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[RP] Un retour au Pays

Insanius
[Hrp: Rp ouvert à tous... si possible respectez la chronologie des déplacements à travers le Comté des persos...]

Le Puy...


La ville se dessinait enfin devant eux. Voilà six jours qu'ils avaient quittés la Savoie.
Six jours de chevauchées, ponctués par l'apparition surprise de deux brigands au détour d'un sentier. Seul évènements à noter d'un voyage qui le ramenait chez lui.
Des semaines maintenant qu'il avait quitté le Languedoc, il n'avait eu guère de nouvelles de la situation. A son départ, Laurine était encore Comtesse, la Régence n'était pas d'actualité. Il avait apprit la situation dans une auberge Lyonnaise, de la bouche d'un marchand à la langue bien pendue... Et avait grogné; plus d'une fois...

Mais l'air des montagnes l'avait adouci... Ou était ce plutôt la compagnie de la Dame de Brison Saint Innocence?...
A cette pensée, il tourna la tête vers elle. Toujours aussi belle, les rayons de la lune lui donnaient un air fantasmagorique...
La peau laiteuse, les cheveux flamboyants, elle ne passerait pas inaperçue en Lengadoc.
Sourire aux lèvres, il reporta son attention droit devant lui. A quelques lieues devant eux la ville s'étendait, endormie...

Donnant du talon soudainement il lança son cheval au galop, tournant la tête vers sa compagne pour l'inviter à se lancer à sa poursuite. Il savait sa monture capable de suivre la sienne avec aisance, il ne se faisait aucun soucis là dessus...

Deux cavaliers lancés au galop sous la lune; deux ombres se détachant dans un paysage en bleu et noir... Un cri poussé par un démon jaillit d'on ne sait quel enfer, tonnant un "Lengadoc!" qui roula dans la campagne pour gagner la ville ponote.
Le Tressé riait, enfin il était de retour...

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Aidez des artistes.
Hildegardesaintclair
[Le Puy, nuit du huitième jour du mois de Maimactérion]

Les torches de Chapelle Saint Michel d'Aiguilhe dressées sur le piton de pierre volcanique accueillirent le couple aux portes de Lo Puèi de Velai. Leur départ de Savoie s'estait fait comme il avait esté prévu, et avec grand haste de rentrer en terres Languedociennes. Leurs montures avaient sans bronché chevauché des heures durant, malgré leur lassitude - ils n'avaient point fait escale de tout le voyage - malgré l'attaque des brigands qui les avaient malmenés.

De courtes nuits pour arriver le plus vite possible, entrecoupées de moments intimes et enivrants; des journées ou les haltes laissaient à peine le temps aux chevaux de reprendre leur souffle. Les remparts de la ville se dessinèrent devant ses yeux, à la lueur des lucioles qui arpentaient les chemins de ronde; leur voyage prenait provisoirement fin. Hildegarde se tenait aux costés d'Insanius, un peu en retrait; sa connaissance des chemins de traverse leur avait esté bien utile, ils avaient gagné quelques heures... Preuve en estait que la rouquine ne reconnaissait point les lacets qu'ils avaient empruntés.

Arrivée à sa hauteur, son compagnon tourna la teste... La lune se réfléchissait sur sa chevelure en une myriade de constellations aussi scintillantes les unes que les austres. Un tressé d'or et d'argent pour une rouquine à la chevelure cuivre. Ses yeux tentèrent de capter la nuit des siens, sans succès... Ils n'estaient qu'ombre...
Bien qu'il ne fut point visible, elle devina qu'un sourire devait ourler ses lesvres charnues. Enfin de retour chez lui...
En un instant son canasson prit son envol, et Hildegarde en un claquement de langue incita Eos à leur offrir à toutes deux un dernier galop à brides abattues avant le calme de l'étable et un sommeil réparateur pour sa maitresse... Du moins si le Tressé n'avait point idée de fester les retrouvailles avec la Poutre en un déchainement de sensualité au creux de leur couche.

Le garde qui les accueillit reconnut de suite la célébrité locale; leur autorisation de circuler fut monstrée pour dissiper tout malentendu et la belle eut l'autorisation de passer la herse. Quelques ruelles sombres et obstruées des déchets de la journées plus loin, ils abandonnèrent leur monture au 'videur' de la Poutre qui étreignit avec grande passion le tressé et salua poliment la Donà de Brison Saint Innocent.

Un bol de soupe et quelques morceaux de viande séchée plus tard, ils rejoignait la plus spacieuse des chambres de la Poutre, la belle désirant qu'on y monte un grand baquet; gloussements, soupirs et gémissements... puis ce sommeil qui les emporta sur les chemins du Lengadoc.

Elle l'abandonna au petit matin, griffonnant sa destination sur un morceau de velin, afin de se rendre au lac; on lui presta une barque contre quelques écus et elle usa de la force de ses bras pour trouver l'emplacement idéal à la capture d'un poisson... Par Gaïa que ce fut long!
Pendant ce laps de temps, entrecoupés par de petits frémissements lorsque le bouchon se mouvait, et déception quand cela ne mordait point, son esprit vagabonda. La Savoie faisait déjà partie d'un passé lointain. Le Duché sans Dolmance n'estait que platitude et querelles sans fond; Elle avait attendu un signe du destin pour trouver ou se poser, et ce fut sur l'avant-bras d'un puissant et séduisant tressé...


Edit pour fôôôôtes

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As free as I am...
--Actarius
[Lo Blumar]


Sous le poids des premières bourrasques adamantines avançait péniblement une silhouette. Le chemin jusqu'au mas isolé était sinueux, insipide par ces caprices du rude climat hivernal de la Haute Vallée du Lot. L'ombre progressait pourtant malgré son fardeau neigeux. Dans sa folie, le souffle emmenait avec lui les lointains échos de quelques hurlements de loup, apportait la terreur comme une berceuse apocalyptique dans la solitude des versants du Mont Lozère.

Enfin se dessina sous le marasme la masure égarée. Bientôt le lourd battant retentit de trois coups sonores. La silhouette était arrivée. La porte s'ouvrit. Apparut alors à la lueur vacillante de quelques chandelles un homme à la fleur de l'âge. Les traits marqués par l'expérience et une vie dont la sève commençait déjà de se tarir. Le cheveu ébouriffé, le regard de terre d'ocre brûlée, le port altier malgré la mise sobre trahissait le puissant Vicomte du Tournel dont la voix douce et grave se fit entendre.


Et bien entre Johan, ne demeure pas ainsi par ce froid hivernal.

Quelques instants s'écoulèrent, puis la conversation reprit près de l'âtre embrasé dont les crépitements livraient une sonore bataille avec les sifflements stridents du vent.

Quelles nouvelles m'apportes-tu mon ami ?

Un message, Monseigneur. Nos informateurs ponots vous font savoir que votre ami est de retour en Languedoc...

Grogne bleu ! Voilà bien la meilleure nouvelle que tu m'apportes depuis des jours.

Il n'est pas seul cependant.


Un ange passa laissant dans son sillage le rire cuivré du Mendois.

Allons bon, bougre d'âne, ne prend cet air mystérieux ! Je le savais cela.

Revenu au sérieux, le feudataire reprit.

Désolé mon brave, mais il va te falloir reprendre la route dès ce soir. Dirige-toi vers Le Puy, trouve Insanius et dis-lui qu'il est attendu au Castel du Tournel avec son amie.

...

Tu te souviens de lui, je t'en avais déjà parlé ?

Bien entendu Monseigneur et je l'ai déjà vu, je le reconnaitrais sans peine.

Soit... Garde-toi bien d'emprunter les petits sentiers, par ce temps, il sera condamné à prendre la route principale. Et si mon intuition est bonne, il pourrait bien se diriger vers Mende rapidement.

Monseigneur...


Le Vicomte se leva alors brusquement défiant du regard les flammes du foyer.

Prend la bouteille de brûlot sur la table, par ces bourrasques il n'est bien que cela pour réchauffer les coeurs et ...

...l'amour peut-être..., ajouta-t-il encore en un murmure accompagné d'un bien étrange sourire.

L'homme de confiance s'exécuta et redevint bientôt silhouette harassée sur les flancs du Mont Lozère. Le Mendois demeura quant à lui pensif, la porte des souvenances s'était ouverte alors que celle de sa retraite du Bleymard s'était refermée.
--Antoine..


- Pendant qu'yen a qui s'amusent sur les barques, yen a qui s'les pèlent sur l'rivage...

Antoine maugréait entre ses dents, et dansait de gauche à droite et de droite à gauche, les bras croisés à espérer ne pas avoir à plonger dans l'eau glaciale pour aller à la rescousse de l'inconsciente Dame de Brison Saint Innocent...

- Quoique...

Le jeune puceau de treize printemps aurait bien voulu sauver la belle, paraître un héros... Concurrencer l'gueux qu'elle avo choisi d'fréquenter, ce tressé qui donnait des ordr' et qui savo tout mieux q'tout l'monde...
Mauvaise foi évidente d'un jeune homme qui avait failli mestre la charrette dans un fossé à ne point suivre les indications que le tressé leur avait données. Il espérait d'ailleurs qu'aucun bavard ne viendrait raconter l'histoire à sa maitresse, pour éviter de s'manger un coup d'cravache bien placé.

- Par les Couil' d'saint André on s'les pèle!

L'paysage lé ptet beau, mais bordel qui fait froid. Une mignonne passa à coté d'Antoine qui bomba le torse et entama la conversation, oubliant la rouquine... mais surtout Eos... Une causerie plus tard et un baiser échangé faute de pouvoir reluquer ses chevilles... Le blondinet revint à sa position initiale, pour découvrir que la jument avait disparu... Son ventre se noua, il tournait la tête de droite à gauche espérant voir l'animal, hurla son nom, siffla, persiffla mais rien n'y fit. Un regard pour vérifier que la Dame était toute occupée, puis il emprunta un chemin forestier que la Palomino aurait pu décider de suivre. Le sourire aux lèvres, il se mit à courir sur les lacets épineux, les brindilles craquaient sous le poids de ses bottes et l'odeur des sapins emplissait ses narines. Dieu qu'céto bon!
Il déboucha sur une petite clairière... pour tomber nez à naseau avec la jument qui... Brouttait?

- Lé cor MeuMeu celle la? Tudieu!

Et oui... Eos avait cette étrange particularité de brouter telle une ruminante lorsque personne de la regardait. La belle ambrée s'apprêtait à manger une marguerite, son pêché mignon, mais à sa grande colère le 'gamin' marcha sur les délicates pétales de la fleur pour l'attraper par la bride. Fulminant de rage, elle lui envoya un coup de museau et profita par la mesme occasion pour le croquer quelque peu en guise de vengeance...

C'est un Antoine à la joue rougeoyante qui ramena la carne sur les berges du lac pour accueillir Hildegarde qui jouait de la rame pour atteindre la rive.


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Antoine, écuyer d'Hildegarde
Insanius
Il ouvrit les yeux, allongé au milieu de leur lit, bras étendus en croix. Un bâillement étira sa mâchoire et ses muscles se tendirent, arquant son corps nu a peine recouvert par les draps...
La première nuit de sommeil depuis leur départ de Savoie. Mais apparemment sa douce avait déjà fuit; il avait sentit sa chaleur quitter les draps quelques heures auparavant.
S'asseyant au bord du lit, il attrapa machinalement le vélin qu'elle avait laissé à son attention... Le lac...

Il sourit au parchemin, il en était sûr. Des semaines qu'elle ne parlait que d'aller à la pêche... Ayant croisés bien peu de lacs ils s'étaient contentés de péchés.
Ce qui n'avait pas été pour leur déplaire... Il lâcha le message qui partit se cacher sous le lit et se leva.

Le drap glissant sur lui révéla sa nudité aux quelques meubles qui encombraient la chambre. Il s'approcha doucement de la fenêtre, ses yeux s'accommodant doucement à la clarté du jour...
Dehors la rue était calme, quelques charrettes passaient ça et là, quelques badauds se promenaient. La ville avait perdu son prestige d'antan, elle n'était plus qu'une ville triste... Adieu les animations, adieu les figures locales... Un village d'ombres et de fantômes.
Un instant ses yeux se posèrent sur la statue érigée en hommage du grand Glaviot... Peu encore pouvaient se souvenir de lui...

Son poing se replia sur lui même, sa mâchoire se crispa. Dans ses yeux une flamme s'allumait. Il en avait la certitude désormais, une nouvelle vie se déroulait à ses pieds, il n'avait plus qu'à s'y jeter et la faire sienne.

En quelques gestes, il s'habilla, sautant littéralement dans ses braies, laçant une chemise sur son torse, bouclant une ceinture sur sa tunique et chaussant ses bottes... Une main passée sur son crane lui assura que ses cheveux fraichement retressés étaient en place...
Il quitta alors sa chambre, galopant dans les escaliers pour gagner la rue.. Un sourire au passage à Ray le géant un peu idiot en poste devant la porte et il se mit à sourire.


Lengadoc me voilà...


Mais avant, il fallait retrouver sa belle... Vivante et sèche de préférence...
Prenant la direction du lac, il quitta la ville tout en pensant à cette vie qui les attendait... Une nouvelle ville, de nouvelles envies... Tournel, son vieil ami... Il avait hâte d'arriver à Mende pour croiser le Vicomte, voilà maintenant des semaines qu'il avait reçu sa dernière missive et le temps s'écoulait avec lenteur...

C'est la tête pleine de ses pensées qu'il arriva au bord du lac. A quelques distances d'une barque qui ramenait sur le bord une Rouquine qui ramait à grand peine...
Un grand sourire éclaira le visage du Tressé... Sur un lac la Savoyarde ne semblait guère à son aise. Et dire qu'elle voulait rejoindre l'Angleterre... Le voyage s'annonçait amusant.

Longeant la rive jusqu'au banc de sable où sa belle allait s'échouer il ne la quitta pas des yeux. Il connaissait son aptitude à trébucher en terres Languedociennes, il espérait la voir se baigner dans le limon...
Mais Hildegarde s'en tira finalement bien... Et il arriva auprès d'elle au moment où son page lui tendait la main pour l'aider à descendre de sa barque.

Il tendit alors la sienne, faisant concurrence au jeune Antoine qu'il gratifia au passage d'un sourire...


Donà? La pêche à été bonne?
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Hildegardesaintclair
Bredouille... La journée n'avait point estée très fructueuse... Elle fut pourtant patiente, usant de lectures diverses et variées pour passer le temps, oubliant souvent de vérifier si cela mordait ou point...
Emmitouflée dans une épaisse couverture, la bourgeoise regardait une barrière de nuages avancer vers Le Puy... Un vieux pescheur, accoutumé à la chose, lui conseilla de vite rentrer au cas ou 'yaurait l'grain'. Il avait mesme eu pitié de la rouquine en voyant son panier vide, et lui avait fait don de deux magnifiques brochets, pour elle et l'tressé. A croire que la ville entière estait déjà au courant de leur arrivée... Elle le gratifia d'un magnifique sourire, et en un froslement de main intentionnel prit possession des deux poissons. Ne restait plus qu'à embobiner son aimé et lui faire croire qu'elle estait une prodigieuse pécheuse, à la mesure de son don de pescheresse.

Elle tentait tant bien que mal de ramener la barque à bon port, bandant les muscles de ses bras pour faire tournoyer les rames dans l'eau; Elle pesta contre l'idée saugrenue de ne pas avoir embarqué Antoine afin qu'il la mène ou elle le désirait. Le point de vue estait des plus magnifique... Sapins et vallons à perte de vue, ceste chapelle qui attirait le regard ou que l'on soit, et l'église dont elle avait déjà perdu le nom mais qu'elle s'estait jurée de visiter lorsqu'ils reviendraient. Plusieurs pescheurs avaient déjà sorti leur fresle embarcation de l'eau, et exhibaient fièrement leurs prises; à ce qui lui semblait apercevoir ils comparaient la taille des animaux... Ces masles, à toujours savoir qui avait la plus grosse... Un petit soupir s'échappa de ses lesvres, elle tourna la teste de l'austre costé pour voir si Antoine estait près de la rive... Personne... S'estait-il encore eschappé afin d'aller boire une ou deux bières en taverne et passer la main sous les jupes d'une serveuse? Ses yeux se fermèrent un instant... Pourvu qu'il n'ait pas l'idée de faire l'imbécile à La Poutre... 'Ray' risquerait de lui faire passer le plus mauvais quart d'heure de son existence.

Quelques coups de rame plus avant, elle sourit, voyant le jeune homme revenir sur les berges avec Eos. Ils estaient juste allés se promener un peu... Quelle idiote elle faisait à s'imaginer le pire... Elle enfonça sa rame afin d'évaluer la profondeur de l'endroit ou elle se trouvait... Encore quelques mètres et il lui faudrait descendre afin de tirer la barque et l'amener à bon port... Ce qu'elle n'eut point à faire car un séduisant Ponot la poussa assez fortement pour ne point avoir à se mouiller les petons... Le regard de l'hosme se figea, la belle tourna la teste et dériva jusqu'à ce que l'embarcation s'immobilise, piégée par le limon. Un habile retourné de bouclettes pour remercier son 'pousseur', mais il estait déjà parti s'occuper d'une austre personne. Elle revint donc à mirer le jeune Antoine, qui lui tendait la main, quand la stature d'un colosse vint se poser à costé du jouvenceau, et une main puissante lui proposer assistance.

La Donà n'estait point d'humeur à se chamailler; elle eut toutes les peines du monde à se retenir de jeter les brochets dans les mains du tressé et revenir sur la terre ferme à l'aide d'Antoine. Le céruléen de son iris vint à la rencontre de ses saphirs, et en un geste gracile et désespérément périlleux elle se leva, abandonnant la couverture et glissa sa main dans celle de son aimé. Elle sauta dans la minuscule épaisseur d'eau qui restait et éclaboussa les bottes de ses deux masles en gloussant, puis vint se poser tout contre le torse d'Insanius...

La pesche la plus miraculeuse de toute mon existence... Deux magnifiques brochets mon ange, que nous pourrons déguster sur la route... si d'aventure il nous prenait de vouloir faire une petite halte pour reposer nos montures et nous délivrer de certaines courbatures qui sont miennes depuis notre hastive chevauchée vers le Lengadoc.

Hildegarde pivota pour coller son dos tout contre le sien et de sa main libre lui montra les deux poissons qu'un Antoine un tantinet vexé sortait de la barque. Le vieil homme passa près d'eux et fit un clin d'oeil à la rouquine, qu'elle lui rendit en espérant que le tressé n'eut rien remarqué. La chaleur du torse d'Insanius irradiait sur son dos et en un ronronnement de chatte elle se délecta de ceste confortable position. En un pivotement de visage ses lesvres vinrent à la rencontre de l'arête de sa mâchoire et elle continua son babillage, comme à l'habitude...

L'heure de quitter Le Puy n'est-il point?

Elle fit quelques pas de costé afin de se tenir à sa gauche, son bras venant s'enrouler à la taille du Tressé; ils reprirent tous deux le chemin de la taverne en empruntant un dédale de ruelles pour lui faire découvrir les beautés du village. Antoine suivait, les deux brochets tendus de chaque coté du fil de pesche qu'il tenait de la senestre tandis que la dextre tentait de faire marcher au pas la Palomino qui ne resvait que de fougueuses chevauchées.

Après un moment tendre et sensuel au creux de leur couche, à parcourir les monts et vallées que formaient les courbes de leurs corps, la belle et le tressé se glissèrent dans leurs sempiternelles braies de gueules; elle enroula son col neige avec délicatesse autour de son cou et empoigna son paquetage afin de se rendre en charmante compagnie aux écuries. Direction Mende et une visite à l'un de ses amis, qu'elle avait succinctement croisé au Bleson quelques semaines auparavant.

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As free as I am...
Insanius
L'heure de seller les chevaux...
Ils avaient passés de belles heures ici, profitant de la ville calme, de la literie de la Poutre et des rives du lac...
Mais tandis qu'il harnachait les montures, son esprit se voila. Ce n'était pas la dernière fois qu'il quitterait cette ville, mais cette fois là était sûrement la plus marquante.
Il venait de céder la Poutre à Eithne... Il ne lui restait plus qu'un champ en vente et il ne reviendrait plus ici en tant que ponot.
Cette vie était maintenant derrière lui.

Hildegarde l'avait rejoint. La Lune les éclairait et alors que les sons de leurs pas se mêlaient à l'écho des sabots des deux chevaux son esprit lui échappa...

Des visages se bousculaient, des noms se murmuraient... Amis ou connaissances, morts ou vivants... La longue procession des vieux Ponots dansaient devant lui au long des rues...

Le cortège le précédait.

Béni le pitre en tête... Entrainant sa Lady dans la danse...
Venaient derrière Jeïna et son Thworn... Ladyday brodait et Tess rimait...
Bouzi fouettait pendant que Nuit beuglait...
Ben, oui même Ben était là, paradait autour de nombreuses femmes, Catherinette, Aeris et bien d'autres...
Pachi buvait pendant que Grandpas culbutait...
Valph, Jess et Aellia trinquaient... Patz, Arthos, Kam, Shan, Lenaelle et Elloras souriaient...
Céline chialait et Guns soupirait...
Sir Hugo péchait et Wells dormait...
Jenifael charmait pendant que Kidso rêvait... Mordric complotait...
Liiz pondait, Julien buvait...
Tant de visages, tant d'amis, tant d'autres dont les noms s'effaçaient...
Son Alex lui souriait... Cette Alexia partit bien trop tôt...
Et elle aussi était là... Sa blonde... Cloitrée au fond d'un couvent... Amour perdu qu'il regrettera à jamais... Elle qui lui manquait tant... Encore maintenant... Lyia...

Mais à mesure que ses pas le menait vers les portes de sa ville, les visages se firent plus intenses... Plus jeunes... Laurine, Valendra et Eithne... Trois drôles de dames...

Un soupire s'échappa de ses lèvres et une larme roula sur sa joue... Il eut l'impression de voir une vie mourir sous ses yeux... Sa vie ponote, entamée parce qu'un soir d'aout il y a des années, il avait traité une furie d'écervelée...

D'instinct sa main chercha celle de la belle Hildegarde, il emmêla ses doigts aux siens et les pressa doucement. Il avait choisit une vie auprès d'elle...
Un fin sourire orna ses lèvres et ils passèrent les portes de la ville... Devant eux à quelques nœuds se trouvait Mende... Le début de leur nouvelle vie...


Adieu vous tous...

Il mit le pied à l'étrier et se hissa sur sa selle, le vent soufflait, la nuit serait dure, mais rien ne l'arrêterait, Tournel devait l'attendre...
Son regard se porta sur son amour et quand il fut sûr qu'elle était prête il mena leurs montures sur la route, au trot...

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--Actarius
[En quête du tressé]


Au dehors, le vent accompagnait les chutes adamantines. Il venait frapper en bourrasques folles la lourde porte d'un mas isolé, qui semblait presque perdu sur le chemin déjà blanchi du sommet de Finiels. Dans cette retraite égaré sur les flancs de l'impressionnant Mont Lozère, les flammes de quelques chandelles frétillaient comme bercées par un souffle automnal par trop insidieux. Ce n'était pourtant point la bise qui dirigeait ce ballet lumineux, mais la sereine respiration d'un homme. A l'horizon de la lueur chancellante des petites danseuses ardentes, s'érigeait tel un rempart au flot de la faible lumière le visage. Sous la dureté des traits, le regard de terre brûlée demeurait étrangement fixe.

Les souvenances étaient venues avec l'ombre du soir dans la solitude de ce refuge, elles étaient venues peu après que la porte s'était refermée sur Johan. Elles avaient cheminé des jours durant par delà un quotidien fait d'études et de rédaction de missives plus ou moins agréables. Dans un instant de relâchement, de faiblesse, elles avaient surgi avec une violence terrible. Soudaines et puissantes, elles avaient jeté comme un voile intemporel sur une scène désormais figée.

Le temps s'était arrêté. Une vie s'était tue l'espace d'un détour bien involontaire dans un passé lointain, ce passé qu'il avait délaissé pour un présent chronophage, ce passé qui l'avait rattrapé malgré tout. Un temps ancien peuplé de fantômes.

Ainsi donc errait le Vicomte du Tournel parmi ses amis disparus ou partis au loin. Il avait quitté son errance et son refuge le lendemain tandis qu'un cavalier traversait au galop le paysage chaotique de la granitique Margeride. Il avait prit la direction de Langogne, se doutant bien que cette voie serait préférée au détour du nord qui passait par Grandrieu.

Les caprices du ciel se poursuivaient contraignant le messager d'Euphor à la plus grande vigilance. Il savait l'importance de sa mission, connaissait les colères tempêtueuses de son Seigneur. Aussi, avait-il ralenti l'allure. Il se trouvait sur la route qui longeait la Ribeyre lorsqu'il aperçut deux silhouettes bien cavalières.

Il s'arrêta alors espérant que la luminosité lui dévoilerait l'objet de son périple. Quelle ne fut pas sa joie en apercevant les tresses de l'imposant Insanius. Immobile sur sa monture, il attendit que le tressé d'Asylum et son ami fissent halte pour prendre la parole.


Mestre Insanius, Dame Hildegarde, bonjorn ! Le Vicomte du Tournel vous fait savoir que vous êtes conviés et attendus en son Castel.
Hildegardesaintclair
Sa main gantée s'estait posée sur son espaule, elle estait enfin preste. Il s'estait occupée de sa jument, nul doute qu'Antoine dut estre une fois encore vexé par l'initiative du Tressé. Il apprendrait, avec le temps, que sa charge icelieu serait différente de sa vie savoyarde à Brison Saint Innocent.

Un doux baiser sur sa pommette gauche pour une fois encore gouster à l'odeur de sa peau, un sourire échangé... Et l'envie folle de lui tirer les poils de la barbiche pour le faire grogner...
Ils arpentaient les rues de la ville, dans un silence singulier qui ne leur correspondait guère. Hildegarde avait lu sur le visage du Ponot toute la gravité de l'instant... Elle suivit l'angle de son regard, qui se perdait dans l'obscure alcosve d'une maison... Il aurait pu tout aussi bien mirer une silhouette, un tonneau ou une ribaude qu'aucune étincelle n'aurait brillé dans le sombre de son iris. Regrettait-il son choix? L'abandon de la Poutre, le déménagement... Et ceste amertume qu'elle avait décelé dans sa réponse à Millshakeur... La nostalgie des jours anciens...

Un frisson lui parcourut l'échine... Elle resserra l'étreinte de son col et ferma les boutons de son mantel spécialement confectionné pour les voyages à cheval. Doublé de bouclettes de laine de mouton, il était largement fendu à l'arrière afin de permettre de se hisser en toute liberté sur la jument. Des boucles cuivrées s'eschappaient du chapeau dont elle s'estait parée... Le vent emportait dans son sillage les feuilles des caducs sous forme d'arabesques qui parfois se transformaient en minuscules tornades... le froid lui mordait le visage... Dire qu'elle croyait que le soleil brillait chaque jour en Lengadoc... Comme elle s'estait trompée!

Sa main vint à la rencontre de la sienne et elle leva les yeux en direction du tressé... Une larme avait coulé... Ses lesvres restèrent scellées, la tempeste qui faisait rage dans le coeur de l'homme dont elle estait tombée follement amoureuse se devait de ne point estre alimentée par une parole maladroite que la Donà pourrait prononcer. Passé les remparts de la ville, la belle imita son compagnon et se tint preste au départ...

Ils longèrent la Loire à distance et traversèrent les hameaux de Cussac et Soulignac, puis accélérèrent l'allure de leurs montures pour faire halte à Langogne, 7(1) longues lieues plus loin. Au chaud dans ses vestements d'hiver, Hildegarde avait baissé le voile de son chapeau afin de décroitre les effets néfastes du vent sur sa peau fine et nacrée, bien qu'elle sache qu'elle arriverait à destination les joues écarlates et transies de froid.
Une courte halte en taverne à se réchauffer au coin du feu, un gobelet de vin chaud à la main, puis ils reprirent le chemin vers Mende... Les éléments se deschainaient, les cavaliers tout comme les montures avaient teste baissée pour se protéger du courroux d'Eole.

Eos hennit... La belle leva le visage pour distinguer une ombre à la croisée des chemins. Un geste de la main vers Insanius pour le prévenir, bien qu'il l'eût peut-estre déjà vu... puis un regard à sa gauche, espérant deviner l'ombre de brigands derrière les arbres qui longeaient le chemin. Sa main glissa vers sa taille afin de prendre en main le pommeau de son espée... S'ils estaient plusieurs il serait difficile de résister, mais elle espérait bien leur infliger quelques coups bien placés avant d'estre immobilisée... S'ils estaient novices, la mort les attendraient. La Dame de Brison Saint Innocent n'avait aucune pitié pour les bandits de grand chemin... Les battements de son coeur s'accélèrent brutalement, sa respiration devint plus courte, elle estait à l'affut du moindre petit bruit qu'elle aurait pu ouïr au travers du sifflement de la tramontane.
Arrivés devant la silhouette, une voix masculine se fit entendre...

Mestre Insanius, Dame Hildegarde, bonjorn ! Le Vicomte du Tournel vous fait savoir que vous êtes conviés et attendus en son Castel.

Un soupir de soulagement accompagna le mouvement d'épaules, dont toute tension disparut en un instant. La main gantée desserra son étreinte sur le pommeau, un sourire ourla les lesvres de la Veuve Saintclair alors qu'elle relaschait la longe de la Palomino. Elle se surprit mesme à rire nerveusement... afin que s'envole la peur qui l'avait prise à l'idée de se faire à nouveau rudoyer...

Bonjorn Messer... Sachez que vous venez de me causer un grand émoi... J'ai bien cru que nous allions à nouveau rencontrer quelque coupe-jarret qui en aurait voulu à nos aumonières...

Elle releva le voile qui dissimulait l'opale de son visage et sourit au messager, puis son regard vint rejoindre celui de son compagnon.


(1) Environ 29 Kilomètres.
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As free as I am...
Insanius
La Palomino s'agitait alors que sa pauvre monture ne frémit même pas des naseaux. Un cavalier attendait devant eux et il y avait fort à parier qu'ils étaient les raison de son attente...
Ami ou ennemi il ne leur restaient plus qu'à le découvrir...
Un regard à Hildegarde et il sourit.
La belle Savoyarde semblait nerveuse. Leur dernière rencontre avec des brigands les avaient laissé dépouillés, la tête endolorie par un coup de matraque et hargneux...
Il ne donnait pas cher de leurs peaux si Hildegarde réussissait à mettre la main sur eux.

Son regard revint vers la silhouette se découpant devant eux. La position de l'homme laissait deviner un homme épuisé, tendu... Si un tel malandrin tentait de s'attaquer à eux il risquait vite de déchanter.
Le Tressé se détendit, ils n'avaient rien à craindre.
Ce qui fût vite confirmé... La voix de l'homme couvrit quelques instants le vent, assez pour faire sourire le Tressé...


Bonjorn Messer... Sachez que vous venez de me causer un grand émoi... J'ai bien cru que nous allions à nouveau rencontrer quelque coupe-jarret qui en aurait voulu à nos aumonières...


Hildegarde fût plus prompt que lui à répondre... Et son soulagement apparut alors au grand jour. Elle avait eu plus peur qu'il ne l'aurait cru...

Prenant un air fâché, l'ancien Ponot posa les yeux sur leur nouveau guide.


Place encore une fois le mot "Mestre" devant mon nom et tu n'auras pas la chance de retourner au Castel entier... Je ne suis pas plus riche, pas plus élevé que toi l'ami...

Un sourire passa rapidement sur les lèvres d'Insanius qui plongea la main dans la besace flanquant son canasson. Quand elle réapparut aux yeux de l'homme du Vicomte, elle étreignait une bouteille de liqueur de Castanah...

Bois en et donne moi ton nom... Tu as l'air frigorifié... Ça te fouettera le sang... Ensuite nous te suivrons.

D'un geste du corps il fit avancer son cheval, assez près de l'homme pour lui tendre la bouteille.

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Aidez des artistes.
--Actarius
Le messager de la maison d'Euphor resta un moment interdit, il venait de commettre deux impairs en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Soucieux de ne pas porter ombrage au nom de son Seigneur, il tenta tant bien que mal d'effacer cette fâcheuse approche. A la dame, il adressa un sourire confus et s'efforça de mettre à profit les enseignements du Vicomte en matière d'étiquette, de choix des mots et de tons.

Veuillez pardonner mes manières, je m'appelle Johan messager du Vicomte. Je suis bien désolé de vous avoir causé pareille peur. Si vous le permettez, je me mettrai à votre service le temps de votre séjour en Gévaudan afin de réparer mon tort.

Ceci dit, il se retourna vers l'impressionnant Ponot, prenant le temps de bien peser ce qui allait sortir de sa bouche.

Sans vouloir vous offenser Insanius, sachez que les consignes du Vicomte sont claires. Il faut traiter les membres de sa famille avec le même égard que lui-même. Mais s'il vous plaît que je retire ce "Mestre", je le ferai.

Il tendit alors la main et se saisit de la bouteille dont il se fit un plaisir de déguster le contenu avant de la rendre à son propriétaire.

Merci bien ! Elle est excellente, tout aussi bonne que celle de Saint-André que les marchands du Vivarais vendent à Montfort.

Il afficha un large sourire et proposa de reprendre la route en direction de Montfort précisément par l'historique tracé de la voie Regordane. De Montfort, ils partiraient vers l'occident par Castanet, Altier pour rejoindre la Haute Vallée du Lot. En suivant le cours du paisible Lot, ils déboucheraient immanquablement sur l'éperon rocheux sur lequel était juché l'imprenable Castel du Tournel.

Tandis que le petit groupe se préparait à reprendre la route, un cavalier solitaire pénétrait justement dans l'enceinte de la forteresse tourneloise.
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