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[RP] Kiss me hard before you go…

Gysele
...Summertime sadness*

L’été te semble si loin. Les souvenirs de rires au bord de l’eau, de baisers dérobés, de chaudes caresses dans le sable, des fruits croqués, d’alcool consommé, de jeux idiots entre amis, de promesses susurrées, de peaux brûlantes, de cheveux humides, de sueur, de fleurs odorantes… tout autant de plaisirs qui reviennent à ta mémoire pour soulager tes inquiétudes. Ces mois loin de Périgueux t’épuisent tant psychologiquement que physiquement. Tu t’es retirée sur tes terres depuis que tu as reçu un courrier inquiétant. Ton affreuse mère a encore frappé. Sous ses dettes tu croules car, d’une langue trop pendue, ta génitrice a informé les Miracles que sa fille a été anoblie. Voilà que la vieille Ponthieu devenait intéressante pour les raclures des bas-fonds et il n’avait pas été difficile de te contacter.
Tu as enfermé ton fils dans ton domaine, empêchant quiconque de le laisser sortir, réduisant l’accès des domestiques et autres interlocuteurs. A la menace d’une mort, tu préfères laisser l’ennui gagner la vie de ton enfant. Tu as établi des rituels et à chaque fois que tu rentres à la maison, ta première action est de vérifier que ta progéniture est encore en vie, embrassant ses joues avec trop de ferveur comme si à chaque baiser tu voulais te faire pardonner de ce que tu es. Tu ne t’es jamais autant détestée que depuis que tu as un fils. Tu n’as jamais autant craché sur ton reflet et sur tout ce qu’il représente que depuis qu’il a pris une place bien trop conséquente dans ton cœur. Tu n’as jamais autant réalisé le pathétique de ta misérable vie, de ta misérable famille brisée, rafistolée tant bien que mal.
A Benjen, tu ne donnes que peu de nouvelles, soucieuse de le laisser croire que tu le négliges. Les lettres sont fades et insipides alors que tu brûles de retrouver la protection de ses bras, ses sourcils trop souvent froncés, ses coups de gueule réguliers mais qui se terminent toujours par des excès de passion qui vous dépassent à chaque fois. Tu as recouvert ton cœur d’une carapace car depuis ce jour où le messager t’a apporté ce courrier, ta vie et ta dignité ont été malmenés plus d’une fois.
Il y a d’abord eu des sommes d’argent à ramener régulièrement en main propre. Mais l’argent n’étant pas tout, bientôt ils devinrent plus gourmands. Tu fus donc ajoutée à la note, toi, ton corps, de retour aux bonnes vieilles méthodes sans que nul paiement ne te soit accordé cette fois. Sous tes belles robes nobles, des mains sales et corrompues n’ont eu de cesse de souiller ta peau d’opaline. Sous tes jupons trop souvent déchirés, d’autres corps ont pris possession du tien et cette fois aucun de tes charmes n’aura déclenché de pitié chez tes bourreaux. Sous tes yeux rougis, des cernes ont creusé ta peau, sous tes tâches de son, le rose a laissé la place à un teint livide. Sous tes masques impassibles, douleur et désespoir ont détrôné tes sourires et airs espiègles. Tu as mal, à l’intérieur comme à l’extérieur. A chaque jour tu te dis que c’est la dernière fois car la dette devrait être remboursée, mais à chaque nouveau lever de soleil, tu trouves un nouveau courrier et de nouvelles instructions et tu réalises jour après jour que tu es piégée dans un cercle qui ne risque pas de prendre fin.


Early this morning
when you knocked upon my door
An I say Hello Satan
I believe its time to go**


Alors, cette nuit, après avoir plongé ton corps dans un bain pour te libérer de leur odeur, de leur souillure, après avoir apaisé ton esprit par sa dose d’opium, tu as décidé de prendre la fuite. Tu n’as pas pris grand-chose, juste de quoi nourrir ton fils et un change. Deux couteaux, un dans une botte, l’autre dans la manche de ta chemise. Profitant d’une nuit claire, tu as réveillé doucement ton enfant, lui faisant croire à un jeu durant lequel il fallait courir en silence pour ne pas se faire attraper et qu’en gagnant il aurait le droit à un nougat. L’innocente joie qui naît alors dans les yeux verts de ton fils te rappelle l’insouciante et joviale naïveté de ton frère disparu, ce qui t’arrache un faible sourire en même temps qu’un pincement au cœur. Vous passez par la fenêtre du rez-de-chaussée, quelques bruissements dans l’herbe se font entendre sous vos pas et tu finis par porter ton enfant, à l’affût, dans l’espoir d’atteindre les chevaux rapidement. Arrivés aux écuries, tu poses ton plus précieux trésor pour seller votre monture quand une main vient soudainement tirer sur ta chevelure pour te renverser en arrière. Surprise, ton premier instinct reste de vouloir te saisir de ton petit, comme si lui prendre la main allait vous donner une chance de vous sauver, de le sauver lui ? Pourtant d’autres mains sombres comme l’âme de leur propriétaire se posent sur les frêles épaules enfantines et t’arrachent un tressaillement d’horreur. Tu hurles, ton corps entier est alors écrasé par un assaillant plus fort que toi qui déjà te roue de coups et te dit des choses que tu n’entends pas. Tu te débats, tes membres se secouent dans tous les sens comme si l’adrénaline te donnait une nouvelle force dans ton désir de désarçonner ton agresseur. Tu ne vois qu’une chose : ces doigts qui empoignent le petit corps de ton enfant. Tu n’entends qu’une chose : la voix de Marcel qui semble lacérer ton palpitant tant ses cris et ses pleurs sont affolés. Jamais un « maman » ne fut autant déchirant. Tes yeux n’ont plus assez de place pour dévoiler la haine que tu ressens pour eux et pour toi. Tu t’entends supplier, clamer son innocence, mais tu sais déjà tout au fond de toi que rien ne peut sauver ton engeance du sort qu’ils lui réservent. Et quand le craquement assourdissant d’une nuque brisée vient fendre ton âme en deux, tu crois perdre la raison, tes doigts parvenant à extraire la lame dans ta manche pour répéter de manière folle de nombreuses lacérations à celui qui te maintient, jusqu’à ce qu’on te maîtrise à nouveau et te fasse taire en dessinant à ta gorge un profond sourire carmin. Ton dernier feulement s’estompe en gargarismes fébriles.

Me and the Devil
Walking side by side […]
Now babe you know I ain't do it like that
Say I
Don't see why
people dawging me around
It must be that old old evil spirit
that spirit drop me down in your ground***


Une lumière vacille à l’horizon à moins que ce ne soit ton âme. Les sons t’échappent, assourdis par un gargouillis sonore dont l’origine est trop proche. Ton corps est de plomb, tu sais que ta prochaine danse sera avec le Diable. Vision floue accroche une mèche rousse qui rehausse la tête du petit corps effondré plus loin et ta main, peinte de rouge, cherche à rejoindre la menotte sans vie en traçant dans la paille, un dernier dessin macabre.
Une voix vient murmurer à ton oreille, un parfum de crasse et d’alcool venant un instant prendre le dessus sur celui du sang qui s’écoule de ta gorge. Les derniers mots que tu entendras seront :


    - Allez ma putain, souris, tu es née salope, tu mourras salope.

You may bury my body
down by the highway side […]
I don't really care where you bury me when I'm gone
I'm gone
you may bury my body
down by the highway side
So my old evil spirit can greyhound bus that ride****


Et tandis que ton corps subit les derniers assauts de quelques barbares, tu rends ton dernier souffle en maudissant la femme qui t’a mise au monde, en te maudissant pour n’avoir pas su maintenir en vie la seule personne qui comptait.

Le lendemain, on retrouvera ton corps, ta chemise blanche teintée de pourpre, tes jupes laissées relevées dans un désir de t’humilier jusque dans la mort. Ta main raide tendue dans la direction du corps de ton enfant que tu n’auras pas pu atteindre, que tu n’auras pas su sauver. Tes agresseurs sont déjà repartis en quête de nouvelles victimes et ta mère recevra même une de tes mèches ensanglantées en guise de mise en garde. L’été était pourtant si proche Gysèle.


Only promise me a battle
A battle
For your soul and mind
And mine
And mine*****


*Paroles de « Summertime Sadness » de Lana del Rey
Embrasse-moi tendrement avant de partir
Mélancolie d'été

**Paroles de «Me and the Devil» par Gil Scott-Heron

Tôt ce matin
Quand tu as frappé à ma porte
Et qu'j'ai dit Bonjour Satan,
J'imagine qu'il est temps d'y aller

***Bébé je n'aime pas faire comme ça
Je ne vois pas pourquoi
Les gens m'influencent comme ça
Ça doit être ce vieil vieil esprit du mal
Qui me fait tomber si bas

****Vous pourrez enterrer mon corps
Sur le bas-côté de l'autoroute
Je m'en fiche d'où vous m’enterrerez quand je serai parti
Je serai parti
Vous pourrez enterrer mon corps
Sur le bas-côté de l'autoroute
Comme ça mon vieux démon
Pourra s'accrocher
À un bus qui passe


*****Promettez-moi seulement une bataille
Une bataille
Pour votre âme et votre esprit
Et le mien
Et le mien


Les aventures de Gygy sont terminées, merci à tous les joueurs avec qui j'ai pu creuser cette petite rousse ces dernières années. Un grand merci à quelques joueurs principalement avec qui j'ai eu le plaisir de croiser la plume avec cette petite Ponthieu (je ne pourrai pas citer tout le monde mais le coeur y est) :

- JD Louis-Marie
- JD Evroult
- JD Vaelia
- JD Aurore_Victorine
- JD Sigvard
- JD Elise
- JD Pierre
- JD Benjen
- JD Judicaël
- JD Samaël
- JD Kleze
- JD Octave
- JD Maddy
- JD Isaure
- JD Ursula
- JD Eldearde
- JD Axelle
- JD Ansoald



_________________
Benjen

      *
      Well they thought they were made for each other
      One thinking of one another
      Never thinking just for one second
      She would take a different attraction


      Cela ne fait qu'un mois, pourtant j'ai l'impression que ça dure depuis des années. Le manque me consume, la distance me saigne, et l'espoir me torture … Pourquoi Gysèle ? Pourquoi me repousses-tu ? Pourquoi t'es-tu éloignée ? N'ai-je pas été assez fidèle ? On ne s'était rien promis, pour ne pas se blesser. Et pourtant j'ai tenu bon, tenu bon comme jamais. Tu es le Rubis posé au sommet de mon phare, et toujours je reviens dans ta lumière que je désire ne jamais ternir … Et pourtant, pourtant tu t'entêtes à me tenir dans l'ombre. Et moi je suis paumé ...

      **
      Where was I supposed to wait for you sweetheart?
      And hide away the shame
      Yes I keep it all inside, though the thought had crossed my mind
      To do all the things I regret and we don't want that


      Ces derniers jours, j'ai jeté l'éponge. J'ai embrassé mes vices, les ai étreint de toute mes forces pour oublier la douleur. Tu n'es qu'une garce, et moi un con ! Comment ai-je pu me laisser berner ? Ah tu as la vie belle maintenant ! A vivre dans tes beaux atours, à profiter de cette opulence qui est mienne. Tu dois bien te payer ma gueule dans ton beau château … Avec qui dépenses-tu cet argent ? A qui me préfères-tu ? …
      Je m'en moque ! Reviens, je t'avouerai mes erreurs, et ne te demanderai rien d'autre que de m'aimer, comme avant. Laisse-moi être l'ordure de l'histoire, je supporterai ce poids sans broncher pour le bonheur que j'éprouve chaque matin à ouvrir les yeux sur tes traits paisibles … Reviens …


      ***
      Ahh, she loves me
      She loves me not
      She loves me
      My love's gon' love me



      28 Mai 1467, Périgueux, début de soirée à La Dame

      La pogne calé au verre de prune, le corps alanguit sur une banquette, l'ambre s'égare toujours sur la même peinture accrochée au mur. Elles sont nombreuses, mais celle-ci c'est la tienne. C'est ta silhouette lunaire qui se fond au blanc de ce draps, c'est ta chevelure qui embrase et contraste la toile. C'est la cambrure de ton dos qui égare mon esprit, la naissance d'un fessier que mes mains et mes lèvres connaissent par cœur … Tu me manque Gysèle. Je te hais, mais tu me manque. Personne ne semble vraiment se douter de la douleur qui est mienne, cette fois j'ai choisi de garder la tête haute, et de ne pas sombrer dans la lumière, seulement dans l'ombre …

      La porte s'ouvre, et Boris ne semble pas broncher. Un client potable sans doute. Les affaires ne tournent pas très bien ces temps-ci, tu n'es pas là pour me rendre sociable, je suis retombé dans mes vieux travers, je m'isole. Seul mon maigre cercle d'amis me visite de temps en temps, parfois, je trouve la force de faire semblant … Peut-être que c'est ça qui t'as fait fuir ? Dois-je sociabiliser par moi-même pour que tu reviennes ?

      On s'arrête devant moi. J'inspire, et tente de composer un semblant de visage avenant, lequel retombe dans une expression qui l'est beaucoup moins en voyant la mine hésitante de l'homme. Je ne suis pas d'humeur à me coltiner les bizarreries de mes semblables, mais avant que je puisse faire preuve de toute mon anticourtoisie, il me tend cette lettre, et annonce d'un murmure angoissé qu'il va attendre plus loin. Je fronce les sourcils -Ca te manque pas ça?-, me saisit de la lettre d'un grognement, tandis que l'autre pogne se lève pour vider mon verre. Qu'est-ce qui le met dans cet état celui-là ? La lettre est déplié, et mon regard froncé s'attarde sur les mots qui poignardent mon corps, enserre ma gorge, et me plonge dans un monde sans saveur, plus rien ne peut m'atteindre tant ce cocon de peine est solide …

      Je n'y crois pas, ce n'est pas possible … C'est une farce cruelle de ta part, tu sais mes erreurs, et tu veux me voir souffrir. Tu riras de moi, un peu de venin dans le regard, quand j'entrerai dans ta chambre … Oui. Je dois m'en assurer.

      Lettre est fourrée dans ma poche, et je me lève pour gagner la sortie.


      ****
      Oh so what is left but a broken man?
      Cause nothing hurts like a woman can



      29 Mai 1467, Lacoste, à l'heure où les Démons sévissent

      J'ai chevauché toute la nuit. Tu m'as hanté toute la nuit. Des souvenirs de ton visage souriant, de tes lèvres rosées, de tes yeux pétillants, de tes regards passionnés, de tes expressions taquines, de tous ces moments qu'on a partagé. J'ai pardonné Gysèle, j'ai oublié la peine de ces dernières semaines. Je n'aspire qu'à toi, tu n'es pas morte. Tu m'attends pour m'arracher mille contre-partie en échange de ton amour, et j'accepterai tout. Je ne demanderai rien.

      Je suis là. Mon cœur bat d'amour pour toi, la peur dansant joyeusement autour de moi, ces petits diables me soufflent des horreurs, mais je ne veux pas les écouter.
      Je repousse tes serviteurs, je me moque de ce qu'ils ont à dire, je veux te serrer dans mes bras, sentir ton odeur. Je gagne ta chambre, et je m'arrête devant la porte. C'est silencieux … J'entends le sang qui bat à mes tempes, j'ai l'estomac noué, et la gorge serrée. Je frappe. C'est con non ? J'espère une réponse. Mais rien ne vient … Je frappe encore … Encore … Je frappe plus fort ! Je retiens mes larmes, tu te moques encore de moi ? Hein ? Dis ? Jusqu'au bout ? … Je prends mon courage à deux mains et ouvre cette maudite porte …

      L'ambiance est tamisée, ça me donne de l'espoir. J'espère encore que tu seras là, à m'attendre, affriolante, un sourire narquois sur les lèvres, ce genre de sourire qui dit : « Tu vois chéri ? Tu m'as dans la peau. Tu es à moi. »
      Un pas, deux pas, trois pas … Mon regard se pose sur la couche. Tu ne m'attends pas. Tu n'attendras plus personne … Ma gorge se sert, et les larmes retenues brouillent ma vision. Et pourtant, contre ton flanc, je distingue la silhouette de Marcel, lui non plus n'attendra plus jamais personne. Un sanglot m'échappe, et je sens le monde vaciller sous mes pieds. J'use de mes dernières force pour tituber jusqu'à ta dernière couche, et m’assoit à tes côtés. Je ne peux plus retenir ma peine, je ne peux plus me voiler la face, tu n'es plus. Tu es blanche, je ne pensais pas cela possible … Du bout des doigts, j'effleure ton visage creusé, tu es froide … Du coin de l'oeil, j'observe Marcel, et approche cette main tremblante, lui effleure le front, lui aussi est froid. Plus rien n'est contenu, et je craque. Ma paume repose sur le visage de Marcel, quand mon visage s'échoue contre ton ventre, c'est là que je passerai la nuit, notre dernière nuit.


      *****
      I can't go on without you



      _________
      Kaleo - I Can't Go on Without You

      *Bien ils pensaient qu'ils étaient faits l'un pour l'autre
      Un pensant à un autre
      Je n'ai jamais pensé ne serait-ce qu'une seconde
      Qu'elle aurait eu un attrait différent

      **Étais-je censé t'attendre, chérie?
      Et cacher la honte
      Oui je garde tout à l'intérieur, bien que les pensées m'ont traversé l'esprit
      De faire toutes les choses que je regrette et nous ne voulons pas ça

      ***Aah elle m'aime
      Elle ne m'aime pas
      Elle m'aime
      Mon amour va m'aimer

      ****Oh alors que reste-t-il d'autre qu'un homme brisé?
      Parce que rien ne blesse autant qu'une femme le peut

      *****Je ne peux continuer sans toi

      Merci à toi JD Gygy pour tout ces rp's ! J'ai passé d'agréables moments et j'espère sincèrement que tu nous reviendras un jour pour de nouvelles histoires dont tu as le secret.

      Miss you


    _________________
    Kleze
      Pas maintenant. Peut-être plus tard.

      Je fendais du bois lorsque la nouvelle, couchée sur un vélin, était tombée. Tombée, la masse et le coin avec. Mon esprit a ajouté quelques auréoles éparses comme pour m’éloigner du déni dont je me parais si bien d’habitude. Pas de sieste cette fois-ci. Ni sieste ni « j’avais raison ». Je suis parti à dos de canasson comme j’étais, débraillé et poisseux, sans forcément penser à qui ferait quoi. Au pas, au trot, à pieds. J’étais pressé sans l’être, marionnette désaccordée dont le dos lui rappellerait ce trajet lors des jours à venir. J’étais simplement happé par les souvenirs ; comme quoi la vie défile bien lorsque la fin sonne. De ta découverte chez les Courcy jusqu’à Périgueux et sa mairie en passant par tes histoires de famille et par ta famille tout court. J’ai ressassé, tout ce que je pouvais, pour bien faire comprendre à la pudeur qu’il serait compliqué de cacher quoi que ce soit quand bien même la nuit était en son milieu. Je me suis même perdu au milieu des souvenirs que nous ne partagerions jamais. Alexandrie. La Suède. Parmi tant d’autres. Mais Lacoste était là. Gris sur gris. Pénombre sur pénombre. J’en ai espéré une sorcière pour sauver mes yeux de plissements incessants.
      Je suis resté silencieux. Je ne pouvais pas te voir, vous voir. Pas maintenant. Un peu plus tard. J’ai juste pris le temps d’écrire; à ta sœur pour la prévenir que j’étais ici ; puis à toi. Ce n’était pas les plus jolis mots mais cela te ferait une lecture sincère lors de ton ultime voyage ; bien au chaud, cachée dans l’un des plis qui t’entourait.

      Spoiler:
      Je t'ai connu esclave, je t'ai connu putain
      Quelques écus contre des poils pubiens.
      Je t'ai connu marquée, je t'ai connu sauvage
      Dérivant bien trop loin du rivage.

      Je t'ai vu douter, je t'ai vu lutter
      Contre tout, contre rien, contre les préjugés.
      Je t'ai vu humiliée, je t'ai vu soumise
      Mais au fond, il y avait déjà D'Gyz'.

      Le voile des illusions.

      Tu m'as laissé voir au-delà
      A raison de quelquefois.
      Précieux cadeau qu'il me restera.

      Les écorchures de la terre à même ton dos
      Ne remplaceront jamais
      Tes constellations à fleur de peau.

      Tu étais D'Gyz', tu resteras D'Gyz', l'âme vagabonde.
      Et dorénavant, il manquera toujours quelque chose au monde.


      Je fendais du bois. Le destin fendait des vies.
      Tu m’as écrit que j’avais le secret du temps. Tu m’as écrit que je repoussais l’insatiable obscurité. Je n’ai jamais voulu que tu aies autant raison.

      Tu sais que je vais déchirer mon cœur si ça aide le tien à battre.

      Toi. Petit prince.
      Tu sembles si paisible, trop paisible; tu n'attrapes même pas l'index qui vient s'immiscer entre tes doigts en quête d'un impossible signe d'espoir et de vie. Tu restes impassible au pouce qui vient détailler le dos de ta main. Insensible à tout, l'espièglerie envolée, l'innocence foulée aux pieds. Tu as l'air si serein bien que le rouge te manque aux joues. Si calme, trop calme au milieu de ce sommeil sans rêve; parce qu'il n'y en a aucun quand le souffle manque. Tu m'arraches le seul son que je suis capable d'exprimer. Un soupir. Un soupir si profond qu'il laisse entendre une discrète complainte. C'est le cri du cœur, le hurlement silencieux de l'âme marquée.
      Je suis ton parrain officieux ou officiel, je ne sais plus. Je devais t'apprendre à faire les barrages à l'aide de cailloux au milieu des ruisseaux. Je devais t'apprendre à pêcher. A pécher. Manier le bâton et construire des cabanes. Tout s’est envolé, en un claquement de doigt, en un claquement de cou. Je devais te protéger de la vie et j'ai failli. Petite chose fragile.
      Il ne reste que l’espoir d’une vie après la vie. Qu’on s’y retrouve tous d’ici quelques années loin du souvenir de cette maudite nuit. Et je te promets que je ne t’y abandonnerais pas, que je ne vous abandonnerais pas. Je ferais mieux.

      A vos fronts j'ai déposé
      Un simple adieu en un baiser.
      L’été n’était pas si loin mais vous êtes froids comme l’hiver.

      Il ne reste qu’à laisser une main sur une épaule par ci, sur un dos par là. Je dois sortir, la poitrine me serre un peu, je dois respirer pour moi, pour deux, pour trois. Affalé au milieu des herbes du printemps. L’étrange mélange du chagrin, de la culpabilité et de la compassion me perd. Recette de merde.

      Je me suis vu seul, dehors; Hors du temps, hors du corps; Tout est gris.

    _________________
    Benjen

        Tu sais, je déteste pleurer. Mais je ne peux faire autrement. J'ai guetté un gonflement de ta poitrine, un battement de cil, mais rien n'est venu. J'ai espéré des pleurs de Marcel, un rire joyeux, mais rien encore une fois.
        Je somnole, au loin, de doux songes me semblent à portées, j'y sens le parfum des embruns, j'y vois la promesse de la caresse des coquelicots, j'y espère la joie d'une après-midi aquatique, j'ai envie du goût de ta peau … Mais rien n'y fait l'écran de ma tristesse me ramène toujours au présent. Ce présent dont je ne veux pas, tu n'y es pas.
        J'ai caché ton cou, je ne supportais pas cette vue. Elle risque d’entacher le souvenir que j'ai de toi, et je veux le conserver dans sa pure perfection.
        J'ai froid Gysèle, j'ai froid et pour la première fois la proximité de ton corps ne réchauffe plus le mien.
        J'ai mal, si mal … Je dois sortir.

        Il faut que j'affronte le monde Gysèle. Je n'ai pas envie de leur pitié, je n'ai pas envie de leur compassion, j'exècre tes gens, les gens. Tu n'imagines pas mes noirs désirs lorsqu'ils m'expliquent de leurs voix hésitantes comment ils vous ont retrouvé. Personne ne sait qui t'a fait ça, qui a osé profaner mon temple, ma terre promise. Tu étais étrange, renfermée, constamment d'humeur noire. Tu as renvoyé une bonne partie de tes gens, et c'est seulement maintenant que je remarque l'absence totale d'hommes d'armes. Qu'est-ce qui t'es passé par la tête ? A quoi passais-tu tes journées ? Personne ne peut expliquer tes absences. J'ai beau les rudoyer, promettre mille souffrances, menacer de mort … Rien n'y fait. Tu étais maîtresse dans l'art du secret, comme dans bien d'autre, et celui-là, il me faudra le percer.

        J'ai honte. Je m'en veux. Tu avais besoin de moi, mais je n'étais pas là. Pourquoi me tenir si loin ? Rien de tout cela ne serait arrivé si seulement tu m'avais dit qui être pour te plaire. Ils paieront. Ils paieront je te le jure ! Je ne reculerai devant rien ni personne pour me venger, pour vous venger, pour te venger. Il n'était pas ma chair, mais mon cœur était sien et je rêvai qu'il soit ma fierté. Je rêvai d'un avenir pour ton fils. Je sais que c'est tout ce à quoi tu aspirais pour lui. Mais Marcel ne connaîtra jamais les joies et les peines d'une vie bien remplie … Pourquoi ? Cette question Gysèle, elle va me hanter.

        Je suis à bout de force, et pourtant le sommeil me fuit. Je prends la plume, il faut bien l'annoncer à ta famille. Qu'est-ce que je peux bien leur dire ? Je ne suis pas doué pour ça. Et toi, tu n'es pas là pour m'aider. Pour poser ta tête sur mon épaule et enlacer mon torse. J'aimerai tant …
        Je vais à l'essentiel. Je ne sais pas comment faire autrement.

        Demain nous rentrons à Périgueux, tu reposeras une dernière fois dans ce lit que nous avons si souvent partagé. Tant de gens voudront te dire au revoir … Comment vais-je affronter tout ça sans toi ? Qu'est-ce que je vais leur dire ? Dois-je le garder pour moi ? Vais-je me lancer seul dans cette quête de vengeance ? Putain Gysèle … Réponds-moi. Reviens-moi. Je t'en prie !

        Il est tard mon amour, mon cœur saigne, mon âme est noir.

      _________________
      Benjen

          Je t’ai simplement regardé. Qu’est-ce que je pouvais dire ?


            La nuit semble déjà prendre congé, elle se joue du temps, de l’esprit et embrouille les sens lorsqu’elle n’offre aucun songe. Je n’ai pas eu l’envie d’imposer ma présence. Je ne voulais pas ajouter de la tristesse à la tristesse. Je voulais être là sans être là. Il y a quelques heures, j’ai simplement laissé glisser mon dos le long du mur m’aidant du chambranle pour filer bien droit et j’ai attendu. J’ai attendu tel un vieux chien de garde, prostré. J’ai essayé de faire comme les enfants, j’ai essayé de me persuader que ce qu’on ne voyait pas, n’existait pas. Ça ne fonctionne pas. Je vous ai imaginé, rien qu’un instant, tous les trois, de l’autre côté du bois. J’ai espéré, un peu plus longtemps, capter l’amorce d’un rire ou la symphonie légère d’une course enfantine aux pieds nus. Il n’y a rien eu. Le silence est cruel parfois. Alors oui, j’ai veillé, sans témoin, pour protéger vos derniers instants. Protéger de quoi ? De qui ? De personne ; Quand l’inutile rencontre le pathétique.


          J'ai vu Maurice arriver. Je n'ai pas eu le cœur de l'accueillir. Comment vais-je affronter notre famille ? Nos amis ? Je suis coupable Gysèle. Coupable de ne pas avoir été là pour vous. Est-ce trop romanesque de juger que c'est moi qui aurait dû finir la nuque brisée, la gorge tranchée ? Rien à foutre. Je serai le salaud de l'histoire, la victime heureuse, si seulement ça permet au monde d'être caressé par ton regard, et égaillé par le rire de Marcel.

          Momo vous a dit au revoir, j'entre à nouveau. J'ai digéré les révélations, je crois … Enfin non, pas vraiment. Mais j'ai maintenant un objectif, quelque chose qui m'apporte un souffle de vie, un souffle qui grandi quand vos postures de statue font hurler l'injustice à mon âme.

          Je ne vous touche plus, je ne vous regarde plus. Je suis là, juste là. Comme l'homme de l'autre côté de la porte, je tente l'ultime espoir. Un rire, un soupir, qu'importe, tant qu'il parle de vie. J'ai l'impression d'être plus proche de vous ici. C'est con hein ? Vous n'êtes plus là. Mais peut-être que votre essence est encore là. Peut-être que tu m'enlaces par derrière, le tête posée contre mon épaule. Peut-être que Marcel a escaladé mes genoux et qu'il s'est blotti contre moi. Et je n'ose bouger … Je ne veux pas vous faire fuir, je ne veux pas vous compliquer la tâche. Mais il fait froid, il fait si froid. Les larmes menacent à nouveau, mais je ne veux pas pleurer. Alors je me redresse, et je sors.



            Et au premier bruit, je me suis pressé de disparaitre ; Il était hors de question de voir déplacer les pantins désarticulés, de revoir ce teint diaphane que les femmes envient tant. Il n’y a rien à envier. Vraiment rien.


          Maurice n'est pas là. Je suis lâche Gysèle, j'ai peur de l'affronter. As-tu seulement idée des abysses dans lesquelles je vais replonger sans toi ? Je soupire. L'intendant n'est pas loin, et je lui fais signe de se mettre au travail. Nous partons, il sait ce qu'il a à faire. Moi je vais vagabonder un moment, errer tel un fantôme. Et je reviens à temps, pour me tenir près de ton dernier carrosse, je ne tiens pas à te mettre en retard. Me pardonnes-tu d'avoir l'air d'un zombie ?


            J’ai laissé les gens s’agiter. J’ai observé de loin les préparatifs du retour vers Périgueux, loin, très loin d’un quelconque courage jusqu’à ce qu’il ne manque plus que moi.

            Ah… Benjen. Je ne me souviens même plus n’avoir pu qu’apposer une main à ton épaule lorsque je suis arrivé cette nuit ; et depuis ce matin je n’ai que cherché le triptyque qui guérit tout. Je t’ai présenté deux coussins au milieu de ma tronche cernée et agrémenté d’un tout simple.


              C’est pour eux.


          Il entre dans mon champs de vision, et je me fixe. Il a les bras chargé, il n'a sans doute pas l'intention de me cogner. Pourtant, ce n'est pas les coups qui me font peur, c'est plutôt la dureté de ses mots. Est-ce qu'il va m'accabler durement ? Ou de son déni habituel de la mort ? On ne sait jamais à quoi s'attendre de lui …
          Et voilà qu'il me présente deux coussins, pour vous. Je m'en saisi à geste prudent, j'ai peur d'abimer ses cadeaux, ce sont les derniers. Je dégluti, et me tourne. On m'ouvre, et là, j'ai encore le ridicule espoir d'un « bouh ! » … Mais rien. Rien que le temps figé entre un multiple de quatre planches.



            Le confort dans la mort. Et une fois les artifices du sommeil installés, je t’ai simplement regardé. Pas de coussins. Pas de câlins. Il restait le vin. J’ai plaqué une outre sur son torse pour ne pas que tu la refuses.


              C’est pour toi.


            Je t’ai simplement regardé. Qu’est-ce que je pouvais dire ? Qu’est-ce que je pouvais dire d’autre ?
            De toute façon, il était temps de partir. Pathétique jusqu’au bout.


          Cette outre, je ne l'ai pas vu venir. Je crois que c'est un peu près le seule « bon » cadeau, le seul « bon » soutien, qu'il peut me faire. Le vin plaqué contre mon torse, je le remercie d'un infime hochement. J'ai pas de mots, j'ai pas envie de dire de connerie, je n'ai pas envie de faire de l'humour pour détendre l’atmosphère. Un regard vers la calèche, tout est prêt, plus rien ne nous retient

          Le chemin du retour.

          On est en route. J'ai décidé de me poster devant, je ne veux pas passer tout le chemin à regarder ce tas de bois, et me demander si tu vas passer la tête par une ouverture, et me lancer un de tes regards aguicheur. Il fait beau, mais tout est gris, tout est fade. La vie est sans saveur, si ce n'est ce goût amer qui me reste en bouche. Je regarde le vin posé entre mes cuisses, il tombe à point nommé. J'ouvre, et je m'abreuve, longuement, comme pour être ivre plus vite. L'amertume est toujours là. Je ne la ferme pas, je la tiens simplement en fixant la crinière de ma monture. Regarder au loin devient insupportable. L'horizon donne trop d'espoir, elle est synonyme d'avenir et le notre avorté m'est encore trop présent pour que je songe seulement à la possibilité d'en bâtir un nouveau.

          Momo est là. Je dois lui dire quelque chose ? Est-ce que nous devrions échanger nos souvenirs ? C'est comme ça qu'on se rappelle de ceux qui nous ont quitté, non ? Non. Ca ferait bien trop mal. Je ne suis pas prêt pour ça, et je préfère être égoïste, garder votre chaleur pour moi. Garder ce qui pourrait étirer mes lèvres d'un sourire pour le jour où j'y parviendrai à nouveau. Tu crois que ça arrivera ? L’emmènes-tu avec toi mon sourire ? Moi qui suit l'avarice incarné, je t'offre tout, prends ce que tu veux.

          Une pogne se lève, elle tient le vin. Elle ne se dirige pas vers mes lèvres, je la tends plutôt à Maurice. Sans un mot, juste un regard en coin.



            Le ciel est sans surprise. La terre et l’air livrent une légère brume printanière en une habitude déprimante. C’est ainsi que la calèche porteuse de morts guidée par un quidam dont je ne connais même pas le nom et accompagnée par deux cavaliers aux allures douteuses s’est mise en route. Le baron ouvre la route. Je l’accompagne sur la première lieue. Le temps de ne rien se dire. Le temps d’échanger un regard alors qu’il entame déjà le vin. Si tôt. Je n’esquisse qu’un sourire tout en lui montrant que je n’ai pas fait l’erreur de ne pas m’en équiper moi aussi. Sourire morne. L’heure est toujours à l’introspection et je l’abandonne après lui avoir laissé une tape fébrile sur l’omoplate.

            Benjen ouvre toujours la route et maintenant je la ferme. Un écrin de sentiments bien trop exacerbés protégeant deux pierres devenues sans éclats.

            Il n’y a que le bruit régulier des fers rencontrant le sol. Même les oiseaux ont l’air d’avoir fait vœu de silence au moment où une brise légère s’est décidée à chasser les reliques matinales et laisser la place au soleil pour de bon. J’imagine sa peine de l’autre côté. C’est un formidable moyen pour oublier la mienne. Se concentrer sur les autres pour s’oublier soi-même. Mais je ne peux m’empêcher, de temps à autre, de m’approcher au plus près du cercueil à roues pour vérifier par l’une des petites ouvertures que… Que quoi ? Ils n’ont pas bougé et ne bougeront plus. Mais j’aurais aimé vous voir ; vous voir jouer à « j’ai attrapé ton nez ». Alors je m’éloigne à nouveau. Je repense au baron. Son message, sa découverte, son chemin au galop. Ses regrets, ses remords, ses sanglots. L’empathie me sauvera quelques heures. Bien aidée par le vin. Il faut l’avouer.

            Les heures ne sont ni longues ni courtes et à mesure que l’on vient à détailler les fortifications établies par Faust, je décide de rompre l’équilibre. Je remonte lentement le convoi pour finalement venir à portée de l’autre cavalier en peine. Nous avons déjà partagé beaucoup. On en vient jusqu’à partager l’odeur âcre d’un bain trop ancien au milieu d’une procession lugubre. Juste un regard en arrivant à niveau. Tu vois, Benjen, je suis revenu. Et même si tu n’as peut-être rien envie d’entendre, je me dois de poser quelques mots alors que le fourmillement à venir autour des événements tragiques me retourne déjà le cœur.


              Tu es la famille.


            Rien de plus. Rien de moins. Les liens tissés autour des êtres partis hier ne seront pas rompus. C’est tout ce qu’il reste d’eux.


          Rien de plus. Rien de moins. Les liens tissés autour des êtres partis hier ne seront pas rompus. C’est tout ce qu’il reste d’eux.


          Ecrit à vingt doigts avec Jd Kleze

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        Gysele
            Tu as disparu.

            Qui sait où tu te trouves Gysèle à présent. Qui sait si tu erres sur Terre en quête de vengeance, si tu espères protéger ceux qui te pleurent du plus profond de leurs cœurs meurtris, si tu as rejoint un frère, un mari, dont tu ignorais jusque là la mort, ou si tu as disparu dans le néant, avalée par cette effrayante obscurité. Qui sait ce que ton âme devient alors qu'on t'a assuré l'Enfer depuis que tu es née. Sûrement n'as-tu pas eu le temps de craindre pour elle alors que tu rendais ton dernier souffle en voulant retrouver ton fils.
            Et qu'importe ton corps, cette enveloppe qui a été usée par tant de mains, aimée par tant de bras mais chérie par bien moins de cœurs. Ce corps n'avait d'importance que par ce jeu de lumière et d'ombre qu'il renfermait et qui s'est envolé dès que ton cœur s'est arrêté. N'étais-tu pas un crépuscule ? Aussi vive et brûlante qu'un jour qui rencontre la nuit. Aux humeurs aussi fuyantes qu'un soleil qui disparaît sous l'océan. A l'aura aussi nuancée qu'une palette de peintre à la tombée du jour.
            N'oublions pas que tu étais aussi chiante à souhait. Cela ne devrait pas trop manquer à ton entourage et si tu pouvais le leur murmurer, sans doute leur remettrais-tu en mémoire toutes ces fois où tu as été exaspérante et capricieuse. Car tu sais que dans le deuil, les défauts sont vite oubliés alors qu'ils seraient d'une aide précieuse pour calmer la douleur. Ah tu leur raviverais la mémoire à coup d'hystérie et de bêtises dont tu étais la seule à maîtriser toutes les ficelles.
            Il y avait derrière ton regard sombre, souvent cette petite folie qui guettait, cette noirceur qui parfois surgissait, pour avaler ta radieuse présence et te faire prisonnière de quelques démons ravageurs. Mais même alors que tu les montrais au monde, on te pardonnait. Car tu étais Gygy, D'Gyz', Gysèle, Gy', Ponthieu, on laissait passer jusqu'à tes plus viles actions.

            Avec le recul, tu as été chanceuse et riche de tant de rencontres, de tant d'amour, de tant d'amitiés.
            Avec le recul, tu redirais à Louis-Marie combien tu l'aimes, combien Marcel lui ressemble, combien il t'a manquée. Tu dirais à Benjen combien tu l'aimes, d'une autre manière, d'une autre façon, tu lui dirais combien il te manquera, comment il doit s'ouvrir au monde et laisser le Monde le connaître. Tu lui rappellerais que la Terre tourne toujours sans toi et de se ressaisir sans quoi tu le menacerais sans doute de le hanter s'il ne décidait pas de se reprendre vite. Tu aurais sans doute ce petit air contrarié, tes poings sur tes hanches et un léger sourire qui menacerait de pointer à tes lèvres s'il mettait trop de temps à se laisser convaincre. Tu dirais à ta sœur, Valentine, ta tendre aînée, combien tu lui es redevable, reconnaissante et combien tu es heureuse d'avoir partagé autant de moments de vie à ses côtés. Tu dirais à ton petit frère, Evroult, à ce vilain petit canard, combien tu as toujours voulu l'étreindre, le protéger et l'aimer plus que le blesser. Tu dirais à Aurore, de cesser de regarder derrière elle et d'aller de l'avant en choisissant toujours, le chemin du bonheur, plus que celui des regrets. A ce cher Maurice, parrain de ton trésor, tu lui dirais combien ont compté chaque moment, chaque invention, chaque jeu, même ceux où tu tenais le rôle inutile. Tu le remercierais pour les sourires qu'il a su t'arracher dans chaque moment difficile, pour sa loyauté sans faille envers la minable fille de rien que tu étais.

            A tant d'autres, tu irais souffler des taquineries douces, de celles pour lesquelles tu étais connue, de ces petites insolences qui n'étaient jamais faites pour blesser, sinon pour démontrer de l'intérêt et de l'affection.

            Dans peu de temps, ta voix perdra en précision dans les esprits. Était-elle aiguë, grave ? Était-elle suave ou sont-ce les souvenirs qui trompent ? Les contours de ton visage seront plus incertains. Ta taille, ta silhouette, ton rire, tout finira par s'estomper. Que restera-t-il de toi Gysèle quand les mois auront passés ? Les souvenirs s'étioleront, la douleur avec et ton absence sera comblée par d'autres âmes crépusculaires, par d'autres sourires, d'autres folies. Peut-être, au détour d'une rivière, ou sur un bord d'océan, parfois, un ami se souviendra de toi, figée dans tes vingt et un printemps et de ton fils, ton bébé, ton garçon chéri, comme d'un petit rayon de soleil fugace, avalé par un orage impromptu.

            Et toi qui craignais tant la Mort, te voilà bercée par ses bras apaisants, le petit corps de ton engeance reposant avec toi dans ce prochain voyage à destination inconnue.

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        Vaelia
        Il est tard. Ou tôt. Le temps m'est devenu indifférent. Seule au milieu des livres inachevés, des ateliers désertés, je reste. La papeterie est silencieuse, les ouvriers, je les ai chassé de là la veille, et tous ont comprit qu'il valait mieux éviter l'endroit un moment.
        C'est injuste, mais j'ai détesté Benjen. J'ai détesté son écriture, ses mots, cette foutue lettre qui est venu, ainsi, faire voler en éclat l'espoir du moment. Quand je l'ai reçu, j'écrivais, pour retrouver Elise, comme toute bonne mère devrait le faire. Et pourtant, cette mission m'a paru vaine, aussitôt la lecture achevé. Je l'ai brûlé, j'ai refusé d'y croire. Et pourtant, à voir les mines de nos proches Gysèle, je sais que tout cela était vérité.
        Une vérité au goût de poison. Je le sentais, je le sens en ce moment, me brûler les veines, écrasant mon crâne et mes poumons.
        Je t'ai tellement pleuré petite soeur. J'ai pleuré la femme que tu étais, l'enfant que j'ai connu, cette innocence que tu as enfanté. Tu me disais vieille, en l'instant on pourrait vraiment le croire. Toi, tu étais comme ma jeunesse, une bouffée rafraîchissante, et maintenant me reconnaîtrais-tu? Pourrais-tu seulement discerner la soeur qui t'a chérie, alors que celle-ci s'est arrachée les cheveux, griffé le visage et les bras. Serais-tu capable de voir celle qui te préparait des pâtisseries alors que toute nourriture a été remplacé par le vin âcre et les plantes abrutissantes?
        Moi qui a toujours été si vaine, si coquette, un simple papier m'a dévasté, et je ressemble sans doute plus à une vieille folle qu'à la jeune femme que je suis.

        Je me suis fait mal. Je pensais qu'il n'y avait plus rien de plus douloureux. Je voulais savoir, soeur chérie, as-tu souffert? Es-tu partie dans les larmes et la douleur? Qu'as-tu ressentis au moment où la Mort t'as prit dans ses bras? Avais-tu peur? L'amour de ma vie que tu as enfanté pleurait-il? A-t-il vu la mort arriver?
        Je voulais savoir. Près du moulin, j'ai plongé dans l'eau, je me suis laissée submerger par les flots, jusqu'au moment où un instinct de survie primaire me força à remonter, les poumons brûlants. Est-ce ça de mourir Gysèle?
        Mes doigts fins se sont refermés sur ma nuque gracile. Mon souffle était rauque, et, la lucidité m'ayant quitté en même temps que la fumée de l'opium consumé, j'ai presque connu l'évanouissement. Mais ce n'est rien n'est pas Gysèle?
        Si tu es morte avec lui, ça ne pouvait être qu'une morte violente. Une mort dans la douleur et les cris. Ma douce soeur était une lionne pour mon neveu, jamais elle n'aurait laissé qui que ce soit lui ravir cet enfant sans combattre.
        Je ne sais ce que tu as enduré ma douce. Au fond de moi, un brin d'espoir accroché à un palpitant en miette espère, espère que vous avez été recueillis par un Ange, qu'il vous a étreint avec douceur, vous a rassuré, et vous a emmener dans un monde où la souffrance n'existe plus.

        Je sais que tu n'aimerais pas me voir ainsi. Tu m'as beaucoup pardonné, alors que j'ai été une aînée aussi pitoyable que la mère que j'ai été, que notre mère. Je me suis posé à mon bureau, là où les livres de comptes et les rapports ont laissé place à des bouteilles vides et de la cendre. J'aimerai te voir petite soeur. Te prendre dans mes bras toi et Marcel. Parce que je vous ai aimé putain. Plus que je ne me suis jamais aimé, plus que je n'ai aimé quiconque en réalité. Je t'ai détesté lors de tes premiers vagissements. Tu m'as agacé lorsque les autres catins s'occupaient plus de ce mignon bébé que de moi. Mais je t'ai adoré, je t'ai chéri, au moment de ton premier sourire. Cette seconde là, jamais je ne l'oublierai. Si je vieillis, peut-être que le temps effacera nos aventures, nos joies, nos peines et nos amis, mais jamais, jamais je n'oublierai le sourire de l'enfant que tu étais. Et si je t'ai failli petite soeur, mon coeur lui ne t'a jamais oublié.

        Je t'écris tout ça. A cette heure dont j'ignore le nom. Esprit encore embrumé de mes drogues, joues à peine sèches de mes larmes. Je t'écris une lettre. Comme j'aurai dû le faire tant de fois. Je t'écris tout ça. Je te mens sans doute un peu, en disant que je saurai avancer de l'avant alors que je vis toujours dans le passé. Je te mens, en disant que j'irai à tes funérailles. Pour le reste, je te dis des choses qui auraient dû être dites de ton vivant. C'est dur, d'assumer l'amour que l'on ressent pour les autres. J'ai pu te dire mille fois que je t'aimais, mais ce n'était pas assez pour toi. Comme ce n'était pas assez de jeux et de rire avec Marcel. A lui aussi j'écris, comme si il était avec moi encore, à me réclamer friandises que nous gardions secrètes pour tes oreilles de bonne mère. Je te raconte notre vie aussi. Tu ne te souviens pas de tout, tu étais si petite, si douce quand moi déjà j'étais amère de notre vie. Tu lui donnais une touche sucrée, autant tes bêtises que tes délires. Vous m'avez mené la vie dure toi et Louis. Pour vous j'ai volé, menti à notre mère, fais d'innombrable conneries, mais rien n'était trop peu pour vos sourires d'enfants gâtés. Souris-tu sur nous maintenant Gysèle? Là haut dans les étoiles? Nous regardes-tu avec Marcel blotti contre ton sein? Je t'écris aussi ma vie, celle que je ne t'ai jamais décrite. Mes voyages quand je suis partie, et comment, à chaque instant, j'ai pensé à vous. J'ignore si tu le sais, mais tu es la raison de mon retour en France. Cette terre, je l'ai haïe, de tout mon coeur, mais moins que je ne t'aimais toi. Sur ce vélin mon amour, je te dis tout et encore plus. J'espère que le Très Haut te laissera le lire alors que je l'enferme dans une bouteille, et l'abandonne à la Vienne. Espoir puéril sans doute, mais il m'éloigne quelques heures de mes autres soins.

        Et alors que je la regarde s'éloigner, cette bouteille porteuse de mes rêves, de nos soirées, de mon affection, je m'installe sur la rive, ignorant la levée du jour. Pardonne moi Gysèle, je n'aurai pas la force de voir ton corps sans vie. Je veux pour dernière image de toi ce rire lors de mon anniversaire, ton bonheur quand tu serrais Marcel dans tes bras, ta bonne humeur quand nous étions avec les autres. Je vis dans le passé il est vrai, je l'ai toujours fait, et maintenant, soeur aimée, tu rejoins tout ces souvenirs qui me font rêver d'une réalité où j'aurai pu être heureuse.
        Adieu.
        Benjen

            [Périgueux, le Tertre fleuri – 4 juin 1467 - Funérailles de Gysèle et Marcel]

            Il fallait bien que ce jour vienne. Je ne vais pas te mentir Gy', j'ai « encore » espéré … Mais toute ces lueurs d'espoirs sont vaines. Tu n'es plus là, il faut que je m'y fasse, et l'étape suivante, c'est l'acceptation.
            Alors j'ai causé avec Aurore, c'était étrange … Tu aurais sans doute su quoi dire, mais moi, tu sais bien, a part grogner, ronchonner, et balancer des « foutez-moi la paix ! » Je ne suis pas d'une grande aide dans ces moments-là. Enfin, même grogner et ronchonner je n'y parviens plus. Il n'y a que nos souvenirs à nous deux, à nous trois, qui éveillent encore mes lèvres en quelques sourires éphémères …
            J'ai donc causé avec Aurore, et nous avons opté pour le tertre. Tu l'aimais bien cet endroit, il sera parfait pour te dire au revoir.

            Alors aujourd'hui, on a fait mettre des fleurs blanche. C'est peut-être un peu trop lumineux pour un tel moment ? Mais tu étais un rayons de soleil pour ton entourage Gysèle, tout comme Marcel. Au centre du Tertre, un bûcher. Vous y reposez, tout deux vêtu de blanc. Vous sentez bon le jasmin, il a bien fallu couvrir l'odeur de la mort pour que les gens n'emporte pas ce désagréable souvenir …

            L'annonce a été faite, et transporté aussi loin qu'il est possible dans les endroits que nous avons jugé nécessaire. Tout comme nous avons prit soin de prévenir tes amis connu de nous par un courrier. Et les voilà … Tous là, autour de vous …

            Un inspiration, je les regarde sans les regarder, je n'ai pas envie de soutenir le regard des gens. Peut-être sont-ils chargé de reproche ? De pitié ? De compassion ? De tristesse ? Peu importe … J'ai bien assez à faire avec la mienne.



              Merci à tous d'avoir répondu présent … Nous sommes réunis ce soir pour dire au revoir à Gysèle et Marcel …


            Mon cœur ce sert, et j'humecte mes lèvres, le temps que cette pression dans ma gorge diminue.


              J'invite qui le désir à prendre la parole, pour partager quelques souvenirs, quelques pensées, ou simplement dire au revoir … Que ce soit de vive voix, ou dans un murmure.


            Et je m'écarte, pour rejoindre les rangs. Non, je ne prendrai pas la main cette fois, je ne me sens pas encore prêt. Au plus tard au mieux, peut-être que … Non.


            Honte sur moi, je n'ai pas eu le temps de faire les choses bien :/ Libre à qui le désir de considéré que son perso à été prévenu, tout ça, et de nous pondre un jolie petit texte qu'il soit triste ou marrant.

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          Octave.
          Pourquoi tant de haine ?

          Les deuils s'enchainent et ne se ressemblent pas... L'année aura été riche en pertes. La liste serait longue et pourtant elle ne cesse de s'allonger, encore et encore... Octave n'ose plus laisser approcher le coursier d'Encausse, mais il est sur les routes et les missives le trouvent, les unes après les autres, avec plus ou moins de retard. Combien de larmes devront encore être versées au nom des braves qui abandonnent la partie ?

          Isaure, ne souriez pas. Ne grognez pas. Nous lui disons adieu, aujourd'hui. Elle fait partie de ceux qui m'ont poussé à vous rejoindre, le premier jour de juillet... Le sésame pour enterrer la jalousie de sa femme, qui ne l'est que grâce à un enchainement de circonstances particulières, et Gysèle était l'une d'entre elles, elle était présente ce jour où les yeux d'Octave se sont dessillés.

          Asseyez vous ici... Il aide sa ronde épouse à trouver siège sur un des bancs prévus pour ceux qui ne peuvent rester debout. Il craint une exclamation d'Isaure quand elle s'apercevra qu'il n'y a ni Eglise ni cercueil, ni officiant, ni cérémonie. Mais espère qu'elle saura se taire. Lui, en revanche, ne peut garder le silence. Faisant signe à leur fille de rester près de sa mère, il s'avance et vient presser l'épaule de Benjen d'une pogne ferme et tremblante à la fois. Il ne peut imaginer son état si c'était Isaure sur ce bucher, et Caia à son côté. Impossible de mesurer la peine alors ressentie, et il n'a pas de mots pour consoler l'homme qui pleure aujourd'hui, qu'il connait peu, qui plus est. La main redescend, et la voix de stentor du Beaupierre s'élève, étonnamment fragile dans l'air frais du tertre.

          Les mots sont difficiles pour décrire Gysèle... Sa présence tranquille dans les coins de taverne quand elle était de passage, son sourire compréhensif, ses piques savantes... Je crois qu'il me faudra quelques mois ou quelques années pour ne plus m'attendre à les trouver en entrant, par surprise, dans une auberge du Périgord, du Limousin ou des Comminges. Il est .. était facile d'aimer Gysèle. Nous avons beaucoup ri, beaucoup parlé, un peu pleuré.

          Elle méritait le meilleur, et n'avait trouvé que le pire, mais en avait fait une force, et elle évoluait au milieu d'une classe qui n'était pas la sienne, mais au sein de laquelle elle ne dépareillait pas, finalement. Lorsqu'elle a reçu ses terres, elle était heureuse. L'avenir qu'elle envisageait était alors rayonnant.

          Elle était appliquée et impliquée. Elle riait comme personne. Et diantre, elle rendait Isaure folle, ne serait-ce que parce que j'ai toujours été ravi de la voir. Peut-être dans une autre vie...

          Je lui souhaite d'avoir enfin trouvé la paix au paradis solaire. La Lune devra encore attendre un peu, Gysèle n'a rien à y faire, quoiqu'en pensaient certains. Adieu donc...


          Il n'ose regarder le bucher, ne distinguant que les silhouettes au coin de son oeil désormais brillant. Surement le pollen qui attire les larmes. Et retourne se placer derrière Isaure, sur les épaules de laquelle il presse ses mains. La tristesse lui fait serrer les poings, et peut-être que son épouse aura quelques marques lorsqu'il sera l'heure pour elle de se dégager de l'étreinte. Le Beaupierre pose ses yeux sur sa fille, et ne la lache plus. S'il la perdait...
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          Don.
          Étaient-elles amies ? Non. Toutes deux se partageaient un brelan bancal dans lequel apparaissait depuis peu, Aurore avec qui les affinités étaient plus moindres encore.
          Si Dôn était présente en ce jour c'était avant tout par affection pour Benjen, qui était son suzerain et pour lequel elle avait promis de vouer un pan entier de sa vie. Gysèle avait été une esquisse de relation sans jamais qu'elles ne parviennent à tisser un lien assez solide pour s'estimer proches. C'était bien malheureux mais cette concordance inexistante résumait à elle seule, la vie entière de la Kerdraon. Les attaches que la bretonne parvenait à consolider duraient peu ou étaient si rares qu'on en oubliait parfois les contours.

          Et voilà qu'une courbe du passé refaisait surface, là où elle ne l'attendait pas. Où elle ne l'attendait plus. Isaure. Et ciel, quelle convexité ! Beaumont semble bien en chair... Si seulement Dana avait lu le courrier qu'Octave lui avait dédié, elle aurait su. Ce ne fut pas le cas, lettre fut abandonnée dès son arrivée... Parce qu'il y a des mois qu'elle l'attendait, des mois qu'elle errait seule, des mois qu'elle espérait un mot, un geste, une voix.. Une aide. Ce pli sera lu plus tard lorsque le jour sera passé et bien des nuits aussi. Pour l'heure, la brune ne souhaite qu'une seule et unique chose, éviter tout contact visuel avec ces deux là. Eviter tout contact émotionnel et se perdre aux côtés de Salviac. Il servirait de bouée à celle qui souffrait sans doute bien moins que lui à l'heure dite. Le palpitant affolé fait trembler le corps de l'émotive, qui d'une unique main vient saisir le bras du baron. Soutien mutuel dont il ignore l'ampleur... L'éploré pensera surement qu'elle lui apporte soutien d'une pogne tremblante et c'est bien ce qu'elle finira par faire, retenant son souffle pour oublier la rencontre silencieuse qui vient de se faire. Les bleus se dirigent ensuite là où tous les regards se posent, attirés par la force des préparatifs donnés afin de rendre hommage à ces deux âmes disparues.

          Qu'ils étaient pâles. Jamais Gysèle n'avait été aussi blême. Dans les souvenirs sans doute déjà erronés de Maëlweg, Ponthieu était fardée, trop colorée, explosive. Là, ne restait plus qu'un corps terne aux côtés d'un, plus petit. Et c'est ce plus petit qui captera l'attention de Dôn, tout au long de la cérémonie. Vous l'aurez compris, Navel est humaine et rapporte égoïstement tout à elle, et soyez en assurés, tout aussi involontairement. Corps inerte de Marcel lui rappelle celui d'Isan, qui frappé par la mort au même âge, avait brisé le cœur de sa mère, en deux. Oui, Dana avait perdu un fils et sa première pensée fut pour lui, quand la seconde fut automatiquement pour la dame de Coeur, gisant là près de celui qu'elle avait peut-être vu partir avant elle. Etait-ce le cas ? Est-ce qu'elle avait vu mourir cette petite bouille avant elle ou l'Ankou avait-il épargné cette femme, du spectacle le plus atroce qu'il soit donné de voir ?
          Croyante, c'est en ce sens que Dana priera. Elle priera tout au long de ces tristes heures, de cet hommage malheureux afin d'apporter la paix à Gysèle, espérant de tout son cœur qu'elle n'ait eu à voir le départ de son enfant, avant le sien propre.

          Elle priera les yeux rivés sur Marcel, les mains jointes et dos à tous. Toujours, dos à tous.

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          Isaure.beaumont
          Qu’Octave se rassure : de sourire, son épouse n’en avait pas la moindre envie. Gysèle était morte. Certes, sa prime réaction à l’annonce de son décès avait dû laisser penser au vicomte que son épouse était totalement insensible au sort de sa rousse amie. Pire même, il devait l’imaginer soulagée de voir s’éteindre cette source lumineuse qu’elle avait tant de fois accusée de vouloir le détourner d’elle. Mais c’était par pudeur, qu’elle avait laissé échapper un « grand bien lui fasse ». Elle s’était cachée derrière un détachement satisfait, et pourtant totalement feint. Non, la mort de Gysèle ne l’enchantait pas. Il lui avait fallu du temps pour réaliser pleinement le sens des mots que son époux avait prononcés. Depuis qu’elle avait compris, elle s’interdisait de penser à la jeune Ponthieu et s’était employée à contenir le torrent d’émotions qui menaçait de l’assaillir dès que ses pensées effleuraient le souvenir de Gysèle.

          Elle l’avait rencontrée avant même qu’Octave n’existe pour elle. Elle s’était entichée, à sa manière, de la jeune rousse et s’était donnée pour mission de sauver son âme, en vain. Et où était-elle aujourd’hui, cette âme meurtrie et salie ? Cette âme qu’elle avait été incapable de sauver.

          Le regard perdu dans le vague, l’esprit perdu dans ses pensées, elle se laissa installer par son époux sans réagir à son départ, ni même à son discours. Peut-être son cœur aurait-il été étreint quelques secondes par la jalousie si elle l’avait écouté, mais elle s’était égarée dans les méandres de ses souvenirs et était comme propulsée dans des temps qui lui paraissaient désormais anciens. Elle accueillit l’image souriante de Gysèle qui déclinait une fois de plus son aide et riait de l’entendre conter à d’autres la louable existence d’une Gysèle qui aurait été lavandière.

          Alors oui, ne nous mentons pas, Isaure avait jalousé plus que de raison la douce Gysèle, parce qu’elle avait su capter et captiver, malgré toute la crasse de sa condition, le regard des hommes qui comptaient pour Isaure. Parce qu’elle avait vu, dans cette rivale, l’âme d’une femme digne d’être aimée et épousée, bien plus qu’elle-même. Mais sous toutes ces couches de jalousie et de dédain, en grattant profondément, loin des apparences, il était indéniable qu’Isaure avait apprécié sincèrement, mais à sa manière, la défunte.

          Revenant à la réalité quand elle sentit les mains de son époux enserrer ses épaules, elle chassa loin d’elle ses souvenirs. Qu’importe l’affection qu’elle avait pu avoir pour la Ponthieu, il était hors de question qu’elle se laisse aller à ses émotions en public. Elle se refusait à verser une larme pour celle qui avait été catin avant d’être dame. De quoi aurait-elle l’air, elle, la Vicomtessse d’Encause, à pleurer cette femme de peu de vertu, dame parvenue ? Que personne ne sache qu’elle avait apprécié les qualités humaines de cette femme que des mains lubriques avaient salie pour l’éternité !

          La joue posée contre l’avant-bras de son époux, dont les serres maintenaient toujours ses épaules, elle caressait doucement le ventre girond qui abritait leur avenir à tous deux. Les pensées anesthésiées, elle regardait sans voir. Pourtant, pour elle ne sait quelle raison, son regard fut attiré par une silhouette, fantôme de sa vie : Dôn. La misérable petite traîtresse qui l’avait abandonnée, sans un mot, sans une nouvelle. Elle était partie, du jour au lendemain, sans explication, sans avertissement et depuis, le silence s’était étiré entre elles, sans qu’aucune, trop fière, ne daigne le briser. Et si elle ne voulait pas pleurer pour Gysèle, elle serait également avare de larmes pour cette sœur de cœur. Détournant le regard, se refusant à la regarder une seconde de plus, ses yeux butèrent sur le bûcher. Mais qu’était-ce donc ?! Elle ne s’était jusque là pas attarder à regarder ce qui les entourait vraiment. Elle ignorait encore ce qui se produirait sou peu, mais ses yeux, eux, ne pouvait se détacher de la silhouette aussi rigide qu’inerte. Si elle avait trouvé Dana cadavérique, ce n’était rien à côté de la pauvre Gysèle. Elle ne conservait plus rien de sa beauté d’autrefois, elle avait perdu cette lumière, cette vie qui l’animait et lui donnait cette aura sensuelle, charnelle qu’Isaure avait toujours abhorrée. Mais ce qu’elle vit ensuite lui glaça plus encore le sang. Elle n’avait pas compris, non. Elle n’avait pas compris toute l’horreur de la tragique fin de la dame de Lacoste. Octave lui avait-il seulement conté cette sombre réalité ou bien s’était-il contenté de ne parler que de Gysèle, elle ne savait plus. Elle s’était focalisée sur la disparition de cette ennemie complaisante et avait sans doute occulté tout le reste. La vue de ce petit corps, gisant aux côtés du cadavre maternel lui arracha un sanglot qu’elle eut beaucoup de peine à étouffer en même temps qu’elle venait planter, horrifiée, ses ongles dans le poignet de son époux.

          Et dans un souffle :
          - Vous ne m’aviez pas dit… !

          Non, vraiment, qu'Octave se rassure. Isaure n'avait vraiment pas le cœur à rire.

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          Alphonse_tabouret
          Quatre juin, Au tertre








            Vous êtes morte, Gysèle


          Juin couronne les têtes ; au-dessus de chacun, soleil grève un ciel obstinément limpide et projette aux herbes rases du tertre les ombres tranchées des endeuillés.


            Et Marcel avec vous.



          Paris est en retrait, à ces facilités d’être là sans s'avancer au flot le plus brusque des émotions ; encore aujourd’hui, déformé jusqu’à la moelle, Tabouret peine à partager l’inexpressible et la simplicité des douleurs.


            Vous emportez la légèreté des choses, le quotidien d’un sourire, le charme des immuables et cela change tout.
            Je vous aimais bien ; cela n’a l’air de rien, mais je vous aimais bien.
            Nos rares heures communes ont toujours été claires, et vous, comme moi, y avons parfois trouvé quelques agréables fraicheurs.



          Les fleurs éclatent de blancheur, oscillent de lentes vagues aux quelques ombres ramées et embaument jusqu’à la saturation ce que le nez du parfumeur s’entête pourtant à percevoir en filigrane : il flotte à Périgueux depuis la veille, l’odeur de l’incendie consumé: Taverne Ponthieu n’est plus que cendres fumantes odorantes que le peu de vent du jour fait stagner.


            Je ne dirai à aucun d’eux que je suis soulagé que vous soyez morts avant que l’on ne vous trouve ; personne ne comprendrait, mais je suis certain que vous y opinez.
            Les vivants veulent toujours être là aux derniers instants de ceux qu’ils aiment, mais nous sommes peu à savoir à quel point l’impuissance est plus douloureuse encore que le regret.



          Noirs résolus n’effleurent aucune silhouette présente, figés à ceux que l’on honore aujourd’hui ; bancal dès lors qu’il s’agit d’humanité, Alphonse a tâtonné. Il eut été facile d’offrir le factice des protocoles mais il ne s’y est pas résolu : Faust a terraformé la pierre, et ces visages familiers, au fil des mois, sont lentement devenus son propre talon d’Achille ; aucun désormais ne se considère plus aux rigueurs des automatismes de façades. Salviac a reçu quelques mots dépourvus d’enrobage, Maurice n’a pas échappé à de brèves condoléances, et Aurore… Aurore est inconsolable.

          Mots s’élèvent ; Alphonse n’y prendra pas part ; il n’écoute pas vraiment : Nature solitaire brode de tout autant d’égoïsmes ses propres peines et celle-ci n’échappe pas à ses travers. Hypnoses morbides ont trouvé à se repaitre aux corps de l’enfant qui accompagne la mère ; fibre paternelle s’est mortifiée d’une horreur à ce détail du crime et l’âme, liquéfiée d’une injustice nauséeuse.
          Au travers de Marcel, c’est le visage d’Antoine qui est apparu désarticulé d’un angle grotesque à l’annonce, c’est l’instinct qui a rugi d’une douleur, le cœur qui a méprisé l’Homme dans son intégralité.
          Qui tue les enfants ?


            Vous êtes morte, Gysèle, et Marcel avec vous.


          Brise se lève d'un instant et le ciel se raye du vol haut d'une hirondelle.


            Il n’y a pas de mots, pas de logique, et ce monde nouveau que vous nous léguez, terrorise chacun d’entre nous.
            Vous êtes morts tous deux, et nous, un peu avec vous.



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          Ansoald
          De longs cheveux blonds disciplinés par un simple ruban bleu horizon, des sourcils minuscules teints avec le plus grand soin, des joues très pâles embellies d'une mouche en taffetas, des lèvres dorées à faire rougir le chaland, voilà Ansoald déguisé en femme, porteur d'une robe en soie noire comme ses gants et ses poulaines. En outre, il abrite sa tête des rayons radieux du soleil par une ombrelle aux motifs élégants.
          Son parfum? "C’est l’aube des premières fleurs, odorantes précieuses que le bois du poirier concentre d’une note de fond plus douce que sucrée. Au cœur, comme en bordure de l’eau qui serpente à son flanc, la verdure d’un roseau raye d’une souplesse la rondeur à laquelle s’envole, libellule, le musc végétal des Angéliques en guise de tête." (dixit Alphonse Tabouret, je ne saurais dire mieux).
          Il se tient droit comme une virgule, la cambrure des reins roulée par une main invisible, copiant, de manière quelque peu exagérée, la posture de ses amies de fortune. A intervalles réguliers, sa main gantée recueille sur les langes d'un mouchoir brodé la naissance de prétendues larmes, en réalité de la vilaine sueur. Mais si son ombrelle sert à le couvrir des regards indiscrets, chacun est plongé dans son chagrin, comme s'ils désiraient accompagner les défunts six pieds sous terre.
          Ansoald est triste, lui aussi. Triste de ne pas avoir sauté la macchabée avant qu'elle ne se fasse vider vers la sortie. Sans doute aurait-il eu l'occasion, à Paris, si elle avait eu le bon sens d'adhérer à sa tentative d'arnaque contre ces salauds de prêteurs sur gages. Tant pis. Passé le discours lénifiant d'Octave, il s'avance à la suite d'Isaure vers le catafalque, et pendant qu'elle maltraite son époux, lui s'appesantit, impavide, sur la figure mariale de Gysèle et Marcel. Un long soupir d'ennui s'exhale de sa bouche, car il songe combien cela va empester, tout à l'heure, quand il s'agira de bouter le feu aux cadavres. Eux n'ont plus à souffrir de la puanteur des autres, ces bienheureux!
          Il revient, à pas lents, comme il est d'usage, vers sa place...Non, pas vers sa place, mais plus proche de Dôn, damnée Maëlweg, foutue maelström. Elle est occupée à grignoter une prière comme un petit gâteau aux raisins. Trouve-t-elle les mots qu'il n'a pas su lui dire pour la convaincre de l'impossible, à savoir embarquer, en sa compagnie, sur le navire du frère abhorré, et voyager, dans la clandestinité, jusqu'à Alexandrie? Ah, s'il avait su son latin! Ainsi, ce n'est pas sans vérité que la mélancolie souffle de ses poumons ces termes prémédités:


          Paix et solitude...
          _________________
          Madeleine_df
          Ashes to ashes, dust to dust.

          Au tertre.



          Il semble que le noir ne veuille la quitter. Et après un deuil royal qui ne lui a jamais semblé vouloir finir, la mort la frappait à nouveau au cœur. Gysèle. Gysèle et Marcel. Pas les noms qu'elle aurait vu en premier sur la liste de la Faucheuse, cette petite vicieuse qui semblait s'ingénier à lui jouer des tours. Et elle qui s'attendait à prendre le convoi funèbre pour le Béarn se retrouvait en Périgord. Rouges, ses yeux, et ses genoux d'avoir tant usé le sol des églises. Serrant dans sa main un petit mouchoir blanc, elle ne pouvait détacher son regard des deux corps. Les yeux mi-clos, comme tous les parents, c'était son corps et celui de son fils qu'elle voyait étendus, raides, froids. Chauds, bientôt. La crémation semblait, à ses yeux d'Aristotélicienne, une bien curieuse idée. Mais elle embrassait sans réserve ces coutumes, de quelque nature qu'elles soient. Après tout, le Très-Haut se fichait bien de l'état du corps, l'important était l'âme.

          Et d'âmes, il allait en recevoir deux des plus belles. Qu'y pouvait-elle ? Gysèle aimait avec tant de naturel qu'il avait fini par sembler à Madeleine qu'elle n'avait jamais pêché. Et le feu qui l'embraserait ne serait qu'un avant goût du Paradis Solaire. Sa foi, c'était bien la dernière chose à laquelle elle pouvait se raccrocher. Sa foi et son coeur, qui lui disait que, toute ribaude qu'elle avait pu être, son amie avait trop fait le bien pour qu'on tienne compte de l'infamie de sa profession. N'était-elle pas passée outre, elle ? La princesse n'avait-elle pas aimé la putain ?


          - Adieu, Gygy. Mon modèle de courage et de détermination. Petit supplément de sel à mon âme. Adieu, Marcel. Tu pars avant que la vie ne t'abîme.

          Je vous porte en mon cœur, toujours.


          Le vent du soir glace le sillage de ses larmes. Elle passe une main sur le noeud qui lui comprime la trachée, alors que son regard se perd en direction de Benjen, de Maurice, des autres aussi. Elle regrette de n'avoir une main à serrer dans la sienne, alors pose sa menotte sur son ventre si bien ceinturé qu'il apparait plat, et se perd dans l'abîme de ses pensées.
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          Jo_anne
          Qu'est ce qu'elle foutait là ? C'était une bonne question. Il fallait l'avouer Joanne connaissait trop peu Gysèle. Trop peu. Si elle était là c'était avant tout pour soutenir Benjen. Etre le tout petit souffle de vie, ce soutien presque invisible et pourtant présent, au milieu de tout ce désespoir, de toute cette tristesse, de toute cette douleur... De tous ces souvenirs personnels, de toute cette peine si individuelle et tellement difificile à partager. L'avantage d'avoir vécu, d'avoir souffert autant, et d'avoir survécu c'est que peu de choses l'atteignait. Elle serait forte pour tenter d'apporter le peu d'aide dont elle était capable. Malgré l'aveu muet - qui lui tordait le ventre - du souvenir si douloureux de la mort d'un enfant... Malgré l'inquiétude, qui la rongeait, de voir un ami sombrer. Malgré la terrible réalité de ces deux corps sans vie, et la folie de songer que Gysèle lui manquerait.

          Elle ne la connaissait que trop peu. C'était vrai. Et pourtant, en peu de temps, en peu d'échanges, la belle avait su gagner le respect de l'aveugle. Ce n'était pas une mince à faire, quoi qu'on en dise, quoi qu'elle puisse dire. Pour elle, Gysèle, c'était la belle au grand sourire, que même elle, aveugle, parvenait à voir tant il était sonore et franc. Gysèle, c'était la légereté, la joie de vivre, qu'elle partageait volontier, les joutes verbales, et un charme sans contest. Gysèle, c'était, au-delà de tout ça, celle qui donnait au baron un sourire attendri, des envies de fidélité, de vie posée... Celle qui revélait sans doute le meilleur de lui. Et puis Gysèle c'était celle qui la respectait. Celle qui comprenait l'amitié. Celle qui l'avait accepté sans restriction. Celle qui venait la chercher quand il avait besoin d'une amie, ou qu'on lui change les idées. Il est de ces témoignages de confiance et de respect qu'on n'oublie pas.

          Aussi, ce serait là son plus bel hommage à la défunte. Les actes plus que le mots. Aveugle serait muette dans cet enterrement si beau, et si triste. Mais elle serait présente pour lui, tenterait de lui changer les idées, de le pousser à avancer sans oublier. Pour lui d'abord, mais aussi pour elle. Pour sa confiance, pour sa douceur, parce qu'elle l'aimait, Joanne n'en doutait pas une seule seconde et qu'elle aurait eu du mal à le voir malheureux. Elle avait respecté les choix, elle avait apprécié quelques rares moments, elle avait compris le manque, elle tenterait d'aider à supporter l'absence... Parce qu'au delà de tout ça...


            J'ai déjà donné, les yeux rouges, le nez qui coule
            Les larmes qui vont saler, le coin de ta bouche quand tu t'écroules
            Je suis tombée tant de fois que je ne les compte pas.

            Le temps va passer, tu cèderas à l'usure,
            Tu tourneras tes pas loin de l'échiquier
            Et si rien ne dure, tu avanceras mais
            Tu garderas, tout au fond de toi, tout ce que tu lui dois
            Tout ce que tu lui dois...*

          Adieu Marcel... Adieu Gysèle...

          *adaptation de J'ai déjà donné, Debout sur le Zinc
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