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Yohanna, mère Noël et flamme d'espoir lors de la guerre d'Anjou 1465

[Rp] Enfin toi et tes trois têtes

Yohanna.
Je reviens te chercher
Je savais que tu m'attendais
Je savais que l'on ne pourrait
Se passer l'un de l'autre longtemps

[Dalida - je reviens te chercher]



[Un soir de non beuverie. Ou presque]

Je l'ai retrouvée.
Mon idole, ma joie, ma femme. Mes groutgrout.
J'avais tellement besoin de la revoir. Inexplicable attraction qui me liait à une femme. Peut-être parce qu'elle est aussi homme que moi. Peut-être parce qu'elle est aussi peu femme que moi. Peut-être parce qu'elle arrive à être comme moi tout en gardant le sourire, l'énergie, l'élan. Qu'elle, elle a envie, qu'elle continue. Son cœur est abîmé au moins autant que le mien, et pourtant, elle a réalisé tant de grandes choses que même ma petite personne détestant l'univers l'admire.

J'ai peu d'amis, encore moins d'amies. Y'a bien Déa, mais c'est ''aime moi je te hais, hais moi je t'aime''. Je lui ai piqué son mari, je lui ai filé des amants, elle m'a remercié en me disant que si je suis heureuse c'est grâce à elle, et au final elle admet, parfois, au fond d'elle, qu'elle est heureuse grâce à moi. Et puis Déa, je la vois une journée, c'est bon, j'ai eu ma dose.
Elle… Elle… je viens à peine de la retrouver, et je sens déjà que ça va être dur de repartir.
J'avoue, j'avoue… Dans mon diabolique égoïsme, j'ai aimé l'entendre dire qu'elle se sentait seule en ce moment, et que j'étais la seule présence lui donnait du baume au cœur. Malgré ses connaissances, malgré l'engouement du moment, les tavernes pleines, la picole et la guerre, c'était moi. C'est ma façon d'exister un peu pour elle. Ou a travers elle. Je lui parle peu. Encore moins de moi. On s'écrit parfois. Étonnamment, chacune de ses lettres à été une vraie source d'eau fraîche. Même si parfois j'y ai lu de la peine, de la peur, de l'ennui, chacun de ses mots était un cadeau. Et je les conserve toutes précieusement, les relisant parfois pour y puiser ce qu'il me manque.

Et aujourd'hui, après la tempête qui vient de traverser ma vie politiquement minable, je la retrouve, apaisante rosée sur un avenir ensanglanté, brillante armure prête à tout affronter, donnant la force de foncer dans les titans qui se dresseront sur nos vies. Et je prends courage, doucement.
Ma main autour de sa taille, son bras enserrant mes épaules, elle fait du bruit en marchant autant que j'essaye d'être discrète, et nos pas raisonnent dans le noir. Mais après tout, on va juste à son campement, inutile de chercher à ne pas effrayer l'ennemi. L'ennemi, c'est pour demain, quand on repartira pour de bon.
J'imagine la scène depuis des jours entiers. Depuis mon départ. Non, bien avant ça. Depuis qu'elle m'a dit qu'elle partait se battre contre l'Anjou. Je me suis vue à ses côtés, invincible, sautant sur l'ennemi pour lui arracher un bras, un œil, une tête. Et le soir, fêter notre éclatante victoire en buvant le sang de l'ennemi dans les crânes des perdants.
Parce qu'avec Samsa, tout est possible. Même quand c'est sale.

Elle était devenue cheffe d'armée. Allez comprendre. Et mon admiration pour ce bout de femme avait encore grandi. Aurait-elle une limite ? Peut-être pas… Peut-être qu'elle était là pour me rappeler continuellement à quel point ma vie n'avait pas de but concret, et que j'avançais dans un flou épais. Et qu'elle, en bon flambeau de victoire, elle était là pour me montrer la route à suivre afin d'arrêter de stagner.


T'vas voir Cerby. Ma viande, elle est gonflée à la taistostéraunne. C'est une graine magique dont les bouchers de la secte des Groutgrout ont le secret. Tes soldats, ils vont éclater l'adversaire en moins de deux avec ça ! C'est fini la grande bouche des angevins ! Mère Noël est arrivée ! On va les écrabouiller.

Parle moi de la guerre Samsa. Parle moi de ce qu'on va faire. Parle moi de nous. Fais moi oublier ce que j'ai abandonné. Fais moi oublier que j'ai tout abandonné pour me jeter dans les bras de la mort. Fais moi oublier Marc qui ne me rejoindra pas. J'ai besoin de toi Sam. J'ai besoin de ça...



Petite édit pour recoller la chanson

_________________
Samsa
    "On serait juste toi et moi,
    Près d’ici ou là-bas,
    Sans règles dignes et sans foi;
    Quand tu veux on y va.
    Toutes les couleurs du ciel,
    Un plein de bouteilles,
    Du rhum, du vin, du miel;
    Quand tu veux on y va."
    (Guillaume Grand - Toi et moi)


Elle l'avait regardé à travers la vitre de la taverne, longuement. Elle l'avait jaugé, elle l'avait jugé, sur ses habits, ses airs, sa solitude, sans la moindre once de honte. C'était choquant pour certains mais Samsa assumait de vivre enfermée dans des carcans que lui imposait son orgueil pour sa survie. Dire qu'elle avait aimé Yohanna en la regardant à travers cette vitre serait mentir. Pourtant, elle était entrée dans cette taverne béarnaise, un peu blasée, et il serait juste cette fois de qualifier leur première rencontre de coup de foudre amical. Cerbère aimait la force en cette petite brune plus âgée qu'elle, ses manières vives, franches et un peu masculines, et jamais elle n'aurait pu soupçonner qu'elle eu tant de douleur dans sa vie. Elles avaient joué à "qui a la vie la plus merdique ?" et force fut de constater qu'aucune n'était ressortie victorieuse. Cette soirée les avait lié, puis les fameux groutgrout, ces frictions douces derrière les oreilles qui les détendaient tant. Yohanna lui avait dit qu'elle devait monter une armée et Samsa s'était portée volontaire pour être sa première recrue. Le temps s'était amusé à inverser les rôles et la soldate était la capitaine qui avait engagé la Hache.

Quitter Yohanna pour repartir dans le Nord avait été l'événement le plus difficile de la fin de l'été. Elles s'étaient promises de se retrouver, de s'écrire régulièrement mais dans la réalité, c'était plutôt épisodique. Pourtant, Yohanna était la personne la plus sûre que Cerbère pouvait compter dans son entourage et elle n'en doutait pas. Mélissandre, Maximilien, Pherea, Shawie, Lucie... Autant de gens que la Prime Secrétaire Royale avait perdu d'une façon ou d'une autre depuis les beaux temps d'été, comme s'ils n'avaient retenu du surnom "Cerbère" que le côté protecteur et bienveillant, oubliant le besoin d'affection de tout chien. Elle s'était retrouvée seule, sans comprendre pourquoi le silence s'était installé entre elle et eux alors qu'elle ne l'avait jamais laissé prendre pied. Capitaine d'armée, entourée de soldats sympathiques, dans son environnement et à sa place, Samsa, la femme s'envolant presque qu'involontairement vers la gloire en passant son temps à traverser la France, se sentait pourtant abandonnée, abandonnée de tous sauf par Yohanna finalement. La petite brune qui aspirait à une vie sereine et posée en Béarn avait tout quitté pour venir la rejoindre et risquer sa vie avec elle. Elle avait fait ce que, finalement, personne n'avait jamais fait pour la Cerbère : traverser la France.

Le bras autour des épaules de son amie, Samsa profitait de sa présence et de sa proximité. Elles avaient quitté le quartier des tavernes et la capitaine considérait sa journée terminée. Elle n'aurait plus à penser aux intégrations, aux forces et aux faiblesses, aux étourdis, aux problèmes, aux voleurs, à ses propres tracas à mettre de côté... Maintenant, elle pourrait reprendre son côté humain et profiter de ne plus être seule, d'avoir quelqu'un avec elle puisque Yohanna était la main que personne ne lui avait tendu. L'air était frais et des volutes blanches s'échappaient autour d'elles quand elles respiraient. Cerbère se sentait fatiguée, elle aurait eu envie de s'allonger et de dormir tout l'hiver, jusqu'à ce que tout soit rentré dans l'ordre et que ceux qu'elle aime se réveillent; elle aurait voulu que Yohanna la protège de tout cela, que la Hache éloigne tout le négatif de la Prime Secrétaire Royale mais celle-ci était bien placée pour savoir que ça ne fonctionnait pas.
Elle tourna la tête vers la brune et lui sourit. Yohanna était plus petite que Samsa mais également plus élancée, moins trapue, moins charpentée, sans retirer ces caractéristiques à sa silhouette. Ses cheveux bruns étaient clairement négligés quand ceux semi-roux de la Bordelaise étaient plus au naturel et la Cerbère passa sa main gantelée de combat dessus pour les discipliner un peu, un geste tendre qui lui appartenait et que Yohanna n'avait pas à lui envier. Toutes deux avaient cette double facette, cette force fragile, cette tendre violence, cette indécise détermination, cette morte vie.


-Je n'en doute pas pardi ! T'es la meilleure pour ça té. Tu viendras combattre avec nous pardi ? Ça te dérouillera pardi !

Le visage de Samsa est ovale, abîmé à la tempe droite par une cicatrice, au sourcil gauche par une estafilade sombre suivant la ligne de son sourcil et à la joue du même côté par une seconde marque plus foncée que sa peau. Ses traits sont très marqués; on les devine pourtant avenants mais c'est comme si quelque chose les avait figé, leur donnant ce caractère un peu dur, quelque part entre la fierté et la martialité. Ils s'animent pourtant quand elle se fend d'un sourire sincère heureux.
La tente de commandement de Samsa est rejointe; c'est la plus grande et les papiers étalés sur la table centrale ne laissent aucun doute sur sa fonction. Loin de les cacher, la capitaine les explique même en allant tirer du vin, de Bordeaux bien sûr.


-Ce sont mes discours pardi. Je fais un discours avant toutes les batailles pardi. Je crois que c'est important té, de motiver les troupes, de les exhorter à se dépasser té, de les rassurer pour ne pas que le regret les habite si elles échouent pardi... Je crois que c'est ça aussi, être capitaine pardi; c'est pas seulement déclarer que la cavalerie flanquera à l'ouest ou à l'est té, c'est aussi faire en sorte qu'elle soit plus efficace sans en augmenter l'effectif ou l'équipement pardi.

La Prime Secrétaire Royale sourit et lui tend un godet de vin, quand bien même Hache a déjà bu, contrairement à Samsa qui doit être pleinement consciente pour recevoir les ordres. Mais ce soir, c'est fini; il n'y a plus d'ordres et elle se permet de boire une gorgée. Sa paillasse est un simple matelas de lin rembourré de paille posé au sol et Samsa la rejoint, s'y assoit et invite son amie à faire de même, faute de chaise présente dans la tente où la fougue est si grande lors des discussions qu'on ne sait pas s'asseoir.

-Je suis tellement contente de te revoir pardi ! Tu m'as manqué tu sais té. J'sais pas... J'sais pas si j'aurais pu tenir sans tes lettres, sans le fait que tu m’aies dit que tu venais pardi. A la guerre, on est nombreux, mais nombreux tout seul pardi. C'est pour ça aussi que j'essaie de resserrer les liens té; on est mieux solidaires que solitaires, tu ne crois pas té ?
Parle-moi de ta route pardi ! On t'a pas emmerdé té ? Tu sais que ta baronnie de Quatre-Petits-Points avance bien pardi !


Une histoire pas si vieille de méprise que Samsa n'avait pas eu coeur de démentir à son amie qui rêvait d'une baronnie. Entretenant le mythe, elle l'accueillait ainsi avec un peu plus de joie et de bonne chose que son état de coquille vide et de capitaine occupée lui donnaient au quotidien.
"Donne-moi un peu de toi Hache, j'ai besoin de me raccrocher à toi, à ta paix sereine et à ta force tranquille. Tu es une flamme vivante et moi je m'éteins de l'intérieur en ce moment, en proie aux vents de vie et de solitude. Je ne t'ai jamais vraiment vu flancher; apprends-moi. J'aimerais tant te ressembler parfois ! Ne sois pas comme moi, orgueilleuse et ambitieuse : c'est épuisant. Mais je suis Cerbère et quand bien même tu es venue pour moi, je serai là pour toi; je veillerai sur toi."

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Yohanna.
Tu sais qu'il y a un bateau qui mène au pays des rêves
Là-bas où il fait chaud, où le ciel n'a pas son pareil
Tu sais qu'au bout cette terre
Oh oui les gens sèment
Des milliers d'graines de joie comme pousse ici la haine


Pep's – Liberta




Ha ça ! Pour sur que j'viens avec vous ! Tu crois que j'vais te laisser te faire des cicatrices toutes seules ?! Rêve.


Je suis bien. Ca y est. Je suis si bien avec elle. C'est bête, mais j'ai du mal à visualiser à quel point c'est vrai, et je ne peux m'empêcher de me dire qu'en fait, plus je me dis que je ne peux pas être mieux, plus je le suis. Simple, sans question, sans justification. C'est facile. Et c'est bien. Enfin un peu de paix à ses côtés.
Aux côtés de la Capitaine. Bon d'accord, en fait, j'suis verte de jalousie. Elle est Capitaine quoi ! C'est tellement…. Tellement ! Mais elle prend ça tellement à cœur. En écoutant son discours, je replonge dans de vieux souvenirs du Berry, quand j'étais si proche de mon capitaine qu'il m'avait confié des missions lourdes de responsabilités, moi la petite débutante qui savait à peine manier une hache. Napo. Toujours le sourire. Toujours l’entrain. Toujours de beaux discours. J'étais en admiration comme une jeune pucelle devant son idole. Presque comme aujourd'hui avec Sam, la calme sagesse un plus. Mes doigts passent sur les vélins alors que mes noisettes accrochent quelques phrases écrites. Ça me transporte sur le champ, et je suis sûre que les soldats seront galvanisés, ou l'ont été. Nul besoin de douter que Samsa fait ça Royalement bien. Il lui manque juste une couronne, et elle serait parfaite.

Tes soldats doivent t'aimer. Et je serais fière d'être dans ta troupe.

E prend le verre et mime son geste, le goût du vin sur mon palais me fait sourire. C'est ce que j'expliquais à mon fils il y a deux jours. « Si tu veux te mettre une murge, tu t'en fous de ce que tu as dans ton verre, tant que le but est atteint. Si par contre tu veux t'affoler le palais, tu prends un bon Bourgogne. Et là, tu dégustes. Mais on prend pas une murge avec un Bourgogne ! » Parce que le vin rouge de bonne qualité, c'est comme une belle amitié. Tu profites de chaque moment comme un instant de grande valeur. Ca ne se gaspille pas, ça se conserve précieusement. Et forcément, on en loue les bienfaits même quand on a pas une bonne bouteille sous la main. C'est pour ça que Marc m'a laissé partir. Il sait que j'aime la guerre, il sait que j'avais besoin de bouger, mais il savait surtout que j'allais rejoindre Samsa. Et que sans elle, je n'aurais eu aucune raison de venir ici. Voilà qui est fait.

Toi aussi tu m'as tellement manqué. Ouais, j'vois de quoi tu parles. La solitude dans les rangs. On regarde tous dans la même direction mais on a même pas le temps de savoir qui était celui qui a pris le coup à ta place. Parfois c'est pas un mal, mais parfois t'as besoin d'sa confiance…

Ma route, plutôt grandement ennuyeuse ! Du coup, j'avais tellement de temps à tuer que je t'ai fait ça… C'est pas grand-chose mais… Ca a rempli les heures de vides du voyage.


Je lui tend le petit bout de toile que j'avais glissé dans ma poche. Quand elle ouvrira le tissus, elle pourra y découvrir un petit chien à trois têtes, sculpté pas un petit bout de bois d'ébène, les yeux rougis par de l'ambre récupéré sous une écorce abîmée.

Spoiler:


J'me suis aidée du modèle de mes deux toutous qui me collent aux bottes. Mais bon…
J'ai déjà sculpté mieux que ça. A croire qu'on perd la main avec l'âge. Du coup, je suis un peu gênée du peu de qualité. En plus d'offrir un cadeau. Ce n'est pas mon genre. Mais c'est ma façon à moi de prouver mon affection.


Ca pourrait p'tetre te servir d'amulette ? J'ai juste oublié les incantations magiques...

Puis retour à la Baronnie. Pour changer de sujet avant qu'elle ne se mette à pleurer de joie. Ho, pas trop d'sentiments hein. La baronnie donc, que je souppçonnais grandement d'être un canular immense. Je savais que les noms de terres nobles étaient, dans l'ensemble, tous débiles. Ne suis-je pas Dame de Jasses ? Mais Quatre Petits Points…. Tout de même…
Et pourtant, j'avais envie d'y croire. Justement parce que croire à une fausse terre, c'était avoir le titre et les éloges sans avoir les devoirs et la soumission. Et ça, je l'avais rejeté à tour de bras il y a moins d'un mois. Alors tout sauf y retourner.


Quand je serais baronne, je t'inviterai tous les mois à la maison ! Pour faire un immense banquet. On invitera Dédé et Lucie aussi. Bien que Dédé, il me conchie, qu'il a dit, dans sa dernière lettre.
Et toi alors ? Comment va Shawie ? Elle veut toujours ma mort ?


Je suis là Samsa. Je suis là pour toi maintenant. J'vais pas te lâcher. Parce que j'ai autant besoin de toi que l'inverse. Parce que je vois, au fond, que tu caches des choses aussi sombres et lourdes à porter que les miennes. On va être deux pour se coltiner nos fardeaux maintenant. Et on va continuer d'avancer, main dans la main. Ou plutôt, poignée de soldats dans poignée de Capitaine. Et on ne va rien lâcher. Parce que je suis là pour toi.
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Samsa
    "Compagnon caché,
    Le spectre est toujours dans mon cœur.
    Fais-moi la promesse que
    Le temps ne nous effacera pas,
    Que nous ne sommes pas perdu depuis le début."*



Un cadeau ? Un cadeau. Pour elle ? Pour elle. Mais pourquoi ? Dans ce désert de solitude, Yohanna ne savait-elle donc pas qu'elle était déjà son cadeau, son soleil perçant les nuages accumulés au-dessus de la tête bordelaise ? Double cadeau alors.
La Cerbère prend entre ses mains le tissu de basse facture et en écarte délicatement les pans, craignant d'y trouver un objet trop précieux, redoutant les émotions qu'il ferait naître. C'est un Cerbère qu'elle découvre, une figurine parfaitement taillée dans un bois sombre et le regard de ses trois têtes brille d'une façon à laquelle Samsa s'identifie parfaitement. Sa bouche s'arrondit de stupeur et d'admiration alors que ses petits yeux sombres dévorent les contours de l'objet que ses mains font tourner. Le visage bordelais se tourne vers Yohanna et dans ses yeux, on peut jurer y voir l'ombre de larmes qui n'ont pas l'habitude de couler et qui ne couleront pas cette fois encore. La Cerbère humaine enlace son amie en diagonale pour l'étreindre mieux encore, plus solidement. Son nez se faufile entre ses cheveux bruns et vient se caler dans son cou chaud, cet endroit rassurant et réconfortant où il le simple fait qu'il soit posé à cet endroit exprime toute la gratitude ressentie.


-Merci pardi... Il est magnifique té.

Samsa, à l'aide d'une ficelle, l'entoure et l'attache solidement avant de le nouer au fourreau de son épée qu'elle ne quitte jamais, au même titre que sa cotte de maille. Elle se lève et présente sa hanche à Yohanna, pour voir si ça fait bien. En tout cas, ça tient, et ça, c'est qui compte le plus aux yeux de la Bordelaise qui ne le quittera plus. La figurine vient de prendre pour elle une valeur inestimable, à l'image de ses braies blanches.

-T'es pas obligée d'inviter Dédain pardi. Parfois, j'ai encore du mal à digérer certaines choses té.
Quant à Shawie...


Samsa soupire. Comment lui dire que rien n'allait avec Shawie ? Qu'elle se sentait non pas seule mais carrément abandonnée ? Parce qu'en un sens, c'est ce qui se passait. Presque lourdement, elle se rassoit près de Yohanna et cherche des mots qui n'existent pas parce que rien ne se dit, rien ne se fait, tout se ressent. Lentement, la capitaine se frotte la joue et finit par lâcher :

-J'sais pas pardi. Elle s'est perdue et je me suis perdue avec elle en essayant de la suivre té. J'espère qu'on se retrouvera pardi. Évite de la provoquer quand même té, je suis pas certaine qu'elle soit apte à ça venant de ta part pardi, mais je te protègerai pardi.

Et Marc té ?


Yohanna ayant trahie Shawie d'une certaine façon et l'Espagnole ayant la réplique facile, mieux valait faire attention et ne pas jouer avec le feu. Et sur elles, qu'y avait-il à dire ? Un flou de néant. Mieux valait donc que Samsa ne retombe pas dans la spirale des réflexions sans fin.
Mieux valait se raccrocher à Yohanna, à Marc, à ce bonheur qu'ils avaient que Samsa n'avait plus pour une raison qu'elle ignorait malgré toutes ses recherches.



* = paroles traduites de Digital Daggers - Still here

_________________
Yohanna.
If the night turned cold and the stars looked down
Si la nuit devient froide et que les étoiles semblent tomber
And you hug yourself on the cold, cold ground
Tu te réconfortes seul, seul sur le sol glacé
You wake the morning in a stranger's coat
Tu te réveilles le matin dans le manteau d'un inconnu
No one would you see.
Et tu ne vois personne près de toi.
You ask yourself, who'd watch for me
Tu te demande alors : Qui veillerait sur moi ?
My only friend, who could it be
Mon seul ami, qui cela peut-il être ?
It's hard to say it
C'est dur a admettre
I hate to say it, but it's probably me.
Je déteste dire ça, mais c'est sûrement moi.

Sting feat. Eric Clapton - It's Problaby Me





Elle se blottit conte moi et j'en devient tout chose. Ça à l'air de lui plaire. Et quand elle l'accroche à son épée, là, je trouve qu'il a sa place. Comme si elle lui avait été destinée d'avance. Et je ne regrette pas mon cadeau, parce que je sais qu'avec Sam, il aura son importance. C'est un peu comme si à présent je la suivais partout. Je lui confierai volontiers ma vie si la question devait se poser. Ou bien je donnerais la mienne si elle me le demandait. Ne suis-je pas là pour ça, justement ? Donner ma vie pour sa cause… Avec tout son lot de rencontres, de questions, de peut-être et de peurs.

La guerre éduque les sens, mobilise la volonté, perfectionne la constitution physique et provoque des collisions si étroites et si fulgurantes dans les moments critiques que l'homme peut alors prendre toute la mesure de l'homme*

Mais il y a aussi ces instants, entre la guerre, avant la guerre, après la guerre, où l'on se retrouve pour en parler, pour se parler. Et l'amitié se resserre.


Promis, j'vais pas la provoquer. Avant, je l'aurais fait… J'aurais pas eu peur de prendre des coups de sa part. Mais là… J'ai pas envie d'te faire de peine. Ni à toi, ni à Marc.

Parce que oui, Marc. Il est partout. Dans ma tête, dans mon coeur, j'ai l'impression que l'ange blanc sur mon épaule, c'est Marc, et qu'il va tout voir, tout savoir de ce que je fais, dis, pense. Et s'il a peur, s'il doute, s'il apprend que j'ai fait un faux pas, tout sera fini. Lui, et moi avec. Et ça, je ne peux pas.
Dans une balance à deux plateaux, il sera plus dur de supporter la douleur de le perdre que de me nourrir du bonheur malsain de faire le mal. Ce mal qu'il essaye de chasser de moi… Et qui pourtant l'a atteint.

Et Marc té ? 

T'as vraiment envie que je t'en parle ? Que je te dise la vérité ou que je te mente ? Tu veux la version qui te feras du bien pas vrai ? Je vois dans tes yeux que tu as envie de partager du bonheur. Alors je sors la version que tu veux. Celle que je rumine tous les jours pour me persuader de sa véracité :

Marc ça va ! Il se régale en Béarn. Il fait de belles choses tu sais ? En plus d'avoir ramené plein de gens dans la ville, il a tenu la mairie comme un chef pendant plusieurs mois ! Et il a même installé des filières pour que personne ne manque de rien. J'étais bouchère pour lui, d'où la viande que je ramène. Ca lui plaît la politique. Il est fait pour ça. Et je suis heureuse de le voir se régaler la dedans. Et ca va entre nous… J'crois que c'est la première fois que je garde un type aussi longtemps ! On a plein de projets ensemble….

Mariage, enfants, maison, cumuler les titres pour devenir les rois du monde. On va peut-être commencer par là d'ailleurs ! Tu veux bien être la princesse du monde avec nous ?


Je souris. L'humour. Pour cacher le vrai. Pour cacher que je ne peux pas avoir d'enfants, que je n'ai pas envie de me marier, mais que je ne veux toutefois pas le perdre. Cacher qu'on a failli se perdre. Que j'aurais pu le tuer. Que j'ai eu envie de mourir. Cacher que j'ai fui. Que je suis venue aussi pour prendre l'air. Parce que le voir tous les jours, mentir tous les jours, se mentir tous les jours, c'était devenu fatiguant.
Et pourtant, pourtant… Comment pourrais-je vivre sans lui ?

La guerre, c'est tuer des gens.
L'amour, c'est tuer ses croyances.
La guerre, c'est lutter contre un avis différent
L'amour, c'est vivre avec une personne différente.
La guerre, c'est s'imposer, s'ériger en vainqueur.
L'amour, c'est s’effacer, accepter toutes les victoires de l'autre.

L'amour n'est rien d'autre qu'une guerre.

* de Max Allan Collins

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Samsa
    "Parce que tu as eu une mauvaise journée
    Tu prends un coup bas,
    Tu chantes une chanson triste juste pour la passer,
    Tu dis que tu ne sais pas,
    Tu me dis "ne mens pas",
    Tu essaies de sourire et tu pars faire un tour.
    Tu as eu une mauvaise journée,
    L'appareil photo ne ment pas,
    Tu te dérobes et tu t'en fiches;
    Tu as eu une mauvaise journée."*



Cerbère scrute la Béarnaise de ses petits yeux sombres, abrités par des arcades sourcilières marquées. Ils sont chauds, bienveillants, la petite flamme qui les habite est comme la lumière d'une bougie qui ne vacille pas, douce et apaisante, constante. Ca se voit qu'elle croit Yohanna, qu'elle croit en ses mots, en ses propos. Peut-être que ça se voit moins qu'elle perçoit ce qui n'est pas dit. L'usage de l'humour pour cacher la misère, Samsa connaît, non pas qu'elle l'utilise vraiment, mais parce que Shawie le fait et que la Cerbère a appris.
Enfants, mariage, maison, titres, vraiment ? Samsa la regarde sans y croire. Yohanna, elle ne la connaît pas depuis tant de temps que ça, enfin, depuis cet été, mais le temps passé avec elle en taverne ne doit pas excéder un mois et demi. Pourtant, elle sent, elle sait, que ce n'est pas la vie que son amie brune aimerait mener. Pourquoi mettre tant d'enthousiasme à quelque chose de si faux ? Samsa est Cerbère après tout, convaincue qu'elle peut l'aider. Convaincue qu'elle est qu'elle peut régler tous les soucis du monde et rendre tout le monde heureux. Il y a quelques années en arrière, c'est ce qu'elle faisait aussi, mais d'une autre façon. Elle était alors l'Unique Cultivatrice de Bêtises du Royaume, pratiquant l'auto-dérision avec ferveur pour faire rire autour d'elle. Elle avait fini par comprendre que si le rire pouvait résoudre des problèmes, il ne les empêchait pas, contrairement à la protection dont elle faisait maintenant preuve. La combattante passe un bras autour des épaules béarnaises, moins larges que les siennes mais pas moins fortes, et la cale contre elle sans un mot, sans un sourire, simplement pour faire comprendre qu'elle lit dessous tout ça et qu'elle soutient également. La seule phrase qu'elle s'autorise, c'est pour reprendre la touche d'humour de Yohanna.


-Je ne serai pas princesse pardi, je serai reine té.

Projet fou de la Bordelaise, d'autant plus quand on sait qu'elle en était véritablement capable et que les prochains événements à venir l'en rapprocheraient un peu plus. Elle voulait ouvrir la voie, changer le monde, laisser sa marque... Toujours, il semblait qu'elle avait quelque chose à prouver aux autres et au monde, comme cherchant sa légitimité d'exister. Elle savait bien pourtant qu'elle serait rayée, contestée, caricaturée, assassinée qui sait, que ce défi était grand, trop grand peut-être, mais elle voulait y plonger. Peut-être parce que la mort qu'elle avait choisi était simplement celle de l'épuisement, une mort qu'elle pensait encore pouvoir repousser, toujours, pour prouver, encore, qu'elle était méritante de vivre.

-Tu as plein de projets pardi. J'aimerais bien en avoir pardi, mais je sais que ce n'est pas possible té. Peut-être que je n'aimerais même pas en avoir en fait té.
Comment tu fais pardi ?


"Comment tu fais pour prévoir ? Pré-voir. Faire fi des événements de la vie. Comment tu fais pour la diriger ?"

* = paroles traduites de Daniel Powter - Bad day

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