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[RP] Zénith

Alphonse_tabouret
Hongre avait traversé Paris d’un sabot vif vers l’un de ses bâtiments centraux, vaste autant que haut dont les pierres s’élevaient de blancheur aux rues qui le bordaient, et auquel il avait délivré son cavalier.

Lettre avait été reçue et soumise à un silence incertain, déchirant l’âme en deux entités indistinctes se mêlant au hasard des pensées, cherchant à s’arracher l’une à l’autre sans y parvenir, et finissant par se heurter sans s’absorber, incompatibles et denses.
Comment guérissait-on l'autre de ce dont on souffrait soi-même ?

Cœur s’empâtait d’échardes à l’idée de ce jumeau dépareillé esseulé et pourtant, lovée au ventre, égoïste douleur refusait de se partager, abandonnant Tabouret à l’une de ces indescriptibles fêlures qui le forçait aux contemplations. Mesuré pour certains, flegmatique à d’autres, Alphonse lui se savait malformé, d’une terrifiante méthodologie devant chaque nouveauté sentimentale, incapable, ou presque, de s’embraser avant d’en avoir étudié jusqu’à l’ombre, d’en maitriser les aspérités, d’affronter le gel des vérités, et ce n’était pas tant la démarche qui avait enrayé la pensée que l’aberration d'y soumettre Sabaude.
Ordre avait été donné au fil d’une promesse chiot et Tabouret avait posé la corde d’une laisse à ses premiers reflexes, froissé contre lui-même d’avoir manqué de les lâcher aux plaines. Souffrance et colère étaient de rares nuées au panier canin, et si l’on y compatissait volontiers, l’on y apercevait des engourdissements d’une berceuse que Florence avait chanté deux ans durant ; les couvertures étaient tièdes.

Journée de septembre prolongeait la ville d’un ciel bleu, quoique moins lumineux, brises épaisses délaissées aux lèvres éoliennes pour leur préférer la fraicheur d’un automne à venir, et sur l'esplanade bordant le Louvre, files disparates de fourmis allaient et venaient, semant leurs ombres souvent chargées sur les dalles propres de l’entrée ; boue d’arrière-saison n’était pas encore à l’ordre du jour et accordait encore quelques grâces à la discrétion des poussières.
Depuis poignée de minutes déjà, le jeune commis et ses fruits bordés d’osier étaient rentrés dans le ventre du bâtiment ; pomme au milieu de poires de belle facture, sans même un mot, était en route vers le Secrétariat d’État, demandant sous les bords d’un chapeau usé, son chemin jusqu’au Duc de Messey , et aux premiers coups de cloche annonçant midi, Alphonse, au parvis de septembre, accorda un sourire à une demoiselle dont les cheveux bouclés venaient voiler deux joues rebondies fardés avec délicatesse.

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Sabaude
D’une main étonnamment habile en dépit de la mollesse d’un poignet terrassé par la langueur des heures dédiées au seul accompagnement d’une plume quinteuse, Renard mit la touche finale à la décoration de ce terrier creusé au ventre précieux d’un Louvre prêt à s’animer d’un appétit collectif. Midi, à en croire les pas pressés dans les couloirs et les derniers coups d’une sexte inconstante et impérieuse.
Les prunelles sombres de l’occupant des lieux laissèrent la boule de papier à ses hésitations de coquette face au col évasé d’un vase victorieux peint de scènes de chasse et posé à même le sol, pour suivre un index taché d’encre jusqu’à une statuette de cheval. La pulpe du doigt maculé se posa délicatement sur le chanfrein en bois sculpté au détour d’une échappée forestière, et pressa jusqu’à faire pivoter la petite sculpture et soumettre les naseaux figés à la caresse d’un rayon de soleil retardataire. La veille, aux notes mourantes des cloches et grondantes des estomacs, le socle formait un angle droit avec la pile de documents soigneusement rangés sur la partie plane du pupitre.
Août avait jeté le Goupil en pâture à l’insignifiance du quotidien, livré l’esprit à la distraction et fait du corps un complice docile. L’artifice pour déguiser sa peine en des jeux obsédants de mémoire et d’attention avait frappé nu à la porte de sa conscience, qu’il lui avait ouverte pour mieux l’inviter à entrer. Yeux clos, oreilles attentives, il pouvait reconnaître le pas de certains, léger, balancé, précipité, lourd, coupé, etc., et celui qui venait de s’arrêter derrière l’huis situé dans son dos, lui était inconnu.

Assise quittée d’un siège devenu inconfortable au fil dévidé de la matinée, Sabaude mit de la distance entre le panneau de chêne auquel on venait de toquer. Marionnette d’un réflexe de défense acquis aux entraînements passés et présents, dos raidi appuyé au chambranle de pierre de la fenêtre d’où se déversait un flot de lumière fané de l’ombre à l’affût d’Automne, il se départit d’un clair et fort « Entrez ! », l’œil aux aguets.
Du visage captif d’un chapeau défraîchi ou du panier en osier garni de fruits, il ne sut dire ce qui l’intriguait le plus. Le filet de voix qui s’échappa par-dessous le couvre-chef, balaya les conjectures agglutinées à ses tempes : le commis et son chargement étaient là pour lui, et non les proies d’un problème d’orientation. Sur un léger reniflement, Messey estima qu’il n’avait rien à craindre de son visiteur, et le rejoignit en quelques enjambées. Pour les poires et la pomme, toutefois, rien n’était moins sûr, car on avait vite fait de succomber au poison déposé par une main hostile. Ce fut donc avec l’air d’un chien qui renifle l’os suspect, que le jeune noble s’intéressa à la livraison.


Es-tu certain que ceci est pour moi ? Je n’apprécie pas les poires et, si j’aime particulièrement les pommes, il n’y en a qu’une. La personne qui te fait livrer cela me connaît peu ou se moque.

Ce disant, le visage de Sabaude s’illumina d’une révélation.

Une pomme au milieu de poires ! Une pomme au milieu de poires ! S’exclama-t-il, les yeux pétillant d’une joie qui avait trop tardé.

Dans un élan d’emportement il délesta le commis de son chapeau et le vissa sur son propre crâne avant de sortir précipitamment et de revenir aussi vite, confus.

Ceci est à toi, dit-il simplement en recoiffant son visiteur, et ceci aussi, laissa-t-il tomber mots et écus dans le panier qu’il soulagea de la pomme. Vêtu à la hâte pour sortir, son butin serré entre paume et phalanges, il abandonna là le garçon prestement interrogé, ainsi que la retenue, pour courir tel l’animal de son patronyme après un lièvre. Les allées encombrées du Louvre accouchèrent sur le parvis d’une rumeur assourdie et d’un échevelé désorienté par la clarté du jour et l’essaim bourdonnant des passants.
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Alphonse_tabouret
Ventre du Louvre grouille. Flot ne cesse d’aller et venir en files étonnamment synchrones, comme si déjà, Paris respectait le sens de la circulation pour voyager plus vite, et lorsque Goupil débarque aux hordes fourmis, il en éparpille la rigueur d’une confusion empruntée ; demoiselles s’offusquent derrière un éventail encore d’actualité, Dames offrent le circonflexe d’un accent et domestiques soupirent de savoir que le prochain quart d’heure passera à ressasser l’anecdote.

D’ici, Tabouret pour une poignée de secondes est encore un lointain spectateur ; son entrée en scène ne saurait plus tarder, mais le rideau d’une marée humaine le préserve d’un regard ébloui. Depuis combien de temps n’a-t-il pas vu Messey ?
Errances communes semblent lointaines, cristallisées à la luminosité des souvenirs pluriels, persistant de vivacités aux ombres qui l’enserrent, et pourtant, l’on n’y touche, ni ne dépoussière. Au rythme d’une vie nouvelle, l’on regarde la nuit tomber sans chercher à l’éclairer.
Aorte se froisse et lèvres se plissent d’une tristesse discrète ; depuis combien de temps n’a-t-il pas pris Messey à ses bras ?
Distance s’est assise, et Alphonse pourrait pointer du doigt nombre de légitimes coupables, faire ployer justice à chacun d’eux: Obligations qui surchargent les heures, inimités échoïques entre amant et ami, géographies lointaines…
Pierre par pierre, mur s’est élevé, a fendu l’horizon d’une ombre opaque et il aura fallu la mort prématurée d’Axelle pour percer la minérale verticalité. Méprisable, c’est ainsi que Chat se sent en ce jour de septembre, et le sourire qui attise le visage de Sabaude de ces irrésistibles joies le poinçonne plus fortement au cœur qu’il ne l’a espéré ; faudra-t-il donc remercier les mains glacées de Paris de leur avoir pris la gitane pour leur permettre retrouvailles ?

Regards se croisent enfin et écarquillent les prunelles du Duc d’une spontanéité qui lacère la honte, l’assèche jusqu’aux lambeaux et la dissolve à l’air ; au sourire de Sabaude, Alphonse se laisse souvent contaminer de simplicité.
Foule se fend encore, et répète l’exaspéré rituel formicidé, mais qu’importe, l’on tombe dans les bras l’un de l’autre, comme une évidence. Il n’y a rien d’incongru à ce liant humain, et la foule ne s’y attarde d’aucune façon, laissant aux amis le loisir de quelques familiarités sans y discerner de quoi se choquer.
Museau s’entiche de l’odeur trouvée aux cheveux quelques instants avant de dire, à la frontière dépassée d’un lobe, une vérité faite de sincérités que les mots ne sauraient altérer :



Je suis en retard, pardon...
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Sabaude
Alentours, l’essaim de parisiens dissipé par son éruption d’un Louvre convulsé, se formait et se déformait sans qu’il ne s’en fût aperçu. Matières animales, végétales et minérales se confondaient en autant d’obstacles sur lesquels son regard ardent buttait et glissait inlassablement, plein de flamme. Devant lui, comme s’arrachant des ombres des éléments du décor de septembre, des volutes de clair-obscur formèrent une silhouette singulière, humaine sans l’être réellement. Puis la fantasmagorique masse sombre se métamorphosa en une réalité de chair aux bras de laquelle il se constitua prisonnier sans opposer de résistance.
Baigné du doux parfum enchanteur de cet autre gémeau, il laissa aux vents mauvais celui de l’absence, et abandonna à Alphonse de l’envahir de sa présence.
La pomme s’échappa de sa main qu’il ouvrit pour mieux la refermer sur un flanc mâle, et roula jusqu’à heurter le cuir de pieds empressés. Peu lui importait le fruit, quand, à l’arbre il se tenait.


Tu es là.

Il délaissa le jeu des mots auquel ils se prêtaient avec la facilité de ceux qui les vêtent et les dévêtent, leur substantifique moelle laissée à l’examen de leur compréhension fine et reliée, pour profiter de la douce musique qui les enveloppait. Ce souffle dont il avait entendu les chaos et les suspensions, ces palpitations jumelles sous les poitrines accolées, ce froissement léger des étoffes accessoires, cette caresse étouffée sous l’ébène d’une chevelure impulsivement visitée par des doigts avides.

Un nuage d’émotions contraires obscurcit le ciel bleu des retrouvailles et déposa à l’œil goupil une rosée de larmes qu’il ne put contenir, et laissa passer le rideau de ses cils, puis dévaler en perles humides la pente de ses joues cachées à l’abri d’un cou lénifiant. À ce frère il ne pouvait rien dissimuler, à ce gardien de ses faiblesses il s’était toujours montré sans fard.


Tu m’as manqué. Elle me manque.

Il gémit tel un vent sous les frondaisons d’un bois. Ses membres se resserrèrent sur le torse ami jusqu’à lui couper une respiration dont lui-même se sentait privé. Paris avait trop pris, et le Renard sombrait telle une feuille dans le cours trompeusement paisible d’une rivière.
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Alphonse_tabouret
Pomme roule sur le parvis d’un Louvre distant, trop occupé pour avoir que faire des douleurs qui ne sont pas du sang de ses institutions, et silhouettes, loin de l’œil torve du monument quand elles sont pourtant encore à sa respiration, s’éprouvent d’un soupir brodé.
Il est bon d’être dans ces bras-là, il y fait chaud toujours, l’on y est pardonné à chaque traitrise, et il suffit d’un silence pour retrouver les convictions d’antan. Facile. Tout est toujours facile aux bras de Messey sans que l’on ne sache pourquoi, ni même comment, et l’on s’y abrite, lâchement, car l’on y sait le havre sans jamais la moindre contrepartie, l’assurance de la quiétude aux tourments les plus vils.
Sabaude ne craint rien, ne redoute jamais, il offre sans concession, et, monstre avide, Alphonse prend, à la culpabilité des silences observés, des conjectures tues : il n’y a pas de mots, juste les affluents violents des émotions et à ces bras plus que jamais, les souvenirs s’emmêlent, se disputent et se heurtent, temps anciens chantonnant de graves notes, d’effilées blessures qui languissent de vide.


Elle nous manquera toujours.

Les évidences planent au-dessus des têtes.
Années vertes ont laissé leur place aux jours gris ; tout n’est plus que mémoire désormais dès lors que on évoquera la gitane, remisant à un passé définitif les heures partagées tous trois aux murs de l’Aphrodite, aux rues de Paris, aux coupes remplies de rires à l’étreinte des fins de soirée.

Nous apprendrons à vivre avec, il le faut bien n’est-ce pas ?

Si tu savais Sabaude, si tu savais les yeux qu’il a… Quand il te regarde, l’on croirait la voir, une seconde, parfois plus, et puis il ne reste que lui. Lui qui n’est pas elle mais qui sent presque comme elle, lui qui a ces mêmes cheveux au mouvement des boucles …
J’aurais voulu y passer la main…


Secret se tait ; si la soirée passée avec Casas a été narrée à l’ivresse des euphories lorsqu’il a passé porte de Sainte Opportune, Tabouret ne se résout pas encore à livrer son remède, ce baume providentielle aux attributs gitans ; quelque part dans Paris, Diego respire et avec lui, à l’ironie des destins écornés , Axelle aussi.

Et puis, nous sommes encore là.

Pouce cueille la joue quand les doigts s’enfouissent derrière l’oreille amenant chiots aux regards brouillés des endeuillés à se contempler d’une parenthèse. Larmes frôlent les lèvres, brouille la tristesse du sourire et recule d’une pudeur avant que la voix ne rompe l’inertie :

Du vin pour accompagner tout cela, voilà ce qu’il nous faut. Du rouge, aux couleurs de ses jupes. Qu'en dis-tu?

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Sabaude
J’ai au cœur, Alphonse, une douleur, le vide des absences, la tienne, la mienne, la sienne, les leurs. Il saigne en mon être comme il pleut au-dehors. Un seul ne saurait m’épargner les maux quand en chacun de vous il y a une part de moi. J’ai les attributs d’un homme mais l’âme fragile d’un enfant sous les masques que j’appose. Partez et c’est mon corps que la Seine accueillera. L’abandon est ma faiblesse, ma crainte, mon désarroi. Ne le voyez-vous pas ?

Le temps que dura la parenthèse, gorge nouée de l’aveu qu’il renia aussitôt pour ne pas le prononcer, conscient de ne jamais laisser longtemps la porte ouverte aux défaillances qui souillent et pervertissent l’hôte, soucieux d’être celui qui n’indispose pas d’un accablement tant indésiré que passager, Sabaude se contenta de flotter sur l’onde noire des orbes miroir.
Celle-ci refermée, il passa un bras autour de la taille mâle, geste fait douceur autant que crochet, pour ne permettre à aucune rue, aucune foule, aucune dérobade de lui enlever Tabouret.
Déjà réchauffé de cette présence qui chassait ses démons, le débrouillait, et faisait reculer ses ténèbres, il glissa un regard en coin à cet improbable compagnon que le sort avait dressé sur son chemin des années auparavant. Son pouce libre glissa crânement le long de son nez.


Ne trouves-tu pas que Paris est bien poussiéreuse pour irriter ainsi nos yeux ?
Tu as raison, sur un point, il nous faut accompagner tout cela, mais aussi avec du cidre, doré comme les étoiles où elle danse désormais.


Un sourire illumina peu à peu les traits encore jeunes sous l’évidente fatigue des dernières semaines. Il avait toujours préféré le jus des pommes à celui du raisin, fermenté ou non. Mais par-dessus tout il ne pouvait que s’amuser de découvrir plus de deux mots dans la bouche du brun, l’exagération de son compte marqué aux commissures de ses lèvres.

Viens.

D’un pas devenu sûr il les fit quitter le tumulte des abords du Louvre pour les mener dans une de ces tavernes découvertes au gré de ses explorations. Bon client pour sa consommation et y avoir démêlé quelques querelles naissantes et rétablit le calme de ce ton et de cette prestance qu’il réservait normalement aux prétoires, il lui suffisait de paraître pour qu’on lui attribuât une table un peu plus à l’écart, propre et promptement servie.

Après toi, je t’en prie, pressa-t-il lèvres à une oreille et main contre le dos d’Alphonse qu’il libéra par la même occasion de l’arche de son bras autant protecteur que geôlier.

Pénétrant dans les lieux à sa suite, il remit une généreuse poignée d’écus au tavernier devant lequel il passa sans laisser à son complice le temps de s’arrêter.

Nous avons grand faim, grand soif et à parler. Votre meilleur cidre pour moi, votre vin le plus fort pour mon ami, et un seau, au cas où...

L'alcool déliait les langues, disait-on.
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Alphonse_tabouret
Au flanc, silhouette s’accroche et s’y noue d’une main à l’épaule. Aux douleurs des deuils, il n’est rien qui ne sache séparer les frères, et aux auspices des réunions, l’on est dupe de rien ; ici, à l’abysse d’un verre de vin où l’on se noiera, l’on saluera d’un hommage et l‘on enterrera.
Le sourire naissant ne sait s’il germe d’un réflexe ou d’une association, verdure allongée du pouce venant appuyer la mine déliée du Goupil tandis que les pas redonnent de l’élan au duo. D’un pied, Paris est rejoint, rattrapée, et l’on se dissout à son flot, éclats parmi les autres, à ses propres lumières seulement. Au tumulte, l’on redevient alcôve, intimes, et les doigts qui s’enfoncent au tissu, les pressions qui ravivent le corps d’une caresse chantent d’une sourdine résineuse à leurs moindres esquisses ; les choses paraissent si simples lorsque l’on redevient un, habillé d’allant, étrenné d’espoir… comme l’on se sent irrésistible soudainement, de trouver à la pulpe, au bonheur du toucher, l’assurance pleine que nul ne s’en défaussera.
Carnets pleins dès lorsqu’il s’agit de visages, les chiffres se font rares quand l’on additionne les amis et Tabouret, sur les quatre qu’il compte si chèrement, n’en voit plus qu’un auquel il cède la proximité des tendresses, les gestes que l’on voudrait sans frontières quand, depuis son retour, ils n’ont eu de cesse de se défausser. Froid, distant, répugnant les contacts physiques, voilà comment le perçoit Périgueux : un amas d’angles rigides qui ne s’écorne jamais d’un geste déplacé… Périgueux, définitivement, ne connait que la vie rachetée aux pavés pluvieux de Paris … Faune dont le corps a toujours été le langage, dont les doigts déliés ont toujours aimé effleurer sans même saisir, a assis les respectueuses barrières du gouffre, forcé les éloignements instinctifs et si ce n’est l’amant, personne ne perçoit plus le chant naturel de la chair.
Un instant, c’est le cou de Josselinière qui lui revient en mémoire, le naturel qui l’avait poussé à venir pousser un mot à l’oreille de Lucie avant de se rattraper à deux mains aux bienséances réglementaires, grisant les lettres de Paris pour y tendre le pavillon des Flandres. Liberté retrouvée à la conclusion de deux ans de pantomime a abandonné Tabouret à de nouvelles interrogations : Qu’est-on lorsque l’on n’est plus esclave, objet de marchandise, filigrane d’une lanterne rouge éclairant les joues des passants d’une concupiscence ?

Sourire bienveillant glisse en coin de museau au profil voisin et jugule la spontanéité de l’y éclairer d’un baiser fraternel ; à cette peau, l’on peut tout murmurer sans y risquer le bris.


Je viens.

A la capitale, chacun ses rondes, et celle menée par Messey dilue les ruelles inconnues à un territoire que Tabouret arpente peu ; à son règne capitale, marchand de plaisirs bien loin des affaires politiques, il n’a jamais eu à percer les bureaux du Louvre, plus habitué à ce que les belles gens s’aventurent jusqu’à la lanterne rouge des quartiers sombres pour y célébrer leurs vices et sceller leurs contrats qu’à devoir présenter le gant d’une patte blanche à leurs administratives marches.
Mondes n’ont jamais eu de cesse de s’entrechoquer à ces deux-là, pétris de ressemblances, fracturés de divergences et en découvrant le territoire auquel ils s’arrêteront ce jour, Alphonse prend le pouls des singularités, y ressent toute l’étrangeté des choses. Il a suffi de si peu pour englober un tout, et soumis aux tempêtes, aux affres de son caractère tourmenté, c'est la tristesse d’une tendresse qui se dilue à la gorge du parisien.

A la soif et à la faim, c’est le vertige de l’adjectif qui l’amuse d’un air ; Tabouret n’a que peu d’appétit et la pépie le pousse avec rareté jusqu’à l’ébriété.
Les premières joies à s’effacer avaient été celles des ivresses; les mois qui avaient précédé Florence l’avaient vu au siège des troquets au seul but des oublis où boire jusqu’à plus soif gardait l’arrière-gout des vides à remplir et sans l’étincelle de l’inattendu, Alphonse avait désormais bien du mal à y changer ses habitudes.


Un seau…, répète-t-il d’un sourire narquois, tirant chaise avant de s’y assoir. J’ignore qui tu fréquentes ces temps-ci, mais les fins de soirées y ont l’air mouvementées… Banalités au sous-entendus des réalités ; de fait, il ne sait rien des fréquentations de Messey, il ne sait plus rien de Sabaude si ce n’est qu’il a l’arôme des vérités.

Carmin atterrit à la table au choc sourd du broc qui s’y pose, et le verre y est rempli par un garçon en guise de bienvenue avant de laisser l’hôte au choix de son débit. Noirs glissant sur le visage qui lui fait face, contenant se lève et vient faire un bref écho au cidre qui se tend sans poser de couronne aux lettres du toast ; inutiles palabres, l’on sent presque le parfum d’Axelle au centre de la table.

Le Louvre est-il à ce point ennuyeux qu’un panier de fruits t’en fait sortir en courant ? L’œil s’attarde d’une douceur aux cernes qui se dessinent d’une ombre au museau ami. Ou avais tu une irrésistible envie de faire l’école buissonnière ?
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Sabaude
Au plaisir de se retrouver avec cet autre aussi semblable que dissemblable et indispensable comme l’eau à l’assoiffé , au soulagement de n’être pas de bonne compagnie pour ses jours passés au bras de l’impitoyable Justice, son titre de noblesse et ses accointances, il accompagna l’entrechoquement des verres d’un éclat de rire libérateur, laissant aux Cieux le souvenir de la gitane qui n’aurait pas souhaité voir de la tristesse aux traits de ses amis.

Sais-tu qu’il m’est si plaisant d’entendre le son de ta voix, que je te laisserais volontiers faire la conversation, Alphonse. Mais quelque chose me dit que tu trouverais vite refuge derrière un silence, un regard lourd de sens comme tu sais les faire, voire – par les dieux de l’inconvenance- une vessie à vider.

Du bout de sa botte il déplaça d’un pouce ou deux le seau posé au sol.

C’est seulement au cas où ton estomac délicat aurait à pâtir de ce qu’il nous sera servi. Loin de moi l’idée de te voir ivre et bavard. Quoique…

Sur un clin d’œil de plaisantin, il approcha son siège de celui occupé par Tabouret et s’y installa, accolant bras et avant bras comme on jointe deux pierres, rocs solitaires pouvaient-ils être face au reste de la clientèle dont ils ne voulaient que l’animation et le bourdonnement des conversations pour bercer la leur.

Depuis qu'il manque une journée à mes souvenirs, je ne fraye que modérément avec l'alcool. Et je fréquente bien peu de monde, Al. J’en vois, souleva-t-il son verre en direction des autres tables, j’en croise, mais je m’arrête peu pour faire connaissance. Je déçois ou je suis déçu, alors…

La fin de la phrase s’éleva et retomba à l’image de ses épaules, et une gorgée de cidre dévala jusqu’à ses entrailles, amicale.

Le Dragon est une famille mirage, trop portée sur la querelle quand d’autres le sont sur la bouteille. Le Parlement a le touché et le parfum d’un livre ancien dont je tournerai la dernière page sitôt qu’une certaine jeune femme en aura laissé les rênes. Le Secrétariat d’État m’offre un refuge où je me fais solitaire en dehors de rares fois, comme celles où je vois le doux visage d’Erwelyn passer la porte. Quant aux Alençonnais, ils sont alençonnais et moi devenu un goupil qui s’aventure de moins en moins dans les villages.

Aucune note dans sa voix n’avait trahi de la morosité, le jeune homme qu’il était avait seulement une pleine et vive conscience des choses. Sur un air enjoué il donna un petit coup d’épaule à son voisin de table, une familiarité affectueuse quand elle n’était pas aussi respectueuse, qui lui était naturelle avec Alphonse, autant que respirer.

Crois-tu qu’à ne plus guère fréquenter les églises que lors des cérémonies, j’ai ouvert mon âme au démon Cynisme ?

Le verre fut vidé et à l’image des épaules, cogné contre son jumeau.

Aux vivants, Alphonse, surtout s’ils donnent des ailes et savent qu’on attrape le Renard avec une pomme ! Tu auras pris ton temps cela dit, à croire que tu t’endors dans les vergers.

Il ne tirerait aucun ver du nez ou de la pomme, comme toujours il laissait le choix d’éluder, de se taire ou de se répandre en confidence.
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