Afficher le menu
Information and comments (0)
<<   1, 2   >   >>

Info:
Unfortunately no additional information has been added for this RP.

[RP] Du sang, peut naître de l'encre

Faebur
Prière de me contacter avant d'intervenir, merci à tous et bonne lecture


Qui saura un jour écrire la douleur que l'on peut ressentir lorsque le fer transperce la chair, qu'il déchire muscles, tissus, tendons, et fait jaillir le sang des plaies ainsi ouvertes ? Et ensuite, le néant, plus de douleur, ou peut-être trop de douleur, l'esprit s'évade, quitte le corps meurtri, ensanglanté, qui gît sur le bord du chemin, se raccrochant au moindre souvenir heureux, à la plus infime sensation agréable qu'il ait pu connaître, dans le simple but de s'amarrer à la vie, de refuser de rejoindre le Très-Haut de suite. Il reste tant à faire...

Faebur ne se rappelait pas distinctement ce qu'il s'était passé, les événements étaient particulièrement flous dans sa mémoire. La défense de la ville, puis la sortie de la ville, et brusquement, l'attaque d'une armée béarnaise, sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi. Et il en était sorti, malgré la maigreur de ses bras, et la fatigue qui envahissait son corps, engourdissant ses muscles. Il lui semblait même avoir blessé quelqu'un dans la mêlée, le frappant aussi fort qu'il pouvait du tranchant de son épée, qui lui avait coûté la majeure partie de ses maigres économies.

Mais le lendemain, Aristote n'avait semble-t-il pas voulu qu'il connaisse la même réussite, la même chance, et sans comprendre vraiment ce qu'il se passait, les lames béarnaises avaient cherché à lui ôter la vie. Par trois fois avait-il pu compter, des tréfonds de la douleur dans laquelle il était désormais plongé. Perdu en pleine campagne, au bord d'un chemin peu fréquenté, en pleine nuit, grièvement blessé, que pouvait-il faire ? Rien, à part ramper, essayer d'oublier la douleur, de composer avec, de s'en nourrir pour trouver la force d'avancer encore, mètre après mètre. Non, le fer ne pouvait venir à bout des idées, et il le prouverait, en survivant.

Au petit matin de cette nuit qui lui avait paru une éternité, il atteignit enfin les abords de la capitale béarnaise, Pau, se réfugiant dans la première grange venue, heureusement désertée depuis moult temps par ses propriétaires, et désormais uniquement habité par araignées, lombric et autres joyeux compagnons du même genre. Le blessé s'affala contre le mur en bois, et observa ses blessures qui rougissaient sa chemise et ses braies. Il avait bien essayé de se faire un garrot, enfin plusieurs même, mais cela n'était visiblement pas suffisant, et le sang qu'il avait perdu l'affaiblissait grandement.

Il lui fallait de l'aide, oui, mais qui ? Il ne connaissait personne ou presque à Pau, et qui accepterait d'aider un homme que l'armée béarnaise venait de laisser pour mort ? Trop affaibli pour réfléchir davantage, Faebur se traîna comme il put jusqu'à un tas de paille et s'endormit, la fatigue prenant le pas sur la douleur, d'un sommeil profond, sans rêves. Rien qu'un sommeil réparateur, peut-être...

_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Faebur
Vivre ou mourir, douleur ou apaisement, tout se mélange la nuit, lorsqu'on est plongé dans un profond sommeil, protégé par les bras de Morphée. Mais quand les paupières s'entrouvrent, que l'esprit revient progressivement à la réalité, tout retombe d'un coup, et la douleur, surtout la douleur, se fait plus présente, comme pour signifier que la nuit n'était qu'un court moment de répit et que désormais elle reprenait ses droits. Et cette douleur-ci ne dérogea pas à la règle, lancinante, comme si des poignards chauffés à blanc s'enfonçaient lentement dans le corps de celui qu'elle prenait plaisir à tourmenter.

Pour tout réveil, Faebur ne put émettre qu'un grognement mêlant douleur et exaspération, fatigué de sa propre faiblesse qui l'empêchait de se relever et de poursuivre son but, un but plus important que les souffrances auxquelles il pouvait être en proie. Le gosier sec, n'ayant pas bu depuis presque une journée entière, il se traîna hors de son pauvre refuge, retenant des gémissements de douleur lorsqu'une pierre venait frotter sur une ses plaies encore ouvertes, et trouvant un mince filet d'eau serpentant non loin, il y plongea la tête, buvant goulument une gorgée d'eau boueuse qu'il aurait eu peine à avaler en temps normal.

Le précieux liquide sembla lui redonner quelques maigres forces et il se retourna sur le dos, restant allongé quelques instants, bras et jambes écartés, admirant le ciel béarnais, d'un bleu pur, avec une légère teinte orangée à l'horizon dû à l'aurore qui n'était pas encore tout à fait terminé. Légèrement réconforté par cette vision, il se releva tant bien que mal. Au bout de quelques minutes de douloureux efforts, il se tint debout, les jambes tremblantes, sa plaie à la cuisse ne lui facilitant pas la tâche. Le souffle un peu court, Faebur regarda non loin les remparts palois et songea avec nostalgie aux tavernes, qu'il n'avait pu fréquenter que peu. Les tavernes...

Pris d'une inspiration subite, le jeune homme se dépêcha de retourner à l'intérieur de la grange, même si se dépêcher est un bien grand mot vu l'état dans lequel il se trouvait. Il s'affala près de quelques affaires qu'il avait encore avec lui et qu'il n'avait pas perdues en route et trouva ce qu'il cherchait : un bout de parchemin et une plume. Heureusement qu'il avait appris à lire quand il habitait encore Angoulême. Cherchant à s'appliquer autant que possible, il commença à rédiger une courte missive.




Bonjour damoiselle,

Je ne sais si vous vous souvenez de moi, nous nous sommes croisés il y a de cela quelques semaines, dans une taverne paloise. Vous deviez poursuivre votre voyage, et moi m'occuper de la défense de la ville.
J'ose espérer que votre route fut agréable et que tout se passe comme vous le souhaitiez. Pour ma part, ce ne fut point le cas. Dans des circonstances qui sont trop longues pour que je puisse vous les relater convenablement par missive, je me suis retrouvé blessé, avec trois coups d'épée dans le corps.
J'ai recouvré quelques forces, et espère m'en sortir, mais les plaies ont beaucoup de mal à cicatriser, et mon savoir médical avoisine le néant. Vous qui êtes bohémienne, vous connaissez sûrement les vertus curatives des plantes. Aussi, j'ai la hardiesse de vous demander, si votre emploi du temps vous le permet, si vous pouviez venir jusqu'à Pau où je suis alité afin de me soigner véritablement, si le Très-Haut le souhaite.

J'espère que vous pourrez accéder à ma demande et, quelle que soit votre réponse, je prierai pour qu'Aristote éclaire votre route et vous guide à travers les méandres obscures de la vie.

Que le Très-Haut vous protège,

Faebur


Par chance, un pigeon messager se trouvait à proximité de Faebur (allez savoir pourquoi ou comment...), et il le regarda s'envoler, porteur d'un de ses seuls espoirs. Après avoir resserré ses garrots, l'angoumoisin presque néo-palois sombra dans une somnolence agitée, ponctuée de réveils en sursauts, de cauchemars affreux où il voyait les ennemis de la Vraie Foy triompher, et de moments de faiblesse intense. Il ne sut combien de temps il resta dans cet état, mais il fut tiré de sa torpeur par le roucoulement d'un pigeon qu'il regarda, après avoir compris de quoi il s'agissait, comme s'il avait en face de lui l'animal le plus merveilleux du monde. Avec mille précautions, il se saisit du petit morceau de parchemin et lut ce qui y était écrit.




Messire,

Votre courrier m'a surprise et touchée. Oui je me souviens très bien de vous, et de ces quelques échanges forts agréables dans cette taverne. Vous me voyez navrée de vous savoir ainsi blessé. Votre courrier et le souvenir que j'ai gardé de vous sont tels que j'accède volontiers à votre demande, espérant que mes maigres savoirs puissent vous être bénéfiques.

Je prends donc la route dès que possible pour quitter Saint Bertrand, le temps pour moi d'obtenir un laissez-passer pour les terres du Béarn et de prévenir mon compagnon de mon absence.

Espérant que ce pigeon vous trouve tout de même sur la voie de la guérison, je vous dis à très bientôt.


Cachant la signature de sa main, comme s'il craignait qu'Aristote et Christos ne l'espionnent depuis leur nuage, il la relut plusieurs fois, un léger sourire apparaissant sur son visage émacié. Oubliant la faim, la soif, la fatigue et la douleur physique, il reprit sa plume afin de lui répondre. On ne faisait pas attendre une demoiselle, question de galanterie, ou même de simple politesse. S'appliquant afin de bien former ses lettres et d'éviter, autant que possible, de grossières erreurs de syntaxe, il entreprit d'écrire une deuxième missive donc.




Gente demoiselle,

Je ne sais si mon corps récupère ou, plus probablement, si la douceur de votre missive m'a fait quelque effet, mais je commence à me sentir mieux en lisant les lignes que vous avez pris le temps d'écrire.

Je ne vous remercierai jamais assez de prendre sur vous pour venir secourir un pauvre hère que vous avez à peine croisé en taverne. J'avoue que je pensais sincèrement que vous ne vous souviendriez plus de moi. Ce qui est loin d'être mon cas à votre égard...

Puissiez vous faire bonne route, je prierai Aristote de vous épargner les mauvaises rencontres, et peut-être aurai-je même l'audace de lui demander de raccourcir le temps qu'il va me falloir vous attendre.

Que le Très Haut veille sur vous et illumine votre vie,

Faebur


Complètement épuisé désormais, Faebur n'eut même pas la force de tourner la tête pour regarder le pigeon s'envoler une nouvelle fois et resta prostré, le dos appuyé contre le mur branlant de la grange qui lui offrait si généreusement un abri pour le protéger quelque peu des intempéries éventuelles et surtout du froid mordant de la nuit. Plus qu'à attendre, et prier...
_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Kalliope
Retour à Pau, avec pour une fois un objectif, ou du moins une bonne raison pour y être. Un passage en taverne voilà quelques temps, un emménagement, son premier, à Saint Bertrand, étrange sensation d’ailleurs que celle de poser « enfin » ses bagages. Une vie à deux qui se met peu à peu en place, et soudain, une fois de plus, l’imprévisible survient, accroché à la patte d’un volatile.

Une première lecture qui la laisse interrogative, une deuxième qui la renvoie dans un passé encore récent… elle l’a croisé en taverne, lors de son retour de Bayonne avec son tendre. Ils avaient engagé la conversation et avaient passé un agréable moment, entourés de sympathiques personnes. Puis elle était repartie, rejoindre son tendre sur la route, direction sa future maison.

Bien sûr qu’elle se souvenait de lui, et bien que ses connaissances en médecine ne soient pas sensationnelles, elle sait ce que c’est de se retrouver seul sur les routes, et lui est blessé en plus. Elle ne prend pas le temps d’y réfléchir plus que ça, et lui répond aussitôt qu’elle arrive.

Elle part seule, mais son compagnon s’inquiète, et la rejoint pour l’escorter jusqu’à Tarbes. Alors qu’il retourne l’attendre à Saint Bertrand, elle se dirige vers Pau, sans savoir combien de temps durera son absence. Elle en franchit enfin les portes, fatiguée, inquiète d’avoir pris la bonne décision ou pas, ne sachant même pas où le chercher.

En effet, elle avait oublié ce léger détail, le rejoindre oui, mais où se trouvait-il ? Ne s’imaginant pas taper aux portes de toutes les chaumières de la ville, elle se dirigea vers l’hôtel, d’où elle lui envoya de nouveau un messager à plumes, avant de s’allonger prendre un peu de repos. Repos qui lui sembla de courte durée, interrompu par le bruissement des ailes du pigeon qui revenait vers elle. Elle déplia le morceau de parchemin qu’il transportait. L’écriture semblait moins assurée que dans les précédents courriers, l’homme devait être affaibli, il ne savait pas où il se trouvait exactement, mais il lui parlait d’une grange abandonnée aux abords de la ville.

Repartant aussitôt à sa recherche, elle ressortit de la ville, décidée à le retrouver rapidement. Les rayons du soleil matinal filtraient au travers des branches des arbres du sous-bois qu’elle traversait, donnant une impression surréaliste des lieux. Elle parcourait le chemin caillouteux, les yeux scrutant de toutes parts, à la recherche d’une quelconque bâtisse abandonnée.

Elle avait déjà parcouru plusieurs lieues, visité un certain nombre de bâtiments, n’y trouvant comme occupants que quelques araignées tissant leurs toiles, et quelques rongeurs apeurés. Le soleil amorçait sa descente dans un ciel rougeoyant quand elle décida d’un dernier détour avant de regagner la ville. Le corps et l’esprit las, elle trébucha manquant finir étalée par terre. Baissant les yeux à la recherche de l’obstacle incriminé, elle fronça les sourcils à la vue de tâches sombres au sol, qui semblaient être du sang. Regardant dans la direction d’où elles semblaient provenir, elle aperçut une grange délabrée, masquée derrière un rideau de lierre.

Elle pousse un soupir, espérant avoir enfin atteint son but, et s’approche de la bâtisse, accélérant le pas, envahie par un sentiment d’inquiétude mêlé de curiosité. Elle pose la main sur la porte en bois, l’ouvre dans un grincement, laissant pénétrer un rai de lumière orangée dans l’espace sombre qui s’offre à ses yeux. Elle pénètre à l’intérieur, clignant des yeux pour les habituer à l’obscurité ambiante. Il lui semble apercevoir une forme au sol. Le silence qui règne est oppressant, et elle recule vers la porte pour en ouvrir le battant en grand. Elle le voit enfin… il est là, inerte, le dos appuyé contre le mur, le visage exsangue. Elle s’approche, s’agenouille à ses côtés, et lui prend doucement la main, essayant de le réveiller :


Messire Faebur ? Je suis là… réveillez-vous… C’est moi, Kalliopé, je vous ai enfin retrouvé…

_________________
Faebur
Faisait-il jour ou bien la nuit était-elle tombée ? A priori, la deuxième option semblait être la bonne puisque tout était sombre. A moins que... Au prix d'un effort presque surhumain, en tout cas dans son état, Faebur se força à ouvrir les yeux, ce qui n'amena guère de changement au premier abord, il était trop fatigué pour distinguer correctement ce qui l'entourait. A force de persévérer, il finit par apercevoir la faible lueur du soleil couchant. Peut-être devrait-il se traîner à l'extérieur pour se réchauffer sous les rayons de l'astre solaire, mais le blessé craignait la vive morsure du vent du soir. Abandonnant l'idée, il se contenta de rester dans sa position, se demandant vaguement comment il allait faire pour se sortir de cette situation avant d'être complètement vidé de son sang. La demoiselle à qui il avait écrit n'avait sans doute pas reçu la missive où il lui indiquait où il se trouvait, ou alors elle s'était perdue en chemin et avait été agressée, molestée, violée... Si jamais par sa faute il lui était arrivé malheur, il ne se le pardonnerait point.

Un nuage passa, obscurcissant légèrement l'intérieur de la grange. Un nuage qui s'agrandit, progressivement, sans doute annonciateur de pluie. Cette idée fit sourire intérieurement Faebur, comment pouvait-il penser à la météo dans un état pareil ? Nuage, toujours... Nuage qui fait crisser la paille sous ses pieds... Hein ? Il fallut quelques secondes au jeune homme pour comprendre que quelqu'un venait d'entrer dans la grange et s'approchait de lui. Il aurait aimé se cacher, quelque part, n'importe où, sous la paille, mais il était sûrement trop tard, et il n'en avait de toute façon pas la force. Sûrement quelqu'un qui venait pour l'achever, pour terminer consciencieusement ce qui avait été commencé non loin de Tarbes, peut-être toute une armée qui était venue pour que chaque soldat puisse enfoncer sa lame dans son corps déjà meurtri.

Proche du délire, il en fut brutalement tiré en entendant une voix féminine s'adresser à lui. Une armée de femmes ? Non, c'était stupide.


Messire Faebur ? Je suis là… réveillez-vous…

Se réveiller ? Pour mieux l'envoyer rejoindre Aristote, Christos et Averroes ensuite sûrement. Alors non, pas question. Puérilement, Faebur garda les yeux clos, obstiné. Peut-être qu'on le croirait mort, vu les blessures qu'il avait reçues, ce n'était pas complètement improbable, et donc on le laisserait tranquille, attendant que les chiens errants viennent dévorer son cadavre. La suite de la phrase l'empêcha de poursuivre plus avant ses réflexions aussi vaines qu'inutiles.

C’est moi, Kalliopé, je vous ai enfin retrouvé…

Kalliopé... Kalliopé ? La Kalliopé à qui il avait écrit ? Cette information bouleversa totalement son ressenti et il ouvrit lentement les yeux, très lentement pour découvrir la jeune femme, qu'il avait croisée à Pau il y a quelques temps déjà, penchée au dessus de lui, et qui lui tenait la main en le regardant d'un air inquiet. Elle était exactement comme dans le souvenir qu'il avait d'elle, aussi... Non... Ce genre de pensées, il valait mieux éviter de le laisser se développer, qui vivra verra comme on dit. Et son seul souci pour l'instant était justement de réussir à vivre.

Son visage émacié s'orna d'une ébauche de sourire, sourire fatigué mais sourire quand même, autant parce qu'il était content de la voir que pour essayer de la rassurer sur son état, même s'il se doutait qu'il avait peu de chances de la berner à ce sujet. Il voulut se relever pour la saluer comme il se doit mais, trahi par ses forces, se contenta d'incliner la tête et articula difficilement.


Merci...
_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Kalliope
La main qu’elle tient dans la sienne est froide, il lui semble percevoir un léger mouvement des paupières, mais rien de moins sûr dans cette pénombre. Son inquiétude grandit à chaque seconde, l’homme en face d’elle a réellement l’air mal en point. Soudain il lui semble pourtant que son visage s’anime, ses lèvres sèches esquissent même un sourire et articulent un remerciement à peine audible. Elle lui sourit, resserrant sa main sur la sienne.

Que vous est-il donc arrivé ? Comment avez-vous pu vous retrouver dans un tel état ?

Questions auxquelles elle n’attend bien entendu pas de réponses, pas dans l’immédiat du moins. Simplement besoin de combler le silence ou de masquer son inquiétude, elle ne savait plus trop.

Elle le détaille, essaie d’évaluer ses blessures, de jauger son état. Elle retient une exclamation voyant les plaies béantes laissées par les coups d’épée. Décidément, cela s’annonçait difficile. Comme un fait exprès, la nuit tombait rapidement, avec son cortège de désagréments dans pareil cas, la lumière baissait, le froid s’installait, et la solitude des lieux s’intensifiait.

Face à l’urgence de la situation, elle en oubliait très vite sa propre fatigue. Il avait déjà perdu beaucoup de sang, beaucoup trop. Réfléchir… vite, agir… encore plus vite, ne pas céder à la panique… surtout pas. Elle se force à lui sourire, inutile de l’inquiéter davantage. Première chose à faire, le réchauffer et obtenir un tant soit peu de lumière, et au vu de l’état de ses blessures, le feu revêtait très vite une autre utilité. Ses pensées s’organisent, elle se relève…


Ne bougez surtout pas, je vais préparer un feu à l’extérieur et je reviens vous chercher.

Conseil tout ce qu’il y a de plus inutile vu son état, mais elle veut surtout lui faire comprendre qu’elle est là, et qu’elle va s’occuper de lui. Fouillant dans sa besace elle en ressort un châle en laine dont elle le recouvre. Elle franchit la porte, réunit un tas de bois qu’elle enflamme rapidement, habituée à monter des campements. Subitement un pressentiment la pousse à se dépêcher encore plus. Elle ne saurait expliquer pourquoi, mais elle sait qu’elle doit faire vite. Elle revient dans la grange, maintenant noyée dans l’obscurité.

Je vais devoir vous amener à l’extérieur. Je sais que ça ne va pas être facile, mais je dois vous approcher du feu.

Tout en parlant elle s’était glissée à ses côtés. Elle savait que ça n’allait pas être chose aisée, mais n’avait pas le choix. Elle se place derrière lui, glisse ses bras autour de son torse, et le traîne doucement vers l’extérieur, l’installant près du feu.

Le déplacement effectué l’avait fait souffrir, elle en était bien consciente, même s’il faisait tout pour le cacher. Elle croisa son regard, essayant de lui communiquer un maximum de réconfort. S’agenouillant à côté de lui, elle commence à examiner les plaies. Le sang séché colle les vêtements à la peau, les plaies sont sales et encore ouvertes. La seule solution qui s’impose à elle, elle ne l’aime pas. Elle y a déjà eu recours il y a quelques années, et cela fait partie des souvenirs qu’elle préfèrerait oublier. Pourtant impossible de faire marche arrière, elle lui explique donc rapidement ce qu’elle compte faire.


Il faut refermer vos plaies, avant que vous ne perdiez tout votre sang. Je vais être obligée de les cautériser à la flamme, même si cela promet d’être très douloureux. Mais avant il va falloir que je les nettoie. Le temps d’aller chercher de l’eau, je reviens rapidement.

N’attendant pas vraiment de réponse de sa part, mais devinant dans son regard qu’il lui faisait confiance, elle repartit vers la grange dans laquelle elle avait repéré, quelques instants plus tôt, un vieux seau dans un coin. Elle s’en empara et fit le tour de la bâtisse, se dirigeant tant bien que mal à la faible lueur de la lune, en direction d’un ruisseau qu’elle avait avisé en arrivant.

Une fois son seau rempli, espérant qu’il ne fuit pas… elle retourne voir son blessé. Mouillant tout d’abord l’étoffe pour la décoller doucement des plaies, elle la déchire par endroit, facilitant ainsi l’accès aux blessures. Elle prend ensuite un morceau de tissu propre dans ses affaires, et le passe doucement sur les entailles, les nettoyant les unes après les autres. L’épaule présente une belle estafilade, mais pas trop profonde, ça irait vite, sur la hanche, la plaie ne semble plus saigner, elle n’aura qu’à la panser une fois celle-ci propre, la cuisse cependant la laisse pantoise. Elle se demande comment il a pu survivre à une telle blessure. Elle reprend vite contenance, ne voulant pas lui montrer son inquiétude, elle lui sourit, même si certains lui auraient déconseillé de trop sourire.

Les plaies nettoyées, une bande de tissu lui enserrant les hanches, protégeant ainsi sa blessure, elle reste penchée vers lui et lui dit :


Je vais devoir brûler vos plaies à l’épaule et sur votre cuisse. Celle de l’épaule devrait se refermer rapidement, celle de la cuisse par contre… vous êtes prêt ?
_________________
Faebur
Oula, quel changement... Après le calme de la solitude, entendre une voix, féminine en plus, sans pour autant que la demoiselle se mette à parler sans cesse, était presque nouveau pour Faebur, nouveau et meilleur aussi. Comment il s'est retrouvé dans un tel état ? Et non, ce n'était pas en faisant de la couture et en se piquant avec son aiguille, il aurait préféré que ce soit ça d'ailleurs, quitte à être ridicule. Mais là, les plaies infligées par les lames béarnaises ne lui laissaient aucun répit, une douleur lancinante lui vrillant sans cesse le cerveau. Fermant de nouveau les yeux, incapables de fournir l'effort nécessaire pour les garder ouverts plus de quelques secondes, le blessé attendit patiemment, ne sachant ce que la demoiselle venue à son secours a l'intention de faire pour lui venir en aide.

Ne bougez pas ? Ah oui, bon conseil ça, si jamais il lui était pris l'envie d'aller à la taverne du coin, il valait donc mieux qu'il évite. Bon... Très bien, de toute façon il n'aimait pas les tavernes. Ah si, finalement il fallait bouger, pour s'approcher du feu. Bouger ? Faebur eut à peine le temps de comprendre ce que cela impliquait qu'il sentit Kalliopé le saisir sous les épaules et le tirer vers l'extérieur de la grange. Enfin, l'extérieur, c'est ce qu'il pensait, chaque centimètre de gagné vers la porte le faisait souffrir atrocement, comme si la largeur de ses plaies avait doublée et qu'elles libéraient maintenant un flot de sang, plus que ce que son corps pouvait contenir lui semblait-il. Le jeune homme, malgré tous ses efforts, ne put se retenir de gémir de douleur, à chaque secousse, chaque pas de la jeune femme, à chaque brin de paille effleurant ses blessures, tout lui semblait hostile, tout, chaque détail de l'environnement voulait sa mort, une mort lente et douloureuse.

Enfin cela cessa, mais pas la douleur. Même une fois immobile, elle restait présente, lui rappelant son bon souvenir chaque seconde,sans doute pour qu'il ne l'oublie pas, pour qu'il n'oublie pas dans quel état il se trouvait, pour qu'il se souvienne chaque jour de sa vie, s'il survivait, des ravages que peut causer une armée composée de soldats obéissant aveuglément aux ordres de leurs supérieurs.


Le temps d’aller chercher de l’eau, je reviens rapidement.

Ouvrant les yeux pour la regarder avec reconnaissance, il essaya de puiser dans la vision de la jeune femme un léger regain de force, pour tenir, encore, et encore, et encore... Faebur la regarda s'éloigner, ses yeux se posant sur sa robe qui virevoltait autour d'elle, dévoilant par instant ses jambes fuselées. C'est sur cette vue qu'il s'évanouit, perdant conscience du temps qui l'entourait ; il aurait pu s'écouler dix secondes depuis le départ de la jeune femme, ou plusieurs heures, le blessé n'en avait absolument aucune idée.

Il entendit le clapotis de l'eau dans le seau et la fraîcheur de ce bruit le tira de la torpeur dans laquelle il était profondément plongé, et il rouvrit difficilement les yeux, pour l'apercevoir penché sur lui, découpant ses vêtements pour mettre ses plaies à jour. Une jeune femme en train de découper ses vêtements... S'il avait été un peu plus en forme, il aurait pu lui lancer une petite taquinerie sans méchanceté, mais là, il n'avait même pas la force d'y penser. Serrant les dents lorsque Kalliopé passa un tissu sur ses blessures, il grimaça, grogna, se retint de pester, maudit intérieurement toute l'armée béarnaise et se promit de leur payer ces coups d'épée au centuple, dusse-t-il ne plus avoir de force dans le bras.

Il laissa celle qui lui faisait office d'infirmière, on aurait pu ajouter pour son plus grand plaisir mais il n'avait pas du tout la tête à ça en un tel instant, lui bander le torse, pour couvrir sa plaie la moins importante. Heureusement qu'elle n'était pas trop profonde d'ailleurs, vu où elle était placée, ou bien il aurait très bien pu mourir sur le coup. Ce qui dans un sens lui aurait épargné bien des souffrances. Mais le Très-Haut en avait décidé ainsi, il fallait accepter son choix et se battre pour survivre désormais.


Je vais devoir brûler vos plaies à l’épaule et sur votre cuisse. Celle de l’épaule devrait se refermer rapidement, celle de la cuisse par contre… vous êtes prêt ?

Oui oui je...

Quoi ? Brûler la plaie ? Faebur secoua légèrement la tête, comme s'il avait mal compris. Il avait pensé qu'elle venait pour le soigner, pas pour l'achever en le faisant griller à petit feu. Son regard s'abaissa pour apercevoir sa plaie à la cuisse et il se rendit compte de l'état dans lequel elle était, pleine de sang et de pus. Il retint une larme de désespoir puis releva la tête, le regard plus clair. Il fallait se battre, et la douleur n'était qu'un ennemi comme un autre, et avec de la volonté, on pouvait arriver à tout. D'une voix cette fois-ci plus affirmée, il reprit.


Je suis prêt.

Et il ferma les yeux...
_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Kalliope
"Je suis prêt"

Elle ne le quitte pas des yeux, puisant dans son regard le courage nécessaire à ce qu’elle doit entreprendre. Son cœur semble vouloir sortir de sa poitrine tellement il bat fort, pourtant elle sait qu’elle n’a pas d’autre choix. Elle sort sa dague de son fourreau, glisse lentement son doigt le long de la lame brillante, avant de déposer celle-ci dans les braises incandescentes. Elle se retourne vers lui, laissant le fer monter en température ; il a les yeux fermés, le visage blême, et malgré cela, elle revoit derrière ces traits le jeune homme plein de vie croisé en taverne il n’y a pas si longtemps. Interdisant à ses pensées d’aller plus avant, elle vérifie une dernière fois la propreté de la plaie à l’épaule.

Le moment est venu, elle s’agenouille à côté de lui, et s’aidant d’un bout de tissu humide pour ne pas se brûler, récupère la dague, et l’applique rapidement de toute sa longueur sur la blessure. Il tressaille, elle pose son autre main doucement mais fermement sur son bras. L’empêcher de trop bouger, compter quelques secondes seulement afin d’éviter que le métal en refroidissant n’adhère à la chair. Elle retire le cautère aussi rapidement qu’elle l’avait posé, essayant de ne pas faire attention à ses gémissements, entièrement concentrée sur ses soins. Elle repose la lame dans le feu, et se penche sur lui pour vérifier l’état de son épaule. Comme prévu la plaie n’était pas trop profonde, et un seul passage au feu semble être bien suffisant, à son grand soulagement.

Elle pose de nouveau les yeux sur lui, voyant ses traits crispés, son front en sueur, son souffle court… il a cependant bien supporté la douleur infligée. Elle mouille un linge, lui passe doucement sur le visage, elle sait qu’elle doit lui laisser le temps de se reprendre, la deuxième partie du programme se présentant bien plus ardue pour elle, et bien plus douloureuse pour lui. Il reprend son souffle doucement, et entrouvre les yeux. Elle lui sourit, continuant d’éponger son front doucement.


Vous avez bien tenu le coup, je suis impressionnée… Vous pouvez être fier de vous Faebur…

Elle essaie de parler d’un ton détaché, espérant qu’il se détende un tant soit peu avant de poursuivre.

Il ne reste plus que votre cuisse à remettre à neuf, et vous serez enfin tranquille. Par contre… ça va être un peu plus long que pour votre épaule, je vais devoir m’y reprendre à plusieurs fois, alors surtout, essayez de bouger le moins possible, même si je sais que ça va être difficile.

Il acquiesce d’un bref hochement de tête.

Bon… quand il faut y aller… c’est parti…

Elle détaille une dernière fois la plaie béante sur sa cuisse, essuie le sang qui en coule encore avant de s’emparer de nouveau de sa dague chauffée à rouge. De sa main libre elle s’appuie de tout son poids sur sa jambe afin de la garder immobile alors qu’elle appose le métal incandescent à l’intérieur de la plaie. Malgré ses précautions, sous la douleur ressentie, les muscles de l’homme se contractent, sa jambe se replie manquant de la faire basculer ; pourtant elle tient bon, la dague n’a presque pas bougé, elle a juste perdu le fil du décompte, et dans le doute la retire, la replongeant rapidement dans les braises.

Il gémit de douleur, sa main enserrant la sienne avec force. Elle lui murmure …
Courage vous allez y arriver… Sans lui lâcher la main elle reprend le métal chauffé, et l’appose de nouveau sur sa cuisse. Cette fois la jambe bouge moins, mais la pression de sa main en dit long sur sa douleur, de même que ses gémissements. Elle en a les larmes aux yeux, impuissante qu’elle est à pouvoir atténuer sa souffrance. Soudain la main du blessé se relâche, et le silence se fait. Seul le crépitement du feu se fait entendre. Il a perdu connaissance, trop affaibli pour pouvoir supporter plus longtemps la douleur. Elle en profite pour remettre rapidement sa lame à chauffer, se disant qu’elle finirait plus vite ainsi. Elle se hâte, voulant éviter qu’il reste inconscient trop longtemps, finissant enfin de cautériser la plaie. Ultime vérification avant d’essayer de le ranimer, passant de l’eau froide sur son visage, lui parlant doucement.
_________________
Faebur
Faebur ne ferma finalement les yeux que quelques secondes, juste le temps de l'entendre plonger la lame dans les flammes pour la chauffer ce qu'il fallait afin de cautériser ses plaies. Il voulait affronter la douleur en face, non pas la fuir, et aussi, puiser dans la vision de la jeune femme un peu de courage pour passer ce moment difficile. Juste encore un et ensuite cela irait mieux, ou alors il n'aurait plus à se soucier de rien. Lui qui depuis sa violente rencontre avec les épées des soldats béarnais n'a pas réussi à avoir les idées claires se félicite d'avoir eu l'idée d'écrire à la jeune femme, il ne pouvait sans doute pas rêver meilleur soutien. Il faut dire qu'il ne connaît pas grand monde de toute façon, ce qui limitait tout de suite le choix.

Hmmmmmmmmmmmmmmmmmm....


Faebur retint un grognement de douleur, mais heureusement que Kalliopé lui maintenait le bras car il avait cherché à se dérober, mais il était bien trop faible pour y réussir. Enfin la lame brûlante laissa ses chairs meurtries au repos, laissant le blessé haletant, le cœur battant à tout rompre, avec l'impression qu'un feu dévorant se propageait dans tout son corps, pire que la douleur lancinante qu'il ressentait auparavant. Etait-ce une médication efficace ou bien n'allait-elle pas avoir raison de ses dernières forces et l'envoyer tout droit rejoindre le Très-Haut ? Il n'avait plus trop le choix de toute façon, il avait remis sa vie entre les mains de la jeune femme, il fallait lui faire confiance jusqu'au bout. Quelques gouttes de sueur perlèrent de son front jusqu'à ses yeux, le picotant désagréablement, et même pas la force de s'essuyer.

Heureusement, son infirmière improvisée pensait à tout et lui essuya doucement le front. Il aurait voulu lui prendre la main, et y déposer un léger baiser pour la remercier, avant qu'elle ne continue son travail de rafistolage si l'on peut dire, mais son bras resta collé au sol, contre sa volonté.


Vous avez bien tenu le coup, je suis impressionnée… Vous pouvez être fier de vous Faebur…

Fier ? Faebur eut une grimace ironique. Comment pouvait-on être fier de soi alors que l'on venait de se prendre trois coups d'épée dans le corps ? S'il avait été un tout petit peu plus malin, il s'en serait sorti. Mais le Très-Haut en avait décidé autrement et il fallait respecter sa volonté et essayer de survivre pour le servir aussi bien que possible.


Bon… quand il faut y aller… c’est parti…

Instinctivement, il se crispa, il en avait presque oublié qu'il y avait une autre blessure à cautériser, mais rien que d'y penser il sentit qu'elle s'ouvrait davantage, comme pour lui confirmer que c'était bien indispensable. Cette fois-ci, sa réaction fut plus vive lorsque le métal chauffé entra en contact avec la plaie et il voulut se dégager, fuir cette souffrance horrible, cette odeur de chair grillée qui montait de son propre corps.

Aaaaaaaahhhh... Je... achevez... achevez moi par pitié...


Délirant sous la douleur, Faebur perdit le contact avec la réalité et serra fortement la main de Kalliopé, sans même se rendre compte de ce qu'il faisait, jusqu'à finir par perdre connaissance, plongeant dans les limbes de l'inconscience, l'esprit se séparant de son corps mutilé comme s'il voulait déjà rejoindre le Jardin des Délices pour retrouver tous les autres combattants de la Foy déjà tombés avant lui en portant les armes. Oui, qu'il serait doux de les rejoindre, de se reposer, de ne plus avoir à subir les douleurs et vexations en tout genre, de ne plus passer son temps à se sacrifier pour une cause qui vous dépasse. Oui... Mais ne serait-ce pas faire preuve de lâcheté que d'abandonner ainsi, au moindre petit obstacle ? L'âme du blessé balance ainsi, monter, rester en bas, quel cruel dilemme.

La fraicheur de l'eau vint interrompre ce débat intérieur, choisissant pour lui. Il n'est pas encore temps de mourir, pas encore... Faebur gémit légèrement et ouvrit les yeux avec difficulté pour découvrir le beau visage de la jeune femme penchée au dessus lui et lui parlant doucement. Il ne comprit pas un mot de ce qu'elle lui disait, l'esprit encore bien trop embrumé pour pouvoir décoder, mais le son de sa voix lui fit du bien et il esquissa une ébauche de sourire pour la remercier, sans chercher à poser son regard sur ses plaies, préférant attendre qu'elles soient bandées.

_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Kalliope
Sourire en le voyant doucement reprendre conscience. Inquiète, elle l’est encore, mais elle a bon espoir de le voir bientôt en meilleure forme. Une fois la nuit passée, elle se sentira plus tranquille. Pour l’heure, elle avait encore des plaies à panser, et un blessé à veiller.

S’emparant des bandes de tissus nécessaires, elle en entoure doucement son épaule, essayant de faire bouger son bras le moins possible, et en fait de même pour sa cuisse. Eviter d’étirer les plaies, essayer de le faire souffrir le moins possible. Le dernier bandage en place, elle hésite… le laisser auprès du feu ou le ramener dans la grange. Le froid n’est pas si terrible, et les flammes assez fortes pour les réchauffer, et le déplacer ne lui semble finalement pas être une brillante idée. Elle récupère un peu de paille dans la grange, essayant de l’installer le plus confortablement possible, la paille l’isolant du froid du sol.

Elle lui tend ensuite une outre remplie d’eau, la tenant pour lui à hauteur de sa bouche.


Vous pouvez boire un peu, mais doucement, et pas trop pour le moment.

Croisant son regard, elle lui sourit, l’aidant à avaler quelques gorgées d’eau. Elle se sent un peu maladroite, inquiète de faire les bons gestes, d’avoir pris les bonnes décisions. La nuit était maintenant bien avancée, la lune se reflétait sur les arbres alentours, les ombres prenant des airs mystérieux, les bruits de la forêt raisonnant dans l’obscurité. Elle sort une couverture de sa besace, et la pose doucement sur l’homme allongé à côté d’elle, avant de se lever pour rajouter du bois dans le feu, afin d’en raviver la chaleur. Un gémissement lui fait tourner la tête, elle s’arrête un instant. Il semble inquiet, elle se rapproche de lui :

Je vais simplement rajouter quelques bûches dans le feu, je reviens de suite.

Le feu reprenant de son intensité, elle retourne à ses côtés, réajuste la couverture avant de s’asseoir à côté de lui. Il referme les yeux, sa respiration devenant peu à peu régulière, et semble enfin sombrer dans un sommeil réparateur.

Elle tire un coin de couverture sur elle, le froid de la nuit commençant à la faire frissonner. Posant la main sur le visage de l’homme afin de vérifier que la fièvre ne l’a pas gagné, les questions et les interrogations commencent à affluer. Il remue légèrement, étouffant un gémissement de douleur dû à ses mouvements ; elle réalise que sa main est toujours posée sur son visage, et elle la retire vivement, ne détachant pas son regard de l’homme allongé à côté d’elle.

Elle repense aux derniers événements qui l’ont conduite ici, et à ceux qui ont pu le conduire lui dans cette grange, dans l’état dans lequel elle l’a trouvé. Elle ne lui a posé aucune question, ni dans les missives échangées, ni en arrivant dans cette grange, estimant que ce n’était pas le moment. Mais maintenant les questions se bousculaient dans sa tête. Après tout elle n’avait fait que croiser cet homme une fois en taverne, et ne savait rien de lui. Il pouvait tout aussi bien s’agir d’un sombre brigand qui avait eu affaire à plus fort que lui, ou qu’une armée aurait retrouvé. D’accord il n’était pas en état de lui faire grand mal, pourtant elle se trouvait soudain bien inconsciente d’avoir ainsi foncé une fois de plus sans réfléchir. Toutefois son instinct ne l’avait jamais trompée, et quoique l’homme ait pu faire pour en arriver là, quoi qu’il soit, elle continuait de penser qu’il ne pouvait être dangereux, pas pour elle du moins.

Interrogeant la lune du regard, comme si celle-ci avait la solution, elle pensait à combien de temps encore il faudrait qu’elle reste avec lui. Son tendre lui avait demandé de vite revenir, mais ça, elle n’avait pu lui promettre. Se laissant glisser doucement, elle s’allongea sur la paille, sans quitter l’astre des yeux. Elle lui écrirait demain, comme elle lui avait promis, afin de le rassurer et lui donner des nouvelles. Oui demain…

La chaleur du corps couché contre elle associée à celle du feu flamboyant, la plongeait doucement dans une douce torpeur, ses yeux se fermant sans même qu’elle s’en aperçoive. La fatigue du voyage, et les émotions des dernières heures finirent de la plonger dans un profond sommeil.

_________________
Faebur
Encore trop faible pour faire quoi que ce soit, Faebur laissa la jeune femme s'occuper de lui, sans la quitter des yeux, admirant la précision et la sûreté de ses gestes lorsqu'elle banda ses plaies douloureuses. Chaque attouchement le faisait frissonner, le sang perdu le rendant très sensible. Sans elle, il n'aurait sans doute pas passé la nuit, même s'il savait que rien n'était encore fait, qu'une plaie pouvait parfaitement se rouvrir et délivrer un flot de pus, ce qui ne laisserait qu'une seule solution : l'amputation. Le blessé pria Aristote de ne pas en arriver à une telle extrémité. Comment se battre au nom du Très-Haut avec une jambe en moins ? Chassant avec difficulté ces sombres pensées de son esprit, il regarda Kalliopé ramener de la paille de l'intérieur de la grange, pour qu'il soit plus confortablement installé que sur la dure terre du sol béarnais.

Avec son aide, il avala quelques gorgées d'eau, sentant avec délice le liquide lui rafraîchir l'intérieur du corps, lui redonnant un semblant d'énergie, mais pour quelques secondes seulement. La couverture qu'elle pose doucement sur lui le protège du vent froid de la nuit et il lui adressa un regard reconnaissant. Elle pensait vraiment à tout. Soudain elle se leva, allait-elle partir maintenant qu'elle avait fait son office et l'avait rafistolé du mieux qu'elle pouvait ? Non, pas maintenant... Alors qu'il faisait nuit noire, qu'elle pouvait se faire agresser à tout moment par une bande de malandrins, ou bien trucider par une armée en manque de victimes innocentes, ou pire encore. Et puis, elle n'allait quand même pas le laisser tout seul...


Je vais simplement rajouter quelques bûches dans le feu, je reviens de suite.

Rassuré, Faebur retint de justesse un soupir de soulagement et se détendit légèrement, essayant d'oublier la douleur qui couvait, prête à revenir à tout moment. Épuisé, il sentit, peu après le retour de la jeune femme, ses yeux se fermer doucement, presque contre son gré, et voulut articuler un "bonne nuit gente demoiselle" mais aucun son ne sortit de ses lèvres entrouvertes et il sombra dans les profondeurs abyssales d'un sommeil réparateur, se lovant avec plaisir au creux des bras de Morphée. Le jeune homme dormit d'un sommeil sans rêves et ne sentit même pas le corps gracile de Kalliopé venir effleurer le sien.

Les pâles rayons du soleil automnal dévoilèrent un paysage neuf, comme lavé de la veille, et réveillèrent Faebur qui cligna des yeux, retint un grognement et voulut se retourner brusquement pour échapper à la lumière du jour qui l'avait tiré de son délicieux sommeil. Deux choses l'en empêchèrent : ses blessures qui lui interdisaient tout mouvement brutal, et la jeune femme qui dormait toujours à ses côtés, car il était douteux qu'elle apprécie de recevoir un coup de coude sur le nez en guise de réveil.


Ggggnnnnn...

Faebur se releva lentement, cherchant à ne pas réveiller la belle endormie, admirant un instant les lignes de son visage apaisé, puis étira avec précaution son bras valide. Il repositionna la couverture sur la jeune femme puis se leva très lentement, vérifiant s'il pouvait prendre un minimum appui sur sa jambe blessée, ce qui lui arracha une grimace de douleur, mais cela restait supportable.

Il se dirigea à pas lents vers l'intérieur de la grange, prenant garde à ne pas marcher sur une pierre avec la mauvaise jambe, respirant profondément pour oublier la douleur qui, bien que moins importante, continuait de le tirailler quelque peu. Il fouilla dans sa besace qui traînait dans un coin, là où il l'avait abandonnée en entrant dans son refuge de fortune - la veille, l'avant-veille ? Il n'avait aucune idée du temps écoulé depuis - et il en sortit quelques fruits, délaissant ceux qui commençaient à pourrir. Il revint, toujours aussi lentement, déposa les victuailles à côté de Kalliopé et s'assit comme il le put, étendant sa jambe blessée pour ne pas trop souffrir. Il ne lui restait plus qu'à attendre qu'elle se réveille, ce qu'il fit en la regardant avec douceur, songeant à tout ce qu'elle avait fait pour lui alors qu'il n'était pour elle qu'un parfait inconnu.


Aristote, bénis la je t'en conjure, et accorde lui une vie longue et heureuse. Je ne la connais pas vraiment, mais je pense sincèrement qu'elle le mérite.
_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Kalliope
La lumière naissante de l’aube essayait de s’infiltrer sous ses paupières, pourtant encore si lourdes. Elle s’étire, sa main qui effleure un buisson la ramène doucement à la réalité, l’éloignant des pays des songes. Elle entend un murmure, une voix qu’elle ne connaît pas vraiment, et qui semble toute proche. Elle cligne des yeux, et regarde autour d’elle, les événements de la veille lui revenant peu à peu en mémoire. Elle tourne la tête, soudain inquiète de s’être endormie ainsi, délaissant la surveillance de son blessé.

C’est alors qu’elle le voit assis à côté d’elle, en train de la regarder. Son premier réflexe fut de sourire, de le voir en bien meilleure forme que lorsqu’elle l’avait retrouvé dans la grange. Elle se relève lentement, s’apprête à le saluer, mais très vite ses yeux se portent sur les fruits à côté d’eux, et elle se doute bien qui les a déposés là.
Les mots ne franchissent pas ses lèvres, mais ses sourcils bruns se froncent, son regard soutenant le sien.



Vous êtes complètement inconscient ! Vous lever dans votre état ?! Ca ne fait que quelques heures que vous ne saignez plus et vous croyez déjà gambader dans la forêt ? A quoi cela sert de vous soigner pour vous voir vous mettre déjà en péril ?

Oui elle était en colère, oui elle l’avait trouvé bien imprudent, mais elle était malgré tout bien soulagée de le voir ainsi, et regardant de nouveau les fruits qu’il avait ramenés, elle trouva le geste charmant. Mais il était hors de question qu’elle laisse transparaître ce sentiment là, il fallait qu’il comprenne qu’il ne devait pas recommencer. Elle ne pouvait pas rester là bien longtemps, on l’attendait à Saint Bertrand et il avait déjà été bien patient de la laisser partir ainsi.

Ramenant ses jambes sous elle, elle décocha tout de même un léger sourire dans sa direction, en le remerciant pour le fruit qu’elle prit et dans lequel elle croqua avec appétit.


C’est gentil, merci, mais évitez de vous lever tout seul dorénavant, au moins jusqu’à demain.

Le ton était neutre, un peu qu’elle fut inquiète du risque qu’il avait pris plus tôt, un peu pour cacher son embarras de se retrouver là seule avec lui, alors qu’ils se connaissaient à peine. Finissant son fruit, le regard perdu vers la forêt, elle se relève, étirant lentement ses muscles, et s’empare du seau.

Je vais chercher un peu d’eau, et n’en profitez pas pour envisager une quelconque escapade !

Se disant, elle se dirige vers le point d’eau trouvé la veille, un peu à l’écart de la grange, et malgré le froid matinal, entreprend de se laver du mieux qu’elle peut, effaçant par là-même la fatigue et le reste de sommeil de cette courte nuit.

Revenant enfin vers lui, au bout de quelques minutes, portant le seau rempli d’eau, elle s’agenouille à ses côtés.


Il est temps de jeter un œil à ces blessures, voir si vous n’avez pas aggravé votre cas.

Doucement elle retire juste assez de bandage de chaque plaie pour en vérifier l’état, état qu’elle juge finalement assez satisfaisant. Bien sûr la peau est foncée et boursouflée, les chairs brulées par le fer, mais aucune infection ne semble avoir pris le dessus. Elle lui remet les pansements de fortune en place, avant de lui tendre un linge avec le seau.

Si vous voulez vous rafraîchir un peu…

Elle va alors s’asseoir un peu plus loin, et entreprend d’écrire une missive, donnant les nouvelles promises à celui qui l’attend, ne pouvant s’empêcher de lancer des regards vers Faebur, surveillant celui qui était devenu « son patient ».
_________________
Faebur
Un léger sourire éclaira le visage fatigué de Faebur, fatigué malgré sa nuit de sommeil, lorsqu'il vit la jeune femme émerger lentement des bras de Morphée. Il n'avait pas eu à attendre trop longtemps finalement, écoutant patiemment sa respiration régulière, preuve d'un sommeil paisible. Il voulut la saluer et lui tendre un des fruits qu'il avait ramenés, en guise de petit déjeuner, mais il n'en eut pas le temps. Le regard de Kalliopé changea et il eut un très léger mouvement de recul lorsqu'elle prit la parole d'une voix qui laissait transparaître sa colère et, mais il s'agissait peut-être d'une simple illusion, son inquiétude.

Légèrement penaud, il surprit tout de même le léger sourire qu'elle lui lança et se sentit quelque peu rassuré. Elle n'était pas fâchée au point de l'abandonner d'un coup, c'était toujours ça. En tout cas, elle avait du caractère, et ce n'était pas pour déplaire à Faebur, au contraire. Essayant de garder ses pensées concentrées, il écouta ce qu'elle lui disait aussi attentivement que possible.


Je vais chercher un peu d’eau, et n’en profitez pas pour envisager une quelconque escapade !

La laissant s'éloigner à regret, mais non sans la regarder discrètement, à la dérobée, le blessé convalescent s'allonge doucement à l'endroit exact où il venait de passer la nuit, et étendit très lentement ses jambes, surtout celle blessée, ne pouvant contenir un léger gémissement en pensant sentir les chair s'ouvrir de nouveau. Il tourna vivement la tête, regardant alentour. Non, elle n'était pas encore revenu et ne pouvait donc avoir entendu qu'il souffrait encore. Stupide fierté masculine que de ne vouloir montrer sa douleur, sauf quand celle-ci est bien trop grande pour être dissimulée bien entendu. Faebur sentit ses yeux se fermer lentement, sans qu'il put rien y faire, mais le retour de Kalliopé le tira de sa torpeur.


Il est temps de jeter un œil à ces blessures, voir si vous n’avez pas aggraver votre cas.

Non non, rassurez vous, tout va bien, j'en suis sûr.


Comme il s'en doutait, elle n'écouta pas le moins du monde ses dénégations, assez peu convaincantes il est vrai, et entreprit de défaire ses bandages pour vérifier l'état de ses blessures. Le jeune garda tant bien que mal un air tranquille, serein, comme si toute souffrance physique avait disparu. Acceptant avec plaisir le seau d'eau qu'elle lui tendait, il but lentement, à petites gorgées, savourant la fraicheur qui se propageait dans chaque parcelle de son corps. Sans cesser de boire, il jeta un petit coup d'oeil dans la direction de Kalliopé, l'apercevant en train de rédiger une missive, et manqua de s'étouffer en avalant trop vite, renversant une bonne partie du seau sur lui.

Recrachant comme il pouvait, il s'essuya le menton, et baissa les yeux pour regarder sa chemise trempée d'un air désappointé. Il secoua la tête puis, après s'être levé très lentement malgré l'injonction de son "infirmière", il se dirigea vers la jeune femme d'un air innocent, prenant garde à ne pas s'approcher trop près pour ne pas tremper son parchemin. Elle semblait particulièrement concentré sur la rédaction de sa missive et Faebur toussota légèrement pour attirer son attention.


Hum... Je suis navré de vous interrompre mais... Je... Enfin, je voulais vous proposer quelque chose.


Hésitant sur les mots, il avala sa salive avec difficulté, ne sachant de quelle manière commencer, et parfaitement conscient de l'audace, pour ne pas dire de l'incongruité, de sa démarche. Après tout, il ne la connaissait presque pas, mais le fait qu'elle ait pris de son temps pour venir jusqu'à Pau afin de le soigner l'incitait à lui faire confiance.

Je sais que vous ne savez presque rien de moi, et je comprendrai très bien que vous refusiez... et vous avez sûrement bien mieux à faire mais... En fait heu... Accepteriez-vous de m'accompagner là si je dois m'en aller très bientôt ?

Le jeune homme baissa les yeux, gêné de son audace, soudain grandement absorbé dans la contemplation d'une coccinelle qui se promenait paresseusement sur une feuille morte à ses pieds.
_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Kalliope
La plume à la main, pensive, elle sait qu’elle ne peut donner d’échéance à son retour, et qu’il faudra qu’il se contente d’une vague estimation. Elle s’inquiète pour lui, et espère qu’il va bien, mais ne peut repartir maintenant. Elle ne pensait pas avoir un jour tant de mal à aligner quelques phrases. Un toussotement lui fait lever les yeux de sa missive.

Hum... Je suis navré de vous interrompre mais... Je... Enfin, je voulais vous proposer quelque chose.

Reportant son attention vers Faebur, les sourcils froncés le voyant debout et qui plus est trempé, elle se retient de le renvoyer s’allonger à sa place, sa curiosité prenant le dessus.

Je sais que vous ne savez presque rien de moi, et je comprendrai très bien que vous refusiez... et vous avez sûrement bien mieux à faire mais... En fait heu... Accepteriez-vous de m'accompagner là si je dois m'en aller très bientôt ?

Elle incline légèrement la tête, prenant un temps de réflexion. Elle pensait bien le ramener jusqu’à Pau dès qu’il serait capable de marcher, chose qui semblait être plus rapide que prévu à le voir là debout devant elle, mais prolonger encore son absence, elle ne l’avait pas envisagé.

Après tout que savait-elle de lui ? Quasiment rien du tout. Pourtant elle était bien venue jusqu’ici pour lui venir en aide, sans se poser tant de questions. Il faut dire qu’elle s’en posait rarement, et se laissait plus volontiers guider par le hasard et ses impulsions, que par une quelconque réflexion. La plume encore à la main, elle était pourtant bien obligée de réfléchir pour une fois, car elle n’était plus seule, et sa décision influerait sur son couple.

Ses yeux toujours posés sur son protégé, elle se lève, et se place en face de lui.


Et où donc comptez-vous aller ? Si tant est que vous puissiez vous déplacer sans trop de mal d’ailleurs.

En fait le lieu importait peu, c’était plus le nombre de jours de marche qui la préoccupait. Difficile pourtant de résister à l’appel des routes, bien qu’elle ne pensait pas bouger de Saint Bertrand pendant un certain moment. Toutefois, même sans le connaître, elle devait bien avouer qu’elle faisait confiance à cet homme, sans savoir pourquoi.

Attendant sa réponse sans cesser de le regarder, elle jouait nerveusement avec sa plume, se doutant que la décision qu’elle prendrait risquait de changer beaucoup de choses pour elle.

_________________
Faebur
Immobile, un peu (beaucoup ?) nerveux de son audace, et se morigénant aussitôt de l'avoir eue d'ailleurs, Faebur attendit la réponse de la jeune femme, espérant intérieurement qu'elle serait positive, ou au moins qu'elle ne le rejetterait pas en lui reprochant de lui avoir fait une telle proposition. Lui qui ne parlait à presque personne, même les rares fois où il avait été en taverne il était resté silencieux la plupart du temps, voilà qu'il proposait à une demoiselle qu'il connaissait à peine de l'accompagner dans un périple qui risquait fort d'être dangereux, et dont surtout il ne pouvait absolument pas prévoir la suite.

Et où donc comptez-vous aller ? Si tant est que vous puissiez vous déplacer sans trop de mal d’ailleurs.


Il la regarda se lever et se tenir debout devant lui, s'efforçant de ne pas montrer que sa jambe le faisait souffrir et que son équilibre était particulièrement précaire par instant. Et elle venait de poser exactement la question qu'il redoutait, et à laquelle il risquait d'avoir beaucoup de mal à répondre. Il secoua la tête légèrement, comme pour s'éclaircir les idées, ou bien pour voir si le Très-Haut n'allait pas lui souffler la réponse d'un coup, puis s'assit lentement pour reposer sa jambe blessée, qu'il étendit précautionneusement.

A vrai dire... J'aurai bien du mal à vous répondre. Je suis profondément aristotélicien, mais je pense que l'Eglise pervertit le message des prophètes Christos et Aristote et ne cherche qu'à accroître son pouvoir, aussi bien spirituel que temporel. Et je souhaite lutter contre cela. Donc, où je compte aller... Là où il faudra pour lutter contre l'influence néfaste de l'Eglise.

Il s'arrêta une seconde, cherchant comment poursuivre, et accrocha son regard, plongeant ses yeux dans les siens.

Je ne sais si une telle réponse vous convient, et je suis vraiment navré de ne pouvoir vous donner de plus amples informations. Et je me doute bien que... enfin que, ça ne doit pas vous paraître très engageant comme ça mais... et peut-être vous demandez-vous pourquoi je vous propose cela à vous.

Essayant avec difficulté de ne pas trop s'emmêler dans ses propos, il inspira profondément et reprit sur un ton un peu plus calme, mais juste un peu, et toujours aussi intimidé par cette jeune femme qui l'avait sauvé.

En fait heu... Si je vous le propose c'est que... comment dire... Eh bien, non seulement vous êtes très douée pour soigner les blessures, mais surtout, j'apprécie beaucoup votre compagnie, que je trouve fort agréable.

Il soutint son regard, espérant que ses joues ne rougiraient pas, trahissant son émotion, et qu'elle ne lui ferait pas remarquer que s'il avait du mal à tenir debout, il n'était pas question qu'il bouge de là. Quoique, si elle restait à ses côtés, il ne pouvait décemment pas se plaindre.
_________________
"Ne pas s'élever bien haut, peut-être, mais tout seul..."
Kalliope
Kalliopé écoutait les explications de Faebur, mais ne les comprit pas de suite. Elle avait pensé qu’il voulait simplement qu’elle l’accompagne dans une ville voisine où il pourrait ensuite reprendre son chemin dès qu’il en serait capable. Elle ne pensait pas que sa demande concernait le long terme. Elle tripotait toujours nerveusement son parchemin et sa plume, son regard rivé sur lui.

Vous voulez dire… vous suivre… venir avec vous... je…

Et voilà qu’elle bafouillait lamentablement. Elle qui avait toujours agi sans réfléchir se trouvait confrontée maintenant à un dilemme. Il trouvait sa compagnie agréable… il lui demandait de venir avec lui, et elle ne savait quoi répondre. Elle baissa les yeux vers le parchemin à peine noirci qu’elle tenait toujours… Aubi l’attendait, elle lui avait dit qu’elle reviendrait bientôt, et il lui manquait… alors pourquoi hésiter… elle ne comprenait plus rien. L’envie de reprendre les routes sûrement, d’en savoir plus sur ce mystérieux jeune homme qu’elle était venue secourir.

Je ne sais pas… ma vie est à Saint Bertrand, il y a quelqu’un qui m’y attend et…

Et quoi… elle ne devait décidément pas être faite pour avoir une vie calme et rangée, installée dans une ville à cultiver son champ…

Je dois bien avouer que votre proposition me tente pourtant, mais êtes-vous certain de pouvoir déjà reprendre la route ? De toute façon je ne vous laisserai pas seul ici, et vous accompagnerait au moins jusqu’à la prochaine ville que vous comptez rejoindre.

Elle espérait que cela lui laisse le temps de réfléchir à sa proposition, le temps de prendre sa décision, espérant prendre la bonne, le temps de le connaître un peu mieux…

Les questions se bousculaient dans sa tête, tant celles qu’elle se posait à elle-même que celles qu’elle avait envie de poser à l’homme qui lui faisait face. Pourtant, la seule qui franchit ses lèvres fut :


Et vous comptez prendre la route bientôt ?

Soutenant de nouveau son regard, essayant d’ignorer sa remarque sur le fait qu’il trouve sa présence agréable, elle se sentait étrangement troublée par sa demande.
_________________
See the RP information <<   1, 2   >   >>
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)