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[RP] Derrière les portes

Isaure.beaumont
[Entre Pau et Périgueux]

Couchée sur le flanc droit, incapable de trouver le sommeil, Isaure se laissa rouler doucement sur le matelas. A présent étendue sur le dos, raide, les bras le long du corps, elle restait immobile, prenant soin de ne pas entrer en contact avec son époux allongé de l’autre côté du lit. A peine osait-elle respirer. Elle sentait la douce chaleur émaner de son corps et la privation se faisait durement ressentir. Trop fière pour faire le premier pas vers lui et clore la dispute, elle n’esquissa aucun geste alors qu’elle mourrait d’envie de venir se lover contre lui, à l’abri de ses bras. Leur guerre froide durait depuis trop de nuits déjà. Combien de jours solitaires avaient-ils passé ? Combien de tristes nuits s'étaient écoulées ?

Ils avaient retrouvé leur chambre du moment sans échanger un mot. Ils s’étaient dévêtus chacun de leur côté, l’un plus rapidement que l’autre, et s’étaient glissés à un bout et l’autre du lit, se tournant le dos. Pas besoin de glisser entre eux une épée, leurs orgueils respectifs les contraignaient à la plus parfaite abstinence, les empêchant par la même occasion de sceller toute réconciliation.

Fixant l’obscurité, elle reprit sa respiration, essayant de la caler, pour s’occuper l’esprit, sur celle de son époux. Elle était plus rapide que la sienne, plus profonde également. Dormait-il ? Tournant finalement la tête vers lui, elle vit bientôt se découper sa silhouette dans la pénombre. Se redressant sur son coude gauche, elle allongea l'autre en sa direction, réprimant juste à temps sa furieuse envie de glisser tendrement ses doigts dans l’épaisseur de ses cheveux. Elle soupira et se laissa retomber mollement. Elle ferma les yeux : il fallait qu’elle dorme pour que le temps passe plus vite et que l’heure du départ sonne enfin. Mais depuis le début de leur guerre froide, elle peinait à s’endormir.


- Octave…. Le prénom s'était échappé plus doux qu’elle ne l’avait voulu, emprunt d'une tendresse qu'elle s'efforçait pourtant de dissimuler. Aussi se reprit-elle pour la suite et poursuivit-elle d’un ton bien plus sec. Vous dormez ?

Puisqu’elle ne dormait pas, il ne dormirait pas non plus. Elle le tiendrait éveillé jusqu’au départ s’il le fallait, et ce ne serait pas à renfort de baisers et de soupirs, mais de jacasseries, comme ils en avaient convenu en se déclarant cette stupide guerre.
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Octave.
Il ne dort pas. Bien sur qu'il ne dort pas. Voilà trois nuits qu'il n'a pas fermé l'oeil. Elle est là, tout à côté, et il ne la touche pas. Il se presse pas contre elle. Il ne respire pas le jasmin au creux de son cou. Il ne passe pas la main dans ses cheveux. Il n'attrape pas ses hanches de ses larges mains. Il ne lui murmure aucun mot doux à l'oreille. Rien.

Recroquevillé sur son coin du lit, tournant le dos à celle qu'il aime, il fait la gueule, quand bien même ça lui coute cher. En sommeil, en repos, en bonne humeur. De plus en plus irascible et énervé dans la journée, il se couche désormais crispé et se relève pire encore. Le souvenir du début de cette dispute se faisait de plus en plus flou dans sa mémoire.

Pourquoi donc avait-il décidé de ne plus honorer son devoir conjugal déjà ? Une histoire de faucon, de discussion... Il n'aurait pas écouté... AH ! oui, ça lui revient maintenant. Elle argue qu'elle l'a prévenu qu'elle lui avait offert un faucon, il est persuadé de ne jamais l'avoir su, et Isaure soutient mordicus qu'elle le lui a dit un soir, alors qu'ils se couchaient...et pas dans les bras de Morphée, ce qui à tout le moins avait du déconcentrer le Beaupierre, pour peu que sa femme ne mente pas et qu'elle en ait vraiment causé.

D'y repenser, et il est de nouveau en colère comme il l'était sur l'instant. Soit, si elle veut absolument discuter sans qu'il ne soit déconcentré, elle se lassera avant lui. S'il a pu supporter les saillies incessantes d'un Capoune, il pourra bien tenir le coup pendant un babillage d'Isaure. Décidé à la punir, il rotate, offrant à la vue d'Isaure un torse dont le drap a malencontreusement glissé dans la manoeuvre, un sourire désarmant bien que légèrement forcé, et son regard qui vient chercher le profil de sa charmante épouse. D'un ton grave, qui se veut volontairement sensuel, il lui répond :


Je ne dors pas, comment ne pas penser à vous, comment fermer l'oeil quand vous êtes là... juste à côté...La fin de la phrase a été soufflée à l'oreille d'Isaure, soulevant une mèche de petits cheveux qui se trouvaient là. Vous vouliez me parler peut être...?

Si elle répond oui, c'est décidé, il a apprend à dormir les yeux ouverts.
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Isaure.beaumont
Dans un bruissement de draps, elle le sentit se tourner vers elle. L'obscurité imparfaite ne les dissimulait pas totalement, et sans même tourner la tête, du coin de l'œil, elle le distinguait. Elle suivit ses mouvements, capta ce torse qui n'appelait qu'à être rejoint puis refermant précipitamment les yeux pour ne plus le voir, elle s'efforça de rester insensible à sa voix, cherchant à calmer la soudaine course de son cœur. Elle devait rester impassible et ne pas céder à ses envies de réconciliation: si elle faiblissait, elle lui offrait la victoire sur un plateau d'argent. Et Dieu seul savait qu'Isaure était une très, très, très mauvaise perdante.

Le murmure à son oreille vint cueillir un frisson incontrôlé. L'ombre fugace d'un sourire vint détendre une seconde le visage de la Beaumont qui remonta l'épaule en même temps qu'elle tournait la tête pour protéger l'oreille assiégée et contrer la propagation du frémissement qui menaçait d’ébranler toute sa détermination. Dans le mouvement, leurs nez froids se frôlèrent, leurs souffles chauds se mêlèrent et leurs regards brûlants se rencontrèrent. Il eût été aisé de se perdre à ses lèvres et de dériver dans ses bras. Mais trop fière et trop butée pour faire le premier pas, elle rompit l'instant.


- Votre barbe est mal taillée. Vous paraissez vraiment négligé ainsi.

La main vint se perdre brièvement dans la barbe gratuitement attaquée quand en réalité elle la trouvait tout à fait séduisante. Qu'il perde donc ce sourire, elle ne pourra que mieux se concentrer sur toutes les futilités à lui dire. Et puisqu'il avait décrété qu'il ne pouvait pas à la fois l'écouter et l'honorer, elle le saoulerait de paroles. Jusqu'à ce qu'il se décide enfin à la faire taire pour de bon en lui offrant les aveux et excuses qu’elle méritait – puisqu’il ne l’écoutait jamais – et en l’emmenant froisser les draps comme au premier jour. Elle aurait alors gagné et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Se redressant sur ses coudes, elle vint s’appuyer contre la tête de lit et poursuivit pour finalement lui répondre :
.

- Puisqu’il est trop tard pour aller seller les chevaux, j’allais plutôt vous proposer une partie de dés, mais puisque vous le proposez si aimablement, parlons, oui.

Elle lui conta alors sa journée, ponctuant son récit de discrets reproches, l’allongeant grâce à des détails sans importance et soulignant à plusieurs reprises son absence auprès d’elle. Elle parlait sans discontinuer.

- Et donc j’étais en train d’hésiter sur le tissu quand cette espèce de pimbêche, une bourgeoise mal dégrossie, est venue me dérober SOUS mon nez celui que je voulais finalement ! Croyez bien que je ne me suis pas laissée faire et que je l’ai récupéré. Elle a bien essayé de tirer dessus de toutes ses forces mais j’ai persévéré. Je lui ai signifié que la couleur ne lui irait pas au teint et qu’elle était de toute façon bien trop laide pour porter un si beau tissu. Elle a fini par se ranger à mon avis : elle me l'a abandonné et est partie. J’ai donc pris l’autre, puisqu’elle l’avait froissé et sans doute sali avec ses vilaines mains.

Elle parlait, parlait et parlait encore, reprenant à peine son souffle, surveillant son époux, prête à le bousculer au moindre signe de décrochage.

- Oh , rien à voir. Mais j’y pense. J’ai écrit à Archambault Messonnier. Je lui ai dit que nous étions satisfaits du résultat des ventes et que nous le félicitions. Je l’ai également invité à se chercher une épouse. Le pauvre homme est en âge de se marier et il serait plus aisé pour lui d’avoir une épouse pour l’assister dans l’intendance du domaine. Aussi, quand nous y retournerons, nous célébrerons ses noces, non sans avoir bien évidemment donné notre accord sur la promise élue.

Elle se tut un instant, juste le temps de contenir un bâillement.

- D’ailleurs, tant que j’y pense. Il nous faut recruter un fauconnier expérimenté pour prendre soin de NOS oiseaux et former notre Gabriel.
Elle se laissa enfin glisser le long de la tête de lit, se recoucha et se tourna vers Octave.

- Et vous, votre journée ? Qu’avez-vous fait sinon rester enfermé avec vos lettres ?
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Octave.
La lutte avait été rude. Il avait compris à la première phrase qu'il avait perdu la première bataille, quand bien même le passage de sa main sur ses joues avait presque donné de l'espoir. La suite s'était déroulée comme il l'avait redouté. Elle avait parlé, parlé, parlé, parlé.. et il avait tenté de suivre. Il y était parvenu, les deux ou trois premières minutes, il avait tendu l'oreille, mais son esprit, définitivement, n'était pas fait pour engranger des informations aussi capitales que le prix du velours, la couleur de la robe d'une inconnue, le fait de savoir si le chapeau était ou non à la mode.

Et s'il essayait très fort de se passionner pour la façon de nourrir les chiens, sur le nombre de pavés qui avaient malencontreusement torturé les pieds de son épouse, le mauvais alignement des enseignes dans les rues des villages traversés ces derniers jours, il n'y arrivait tout bonnement pas. Il l'écoutait, promis, mais rien ne s'enregistrait. Il regardait la courbe de la machoire d'Isaure, se laissait bercer par sa voix, se perdait dans le mouvement de ses cils qui se découpaient dans l'ombre, il devait retenir régulièrement un mouvement vers elle, de la main, des lèvres, de son corps entier...

Elle parle encore... En voilà encore un qu'elle veut marier. Cette obsession ne laissera jamais de l'étonner. Et puis... Elle a du faire le tour de tout ce qu'elle avait à raconter. Soudain, le silence. Afin de ne pas répéter l'impair de Salviac, Octave réfléchit à la dernière phrase d'Isaure avant que la chique ne lui soit coupée pour cette nuit. Voyez ce petit sourire qui se glisse en coin là ? L'oeil aussi s'illumine d'une lueur amusée et un peu fourbe.

Quelle grossière erreur Isaure... Une faute de débutante. Comment crois-tu que ton mari s'en sorte dans le monde féroce d'un conseil comtal ? Il maitrise la rhétorique des débats, il sait reconnaitre une faille, et il n'hésite pas rarement à s'y engouffrer. Et celle là, il y saute à pieds joints.


Oh je ne suis pas seulement resté enfermé avec mes courriers. Quoique vous savez, ces courriers revêtent une grande importance. Bella a besoin de quelques conseils, et quel oncle serais-je si je ne les donnais pas ? Quel ancien comte ferais-je si je refusais mon aide dans les moments difficiles qu'elle traverse ? Savez-vous que son allégeance a été refusée ? Afin de ne pas avouer qu'elle a refusé le serment sur la base d'une sombre histoire de coucherie, qui, vous devez en être d'accord, n'a pas à entrer en ligne de compte dans des décisions à une telle hauteur, Rose a raconté qu'elle s'était fondée sur des courriers dénonciateurs reçus d'Armagnac. Or, vous vous rappelez de Capoune ? Et bien ils seraient de lui, et probablement de sa fille et de ses très proches. Jusqu'au bout, il aura agi contre les intérêts du comté. A part sa démission, pas une bonne décision... A peine s'il prend une inspiration, il ne veut pas lui laisser le temps de l'interrompre. Ainsi donc, Christabella n'a aucun statut légal en Armagnac, ce qui pose de réels problèmes, notamment au niveau de la justice, de l'Alliance.. Ainsi nous avons été convoqués, et mon dernier courrier, il est adressé à la Couronne, ses officiers, ses Feudataires. Voyez, ce ne sont pas que des courriers, et je ne reste pas enfermé. D'ailleurs j'ai toujours accès à l'Alliance. Nous avons pu y discuter de ce qu'il s'est passé en Toulouse, et bien sur, chez moi. Il faut entretenir les relations et obtenir des soutiens. Plus nous serons nombreux et plus la demande aura de poids. Il faut également se tenir informé de la situation en Anjou. Savez vous qu'ils ont pris Chinon récemment ? Les Tourangeaux manquent de bras, et il faudra à un moment aller aider...

Et ce n'est que le début. Il l'entretient, sans discontinuer, de toutes ces questions qui lui font lever les yeux au ciel lorsqu'il les aborde en taverne. Tu veux parler ? Ecouter ? Et bien tu es servie Isaure, il n'est pas près de se taire, à moins que tu ne craques la première.
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Isaure.beaumont
Elle ne comprit pas immédiatement son erreur. D’abord, elle l’écouta, les yeux rivés sur lui, amoureuse malgré elle et buvant ses saintes paroles. L’on pouvait même voir la surprise puis la désapprobation animer ses traits à mesure du récit des allégeances, témoignage sincère de l’attention qu’elle lui portait. Ensuite, elle se lassa tout bonnement. Elle ne comprenait pas tous les tenants et aboutissants des sujets qu’il abordait, ni même ne s’y intéressait réellement. Le piège se refermait lentement sur elle mais elle ne s’en rendit compte qu’à l’instant où elle essaya de l’interrompre pour changer de sujet. Incapable d’en placer une, elle dut subir de longues minutes durant son monologue politique, s’armant d’une patience qu’elle n’avait pourtant pas. Le sourire, jusque-là honnête, se crispa avant de fondre comme neige au soleil. En l’observant attentivement, le Beaupierre pourrait discerner sur le visage de son épouse tous les indices de son exaspération : les narines frémissaient, les sourcils se fronçaient, un tic nerveux venait agiter ses lèvres pincées. Enfin, quand elle n’en put plus, elle couvrit sa voix de la sienne :

- BONNE NUIT !

Comprenant qu’elle perdait la bataille, la jeune femme grogna et tourna le dos à son époux qui ne se tut pas pour autant. Elle gigotait sous les draps, énervée de s’être laissée duper. Quand elle s’immobilisa enfin, ce fut pour fermer les yeux. Elle appela de toutes ses forces le sommeil mais la voix, la présence et la victoire de son époux le repoussèrent totalement. De rage et de désespoir, elle tenta d’enfouir sa tête sous l’oreille, cherchant à amortir le son, en vain. Alors en désespoir de cause, dans un geste tout à fait puéril, preuve accablante de agacement, elle lui envoya à la figure son oreiller et s’asseyant dans le lit, furibonde, elle laissa jaillir ses reproches :

- Pourquoi faut-il que vous ameniez la politique jusque dans notre lit ! Vous ne croyez pas qu’elle s’insinue déjà suffisamment entre nous le jour pour me l’imposer la nuit également !
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Octave.
Intérieurement, il jubilait. A la voir ainsi se démener, contre les draps, les oreillers, tenter de fuir sa voix et son discours, tacher de ne pas l'entendre. Il riait et cherchait sans cesse un nouveau sujet à amener entre eux, à lui susurrer à l'oreille, à lui expliquer par le menu.

Et c'est ainsi qu'au final, si jamais la situation tourangelle ne s'améliore pas, et que le Rouergue décide de sortir de ses frontières, nous finirons par devoir ne compter que le sud. Vous ai-je parlé de la mine d'argile du Périgord ? Là aussi, un cas très intéressant. Vu les caractères combinés de Leyah et Loéranah, je n'ose imaginer les suites qui pourraient être données à une telle bisbille...

Interrompu. Elle l'a interrompu. C'est un oreiller qui vient de lui couper la chique, et le rire avait bien failli devenir très audible soudain. Mais le Beaupierre avait réussi à le contenir, et le temps qu'il se redresse un peu plus sur son coude, il avait une retrouvé une mine, si ce n'est sérieuse, du moins pas moqueuse.

Si elle avait déjà perdu quand elle lui avait tourné le dos, là, elle capitule carrément. Le sourire du Beaupierre s'étire, triomphant, aucune modestie dans la victoire contre Isaure. D'une main, tandis qu'elle s'agace, il replace une mèche de cheveux derrière son oreille, comme toujours quand il subit un élan du coeur envers celle qui n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle s'énerve.

Mais signera-t-elle l'armistice ?


Il ne tient qu'à vous de laisser discours et politique hors de cette chambre, Isaure. Un baiser de vous, et vous savez que j'en oublie jusqu'au lieu où je me trouve.

La main a lâché l'arrière de l'oreille, pour descendre le long du cou. Elle lambine maintenant sur l'épaule, hésitant à la route à emprunter... ce bras, doux et blanc, qui la fait frissonner ? Ou cette gorge, pleine et encore palpitante de son agitation, qu'il rêve de redécouvrir après cette pause dans leurs réconciliations qui lui pèse bien plus qu'il ne saurait l'admettre.

Et parce qu'il connait sa femme, et sait que l'armistice se signe à deux ou ne se signe pas avec elle, il agite un drapeau blanc.


Faites moi taire, et je vous écouterai. Mais faisons de notre lit un havre de paix et de silences... ou presque.

Ne la quittant pas des yeux, il se penche pour déposer un baiser là où sa main vient de laisser champ libre. Faisons la paix voulez vous ?
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Isaure.beaumont
Ce qu’il l’agaçait, avec son petit air victorieux. Ce qu’il les agaçait, elle et ses sens. Cette main, puis cette bouche. Elle les accueillit en fermant les yeux, espérant contrôler au mieux la réaction de ce corps qui la trahissait pourtant. Il répondait au doux contact quand elle aurait voulu rester de marbre, il offrait ce cou sans défense quand elle voulait maintenir une distance de sécurité. Elle perdait pied, elle lui offrait une victoire totale. Comment lui résister et ne pas capituler ?

La paix. Isaure en rêvait. Mais elle s’était imaginé une paix sans reddition, une paix heureuse, une paix victorieuse, une paix qui serait sienne. Or son époux lui proposait de reconnaître sa défaite et de payer le lourd tribut des vaincus. L’armistice promis avait un goût amer. Qu’il taise donc sa victoire, oui, car elle n’avait pas dit son dernier mot, elle n’avait pas abattu sa dernière carte.

Leurs visages se trouvaient à quelques centimètres l’un de l’autre si bien qu’elle sentait le souffle tiède de son époux caresser sa peau. Les yeux rivés aux siens, elle lui offrit un sourire tendre avant de réduire un peu plus la distance entre eux jusqu’à l’abolir tout à fait : elle vint caresser la joue puis elle déposa un doux et léger baiser sur les lèvres trop longtemps délaissées, migra lentement jusqu’au cou masculin où elle dut faire un effort surhumain pour ne pas perdre de vue son objectif. Ne pas se perdre au goût de sa peau, à la tendresse de son cou. Puis elle remonta de nouveau à cette bouche aimée qu’elle assiégea avec un peu plus d’ardeur, un baiser vibrant d’un désir sincère et mal contenu auquel pourtant elle mit fin, à contrecœur mais à raison. Sans s’éloigner du visage de son époux, leurs souffles courts encore mêlés, elle articula à voix basse :


- La paix est à portée, Octave. Vous n’avez qu’un mot à dire. Deux, pour être tout à fait exacte. Non. Trois. Montrez-moi que ces derniers jours n’auront pas été vains, que vous m’avez écoutée. Donnez-moi simplement le nom de nos faucons. Et celui de la mésange de notre fille. Juste trois mots, Octave. Juste trois petits mots et j’entérine notre réconciliation. Je signe notre armistice à l’encre de nos cœurs et de nos corps. Elle ajouta, le susurrant encore plus bas : Juste trois tous petits mots, et je suis vôtre.
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Octave.
Il n'avait pas menti. Un baiser d'Isaure, et il a quitté ce monde pour un havre de félicité. Aussi pénible puisse être sa femme, il en est profondément amoureux, et chacune de ses attentions est reçue comme une surprise renouvelée, un cadeau du ciel qu'il n'espérait plus. Chaque caresse, chaque geste, chaque fois qu'elle pose ses lèvres sur les siennes, sont autant de moments de grâce. Pourtant bien moins inconstant qu'Isaure, plus confiant également, il ne réalisait toujours pas la chance qu'il avait qu'elle ait dit oui. Deux fois. Trois fois. A chaque fois. Elle est là, et Octave ne s'en remet toujours pas.

Comment a-t-elle pu oser lui en vouloir pour ne pas l'écouter, quand elle l'emporte ailleurs dès qu'elle le touche ? Elle est la cause et la conséquence, celle à cause de qui il ne peut pas se concentrer sur des choses insignifiantes, alors que contre lui, le corps le plus parfait de la Création s'emploie à lui faire perdre sens et raison.


La mésange s'appelle Ciel... probablement un hommage à la couleur de vos yeux. Celle là était facile... Caia le lui avait écrit elle-même, et si sa femme le déconcentrait furieusement, sa fille en revanche accaparait son attention pleine et entière, et il s'intéressait, sans forcément le montrer, à ce qu'elle lui racontait de ses aventures enfantines. Pour les faucons... vous vouliez des noms de dieux. Afin qu'ils expriment dans l'air la majesté de votre beauté, la vivacité de votre esprit et la force de mon amour pour vous...

Il brode. Mais alors complètement. Ou comment gagner du temps pour fouiller dans sa mémoire. Une chance pour lui qu'il ait pensé à s'éloigner un peu d'elle pour répondre, récupérant pour un instant la maitrise de son cerveau. Il le savait, quelque part, l'information était là. Restait plus qu'à la retrouver.

D'ailleurs, une lueur s'allume dans le regard quand il se souvient. Mais autre chose est revenu avec le nom des faucons.
Cependant, je note qu'une fois encore, je n'ai été ni consulté ni écouté sur le choix de ces noms. Pour quelqu'un qui veut absolument être entendue, je vous trouve un peu gonflée de ne jamais me demander mon avis ou de ne pas en tenir compte.

Et voilà, le moment de grâce est passé. Le visage du Beaupierre s'est durci et sa main a quitté le bras d'Isaure. Car j'aurais proposé bien autre chose qu'Hera et Zeus, deux dieux qui s'exècrent, jaloux et vindicatifs, tout ce qui je ne souhaite pas comme symbole pour notre couple. Et bam !
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Isaure.beaumont
Ah, la jolie couleur des émotions. Elle se peignent sur les traits isauriens, elles se succèdent et se bousculent. Elles se mélangent parfois. Les journées d’Isaure ne sont jamais monochromes, oh non. Chacune de ses heures est multicolore, et le mariage avec Octave n’a rien arrangé : il les a sublimées, les a avivées et en a creusé les contrastes.

L’étonnement a laissé place à la joie. Le voyez-vous ce sourire qui s’étire, s’étire, s’étire et vient rougir tendrement ses pommettes ? N’est-il pas radieux ? Toute cette guerre froide n’aura pas été stérile, rien n’aurait été vain : il l’avait écoutée.

L’entendez-vous cette mélodie du bonheur ? Car si les émotions ont une couleur, elles ont aussi un thème qui leur est propre. Ecoutez, écoutez l’envolée de son cœur, ces tambours battants dont l’écho se répercute à ses tempes, à sa gorge et jusqu’au bout de ses doigts et qui la guident déjà vers cet époux qui n’a plus que deux noms à souffler pour que le feu d’artifice de leurs retrouvailles viennent éclairer et colorer cette chambre d’auberge qui deviendra l’écrin de leur armistice haut en couleur. La lueur dans les yeux de son époux l’embrase déjà. Il a retrouvé. Il sait. Il l’a écoutée. Ils vont s’aimer. Se réconcilier. Et oublier.

Mais la joie a subitement laissé place à la stupéfaction. Implacable douche froide. Les couleurs s’éteignent. Elles désertent. Les ombres chassent le charmant ton rosé qui animait encore il y a quelques secondes le radieux visage d’une épouse amoureuse. Même les rayons de la lune se sont cachés, laissant le couple en froid dans une obscurité tout à coup plus sombre.

Noir. Noir comme la nuit la plus noire. Noir comme le désespoir qui l’étreint. Noir comme la colère qui sourd. Il ne la touche plus, elle le repousse un peu plus. Et si la lune se risquait à les éclairer, Octave pourrait voir que le ciel des yeux de son épouse est tout aussi noir que la nuit qui les enveloppe pudiquement. Noirs, noirs, noirs.


- Vous l’érigez pourtant en symbole ce soir !!! Non mais… vraiment. J’aurai tout entendu ! Je vous trouve bien culotté de me faire ce genre de reproches alors que vous n’êtes jamais avec nous. Et quand vous l’êtes physiquement, ne me faites pas croire que vos pensées sont tournées vers nous ! Non ! Parce qu’elles accompagnent l’A&C, quand vous aviez promis de le mettre enfin de côté. Depuis quand l’avons-nous quitté, Octave ? Combien de temps avez-vous passé avec nous ? Hein ? Combien.. ! Combien de temps nous avez-vous consacré, réellement, pleinement, sans strictement ... En ne pensant à rien d’autre que nous ? Oh et puis ça ne sert à rien de vous parler. De toute façon, vous n’écoutez jamais rien et si vous écoutez, ce n’est que pour formuler ensuite de vils et injustes reproches. Vous n’avez qu’à les renommer, vos fichus faucons ! Je n’ai de toute façon plus rien à vous dire. BONNE NUIT. Non… non ! Pas bonne nuit. Vous avez gâchez la mienne alors débrouillez-vous avec la vôtre et ne m’adressez plus un mot.

La mélodieuse voix de la Saint Peyrus s’est tue. Elle a vibré de colère et n’avait rien de modulée. Elle a explosé avant de faire le silence.

Elle s’est rallongée et d’un mouvement brusque s’est tournée. Pour ne lui offrir plus qu’un dos silencieux. Et si elle ferme les yeux, ce n’est pas pour dormir, mais pour faire barrage de ses cils à cette eau de chagrin qui menace de dévaler la pente douce de ses joues. Ecoutez… Ecoutez le chant de de la peine qui se veut discret quand celui de l’ire s’est fait clinquant.

Jaune, bleu, rouge, noir...

Isaure n’est que couleur et mélodie. Elles se mêlent et s’emmêlent. A longueur de temps. Et la guerre froide qui s’est installée entre eux s’étirera encore un peu, fanant pour un temps encore les sourires du couple Beaupierre, glaçant leurs élans. Jusqu’à la prochaine tentative d’armistice.

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