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Info:
Maeve Alterac, huit ans à l'époque, se fait attaquer pendant un entrainement au tir à l'arc. RP commencé en aout, qu'on va parvenir à finir, malgré mes retards... Toutes mes excuses Ethan ^^

[RP] Parce que le Mal, c'est ça...

Maeve.
[En Limousin…]

Un détour, une volute dans le voyage sans fin de sa vie. Ses souvenirs sont flous avant Dieppe, trop jeune alors. Et puis son éducation en Normandie. Là, elle se souvient de tout. L’arrivée en trottinant dans la taverne, la difficulté à se hisser sur une chaise, les sourires bienveillants des habitants qui immédiatement l’avaient entourée d’un cocon protecteur. Le bois usé des tables avaient vu les premiers alignements des coquillages. Maeve avait bien songé à collectionner des galets, mais ses menottes étaient alors trop petites, et ses poches trop fragiles pour trimballer son assortiment de souvenirs.

Les ruelles planes de Dieppe avaient accueilli ses premières courses, et c’est là qu’elle avait appris à lire, à écrire. Ses premières lettres avaient été tracées avec la langue tirée par la concentration, traits épais et brouillons qu’elle avait laborieusement assemblés en mots puis en phrases. Les dieppois se souviendront sans doute de ses quelques plaintes, toutes à base du vide que creusait l’absence de ses parents, mais ils ont surtout retenu la vivacité et les rires d’une enfant habituée à être partout à sa place.
La petite rouquine s’était fait là-bas des amis chers à son cœur. Même si l’un d’entre eux surpassait tous les autres. Son chevalier, son confident. Un petit brun rencontré au détour d’une sortie en taverne, qu’elle avait trouvé beau, tout simplement. Et gentil aussi. De son épée en bois, il avait tiré des étincelles d’admiration dans le regard impressionnable de la jeune Alterac.

Ensemble, en chuchotant, ils avaient élaboré leur retour. Sans mesurer les risques, elle lui avait amené l’idée sur un plateau, et le petit impérial, ravi d’un rôle protecteur qui le rendait presque adulte malgré ses 10 étés, avait sauté sur l’occasion. En catimini, ils avaient subtilisé Anthelme, un immense étalon noir sur le dos duquel ils avaient pris leurs aises. Maeve avait alors fait sa grande, elle qui avait toujours aimé les chevaux, passion qu’elle tient de sa mère.

Premier voyage en solitaire, dans lequel ils se lancent avec l’insouciance de la jeunesse, sans se douter qu’un duc vexé leur envoie déjà ses armées aux trousses. Nez au vent et babillage en bouche, ils progressent, parsemant leur épopée de rencontres époustouflantes ou décevantes. L’Alençon et sa Blonde impétueuse qui leur apprend nombre de jurons qu’ils se font un plaisir de replacer. Et puis Sancerre et le prêtre exhibitionniste.

Les retrouvailles avec Marie-Alice, elles, en revanche… Plus de grimaces que de sourires. Une joue rougie par une claque appelée par le caprice d’une enfant qui refuse d’admettre sa peur et celle causée à ses parents en partant seule sur les routes. « Mais je n’étais pas seule ! » Ou comment faire démarrer les relations entre la vicomtesse et l’impérial sur un mauvais pas. La danse qui continue pourtant, les emportant vers l’Auvergne, Moulins et un frère qu’on s’en va chercher.
Pas un vrai, pas du même sang, la pupille et filleul de Marie. Un orphelin qui apprend à vivre avec eux, et la troupe qui s’installe en Bourgogne. Ou du moins se l’approprie comme pied à terre. Parce qu’on reste jamais longtemps au même endroit… Rapidement, il faut reprendre la route dans des adieux qui creusent un manque chez la petite rouquine. Maeve sans Leandre, comment va-t-elle faire ? Il va découvrir la Provence, elle va retrouver le Limousin, et son père.

Les jours et les semaines défilent sans que Maeve ne s’en aperçoive. Elle grandit sans s’en rendre compte, acquérant au cours des discussions en taverne un sens de la répartie qui fait rire ou déconcerte, les questions s’enchainent dans sa soif de tout savoir. De nouveau, une expédition non autorisée, en compagnie de son maître. Klesiange, ou le géant blond qui illuminera les après midis et soirées d’une petite rouquine pendue à ses lèvres. Il lui apprend à tirer à l’arc, elle le dépanne de quelques miches de pain. Echange de bons procédés. Mais déjà vient le temps du départ. Il faut rentrer.
Prise dans les préparatifs du voyage, elle n’aura qu’à peine le temps de lui dire au revoir, avant de déjà rejoindre sa mère. Sa première idole. Plus le temps passe depuis leurs retrouvailles, plus le lien se tisse entre elles. Les réprimandes sont justes, Maeve le sait, et tache de ne plus désobéir. Les conversations entre elles se font plus sereines, plus intimes aussi, même si l’enfant ne peut pas tout comprendre du mal-être de sa mère, et du voile qui couvre ses noisettes qui savent pourtant se faire si espiègles quand elle est bien…

La Bourgogne, et Joinville, rapidement. Face aux contradictions de son monde. Les gens de l’autre côté des barreaux ne semblent pas si méchants, et pourtant… Ils suivent un colosse qui se prévaut d’un mal gratuit, une volonté de blesser sans cause, que l’enfant ne peut même pas comprendre ni percevoir.
Tout simplement, cela ne rentre pas dans sa conception. Elle n’imagine même pas. Il doit se tromper, l’oncle. Sa mère a beau lui expliquer que parfois la fureur, la colère ou la tristesse peuvent mener à de telles extrémités, Maeve secoue la tête. A faire la grande, elle n’en reste pas moins une fillette.
Mais déjà la route sous ses yeux défile, c’est reparti pour une escale moulinoise. Arthur a su gagner l’amitié de Marie en plus de celle inconditionnelle de la jeune Alterac. Le moulinois aux demi-sourires arrive à en arracher des entiers à une vicomtesse marquée par les deuils et les épreuves. Quelques jours d’une halte providentielle avant de voyager, encore. Un détour limousin. Nouveau passage, pour saluer son père, pour revoir les quelques connaissances qu’elle y conserve.
Ils ne sont pas encore arrivés à l’hotel particulier du vice-comte. Mais les jambes demandent à se dégourdir et l’air chaud de cette journée d’aout fait perler la sueur sur les tempes qui réclament à grands cris une brise, un peu d’air.

L’envie de gambader est la plus forte, autour de ces murailles qu’elle connait bien. Un peu plus loin là-bas, la clairière où elle a pris ses premiers cours de tir à l’arc. Encore un peu plus loin, le cours d’eau où elle a cherché longtemps des coquillages. Les gardes ne sont plus les mêmes, ou alors elle les a oubliés. Qu’importe, elle salue d’un sourire, avant d’aller baguenauder dans les herbes folles un peu plus loin. Chaque pas l’emporte plus avant dans la nature, la rendant bientôt invisible.

Le vent esquisse l’ondulation du vert qui la masque aux regards. Sauf ceux de son garde. Oui, Maeve a un garde. Elle ne le sait pas. Mais depuis son escapade à Tulle, Marie préfère allier la prudence à la sécurité, et un homme d’arme suit la fillette dans tous ses déplacements. La gamine l’ignore et ne s’en aperçoit pas.
Les gambettes tricotent plus et mieux sur le sol sec, menottes caressant la cime des herbes, l’azur qui se fond dans celui du ciel qui la couvre. Maeve, l’invincible. Le mal dans son monde ne concerne que les autres. Surement pas elle.

Seule avec elle-même, elle se laisse tomber les bras en croix, enfouie. Seuls sa robe et son surcot de voyage la protègent de l’apreté d’un sol d’été, seul les couleurs dessinées par un soleil qui tend à décliner mais arrose encore de ses rayons chauds et réconfortants le corps fluet de Maeve. Elle chasse de son esprit les soucis qu’elle se fait, pour sa mère, pour son chevalier qui est si loin, pour son père, son frère, ses sœurs, pour ses amis… Elle chasse toutes les questions qui l’envahissent continuellement.
Et se laisse bercer par la brise qui fait danser les herbes. Et la danse des nuages irisés. L’enfance… ce doux berceau.

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Au revoir, Fab.
--Hubert.
Toujours sur ses gardes. Il vivait comme ça. Au fil des années il en était même venu à dormir ainsi. Garder un œil ouvert, les deux la plupart du temps. Qui aurait cru qu’un gamin d’un naturel agité aurait pu devenir ainsi? Garde. Il en avait même oublié comment il en était arrivé à faire ce métier. Même bien plus qu’un travail à présent, puisqu’il y consacrait tout son temps. Il y a de ça quelques années qu’Hubert avait fait la rencontre de son employeur, la Comtesse limousine de l‘époque, sa Grandeur Marie-Alice. D’abord resté dans l’ombre, il se fit justement repérer pour cela. Discret, efficace. Il avait été engagé personnellement pour protéger la famille Alterac. Il n’avait failli à aucune mission et avait gagné la confiance de la famille. Il était calme, ses gestes étaient minutieux et toujours utiles. De taille moyenne il se fondait aisément dans le paysage, et ce malgré une musculature impressionnante. Pour la mission qu’on allait lui confier, il fallait bien cela…

A l’escapade de sa fille, la réponse officieuse de la mère fut une protection rapprochée. Cette fois, c’est sur la petite Alterac qu’il devrait veiller. Les ordres de la Vicomtesse étaient clairs. Ne pas la quitter des yeux, rester le plus discret possible, et la protéger à tout prix. L’affection que le garde portait à la fillette le poussait à croire que rien ne lui arriverait, que l’on ne pouvait pas être assez mauvais pour s’en prendre à une gamine dont la seule défense était une épée en bois. Pourtant il savait. Il savait pour avoir vécu, et acquis de l’expérience. Le danger était omniprésent. La cicatrice qui lui barrait le visage en était une des nombreuses preuves, la plus visible. Il l’avait généreusement obtenue de la dague qu’un mendiant avait dissimulé dans sa manche. Pendant de nombreux mois il avait laisser glisser ses doigts le long de cette balafre. Il avait baissé sa garde. Qu’est-ce qu’un mendiant pouvait bien lui faire à lui, grand combattant aguerrit armé jusqu’aux dents? Il avait compris. Et lorsqu’il l’eut accepté, il arrêta de la toucher. Cette blessure l’avait rappeler à l’ordre, elle faisait à présent partie de lui.

Suivre Maëve… Cela lui rappelait à quel point son enfance à lui avait été différente d’une vie de château. Garçon de ferme, Hubert avait développé ses muscles dès le plus jeunes âge. Il vivait auprès de ses parents et de son frère qui veillait sur lui sans jamais vouloir l’admettre. Sa seule préoccupation à l’époque était de finir ses corvées pour partir à la chasse au loup, sous les protestations de son aîné. Les dangers n’étaient autres que les crocs d’un animal énervé par un bâton enfantin. La vie de la gamine qui était allongée dans cette clairière un peu plus loin était tout autre. De part son futur héritage elle était exposé à un danger dont elle ignorait même l‘existence. Dans sa surveillance il l’observait, apprenait à la connaître sans même qu‘elle s‘en rende compte. Des parents séparés. Constamment en train de voyager, invitée à des bals, des réceptions en compagnie de sa mère. Elle tenait des discours qui ne lui aurait pas même traversé l‘esprit. Elle était vive, intelligente pour son âge. Cette petite avait apprit à se tenir et ne se relâchait qu’en de rares occasions…

Aujourd‘hui était une de ces occasions. La journée était chaude, l’air était lourd à l’intérieur des murs. Il attendait discrètement à l’intersection d’un couloir, que Maëve sorte de la pièce où elle se trouvait. La petite ne craignait pas grand-chose à l’intérieur du château. Mais la difficulté et il le savait, était de repérer le moment où elle allait en sortir. Ses pas se faisaient furtifs, il n’était qu’une ombre veillant sur l’innocence. Il avait cessé de tenter de prévoir les déplacements de sa protégée, trop indépendante pour cela. Il avait donc dû s’adapter, se faire encore plus silencieux, attentif. Et dès qu’elle eut franchit les remparts, il ne se concentra plus que sur une chose, la sécurité de la jeune Alterac.

Cette tache en ce jour était d’autant plus difficile que la petite tête rousse avait décidé de s’éloigner au beau milieu d’une clairière ou personne d’autre, ou presque, ne mettait les pieds. Plus pratique qu’au milieu d’une foule de villageois, aucun risque de la perdre de vue, de manquer l’entrée d’une Taverne…Compliqué en ce qui concerne la discrétion. Il était donc obligé de garder une distance respectable entre lui et sa protégée. De ce fait il s’était glissé jusqu’à un arbre bordant la clairière, se dissimulant ainsi derrière le tronc. Ses yeux sombres étaient posés sur cette petite tache de couleur au milieu de l’herbe. Avec le vent et les ondulations qu‘il provoquait, elle était devenue presque invisible.

Absente pour le monde entier, sauf pour lui. Son garde. Sa position était parfaite. Il veillait sans être vu. Son épée était présente à sa ceinture, dans un fourreau duquel il l’avait souvent retiré. Cette lame lui avait sauvé la vie plusieurs fois. Pourtant, une dague était fixée à son mollet, dissimulée sous sa botte. Si l’épée était une arme de dissuasion porté aux yeux de tous, un atout provoquant un instant de surprise se révélait souvent crucial au milieu d’un combat. Hubert avait opté pour une tenue discrète, chemise et des braies de couleur terne. Son uniforme et ses couleurs étant beaucoup trop repérable, en particulier par la petite, il avait quitté sa tenue officielle en même temps qu’il avait adopté sa nouvelle mission. Son attitude bien que discrète restait évidente pour un œil averti.

Il était là pour veiller sur Maeve Alterac.

--Uriel
Uriel est allongé dans l'herbe, son cure dent toujours vissé au bec.

Allongé dans les grandes herbacées qu'sont pas coupées encore, bien qu'ça sente la saison des foins. Sa silhouette longiligne s'étire sur le sol, masqué par le rempart végétal qui oscille au grès d'la brise d'été. Les bras sont sous la tête, comme coussin. Les mèches blondes suivent les mouvements du p'tit vent du jour, indiscipliné le long des tempes, passant devant ses yeux. Yeux qu'sont braqué sur l'ciel azuré dont les paupières cillent pas alors qu'portant le soleil cogne. Comme si l'acier bleuté s'plongeait dans la mer céleste, comme s'ils v'naient de là. Une jambe relevée, genou plié, pied au sol. Visage d'ange impassible qui reste pointé vers le firmament. Il bouge pas Uriel, l'blondin alangui. Seul mouvement dans ce décor idyllique, le cure dent qui passe et repasse entre ses lèvres fermées, droite, gauche, comme le pendule d'une horloge.

P'tain c'qu'on se fait chier...

Parce qu's'il a une gueule de jeune premier, dans ce décor de p'tite maison dans la prairie, de verts pâturages et d'rousse qui court sans se casser la gueule, il fait tâche l'Envoyeur. Puis vu le pedigree du bonhomme...
Il soupirerait presque d'ailleurs. L'en est nostagique. Nostalgique, foutredieu d'm.erde... vala c'est l'début de la fin. Après ça sera les bons sentiments. Le blondin crache non loin une joli glaire aux couleurs définissables dans un joli mélange de vert et d'marron. Ah ma bien aimée pourquoi es-tu partie ? Il s'en remet pas Uriel, le bel Uriel, de l'affaire de Dijon(1). Dans sa tête couverte d'épis de blé son ancienne vie passe et repasse, sans discontinuité. La Coquille griffée par la flicaille, la gent paillarde amenée s'faire enfouir dans les cachots durs ou dans les caves. La fine fleur qui s'en mêle et qui pose Questions sur Questions. C.onnard de Dimanche le Loup... moucher la marine. On ne fait pas ça quand on est coquillard, jamais. Empaffé, balance, cure pu ! Soixante trois. Soixante trois, vendangeurs, crocheteurs, esteveurs, tous doigts d’insectes, gueules cassés, avec de doux sourire de dingue et des traits tirés par le vice. Soixante trois coquillards, qui ont passés pour la plupart l'arme à gauche, quittant la famille en se faisant passer la corde autour du cou par le marieur ou en laissant du sang sur la roue. Tous morts, et tannés, aux gibets s'balançant dans des bruits de chanvre grinçant, les yeux pillés par les corbeaux. Lui avait eu l'temps d'les viser et de brûler le pavé, les gaffres aux basques, pour partir loin.

Lâchez les cordes aux gibets
Ayez peur des colliers si durs
Et aussi d'être mis sous clef
Flanqués, en boite, entre gros murs
Evadés n'ayez la tête dure
Que le prévôt ne la fasse sécher
Ne pensez pas vous en sortir
En racontant sornette à l'huis
Aux juges pour les attendrir
Echec, échec ! Fuyez Paris !(2)

Uriel ferme les yeux. Il avait raison le poète... sauf pour la capitale. Fini la vie près du Faraud et de la Maraude. Fini les missions et les meurtres. Il n'avait d'envoyeur que l'nom. Fini Paname, fini les rendez vous à Ruel et Montpipeau. Finis les rendez vous sanglants de sa famille, les coquillards. Fini Dijon. En cavale, il l'a été. Essayant d'trouver un sens à sa vie qui n'avait été depuis le début de son initiation, que pillages, coups fourrés, fuites et coups de surin dans tout endroit susceptible de comprendre une artère. Plus rien... au delà du sang, c'est les valeurs qu'il retrouve plus. C'te camaderie paillarde, ce lignage forgé dans les Enfers. A la vie à la mort et surtout pour la dernière, pour la donner ou la r'cevoir. Faire corps avec c'te confrérie dont le maitre mot est le chef d'oeuvre et le crime, l'hémoglobine et le profit... illégal bien sûr. Ah ils en ont terrorisé des routes et des patelins. Ah ils en ont tués. Uriel n'compte même plus. La cruauté c'est son truc, son don, sa muse. Comme le meurtre. Il sait faire le mal et il le fait bien. Il a essayé, parole. Il a essayé. Réfugié en Flandres, une attaque d'un groupe d'encornés a réussi à le faire redevenir l'démon qu'il aime être, à l'faire frémir à la vue et au goût du sang, de faire bouiller son coeur d'pierre. A peine... entouré de bras cassés, d'jobastres qui s'croyaient la fine fleur de tout c'qui a d'plus vil et qui en fait arrivait pas à la cheville du plus p'tit apprenti d'sa Bien Aimée. Nouveau mollard de dépit balancé non loin, pas plus clair que l'premier. Bande de raclure de pot d'chambre... s'ils savaient... ils d'viendraient blanc comme des sacs de plâtre. Puis l'errance, des p'tits coups ça et là. Rien de grand. Aucun art, aucune classe. Et Limoges où il a posé ses frasques. Et où il s'fait chier comme un chien dans un jeu de quille.

Les yeux aciers se rouvrent d'un coup sec.
Un rire. C't'ait bien un rire qu'a perturbé ses pensées. Un petit rire innocent et frêle. Un rire de môme, un rire innocent et qui sent l'eau d'rose. La tête se relève prudemment pour ne faire apparaître que les yeux au ras des herbes hautes. Les mains sur les genoux, pliés, comme un chat qui attend d'observer, avant de prendre une décision. Les lames qui pendent à sa ceinture cliquètent doucement, comme ces mobiles qu'ces bonnes gens accrochent parfois à leur porte. Ceux qu'ils accrochaient, les Coquillards, aux cordes des pendus qui laissaient comme des p'tits cailloux sur leur route. Là bas, qui sautille comme un petit cabri, un lapereau, y a une petite rouquine.... qui pue la noblesse à plein nez. Vu la mise et les fringues, la facture du tissu, la façon dont est fichu c'qui la couvre oui. Il a appris ça aussi Uriel. Savoir juger les gens d'un coup d'oeil. A leur accoutrement, à leurs armes, à leur voix et à leur stature. Une petite sang bleu, pour sur. Pas plus grande qu'une souris. Regard qui se fait panoramique pour inspecter les environs. En arrière. Nouvelle silhouette. Un homme. Mise discrète. Pas un gueux de bas étage mais pas une tronche et une allure de nobliaux. Les azurs froids se plissent. Une épée. Homme d'arme. Musculature. Entrainé. Regarde la fillette de loin. Zieute les environs régulièrement. Avance en fonction de la petite. Reste à distance. Attitude protectrice. S'il avait voulu faire un coup foireux il se serait rapproché. Garde. Ouais c'doit être ça. Protection pas si rapprochée.

Les lèvres de l'Envoyeur s'étirent dans un sourire qui s'rait engageant s'il dévoilait pas des dents limées en pointe. Il a la dalle. Il a trouvé un amuse gueule...
Lentement la main aux doigts effilés se porte près sa ceinture et enserre presque amoureusement l'manche du poignard qui y dort, limite rouillé par les semaines d'inactivité. Il sent même plus l'hémoglobine séchée, plus de sensation visqueuse sous les doigts. Faut pas s'promener comme ça en dehors des murs d'une ville. C'pas bien prudent. Le sourire reste encore figé un instant pendant qu'les yeux se font prédateurs.

Avance.
Avance donc encore.
Marche, p'tit soldat, marche.
Au son du clairon qui sonne l'glas de c'que t'es.
Allez approche, pas bien conscient que pas loin les enfers s'ouvriront.
V'la, viens, viens, approche.
Petits pas par petits pas.
La Camarde est taquine, elle prend souvent par surprise.
Et la surprise, c'est moi...

Les pieds se sont bien encrés au sol pendant qu'les doigts font d'même sur le manche du poignard. J'vais même pas t'laisser le temps de gambiller. Si j'veux la suite d'ma p'tite danse du jour, faut pas qu'touvre la margoule. Faut que j'te cloue au plancher, un, deux, sans préavis, sans jactance. Les yeux fixent toujours l'objectif entre les herbes dansantes, qui jouent à cache cache, entre l'greffier et sa cible. Le sourire s'éteint pendant que le corps s'tend comme un arc quand l'soldat s'approche à quelques mètres.

Passe, p'tit soldat.
Passe.
Mais te fais pas d'illuses.
J'te laisse encore profiter un peu du vent sur ta trogne, du rouquin dans ton buffet, d'ce que peuvent capter tes gobilles.
Le chant des oiseaux dans tes esgourdes, rappelle toi bien...
Passe p'tit soldat.
Passe encore.
Avant qu'tu trépasses.

Il a fait l'mètre en trop, l'pas décisif. L'Envoyeur se déplie d'un coup sec, comme propulsé du sol, fait les quelques enjambés qui l'sépare du garde dans un silence troublé seulement par les bruissements des herbes folles sous ses pas. Il l'attaque de dos, pas d'place à la vertu à la con des chevaliers d'opérette. Ici l'art c'est d'réussir avec brio et la classe n'a rien à voir avec l'honneur. Le genou se lève pour claquer dans le dos pendant que la main gauche se met en bâillon sur le clapoir du pauvre gars qu'doit pas comprendre ce qui se passe. Les deux corps s'effondrent dans l'herbe et disparaissent à la vue du monde.
Uriel se penche à la baffle du gars qui essaie de se débattre. Murmure grinçant.


Tu salueras l'Cornu pour moi hein...

Un coup sec de la paluche droite, armée de sa griffe juste sur l'côté du cou. Un joli flot rouge qui s'écoule par accoup et qui vient trempé l'sol. Le raisiné s'épand pendant qu'le gars bouge de moins en moins. Sourire acéré d'l'Envoyeur qui relâche la tête qui va mollement rouler au sol.
Il se relève prudemment au dessus des herbes pour zieuter.
La gamine commence à entrer dans l'orée d'un bois.

Assez jouer...
Le matou des rues et des bas fonds sourit montrant son râtelier plein de crocs.
Quand on parle du loup...


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(1) Histoire du procès des Coquillards de Dijon en version très courte.
(2) Le poète n'est autre que François Villon... pour quelques poèmes en argot coquillard c'est par .
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--Hubert.
La scène est déjà posée. Une gamine rousse allongée dans une clairière. Une mission. Un garde qui reste à bonne distance veillant à ne pas se faire repérer par sa protégée. Une distance respectable. Peut-être trop. Le vent danse parmi les herbes folles. Les oiseaux sont perchés, chacun y allant de sa propre note, ne se posant aucune question sur les deux éléments étrangers à leur environnement naturel. Car ils sont calmes, plutôt silencieux. Ils ne les dérangent pas le moins du monde. Hubert avait l'habitude de se genre de situations. Voilà plusieurs semaines qu'il veillait sur la rouquine. Pourtant, sa propre expérience ne suffit pas, il n'avait rien remarqué. Il avait surveillé, personne n'était entré dans la clairière depuis Maëve. Elle semblait déserte. Sa main n'était donc pas posée sur le pommeau de son épée, aucune raison à cela. Ses muscles étaient détendus. C'était une belle journée, et son attention s'en retrouvait portée entièrement sur cette petite tache rousse qui se fondait presque au milieu du décor.

Oui, la scène est posée. Mais en réalité il n'y a pas que deux personnages dans cette clairière. Le troisième est tapis lui aussi. Un élément perturbateur qui n'attend qu'une chose, que son tour arrive. Il a son rôle à jouer ici, et l'heure est arrivée d'entrer en action. L'enfant ne s'en doute pas le moins du monde, elle rit, elle vit. Son garde la suit à pas feutrés. Suffisamment discret pour ne pas attirer l'attention de la petite Alterac. Suffisamment bruyant pour une oreille aiguisée. Il avance lentement. Pourtant, s'il avait su vers quoi il se dirigeait, ses pas se seraient fait plus lent encore. Qui ne reverrait pas de repousser ce moment là? Celui où l'on échoue, celui où tout s'arrête. Finalement l'ouïe n'était pas assez fine, la vue pas assez acérée, la prudence pas assez travaillée... Et si Hubert en avait eu le temps, il aurait trouvé encore bon nombre de ses défauts. Seulement voilà, il avance, le regard fixé, ailleurs. Le garde vient de faire un pas de trop. Le dernier.

L'attaque fut rapide, impressionnante. Les réflexes du gardes étaient bons. La méthode de son assaillant était excellente. Le temps que ce dernier avait laissé à sa victime n'était pas suffisant pour trouver une faille, s'il y en avait eut une... Hubert voulait se débattre, il voulait vivre. Jamais il n'avait envisagé la possibilité d'échouer, de mourir. Il ne pouvait pas accepter cela. Il voulait hurler pour prévenir Maëve. La faire fuir, lui sauvé la vie partir en paix. Il n'eut pas le choix. Déjà la lame se posait sur sa gorge. Déjà elle tranchait.
Une douleur fulgurante, une peur, une dernière envie de vivre. Puis plus rien. S'il avait eu plus de temps, il aurait pensé...

Que quitte à donner sa vie, il aurait pu sauver la sienne.
Qu'il avait échoué.
Qu'il n'avait finalement pas retenu la leçon. Le mal est partout, se dissimulant même au sein d'une clairière en paix.
Que son erreur lui avait été fatale et qu'il ne connaissait pas même le visage de son meurtrier.
Que son frère avait raison, et qu'un enfant dissipé ne fait pas un bon garde.
Qu'enfin peut-être il allait le rejoindre maintenant.

Et puis... Il se serait demandé s'il allait vraiment retrouvé le cornu, ou l'auréolé.

Seulement, l'histoire n'était pas écrite ainsi, et il n'eut le temps lui était compté.

Le noir l'envahit. Le garde ne faisait plus parti de la scène, le rideau s'était tiré pour lui. Hubert n'était plus. Et seuls quelques oiseaux blottis entre les feuilles des arbrisseaux avaient remarqué l'agitation et s'étaient tu. La première péripétie était à présent terminée. Celle qui était brève, celle qui vous met en bouche.

Et surtout celle qui annonce la suivante...
Maeve.
Allongée depuis deux minutes, deux heures, deux jours ou deux mois… Qu’importe. Elle est là sous le ciel du Limousin, l’azur perdu dans son reflet. Boucles rousses éparpillées autour du mignon minois de la petite Alterac. Elle pense. A des tas de choses. Ses voyages, son enfance, son rapport étrange avec sa mère entre confrontation et totale acceptation de l’autre. Elle ne mesure pas l’importance de ce qu’elle dit ou fait dans la vie de Marie, en enfant normale elle voit d’abord ce qu’elle veut faire, et ensuite les implications de ses actes.
Jeune rouquine perdue dans un jeu d’adultes, il ne lui reste qu’à revoir ses souvenirs d’enfant. Ses discussions avec son chevalier, le jour où il l’est devenu… ce qu’il fait en ce moment alors qu’elle est perdue dans un champ … Une dizaine d’années… Deux ans les séparent et pourtant… il est un garçon, son père le forme à des choses que sa mère à elle n’envisage pas avant quelques temps. La Provence et la guerre. Frisson qui parcourt l’échine d’une rouquine qui s’inquiète pour son impérial. Il a eu beau la protéger pendant leur voyage, elle sait qu’il n’est pas de taille à combattre contre une faction d’adultes en arme et entrainés.

Quel est donc ce père qui l’embarque dans de telles aventures. Jontas… Elle l’a rencontré, le Comte de Beaufort (oui comme le fromage) … Le ‘Votre Grandeur ‘ et la révérence ont suffi pour qu’il la dise bien élevée. Comme s’il pouvait en être autrement avec une mère comme Marie-Alice. Elle l’avait trouvé dur. Surtout avec Leandre. Faut dire qu’elle déteste qu’on s’en prenne au petit impérial. Qui y touche se fait automatiquement détesté de la jeune rousse. On ne rit pas de tous, surtout pas de lui.
Au détour des tavernes, des discussions, elle en parle, le cite, le fait vivre dans ses souvenirs en l’amenant constamment au milieu des conversations qu’elle tient. Carmody, Klesiange, et tant d’autres qui doivent subir heure après heure les discours de Maeve sur le jeune brun qui occupe ses pensées. Bien sur que non, elle n’est pas amoureuse ! Mais c’est son ami, et ils veulent se retrouver. Les courriers, aussi aléatoires que le vol des pigeons, leur permettent d’entretenir un contact rompu par les lieues qui les séparent.

Soupir de l’enfant au milieu des herbes dansantes. Une mer autour d’elle, verte et changeante, dont elle apprécie les vagues poussées par le vent. Un nuage en forme d’arc attire son esprit. Il faudrait qu’elle s’entraine… Cette clairière et la cible que Klesiange y avait plantée… La corde qui se tend entre ses doigts pas si maladroits, la flèche qui se plante au centre, ce malaise à tirer de la main gauche, l’impression de transgresser une règle universelle qui demande à ce qu’on soit droitier.
Quand elle écrit elle se sent flouée. A droite, la plume se tient à droite. Maeve a obéi. Mais ça lui pèse.
C’est si naturel à gauche, si simple pourtant. En cachette, avec les chandelles qu’on lui laisse le soir, elle se laisse aller à écrire avec cette main gauche si décriée. Volutes et arabesques se dessinent tellement plus facilement. Soupir…

D’un mouvement elle se relève. L’action, au final il n’y a que ça. Elle peut bien se laisser aller à rêver, la rouquine, pour elle il n’y a que ça qui compte. Après tout, elle veut être chevalier quand elle sera grande. Un vrai hein, pas un de pacotille. Un de ceux qui arborent fièrement une Licorne sur leur cape. Un de ceux qui savent rester laconique, et pourtant en dire des tonnes rien qu’avec leur posture. De ceux qui imposent le respect rien qu’en entrant dans une pièce.
De ceux qui se battent pour le bien, la justice et la Couronne. De ceux pour qui le devoir passe avant tout. Elle sait ce que ça implique. Elle y est prête. Maeve en a suffisamment parlé avec sa mère, son père et Cerridween pour avoir bien compris et intégré les sacrifices nécessaires. Chevalier, elle sera chevalier.

Comme toutes les enfants de son âge, elle se dresse au milieu des herbes hautes avec toute l’assurance d’une aura protectrice. Il ne peut rien lui arriver. C’est ainsi. Muad le lui a appris, Aristote ne punit que les mauvais. Elle ne l’est pas. Certes elle a fait une tonne de bêtises, mais rien de « mal »… Elle n’a fait que des sottises, des fugues, elle n’a pas tué ni rien de ce genre. Elle ne mérite donc pas de « punition divine ».
Sans se douter une seconde de la scène ignoble qui se déroule dans son dos, elle laisse de nouveau sa menotte courir sur le haut des herbes, et s’avance, confiante, dans la clairière. De ses lèvres s’élance un fredonnement audacieux, une petite musique qu’elle sifflote sans s’en apercevoir.

Le minois angélique se pare d’une expression encore plus adorable. Le sourire vient coiffer ses lèvres alors que les yeux pétillent d’une joie simple. Celle d’être libre, au milieu de nulle part, impression de n’être plus, et d’être tout, d’être seule, adulte, enfant, jeune fille, d’être, tout bêtement, sans plus d’obligations ni de bonnes manières. A une coccinelle qui la cherche elle tire la langue bêtement, à une oiselle qui lui chante quelques notes, elle répond par une tirade de son cru.
Sans avoir peur de rien elle sautille dans la clairière. Le plaisir simple de courir sans but, sans rien, courir pour la simple satisfaction de sentir le vent secouer les boucles qui ruissellent sur ses épaules, de sentir les petons s’enfoncer dans le sol meuble d’un été humide, sentir les jupons battre sur ses cuisses et les hanches non encore formées, la jupe rabattue dans la ceinture, comme à chaque fois qu’elle est seule.

Les arbres et leurs branches aux ombres chinoises aussi dansantes que ses pensées l’appellent. D’un pas à l’autre elle se rapproche de la forêt et de ses ombres. Les sous bois et l’odeur de mucus qui s’en échappe, les feuilles qui crissent et la fraicheur qu’elle offre en ces temps ensoleillés… Sans plus penser à l’heure qu’il est, ou à l’inquiétude de ses parents, sans penser au danger, elle se précipite.
Maeve et l’inconscience, l’innocence à l’état pur…
Et elle chante… Encore.


Promenons nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas…

Malheureusement pour elle, la réponse est…
_________________

Au revoir, Fab.
--Uriel
Inglorious Bastard

… Un rire sardonique qui résonne dans la tête de l'ange déchu...

Prom'nons nous dans les bois,
Pendant que le loup y est pas,
'Las le loup r'douté,
L'est juste à l'orée,
Pour ton minois joliet,
L'regarder s'crisper...

Le chat d'gouttière se rassasie d'avance... c'est vil, c'est petit, c'est mesquin... et ? C'que vous êtes naïf... Qu'est ce qu'il en a à foutre de la moral l'Envoyeur. C'est que la vie après tout. Faut savoir manger pour pas être manger. Point. Quand vous avez la Camarde au cul, la dalle vous décolle le burlingue, quand on a pas d'turne pour sécher sa couenne, quand on a pas d'maille cliquetante et qu'on s'fait rosser par les bonnes gens... vous d 'venez moins tendron, moins mouillant, moins coulant. Vous c'mmencez à vous dire qu'si vous êtes pas dans les clous, faut savoir les faire sauter ou les contourner pour pouvoir quand même grailler, pour pouvoir quand même pas être mordu par l'vent qui souffle dans les ruelles d'Paname et d'ailleurs, là où s'regroupent tous les va nu pieds. Et puis d'fil en aiguille, vous pr'nez goût au pageot qu'vous engourdissez à c'lui qu'vous avez endormi d'un coup d'surin ou d'tatane, vous prenez goût au résiné et à la maraude. Vous rentrez dans la famille, puisqu'vous avez choisi les trottoirs et la rue, la mère des mômes perdus. Entre ses vices et ses vertus, changer d'travesti, d'blaze, c'est une seconde nature. Voler une vie, c'pas bien grave, si ça vous fait sauver la vôtre, pour un bout d'brutal ou de picrate ou pour éviter qu'votre palpitant calanche. Puis ensuite, ben c'est d'venu vous, c'te seconde nature, qu'est en fait la vôtre la profonde, la vicérale. Celle du crime et du larcin. Et si vous l'étanchez pas, ça vous travaille, ça vous hérisse et ça vous démange...
Alors la p'tite là bas... au fond... il va que lui donner la l'çon puisqu'des parents pas très consciencieux ont pas dû lui faire. Bon vous m'direz, c't'un peu extrême et elle pourra pas la réciter d'nouveau. Mais si c'pas lui, ça s'ra un autre. Et la fin d'l'histoire, ça s'ra bien la même pensez... y aura que les péripéties qui pourraient varier, vu tous les sévices qu'existent sur terre.

La tête d'Uriel se dirige vers son épaule dans un petit coup sec. Les cervicales grincent dans un craquement d'os. Assez jacté avec lui même, la p'tite proie guillerette s'en ira trop loin après. Et on s'amuserait pas autant, ça gâch'rait le plaisir et quand il y a d'la gêne... Sans jeter un regard au garde, dont le cadavre lui fait autant d'effet qu'son premier supplicié, il commence à se rapprocher à pas de fauve. La filature, l'est pas bien compliqué. Faut dire qu'la cible pue littéralement la naïveté et l'enfance sans tâche. Même pas un r'gard en arrière, rien, enfermé dans son p'tit monde, bondissante, la fleur à la bouche et l'coeur qu'doit être bien rosé.... il s'en passerait la langue sur les lèvres le Coquillard. Et c'te petite voix qui chante pour lui donner d'l'entrain. C'est presque trop parfait. Il s'approche... il s'approche les épaules roulantes, l'dos courbé... arrivée dans l'bois ça sera moins douloureux pour ses lombaires. Premier arbre et premier arrêt. Yeux azur qui zieute les volants qui suivent la course.

Allez gambade donc p'tite môme...
Allez gambille encore un peu...
Sur l'chemin qui sent bon les fleurs
Qui s'faneront bientôt la môme
Pour pas souffrir c'qu'elles auront vu...

Les pas du tigre aux grandes quenottes affutées continuent leur progression silencieuse jusqu'à une nouvelle cachette pendant que la souris se baisse pour ramasser une fougère. Petits pas par petits pas, sans prendre conscience qu'elle s'éloigne et se rapproche du danger... Encore quelques passes, il repasse plus près resserrant le cercle d'arrivée sur la cible. Puis quand il a jugé l'Envoyeur qu'la proie était au point de non retour.... il commence à entonner d'une petite voix calme...


Prom'nons nous dans les bois...

Sursaut... Rêve ou réalité la môme ? La tête tourne et r'tourne...

Papa ?

Retiens toi allons, tête brûlée, de rire déjà.
Je suis ton père... roh l'père de tous tes malheurs à v'nir alors...
Allons... on apprécie d'autant mieux c'qu'on prend le temps d'acquérir.
On contourne un bosquet, on rest' sage, sage comme une image d'la damnation et on continue la ronde infernale dont la boucle s'fermera bientôt.

Nouvel arrêt... nouvelle rengaine...


Pendant que le loup y est pas...

Et là, tu rentr'dans ma cour,
P'tite gueule d'amour...
La cour des Grands,
Que quand tu sautes à la marelle,
Tu pars du Purgatoire,
Pour rejoindr'l'Enfer,
Sans possibilité d'échappée belle...

Et passe et manque et perd,
Au jeu d'la vie
P'tite gueule d'amour,
Pas d'retour,
S'tu viens dans les tréfonds,
C'est pour toucher l'fond...

Encore quelques phrases murmurées...
Encore quelques pas...
Pendant qu'la frousse s'distille lentement dans les veines d'la rousse... tant qu'à finir au bûcher qu'ce soit l'mien...
Et l'ombre qui s'fait pressente autour des frondaisons qui frissonnent déjà d'concert avec ta peau...
Tout est en place pour la scène macabre.
Alors il contourne le Coquillard, le petit corps, près si près, qui ne le voit pas encore et qui recule, recule avant de se heurter contre lui.
Comment décrire le regard qui remonte vers son visage, ce p'tit regard azuré, qui s'teinte d'effroi quand il découvre la bouche aux dents aiguisées et qu'il susurre... :


Bouh....

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Maeve.
Colchiques dans les prés, fougères dans la forêt. De l’appel des arbres, Maeve a décidé de former un bouquet. La rouquine ne trouvant pas dans la clairière les plantes nécessaires, c’est dans les sous-bois qu’elle est partie les chercher. Originale, elle a décrété que plutôt que d’amasser les pissenlits ou autres pâquerettes, c’est un bouquet en un ton deux plantes qu’elle allait offrir à sa mère.
Fougères et orties. En plus, ça pourrait même servir pour une soupe. D’aucun rétorquerait peut être que ce n’est absolument pas la saison, mais Maeve n’en a rien à faire. Elle aime bien les fougères. On peut en faire plein de choses. Comme un éventail. Un toit pour une cabane. Un bouquet.

Le vent chuinte dans les arbres au dessus d’elle alors que l’orée s’efface au profit des sous-bois à l’odeur si prenante. Les narines frémissent, l’âpreté des effluves agresse légèrement l’odorat encore immature. La fraicheur relative de l’ombre efface les perles de sueur sur les tempes blanches de la petite rouquine. Sous les petons qui s’avancent prudemment, afin de ne pas déchirer les bas neufs, les branches sèches craquent.
Sure d’elle et de sa sécurité, elle pénètre la forêt sans autre forme de prudence. Les boucles rousses tressautent autour du minois confiant, alors qu’elle se penche pour ramasser une fougère. Une belle feuille, repérée depuis quelques secondes, et qui lui fait de l’œil. Celle là sera de celles qui entoureront le bouquet. Large, plate, aux feuilles soigneusement ciselées, parfaite.


Prom’nons nous dans les bois…

Sursaut. Dans le mouvement, elle se redresse, tachant de voir qui l’a suivie dans son escapade. Les accents masculins de la voix interdisent qu’il s’agisse de sa mère ou de Gabrielle… Limoges…

Papa ?

Ce serait bien le genre du Gardon de faire ainsi une surprise à sa fille, suivant les notes qu’elle vient de fredonner. Par sa mère elle sait qu’il est fatigué, épuisé par un Conseil qui lui pompe son énergie, sans rien offrir en retour, ni reconnaissance ni merci. Alors une promenade dans les alentours lui ferait du bien, et s’il l’avait aperçue sans nul doute qu’il aurait pensé à la taquiner de la sorte.
Le sourire s’épanouit sur les lèvres pleines, creusant des fossettes sur ses joues rondes, allumant dans l’azur de ses yeux les étoiles pétillantes d’une joie anticipée. Mais le regard a beau fouiller les bosquets et buissons, pas une mèche rousse à l’horizon qui ne soit une des siennes, échappée de sa barrette. Sourcils qui se froncent légèrement. Peut-être a-t-elle simplement rêvé… Menues épaules qui se haussent alors qu’elle s’apprête à poursuivre sa recherche de fougères.


Pendant que le loup n’y est pas…

Cette fois elle a entendu… Clairement. Et ce n’est pas la voix de son père, du tout. Ça ne vient pas du même endroit non plus. L’homme a bougé. Les saphirs inquiets balaient frénétiquement les alentours. Diantre, elle a plus avancé qu’elle ne le pensait. La chanson fredonnée résonne encore sous les branches, de l’orée il se rapproche.

Peur.

Petite gorge enfantine qui se serre, coupant l’air, empêchant le cri. La plante à peine ramassée tombe à terre. Elle reste d’abord rivée au sol, droite comme un piquet, le souffle court et l’estomac noué. Maeve aurait envie de crier, d’hurler, d’exiger de l’inconnu qu’il se présente, qu’il lui dise. Mais qui est-ce donc qui est assez vil pour l’affoler de la sorte ? Ne connait-il pas les bonnes manières qui veulent qu’on ne taquine pas une petite fille plus que de mesure ? Si la première phrase aurait pu s’avérer drôle, la seconde l’effraie…

Angoisse.

Ça continue… Une nouvelle phrase, murmurée juste assez fort pour qu’elle l’entende, mots qui glissent sur le sol, sur les feuilles, jusqu’à résonner à ses oreilles fines. Fini de rester plantée, elle a réellement peur maintenant. Jolie rouquine qui finit par remuer la tête et activer les maigres gambettes pour s’enfuir. La clairière est inenvisageable, de là qu’il vient… Elle recule, elle recule apeurée, elle recule en griffant les minces mollets sur les ronces qui habillent quelques troncs, elle recule sans quitter les endroits d’où provient la voix des yeux.
L’envie de crier revient, mais toujours ce nœud, ce nœud affreux, douloureux, dans sa trachée, qui éteint le hurlement avant qu’il ne puisse s’échapper de ses lèvres. Et de toute façon, qui l’entendrait ? Pendant ses séances d’entrainement au tir à l’arc elle a bien pu mesurer à quel point le coin était peu fréquenté…

Maman… !

Que ne lui ai-je pas obéi ? Pourquoi ai-je toujours besoin de n’en faire qu’à ma tête ? Pourquoi suis-je donc incapable de rester en place plus de quelques minutes ? Où est-il ? Pourquoi il me poursuit ? Qu’est-ce qu’il me veut ? J’ai rien fait de mal ! Rien du tout ! Je suis presque sage… je suis une petite fille… Il ne m’arrivera rien. Il ne peut rien m’arriver... J’ai peur…
Les tripes se nouent alors que le talon rencontre des broussailles qui bousculent l’équilibre. D’un pied sur l’autre, elle se rattrape in extremis, écorchant la paume. Une nouvelle phrase pour un nouveau degré dans l’angoisse. Rien dans ce qu’elle a vécu ne l’a préparée à ça. Rien dans ce qu’elle connait ne peut l’amener à imaginer ce qu’il est en train de se passer… Voix fluette qui s’élève, trahissant dans les trémollos qu’elle y glisse involontairement toue l’effroi qu’elle ressent.


C’est pas drôle… arrêtez…

Elle essaie, la petite rouquine, elle essaie très fort de ne pas avoir peur. Parce que ce n’est pas digne d’un chevalier, parce qu’elle est plutôt courageuse pour une enfant, parce qu’elle ne veut pas trahir le souvenir de son impérial. Il ferait quoi Leandre à sa place ? Il dégainerait son épée sans doute, et il ferait face, elle en est sure. Comme il a fait face à Alcalnn au mariage de Belialith… Le mariage… Et ce qu’ils se sont promis. Comment pourrait-il encore vouloir si elle lui raconte qu’elle est effrayée à la première mauvaise plaisanterie venue ? Du haut de ses dix ans, et plus téméraire qu’elle ne s’en sent capable, elle cherche dans son dos l’étui de cuir dans lequel elle glisse tous les matins l’épée en bois d’olivier que sa mère lui a offert.
Et avant même de se rendre compte qu’elle ne l’a pas enfilé en partant, que l’arme enfantine trône encore sur son lit, avec les trois surcots qu’elle a essayés avant de se vêtir de celui-là, elle réalise que si Leandre fait face, c’est qu’il y a quelque chose à combattre, or elle ne sait même pas d’où vient le danger. Dans sa hâte à reculer, elle n’a plus fait attention aux bruits qui la guidaient. Où est-il, le méchant loup ?

Effroi.

Un pas, puis un autre, fondre les saphirs dans l’émeraude à peine visible d’une clairière qui semble soudain à des lieues. Reculer, encore, pour ne pas se laisser avoir. Redresser les épaules pour se donner plus de courage qu’il n’y en a de disponible… Le petit menton commence à trembler, perles au gout de peur qui menacent de s’échapper de ses mirettes d’habitude si rieuses, nez mutin aux taches de son qui se fronce dans un reniflement dédaigneux. Enfin qui essaie de l’être. De l’extérieur ça sonne plutôt comme l’aveu de l’angoisse qui court le long des veines, qui vient hérisser le léger duvet de sa nuque, qui glisse, insidieuse, le long de son échine, faisant maintenant trembler toute la fillette.
Continuer à reculer, comme si en s’enfonçant dans la forêt elle pouvait se cacher parmi les ombres, fondre le roux aux ramages, mélanger les tons de sa robe avec ceux des plantes, masquer son teint frais derrière un tronc…

Choc.

Quelque chose derrière elle. Nœud de la gorge qui dans une déglutition atterrit dans l’estomac à l’aigreur apeurée. Les quenottes claquent maintenant. Un tronc c’est dur, c’est rugueux, ça accroche les vêtements, ça retient les cheveux… Ce n’est pas un tronc.
Dans un espoir fou elle espère encore une seconde qu’il s’agit de son père qui n’aurait pas mesuré à quel point une plaisanterie comme celle-là pouvait effrayer sa petite fille. Dans un espoir farfelu, elle croit à un animal, un ours comme dans les livres une histoire où elle serait Boucle d’Or et où il aurait peur d’elle…
Mais ses boucles sont rousses, et c’est bien pire qu’un ours qui l’attend. Lentement, elle se retourne, tombant nez à ventre avec son poursuivant. Lentement, elle rouvre les yeux. Lentement, elle lève la tête, découvrant la chemise crasseuse, le cou blanc, le visage d’ange encadré de blond… Mais là, non plus, ce n’est pas Boucle d’Or… Les lèvres qui s’étirent dévoilent des dents taillées en pointes.


Bouh…

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Du moins c’est ce qu’elle aurait crié si elle n’était pas restée pétrifiée. Jamais, jamais de sa vie elle n’avait eu aussi peur. Jamais elle n’avait autant souhaité près d’elle la présence de sa mère, de son frère, ses sœurs, son père, Kles, son chevalier, … Le hurlement se meurt avant d’avoir quitté les poumons, le rose enfantin des pommettes s’enfuit, sueur qui vient perler sur son front, plaquant quelques mèches sur ses tempes, petits doigts gourds et tremblants… Gémissement.


Panique.

Sursaut. L’adrénaline enfin fait son entrée en scène, il était temps… Elle sait où il est maintenant, son instinct lui crie que ce n’est pas une blague. La peur qui tout au long du siècle qui vient de s’écouler a transpiré par tous les pores de sa peau et maintenant s’évapore dans un réflexe de survie.


- Fuis !
- je ne peux pas… je ne peux pas !
- Maintenant ! Cours !
- Oui… oui !

Et sans plus rien réfléchir, sans plus penser, elle fait demi-tour. Lointaine, la clairière est parait à des lieues, mais elle court. Les branches, troncs et ronces ont malheureusement décidé qu’elle n’y arriverait pas. Tels des bras tentaculaires au service de son agresseur, ils s’étendent et bouchent le chemin, se précipitent sur sa route, manquant la faire tomber à chaque pas, ralentissant sa course folle, égratignant à travers ses jolis bas jusqu’à faire couler le sang. Jusqu’à la chute. Poupée rousse étalée sur un chemin parsemé d’embûches. Poupée apeurée qui l’entend approcher. Poupée enchainée à son angoisse qui ne peut plus espérer fuir.

Epouvante.

_________________

Au revoir, Fab.
--Uriel
Aaaaaaaaaah cette lueur...

Cette leur qu'habite tout d'un coup les gobilles qui lui font face....
Un poème... un quatrain... un sonnet... une ode.
Ça commence douc'ment, sur la note d'la surprise. Elle s'éteint comme la première note d'la saveur d'un bon vin, sur l'palais, fugace. Elle s'envole et s'effrite, c'te jolie note pure et sans tâche pour s'tinter d'noir, quand les pupilles mangent d'un coup, comme un coup d'fouet sur la peau d'un dos nu , supplice, l'iris qui meurt. Et puis ça monte cescendo, ça grimpe, ça s'hisse... ça s'distille en tons acides, amers et foudroyant à vous décoller les papilles et les tympans. Oui... cette douce mélodie d'la peur... Ce fumet qui monte au tarin, éperdu et perdu, cette crispation de mâchoire ou cette bouche ouverte et où hurle ou s'étouffe un cri. Muet ou sonore, il résonne aux esgourdes de l'Envoyeur, toujours, comme un coup d'archer aux crins effilochés ou des ongles sur une ardoise. Et puis ce ton d'cire, poupée, couleur d'marbre, prémonition d'tes sens à l'affûts et écorchés à vif par la terreur, il te va, p'tit gueule d'ange, jusqu'à l'éternité et ton retour prochain du côté des nuages et d'la fadeur du Paradis.

Ah et ce point d'orgue, ce point d'orgue après l'échappé des battements d'coeur... ah ce petit moment de latence, d'rien, où encore leur caboche a pas bien assimilé encore, l'corps ayant réagit trop bien, trop vite... ce p'tit instant, c'te fraction de seconde, comme s'ils étaient frappé par la foudre ou pétrifié par une gorgone, où ils se disent que c'est qu'un cauchemard... et ils ont bien raison... c'est son moment préféré. Oui. C'est encore l'moment où il a l'temps de bien regardé et se délecter à l'avance comme un met fumant, qui vous apporte sous l'nez avec les vapeurs qui s'en échappe, un bon nombre d'promesses. Comme un corps de femme qui s'dessine sous une robe et qui laisse deviner les courbes, les monts, à déguster une fois effeuillée. Après la suite est la même pour tous... lorsqu'ils ont vu les crocs limés en pointe, l'oeil froid, la mine d'ange déchu et senti la mort qui rode, ils ont tous le même réflexe d'une débilité affligeante. Courir... comme si on peut échapper à la Camarde quand elle vous fait face, surtout quand elle prend la main au frangin Faraud dans sa forme la plus sombre, la plus déterminée et la plus entrainée. Il hésite toujours, à c't'instant, Uriel, entre rire et soupirer. Mais à la fois, quand même plus poilant d'leur laisser penser qu'ils ont encore un espoir... au jeux du greffier et d'la souricette, il sait déjà d'quel bord il est. Celui des griffes qui lacèrent... non sans avoir avant un peu «jouer».

La morveuse suit le scénar d'base, prenant la tangente. Elle vient d'tourner l'dos, l'souffle court, sur un mode allegro angoissant, avec les violons toujours en fond, pour la note sirupeuse et larmoyante de tragique. Le matou des toits et des bas fonds putride s'presse pas, pas tant qu'ça à sa suite. Vu les gambettes comparées à ses pattes sans v'lours, pas b'soin d's'user les articulations... Le terrain est sien... elle s'enfonce, la môme dans la direction opposée à la sortie. Ah les femmes et l'sens de l'orientation... petit rire intérieur pendant qu'il suit à distance, la chevelure feu qui pense pouvoir s'évanouir dans l'ombre alors qu'c'est un phare... cache cache entre les troncs, j'te vois plus, mais moi j'te suis et j'te perdrais pas, la môme.

Tourne et virvolte,
A la cadence effrénée,
D'ta peur qui danse,
Plus vite qu'tes pieds,
Cavale, décampe,
Tu n'fais qu'repousser
L'échéance...

Et elle s'prend les gambettes dans un entrelac, glas d'la fuite. L'Envoyeur arrive à pas emportés et prend la m'sure en s'approchant, d'celle des félins sûr d'eux. Lentement il pose un bras sur celui d'la gamine et la r'lève avec douceur.


Allons, allons...

Genoux qui s'plient et yeux aciers qui s'plongent dans les petits saphirs qui brillent de terreur. Les longs doigts d'l'Envoyeur époussète la poussière et les feuilles qui parsèment la robe. Presque gentil, s'il connaissait l'sens du mot... c'qu'est pas le cas mazette...

Faut pas courir comme ça mamz'elle...

Les serres se plantent petit à petit dans l'avant bras de la rouquine. Il se redresse, anguleux, l'Envoyeur. Sourire aux coins d'la margoule, sa voix est suave et douce... les mots p'être pas.

C'est toujours comme ça qu'ça finit les contes...

La pogne droite se dirige doucement vers sa ceinture. Elle vient jouer avec les nervures du manche d'une des deux lames qui pendent, sages, l'long de ses cuisses. L'autre main est déjà accrochée, vissée à l'épaule de la petite.

Les gamins s'baladent tout seuls, dans des endroits où faut pas...

Les doigts d'insectes s'enroulent autour d'leur objectif et la dague chuinte, acier gémissant d'plaisir contre l'fourreau qui l'avait gardé à l'ombre trop longtemps. Rien n'brille, rien n'reflète la lumière sur l'acier. C'pas une arme d'noble, pas une arme d'parade. On n'voit que les deux longs fils sur les bords acérés et affûtés. C't'une lame d'assassin... une lame qui sert... une lame teinté d'résiné et d'fuides divers. Une lame plein d'accros, d'accidents, d'chocs... Une lame qui sent l'contact, la chair et l'combat sans règle. Il la regarde doucement sa lame, presqu'amoureus'ment, comme une amie chère, une amante, un double, une âme.

Elle en a vu celle là... elle en a fait du ch'min depuis qu'il est entré dans la confrérie. C'est son premier cadeau, l'premier d'sa vie. L'emblème d'son boulot, d'sa raison d'être. Trempée dans le sang et le vice, les tripes et le meurtre, elle est son reflet...


A la fin... ils s'font toujours manger...

Sourire sur les lèvres fines...

Et a priori, j'vois pas l'ombre d'un chevalier pour t'sauver princesse...

Le sourire s'transforme en rire machiavélique qui monte s'acoquiner avec les cimes qui bruissent d'un vent d'mauvaise augure. D'un geste l'Envoyeur la fait pivoter, la plaque dos à lui et avance sa lame près du visage enfantin.
Murmure à l'oreille de la petiote.


Allez c'est bientôt fini...

La l'çon,
Définitive,
mais pas hâtive,
Ma belle,
Apprends là,
Sur l'bout des doigts,
Sur l'bout d'la peau,
Et tu vas la retenir,
La graver,
Dans ta chair...

Et ainsi la lame frôle, la joue avant de s'enfoncer dans un sillon sanglant...


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Maeve.
Angoisse sourde qui roule, remonte veines et artères pour pétrifier un instant les battements effrénés d’un cœur apeuré.
Dans le sang, caillots de terreur charriés par un courant d’épouvante qui la glace. Les tremblements n’en finissent pas de trahir la peur qu’elle ressent, qui se respire, par tous ses pores elle la rejette.
Où puiser la force de se relever, ailleurs que dans les serres qui l’empoignent, qui l’époussettent, à part dans un espoir qu’elle sait déjà futile et vain ? Personne ne viendra, c’est comme une certitude enfouie en elle, que sa raison lui assène comme une vérité inébranlable. Personne ne viendra…

Optimisme déconfit…

Seule face au Mal, elle ne peut plus fuir. Faire face, être courageuse… Mais comment demander ça à une fillette ? Chevalier elle veut être, mais elle n’est pour l’instant qu’une jeune rouquine de dix ans, perdue dans une forêt qui l’enferme dans les ombres de sa peur suintante. Le regard d’Uriel sur elle pèse comme une menace, ou une promesse… la promesse qu’elle ne lui échappera pas.
A l’Envoyeur elle appartient maintenant, jouet qu’on aurait offert un peu en avance à l’ange déchu. Paniquées, les prunelles azurées n’envoient qu’étincelles effrayées, impossible de jouer les grandes alors qu’elle craint désormais de ne jamais avoir l’occasion de l’être un jour.

Monologue mortifère…

Les phrases jetées par son agresseur résonnent en elle comme autant de réprimandes. Sa faute, c’est sa faute. La jeune Alterac, sure de tout et sure d’elle, qui se promène sans cesse, seule ou avec des inconnus, n’écoutant que sa témérité, et son insouciance.
Combien de fois déjà s’était-elle risquée à partir sur les routes seule ou presque ? Combien de promenades au bord des rivières, solitaire, dans l’espoir de ramasser un ou deux coquillages ? Combien de soirées en taverne à attendre un visage connu au milieu d’étrangers ?

Oh Maman, pardonnez moi…

Que ne vous ai-je pas écoutée ? Pourquoi, Maman, est ce que je me sens obligée de vous échapper à chaque occasion ? Pourquoi est-ce qu’aucun plomb ne vient alourdir ma cervelle ? Pourquoi est-ce que je n’écoute jamais vos leçons ?


j'vois pas l'ombre d'un chevalier pour t'sauver princesse...

Le souffle de l’envoyeur n’a pas encore cessé de l’effleurer de sa caresse morbide, que déjà devant ses prunelles écarquillées se dresse l’image de l’impérial. Leandre, qui l’avait protégée en revenant de Dieppe, qui avait promis d’être là pour elle, loin, si loin… Fugace seconde de ressentiment qui s’enfuit bien vite quand elle l’imagine aux prises avec Uriel, qu’elle imagine le sort qu’il lui aurait réservé…
Toute l’admiration et la subjectivité qu’elle lui porte ne peut effacer un semblant de raison qui ne laisse aucune chance à son chevalier de mettre en fuite l’agresseur…
Leandre… La promesse qu’ils s’étaient faite il y a des mois de ça… Se marier, se retrouver pour ne plus se quitter, eux qui s’étaient rencontrés enfants et qui avaient du prendre des routes différentes le temps de grandir… Elle aimerait pouvoir lui dire qu’elle l’oublie pas, qu’elle est là, qu’elle aimerait le voir, qu’elle veut toujours se marier… Mais la lueur froide du regard d’Uriel ôte jusqu’à cet espoir à la petite rouquine, rapetissée d’autant plus devant son bourreau.


Non…

Souffle qu’elle regrette aussitôt après l’avoir prononcé… Bientôt fini qu’il répond… Fini… Mais comment cela peut-il se terminer alors qu’on est à peine à l’orée de sa vie ? Comment peut-elle mourir alors qu’elle n’est pas encore chevalier ? Mourir… Imaginer la fin de sa vie à dix ans est une des sensations les plus étranges qu’il peut être donné de ressentir. Pensée pour son frère, mort il y a quelques années, mort alors qu’il n’était qu’un enfant… Que doit-elle ressentir ? Que doit-elle penser ?
Est-ce venu le temps de se repentir ? Se repentir mais de quoi ? Elle n’a rien vécu, rien… elle n’est qu’une enfant !


Non…

Froid du métal qui frôle sa joue… l’effleure, avant de s’y creuser une place… Fraicheur métallique remplacée par le chaud d’un sang qui coule, goutte par goutte puis en rigole, sur les chairs entaillées, sur sa joue. Larmes carmines qui s’écoulent tranquillement sur son minois, alors que les pupilles écarquillées ne quittent pas le visage aux canines taillées en pointe qu’il lui offre…
Les entailles aux mollets et genoux, les écorchures sur ses paumes, qu’on y verse et du citron et la douleur n’égalera pas celle qu’elle supporte alors que le métal entame sa joue, la traversant de part en part, arrachant un hurlement à Maeve, qui ne quittera pas sa gorge, nouée par la peur de ce qu’il fera ensuite…

Elle a mal… Mal comme jamais. La téméraire, celle qui descend les rampes en glissant, qui ne geint pas quand elle tombe de sa chaise, celle qui s’enlève les échardes du bout de ses ongles crasseux de la terre des rivières fouillées, celle qui veut être chevalier et considère la douleur comme une sensation inutile, elle… elle l’enfant qui ne pleure jamais, sent les perles salées attirées par l’odeur d’une peur et d’une douleur incommensurable poindre au bout de ses cils.
La part mature sait qu’il s’agit là d’une faiblesse, mais ce n’est qu’une enfant… une petite fille. Une petite rousse dont la principale activité consiste à aligner des coquillages sur les tables des tavernes, à protéger ses poupées, à admirer Leandre, et à faire des bêtises pas très graves…
Une petite fille livrée au Mal et qui n’arrive pas à réagir… Elle aimerait pouvoir se débattre, elle voudrait avoir son épée en bois et telle David contre Goliath échapper à ce monstre… Elle est emprisonnée dans les bras musculeux d’un blond machiavélique, à subir l’entaille d’une lame froide sur sa pommette…

Défigurée.

S’il lui restait un espoir, c’est ce qu’elle penserait. Mais il ne lui en reste plus. Ce que les saphirs quémandent, ce sont la fin, ne t’amuse pas plus, ça ne sert à rien, je sais que je vais mourir… Laisse moi, ne m’abime pas… Maman… Pardon… Leandre, je n’étais pas digne d’être chevalier… j’ai peur ! J’ai mal… je pleure. Je pleure et les cris se meurent dans ma gorge.

Echappatoire.

Je n’en peux plus… je m’échappe, je file… j’essaie d’oublier ce qu’il se passe, ce qu’il me fait. De fuir ses mains sur mon corps, son regard froid dans le mien, ne plus sentir cette coulée chaude sur ma joue droite que je sais être du sang, je suis trop jeune pour souffrir autant, je veux partir…

Dans un champ de tournesols je m’enfuis… je cours, je fuis…je m’en vais. Vivre ma vie. Le soleil me brule la peau, me chauffe et me réchauffe, attisant mes taches de rousseur, réveillant mes sens et mon sourire. Je suis bien, au fond du champ m’attend mon chevalier, mes parents, ma sœur… je suis heureuse, tout va bien. Bientôt j’entrerai à la Licorne, et tout ira bien… j’aurai une longue vie et bien heureuse.
Je suis bien… j’ai chaud… j’ai si chaud… Cette chaleur… Le sang sur ma joue… mais… Arrachée à mon rêve, à mon refuge, je retrouve la triste réalité… Le sang ne coule plus seulement sur mes joues… et le hurlement qui combat depuis tout à l’heure le nœud de ma gorge s’enfuit enfin dans un cri qui transperce l’air.


NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!! Non ! Pitiéééééééé !

Infamie pour elle que de quémander, mais elle n’est pas encore adulte, pas encore chevalier, et la peur l’emporte sur tout le reste… elle a mal… si mal… elle a peur, si peur… Leandre… Maman… Venez…
Nul espoir, que de la douleur… Et le noir… Après sa joue, les cuisses, c’en est trop pour l’enfant qui sombre… Non… It’s so unfair…

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Au revoir, Fab.
--Uriel
C'te chaleur...

Il l'aime... entre ces doigts longs et effilés ça coule, ça s'répend. Douc'ment sans sursaut, sans drame, sans violence, ça s'faufile sur sa peau blanche.
C't'un tout. Comme toujours. C't'un tout et un rien. C'est la vie. Ca passe et ça trépasse. C'est simple. Ça tient simplement à ça. Ce liquide rouge et chaud. C'est insignifiant comme la flotte et pourtant c'est tout qu'y fait qu'on est là. Et puis pas b'soin d'effort. Suffit d'ouvrir les digues, une par une. Comme dans un ruisseau... une flaque... un point d'eau... une fois qu'on laisse la place à l'eau elle s'faufile partout. Insignifiante, elle cause des ravages et c't'onde rouge, elle qui a ce pouvoir, c'si grand pouvoir... coule... en un sillon sur la joue offerte.

P'tit Chaperon, rouge, tu vas l'devenir de la tête aux pieds...

C'te passion dévorante pour le pourpre... il n'a pas de haine l'Envoyeur. Non c'est d'l'amour dont on parle. La haine il connait d'jà. Qu'est c'qu'il aurait à haïr dans c'te roussette ? Hum ? Pas grand chose... p'être une enfance qu'il a pas eu. Et encore. S'en tape un peu. L'passé c'est loin et ça passe, l'passé il s'en fout. Sauf quand on touche à sa bien aimé, il ne répond de rien. Il connait pas la rancune hormis envers ceux qui lui ont enlevé sa raison d'vivre. Là... il deviendrait capable de tout, de tout ce qui est imaginable par son esprit retors et bien plus loin. Le futur, c'est tellement con qu'il ne s'en soucis pas non plus. Quand on rentre dans la grande famille du Faraud, vaut mieux s'habituer à pas penser à demain puisque vous attendent aux coins des rues, la potence, le serin, la flicaille, le cachot ou les lacets qui serrent votre cou. On s'habitue même à l'bannir d'son vocabulaire. L'aurore chez les Coquillards s'appelle bien la torture... on s'dit que demain on l'verra pas. En tout cas y a d'grandes chances pour que non. Alors on vit au présent, dans l'immédiat, tout de suite. Croque la vie, prends sans être pris. Du coup.. les conséquences on oublie aussi. La mort prend bien qui elle veut et quand elle veut même quand on trempe pas dans les bas fonds... alors... à quoi bon...

Il est juste comme la Camarde en fait, l'ange déchu... il tape au hasard, quelqu'part sans prévenir. Un vieux, un jeune, un grabataire, un bien portant, un bienheureux, un poissard, un con, un érudit, une petite rousse... qu'importe. C'pas juste, ça l'est jamais... il a plus d'but pour exercer son talent. Alors il se fait hasard... tout simplement. Il sait rien faire d'autre.
Par passion... par amour pour le sang, ce truc magique, qu'on fabrique pas, qu'on possède pas, qu'on reproduit pas. Ce liquide qu'est un grand tout et un petit rien...
Et le voir s'écouler comme à chaque fois c'est comme un acte de magie, de sorcellerie... il peut pas être collectionneur l'Envoyeur... une fois qu'il est dehors le fluide s'perd. Il se fige, sèche, s'perd... il n'y a là qu'il peut le voir encore tiède et palpitant de vie... les yeux aciers longent le fil qui continue de s'allonger et s'fond dans les larmes. Il n'entend pas les cris et les suppliques de la petiote. Il n'y prend plus garde l'envoyeur... il en a entendu tellement. Des demandes larmoyantes, des hurlements, des insultes, des cris inhumains, des hoquets de douleur.. ça fait juste partie de l'ambiance.. en musique de fond...

La lame descend sans qu'il ait besoin d'regarder. Précis... toujours... presque chirurgical. Elle laisse une emprunte moins profonde sur la peau de la jambe. Une nouvelle rigole nait, de la nouvelle faille, peu profonde. Petit à petit... une nouvelle...

P'tit Chaperon, rouge
Tu vas l'devenir
De la tête aux pieds
Laisse donc fuir
C'qui te sied
Tu verras
ça s'ra mieux...
Après...

La lame se relève encore une fois.
Elle hésite un peu... par quoi continuer pour que l'oeuvre soit parfaite et se termine en beauté dans un bouquet final qui sent l'apothéose.

Mais elle restera en l'air...
Un galop... les coups résonnent dans la terre et dans son corps jusqu'à ses entrailles. Et le cri qui a retentit dans le bois n'était pas celui de la gamine. Il lâche la poupée de chiffon qui s'affaisse sur les genoux. Là on joue plus, l'Envoyeur. En tout cas pas la même partition.

Devant lui, en approche, deux cavaliers.
Les yeux bleus acier détaillent pendant que la deuxième main s'empare de la garde de la dague qui dormait sur son autre cuisse.
Une rousse. La mère ? Et armée. Deux lames aussi. Et avec l'instinct maternel, faut s'méfier toujours.
Un blondin. Le père ? Armé itou. Et pas l'air d'être un de ses cul serré qu'en porte comme un porte une bague pour faire joli, là à côté.
Les regards... entre horreur et haine... c'te p'tite flamme allumée... il la connait plutôt bien.
Inquiet ? Non...

Uriel... il adore les histoires de famille...

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E_newton
Comment se départir de son passé ? Oublier qui l’on fut l’espace d’un instant … Effacer ce en quoi l’on a pu oser croire … Chaque seconde qui passait, le faisait se retrancher encore un peu plus dans les ténèbres qui avaient entrepris leur inexorable envoutement.

Elle l’avait poussé à l’inéluctable, sachant pertinemment ce qu’il en serait. Elle ne lui avait laissé aucune opportunité pour qu’il en soit autrement. Elle ! Lucie ! La Dame Blanche qui l’avait assurée de son Amour indéfectible. L’Amour … Utopie s’il en était une … Il avait osé penser qu’il avait lui aussi droit à ce bonheur dont étaient gratifiés certains. Il s’était laissé aller dans ses bras, cherchant cette once de plénitude qui lui faisait défaut. Chaque jour qu’il avait passé en sa compagnie le renforçait dans l’idée qu’il avait trouvé en elle, celle qui était son complément. Sa moitié comme certains aimaient à le dire. Celle qui faisait qu’il se sentait entier, un homme accompli. Mais il n’en fut rien. Il avait suffit d’une absence de quelques jours pour que tout vacille. Une sœur mal intentionnée, des explications non demandées, et il s’était retrouvé acculé face à un mur qui l’avait mis devant le fait accompli.

Ses valeurs, celles grâce auxquelles il avait enfin trouvé le moyen d’exister, le code de la Chevalerie et tout ce qu’il pouvait représenter, l’avaient inflexiblement guidé dans sa décision. Puisqu’elle le poussait à faire un choix, il ne pouvait y en avoir qu’un. La Licorne et ses valeurs étaient indéfectibles. Elle était sa maîtresse, et peu importait les conséquences, jamais il ne la trahirait. Il s’était donc résolu à fuir la Blanche et tout ce qui pouvait la lui rappeler. Il s’était reclus dans les geôles de la citadelle de Ryes, repoussant tous les inopportuns. Seul avec lui-même, il avait fait le point sur sa vie et sur ce qu’il allait advenir. Sans aucune notion du jour ou de la nuit, il passait le plus clair de son temps entre réflexions intenses et sommeil agité. Bercé par les tourments de son passé, il se savait s’enfoncer dans les méandres de la noirceur. Il se remémorait chaque instant de sa vie, des meilleurs au plus pénibles, jusqu’à ce dernier choix qu’il avait eu à faire.

Monde cruel et sans pitié qu’il osait espérer assainir de la lie qui le composait. Il avait prêté tous ses serments dans cet unique objectif, servir et protéger, secourir et étancher les peines. Futile et dérisoire pensaient certains dont les préceptes n’étaient pas les siens, digne et essentiel selon les siens. Jamais il n’avait songé vivre autrement que dans la dignité et les fondamentaux même du respect des autres. Il était de ceux-ci, le blondinet ténébreux, de ces dinosaures dont on savait pertinemment qu’ils viendraient à disparaître. Mais il s’en fichait de ne pas y survivre. Il n’avait rien d’autre que cela et ses frères et sœurs de l’Ordre. Il leur avait tout concédé, son cœur, son âme, sa vie. Et si par sa mort il venait à sauver une vie, alors il aurait accompli là la seule chose en laquelle il avait toujours cru.

Parce quoi que l’on puisse en penser, il n’était pas croyant le Licorneux, bien au contraire. Il était de ces athées que les églises redoutaient, de ceux terre-à-terre qui rechignaient à l’idée d’une puissance divine régissant la vie sur terre, de ceux dont l’inquisition aimait à les voir flamber en place publique. Mais lui n’en avait que faire de ces porteurs de robes qui chassaient l’hérétique, l’agnostique ou le non Aristotruc. Il la respectait l’église, mais n’entendait pas qu’elle lui inculque sa loi, tout comme elle tentait de le faire avec ses guerres privées, appelées aussi croisades. Ce n’était là qu’un artifice évident pour éradiquer la liberté de penser, celle qui distinguait l’homme de l’animal, celle qui permettait d’entrevoir autre chose qu’une hypothétique vie après la mort. Il s’en tapait de la faucheuse lui, et pourtant ce n’était pas faute de l’avoir déjà croisée. À deux reprises déjà elle était venue le titiller, mais préférant à chaque fois de le délaisser alors qu’il s’était déjà fait à cette raison. Alors elle pouvait survenir n’importe quand désormais, la seule chose qui lui importait était de mourir l’épée à la main, tel le destin qu’il s’était imposé.

Quand il en eut terminé de sa période de réclusion volontaire, ce fut un tout autre homme qui refit surface à la lumière du grand jour. Il était désormais emprunt de la noirceur qui caractérisait les âmes résolues. Sous les mèches de sa chevelure blonde qui avait perdu de son éclat, ceux qui pouvaient supporter son regard plus d’une seconde y lisaient la détermination qui était devenue sienne. Plus rien à voir avec ce visage angélique qui avait été longtemps le sien, ses yeux exprimaient la volonté farouche qui l’habitait désormais. La joie de vivre avait disparu de son esprit, son cœur n’était plus qu’un simple muscle permettant d’irriguer son corps. Il était devenu le mal pour combattre le mal, fléau pour éradiquer les fléaux.

Elle l’avait lu en ses yeux, elle. L’une des rares à s’être préoccupée de son état, mais respectant son isolement. Elle avait appris le mal qui le rongeait, et bien que n’en pensant pas moins, l’avait laissé combattre ses propres démons. Elle l’avait attendu, patiemment, longuement, jusqu’à ce qu’il daigne enfin sortir de sa tanière. Leurs regards s’étaient croisés, chacun lisant en l’autre bien plus que ce que le commun des mortels aurait pu y lire. Il y avait bien longtemps qu’il n’y avait plus besoin de mots entre eux deux. Sa Grande Sœur qui l’avait accueilli, protégé, guidé, et qui était devenue sa petite sœur, qu’il chérissait. Elle lui avait de nouveau tendu la main et sans un mot il l’avait suivie … Suivie jusqu’en ce Comté qu’il avait maintes fois parcourut. Nulle question n’était venue sur les lèvres du Licorneux pour savoir pourquoi elle le guidait ici. Il n’y avait aucune mobilisation en la Licorne, rien qui puisse justifier de se rendre ici plutôt qu’ailleurs, si ce n’était peut-être qu’elle-même y résidait.

Ils chevauchaient tous deux silencieusement depuis plusieurs jours, leurs capes azurées flottant au gré de leurs pérégrinations et de la brise. Leurs deux montures trottaient allègrement, que ce fut Hadès le grand Shire de Cerrid ou Storm le Frison d’Ethan. Ils traversaient un bois dont ils savaient qu’à son orée, ils pourraient d’un instant à l’autre apercevoir la Capitale Limousine. Le temps était clément et le bois paisible, apportant une certaine forme de sérénité. Sérénité pourtant troublée par un cri déchirant qui vint transpercer les frondaisons, faisant s’envoler une nuée d’oiseaux troublés dans la quiétude de l’instant. Pas un regard, pas une parole, les deux chevaliers talonnèrent simultanément leurs montures qui partirent au galop sans rechigner. Eux aussi avaient entendu cet appel à l’aide, ce hurlement implorant qui vint exploser dans les crânes, faisant irrémédiablement accélérer le rythme cardiaque et préparant déjà les âmes au pire des constats …

Le lourd piétinement des chevaux martelait le sol et les esprits, comme imprimant déjà le rythme des événements à venir. Ils déboulèrent dans la clairière pour y découvrir l’affreux spectacle qui s’offrait à leur regard. Les esprits étaient vifs et les réflexes aguerris, l’analyse de la situation fut instantanée et la prise de décision immédiate.


[Break] [Rewind]

L’image s’imprime dans le cerveau du Licorneux …
Un grand blond longiligne à la posture nonchalante voire même désinvolte est debout devant eux.
Une dague dans la main droite, la gauche glissant déjà vers sa ceinture pour s’emparer d’une autre.
À ses pieds une enfant, au visage ensanglanté, tout comme l’est sa cuisse.
Plus que quelques enjambées et Storm pourrait percuter l’ignominie faite homme.
Mais c’est bien trop dangereux pour l’enfant qu’il pourrait piétiner.
Et le fourbe pourrait tenter de taillader le Frison au passage.
Il n’est pas dupe le Licorneux, ils n’ont pas affaire à un simple maraudeur.
Ça se voit dans sa posture …
Ça se lit dans son regard bleu acier …
Ça se devine sur les p’tites lèvres pincées de sa bouche en cul d’poule …
C’est un vicelard, un de la pire espèce, de ceux qui aiment à taillader pour le plaisir de faire souffrir leur proie.
Pas un bretteur, pas un combattant, un fourbe qui surgit quand on ne s’y attend pas.
Une seule solution, tout faire pour protéger l’enfant, quoi qu’il puisse en coûter.


[Play]

Aucune hésitation dans les gestes, et tant pis si le sournois était doué au lancer de dague, au moins cela donnerait l’occasion à Cerrid de passer à l’offensive aussitôt après si besoin en était. L’écu aux armoiries de la Licorne fut saisi dans la main droite et projeté avec vigueur en direction de la face de blaireau. De quoi l’occuper suffisamment pour permettre à Ethan de sauter promptement de Storm et de se retrouver à porté d’épée, dont la poignée frappée de l’animal mythique avait déjà pris position au creux de sa main. Le Frison avait continué sa course prenant bien soin d’éviter les deux corps qui lui faisaient face une fraction de seconde auparavant. Le Licorneux se savait avantagé par sa position, pied droit en avant, pied gauche un peu plus en retrait, les jambes quelque peu écartées et légèrement fléchies pour une meilleure assise, comme à l’entraînement. Qui plus était, les rayons du soleil venaient frapper en son dos, offrant sa silhouette en contre jour à son adversaire du moment. L’épée courte pointée en position semi-basse lui permettrait de frapper d’estoc si l’affreux venait à bouger en direction de l’enfant.

Les prunelles enflammées du Chevalier vinrent se planter dans celles bleu acier du belligérant. Il savait par apprentissage que tout pouvait se deviner dans le regard et le visage de l’adversaire. Un rétrécissement de pupille, un clignement de paupière, l’apparition d’une ridule, une goute de sueur qui coule, tout était révélateur pour qui avait appris. L’instant était à l‘espionnage de l’autre, chacun tentant de jauger les capacités de son adversaire. Tendant légèrement sa main gauche en avant sans quitter le blond des yeux, Ethan s’adressa à l’enfant d’une voix qu’il voulait douce, mais dont on pouvait dénoter l’impassibilité.

Approche petite …
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--Uriel
Et ben m.erde !

Ah ben l'avait pas vu v'nir celle là. Il a eu juste l'temps pour pas passer l'arme à gauche d'prendre la tangente dans la même direction. C'est qu'pour son plus grand bonheur, un écu, ça vole po des masses même j'té avec la rage du blondinet qui lui fait face.
En tout cas l'a pas l'air d'être le géniteur... ça s'ra moins marrant. L'a réagit trop vite, avec trop d'sang froid. Il a pas d'éclair d'folie dans les mirettes, juste une bonne colère qui s'déverse et qui voudrait l'aplatir comme une crêpe. L'est meugnon l'petiot...
Derrière y a une femelle... par contre elle, vu l'regard et vu qu'elle est à la bourre, y aurait comme qui dirait un truc avec la donzelle à ses pieds. Eh eh ça c'est du bon, ça c'est du grand, d'la torture de ciboulot qui a déjà attaqué ses tripes.

L'écu s'est écrasé dans un coin comme un mollard pas frais...

Ça d'vient intéressant...
Foutrement intéressant...
Pensez pas qu'il en tremble l'Envoyeur. S'en fout d'calancher aujourd'hui. On vous a d'jà dit, suivez un peu, les zigues. Il s'prépare tous les jours à plus ouvrir les yeux. Mais là c'est fendart. Deux contre un. Une cible. Un ramponeau. Qui mis'ra l'premier, qui perdra la main pour l'butin qu'est au sol et déjà pas mal amoché. Qui accept'ra de perdre et surtout quoi dans c'petit jeu de damné. Passe perd et manque... pour l'instant l'as dans la manche c'est lui qui l'a.

Il a r'connu les emblèmes sur les capes l'Envoyeur. Et ça n'fait qu'encore plus l'réjouir. Des p'tits cons de chevaliers tiens. Qui défendent la veuve et l'orphelin. Des bons p'tits paladins. Qu'vont être obligés d'se plier en quatre et d'prendre les patins pour que la proie d'l'Envoyeur se fasse pas trucider. Parce que ces empaffés là, ils ont de l'honneur, voyez vous. Et qu'c'est leur vie. Bande de coqueberts... doivent pas savoir. Et c'est encore meilleur. Doivent pas savoir qu'il a choppé leur chef dans un coin d'forêt du nord. Qu'il a ligoté une des leur comme on l'fait d'un sifflart. Et encore... elle est en vie parce qu'il a pas eu le temps de lui trancher la gargane et qu'il avait besoin d'artiche, artiche qui en la personne de leur grand machin s'barrait avec l'reste de la troupe de bras cassés avec qui il bossait... ça risque d'les emmouscailler s'il le dit maintenant. Puis faut en garder sous la s'melle et la menteuse s'il veut avoir d'la ferraille à leur r'servir pour qu'ils soient bien en rogne pour la suite et qu'ils fassent un faux pas.

Approche petite …

Et d'rire l'Envoyeur, d'en rire. Qu'il est choucard, l'autre...
En contre partie d'la réplique, y a une dague qu'a volé, échappée d'ses doigts à l'Envoyeur pour s'planter dans l'sol meuble pas loin d'la roussette qui est encore à terre et ça lui arrache un rire démoniaque qui dévoile ses dents limées en crocs. La deuxième s'lève, pour leur signifier sans jacter qu'c'est po pour faire joujou et qu'il est pas jalmince, même plutôt généreux quand il s'agit de distribuer les coups.


Un pas, mes agneaux et elle est morte.


Alors ? Hum ?

Qui f'ra le premier pas
Mes doux sires
Pour sonner l'glas
Entre nous pas d'guiries
Qu'la danse macabre
Entre toi, moi et lui...

Alors qui suis ?


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Cerridween
[La tranquillité a une durée si courte en ce monde... ]

Il n'y a qu'eux deux et le silence.

Elle ne le brisera pas la Pivoine qui chevauche près de d'Ethan. Elle respecte celui qu'il a depuis un petit moment. Elle n'a pas été le chercher. Elle sait déjà. Elle sait déjà ce que font les peines. Celles qui engluent le coeur dans un marasme noir, qui font perdre le sommeil, l'appétit, la joie... cette dernière est devenue une denrée rare. Si rare, que chaque moment de sérénité en est une. Et aujourd'hui s'en est un.

Aujourd'hui, il n'y a rien. Pas de guerre, pas de mission, pas de doute. Rien que le présent. Le présent avec un frère, un ami, un égal maintenant. Il est chevalier. Le chemin a été long, rude, comme pour tous. Plein d'embuches, de doutes, de revers sans médaille, fait de sang, de sueur, de lieues et de lignes, comme pour tous ceux qui avaient eu le collier autour du cou. Il avait sacrifié la candeur pour trouver ce voile dans le regard qui les caractérisaient. Elle n'a rien dit. Elle lui a juste proposé de la suivre. Changer d'air, loin de Ryes, auprès d'elle. Un temps de repos. Une parenthèse.

Rien que le présent. Rien que le galop de leurs chevaux, qui résonnent dans la campagne. Rien que la brise sur leurs joues. Rien que le sol qui défile à une allure folle. Rien que des demi-sourires complices entre deux sauts d'obstacles. Lui et elle, en amis, en frères. Se sont évaporés les nuages, les soucis, les colliers, les grades... rien d'autre que le présent. Peut-être lui apprend elle encore une leçon. Savoir oublier même quelques secondes les fardeaux qui sont les leurs.

Limoges se profilaient avec sa ceinture de pierres. La Pivoine jette un coup d'oeil à Ethan avec un nouveau sourire qui promet un bon verre de vin, du repos et un gueuleton à s'en faire péter la panse. ..

Avant qu'il ne soit soufflé comme une bougie ce sourire.

Le cri vient de lui glacer les entrailles. Parce que ce cri est le cri aigu d'un enfant. Un cri de panique, de peur, d'angoisse. Un cri de douleur. Et dans la tête de la Pivoine, il est l'écho du sien... ce cri la glace, la retourne et un instant elle reste pétrifiée sans pouvoir bouger.

Il n'a rien dit le chevalier, il est déjà parti, talonnant furieusement sa monture. Elle le suit à petite distance, celle qu'il a fallu pour qu'elle se remette de sa vision d'horreur d'une petite brunette qui était la sienne et qui ne devait pas être là….

La vue de la clairière lui arrache un cri silencieux qui ne sortira pas de sa gorge. Elle reconnaît. Elle reconnaît la frimousse, le regard, la robe. Maeve. La petite de Marie. La nièce d'Enguerrand. La colère éclate en écho au constat comme un coup de bombarde. Non. Ethan a déjà sauté au bas de sa monture. Il prend les devants, l'Impétueux. Pourvu qu'il ne fasse pas le faux pas de trop. Pendant qu'elle arrête sa monture, elle voit l'écu voler vers le blond filasse qui recule pour l'éviter. Elle est au bas d'Hadès. Maeve est toujours à terre, hagarde, perdu, les yeux mi clos... elle ne pourra pas se relever tout de suite. Les yeux de la Pivoine ont noté les longues estafilades rouges qui la parent au visage et aux jambes. Elle va devoir l'aider d'une manière ou d'une autre.

Le blond après s'être reculé, frappé de justesse par le lourd projectile d'Ethan vient de jeter une dague près de la petite et de rire... de ce rire sarcastique qui signifie qu'il n'a peur de rien. Menaçant, dague en l'air, comme une semonce, il les regarde, de ses yeux bleu glacé…


Un pas, mes agneaux et elle est morte.

Elle avance lentement en passant à gauche, contournant Ethan, pour se diriger du côté où Maeve gît encore. Un coup d'oeil vers le chevalier. Ne bouge pas pour l'instant... tu sauras... Elle fixe la brute sanguinaire. Arrêt. Juste au bord de la ligne rouge, celle où il mettra sa menace à exécution. Au niveau de son compagnon de fortune et d'infortune. Elle respire calmement. Elle sent ses pieds plantés dans la mousse humide. Elle sent la brise qui joue sur sa peau et qui fait frémir les cimes alentours. Elle se campe sur ses appuis. Cela va se jouer à peu. Très peu. Si peu… une seconde, un tressaillement de trop.

Et le signal arrive d'une voix monocorde.


Tu viens de signer ton arrêt de mort...


D'un geste vif, la main dextre part dans son dos. Les doigts enserrent la poignée de bois du couteau qui dort dans le bas de son dos. Le bras se déploie et il vole le couteau vers le maraud pour se ficher dans son épaule.

Elle ne regarde pas si elle a réussi, la Pivoine. Elle ne le regarde même plus. Elle n’a pas le temps de savoir. Elle est déjà sûr Maeve. Elle a déjà prit la gamine par les épaules et la tire vers l'arrière, en essayant d’être un rempart de chair à la menace levée.
Si Ethan n’intervient pas, elles seront une cible de choix…

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E_newton
Y’avait pas à dire, il avait du répondant le maraud. Rien à voir avec tous les petits détrousseurs de grands chemins qu’ils croisaient ici et là, et qui détalaient comme des lapins dès lors qu’ils distinguaient les capes azurées. Non, lui n’avait même pas sourcillé quand il avait pris conscience de ceux qui venaient à son encontre. Bien au contraire, on pouvait dénoter qu’il s’en délectait presque, comme s’ils étaient un gibier de choix. Il allait lui en coller du gibier à celui là, surtout qu’en cet instant encore fatidique, nul ne pouvait réellement distinguer qui était la proie de l’autre.

Il n’avait nullement hésité en entendant Ethan, et avait décoché sa dague aux pieds de la petite qui semblait tétanisée. Il aurait du le deviner qu’elle n’oserait nullement bouger avec ce qu’elle venait déjà de subir. Trop habitué à laisser ses réflexes et son sang froid jouer en sa faveur, le Licorneux en avait oublié que tout le monde n’en était pas muni. S’il n’y avait eu l’enfant, il aurait déjà bondit sur l’ignominieux, mais là … Il ne la connaissait pas, ne savait pas d’où elle venait, ni ce qu’elle faisait en ces lieux, encore moins ses rapports avec le Blond qui l’avait charcutée. Peut-être même étaient-ils parents. Allez savoir avec tout ce qui se passait désormais dans ce Royaume en proie à la folie. Pas question pour autant de laisser l’autre terminer le travail, il voulait du résineux, il allait lui apprendre que le sien pouvait couler aussi.

Sa respiration était calme, malgré la chevauché précédente et l’afflux d’adrénaline qui l’avait envahit dès qu’il avait entendu le cri de l’enfant. Le rire sarcastique de l’autre enflure ne fit que renforcer la conviction du Licorneux qu’il avait à faire à un sanguinaire. Il aimait la vue et l’odeur du sang, tel un vampire affamé, il assouvissait son plaisir en le faisant couler. La douleur des autres, voire même la sienne propre, lui importait peu. Seul son goût irrépréhensible pour faire naître l’effroi dans l’esprit de ses victimes le guidait. Il se repaissait de la peur qu’il enfantait chez ses proies, de cette sensation de pouvoir qu’il détenait sur elles, de se sentiment de puissance qu’il croyait posséder. Un détraqué, voilà ce qu’il était. Un de ceux que le Licorneux exécrait au plus haut point et qu’il s’évertuait à éradiquer tout comme les paysans le faisaient du chiendent.

Il n’avait pas bougé d’un pouce quand le fielleux avait jeté sa dague, comme s’il avait deviné que ce n’était là qu’un avertissement supplémentaire. Une façon comme une autre pour leur faire comprendre qu’il était prêt à tout pour vendre chèrement sa peau. Il sentit Cerrid se déplacer plus qu’il ne la vit à vrai dire, jusqu’à ce qu’elle pénètre dans son champ de vision. Son regard lui suffit pour comprendre son avertissement silencieux. Que t’apprêtes tu donc à faire, petite sœur ? Se demanda t’il … Il la savait capable de tout en un tel moment. Elle n’était pas Maître d’Armes pour rien. Elle avait le savoir, les compétences, l’expérience. Elle était de ceux sur lesquels il savait pouvoir compter en de telles circonstances. S’il lui avait fallu remettre sa vie entre les mains d’une seule personne, elle aurait été celle-ci. Alors il se tenait prêt à agir, tous ses sens désormais en éveil.

Un silence presque morbide régnait dans la clairière, les oiseaux s’étaient arrêtés de gazouiller comme étant dans l’attente du dénouement. Même la légère brise semblait s’être affaiblie, et ne parvenait plus à agiter suffisamment les frondaisons pour leur faire distiller cet aérien bruissement dont ils étaient coutumiers. Le temps semblait s’être soudainement arrêté, tout au moins une fraction de seconde, jusqu’à ce que Cerrid intervienne. Ses mots furent le déclencheur de son attaque. Des paroles funestes annonciatrices de la fin destinée au malfaisant. Ethan distingua plus qu’il ne vit le mouvement véloce de Cerrid, et s’étonna cependant de voir la dague se ficher dans l’épaule de l’ignoble. Cependant il comprit qu’elle avait agit ainsi non pas pour le tuer, puisqu’il lui aurait été bien trop périlleux de le viser à la tête, mais simplement pour détourner son attention et éventuellement le blesser, afin de protéger la gamine toujours à terre. Gamine qui se voyait tout à coup protégée du rempart humain qu’était devenue la Capitaine.

La scène lui fit l’effet d’une décharge électrique parcourant tout son corps, traversant sa colonne vertébrale de l’atlas au sacrum, avant de se diffuser dans chacune de ses terminaisons nerveuses. On ne réfléchissait plus dans de tels moments. C’était l’instinct, les techniques apprises et maintes fois répétées en salle d’armes, ainsi que l’expérience passée qui parlaient. Une fois encore, ce fut tout cela qui guida la réaction instantanée du Ténébreux. Il était bien trop périlleux pour lui d’intervenir à l’épée, et l’urgence requérait de protéger Cerrid et l’enfant en éloignant l’autre le plus loin qu’il le pouvait. Et même en ces circonstances, le code de la Chevalerie se devait d’être respecté, on n’abattait pas les ennemis démunis d’armes, fussent-ils de la pire espèce. L’épée au pommeau frappé de la Licorne, celle-là même qui lui avait été offerte lors de son intronisation, fut lâchée et chuta au sol sur le tapis de mousse qui l’en couvrait. Ethan ne prit pas le temps de s’emparer de la dague dissimulée dans sa botte. Ses muscles se détendirent dans une explosion simultanée pour se propulser vers celui qui était devenu sa proie. Les deux mains du Licorneux se refermèrent sur les poignets du vilain, tandis que son front vint percuter le menton de son adversaire. Les deux corps furent projetés deux mètres plus loin, roulant boulant sur eux-mêmes, engagés dans une étreinte dont chacun des deux protagonistes savait qu’elle pourrait être mortelle. Mais quoi qu’il puisse advenir, elles étaient désormais hors d’atteinte immédiate du teigneux …

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Maeve.
Noir… Noir protecteur, pour éviter de trop sentir le rouge s’enfuir d’elle, couler, rouler sur sa joue, ses cuisses, s’enfuir d’elle sous le sourire d’un ange déchu qui taille et sculpte le corps de l’enfant. Elle part, Maeve, s’enfuit dans un monde connu d’elle seule, un monde où cette clairière serait restée le terrain d’entrainement favori de la fillette aux boucles rousses et au rire prompt, si prompt à venir à la moindre plaisanterie d’un gardon, au moindre sourire d’un perce-neige, au moindre bon mot de Klesiange…
Dans ce monde parfait, il n’y aurait qu’elle dans les hautes herbes, qu’elle à crapahuter et choisir son nuage préféré, il n’y aurait sur ses braies que la boue récoltée à trainer partout, dans ses poches que les coquillages amassés, sur sa joue que le rose de l’effort … rien que du rose, pour une petite fille, rien que du rose, loin d’elle le carmin de l’agression, pas de cri, pas de blond aux canines affutées, rien d’autre qu’elle et son arc…

Mais ce monde parfait n’existe que derrière ses paupières, et la fillette de huit ans souffre malgré l’inconscience de ces plaies qui n’en finissent pas de déverser son innocence sur le sol, imbibant les vêtements, le cou, les boucles rousses qui s’en font poisseuses… La douleur l’arrache à son rêve, tout comme le choc des sabots sur la terre où elle est allongée…
Maman… Papa… c’est vous ? vous venez me sauver ? Uriel, est-ce toi ange déchu qui t’en vas, me laissant en paix ? Elle ne reconnait pas les voix, que celle, susurrante, bien trop près d’elle, de son agresseur… Les autres, elle n’en entend qu’un brouhaha confus, ne comprend pas…

Elle voudrait crier encore, la jeune rouquine, crier que ça s’arrête, crier qu’elle est là, crier qu’elle veut vivre, et ne parvient qu’à entrouvrir ses paupières si lourdes, si blêmes de l’hémorragie. Le spectacle lui fait croire à un nouveau rêve, nouvelle échappée…
Une chevelure de feu qui l’embarque, l’entraine, elle ne reconnait rien ni personne, ne sent que ces mains sur ses épaules qui l’emmènent. Ses mirettes éberluées entrevoient une mêlée de corps, dont ne se détache pour la fillette que des mèches blondes d’un agresseur en mauvaise passe. Elle glisse toujours, loin, toujours plus loin de cette lame qui l’a mutilée, emportée par Cerridween, ne relevant les yeux que lorsqu’enfin elle est posée, quand une distance plus que raisonnable les sépare du couple qui se bat au loin.

Alors, alors seulement, la petite Alterac ouvre pleinement les yeux encore embués des larmes versées, alors elle tourne vers la chevalier son minois ensanglanté, alors seulement elle s’effondre et se jette dans les bras de la Pivoine en longs sanglots étranglés. Les pleurs ne se coupent que lorsqu’elle réalise que rien n’est fini, qu’Uriel peut se relever, peut blesser, celui qu’elle considère déjà comme son sauveur, au même titre que la Rousse.
Et de demander, tant avec les saphirs humides qu’avec les lèvres gercées par la peur…


Faut l’aider…
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Au revoir, Fab.
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