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[RP] La fille sous la dunette

Cixi_apollonia
Sur le pont de l'Obélix, quelque part dans l'océan atlantique.


    C'est quand même triste,
    D'être vissée à sa chaise, à mon âge,
    Comme une vieille anglaise, une momie, un otage.
    Oui, j'suis l'otage de ma tête,
    Tout c'que j'vois par la fenêtre déménage, dedans,
    C'est pas ma fête
    Si j'suis tout le temps,
    Assise.
    Camille - la fille Assise


L'Océan se perdait à vue depuis quelques heures. Quelques heures pendant lesquelles elle n'avait pas détaché ses yeux de lui. Compagnon mouvant et ogre, fascinant. C'était bien la première fois qu'elle voyait l'Océan. En Bruges, c'était autre chose, ce que l'on pouvait observer depuis les quais. Loin des Gabarres de sa terre natale, l'immense Caraque de guerre ressemblait à une minuscule coque de noix, traversant une infinité de bleu marine. Elle, une poussière disséminée sur le plancher. Assise et entravée là, pour ne pas passer par dessus bord avec ses jambes encore mal alertes. Une figure de proue embarquée, stoique. Celui qui chanterait un jour que ce n'était la mer qui prendrait l'homme n'aurait pas tort. Assise bien malgré elle sur le pont où les autres marins l'avaient laissée faute d'avoir du temps à lui accorder, Apollonia était figée les yeux au loin, dans l'expectative de chaque remous fascinant des vagues. Chaque mouvement monstrueux bavant d'écume. Quelque chose donnait vie à tout ce bleu, se pouvait-il que ce ne soit jamais qu'un géant qui s'ébroue? Angers avait disparu. Et avec lui, Fechter. Torchesac. Rameau. Tous les autres.


Charivari pour qui ?... !

Sortie de ses observations statiques par un cri provenant de la caraque voisine, les yeux clairs se tournèrent sur leurs homologues, dix coques de noix en enfilade, l'ensemble de la flotte Royale, toutes proues fendant le flot d'un mouvement conquérant. L'Obélix voguait en formation stricte, le temps était au beau fixe, idéal pour filer à la vitesse de pointe , fiers gréements retenant d'immenses voilées gonflées. Espars rutilants frappés du Lys, sous lesquels étrangement l'on y parlait toutes les langues. Cordages grinçant aux noeuds confiés à l'Apollonia. Assise, que pouvait elle faire de mieux que les noeuds marins? Tanissa avait été bonne. Refusant de l'abandonner , malgré qu'elle ne soit pour l'heure aussi utile qu'un sac de grain en cale. Car le voyage s'annonçait long, et loin du cabotage marchand, cent marins royaux s'activaient pour survivre à près de deux mois de trajet. Première escale; Lisbonne.

Pour notre quartier maitre et ses putains de filles!


Un seau d'eau jeté à l'arrache vint éclabousser ses bottes et faire se rétracter à l'intérieur ses orteils. Le matelot l'ignora en commençant à frotter le pont. Ils n'étaient pas mauvais bougres.. Juste occupés à vivre et survivre chacun comme il fallait pour arriver à bon port. Pour l'heure encore meuble parmi les allées et venues fantomatiques des fiers bottés, les mains déjà aux prises des brûlures du sec et des mouvements répétés sur les cordes, la Hase écoutait en silence le chant des hommes qui se répondaient d'un navire à l'autre, tanguant dans la continuité des longs et lascifs mouvements de la houle . Durant le travail au cabestan, ils étaient autorisés à s'encourager ainsi, au dépend de qui bon leur semblait... Une tradition dont personne ne prenait ombrage. Tant qu'ils chantaient, disait-on, voguerait les grands vaisseaux de bois et de toile que léchaient le monstre de l'Océan...


Not' leiut'nant c'est une enfant d'salaud, he, hei ! He , ho! Il a mis ses filles au bordeau, une à Nantes, l'autre à Saint Malo
Hé, hei! Hé, ho !
Dans leur con grand comme un seillau, hé, hei ! Hé, ho ! Le foutre y coule à plien tonneau, pique leur ton vit beau mat'lot !
Hé, hei! Hé, ho !


Tant qu'ils chantaient, le jour se lèverait.


Titre emprunté à Bourgeon, les Passagers du vent t.1

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Cixi_apollonia
Lisbonne , Portugal.

L'écriture est malhabile. D'une main éprouvée.


Citation:
À Lenu Signée de sel


Lénu,

Si cette lettre arrive à bon port, sache qu'elle te vient du Portugal, au large de Lisboa où j'ai pris la plume sur le pont pour t'écrire. Je la ferai partir à terre, lorsque nous irons nous ravitailler. J'espère que tu te portes bien, et que tu n'es pas seule, ni mal accompagnée. En ce dernier point, j'ai peu d'inquiétudes. La caraque sur laquelle je navigue s'appelle l'Obélix. Nous voyageons en flotte nombreuse, et nous repartirons bientôt pour poursuivre le voyage. J'ai eu quelques ennuis en quittant Angers... Mais nous en reparlerons sans doute le jour où l'on se recroisera. Pour l'heure, l'Amirale m'apprend la vie de matelot. Je ne suis pas encore d'une bien grande aide, mais je tente de servir du mieux que je le peux... Finalement, je n'aurais pas besoin de tu me trouves quelque potion pour que je ne saigne plus. Je crois que cela n'arrivera plus jamais. J'en prends mon parti. Saigner en mer aurait été vraiment gênant ... Ici, il n'y a pas que des hommes, mais la vie ne fait de place qu'à ceux qui savent l'être. Et je ne compte pas me coltiner à la cuisine. Je t'envoie un petit compagnon d'infortune, il a été repêché dans les filets. Il a une branche en moins, un peu comme moi désormais. Chez moi, c'est un zeesteren , au Portugal estrelas do mar.

Ne tente pas de répondre à cette missive, nous repartons et ne repasserons pas par Lisboa, ou alors dans quelques mois seulement. Prends soin de toi, et s'il est avec toi... de Siegfried.

Apollonia.



Citation:

À Torchesac l'écume des jours

Comme vous pouvez le constater, ma main se remet. Voyez, j'ai presque l'écriture d'une enfant de six ans. Beau progrès n'est-ce pas...? Rameau Toubib a fait des merveilles, avouez que vous ne lui soupçonniez pas son talent de Maitre ès mosaïque . Cette lettre vous parviendra du Portugal, où la caraque de guerre l'Obélix mouille paisiblement, le temps que nous nous ravitaillions. Rameau m'a bien lu votre dernier pli à Angers, quelques temps avant que je n'embarque pour de bon, et même si je n'ai pas sollicité les personnes que vous m'avez indiquées, je dois vous remercier de chaque pli, chaque attention portée, car je remarche enfin. Bien qu'avec l'équilibre d'un enfant de quatre ans ( oui, un pas en avant, deux pas en arrière. Que faire... ). Mais la précarité vaut mieux que l'immobilisme. Je vous fais parvenir donc de bonnes nouvelles, et un Réal Portugais. Ici on les échange contre du poisson salé et des agrumes, il parait qu'en mer il faut en manger chaque jour pour ne pas voir nos dents tomber.

J'espère que vous allez bien, ne répondez pas, le temps que la lettre parvienne à Lisboa je n'y serai plus.

Apollonia.


Citation:
À Siegfried Fechter Au sel de tes mots

Siegfried,

pardonnez le temps qu'a mis cette lettre à vous trouver, c'est indépendant de ma volonté. Ma volonté me dit que j'aimerais , non pas être avec vous, mais que vous soyez avec moi, ce jour, à Lisboa. Nous aurions la mer aux pieds pour me permettre d'honorer une promesse, je vous aurais appris à nager.

La vie au bord de l'Obélix est jalonnée de bleu et de noir, jour, nuit, voiles, vent , ciel, terres en vue parfois. J'ai pensé ne jamais quitter Angers, mais contre vents et marée voyez, j'ai réussi. Il y a au large de la côte où je me trouve pour vous écrire, de solides rochers immuables et sages, qui ne ploient face à rien; ils me font penser à vous. J'aimerais peut-être, sans doute, que vous pensiez à moi ainsi.

J'espère de là où je suis que vous vous portez pour le mieux, et que Tencendur ne vous a pas malmené. L'inverse étant improbable. J'espère que vous ne m'oubliez pas, car voyez, je ne vous oublie pas. L'on aurait du me dire que la distance faisait ressasser tant de choses, peut être la solitude aussi. Car vous vous en doutez, je ne me montre guère que pour manger et faire mes corvées quotidiennes. Tanissa est bonne avec moi, elle m'a beaucoup aidée. Je fais du mieux que je peux pour lui rendre la pareille.

Pardonnez-moi, je n'ai plus le sabre que vous m'avez offert. Il a été brisé. J'ai cependant encore votre collier. Et vos lettres. Ne répondez-pas à celle-ci, au risque qu'elle ne me trouve jamais, car nous levons l'ancre sous peu et nous poursuivons le voyage... Mais ne doutez pas de mon affection. Ni du reste.

J'espère que vous serez à quai à mon retour.

Apollonia



[ Avec la lettre, roulée, une mèche de cheveux brune et raide.]

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Cixi_apollonia
Valencia , Espagne.

L'écriture est encore chevrotante. D'une main gantée.


Citation:
À Bastiann

Sans scel mais salée

Bastian,

je ne t'ai pas oublié. J'imagine que tu es retourné non loin des grâces paternelles. Serais-je stupide de te livrer encore des secrets , ou pourrais-je croire que tu ne vas pas lui faire lire ce pli? Pour ce que cela changerait, finalement. Il a du te lire l'horrible lettre que je lui ai adressée avant de quitter Angers ... J'ai quitté l'Anjou voilà un mois, pour transiter par le Portugal jusqu'en Espagne, où le navire de la Royale sur lequel je suis engagée mouille ce soir. Nous ferons étape dans le sud, peut être y seras tu? Peut être pourrais-je imaginer que tu y seras. Droit et fier tel que tu l'es, pour me serrer dans tes bras. Ils doivent être plus accueillants sans ta cuirasse, peut être drapés de ces tissus chers et brodés dont les Leffe ont le secret.

De secret moi, je n'ai pas tant pour toi. J'avais besoin de temps pour mettre à bien mon projet, m'assurer qu'aucun homme en livrée ne me saisisse et avorte mes desseins. Chose faite, je découvre la vie dans la marine, et elle est plus enviable pour l'heure que celle d'une fugitive. Car l'on en est pas, n'est-ce pas, quand personne ne peut plus nous saisir?
J'ai rencontré une armée qui m'a laissé quelques souvenirs avant de quitter la France, je n'ai pas de quoi me regarder ici, mais je vois bien dans le regard de l'Amirale qui m'a hissée sur la Caraque que j'ai perdu en charme. Dieu merci, elle ne m'en fait pas l'épilogue...

Les marins sont de drôles de gens. Ils parlent souvent toute les langues, mais la seule dont ils connaissent tous le chant est celle de la camaraderie. Charivarris résonnent du soir au matin, pour se donner du courage, et maintenant que je remarche grâce à ce medecin , Torchesac, je peux me rendre utile. Et me fondre dans la masse. Valencia est une ville splendide, même au coeur de l'Hiver. Je me demande comment tu te portes, par delà la frontière. Si tu penses à ta soeur. Misérable mouton noir. Je n'ai pas tant perdu au change, tu sais. Leffe et Miras, ils ne pourront pas prendre mon ventre, je l'ai perdu par mégarde en route. Ne réponds pas à cette missive, nous quittons la ville sous peu.

Ne m'oublies pas.

Ik geef je terug aan God,
Ik houd van je.*

Apollonia.





Citation:
À Siegfried_fechter


Siegfried,

vous apprécieriez Valencia. J'ai réussi à y troquer un tabac que même un non fumeur m'envierait, contre quelques coquillages glanés au portugal, et de vieux réals. Les marins boivent assez, ou fument davantage. Je crois que c'est une façon de tromper leur solitude, car sur l'eau, nous ne formons qu'une seule et unique personne dans le ventre de ce navire. Une personne seule malgré elle.

La halte sera brève, je crois que nous avons des marchandises à décharger et à charger, j'en ai profité pour aller me dégourdir les pattes et vérifier si je trouvais au marché un sabre qui m'aurait tenu compagnie comme l'a fait le vôtre avant mon départ. Ce soir là j'ai attendu Ganwyn. Quelle sinistre erreur. Le chevalier n'est jamais venu. Et moi j'ai troqué contre une expérience de l'autre côté, le masque que j'aimais tant à porter hors de nos soirées derrière les écuries d'Augias. Je paierais cher ce soir pour trouver un miroir, mais les rations du voyages ne me permettent pas de folies. Il faudra se contenter de voir dans l'eau le miroitement déformé de ma gueule. Je crois que vous ne me trouverez jamais jolie.

Quand j'y songe, cela me serre les tripes. Mais dejà le travail à bord me rappelle aux priorités vitales. Je fume désormais mieux que le plus vieux des loups de mer de cette caraque. Ne le répétez pas à Bastian, si vous le croisez, je me suis décidée à lui écrire. Je ménage mes effets.

La mer des Baléares a quelque chose qui me ramène à vous, toujours d'une lame innatendue elle découvre ces rochers tannés par les éléments.

Ik geef je terug aan God, meester van wapens.**


Apollonia.



* Je vous remets à Dieu, je vous aime.
**Je vous remet à Dieu, maître d'armes.


Citation:

À Lenu

sous la dunette

Lénu,

Hier, une mutinerie a été évitée de justesse sur l'un des navires de la flotte. Il faut dire que dans la Royale, le mot Mutinerie n'est pas à la légère... Quelques marins contrariés ont menacé de ne pas rendre la barre, et se sont vite ravisés. Mais l'ambiance est devenue momentanément tendue. Je ne donne pas cher de leur avenir au sein de la flotte. Les règles sont strictes, ceux qui ne suivent pas les ordres sont au mieux débarqués au prochain port à coup de pied au cul, au pire disparus dans la nuit en pleine mer... Pour ma part, je brique le port et range les cordages sans moufter. Déjà que je ne galope plus, je ne sais pas si j'arriverai à nager... Nous sommes à Valencia. C'est une belle ville, et le marché est sublime. Tu verrais cela... Les poissons se vendent à 14 écus ici. Il faut dire que le peuple vit de la mer. J'ai pris une piaule, peut être que j'y reviendrai un jour.

J'ai enfin écrit à Bastian. Si tu es dans le sud, je passe par Montpellier bientôt. Mais brièvement. Peut-être nous y croiserons nous.

Mes pensées t'accompagnent.

Apollonia

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Tanissa
[Pendant la traversée, Océan Atlantique, à bord de l'Obélix]

La jeune fille passait ses jours se traîner d'une partie à l'autre du navire, titubante, avec le pas du crabe, à chaque matin un peu moins crabe et un peu plus humaine. Les signes de l'accident arrivé en Anjou ne l'auraient jamais quittée du tout et auraient compromis son future. Cruel, comme la vie peut parfois etre.

A' pas léger Tanissa s'approche et posé son chapeau à terre et en laissant le vents s'emparer de ses cheveux elle s'assoit à son coté, en pointant les yeux vers les vagues que brillaient de milles couleurs.


- On est si petits n'est pas?

Pas vraiment une demande, mais une constatation. Elle avait remarqué le regard kidnappé d'Apollonia, le meme regard qu'elle avait à son age quand partie de Genova avec une poignée de compagnons elle avait pris la mer vers l'inconnu, sans une destination, sans un but, tombée amoureuse de cette immensité, avide d'aventure et de connaissance.


[Valencia, quelques semaine plus tard ]

- Cherchez Apollonia et dites lui que je l'attend. Je dois lui parler.

En main la lettre avec le sceau des Leffes.
Le vol de la muette aurait du s'arreter?

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Cixi_apollonia
[Pendant la traversée, Océan Atlantique, à bord de l'Obélix]

Cruelle, la vie l'est parfois. D'une justice qui échappe au genre humain. Une sentence de l'ordre des choses.

Assise à côté de l'Amirale en laquelle elle a placé une admiration muette et mouette, la jeune femme opine doucement. On est bien peu de choses, oui. Elle le sait depuis la guerre du Poitou. Depuis les lames d'Anjou. Depuis sa marche silencieuse au bord du Léthé et son retour parmi les flots. Sur la caraque, Nation mobile, Patrie apatride, la Hase a perdu de sa légendaire souplesse. Ses pas son si lourds qu'elle ne se déplace plus en silence. Ses gestes demandent tant de concentration qu'elle a appris la patience. Son corps lui est devenu si étranger qu'elle s'est pris à son jeu. Elle n'est plus tant l'Apollonia qu'elle a été. Alors, si elle n'est plus, qui est elle, désormais loin de sa famille et des gens qu'elle a connu pendant la guerre? Les bleus se gardent bien de regarder la femme au grand chapeau. Se contentent de partager ce moment de solitude à deux, bercées par cet horrible et délicieux accent italien dont Tanissa ne se départit pas. Fève en poche. Ventre rempli. Et tout ce qu'elle lui devait encore, bien loti sur elle. La bouche close, et le coeur encore vierge qui se demande "dis, où ça s'arrête, la liberté? Et où commence la solitude des marins?". Tanissa doit bien savoir cela...

Les jours en mer lui ont appris aussi ce que Fechter voulait dire quand il disait que sa cicatrice le brûlait terriblement. La longue balafre qui lui coupe en deux le profil est torturée par le sel, si souvent qu'elle doit comme lui, la protéger. Quel vilain point commun.


[Valencia, quelques semaine plus tard ]

- L'Amirale veut te voir.
- Moi?
- Oui, toi, la mouette ! Y'en a bien assez d'une , non?


Le pas est lent. Sans penser à rien d'autre que la corvée laissée en suspend. Le jeune mousse aux cheveux courts frappe à la porte des appartements de Tanissa et entre dans un silence distrait. Sans doute une tâche à faire. Ou un courrier à envoyer. Car l'Apollonia s'est proposée de faire le relais avec les messagers de Valencia pour faire partir les lettres de tous les marins de la Royale, une façon comme une autre de s'assurer de la partance des siennes et de prendre un peu de liberté en ville.


- Vous m'avez mandée.

Dit-elle en baissant le museau d'un salut respectueux.

    Ciao Maestro.

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Tanissa
- Assieds-toi s'il te plait.

Elle lui indique un des fauteuils, et lui donne la lettre:

Citation:

      À l'attention de Maria Agata Aleramica Imperiali, Grande Amirale de France, Marquise de Saint Clair sur Epte.
      De la part de Wayllander Louis-Ambroos de Leffe-Miras, Pair de France Comte de Rubroëk, Vicomte de la Motte-au-Bois, Baron de Lannoy & de Poperinge, Seigneur de Genech & de Wambrechies.


        Heil en Vrede.


          Votre Magnificence,

          J'ai appris ce jour qu'une jeune fille sous ma protection, dotée de plus de fierté mal placée que du jugeote puisqu'elle a échappé à ses tuteurs, a trouvé "refuge" au sein de l'amirauté royale.
          Il s'agit de Cixi Apollonia. Sa mère était une proche amie, à qui j'ai promis sur son lit de mort de veiller sur sa fille, bon gré mal gré.

          Aussi vous serais-je grandement reconnaissant de me remettre Cixi dès que possible, ou du moins de m'indiquer où et quand je pourrais la retrouver.

          Comprenez bien l'extrême importance que cela a à mes yeux.

          Au plaisir de vous recroiser aux Dioscures.



        Puissent Aristote & Sainte-Illinda vous garder & vous guider.


          Signé & scellé le 5 Février de l'An de Grâce MCDLXVII, au Louvre.







Et en attendant une réaction, elle la regarde avec ses grands yeux verts et indéchiffrables.
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Cixi_apollonia
Comment s'appelle ce sentiment qui l'étreint tout à coup, à la lecture de la lettre...?

Ah oui. L'Angoisse. C'est bien cela. De l'angoisse. Un sentiment qu'elle avait laissé sur le quai d'Angers en partant, et d'une façon si désinvolte qu'elle pensait - oh petite sotte! - s'en être débarrassée à tout jamais ?

Les yeux clairs restèrent figés sur le délié incisif de Wayllander. Son Père. Combien de temps s'écoula ? De longues, trop longues secondes pour la blanchir. Et pendant ce temps où elle n'osa même pas relire chaque mot, la formulation d'une excuse ne vint pas. Page blanche. Fatal Error. Un seul voyant clignotait dans son esprit.

Fail. Fail. Fail.


Bastian... Dit-elle si bas que sans doute, l'Amirale n'entendit pas.

A quoi s'attendait-elle d'autre? Son frère avait fait exactement ce qu'elle espérait qu'il ne ferait pas. Lui en voulait-elle? Ses mains figées sur le vélin au sceau si reconnaissable l'empêchaient de réfléchir. En une fraction de seconde, Apollonia se rendit compte qu'elles tremblaient.

Apollonia tremblait.

Le Leffe Miras savait. Le Leffe Miras la ferait revenir illico sur la terre ferme, où ses hommes en livrée rouge l'attendraient. Echec et Mat. Elle déglutit. Sans oser lever les yeux sur Tanissa. Puisqu'aucune question ne fut posée - sans doute qu'il n'y en avait pas besoin - la Hase garda un épais silence prostré. C'était sans doute la meilleure chose à faire.

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Tanissa
Toute sa vie passée éloigner tous types d'empathie, ou au moins ne permettre jamais aux sentiments de submerger la "raison", le droit, ce qu'il fallait faire à dépit de ce qu'elle aurait voulu faire. Efforts inutiles maintenant, devant ce sac d'os qui tremblait, dont l'angoisse était palpable et se diffusait autour, concrète, comme une odeur jusqu'à pénétrer dans l'estomac de la Corsaire. Car les sentiments ne demeurent pas dans le coeur, comme voudrait l'imaginaire collectif, mais plus en bas, là d'où partent les instincts primitifs, incontrôlables.

Consigner la fille au De Leffe-Miras, conclure cette affaire et tout oublier. Les hommes de Sa Seigneurie auraient pu la protéger, aussi mieux d'elle-même, comme les signes gravés sur la peau de Cixi hurlaient à grand voix. La solution plus facile mais pas la moins lourde à supporter à long terme.

Mais la mer est surtout liberté. Liberté de choisir un chemin difficile, dangereux et tortueux que seulement une énorme passion peut faire avaler.


- Alors...

Non, ça ne serait pas elle à couper les ailes à la mouette.
Elle va remplir deux verres d'un liquide rouge comme le sang et en pousse un vers Apollonia, en souriant. Le vin, véritable philtre de courage.


- D'abord, je veux que tu saches que c'est une chance avoir une famille, quelqu'un qui te cherche... et que t'aime.

En levant mollement un bras comme pour indiquer l'invisible foule autour.

- Car ici c'est plein de qui est "recherché", mais plus souvent c'est pour les pendre à un arbre que pour une accolade.

Mais ça peut n'être pas ton point de vue.


Et de couper tout court.

- Tu veux que je répond quoi à Wayllander?

En change de la dévotion à la marine, elle avait promis à tous protection, un serment muet qui n'avait jamais eu besoin d'être scellé. A' voir, si elle aurait eu les épaules assez larges pour garder sa promesse, aussi en face à une des plus puissantes familles de France. Mais la vie enfin n'est qu'une chaîne de défis.
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Cixi_apollonia
Les yeux baissés sur ses mains aux doigts noués, la Hase ne dit rien. Seule la voix de l'italienne perce la bulle dans laquelle l'annonce de cette lettre l'a plongée. Wayllander est son père. Le Leffe, à grand renforts de formules de politesses et de mensonge, la tenait aux yeux de tous encore pour une jeune fille sous sa responsabilité. Quelle ironie. De responsabilités, il n'assumait rien, ou si peu. Celle de la traquer pour la faire revenir dans ce qu'il estimait être le droit chemin. Laissant aux oubliettes la solution et le problème, il était son Père.
Peut être, sans doute même, que s'il s'était emparé de la possibilité d'assumer sa paternité à la mort de Celestina, l'Apollonia n'aurait pas poussé si loin la distance entre eux. Ils étaient en mer. Sans espoir de voir la terre avant des semaines, et la seule terre en vue serait alors celle du bout du monde. Peut-être que les choses se seraient passées autrement, ne l'enlisant pas dans cette fuite éternelle, ne laissant pas au comte de Rubroek que de radicales et désespérées solutions. Prostrée dans le limon visqueux où cette nouvelle l'avait plongée, la jeune fille prenait toute la mesure de l'inextricabilité de l'affaire où ils s'étaient enlisés tous les deux. Wayllander la cachait au monde, Apollonia s'était dérobée par mimétisme.

La seule personne qui m'aimait est morte il y a neuf mois.

Neuf mois. Déjà? Neuf mois qu'Apollonia avait quitté les Flandres et la maison endeuillée de sa mère pour rejoindre sur ordre de Wayllander la compagnie de Zoyah. Le temps s'était étiré si vite... C'était hier. Neuf mois pour accoucher d'une nouvelle vie, et se construire une nouvelle personnalité.

Un nouveau visage aussi. Emacié, brun, zébré d'une si vilaine balafre . Wayllander ne l'aura jamais connue jolie.


Amirale, j'ai trop de respect pour vous dicter votre réponse. Je me plierai à vos décisions. J'assumerai à notre retour en France les responsabilités qui m'attendent...

La vie en mer avait fini par travailler et façonner l'esprit libre qu'était la jeune femme. La dureté du travail, la fierté de faire partie de la flotte Royale et de partager ses projets les plus secrets. Etre marin parachevait Son orgueil ne supporterait pas d'être traquée comme un lièvre indéfiniment, ni d’apparaître comme couarde, elle qui n'avait jamais eu à reculer devant la difficulté. Tempérament de fer. Comme son Père.

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Cixi_apollonia
Mars 1467, quatre mois après le départ d'Angers.
Arrivée au port de Sulina.


Attablée dans une taverne de Sulina, la jeune Hase presse une main gantée sur une plume qui crisse sur un vélin. Tanissa avait été bonne. Mais l'Apollonia ne supportait pas l'idée de la mettre en porte à faux avec la famille royale, désormais que tous étaient au courant de son identité, ou de sa localisation...


Citation:

À Wayllander

d'une écriture mal assurée

Wayllander.

L'Amirale de France m'a fait connaitre votre lettre. Je ne le cacherai pas, ma surprise de vous lire pour autrui, me réclamer même à mille lieues de vos terres fût grande. Celle de vous lire réclamer une jeune femme, et non votre fille, inexistante. Je pensais qu'en mettant quelques océans entre nous, vous finiriez par renoncer. Il faut croire que non. Vous ne renoncez jamais. Pourquoi? Que me promettez-vous sinon une vie à ne jamais avoir le choix , à vivre dans le rôle que vous m'avez assigné? Que m'offrez vous, austère, que je n'ai dejà ici? La mer est comme vous, je crois. Froide, intraitable et sans regrets. Tout cela, je l'ai dejà. A cela près qu'elle me laisse aussi, si je le veux, le choix de mourir dans ses bras telle que je suis. Pour qui je suis vraiment.

Je m'appelle Cixi Apollonia, fille de Wayllander de Leffe Miras et de feue Celestina di Abbruzzes. Reconnaissez-le à votre réponse pour moi. Reconnaissez-le, et je reviendrai. Pas entière, sans doute, car vous avez dejà perdu la beauté de votre fille sur le pavé d'Angers, son ventre aussi et la dextérité de sa main d'écriture. Hélas. J'aurais apprécié vous coucher ces mots d'une poigne telle que la vôtre, celle qui réussit à faire des lettres acérées et affûtées qui n'ont pas besoin de s'orner de vilains mots. Un seul trait, vif, net , qui suffit. J'aurais aimé vous admirer. Mais j'ai troqué contre ma liberté quelques qualités, et je crains que d'ici à mon retour, sans espoir d'une vie plus plaisante que celle , clandestine, à laquelle vous me destinez, je n'en perde encore quelques unes.

Nous sommes arrivés aux abords du camp de Khan. Vingt cinq caraques pleines de marins ... Les habitants du port de Sulina, où nous avons amarré, ont pris peur et fermé leurs volets pensant à une attaque de grande ampleur. Ici, c'est le règne des assassins. Personne ne se fait confiance, hors les planches des navires royaux. Les habitants de ces contrées sont des sanguinaires fous, qui tirent à vue sur le premier bateau étranger qui passe... La seule raison pour laquelle nous sommes encore en paix, c'est notre nombre, qui les retient de nous attaquer. L'amirale a négocié avec eux un traité nous permettant d'accoster tous, et de nous rendre au camps sans nous battre avec l'armée des ONE qui tient le pouvoir . Nous devons travailler trois semaines pour achever leur port et en faire un arsenal. Tous les marins sont au pied d'oeuvre, à terre, avec les charpentiers et les maçons. A l'issue de ces semaines, nous pourrons enfin nous déplacer au Camp en traversant les oasis qui font délirer, et où il n'y a pas d'eau pour remplir nos gourdes. Nous sommes 250 à attendre notre heure, et à espérer qu'un grain de sable n'enraye pas notre traité de paix bien fragile... Quand l'on pense que pour nous faire de la place, les locaux ont coulé trois malheureux navires à quai qui eux aussi sans doute, avaient l'assurance de mouiller en paix...

Chaque jour loin de votre décision, comptera le rebours de celle que vous auriez pu connaitre. J'ai mis du temps à le savoir; voyager fait accoucher des évidences. Je refuse d'être quelqu'un d'autre qu'elle.

Apollonia.


Mais la vérité n'admettait pas d'être dissimulée à tous. Jamais.

Citation:
À Siegfried_fechter pli d'un lointain pays.

Siegfried.

Mon père sait. Je crois que Bastian a révélé le contenu de la seule lettre que je lui ai envoyée. Je ne peux pas croire que ce soit vous. Ou Lénu. Alors qui d'autre que mon frère.

Vous êtes loin. Ou peut être est-ce moi. J'imagine sans peine que toutes mes histoires vous sont aussi lointaines, une vague brume, quelque chose d'impalpable. Sans doute qu'à mon retour, je vais être attendue à quai. Ne me laissez pas seule face à Lui. Ou face à un de ses hommes.

J'ai peur.

Apollonia.

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Cixi_apollonia
avril 1467 - 5 mois après le départ d'Angers.
Port de Sulina



Les yeux bruns observent l'horizon sur le ponton du port de Sulina. Ici, c'est le bout du monde. Quelques lettres sont parties, pour tenir au courant Fechter et Lénu de la situation du groupe. Situation au combien critique.

Quelque chose avait merdé.

Quelque chose de nauséabond. La flotte comptait parmi ses navires, quelques navires impériaux venus profiter de l'escorte de la Royale pour gagner le camp de Khan et se servir en socs. Mais, affolés par l'accueil des O.N.E et la décision de coopérer plutôt que de se battre avait été prise par Tanissa pour sauver la peau de tous les marins, l'un des capitaines avait écrit à la reyne et à l'empire pour dénoncer une prise en otage de la part de l'Amirale.

Mettant le feu aux poudres. Tout avait commencé là, sans doute.

Apollonia, passe sur sa cicatrice, du bout d'un gant de cuir, un peu de graisse. Fechter avait raison. Il n'est rien de plus cuisant qu'une cicatrice qui souffre...

Il se dit que la Reyne a publié une annonce.

Spoiler:
Citation:



« L’erreur, comme le rire, est humaine*. »

De Rose de Leffe, Reine de France
A tous ceux qui liront ou se feront lire,

Salutations et Paix.



    Depuis près un mois et demi, une flotte composée de 24 navires appartenant à la Grande Amirale de France, Tanissa Maria Agata Aleramica Imperiali**, à des corsaires ainsi qu'à des civils, est partie en mer. Cette expédition au camp du Khan avait mon approbation, elle allait permettre à la Marine Royale de pouvoir être autosuffisante en terme de nourriture et ainsi continuer à ne rien couter à la Couronne tout en assurant ses missions en mer. Après leur nombreux et éprouvants combats il me semblait normal de leur permettre de vivre cette aventure, permettant par la même occasion à des civils de faire partie du voyage à moindre risque.

    Seulement voilà, arrivés à quelques jours de la destination, après un mois de voyage sans encombre grâce à la Grande Amirale, le groupuscule ONE qui détient la région tant sur les mers que sur la terre, a menacé la vie des civils et marins présents sur place. Il n'y avait que deux solutions possibles, la négociation ou l'affrontement. L'affrontement aurait pu être envisagé mais pouvait entrainer beaucoup de pertes humaines et matériels dans la mesure où ces navires étaient pris en étau entre les ONE en Valachie et ceux en Turquie, sans parler des troupes à terres. La Grande Amirale a préféré négocier afin d'épargner la vie des personnes dont elle avait la responsabilité et qui comptaient sur elle.

    Son erreur fut de ne pas m'en parler. Elle a voulu bien faire, je n'en ai aucun doute, mais en tant que Grand Officier de la Couronne de France, elle n'avait pas à prendre une telle décision sans m'en avertir et attendre mon approbation. En faisant ainsi, elle a mis à mal les relations diplomatiques que nous avons avec différents royaumes.

    En conséquence de quoi, je rétrograde son fief au rang de vicomté, elle sera désormais, Vicomtesse de Saint Clair sur Epte. Tanissa Maria Agata Aleramica Imperiali devra aussi faire des excuses publiques.

    Je demande à la Grande Amirale de sortir de cette zone le plus vite possible tout en assurant la sécurité des français et impériaux dont à la responsabilité.

    J'espère que cette annonce fera comprendre aux alliés de la France qu'ils restent des partenaires de confiance avec qui nous continuerons de lutter contre les différents groupuscules de brigands et autre vermines que notre belle terre & mer connait.

    Que le Très-Haut apporte paix et sagesse pour un royaume uni.

    Fait et scellé le deuxième jour du mois d'avril de l'an de grâce 1467.




[*Rolland Topor & **Tanissa]


Annonce publiée après l'enquête qui avait dejà vivement fait réagir les marins, et qui a laissé tous les équipages perplexes et avait soulevé une vague de solidarité sans pareille au sein de la flotte royales. Les gradés, indignés que l'Amirale paie pour une inextricable situation, avaient un à un décidé de se dégrader à leur tour, renonçant pour certain à leurs terres de seigneurs. S'il était une chose qui était certaine, c'est qu'à l'autre bout du monde, tous les coeurs étaient fidèles à l'Amirale de France, et que sa démission ou son renvoi éventuel, n'engendrerait que la perte extrêmement lourde de l'ensemble des navires et de la fidélité de leurs équipages pour la couronne . Tous avaient vu le travail titanesque de Tanissa pour réduire les frictions et éviter une guerre entre 25 caraques venues de France et la flotte des O.N.E. Tous étaient volontaires, sans aucune rémunération de la part de la couronne de France, pour protéger les côtes et les intérêts du pays. Chaque pain consommé, chaque navire construit, l'était des deniers de leur poche. Le projet d'aller chercher des socs à l'autre bout du monde émanait d'ailleurs de cette volonté de pouvoir avoir de bonnes récoltes, pour adoucir la dureté de la vie en mer, et se garantir des traversées sans soucis de ravitaillement. Les marins avaient voué leur vie aux flots, et leur confiance à une femme qui accomplissait des miracles logistiques... Tanissa Maria Agata Aleramica Imperiali.

Apollonia étire son épaule. Derrière elle, l'on s'affaire encore. Lentement, elle tourne les talons pour regarder les charpentiers à l'oeuvre , construire le port. C'est d'une œillade atone qu'elle enrobe ce tableau. Chacun sait ici, qu'il n'est pas plaisant d'être pris en otage entre le bon sens et la folie. Avaient-ils le choix, eux, comme leur Amirale , de résister à la toute puissance des O.N.E, qui ont la main mise sur toutes les puissances terrestres, fluviales et maritimes de la zone?

En arrivant à Sulina, personne n'aurait pensé être pris à parti dans un tel guêpier. La jeune Hase essuie ses lèvres de sel d'un geste machinal, et longe le ponton pour retrouver la terre ferme. Ils resteront encore un bon mois, sans doute, pour terminer les travaux du port, pour être libres d'aller au camp de Khan sans risquer de se faire éventrer par une armée...
Ironiquement, le cheval qu'elle détache, et dont elle flatte l'encolure est celui que leur met à disposition leurs geôliers. Le pain qu'elle s'assurer d'avoir à la besace, d'un geste sec, également. Quand aux soldats qui les surveillent, et qu'elle dépasse sans même leur lancer un regard, elle n'est pas dupe. Ils ne sont là que pour veiller à ce que "l'accord de principe " conclu par l'Amirale soit respecté, et que tout le monde soit à son poste.

Lentement, elle se hisse sur la bête. Il n'a pas la nervosité de Tencendur, elle le sent, le regrette peut-être aussi. Visage balafré se tourne vers ses compagnons, une dernière fois , avant de prendre la route, rejoignant et menant un groupe de quatre cavaliers.


Ravitaillement, au départ. Allons-y.

Dit-elle, dans le tumulte d'une épaisse tignasse brune, qui a commencé à repousser et qui cache un peu ses traits émaciés. L'amirale avait chargé son jeune mousse d'aller chercher la nourriture dans la ville voisine pour ravitailler les marins à l'oeuvre. L'environnement, sans surprise, se déroulait aussi hostile que ses occupants. Un port perdu au milieu de rien, au bout du monde, et dont la végétation s'érigeait d'épines et poussait sur des rocs blancs. Dans l'air, le parfum de l'apocalypse et l'illusion de celui du pays que l'on n'est pas prêt de revoir de si tôt.

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Cixi_apollonia
Snagov

Assise sur le clocher désert de Snagov, perchée au dessus de tous les hommes qui vont et viennent pour charger les vivres dans les chariots telles des poignées de fourmis, Apollonia lit la missive que le pâtre lui a ramenée de l'autre bout du monde. Inexorablement, la balafre qui lui outrage la joue se déforme un peu, étirant secrètement les lèvres. Les mots sont aussi précieux que l'eau, ici où ils manquent cruellement, rares, trop rares et difficiles à acheminer. Ces mots là valent cher. Et le messager opportuniste l'a bien compris. La Hase aura payé lourdement le droit d'y poser ses yeux clairs. Messager aurait du être brigand. Peut-être l'était-il , sous ses sourires marchands. Ici, la faim justifiait les moyens.


Citation:
Bonjorn La Mouette,

J'ai trouvé un marchand grec, ancien pâtre, juif errant et maltais, enfin, il vend des épices et il vient de l'Orient pour y retourner par la terre, à qui confier une lettre pour toi. J'espère qu'elle te parviendra. Il me semble homme de confiance. Et puis, nous avons partagé un repas ensemble ... enfin, il a apporté sa faim et sa soif, et moi à boire et à manger, et nous avons mis en commun nos conversations mutuelles, dans un sabir étonnant, car il captait à peine la langue franque, et moi son grec très peu. Ma foi, des rudiments de patois marins, et les mains aidant, cela a suffi. J'ai même cru un temps que c'était un espion de la Réale, c'est te dire.

Bref, il fait la sieste dans mon lit, et j'en profite pour t'écrire cette lettre qui te viendra par lui.

Le toubib n'est pas rentré. Tu as dû lui donner assez d'or pour qu'il en vive longtemps. Et il sait faire durer chaque écu. Il m'a laissé des nouvelles à l'occasion. Il a beaucoup voyagé en terres de France. Il va bien, je crois, assez pour rester caustique.

Ta lettre m'a pris en plein repos, quelques semaines entre deux campagnes où les Pottoks se sont refaits une santé, et où j'ai pu m'occuper de mes poules, de ma chèvre et de mon lopin de terre. J'ai une ferme et un atelier à Conflans, qui servent plus souvent au Bedeau qu'à moi, qui me fait l'honneur de veiller sur mes biens et dévorer leurs fruits en mon absence. Et j'aime y retrouver les plaisirs simples d'un travail sans prise de tête et des amitiés franches et fidèles. Ce qu'il me vole, je lui offre de bon coeur, et il le sait.

Vivre en Champagne au tout début du printemps, quand les jacinthes parsèment les sous-bois, c'est un délice de la vie. Si tu en as l'occasion, viens y en cette saison.

Ta missive m'a quelque peu inquiété. J'ai connu l'ordre des chevaliers noirs jadis, et ils m'ont laissé une impression de néant, celui de leur humanité autant que celui qu'ils laissent derrière eux. C'est par le néant que nous les avons combattus, en brûlant tout ce qui ne pouvait être caché, et en remontant tout le monde contre eux, dans chaque village et dans chaque ville, et dans toutes les contrées avoisinantes, de langue d'Oil et langue d'Oc, des terres de Lotharingie et d'Italie. Et cela les a fait quitter nos terres. C'était il y a fort longtemps.

J'ai sû qu'ils coulaient marchands et pèlerins sans leur faire quartier ni recueillir les naufragers, même pour les prendre comme esclave ou les libérer contre une rançon. Les savoirs en affaire avec la Réale est plus qu'interpellant. Mais d'aucuns ici m'ont dit que les affaires de la Réale ne concernent qu'elle. A croire que la Réale fait peur même aux plus chevronnés des chevaliers de l'Ordre.

Wayllander m'a envoyé son commis pour te trouver. Un certain Ravaillac de Kermabon. Je lui ai déconseillé de te rechercher dans une zone de guerre. J'ignore si ma missive l'a fait s'y terrer de peur de se faire raccourcir, ou s'il m'a pris pour un chenapan : il a cessé de m'écrire.

J'ai repris ma place modeste dans le train de l'Ordre. Nous formons une bande de soeurs et de frères d'armes sereins. On y tue les gens sans haine, et, qui sait, en sauvons certains. Seuls ceux que nous sauvons comptent vraiment. Les autres, nous ne pourrons jamais nous réconcilier avec eux ni obtenir leur pardon. Dieu aura certainement une très longue conversation avec moi le jours où je me présenterai devant Lui. Et moi tout pareil. J'aimerais que tu sois là ce jour là : cela promet d'être mémorable.

Ah, voilà mon drôle qui se réveille des bras de Morphée, ... en demandant une nouvelle rasade, avec son grand sourire édenté. Il me plait bien : pas de faux semblant. Finalement, je le pense plus gitan qu'autre chose. A coup sûr il te trouvera.

Prends soin de toi, La Mouette, et prends garde à toi. Il y a beaucoup de différences entre les gens de mon Ordre et ceux de l'ordre des chevaliers noirs, notamment dans ce qu'ils considèrent comme étant légitime : tout est leur chose, tant qu'ils peuvent en jouïr et en ont l'envie. Nous n'avons rien que nos amours, et nous en vivons légers. La seule chose qui nous rapproche d'eux est que, eux comme nous, le vivons en pleine conscience. Et cela fait de nous tous des gens terribles.

Voilà mon hôte qui va se mettre en route : il a vidé son assiette, et la mienne. Et moi aussi au demeurant, la route m'appelle : les pottoks m'attendent.

A très bientôt la Mouette. Que Dieu te garde. Enfin, s'Il ne te garde pas, Il te regarde, tout comme moi, et doit bien se marrer. Mais cela Lui arrive d'avoir une compassion espiègle pour les gens perdus, qui donne du piment à la vie. Alors, je Lui dira quand même quelques mots pour toi.

A bientôt la Mouette, dans cette vie ou ailleurs.

Torchesac


Torchesac était de ces personnes uniques qui apparaissaient dans le ciel de la vie comme une nébuleuse fugace. Un instant de lumière inédit, décidément trop insaisissable pour tenter de le capturer. Il suffisait d'ouvrir les yeux, et de profiter du spectacle. Et de se dire au revoir ou adieu, sans espérer en tirer autre chose qu'une leçon.

Lentement, à contrecoeur, les yeux lâchèrent les lignes pour se poser sur l'autre missive. Au saisissant contraste. Une coulée froide à l'échine. Quelque chose d'inexplicable. Un sentiment marquant au fer.


Citation:


À l'attention de Cixi Apollonia.

Cixi,

Qu'il est étonnant de lire une missive dans laquelle tu m'urges de te reconnaître comme ma fille, tandis que celle-ci commence simplement par "Wayllander".

La suite n'en est cependant pas moins étonnante pour autant. Qu'a la vie que je propose, à mes côtés, ou dans un premier temps aux côtés d'une Princesse, au Louvre, de plus que celle de garçon marin à l'autre bout du monde ? La sécurité ? L'assurance de ne pas perdre un bras, et de ne pas se faire marcher dessus par une armée ? L'éducation ? Le confort ?
Dois-je vraiment poursuivre l'énumération ?

La vérité est que tu es une fille capricieuse, ingrate et inconsciente.
Une fille qui est la mienne, je ne l'ai dans nos courriers jamais nié. Ce que tu souhaites, est je l'imagine que je te reçoive en grande pompe à Rubroëk, peut-être que je t'introduise au Louvre, puisque la simple reconnaissance de ma personne ne suffit pas à ton ego. Ce n'est pas là la place d'une bâtarde, et je ne te l'offrirai pas. En fait, un tutorat auprès d'une Princesse, ancienne Dauphine de France, était déjà bien plus que ce qui est habituellement réservé aux bâtardes.
Tu as rejeté ce cadeau, et préféré une fausse liberté.

Une fausse liberté, qui te conduit, entre quatre planches, à construire un arsenal pour l'un des plus grands groupes brigands de ce monde. Qui va te reconduire, les mains vides et sans le sou, en France sous peu. Car Sa Majesté a rappelé l'Amirale, après lui avoir rétrogradé son marquisat pour insubordination.

À ton retour, tu feras comme tu le souhaites. Je suis las de courir après quelqu'un qui n'en vaut manifestement pas la peine, ou du moins qui ne reconnait pas ma peine. J'estime pour ma part avoir déjà accompli mon devoir moral envers ta génitrice, par mes nombreuses tentatives de te ramener à ma protection.
Si ta vie de bohème te plait tant, qu'il en soit ainsi. Je m'en laverais les mains, et oublierais ton existence.
Si tu ne veux de moi que de l'argent, donne une adresse et je poursuivrais les versements que je faisais à ta mère. Ce ne sera après tout pas bien différent des multiples activités sans grand intérêt pour lesquelles je me fais mécène.
Si enfin tu souhaites rejoindre la Famille où tu as une place réservée, en tant que bâtarde, mais aussi en tant que ma fille, en tant que soeur, en tant que nièce, en tant que cousine, et ainsi aspirer à un objectif plus grand, celui de la postérité, tu trouveras la route du Rubroëk par tes propres moyens. Comme l'a fait ton frère - je ne crois pas qu'il le regrette.


Adieu.

W. de L-M.




Adieu...

Murmura-t-elle.
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Cixi_apollonia
    Mai 1467 - Campagne valaque.



Quinze ans. N'est-ce pas l'âge de tous les rêves, mais avec eux, de toutes leurs
désillusions? N'est-ce pas l'âge des leçons?

Lettres avaient été remises aux marchands, fourmis en caravanes chargées, processions lentissimes mais obstinées. Partout l'argent circule, partout l'argent revient. Il en va de même des courriers glissés dans les poches mercantiles.

L'Apollonia croyait vraiment échapper d'un silence au courroux paternel. C'est en cela que la jeunesse fascine . Elle pense d'une poignée de vœux, d'une sentence, condamner son destin. Qu'il est illusoire, cet âge où l'on se croit plus intelligent que les autres.

Il faudrait sans doute encore un mois pour obtenir des réponses. Et qui sait, peut être même qu'elle ne les aurait pas. Le temps s'étirait, infini, à l'autre bout de la planète, où d'autres fourmis achevaient l'arsenal de Sulina pour sonner le départ. Silence de plomb dans les rangs. L'ambiance était depuis longtemps devenue lourde.

Cet après midi là, où elle chargeait à cheval des sacs de blé, la Hase suivit le sentier tracé par les centaines de passages quotidien jusqu'aux gardes-grains dans la colline. Il y avait là la trace humaine de l'aliénante répétition des jours. Dans le décor austère qui se déroulait sous les sabots de sa monture, la jeune cavalière progressait en silence. Automate. Elle avait fini par masquer le bas de son visage, comme elle l'avait fait avec ses mains, pour ne plus supporter les regards alourdis des marins. Ce regard qui au fil des jours devenait de plus en plus pesant, prenant par la main la lassitude et le besoin trop humain d'une vie qui couve, brûlante. Si elle avait pu les répugner sans doute, quand toute fraîche elle affichait le massacre angevin sur ses joues au départ de France, Apollonia sentait le changement s'opérer jour après jour, pierre après pierre, dans les prunelles mâles.

A l'autre bout du monde, quand l'on a personne à voir que les tronches de marins, un peu de divertissement femelle finit toujours par devenir inévitable... L’hiver d'ici s'achevait, rigoureux et neigeux, et laissait place à un printemps humide et boueux où l’on se consacrait au dur travail de la terre, mais aussi aux élans naturels des recommencements.

Marmoréenne, le mousse de Tanissa faisait ce qu'il y avait à faire sans s'encombrer de nouer dialogue, évitant les feux de camps le soir. A l'heure qu'il était, après plus de cinq mois ensemble, elle savait exactement qu'il était trop tard et vain de tenter de créer des liens. Les seuls qui subsisteraient seraient ceux qui entraveraient ses mains tandis que quelques corsaires tourneraient sur elle jusqu'à repaissance. Mieux valait garder sa virginité en gardant le silence.

L'avantage du silence, c'est que lorsqu'il parait, les moindres murmures deviennent limpides. L'esgourde brune ne mit pas longtemps à entendre des bruits étouffés. Peut-être la jouissance discrète d'un couple d'aventure. Mais peut être des larmes.
Si en temps normal son instinct de survie lui aurait dicté de passer son chemin, l'idiotie lui dicta cette fois de pousser la curiosité derrière le versant rocailleux pour découvrir l'origine de ces bruits. Si un marin de la Réale était en mauvaise posture, qu'il puisse la violer ou non dans la fureur d'un groupe n'avait plus grande importance. La solidarité primait toujours. Quelques foulées équines, rennes courtes aux gants, et les yeux bleus furetèrent à la recherche du mal.

Quelle ne fut pas sa surprise, de découvrir toute engoncée sous son châle, une petite vieille toute voûtée. Le visage enfoui dans les mains, la carcasse informe semblait pleurer. Une boule de rien, chétive, entre les ronces...

Hase interdite, finit par mettre pied à terre. Et tandis que sa main s'avança au devant de l'ancêtre, pour l'aider à se relever, la peur prit un visage plus commun. Surprise dans son chagrin, la vieille découvrit sa face effrayée à la jeune Leffe, dévoilant sa bouche vermeille, à la grimace édentée. Une figure sorti des cauchemars de tous les enfants, et de toutes les heures sombres de l'humanité. Un sourire de désespoir ensanglanté. Un instant dans un cri, et un violent coup de poing dans la tempe. Hase chancela jusqu'à la jument, peinant à réaliser ce qu'il se passait.

Un homme Valaque aux traits tirés, sorti de nulle part l'avait repoussée. Sous les cheveux barbelés, la voix avait ordonné d'un mot dans sa langue qu'elle ne connaissait que trop bien.

Recedes.


Recule. Unique mot utilisé par les gardes des contrées alentours. Ordonnance infranchissable, que nul ne voulait défier. Sonnée, haletante de peur et de surprise, Hase se remit en selle à grand mal. L'esprit encore embrouillé... Mais assez clair pour comprendre .

Dans les villages pauvres et isolés de Valhahia, une coutume ancestrale exige que les personnes atteignant l’âge de 70 ans, aillent mourir au sommet des collines bordant Dunărea, le Danube . Pour ce long et douloureux périple, le fils aîné est chargé de transporter son parent sur son dos, sans avoir le droit de lui parler, sans jamais se retourner sur le parcours, sans jamais être vu de quiconque. La vie est rude dans ces villages, la nourriture pauvre, l’éloignement oblige les habitants à vivre repliés sur eux-mêmes, selon des coutumes strictes et parfois cruelles. Les vieux deviennent vite une bouche inutile à nourrir ... On dit que lorsqu'ils n'ont plus de dents, l'heure vient de s'en séparer.

Malheureusement, tous les vieux ne perdent pas leurs dents avant de pousser leur dernier souffle...


Aujourd'hui dans la campagne hostile de Sulina, une vieille femme se fracasse les dents contre un rocher, ces dents étincelantes et impeccables qu’elle arborait fièrement malgré ses 69 printemps et qui sont le symbole de son insolente santé aux yeux des autres.
Hase cavale à perdre haleine, sacs de blés tombés sur le chemin. Il est des gestes qui scellent des destins. Même les geste d’une nécessité absolue face aux rigueurs de la vie. Valahia est dure. Infiniment dure. Apollonia s'endurcit avec. Ce n'était pas la première déconvenue de son sort de voyageuse. Il n'était pas rare qu'un marin découvre le cadavre abandonné d’un nouveau-né en bordure de rivière. Des filles. Toujours des filles.

Les filles portent tout au long de leur vie le fardeau de leur pères et de leurs frères. Ici ou là bas.

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Seleucos. Alexandrie. Montpellier.

Les mers traversées et les ports qui reçurent les caraques de la Royale s'étaient succédé dans un Kamishibai aux couleurs contrastées. Entre le bleu de l'horizon, et le jaune des sables. Entre le vert des oasis, et l'ocre des villes. Entre les percées des derniers rayons du soir, et l'épaisseur des bouffées d'herbes des vieux le midi. L'orient était un vaste territoire aux secrets impénétrables qu'Apollonia découvrit à même la bouche, dans les fruits granuleux, dans le jus improbable des souks, dans les rides arides des vivants, et les cadavres rendus à l'eau des morts. Voyage était contraste, net et sans bavure. Alternant. Mouvant. Indicible.

Brune avait pris le teint d'or des jours qui passent, et l'esprit féroce de l'adversité. Dans les embruns, l'encens, les rues étroites en terre battue, ses lettres, précieuses lettres avaient finies par se perdre. Dans un mauvais courant. Au détour d'une mauvaise vague, ou d'un mauvais vent. Dans une rixe. Un assoupissement sous l'imminence d'un sirocco furieux. Une course à cheval. Des mots ne restait que l'essence, là quelque part dans son esprit combatif. Dépouillée par le temps qui avait rallongé sa cadence sur le périple, transformant les semaines en mois, et peut-être bientôt les mois en une année, Apollonia avait fini par oublier les adresses. Oublié d'attendre des réponses. Plus personne ne savait où lui écrire, elle ne savait plus écrire à personne. Jeune femme faite marin, nous y étions. Partout où se posaient ses yeux, l'immense.

Et l'immense n'a pas besoin d'adresse.

Quitter les contrées du Nord avait rompu la dureté froide du quotidien pour la troquer avec la sécheresse impitoyable des brûlantes terres du sud. La solitude insulaire des miettes de terres entourées sur la carte. Dureté. Sécheresse. Solitude. Voguer ne lui avait rien épargné. Ni la faim, ni les épidémies dont elle réchappa d'un miracle. Lorsqu'elle posa un pied sur le premier ponton Français depuis son départ d'Angers en civière, Apollonia ne reconnut rien des repères qu'elle pensait avoir conservé en mémoire. Cheveux noirs rangés strictement sous un chapeau du même ton, balafre atténuée de soleil, elle s'avança au devant du pavillon au Lys en balayant les environs d'un regard neuf. En un an, Apollonia était devenue une femme. Dure. Sèche et Solitaire.

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