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[RP]Chroniques et Histoires de Val Carança

Gorborenne
1: RP ouvert, mais merci de demander l'autorisation par MP avant de poster sur ce topic, encore merci....
2: [17-avril] changement de titre, ce RP devient un RP rattaché à un lieu particulier. Celui-ci est un petit Val perdu entre les volcans d'Auvergne, quelque part entre le BA et le Limousin, accessible uniquement par deux chemins distincs, merci de rester cohérent par rapport à celà.
3: Ce RP ce veux au plus cohérent possible par rapport à l'IG, merci donc de situer vos post dans le temps..... même de façon floue....... et que votre personnage soit dans le BA ou le Limousin à cette époque

4: Bonne lecture



[Prologue]

Pourquoi commencer ce récit ici et maintenant ? Tant de raisons, aussi mauvaises les unes que les autres….. Je pourrais vous en citer mille, mais peu importe finalement….. Pourquoi toujours avoir besoin d’une raison ? Surtout pour écrire une histoire…… son histoire…… mon histoire……. Est-elle belle ? Sa morale est-elle fondée ? Comment le savoir quand les pages s’écrivent au jour le jour, d’une encre timide et incertaine ? Pourquoi toujours chercher à savoir quand et comment elle finit ? Un récit n’est il pas plus beau quand il ouvre sur mille histoires possibles….. Sur tant de chemins à emprunter…….. Je n’ai jamais cherché à savoir où ma route me mènerait, ce qui m’intéresse, sont plutôt celles que je croise au gré des saisons……..

Pourquoi commencer ce récit ici et maintenant ? Pourquoi conter les Chroniques de la petite troupe hétéroclite des Dragons d’Arquian ? Peut être simplement……. Parce que bientôt, leur souffle ardent naîtra à la face du monde…… Leur nom, déjà peu à peu se fait connaître, et bientôt leurs étendards claqueront dans la lumière qui renaît peu à peu après l’hiver…… Résurrection des cœurs alors que percent les premiers bourgeons, voilà ce qui les attends…… Du moins, peut-on l’espérer……

Depuis déjà presque le temps qu’un enfant met à venir au monde, le premier des Dragons a pris la Route de Prométhée, pour rejoindre le Feu qui guide dans l’obscurité…… C’était alors ce qu’il cherchait…… Chasser ses Démons sous une lueur nouvelle…… Me chasser, moi……. Vaste plaisanterie….. Mais peu importe, ça c’est une autre histoire, comme celle de la lueur qu’il cherchait, peut être pas celle qu’il attendait…….. Au gré des semaines, le bruissement des ailes s’amplifiait à mesure que d’autres Dragons venaient y joindre leur désir de voler librement dans les cieux de l’existence……. Il leur fallut le temps que met une mère à enfanter pour se réunir, pour se connaître, et graver dans le feu de nouveaux liens…… Quelque chose à naître……. Oui, décidément, c’est bien de cela qu’il s’agit……..



[Chapitre Premier : La Naissance]


[Comté du Limousin et de la Marche – fin décembre 1457]

Là nous avons quelque chose ! Un Voyage, des personnages bien ancrés dans leur décor, où plutôt pas, puisqu’ils en changent de façon récurrente depuis quelques jours. Quatre Dragons, aux portes de Guéret….. Traçant la route du Soleil à l’envers, ils viennent de l’ouest et vont vers l’est.

Équipage de voyage classique, deux cavaliers en armes et aux aguets, et une charrette, que conduit un Chauve taciturne, transportant une jeune femme en passe de donner naissance…… Aux abords de la Saint Noël, on y verrait presqu’un signe……

Orion, les jambes emballées dans une chaude couverture tiens solidement les rênes de cheval de trait, assis à moitié de biais sur la banquette, tant il jette fréquemment des regards inquiets à l’arrière de la carriole, vers sa Douce Cédalia qui se repose, épargnant ses forces au maximum – contre son gré – pour la naissance dont elle ressent qu’elle s’approche chaque jour un peu plus. Il a pris soin de l’installer au mieux pour le voyage, avec le matelas de paille et de plume « emprunté » à l’auberge du « Géant et ses Drôles de Dames » quittée quelques jours plus tôt en espérant secrètement que la Belladonna ne remarquerait rien, ni la demi-douzaine de couvertures manquantes non plus……
Posée à côté du Géant, une hache de belle taille, prête à mouliner le moindre assaillant, qui passerait la garde parfaite de la Déesse Cuirassée et du Fléaux de Caswallan…. Mais Orion n’a encore guère la chasse en tête pour le moment….. Il sait la route qui l’attend encore pour atteindre son but prochain, et combien elle risquera de se montrer difficile avec sa chère et tendre embullée jusqu’au cou….. Mais il sait aussi qu’il ne pourra en être autrement…… Il n’y a que là haut qu’il veut et accepte de voir naître cette étincelle à venir…… Il sait qu’il n’y à que là haut où il a trouvé la première fois un peu de lueur dans sa nuit que cette petite flamme pourra s’embraser d’un feu qui réchauffe sans brûler, qui éclaire sans éblouir……

Tout à ses pensées, son regard revient effleurer l’horizon qui s’étend devant lui…… Sa main descend distraitement vers son ceinturon pour en décrocher sa gourde emplie de chouchen, propice à réchauffer les corps en cette fraiche matinée d’hiver. Quelques lampées, et il la tend au cavalier à côté de lui, sachant le gout du breton pour l’élixir de sa terre natale…..

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Gorborenne
[Guéret]

Portes ouvertes, population accueillante, des douaniers souriant, tendant la main plutôt que l’épée…. Inattendu et ça aurait même pu paraitre suspect si le Géant n’avait senti la sincérité sous les casques des gardes en factions au guet de la cité.

Les cavaliers ne sont plus que trois…. Caswallan a changé de route peu avant d’arriver au bourg…. Mais les routes toujours se recroisent, Orion ne s’en fait pas pour ça….. Ce qui le turlupine surtout, c’est toujours ce chemin qui l'attend un fois passer la ville……. Guéret justement, une rencontre, un nom sur un visage, et le sourire qu’on en garde…. Mais déjà la route reprend, inlassablement…..

À l’aube, un autre au-revoir, Brunehilde qui part à l’est, vers l’Auvergne par la route directe….. Orion et Cédalia ont une autre destination à leur horizon….. Partant au sud-est entre les champs se couvrant peu à peu de neige, le Chauve dirige sa charrette tranquillement sur les sentiers de fermes, vers un cap connu de lui seul….. Enfin, presque…..


[Interlude : La Roseraie….. quelques temps plus tôt]

Les Marches, les montagnes, séparant le Limousin de l’Auvergne….. Il y a là un pays qui n’existe que dans l’ombre des routes qui ne sont tracées sur aucunes cartes….. La Roseraie….. Tout un symbole….. Mais le plus simple est peut être de commencer par le début, au même endroit, quelques années plus tôt.

Une rencontre au creux de ces montagnes…… Ils sont cinq et se connaissent depuis de nombreuses saisons… intérêts et aspirations différentes, mais la même conviction du voyageur qui trace la route, ne résistant jamais à son appel ni à ce que cache l’horizon….. Ceux qui mettent leur cœur à chaque pas comme à chaque étape, mais qui repartent toujours sans se retourner, l’esprit léger….. Ainsi naquirent les chemins entremêlés du Petit Sentier. Quatre d’entre eux exerçaient le métier de contrebandier, seyant à leurs personnalités vagabondes, trouvant dans leur vision partagée des chemins de la terre et de l’existence le nécessaire brin de confiance…… Ce qu’il fallait pour tisser un lien résistant à la distance…..

Pourquoi avoir choisi ce vallon perdu au creux des monts d’Auvergne ? Plusieurs raisons. D’abord, la première est qu’en dehors d’eux cinq, personne n’en connaissait l’existence ni les accès, ce qui en faisait une excellent cachette…. Ensuite il se situait à peine à quelques heures de marche d’un carrefour important……. La Rose des Vents, croisée de la route des oiseaux saisonniers reliant Ventadour à Montluçon, et celle de la course solaire, reliant Bourganeuf et Guéret à Clermont…… petits sentiers de franche contrebande, que tous les quatre « Points Cardinaux » empruntaient fréquemment dans leurs pérégrinations à travers les Royaumes du Lys.

Le cinquième, voyageur éternel et sans terre…… La croisée et le gardien, élu dans le chouchen régent de la Roseraie et plus particulièrement du vallon perdu par les quatre contrebandiers….. Un jour peut être, je vous en dirai un peu plus à ce sujet…. Mais là, parlons du cinquième, le Chauve, traçant vers l’est dans la campagne Limousine, droit vers les premiers contreforts des montagnes…….


[La route cachée des Marches d’Auvergne]

Déjà la dernière ferme, temps de s’arrêter un peu…. Il est en route depuis l’aube déjà….. Isa à l’arrière de la charrette s’est endormie il y a une heure ou deux…. Il conduit la charrette devant la bâtisse et descend d’un bond pour aller frapper à l'huis. Espérant que le vieux faux-grincheux qui habitait là au dernier printemps y soit toujours….. Le bois qui craque un peu et s’écartant pour laisser une mince raie d’obscurité où luit un œil mauvais….. C’est bien lui….. La porte s’ouvre grande devant un vieillard ayant rangé son animosité pour laisser place à une mine souriante….. le Chauve et le Vieux ne partagent aucune histoire épique, mais gardent des quelques semaines où le géant avait aidé l’autre à reconstruire un bout de grange un souvenir aux couleurs de printemps des temps sereins... Le travail fini, le Chauve était parti avec pour seul salaire un pain pour la route et la promesse d’être toujours accueilli…..

Au feu les civilités d’usage, les mots sont francs entre les deux hommes, on se rappelle les bon moments, et ce qui c’est passé depuis…… Un sourire vers la grange étendant fièrement sa nouvelle charpente pour son premier hiver…. Puis le ton se fait plus sérieux, le Chauve est là pour un échange…. Là où il va, la charrette ne passera pas, il lui faut un travois…. Un travois pour Isa…. Le Vieux conteste….. Quelle idée de traverser les montagnes avec une femme enceinte ! Mais Gorborenne reste ferme, et le fermier fini par rendre les armes, quand même un peu ravi d’échanger quelques bouts de bois et des couvertures contre une charrette de bonne facture et le cheval qui va avec…..

Il lui faut moins du quart d’une heure pour préparer ce nouvel équipage…… accrocher solidement leur paquetage de vivres et de couvertures au travois, y ficeler un matelas de fourrures pour installer Isa...... Plus qu’à la réveiller, lui expliquer qu’il lui faut quitter le confort de la charrette pour la fin de la route…… Demi-mensonge sur la distance à parcourir pour ne pas l’inquiéter inutilement…..

Vives protestations à la vue du travois, elle peut bien marcher qu’elle dit, si ça n’est pas si loin…. « Non » synchronisé du Chauve et du Vieux, Orion se montrant intransigeant, mais épuisant un argumentaire complet à convaincre sa douce Cédalia de prendre place sur le travois…..

Une peau de mouton enroulée sur les épaules pour en amortir le poids, et Gorborenne reprend la route, vers l’est, dos au Soleil qui se couchera dans quelques heures. Derrière lui, la neige garde l’empreinte de leur passage. Les pattes du travois laissent deux larges sillons de part et autre des traces de ses pas, sur un manteau blanc de lumière…… Il ne sait pas si Isa y voit la même chose que lui….. Mais dans son cœur, ces deux sillons sont comme la bulle à venir, entourant son chemin de clarté……

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--Le_petit_sentier
[Ventadour, la nuit d’avant dans une taverne]

L’Écossais trainait son accent à couper au couteau dans unes des tavernes du bourg. L’homme avait un objectif bien simple qui l’avait mené à emprunter les chemins détournés du « commerce exonéré ». Un souvenir douloureux, un désir de vengeance….. Honnis soient les Anglois se répétait il toujours. Pendant des années, il avait fourni des armes au rebelles d’Écosse, mais ce jour là, il venait acheter des informations pour un projet de plus grande envergure, prendre quelques contacts pour frapper la Perfide Albion le plus durement possible……

Mais ce soir, le perfide était l’informateur assis face à lui. Déjà son insistance pour offrir à boire à l’Écossais lui avait paru suspecte, mais sur un regard de traitre qu’il lut lorsque trois maréchaux déboulèrent dans l’auberge l’arme au poing, le doute ce fit certitude…..

Ce regard fut en quelque sorte l’élément déclencheur projetant le contrebandier dans la trame de ce récit. Du moins, le couteau qui jaillit dans un réflexe de sa manche pour aller se ficher dans la gorge du traitre face à lui ne lui laissa guère d’autre choix….

Bondissant sur le banc puis sur la table, on pourrait presque croire qu'il est tiré par le coutelas qu’il vient de lancer tant il donne l’impression de le suivre, déjà sa main se referme dessus et le retire des chairs dans une giclée de sang qui vient jeter de nombreuses goutes sur sa cape retombant autour de lui alors qu’il est déjà de l’autre côté de la table, sa victime se vidant de son humeur à ses pieds. Un regard aux maréchaux qui s’élancent vers lui, en épée et en armure….. Il va devoir jouer sur la vitesse…. Le comptoir ! Trois pas, il s’abaisse, ramasse un tabouret et l’envoie vers le premier des gardes, bloquant sa course les trois secondes nécessaires….. Saut de félin sur une autre table qui envoie le contrebandier dans les airs pour atterrir en douceur sur ses pattes derrière le comptoir, devant une tavernière hurlante à l’assassin. Inutile de demander poliment, il la bouscule en se redressant, filant vers la réserve et la porte arrière qu’il n’a pas manqué de repérer avant d’entrer….


[Dans les ruelles de Ventadour]

Un pan de bois s’ouvre à la volée, projetant un écho fracassant entre les murs des bâtisses de la ruelle obscure….. Un contrebandier aux abois jaillit de l’ouverture, pour se dire qu’un jour il prendra le temps de remercier l’éclat de lune faisant luire le tranchant d’acier qui lui fond dessus…. Esquive…. Il se laisse choir, tend sa jambe en pivotant sur lui-même pour balayer ce maréchal qui lui veut tant de mal…… C’est qu’ils ont eu la présence d’esprit de faire garder la porte arrière, mais ici, il n’y en a que deux, et le premier est entrain de s’affaler mollement dans un juron. Son collègue au réflexe plus lent n’aura pas voix plus influente au chapitre vu que son début de réaction fut instantanément interrompu par un poing de highlander jaillissant dessous lui pour venir lui fermer le clapet dans un bruissement sec, impact étourdissant……

Bondissant hors de la ruelle l’Écossais trace en direction de la porte sud du village sous les yeux des habitants médusés mais alors qu’il en est presque en vue, il bifurque subitement dans une ruelle étroite, avançant quelque peu avant de repartir en sens inverse vers le nord sur une voie parallèle et peu fréquentée…… Pendant que les maréchaux le cherchent au sud, lui il sort par le nord, évitant la porte grâce à la technique éculée du grappin….. Le temps d’attendre que passe la patrouille sur le chemin de ronde et il gravit le rempart, cale la griffe d’acier tirée de son paquetage dans un créneau, jette le filin dans le vide et s’y laisse glisser. La neige tapisse le sol et ses poursuivants n’auront aucun mal à suivre sa piste une fois qu’ils l’auront trouvée, mais avec ses petits détours pour les ralentir, il aura bien gagné quelques heures d’avance…..

Sans attendre, il s’élance vers le Nord, à travers la forêt, sur la route de la Roseraie.....



Isa.
[Quelques jours plus tôt ...]

Soulagement enfin ... Allongée dans la cariole, bien au chaud sous les couvertures disposées avec soin par un futur papa aux petits oignons, Isa regarde s'éloigner les remparts de la ville. Jamais auparavant elle n'avait visité ville aussi peu accueillante. Pas même un toit ne leur a été accordé et ce n'est pas faute d'avoir patienté au cadastre. Le seul toit qu'ils ont trouvé, c'est celui de la taverne de la tantine.. A l'étage, trois chambrines dont une qui est devenue leur petit "chez eux" pour ces quelques semaines de séjour et d'attente. En vain.

Pincement au coeur... Tantine ... La laisser là, non par envie mais parce que le coeur a ses raisons que la raison ignore. Et que la vie qu'elle porte est une des raisons de son coeur, l'autre étant le géant qui mène la chariote. Il y est entré sans frapper, comblant de sa présence le vide, tout en douceur, sans rien imposer, naturellement, à sa façon. Comme si tout était écrit d'avance. Et il s'y est installé, prenant sous son aile - ou plutôt sous ses grands bras réconfortants et chaleureux - la bulle qui grandit depuis plus de 8 lunes maintenant. Souvent , il lui a parlé de son nid à lui, là haut ... Son chateau comme il appelle l'endroit. Apparemment éloigné de tout, l'accès n'est connu que de quelques rares personnes et c'est là qu'il voudrait voir naître leur trésor. Et c'est pour cette raison qu'ils sont en route.

Après un arrêt à Guérêt, où elle fait la rencontre d'une rouquine célèbre, ils reprennent la route de l'Auvergne. La sensation de lourdeur ressentie depuis déjà quelques jours s'intensifie et avec elle , la fatigue. Isa dort profondément dans la cariole, contrainte au repos par le géant qui veut éviter une naissance en pleine nature, dans la neige et le froid.



[ La route cachée des Marches d'Auvergne]

Réveil en douceur et murmures par un géant chauve qui la couvre de mots doux et rassurants ... Elle sait, il lui a dit bien avant le départ, que le chemin serait ardu et qu'il faudrait tôt ou tard abandonner la charette et continuer à pieds. Et elle a bien envie de marcher, Isa. Pour se dégourdir les jambes et parce qu'elle en ressent le besoin. Et d'autant plus encore quand Gorbo lui présente son nouveau moyen de transport ...Voyager là dedans, pas question ! D'abord elle n'a pas envie de se sentir emprisonnée, ensuite le géant à beau être ... géant et costaud, il est hors de question qu'il porte le poids des paquetages et le sien en plus. Elle marchera. Après tout c'est pas loin, il l'a dit !
Orion ne laisse pas tomber les bras et c'est un tir soutenu d'arguments qui fini par avoir raison de la volonté de l'étincelle. A contre coeur, elle prend place dans le lit improvisé et le voyage continue ... La nuit tombe petit à petit et avec elle, de nouvelles douleurs, plus intenses et régulières cette fois. Isa pose les mains sur son ventre dur et parle à la bulle, l'enjoignant de patienter encore ... mais la douleur s'intensifie et elle ne peut retenir un léger gémissement. Tournant la tête vers le haut du travois et vers Gorbo qui tire courageusement, elle attrape la main qui oscille au rythme de ses pas et lui souffle


" Il reste peu de temps, mamour " ...


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Gorborenne
[Quelque part dans les montagnes]

Il marche, droit devant.... Comme toujours.... Ainsi va sa vie...... On avance, ou ralentit ou on s'arrête parfois, mais jamais on ne fait demi-tour...... Derrière lui, le travois laisse toujours de profondes traces dans la neige, mais depuis quelques heures, elles ont tendance à se reboucher des flocons qui tombent maintenant par larges paquets...... Autour d'eux, le jour peu à peu se fait plus sombre, jetant des ombres inquiétantes entre les arbres clairsemés du versant qu'ils grimpent lentement mais surement......

Dans une heure tout au plus, il fera nuit, et le Chauve sait très bien qu'il lui en faut encore au moins trois pour atteindre le Val..... Mais quand la main de sa Douce vient chercher la sienne, il s'arrête un instant, s'autorisant une petite halte. Avec précautions, il dépose les bras du travois dans la neige et vient s'assoir un moment à côté d'Isa, posant la main sur la bulle. De fait, ça commence à s'agiter ferme là dedans. Orion sent l'impatiente de l'étincelle qui émane du ventre de sa Cédalia.


- Ne t'en fais pas ma chérie, nous y sommes presque......

Il farfouille dans leur paquetage, en sors une flasque et y boit quelques gorgées d'une petite liqueur de prune réchauffant les sangs comme il se doit. Petit sourire quand sa Douce repousse tendrement la main qui lui tend le flacon d'un "merci, je n'ai pas froid, et puis...... je peux pas, suis enceinte". Bouteille rangée, un instant pour un baiser, puis le Chauve déballe de son barda deux objets de bois, chacun composé de languettes et de crampons de bois sombre entrecroisés. Il les ficelle à ses pieds avec des sangles de cuir fin, et se relève, éprouvant sa nouvelle adhérence sur la neige glissante.... Regarde autour de lui, scruter l'horizon qui les surveille et celui qui les attends.... Puis, agitant un peu le pied pour désigner ses raquettes, sa voix se veux rassurante.

- Avec ça, je ne risque pas de glisser, et j'avancerai même un peu plus vite.

Sans attendre, il reprend sa position de somme, redresse le travois sur ses épaules et reprend la marche, s'enfonçant plus profondément au cœur des montagnes. Autour d'eux, le calme annonçant l'approche du crépuscule commence peu à peu à peser sous le crane dénudé du Chauve, rappelant au téméraire que la nuit en montagne, qui plus est en hiver, est une chose qui ne tolère pas la dilettante et ne pardonne aucune erreur..... Mais ces montagnes, il les connaît comme ça poche, et cette route, il la tracerait les yeux fermées.... Pourtant, une pointe d'inquiétude commence à ce faire jour dans son esprit......

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--Le_petit_sentier
[Autre part dans les montagnes...... mais pas très loin]

L'Écossais a cessé de courir depuis un long moment. En fait, depuis qu'il s'est mis à neiger.... Si poursuite il y a eue, il n'en à pas vu l'ombre d'un aboiement, et maintenant que la neige efface ses traces, il se repose sur la certitude qu'il ne sera pas rattrapé..... Du moins, cette fois ci.... Il a d'ailleurs intérêt à quitter la région au plus tôt, et à ne pas y revenir pour un moment, et il le sait bien. De toute façon, après ce qui vient de passer, la piste qu'il suivait est définitivement rayée de son programme.... trop risquée.....

Remonter au Val, récupérer quelques affaires, et filer vers le nord. Voilà son programme pour le moment. Dans une poignées d'heures, il y sera. Il ne court plus, mais il ne traine pas pour autant. Déjà, il a passé les premier contreforts et s'engage sur les flancs boisés qui mènent jusqu'à la Faille. Mais brusquement, il s'arrête......

Devant lui, dans la neige, des larges empreintes pas encore tout à fait recouvertes attirent son attention. Tracé caractéristique d'un travois, visiblement tiré par un homme. Qui donc serait assez fous pour s'aventurer par ici sous la neige? Mais ce qui l'inquiète surtout, c'est que ces traces ce dirigent droit vers l'entrée du Val, or le contrebandier sais très bien qu'aucune des personne en connaissant l'accès ne s'y risqueraient avec un travois au cœur de l'hiver.

À la couche qui les recouvre, il estime le propriétaire des empreintes à tout au plus une demi heure devant lui.... Et l'Écossais n'est pas chargé..... Dans une quinzaine de minutes, tout au plus, il l'aura rattrapé..... Aux aguets, il reprend sa marche, suivant la piste, accélérant légèrement le pas, sans glisser.



Gorborenne
[La Faille des Âmes en Peine...]

Encore une nuit se couche sur les Royaumes du Lys....... Les derniers instants de clartés furent salués par la levée du vent d'hiver. Chassant les nuages d'où la neige ne tombe plus, balayant les congères autour du petit équipage qui avance toujours.

Au loin, une plainte stridente à peine audible se fait peu à peu plus présente à mesure qu'ils s'en rapprochent. Le Chauve frisonne en silence, tirant toujours le travois sur la neige. Installée sur les fourrures, Isa laisse parfois un gémissement percer le demi-sommeil qui la tient depuis quelque temps. Orion commence à sentir l'inquiétude se faire de plus en plus présente en lui. Le ventre durci de sa Douce montre que l'heure est proche, et la crainte de n'arriver à temps se précise à mesure que l'heure avance. Son pas s'accélère encore un peu, mais reste posé. Dans l'obscurité alentours, à peine atténuée par la faible lueur des étoiles, il avancerait à tâtons s'il ne connaissait pas cette route par cœur.....

Et puis, brusquement, le chemin s'arrête....... Devant lui, un gouffre dont le fond se perds dans la nuit, de même du versant opposé qui d'ici semble ne pouvoir être atteint..... Dans la faille qu'il surplombe, le vent s'infiltrant dans les parois déchiquetées siffle et hurle tant et tant qu'on pourrait croire à mille défunts hurlants leur désespoir....... Le Chauve sait bien que ça n'est que le vent, mais ce bruit lui a toujours glacé les sangs, de même que l'idée de traverser le précipice.....

Tirant toujours le travois, il remonte le long de la falaise jusqu'à atteindre un petit promontoire boisé qu'il reconnaîtrait entre mille: le Pont des Pins. C'est par ici que l'on franchit le gouffre, ici que les contrebandiers ont installé de quoi traverser sans encombre.

Au pied des arbres, le Chauve dépose le travois dans la neige pour s'approcher du rebords et jeter un regard par dessus. Il ne le voit pas dans l'obscurité, mais il sait qu'il est là, le pont menant au cœur des terres de la Roseraie. Orion avait aidé à le construire il y a plusieurs saisons déjà, et il n'était pas peux fier de l'efficacité et de la simplicité du mécanismes qu'il avait mis au point avec les autres.

Sortant de sa rêverie, il dégage la neige d'un gros rocher en le balayant du bout du pied. En quelques instants, à la base de celui-ci, une discrète ouverture se fait jour. De la main, il en sort un bout de corde dont les extrémités semblent toujours coincées sous le rocher. En fait, le filin forme un boucle autour de la roue motrice du mécanisme dissimulé sous la pierre. En tirant dessus de façon continue, le Chauve rembobine peu à peu un double treuil, souriant au cliquetis caractéristique du système de blocage. Au premier treuil pend un contre poids dissimulé sous le surplomb de la falaise, au deuxième s'enroule peu à peu une câble de bonne section qui vient se tendre lentement au dessus du vide, arrimé quelque part à son autre extrémité à l'opposé du précipice. En fait de quelque part, un système similaire dissimulé pareillement sur l'autre rive. L'ingéniosité du mécanisme est de permettre de garder la corde dissimulée dans les profondeurs du gouffre, et de pouvoir la tendre de n'importe quel côté de celui-ci. Un fois traversé, pour dérouler et dissimuler la corde, on débloque le treuil qu'on a rembobiné et qui se trouve maintenant de l'autre côté d'un tir de fronde ou de flèche à bout rond sur une petit cible cachée entre deux pierres renfermant la mécanique qui est alors entrainé par le contre-poids.

Voilà, le pont est en place, plus qu'à le traverser.... Mais quelque chose attire son attention, où plutôt, son instinct déclenche d'un coup une discrète sirène dans sa tête. "Attention, y'a quelque chose qui cloche"........ Orion s'immobilise, ferme les yeux et ouvre large son esprit. Toujours accroupi dans la neige, il guette les alentours tous les sens aux aguets. Une lent crissement dans la neige, à peine audible dans les hurlements du vent dans la Faille, mais il sent quelqu'un approcher, au sens propre du terme..... Un relent d'haleine chargée d'alcool lui arrive portée dans un souffle de la bise glaciale. À quelques pas, sous les arbres, l'intrus n'est pas loin......

Rictus de colère sur le visage du Chauve. En aucun cas, il ne peut laisser quelqu'un en qui il n'a pas confiance avec le secret du Pont menant au Val. Lentement, ses mains amassent un petit paquet de neige entre ses doigts qu'il tasse jusqu'à former un boule compacte. Une large inspiration, et il se relève, tirant au jugé vers l'endroit où il estime l'intrus, visant les branches des arbres pour en faire tomber de large paquets de neige..... Petite diversion..... Déjà, Orion à récupéré sa cognée de sur le travois et marche à grand pas vers l'orée des arbres,
le regard légèrement flamboyant.....

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--Le_petit_sentier
[..... sous le fil du Destin]

Se guidant à la faible lueur qui perle de la voûte étoilée, l'Écossais progresse lui aussi vers la Faille.... Il ne distingue plus vraiment les traces de celui qu'il poursuit, mais il n'a plus aucun doute sur la destination de ce dernier...... Il se doute bien qu'il doit s'agir d'un des quatre autre, mais au vu des évènements récents de son existence mouvementée, le Voyageur de l'Été voit cette traque en plein cœur de l'hiver comme un funeste présage..... Les hurlements dans la gorge rocailleuse et profonde qu'il longe le lui rappellent cruellement, sonnant comme un appel lugubre raisonnant du plus profond des ténèbres......

À pas feutrés, l'arme au poing, il s'approche du pont, demeurant sous le couvert du bosquet d'arbre qui s'étale tout près..... Il distingue dans la neige une silhouette massive accroupie et au cliquetis qui raisonne, il la devine entrain de remonter le pont. À quelque pas de là, un travois dont il ne perçois pas très bien le chargement qui semble emballé de couvertures et de fourrures......


- Damned!

Il étouffe un juron entre ses dents quand une masse glacée de neige et de congère s'abat sur lui depuis les branches qui le surplombe.... Petite roulade sur le côté, il se redresse et s'adosse au dos du tronc d'un pin, son épée collée au torse, prêt à frapper....S'il avait observé plus attentivement la silhouette qui vient de se redresser et marche vers lui à grand pas, une hache de grande taille dans les mains, il aurait certainement reconnu la stature familière du Chauve, mais là, il n'entend que son pas déformé par le tapis de neige qui se rapproche peu à peu.....

- Encore un, un autre, un dernier.....


Mouvement de rotation, il sort de sa cachette balayant l'air de son épée.... Impact, étincelles de la lame et de la cognée s'entrechoquant, dans un claquement sec..... "Dieux ce qu'il fait grand vu de près"...... Une main l'empoigne par le col et l'envoie voler dans la neige, aucun réflexe de parade de la part de l'Écossais cette fois.... Il lâche son arme au passage avant de s'affaler mollement dans la neige glacée.... Juste le temps de se retourner avant de voir l'autre lui bondir dessus, de reconnaître un regarde flamboyant......

- Gorbo!


Gorborenne
[Une apparition fugace.....]

Sous le crâne du Chauve, de sombres désirs se font plus ardents.... Meurtre.... Mort, destruction.... Le Démon s'agite..... Surt le Brûleur réclame son dû de souffrances..... Virant peu à peu de l'émeraude au rubis, le regard d'Orion laisse peu à peu la place à celui de son obscur compagnon alors qu'il s'avance hache à la main......

Ah celui là je vais me le faire! Je vais l'abattre d'un coup comme un arbre malade qu'il est..... Un éclair, il frappe le premier..... Caché derrière l'arbre, malin, je l'ai pas vu venir, je dois rouiller un peu..... Mais insuffisant pour passer ma garde, la hache bouge à peine entre mes mains...... Et lui n'a pas le temps d'arrêter celle qui l'envoie valdinguer, plus qu'à l'achever..... Je lâche la hache pour "nos" couteaux de chasse, et lui saute dessus, en garde pour trancher sec, répandre l'ichor et le sang!

- Gorbo!!

Horizon! C'est l'Écossais, encore un peu et l'acier et sa chair n'auraient fait plus qu'un...... L'est verni celui là...... Me suis arrêté l'acier sur sa gorge..... regard de feu..... Mais lui, j'ai promis à Orion...... Ah, ça me fout en rage, pour une fois que j'avais l'occasion de sortir....... Tant pis..... mais je reviendrai!....... Mes yeux se ferment, le feu se calme......

Et c'est un regard d'émeraude qui se pose sur le Voyageur de l'Été étendu sous lui dans la neige...... Lentement, un sourire malicieux se fait jour sur les lèvres de l'Écossais, quand le Chauve remarque le couteau prêt à lui percer le ventre......


- Match nul, tu te ramollis Duncan.....

- Et toi tu devrais calmer ton Démon....... tu finiras par blesser quelqu'un!

Le Chauve se relève, range le couteau et aide l'autre à se redresser aussi, ils récupèrent leurs armes dans la neige, parlant un peu plus fort qu'ils ne devraient...

- À d'autres, tu nous connais, et tu sais ce que tu lui dois.....


- For God sake..... et sinon, what the hell are you doin' here? Qu'est-ce que tu fais là?

- Ben, la même chose que toi je suppose, je vais au Val.

Un doigt qui se tends vers le travois ou Isa éveillée par le bruit les regarde d'un air mi-effrayé, mi-curieux, mi-c'est-des-façons-de-réveiller-une-dame-enceinte..... Bon, d'accord, ça fait déjà trois moitiés, mais dans son état, rien d'étonnant à ça, et son regard à un furieux air de.....


- Mais-qu'est-ce-que-vous-faites-et-c'est-qui-celui-là-et-pourquoi-vous-vous-battez-et-que-maintenant-vous-vous-battez-plus? Vous-jouez-à-quoi? Gorbo???

- Qui c'est elle Gorbo?

Deux regard peu agréables à soutenir, une Chauve qui bégaie, regrettant de n'être une souris, de pouvoir se faire tout petit......Mais bon, des présentations s'imposent.....

- Isa, voici Ducan, Écossais et contrebandier, un ami de longue date.... Duncan, je te présente ma Douce Isa, futur mère de notre enfant...... Ce qui ne serait d'ailleurs guère tarder....

Avisant des taches de sang au bas de la cape du Voyageur de l'Été, le regard du Chauve se fait plus ferme....


- Je ne te demanderai pas pourquoi tu viens par ici en plein cœur de l'hiver, mais maintenant que t'es là, j'aimerais que tu nous aide à arriver au Val..... Et s'il te plait, sans poser de questions.......


- Comme tu voudras.....

Orion s'approche un instant de sa Douce Cédalia, s'agenouille dans la neige devant elle avant de se pencher pour l'embrasser tendrement.... Caresses rassurantes sur la bulle, le ventre qui se durcit un instant sous ses doigts, grimace qui déforme un instant le visage de sa petite Lusine, bientôt à nouveau éclairé d'un large sourire où se lit quand même une certaine inquiétude.....

De la sacoche à ça ceinture, il sort une petite pochette de cuir fin, d'où il sort une petite boule d'un vert sombre qu'il tend à Isa, lui expliquant de la garder coincée sous la langue et que ça calmera la douleur un moment...... le temps qu'ils arrivent..... Lentement, sous les effets conjugués de la fatigue et de la pastille qu'il lui a donnée, la Douce Cédalia replonge lentement dans une semi torpeur, remarquant à demi la silhouette de l'Écossais entrain de nouer des cordes aux deux pieds et à la tête du travois.

Le temps de décider de la manoeuvre à suivre, et l'Écossais passe en premier, se passant des sangles de cuir sous les épaules et autour des cuisse, s'accrochant ensuite au câble par une tyrolienne.... Quelques pas d'élan et il s'élance dans le vide, mû par les gestes assurés de celui qui n'en est pas à sa première traversée.... Derrière lui traine la corde qui servira à aider le Chauve pour faire avancer le travois le long de la corde..... Il y est..... Orion traine doucement le travois jusque sous le "pont", arrime les câbles de ses extrémités à une tyrolienne plus grosse, puis s'y attache lui-même, ainsi qu'Isa, à grand renforts de sangles et de cordes.... Et à son tour il s'élance, tirant sur le filin que Duncan tient dans ses mains à l'autre bout..... Le travois glisse lentement, frémit un peu, puis bascule dans le vide sans balancer outre mesure, se stabilisant après quelques remous, alors qu'un Chauve et un chevelu tirent sur la même corde pour le faire avancer plus vite.......

Orion tire du plus vite qu'il peu, ne goûtant guère au fait de tanguer au dessus d'un précipice avec sa chère et tendre........ Ne goûtant guère non plus à toute les images tintées de lyrisme et d'ironie qui lui envahissent, sur le fait de voir leurs vies suspendues à un fil au sens propre du terme, et que sous leur pieds hurle un vent comme mille voix de damnés.......

Mais la corde s'amenuise et bientôt les deux mains se rejoignent...... Le travois s'enfonce dans la neige et les deux hommes s'attellent à le tirer un peu plus loin.... Dessus, Isa, de nouveau tirée de sa torpeur tourne un air interrogateur vers les sangles qui la retienne sur le travois, mais Gorborenne qui a déjà défait les siennes lui explique entre deux baisers posé à la sauvette sur la commissure de ses lèvres fraiche que c'est pour éviter qu'elle glisse du travois lorsqu'ils graviront la dernière crête...

Fracas d'un caillou contre un autre.... le Chauve se redresse vivement.... Chuintement des roues qui tournent, claquement du contre poids qui s'arrête au bout de sa propre corde, celle du pont vient de retrouvé sa place, pendant au fond du précipice, invisible...... L'Écossais a bien visé.....

Quelques instants pour ranger les sangles et le reste, et ils repartent, Orion le travois appuyé sur les épaules...... Devant eux, un dernier versant à gravir..... Le col à franchir, et le Val s'ouvrira enfin devant eux.......

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--Le_petit_sentier
[.....Sur la sente qui se trace.....]

L'Écossais ouvre la marche vers la dernière ligne de crête. Il n'avait pas trop apprécié le ton impératif du Chauve au moment de franchir la faille, mais être père, il sait ce que c'est..... Enfin, autre fois, il avait su..... Que sais-t-il encore d'ailleurs de cela? Si longtemps déjà que le Voyageur de l'Été est orphelin de ses enfants.... Exilé à tout jamais des terres cher à son cœur meurtri.... Mais rien ne l'appelle plus là bas, sinon la haine et la vengeance..... Vengeance qui l'avait conduite à Ventadour, et propulsée sur ce petit sentier enneigé au plus profonds des monts d'Auvergne.....

Dans le ciel, une lune à son premier quartier trace un berceau sur la voute étoilée.... Berceau céleste pour un enfant à naitre, jetant sur la neige une lueur blafarde, mais reposante....... La nuit est calme sur la montagne.....

La Lune, un reflet
Sur la neige, un souhait
Dans la nuit, l'aube qui nait....

L'aube à naître...... Celle qu'une jeune femme endormie porte en elle à l'arrière du travois toujours tiré par le Chauve..... Aucun mot ne perce depuis la faille, mais le silence ne pèse pour autant..... Des regards suffisent amplement.... Ils savent très bien, encore quelques minutes, et il quitteront le couvert des arbres pour la sente menant au col...... Ils s'arrêtent un moment..... les yeux rivés sur le vallon qui s'offre à eux...... Val Carança, ses flancs boisés couverts d'un manteau de neiges, ses versants dégagés où aucun des nombreux ruisseaux ne se distingue plus sous le tapis blanc......

L'Écossais reste là un moment, laissant la brise remontant de la vallée lui caresser le visage de ses doigts frais, portant malgré elle les parfums du foyer..... Le Voyageur de l'Été le sait, ici, il ne sera jamais que de passage, mais il se sentira toujours chez lui...... Un regard vers le Chauve.... Il sait qu'en cet instant leurs pensées se confondent, il sait bien ce que cet endroit représente aux yeux de Gorborenne......

Inutile de demander la direction, ça sera celle de "Castel Carança", cela va de soi..... La vue de l'Écossais se focalise un moment sur le versant boisé, repérant le terme de leur chemin près des crêtes, et la route reprend...... ou plutôt, arrive à son terme..... pour l'instant......


Isa.
La notion du temps et de la réalité semblait avoir quitté Isa depuis la dernière halte. Sa vie et sa sécurité, elle les avait confiées à Gorbo mais si jusqu'il y a peu, elle arrivait à somnoler quelque peu entre deux contractions, son esprit reste en éveil depuis quelques instants. Les choses semblent se précipiter et bientôt une impression désagréable la fait se redresser sur le travois. A nouveau pleinement consciente, elle pose les mains de part et d'autre de son ventre dur et cette nouvelle contraction, plus violente cette fois lui arrache un cri de surprise et de douleur ... tandis qu'une chaleur inhabituelle se répand dans le nid de peaux et de couvertures. Glissant vivement une main entre ses cuisses, elle réalise aussitôt et supplie :

Coeur ... combien de temps .... ? Puis ajoute plus bas encore, gênée de n'avoir rien pu faire pour empêcher cela et inquiète aussi de sa réaction à lui ... Je perds les eaux ....

La contraction diminue et elle s'allonge à nouveau, se forçant à bouger le moins possible pour ralentir l'écoulement et donner le temps aux hommes d'arriver à destination. Mais au fond d'elle, elle sait que les choses peuvent aller très vite dès à présent. Rapide inventaire mental de ce dont elle aura besoin ... Pourvu que le chauve ait l'idée d'envoyer son ami en éclaireur. Il faudra du feu, de l'eau aussi, chaude de préférence. Et des linges ... Elle en a prévu, en suffisance.
Les petits vêtements qu'elle a tricoté et confectionné à Arquian sont eux aussi soigneusement empaquetés et il va falloir les sortir et les réchauffer. Les couvertures .... inutile d'espérer récupérer celles sur lesquelles elle repose, le liquide continue de se répandre, sans qu'elle puisse rien y faire et le froid commence à envahir la couche ...

Ne pas céder à la panique ... rester calme ...

Une nouvelle contraction encore et elle se cramponne aux montants du travois, grinçant des dents et retenant un cri, pour ne pas inquiéter Gorbo.

Elle se souvient vaguement de la naissance de sa petite soeur, environ 6 ans plus tôt. Mais les images sont floues ... Des dames entouraient sa mère et tentaient de la tenir à l'écart. Elle avait filé dans l'armoire, s'était tapie tout au fond et en repoussant légèrement la porte, avait assisté à tout, à la fois inquiète et curieuse, ravie aussi de partager ce moment exclusif et intense.

Prier, et parler à la bulle pour qu'elle patiente ... juste un peu encore ...


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Gorborenne
[.... Jusqu'au pied du Grand Hêtre....]

Peur panique...... non pas maintenant! pas ici...... Son esprit se tourne tout entier vers cette petite phrase....... La Bulle arrive...... Son cœur se déchire en mille, voulant courir partout pour hurler sa joie..... sa panique aussi.... puis ce qu'il y a faire.... Il sait plus ou moins quoi, mais il à du mal à mettre de l'ordre dans ses pensées..... Pourtant, dans la nuit qui les englobe un peu plus maintenant qu'ils avancnts sous le couvert d'une épaisse forêt de pins, ses jambes ne semblent pas se laisser distraire par son cœur tiraillé, et continue l'ascension, suivant imperturbablement les traces de l'Écossais.....

Des minutes qui semble des heures, une pente qui donne l'impression d'être plus raide qu'elle ne l'est vraiment..... Mais bientôt, ils arrivent au pied du Castel..... En d'autres temps, le Chauve aurait fait le tour de "son domaine", mais le temps, justement, se fait pressant.....

Duncan, au pied d'un feuillu dégarni dont les branches les plus basses se confondent dans les ramures des conifères, s'attelle déjà à dégager du lierre qui circonvint le tronc une corde dont l'extrémité se perd dans les branchages au dessus de lui. Orion amène le travois au pied de l'arbre, le dépose tout en douceur, et vient s'assoir un instant à côté de sa Douce Isa, posant enfin ses mains sur la Bulle comme il brûle de le faire depuis qu'elle à annoncé son arrivée imminente.... Il voudrait laisser son esprit l'effleurer, lui insuffler des pensées rassurantes, mais lui ne l'est pas du tout, rassuré........

Avec des gestes mesurés, il passe un bras d'Isa par dessus son épaule, puis les siens sous ses genoux et dans son dos..... Petit frisson au contact du liquide qui se refroidit déjà..... Il n'est plus temps de trainer...... Sa Cedalia dans les bras, Orion s'approche de l'Écossais, lui fait signe pour qu'il les accroche l'un à l'autre avec les sangles qui avaient soutenus le travois pour la traversée du pont. Duncan arrime le couple solidement, attachant un des bras de Gorbo aux jambes d'Isa, et le bras d'Isa au dos de Gorbo, ça devrait suffire, puis à la corde qui pend toujours à côté de lui......

Un dernier regard du Chauve à l'Écossais..... Un merci,..... et une traction sur la corde..... Quelques branches qui craquent au dessus d'eux, et ils s'envolent..... Entrainés par un tas de buches dans un filet à l'autre extrémité du filin, qu'il croisent l'espace d'un battement de cœur quelque part à mi-hauteur du Grand Hêtre......


[.....au sommet...... Castel Carança]


Freinage un peu sec à l'arrivée au moment où le contrepoids atterrit en bas..... Grimace et grincement de dents synchronisés d'Orion et de Cédalia alors que les liens qui les enserrent l'un à l'autre se resserrent sur leurs poids respectifs..... Une jambe qui se tend dans le vide...... un bout de pied qui se pose sur la passerelle.... Une petite impulsion, deux mouvements de balancier et la main du Chauve agrippe le rebord d'une plateforme de planches de bois brut, calée sur une grosse branche.......

Si longtemps qu'il n'est venu ici...... Un instant pour se décrocher de la corde, puis d'Isa, et il s'avance sur la passerelle, reprenant son souffle et laissant un moment son regard dériver sur son "château"..... Au sommet du hêtre, fiché entre les branches maîtresse de l'arbre, se dresse, en lieu et place de château fort, un modeste cabanon de bois soutenu par quelques cordes fixées plus haut. Invisible du sol, il se trouvait au dessus de la ligne des arbres, et la terrasse sur laquelle laquelle avance lentement le Chauve est tournée vers la vallée endormie. Rien n'a changé..... La banquette, adossée au mur et la petite table, couvertes de neiges face au garde-corps....

Face à la porte, Gorborenne doit s'y reprendre à plusieurs reprise avant d'arriver à la décoincer du gel qui la prend et la faire coulisser.

À l'intérieur entre les trois grosse branches de l’arbre qui transpercent la maison de part en part, une lourde table de bois de chêne se dresse, recouverte d’un tissu rouge sombre, parsemé de motifs en fils d’argent se mêlant de poussière que le Chauve envoie valser d'un revers de la main pour déposer sa Douce sur la table. Contre un des murs, sous une petite fenêtre au volet fermé, on distinguait un plan de travail où sont semble entassé un empilement de bric et de brocs que l'obscurité empêche de bien détailler....

Orion s'étire un peu les épaules, s'approche face à sa Douce, son sourire luisant dans l'obscurité...... Un main caressant sa joue fraiche, redescendant jusqu'à la Bulle, un baiser, comme un répit...... Le ventre se durcit à nouveau......


- Ne bouge pas, laisse moi un instant....

Il se retourne, sort de sa bourse ses pierres à feu et la mèche d'amadou..... Deux coups, deux étincelles, et une petite flamme qui nait rapidement..... Plus de lumière qu'il n'en faut au Chauve pour trouver la lanterne qui pend à une des branches, l'allumer, jetant une clarté faible mais accueillante sur son antre......

De l’autre côté de la table, de larges fourrures couvrent le sol. La lune, pénétrant entre les quelques peaux qui couvrent la deuxième fenêtre de la pièce, jetait déjà quelques des gouttes lumineuses et impalpables sur l’étagère ou dorment, parmi de nombreuses babioles, quelques livres de vélins et d’autres ouvrages reliés. Devant la bibliothèque, une banquette intégrée au couvercle d’un gros coffre, couverte de coussins et d’une couverture de laine chaude, faisait face à un fauteuil de lecture, dont on reconnaissait la moitié d’un fût de vin qui avait servi à sa confection. L’autre partie du tonneau, posée contre le mur, sert à ranger des buches qui bruleraient dans l’âtre. Ce dernier est fait d’une large pierre plate, posée sur des rondins de bois le long du mur séparant de l’autre pièce. Quelques galets, scellées avec de l’argile, forment le trou du feu proprement dit. La partie du mur dominant le feu est couverte d’une peau de terre à brique durcie, et qui après l’avoir accumulé au contact des flammes, dispensera sa chaleur longtemps après qu’aucune braise ne couve plus sous la cendre.

Dans ce lieu où tout paraît si calme, un Géant s'agite...... Orion parcourt la pièce de long en large, d'abord installer Cedalia...... De l'intérieur du coffre et de la banquette qui le couvre, il prend ce qu'il trouve de couverture et de fourrures, avec lesquelles ils tourne en rond un moment, les bras chargé jusqu'au cou, l'air un peu niais...... puis il se décide pour le fauteuil, ça lui semble le plus approprié.... coussins, fourrures, couverture, en dernier quelques draps de lin..... plus facile pour les taches, enfin, il espère..... on verra bien.....

Retour près d'Isa, qu'il déplace précautionneusement de la table au fauteuil, l'aide à enlever vaille que vaille ses habits humides et froids de la route et du reste pour l'envelopper dans une couverture de laine épaisse un peu fraîche, mais sèche, et l'installer dans le fauteuil.....

Euh, ah, oui, du feu...... Il a du mal à garder de l'ordre dans ses pensées..... Mais son corps agit avec les réflexes de celui qui rentre chez lui..... Ses mains trouvent sans difficultés les brindilles et le petit bois qui viennent bien vite s'entasser dans l'âtre..... Silex et amadou, deuxième épisode, et quelques flammèches lèchent les brindilles qui se vrillent et se tortillent dans le feu qui grandit peu à peu.... Une buche..... pour l'instant......

Prestement, il se redresse, attrape une petite marmite et ressort à l'extérieur, contourne la terrasse vers un tonneau supposé récupérer l'eau de pluie..... Un gros glaçon...... Retour à l'intérieur, retour au coffre qu'il ouvre d'un coup vif.... Une main qui écarte des trucs qui traine et agrippe un long manche qui gît au fond..... Il se relève, la boréenne à la main..... Sa fidèle hache de guerre..... Que de souvenirs partagés......Mais là, c'est un autre combat, contre le temps et les éléments...... Il ressort aussi sec, revient vers le tonneau, lève haut sa hache et la rabat violemment sur la couche de glace.... Dans la panique, ses gestes se font un peu moins mesurés, mais si le tonneau grince un peu trop sous les impacts, la glace au moins éclate en quelques gros morceaux qu'il cale dans la marmite...... Bon, pour l'eau, ça devrait suffire......

Pourquoi de l'eau en fait? Dans les accouchements, c'est bien quelque chose qu'il n'a jamais compris....... Peu importe, il retourne à l'intérieur, met la marmite à chauffer et rajoute une buche dans les flammes, puis retourne auprès de sa Belle Cedalia, reprenant peu à peu contenance sur sa frayeur, l'esprit calmé par les quelques gestes simples accomplis....

Ses pensées plus tournées que vers un seul objectif..... une petite étincelle..... À genoux sur le sol à côté d'Isa, Gorborenne passe une main rassurant sur le front de sa douce, déposant lentement son oreille sur la Bulle, laissant son esprit plus serein cette fois flotter autour de cette petite vie pressée à venir, et lui, pressé à connaître......


- Tout ira bien

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Isa.
[Castel Grande ... le berceau de l'étincelle]

Enfin arrivés ... Isa n'est plus à une surprise près lorsque le géant l'emmène dans les airs, attaché solidement l'un à l'autre. Il avait promis une surprise, elle est de taille. Elle avait plus d'une fois tenté d'imaginer à quoi ressemblerait le "chateau" de son amour. Elle l'imaginait tapi au creux d'une forêt lumineuse, le soleil miroitant dans les feuilles qui dansent au gré du vent et le cachent aux regards indiscrets. Elle le savait difficile d'accès ...Elle espérait de tout coeur qu'il serait nettement moins vaste qu'Arquian et l'imaginait chaleureux à souhait ... De là à rêver de s'envoler pour y accéder ... Un sourire se dessine sur son visage quand elle découvre la pièce, à la lueur de la lanterne qu'il vient d'allumer. Digne d'Orion, adopté par Cédalia ... berceau de l'étincelle ... Oui, c'est ici que la bulle doit venir au monde.

Isa admire émue, le géant d'habitude si sûr de lui et qui semble tellement penaud tout à coup. Elle le sent ému et désarçonné même s'il tente de ne rien laisser paraître. Organisation agitée ... agitation organisée ... impression d'être de sucre ... ou de cristal, sa douceur l'émeut, sa présence la rassure, sa chaleur l'inonde. Orion ne ménage pas ses efforts et petit à petit sa lumière reprend vigueur. S'accrochant à ses mains elle lui demande de l'aider à se lever... envie de faire quelques pas et ..
Oui ... tout ira bien ... Tu peux descendre rechercher les paquetages ...

Nouvelle contraction , paquetages qui tombent au sol alors qu'elle s'agrippe à la table et serre les dents, le souffle court Ne me laisses plus cette fois ... Plongée dans ses yeux, elle agrippe ses mains qu'elle serre tant la douleur est intense ... Ne pas laisser place à la panique, orienter son esprit vers ce qui est doux et confort ... deux bras qui à nouveau l'emportent, ses yeux qui plongent dans ceux de Cédalia et interrogent "Et maintenant, on fait comment ? " et la force de lui voler un baiser tant il est touchant quand il a cet air là ...

Tout va bien ... il faut juste ...les linges ... les vêtements ... Les douleurs se rapprochent, laissant peu de répis à la jeune femme, haletante . Plus envie de marcher à présent ... le bébé est descendu et pousse sur son bassin. Orion fait face... Cédalia puise en lui le calme dont elle a besoin ... un ange passe ...


Coeur ... j'ai envie de pousser ...

--Le_petit_sentier
[...... toujours au pied du Grand Hêtre......]

Les tourtereaux ont décollé, et comme aucun cri de détresse n'a résonné du haut des ramures, l'Écossais en déduit que tout va bien...... Petit regard désœuvré autour de lui..... Se sent légèrement abandonné...... "Je fais quoi moi maintenant?"...... Non pas qu'il leur en veuille de l'avoir planté là comme un malpropre, il comprend tout à fait...... Mais il ne se sent pas le bienvenu là haut pour autant.....

Il reste là un instant, le regard perdu dans le vide et les pensées comme flottant dans le branches au dessus de lui...... Puis ses yeux se posent sur le travois...... et le paquetage qu'ils ont laissé dessus..... "Risquent d'avoir besoin de ça sans doute....."

Duncan décroche le barda et enveloppe tout ce qui traîne encore dans une large couverture qu'il vient arrimer sur le contrepoids gisant dans la neige près de lui..... Le Chauve n'aura qu'à treuiller tout ça..... Il siffle deux coups rapides, comme à chaque "livraison" au Castel...... Il comprendra......

Le Voyageur de l'Été prend le travois débarrassé de toute charge et se dirige un peu plus loin sous le couvert des pins, et le pose en équilibre contre un tronc..... Deux couvertures de son propre paquetage, et il a un petit abri qui lui suffira pour cette nuit....... Par contre, pour la pitance, c'est une autre histoire...... Laissant là ses affaires, l'Écossais s'enroule dans sa cape, carquois à la cuisse, arc dans le dos, et s'en va à pas de loup dans la forêt...... à pas de loup...... c'est le cas de le dire...... ses mouvements se font ceux du fauve en chasse....... et dans l'ombre, il disparaît......


Gorborenne
[..... Une étincelle, par une nuit d'hiver......]

L'aider à se relever, la soutenir alors qu'elle marche un peu..... un autre moment de répit, les premiers pas depuis un moment déjà.....

Un sifflement...... un éclair le traverse l'esprit...... les paquetages....... sourire lumineux de Cédalia malgré la grimace que le tord légèrement, et Orion l'aide à prendre appui sur la table pour ressortir un dernière fois, retourner à la plateforme et faire tourner à grand mouvement la roue remontant la corde et au bout, le contre-poids avec dessus les affaires dont il auront besoin...... petit coup sur le mécanisme pour le bloquer, le bras qui se temps et décroche le paquet arrimé par l'Écossais, et il rentre à l'intérieur, veut déballer le tout sur la table mais le laisse choir à son pied quand il voit les mains d'Isa serrer le bois jusqu'à blanchir.....


- Je reste près de toi mon cœur..... je m'occupe de tout.....

Gorborenne la rattrape dans ses bras auxquels elle vient s'agripper...... dieux ce qui y'a de force dans ces petites mains....... L'aider à se rassoir, dans le fauteuil, la portant presque de ses larges mains, et le Géant de s'agenouiller devant elle, sans savoir trop quoi faire...... Ah, oui, les linges, le paquetage...... il se penche en arrière et attrape le barda du bout du bras, le tire à lui et le déballe d'un coup sec...... arf, où est quoi la dedans??....... des mains qui farfouillent, jetant l'inutile au hasard autour de lui sans trop réfléchir..... ah, le sac de toile, là...... et la sacoche en cuir ici....... ça ira....... Orion maîtrise comme il peut la panique qui cherche à reprendre le dessus, se concentre pour mesurer ses gestes alors qu'il se retourne vers sa douce Cédalia...... Posant ses larges mains sur les genoux d'Isa, Gorborenne ferme ses yeux le temps de repasser dans son esprit le peu qu'il sait sur l'acte de naissance...... Par deux fois il avait assisté à un accouchement, mais sans jamais trop comprendre ce qu'il s'y faisait, d'un point de vue médical du moins..... Mais des images lui reviennent, il en rassemble ce qu'il peut, prends une grande inspiration...... "quand faut y aller..... faut y aller".......

Orion déboucle sa ceinture et les trois étoiles qui l'ornent en permanence retombent mollement sur le plancher en glissant le long du cuir..... De la gourde, il prend quelques gorgés d'eau de vie pour éteindre vaguement le feu de panique qui en lui s'agite, puis il se redresse sur ses genoux et se penche au dessus de Cédalia pour lui en faire boire un peu aussi...... Pas ce qui à de plus avisé, mais bon, ça calmera un peu la douleur et lui donner quelque chose de plus fort n'est aux yeux du Chauve pas une bonne idée...... De toute façon, pas le temps de préparer un quelconque calmant....... Il redépose la gourde, attrape le ceinturon et le replie en six sur lui-même avant de l'approcher doucement du visage d'Isa...... Un baiser, un murmure qui se veut apaisant..... Et il avec une extrême précaution, il fiche les épaisseur de cuir entre les dents de sa belle..... Une chose dont il se souvient, c'est qu'elle risque de mordre de douleur à s'en briser les dents l'une contre elle..... mais le ceinturon devrait suffire......


- Tout va bien ce passer....... mords là dessus......

Il se rassied sur ses talons, poses ses deux mains sur le ventre et le palpe cherchant à ressentir ce qui se passe à l'intérieur de la bulle...... Il ferme les yeux, percevant plus du bout de son esprit que de celui de ses doigts....... Un large sourire se dessine sur ses lèvres quand il retire ses mains pour écarter d'un geste brusque ses griffes de chasse toujours à côté de lui et ramasser sa petite besace de ceinture, il en sort un petit sac de cuir dont il se déverse le contenu et le frictionne sur ses mains..... de la poudre de fleurs de tussilage..... pas grand chose, mais il espère assez pour écarter "les infections qui pourraient venir de ses propres mains"..... Le Chauve n'a jamais vraiment compris ce que son vieux maître en l'art des plantes et de leur usages thérapeutiques voulait dire par là, mais il préfère se fier à ses sages enseignements..... pour un fois......

Bon, comment faire maintenant..... il se sent désemparé face à Isa qui grogne maintenant plus qu'elle ne gémit, les bras distordus sur les accoudoirs du fauteuil, la tête rabattue en arrière et les dents enfoncées dans la ceinture....... Respiration haletante....... duquel? mais des deux voyons! Le souffle court et leurs visages déformés par d'horribles grimaces, le Géant et sa Lumière se font face.....

pousser.......

Comment l'aider?? Ah, autre chose lui revient..... De ses larges mains, il empoigne les chevilles d'Isa et les soulève pour venir les caler contre ses larges épaules..... et bascule manque de basculer en arrière sous l'impulsion d'une contraction qui tends les jambes de sa Douce...... Gémissement et cri de surprise cette fois..... On réessaye...... Le Géant se remet en place, les pieds d'Isa dont il coince les talons entre sa clavicule et ses pectoraux et il place ses deux mains de sur les cuisses, se penche en avant pour mieux peser de son poids..... et attend......


- Tu inspire, et quand du sens que ça vient, tu bloques et tu pousses

Une nouvelle contraction....... plus longue, plus forte....... Orion résiste du mieux qu'il peut à la force éclatante de sa petite Lusine qui manque de le renverser encore un fois...... Mais il tiens bon........ Et la bulle se calme.... court répit..... Pour elle, pas pour le couple...... Isa à qui la douleur à porter les larmes au yeux martèle le torse de Gorborenne de la rage de celui qui se sent impuissant à grand renfort de coups de pieds. Un visage qui se veut stoïque mais qui cache la déchirure de voir d'un côté souffrir ainsi celle qu'il aime, et de l'autre, le bonheur de sentir l'étincelle qui se rapproche..... N'empêche qu'avec ses bras qui tournent à tout vent en essayant de récupérer prise sur les jambes qui battent dans l'air autour de lui, le Chauve à un furieux air de pantin articulé....... Mais cette pensée ne l'effleure même pas, concentré qu'il essaye de rester......

Le manège se répète, le temps passe...... Les contractions se font plus longues et plus violentes, les flots de sueur et de larmes plus abondants...... Pourtant, autour d'eux, l'espace semble se figer, sur la montagne, la forêt garde silence..... retenant son souffle dans l'attente.... Comme le peuple à l'expecte de l'issue d'une bataille, car c'est bien d'une bataille qu'il s'agit...... Qui peu oser prétendre qu'une femme manque de courage alors que se sont elles qui mettent au monde et le plus souvent élèvent nos enfants?...... Qui peut prétendre à plus long et plus douloureux combat que celui-là?........ Et à plus merveilleux aussi...... Les pleurs du Géant se font larmes de joie quand un petite tête déjà couverte de quelques cheveux sombres se montre enfin...... Ce n'est pas le moment de flancher...... Le Chauve change sa prise, bloquant les deux pieds d'Isa d'un bras pour de l'autre main venir accueillir cette petite étincelle qui déjà embrase son univers...... Le corps se montre, rapidement suivi des jambes...... - à noter que le "rapidement" est ici une notion à prendre avec la relativité de circonstances...... - Mais nous nous égarons alors que l'instant est crucial..... Le bébé au creux de ses deux mains énormes, le Orion est trop fatigué et à la fois trop émerveillé, trop rayonnant pour prendre garde au jambes de Cédalia qui retombe mollement à terre dans un soupir.... Un sourire en s'en décrocher les mâchoires alors qu'il porte leur enfant dans ses bras et le soulève vers Isa, comme pour mieux le voir, mieux s'assurer qu'ils ne rêvent pas......

Un cri...... un premier cri...... Salut d'une vie nouvelle au monde qui l'accueille...... Comme un fleur qui éclot au premiers jours du printemps.......Un murmure qui peu à peu se fait cri de joie, presque de victoire......


-Lileia....... Une fille, c'est une fille...... Notre fille ma Douce, c'est NOTRE FILLE!!!!!

Il voudrait bondir, danser mille farandoles tellement en cet instant, son cœur n'est que lumière et bonheur, mais quelque chose le rappelle bien vite à l'ordre, le ramène à la gravité des choses et de l'instant, sans refréner sa joie, mais lui rendant tout ça concentration........ Devant ses yeux, pend toujours le cordon......
Une seconde de réflexion..... Se rappeler comme il peut de la marche à suivre avec ce qui lui reste d'esprit dans un regard autour de lui..... Les linges, dans le sac de toile! D'une main il s'en saisit, les déballe et les étale devant lui, y dépose le bébé, précautionneusement, l'emmaillote, délicatement..... Deux lacets de cuir sorti de sa sacoche, et fermement, il ligature par deux fois le cordon...... Le couper..., les yeux qui cherchent se posent sur les coutelas de chasse...... Il aurait préféré les laisser à leur place...... mais bon...... Le geste fut vif et net, motivé par la nécessité mais teinté d'un certain regret..... Une petite goutte de sang sur la lame et sur le sol...... si peu..... Orion détourne les yeux..... Se débarrasse de l'acier pour reprendre dans ses bras le bébé qu'il s'emploie à mieux emmitoufler.....

Une caresse, un baiser, à sa Douce et à son enfant, les yeux encore fermés sur le ventre de sa mère..... Deux énormes bras qui les enveloppent tendrement....... Garder cet instant à l'épreuve du temps.......

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