité.

Et lui ? Se rendait-il compte qu'il imposait à tous la même douleur ? Il mentait mieux, voilà tout. Mais elle, comme beaucoup, elle savait.
Ce grand idiot aimait une femme qui ne l'aimait pas. Qui ne l'avait jamais aimé, qui mentait pour son bien, pour leur bien. N'est-ce pas finalement semblable à son histoire ? Isaure restait vague, quand Théodrik fuyait. Isaure mentait lorsque Théodrik fuyait. Isaure se donnait à lui, comme lorsque la Norvège venait céder son corps à Dana, mais ils ne sont pas là. Pas réellement là. Quelle est la différence alors ? L'un mentait quand l'autre disparaissait. Finalement, si la bretonne obtenait l'amour, et lui le contraire, ils étaient seuls malgré tout. Seuls, en étant ensemble. La manchote et le bûcheron, voilà une belle histoire à conter pour vos enfants. Mais ces vérités, elle ne sait pas les cracher, Dana, non. Elle ne sait que s'insurger sur des bêtises, des détails insignifiants, pensant alors se faire entendre, hurler d'une voix que personne ne lui connaît. Alors il peut bien céder à sa colère, vomir des insanités. De son côté elle gardera tout, pour ne pas le blesser plus qu'il ne l'est.

Les phalanges autoritaire imprègnent sa gorge, et sa peau brûle sous ce contact.
Il lui fait mal, il ne s'en rend sans doute pas compte et elle ne proteste plus. Elle puise simplement la peine voisine pour se l'approprier, et d'une main tendre elle vient saisir la nuque de son vis à vis. Ses doigts caressent cette peau qu'elle connait de mieux en mieux, console cet homme qui n'a rien demandé à personne. Ils auraient pu en rester là, et pleurer comme deux cons au comptoir d'une auberge, mais il l'embrasse.
Il percute ses lèvres sans la moindre douceur, et l'évidence exprime qu'il est inutile de lutter. Ce n'est pas elle qu'il baise, c'est son désespoir qu'il repousse par cette violence extrême. Poupée se décompose lors du lien, elle aurait pu y prendre du plaisir, elle aurait pu aussi en vomir. Non. Elle répond simplement à l'échange, pensant à son tour expulser toute sa fureur, et cette putain de frustration qui lui prend les tripes dès qu'on engage une conversation sur le mari démissionnaire.
Alors c'est cela, l'infidélité ? Ou peut-on considérer qu'il n'y a là qu'un lien plus fort entre deux personnes malheureuses ?

Les lippes s'éloignent et mettent fin à ce supplice étrange. La coupable ne ressent rien, pas de regrets, aucun malaise. Est-ce normal ? Sans doute, oui, parce qu'il n'y avait là rien de déplacé. Aucune attirance. Et quand elle sent les vibrations envahir la stature toute entière du brun face à elle, il est simple de deviner qu'il n'a en rien envie d'elle.
C'est ce qu'elle lui a reproché toute la soirée, et c'est pourtant avec soulagement que cet état de fait est remarqué.
Nouvelle valse, discrète. Presque Immobile. Ils dansent, ventre contre ventre, poitrail épousant son prochain. Les bras blancs de Kerdraon encerclent l'accablé et viennent enfin l'étreindre. Elle est arrivée leur intimité, enfin. Il aura fallu qu'il extirpe son corps meurtri hors de l'eau, qu'il caresse ses cheveux et s'éloigne malgré lui, qu'ils se provoquent jusqu'à finir au lit pour qu'enfin, elle ouvre les yeux.


Je ne vous désire pas.
Je ne vous désire pas mais je vous aime aussi.
J'ai eu l'envie de vous connaître dès notre rencontre, j'avais cette envie folle de parcourir les routes à vos côtés, de découvrir moult vallées. Vous êtes arrivé dans ma vie lorsque je commençais à aller mal.
Vous êtes bien sot, si vous pensez que je n'aime que moi. Mais pourrais-je vous en vouloir pour cela ? Vous ne seriez pas le premier à m'accuser d'être ainsi.


Femme qui ne pleurait jamais, constate les dégâts. Contre son cou blanc, tristesse se déverse. Il pleure toujours. La peine se répand et vient atteindre la naissance d'une clavicule. Les larmes d'Archibald explorent la peau que lui même n'aura pas osé effleurer. Et bientôt, viennent ruisseler les perles de Dôn, accompagnant celles de l'éploré.
Et accompagnant les sanglots, quelques paroles reviennent.


Ne vous donnez pas cette peine.
Partons.


Parce que la vulnérabilité dans laquelle tu sombres, m'emporte avec toi.
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Archibald_ravier
Où ?

Où ? Pourquoi partir ? Comment ça, partir ? Ne sont-ils pas déjà en route ? Pour la Bretagne, pour aller enterrer un type qu'il ne connait pas mais qui fut le père de son ami ? Non ?
Il se redresse, enfin. Renifle, un peu. Fait taire les rivières qui dégoulinent de ses yeux. Se mouche. C'est pas bien pratique, un homme qui pleure. C'est aussi moche que lorsque c'est une femme, mais c'est moins pratique. Il y a la barbe, vous comprenez ? Tout ce qui dégouline là dedans est bien plus compliqué à débarbouiller. Alors il prend son temps, avec son mouchoir, pour se refaire une beauté. Carré d'étoffe devenu douteux est enfoui au fond d'une poche, et aussitôt oublié.
Quelques minutes ont passés. Le silence pourrait devenir pesant, mais il ne trouve pas. Il est encore dans l'immense soulagement que l'on ressent après avoir pleuré, celui que les hommes devraient expérimenter plus souvent.
Il la dévisage. Longuement, sans vraiment le cacher. Il est clair qu'il ne peut plus lui cacher grand chose, de toutes façons, pas vrai ? Elle l'a vu pleurer, il n'y a plus vraiment de secret. Presque plus. Il la regarde.


Dieu, que vous êtes belle.

Là, tout de suite, maintenant. Avec son regard noyé reflétant la lune presque pleine, avec le renflement de son ventre pas tout à fait plein, avec tous ces détails qui font qu'Archibald fuit les femmes rondes. Il l'enlace, cette fois. Tendrement. Comme... oui, une sœur ? ou presque. Presque seulement. Il restera toujours cette ambiguïté là.
C'est alors que cela le frappe.


Vous aussi vous pensez que j'suis malheureux à cause d'Isaure ?


Il fallait admettre qu'il avait laissé les gens se méprendre. C'est toujours plus facile que d'expliquer qu'on est amoureux d'un homme qu'on a peur de toucher, rapport à Dieu qui ne serait pas trop pour, et aussi du fait que cela fait des mois qu'on ne l'a pas vu.
Cela lui arrache presque un sourire, là, dans les cheveux de Dana, ceux qu'il n'avait finalement pas coupés.


J'mentirais si j'disais qu'ça m'a pas blessé, mais ça fait des s'maines que je sais qu'elle est amoureuse d'Octave. Des mois, même. J'suis content qu'elle l'épouse lui plutôt qu'Dieu. Pauvre Dieu, sinon ! J'ose pas imaginer servante plus infidèle. Mais ouais, mon orgueil en a pris un coup.

Une pause.

C'pas grave, c'est que d'l'orgueil et ça, ça fait un moment qu'j'ai appris à l'faire taire. C'est quelqu'un d'autre qui m'manque à crever.


Parfois, il se demandait même s'il n'allait pas vraiment en crever. A force de nuits sans sommeil et d'alcools-somnifères.
Alors, à tout prendre, il serra le corps chaud contre le sien. Il se remémora la fois où un ami lui avait proposé de partager son lit, juste pour ne pas dormir seul.
Non. Il ne pouvait pas.
Il inspira, longuement.
Ses cheveux, l'air de la nuit, les cèpes qu'il avait foulé aux pieds - l'idiot ! - le ruisseau qui devait couler non loin, la nuit.
Il avait toujours aimé la nuit.
Mais depuis, il ne dormait plus.
"Partons".
Il ne veut plus partir.
Il ne sait plus ce qu'il veut.

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Don.
C'est vrai ça. Où ?
En Bretagne, se perdre à Dinan, l'endroit exact où elle ne voulait certainement pas se rendre ?
Au campement, et montrer à tous combien ils ont les yeux rougis ?
Fuir. Tous les deux, loin des heureux ?
Et puis quoi ? Ils pouvaient tout autant rester là. Alimenter les soupçons du groupe, parler des heures, aller ramasser de la mousse et s'en faire des manteaux. Il y a tant de choses à faire. Il a raison. Mieux vaut ne plus bouger, s'appréhender l'un l'autre et vivre, tout simplement.

Elle l'observe lorsqu'il s'éloigne. C'était étrange. Ça l'est toujours entre eux. Ils ne se regardent pas comme un homme et une femme devraient le faire, ils ne se comprennent pas non plus. Les mots sont souvent nécessaires pour créer un dialogue réel, et pour ces deux là, c'est bien le cas.
Le silence pèse. Pour elle en tout cas. Debout, là, dans l'obscurité, le confort est sommaire. Pour chacun des gestes qu'il entreprend, une étude est lancée. Dôn essaye de déterminer ce qui avait pu plaire à Isaure. Peut-être cette mimique, ou celle-ci. Une veine vient orner sa tempe, légère, presque indiscernable. Venait-elle la baiser ? Et ce muscle entourant la chair de ses bras, s'y accrochait-elle lorsqu'il la prenait en plein émoi ? Est ce qu'il lui arrivait de pleurer avec lui ? De rire, blottie contre son palpitant écorché ? Que faisaient-ils tous les deux, pour qu'il en soit tombé amoureux ?
C'est lors de ces pensées impudiques, qu'il vient rompre leur mutisme.

Elle est belle ?
Pour une fois, elle voulait bien le croire et ne proteste en rien. Elle se contente d'accueillir le compliment, sans vouloir en analyser le fond. Et de toute façon, l'instant n'est pas aux mots puisqu'il vient la prendre à nouveau. Il l'enlace comme on enlace un parent. Une sœur, oui. Myrdinn l'étreignait ainsi lui aussi, et malheureusement leur histoire n'a pu prendre qu'un chemin malsain. Est-ce que l’ambiguïté, l'est, elle aussi ? Sans le moindre doute. Il suffisait de regarder autour d'eux, Jorgen et Nicolas. Alphonse et ses souffles chauds répercutés contre sa tempe, Lucie, Arry, Saint-Jean, Mady, Isaure, tous ! Ils étaient tous tordus, et leurs actes laissaient entendre que cela ne s'arrêterait jamais. Et elle, droite dans ses bottes, on venait l'enfermer parce qu'elle s'exprime d'un peu trop haut ? Qui renoncerait à critiquer et juger cette curieuse amitié ? Personne. Parce qu'en plus d'être tous plus tarés qu'elle, ils se permettent de juger leur prochain.

Il prend la parole. Toujours le premier. C'est qu'elle n'a plus grand chose à dire, il ne semble pas désirer un retour en arrière, alors soit. Elle reste et l'écoute.
Et vient enfin une révélation. Incomplète, parce que Dôn ne comprend pas de quoi il s'agit, elle ne peut pas savoir de quoi il parle. Fermer les yeux sur tout ce qui l'entoure est une habitude désormais. Croire, voir, vouloir parler, se raviser. Elle n'a rien vu de ce qu'il va lui confier. Kerdraon ne sait plus saisir ce qui semble évident. Pourtant, l'amour qu'elle éprouve pour les autres est vrai, mais il sait se taire lorsque la curiosité vient enfreindre quelques règles de confidentialité.

Qui pouvait-il aimer alors ? Madeleine ?
C'était sans doute elle. Beauté rousse, noble. Il voulait se l'accaparer, en faisant d'elle sa suzeraine. Tout s'éclairait enfin ! Voilà pourquoi il avait jalousé Théodrik lors de cette soirée, où son époux en avait préféré une autre qu'elle. Voilà pourquoi il se démenait tant pour satisfaire le moindre caprice de la princesse. Voilà d'où venait cette obsession pour la putain rousse. Voilà pourquoi il supportait le mariage d'Isaure et son bonheur trop soudain pour qu'elle même ne puisse réaliser ce qui était en train de se dérouler en Armagnac. Voilà pourquoi ils se retrouvaient là, tous les deux, enlacés contre du bois plus souple que leurs émotions.
Avait-elle envie d'entendre ? Pourquoi s'infliger pareille douleur ? Un de plus. Il ne pouvait pas être "ça".


Qui est-ce... Archibald ?

Ses bras ne peuvent guère revenir, l'enlacer serait trop difficile. Il ne peut pas être aussi faible, il ne peut pas aimer ce que les autres admirent déjà. La déception immobilise Dana, qui repliée contre lui, retient sa respiration.

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Archibald_ravier
Qui ?

Il sourit, et le regard s'éclaire. Il se détache un peu et s'assoit, adossé contre le chêne. Et l'attire contre lui.
Plus que de toute autre chose, Archibald a besoin de contact. Des semaines qu'il est seul. Qu'il dort seul certes, mais qu'il est seul, tout le temps. Il n'a plus personne à toucher. Pas d'ami, pas de maitresse, plus de sœurs. Rien. Rien que la brûlure lancinante de l'eau de vie bas de gamme dans son estomac vide. Et l'ironie de tenir de mieux en mieux l'alcool. Même pas une lettre à renifler ou a relire. Même la petite Caia, dont il s'était tant occupé durant la maladie d'Isaure, refusait tout contact. Sauf avec Isaure. Ah ! Isaure... Elle avait réussi le tour de force de lui faire confondre l'élan du corps et celui du cœur. Qu'il ressentait et combattait de concert pourtant, depuis tant de temps.
Aimer un garçon, quelle idée !


J'l'ai rencontré avant vous, et pas vu depuis des mois et des mois.

Voilà, ce n'était pas vraiment un mensonge, donc. C'était même totalement la vérité. Libre à Dana de croire ce qu'elle voulait.

La nuit fraîchit, il l'attire contre lui, regrette un peu d'avoir quitté le campement sans sa cape de voyage. Le chat huant poussait son miaulement déchirant de plus en plus près, comme s'il venait les espionner. Il ferma les yeux, pour mieux l'écouter, et reprit, pour changer de sujet :


Et vous, pourquoi avez vous choisi l'homme l'plus taiseux d'la terre quand vous avez tant besoin d'être rassuré sur l'amour qu'on peut vous porter ?


Une question qu'il se posait depuis... eh bien, depuis qu'il les connaissait, en fait.
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Don.
Il aime vraiment quelqu'un d'autre. A moins qu'il ne s'applique à lui mentir au sujet d'Isaure, la femme dont il parle et pour qui il éprouve tant, a bien de la chance. Elle reconnait dans ses yeux, la brillance des sentiments. Celle dont Octave parlait dans sa dernière lettre, celle que Dana elle même ne pouvait contenir lorsque son cœur se destinait à ne penser qu'à un seul et même être. L'unique. L'absence ne règle rien. Aller contre ses sentiments, contre sa nature profonde n'était guère possible. Tout le monde savait cela, et personne ne pouvait y échapper. Il serait bien vain de vouloir résumer en quelques lignes, ce que l'existence jusqu'alors n'a su expliquer. Il aime cette femme autant que Dana aime Théodrik. Fin.

Il ne dévoile aucun nom, ne cède pas la moindre parcelle de terrain qu'elle devine miné et bien que cela soit étonnant, Kerdraon respecte et n'interroge pas plus. Si l'envie de se confier lui vient, elle est là, il en a bien conscience, car si révéler ses secrets ne s'avère pas être un exutoire parfait, la chaleur de ses approches, de leur proximité compense cela.
Dôn aussi a besoin de contact et pourtant, contrairement à lui, ses nuits ne sont pas solitaires. L'époux est là, mais sans l'être vraiment. Si proche, sans avoir le courage de communiquer réellement. Leur couple était envié par le passé, pour finalement devenir la simple vitrine brisée d'un mariage qu'ils espéraient sauver. Mais pour vaincre ce mal, dont ils étaient désormais atteints, il fallait être deux. Deux à briser les non-dits. Deux pour panser les souffrances accumulées. Où était-il ce soir ? Où serait-il demain ? Une âme errante aux côtés de celle qu'il prétend aimer.

"C'est un homme dont les actes sont plus importants que les mots"
Alphonse se trompait. Røykkness s'égarait en paroles, agissait maladroitement, oubliait.
C'est donc ça que tu veux savoir, Ravier ? Que mes jours, j'avance sans y croire. Que mes nuits, je m'éprends de lui et espère à nouveau ? Que mes desseins ne sont que détresse et insatisfaction ?


Théodrik était beaucoup plus loquace lorsque nous nous sommes rencontrés.
Nous passions des nuits à converser, à échanger. Il me faisait rire, et j'espérais le divertir. Ce fut le cas, puisque...
Il était avec Héloïse, vous savez. Cette rouquine volubile. Une roturière qui n'avait pas en elle une once de bourgeoisie, et pourtant elle détenait l'éloquence des grands. Sa façon de s'exprimer humiliait quiconque aurait voulu se mesurer à elle pour une joute verbale. Je me sentais bien sotte de vouloir attirer son attention, quand dans son lit il avait un esprit comme celui-ci. Et pourtant, peu à peu, il délaissait sa compagnie pour la mienne.


La conteuse s'arrête un instant, pour dévisager celui contre lequel elle se perd. La joue s'attache à l'épaule voisine, lorsque la bouche reprend.

Il était là, j'avais son regard sur moi, presque permanent. Nous étions incapables de nous séparer l'un de l'autre... Et puis, je ne sais pas. Il a commencé à disparaître pour des affaires personnelles. Pour du sale boulot, comme il dit.
Et depuis, vous constatez. Il est toujours trop occupé mais après tout, ce n'est pas vraiment cela que je lui reproche, Archibald. Ce que j'aimerais, c'est qu'il m'accorde une attention particulière. Il reste à mes côtés, certes, mais nous ne passons plus nos nuits à refaire le monde. Il préfère le faire auprès de Madeleine, ou même Canéda lorsqu'elles sont là. J'hérite des miettes. Un sourire entre deux portes, un regard tendre avant que le sommeil ne m'emporte. Je veux plus que cela.


Ses phalanges se crispent sur la manche du brun. A l'orée d'un "entrecoude", une pression est exercée aidant la jeune femme à contenir de nouvelles larmes. Tissus grincent, autant que le palpitant breton.

Je ne peux pas vivre sans éclats et s'il ne fait pas un geste vers moi, il n'y aura plus rien.
Plus rien.

Peut-être que c'est une bonne chose, que votre dame ne soit plus là. Ainsi, vous ne garderez d'elle que le bon.


Le miaulement continu se faisait l'écho d'un couple aux essences moroses.
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Archibald_ravier
J'savais pas tout ça.

Enfin si, il savait que Théodrik avait quitté une rousse flamboyante pour Dana, mais il l'oubliait bien souvent. Il avait tellement l'impression que leur couple était intemporel qu'il occultait la partie "avant".
Il sourit lorsqu'elle accola la joue à son épaule, détendit le bras pour lui en offrir le creux, les cinq doigts allant épouser la taille de la bretonne. Un soutien, une épaule pour pleurer, simplement un oreiller ? Qu'importe. Il offrait tout.


J'sais pas si c'est bien. J'me languis de tout ce que j'aurais pu avoir, même si je sais que c'est mal, Dieu, tout l'temps. Les bons souvenirs me rongent. J'ai l'impression que ça me bouffe les entrailles et qu'il n'va rester d'moi qu'un grand vide.

Il la tenait toujours contre lui, mais il avait clos les yeux, renversé la tête vers l'arrière, contre le tronc massif qui soutenait le flot continu de leurs émotions. Pauvre chêne. Avait-il déjà vu, de mémoire d'arbre, des humais aussi pitoyables ? Aussi empêtré dans leurs histoires personnelles ?
Ah ! Si les arbres pouvaient rire, celui ci en aurait une bien bonne à raconter à ses amis, lors du prochain apéro automnal.


Pis vous vous vous languissez de toute ce que vous avez eu et de tout c'que vous devriez encore avoir, et ça vous ronge tout aussi ben.

Il échappa un rire sans joie.

Vous croyez qu'on est voués à n'jamais être heureux ? Ou qu'on est trop exigeants avec Dieu ? Ou juste que nous, on n'sait pas être heureux avec c'que Dieu a prévu pour nous ?

Est-ce que ça s'apprend, le bonheur ? Peut-on a apprendre à jouir des petits instants présents et cesser de réclamer l'orgasme permanent du bonheur ? La sobriété heureuse, quoi.
Encore quelques siècles, Archibald, et on développera le concept dans un bouquin, promis.
En attendant, il se redresse, juste le temps de baiser la tempe brune. Puis s'abandonne à nouveau au soutien moral de ce brave chêne, sous l'oeil goguenard de la lune et du chat huant.


On aurait du s'marier, tous l'deux. On aurait pas baisé mais au moins on se s'rait sout'nus tout l'temps.

Il ricana, tant l'incongruité de sa remarque le frappait. Et la main de pianoter, sur la taille arrondie. C'était la première fois qu'il touchait d'aussi près un aussi grand mystère : la maternité. Il avait toujours pensé que le ventre distendu et si rond, si rond était forcément aussi dur qu'un ballon de soule. Mais non. C'était souple et chaud, cette taille. Comme tout le reste d'elle. Les cinq doigts pianotèrent encore. Toc, toc, toc... Y'a quelqu'un là dedans ?
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Don.
Il énonçait l'évidence, l'insatisfaction perpétuelle des inconstants. Mais est-ce qu'ils étaient trop exigeants, la question qu'il se posait restait entière. Mais pour Dôn, non. La jeune femme estimait certes, avoir été heureuse mais pas assez. Pas comme les autres. Son bonheur était puissant, il happait tout ce qu'il rencontrait sur sa route, mais n'était jamais suffisamment long pour qu'elle puisse s'estimer comblée.
Que lui fallait-il ? Un homme à ses bottes, qui passerait son temps à lui moucher le nez ? Certainement pas, elle s'ennuierait. Alors quoi ? Oui, quoi ? Même elle ne le savait pas, tout ce dont elle avait conscience c'est que sa vie actuelle, ne lui convenait guère. Pas assez pour poursuivre, pas assez pour avoir l'envie de vivre. C'est ce raisonnement simple, qui l'avait menée jusqu'à ces eaux troubles dans lesquelles elle avait décidé d'en finir.
Et Archibald ? Que pouvait-il encore espérer ? Sa belle n'était plus là, il restait seul. Ou simplement avec Dana. Ce n'était pas suffisant, il allait sombrer. Bientôt. Tout comme elle. Il aurait fallu n'avoir aucun odorat pour manquer les effluves qu'il essayait sans doute, tant bien que mal de cacher. Mais il buvait, et ce n'était en rien un secret pour la comtesse déchue. Il s'inondait l'âme pour oublier, ou peut être même bêtement, pour avancer. Inutilement. Ils agissaient toujours en vain.

Le corps se tend légèrement, si Dana est une personne tactile, le contact s'il est étiré sur la durée lui paraît inconfortable. La brune réalise doucement qu'ils sont tous les deux enlacés à même le sol irrégulier, avec pour seul éclairage celui d'une lune presque pleine. Témoin de leurs aventures navrantes, l'astre opalin reste de marbre. Muet devant un tel déballage de sentiments sirupeux. Senestre se déploie et vient se perdre sous la gorge offerte du penseur, la pulpe des doigts parcourt la lisière du cou, espérant alimenter la malheureuse, à coup de battements de cœur. Elle sent à cette peau la pulsation des maux. C'est un délice pour cette mélancolique habituée au spleen, de pouvoir ressentir l'ébranlement voisin, sans réussir à faire taire le sien.
Et soudain, il se lève, accorde un baiser à sa tempe. Ce dernier n'a rien à voir avec la brutalité traduite dans celui volé à ses lèvres il y a encore quelques instants. Vient ensuite la remarque, que d'autres auraient pu trouver grossière. Ce n'est pas le cas de Dana, qui accompagne le ricanement nerveux d'un sourire éteint.


Je vais finir par croire que vous me connaissez bien mal, Archibald. Si un homme me passe la bague au doigt, il obtient bien entendu mon soutien, mais tout le reste avec. Voilà qui aurait été bien emba....

Sa phrase ne s'achève pas car dans le même temps les doigts entreprenants du Ravier viennent se perdre sur la partie de son corps qu'elle tente d'oublier depuis cinq mois. Crispée désormais, la Bretonne n'ose pas bouger. Les bras se soulèvent, s'éloignant du centre de cette silhouette mal aimée, comme pour éviter à quiconque de croire que cette panse peut lui appartenir. Nicolas l'évoque parfois, Alphonse aussi. Mais mis à part ces deux têtes là, aucun n'ose parler de ce qui peut fatalement fâcher.
Quelques tremblements surviennent. A contenir trop de colère et de mots, il est difficile de maintenir une stature neutre. Elle frissonne, luttant contre le malaise s'installant doucement et cède finalement à son instinct. Sa main vient enlacer le poignet mâle, stoppant sa possible trajectoire contre la hanche épanouie.

Aucun mot n'est prononcé, seul le corps s'adresse à lui. Il n'y a là aucun être à aimer, mieux vaut l'oublier.

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Archibald_ravier
Pardon !

Les pommettes le cuisent sous le clair de lune, et il a déjà récupéré sa main, son bras. Ce sont ses genoux qu'il enlace, crispé de la crispation provoquée.
Comme un puceau surprenant sa première dulcinée.
Pardon, donc. C'est vrai, qu'est-ce qu'il lui a pris ? Pourquoi a t-il fait ça ? Depuis quand s'intéresse-t-il aux courbes si pleines, fussent-elles celles de Dana ?
Parce que c'est rond et doux et maternel et apaisant il aurait le droit d'y mettre les doigts ? Certainement pas !
Il se sent honteux, donc. Piteux.
Un jour, il mettra les pieds dans le plat. Il en parlera, de "ça". Mais pas ce soir. Pas maintenant. Pansons déjà ces pensées là, et ensuite, avisons, Dana.

Du bout du pied, il racle l'humus. En respire les odeurs, calme les pulsations de son cœur.
C'est la voix un peu plus rauque qu'il ponctue encore.


Je suis désolé.

Et puis, résolument, il s'éloigne du sujet.

Vous auriez été ben malheureuse avec moi aussi, alors.


Il aime autant, c'est assez déplaisant d'imaginer qu'on serait meilleur mari que son meilleur ami.

Les bras ceignent toujours les genoux, il pose le menton barbu dessus. Regarde un peu en l'air, puis autour de lui, las.
Et toujours aussi mal à l'aise d'avoir pu la rendre mal à l'aise. Le feu à ses joues s'était à peine estompé, pour lui laisser le sentiment glacial d'avoir fauté.

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Don.
A quoi pouvait elle bien s'attendre ? Le rejet embrasse le rejet. En l'éloignant, il n'allait pas rester.
Mais alors qu'ils se touchent depuis quelques temps déjà, cette soudaine rupture ébranle la parturiente. Les contours de ce qu'elle pensait apercevoir disparaissent, et ainsi dissipés étranglent la respiration de Dôn. Ses yeux ne voient plus, embués de plus belle, lorsqu'elle comprend la gêne occasionnée. C'est ce qui l'emprisonne, cette incapacité à communiquer, à exprimer ses pensées. Voilà qu'ils se retrouvaient chacun au même pied de l'arbre excédé, mais assez loin pour ne plus se toucher. Le poignet libéré abandonne la main trop autoritaire, la laissant retomber sur son ventre plein d'une amertume dictée par le désenchantement qui remonte à quelques temps déjà.
Mère indigne caresse furtivement l'arrondi du giron maudit, pour finalement le laisser à son tour, lui préférant le contact du sol, lui permettant en un simple appui de retrouver une position verticale.
Debout, la situation lui paraît encore plus gênante et c'est sans réfléchir qu'elle lui lance une banalité à faire pleurer.


Me ivez.

Excuses livrées, il n'y a rien de mieux à dire pour rattraper le malaise semé involontairement au cœur d'Archibald.
Elle se sent bête, elle se sent impuissante et vulnérable alors comme souvent elle envisage de fuir. N'est-ce pas le choix qu'elle préfère ? Parfois elle frappe, s'insurge, tête la première et en désespoir de cause il lui arrive aussi de reculer, offrir son dos à ceux qui pourraient vouloir la poignarder, ou pire, la retenir.
C'est ce qu'elle fait.

Honteuse elle se tourne et se met à courir, elle court dans une direction inconnue n'ayant cure de se perdre, les branches viennent fouetter le visage épargné lors de son trajet d'arrivée, les feuilles craquellent sous ses pieds et le coeur battant rythme ses pas. Jamais elle ne se retourne. Il pourrait être en pleine course derrière, ou s'être mis à pleurer qu'elle ne saurait ce qu'il fait. Non, elle n'a pas le courage de voir, de vérifier. Elle court, vous comprenez.



Spoiler:
Me ivez : Moi aussi.

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Archibald_ravier
Scrich, floutch, shlaff, floch.
Dana s'enfuit à grand bruits. Il n'a pas encore percuté, puisqu'il regarde ses pieds. Mais déjà il dresse l'oreille, et attendez... cinq, quatre, trois, deux, un...


Nom de Dieu ! Dana !

Ça y est, il court, lui aussi. Il court et il se mange tout dans la tronche, les branches basses, les ronces, les fougères (non pas les cèpes, personne n'a jamais vu un cèpe de cette taille voyons !) dans les mollets, les cailloux et les racines qui font trébucher. Tout !
Il voudrait lui crier de s'arrêter, mais il a besoin de son souffle pour courir vite, vite, et la rattraper.
Il a l'impression qu'il n'y arrivera jamais, et que s'il échoue, il la perdra elle aussi. Alors il y met toute son âme et dans c'est dans sa tête qu'il crie, prie, hurle et peut être même insulte un peu Dieu - il ira se confesser demain, promis !

Elle est là, devant. Un peu moins loin à chaque pas, assez proche pour lui larguer des branches dans le museau, assez proche pour qu'il renifle son odeur citronnée mais trop loin pour pouvoir l'attraper.
Cours encore Archibald.
Brulez, poumons !
Sonnez, tympans !
Cogne, le cœur, cogne plus fort encore, il faut la rattraper vous comprenez !
Encore un peu, encore un pas. Allez les jambes, portez le jusque là !
Cours encore, Archibald !
Là, ce pan blanc !
La chemise est à portée de ses doigts, encore une foulée, encore une, une autre !

Han !

Il la tient. Il la tient si bien qu'il la tire, droit dans ses bras, et la projette là, au ralenti, adoucissant la chute et coupant toute fuite en se laissant tomber sur les mains et les genoux, au dessus d'elle. Pantelant.

Nom... de... Dieu... Da... na !

Il est au dessus d'elle mais il ne la tient pas. Un bon coup de genou le mettrait hors combat.

Vous... m'ai...mez... mais... vous... fuyez... lâche ! Vous êtes... si lâche... ma... mon... adore... adorée.

Voilà.
Vous n'avez rien suivi ?
Moi non plus.
Je ne sais même pas s'il a vraiment ponctué un mot ou deux de baisers chastes, ou s'il est juste trop essoufflé, ou même s'il a carrément baisé ses lèvres. Il fait noir tout à coup, un nuage est passé devant la lune et je n'ai rien vu.

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Don.
Cavale maudite.
Il est inutile de se retourner, elle l'entend. Son souffle, ses pas lourds mais hâtifs, sa grande carcasse qui s'élance derrière, et elle a beau tenter d'accélérer, ses jambes sont trop courtes pour rivaliser avec celle de son poursuivant. Pourtant, aucun abandon n'est envisagé, et la silhouette bretonne tente de disparaître au détour d'un tronc plus large, d'un buisson plus épais, d'une obscurité pleine. En vain. Il rattrape sa longueur d'avance avec une aisance qu'elle ne parvient qu'à maudire. S'il la rattrape, il va pleurer, comment pourrait-elle lui en vouloir ? S'il la rattrape, elle va pleurer. Solidarité amicale, effroi général. Il n'y a qu'à regarder dans quelle situation ils se sont mis pour deviner combien la suite risque être rude à supporter.

Il happe. L'attrape.
Elle a mal au bras. Le contact est surprenant pour qui ne s'y attend pas. La tête lui tourne, et sans qu'elle ne puisse lui accorder le droit de réfléchir, cette dernière se retrouve au sol, accompagnée du corps tout entier. Le dos accuse le coup que Ravier a pourtant tenté d'adoucir. Elle a perdu sa course folle, et allongée là, haletante, elle ne sait plus sur quel mot rebondir. De toute façon, pour l'instant, il n'y a rien à dire. Il n'y a que ce poids sur la conscience, ce poids sur le cœur, ce poids... Sur le sien.

Il souffle. Ne bouge plus.
Elle a toujours mal à ce bras. Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que la vie soit si douloureuse ?
Ses bleus détaillent l'homme au dessus d'elle, il surplombe la perdante, lui imposant une victoire écrasante.
Archibald est essoufflé, à bout de course et son regard indique qu'il est perdu. Complètement.

Il parle. Déclare.
Peut-on s'arracher un bras ? Ce serait bien utile ! Si d'une main elle n'a pas besoin, elle peut aisément se passer du reste. Et pourtant elle doit faire avec. Avec cette douleur, et avec les élucubrations du mâle présentement égaré. Il se perd, l'embrassant ici, et là. Entre chaque syllabes, entre chaque mot, les lèvres éprouvées viennent assaillir le visage celte. Ses joues, son menton, et même s'il n'a aucunement l'attitude d'un père il baise son front aussi.


Archi... Archibald. Qu'est ce...

Mon adorée ?
Il clame. Elle déchiffre.
Mon adorée ?
Et lorsqu'il vient pour marquer la fin de sa complainte étrange, Dôn évite les lippes hagardes.
Mon adorée ?!

Non. Non !

Elle ne comprend rien. Elle prend peur.
Ou peut-être n'arrive t'elle pas à saisir ce qu'il dit, ce qu'il fait ? Qu'est ce qu'ils font ?


Non ! Archibald !

Tambourine Dana ! Encore et encore. Frappe, réveille-le !
Les coups pleuvent plus vite que les baisers accordés, plus vite que les mots maladroits, plus vite que les regrets qu'il devrait discerner déjà.
Victime se fait agresseur, et repousse l'ami en arrière. Retranchement imposé, qu'elle ne veut pas lui imposer par un coup bien placé, non. Seule sa détermination espère vaincre la perdition dans laquelle s'engouffre le brun.


Que faites-vous... Mais que faites-vous ?

Il ne fait rien, ils sont simplement las et désœuvrés. Tant, qu'ils en sont là, à se courir après, se débattre à même le sol. Et les seuls témoins d'un pareil spectacle sont ces troncs, émanant d'une terre coupable de les avoir aspiré jusqu'à elle. Ancrée au sol, Dôn croit remarquer une silhouette familière, entre deux arbustes. Ce n'est en réalité qu'un alisier, mais elle y voit son époux, le regard sombre, onyx sévères. Il n'est jamais là, mais s'impose quand il ne le faut pas. Pourquoi lui faire subir pareil regard ? Elle ne fait rien de mal. RIEN !

Poussez vous et rentrons au campement ! Mon... Mon mari m'attend.
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Archibald_ravier
Aie ! Ouille ! Ouch !
Elle n'a rien compris, c'est sur. Il faut dire qu'il n'y a pas vraiment mis du sien. Sous les coups, il réalise qu'il se comporte en amant. En amant éconduit. Il l'adore, pourtant, cela lui semblait clair. Il n'est pas amoureux. Il n'a pas de désir. Mais il l'aime. Il l'adore comme on adore une idole - et voilà, encore des emmerdes avec Dieu, comme s'il n'en avait pas déjà assez !


Mais cessez donc de m'frapper !


Même si je sais que je l'ai bien mérité.
Il se relève, tend la main pour l'aider à faire de même dès qu'elle évoque le mari.


C'est vrai que vous, au moins, vous n'dormez pas seule. J'vois pas d'quoi vous vous plaignez en fait, marrainadorée. Moi j'ferme plus l’œil depuis que j'suis tout seul.

Il se mord la langue. Si Dana sait faire un lien entre l'absence de l'un et le manque de sommeil de l'autre, il est cuit.
Vite. Changeons de sujet
.

Faites attention à la racine, là.

Il ne devrait plus la toucher, mais c'est une main ferme et sans sous entendu qu'il pose au creux de ses reins pour la guider dans la nuit, paisiblement, vers le campement.
Lavé de tous ses maux, plus détendu qu'il ne l'avait été depuis des mois. Quelque part, il avait enfin retrouvé Dana. Une personne de qui être proche, sans équivoque. Enfin, sans équivoque... Ce ne serait que le lendemain matin, ou même plus tard, les jours suivants, qu'il réaliserait. Que les pièces mélangées du puzzle d'émotions de cette soirée s'assembleraient.


Prenez garde à la roche à gauche, marraine.

Connasse de lune, qui se tire derrière un nuage lorsque l'on a le plus besoin d'elle pour regarder où on met les pieds.
Un pied après l'autre, un murmure ici, un chuchotis là, ils regagnèrent le camp, où lâchement il l'abandonna pour aller se rouler dans sa couverture, loin dans l'ombre, près des chevaux. Tournant le dos à tout ce qui pourrait se présenter. Il savait son visage trop marqué. Et les garçons, ça ne pleure pas. Les hommes, encore moins. Cachons tout cela. Dormons là.
Demain, il fera jour.

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