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[RP - fermé] Quand un + une font un voyage

Alycianne
[Un, deux, trois, nous irons au bois...]


- Hue, Miroul, huuue !

Et la fillette d'un mouvement du poignet fit agiter sous le nez du fier destrier la carotte, qui, attachée à un fil lui même noué sur un long bout de bois tenu par la-dite gamine, se trouvait être l'appât de cette merveilleuse invention venue de Natsuki, et baptisée depuis peu par Alycianne, cane-à-âne, ou Canane. Cependant, n'allez point croire que Miroul est un âne, puisque l'on vous répète que malgré sa grande ressemblance avec ses cousins les bourriques, c'est un cheval, un vrai, ayant juste quelques ancêtres lapins -d'où les grandes oreilles. Et étant donné que les ânes, tout autant que les chevaux et les lapins aiment les carottes, la Canane s'était révélée plus qu'indispensable pour faire avancer le vieil animal.
Il fallait donc les voir, tous trois. Miroul, surchargé, avançait donc d'un pas d'un dynamisme pour le moins douteux. Lourde charge, donc, composée d'un Mathias, semblant de carte à la main, qui guide l'équipage, d'une Alycianne juste derrière lui, un bras enserré autour du blondinet -pour se tenir, hein, juste- et chargée de tenir la Canane, et de leurs affaires, pendant de chaque côté de la croupe de l'animal (et contenant, entre autres, habits, croutons de pains, carottes de rechange et les fameux pots de confiture de framboise).

Ils étaient partis de Concèze en assurant Aleanore que Miroul leur suffirait, et que de toute façon, la Touraine n'était pas si lointaine. Moyennant une multitude de baisers claquants, ils avaient mis fin aux déchirants adieux, sur un départ en cavalcade impressionnante de l'âne -d'ailleurs, la seule à ce jour. Voyage, qui, pour l'instant, se déroulait très bien au goût d'Alycianne, autant par la compagnie de Mathias, que par le peu d'embuches et d'ampoules aux pieds -merci Miroul- qu'ils avaient rencontré.

Cependant, il fallait bien que quelque chose arrive -une erreur que de laisser ces deux-là seuls, vous dis-je- et ce fut Mathias qui l'annonça par un doigt pointé à l'horizon sur une silhouette, dans le lointain.
C'était lui, il en était sûr, l'affreux, l'horrible, le vil maraud qui l'avait délesté et amoché, en arrivant sur Guérêt. Alycianne hoche donc la tête, puisqu'il le disait, c'est que c'était vrai, et envisage un instant d'aller dire deux mots à celui qui n'aura, plus tard, plus de jambes -car elle le lui aura coupé à ce sale méchant-, mais Mathias l'enjoint de plutôt se cacher, ce serait plus sûr, et non pas lâche, puisque cela leur permettrait de garder des forces -ou du moins, de ne pas en perdre- pour pouvoir, plus tard, punir le faquin.
Fillette donc qui en convient, et passe une jambe par dessus leur monture pour se laisser souplement tomber au sol. Elle aide par la suite le blondinet à descendre (le pauvre a encore mal à la jambe).
Du regard, ils cherchent une cachette, qui sera finalement pointée du doigt par Alycianne :


- Là-bas, sous les arbres, derrière le buisson, ça peut même cacher Miroul !


Puis elle brandit la Canane, pour décider l'animal quelque peu récalcitrant à quitter la route. Il était temps, d'ailleurs : l'homme se rapprochait. Les voilà donc tous les trois masqués par le fourré, et tandis que Miroul plonge dans son état végétatif de vieil équidé, les deux gamins, eux, observent à travers le feuillage, en retenant leur souffle, le brigand, lentement, lentement passer un peu plus loin devant eux.

- C'est lui, t'es sûr ? Il a pas de casque, lui, un chapeau dans le juste...
Et il a vraiment la tête d'un vil méchant qu'il lui faut les jambes coupées.


Elle pose ses mirettes sur son ami et sa bosse qui lui marque encore le front, s'attendrit devant la petite figure enfantine. C'est qu'elle a un faible pour les blonds.
Et ce méchant là, il lui a tout presque piqué, même il voulait mon caillou ?! Ah nan, lui, il mérite pas la vie, l'est trop tombé dans la méchanceté pareille ! On touche pas à Mathias, d'abord !
Yeux qui viennent fusiller le dos de la crapule qui s'éloigne, puis qui tombent au sol, sur, sur...

- Oh ! Des champignons !

Et au ventre de la petite de se réveiller sur ces mots en un gargouillement pas très subtil.

Edit : On feeeerme ! Horaires d'ouvertures quelque peu réduites, s'cusez.
_________________
Alwilda
[Le Bal des Champignons]


Plongé en pleine exploration de broussailles, un minois ébouriffé défie les lois de la gravité en s’obstinant à flotter en lévitation aux ras des pâquerettes. Les émeraudes observent avec attention la moindre parcelle de terre en espérant dénicher quelques champignons, ces fameux végétaux plus tendance les uns que les autres, avec leurs chapeaux aux bords arrondis, leurs corolles à dentelles ou leurs cols évasés. A croire qu’ils ne savent plus quoi inventer pour plaire !
Méfiance toutefois ! Les plus tape à l’œil sont souvent les plus mesquins et ceux qui n’hésiteront pas à mettre en péril votre santé pour se venger de s’être fait dévorer ! Ils sont hautains et leur susceptibilité n’aime pas être mise à l’épreuve par une défaite. Si vous avez le choix, mieux vaut ne pas s’y frotter ! Passez votre chemin, et ne faites pas d'histoire !


Madame girooolle,
Qui faisait la fooolle,
Dit je me marie demaaain,
Un bolet voudrait ma maaain.


Séant au vent - mais couvert évidement ! - c’est une jeune fille pliée en quatre et chantonnant à voix basse, qui gratte la terre avec la lame élimée de son couteau. Elle déterre ses trouvailles avec soin, prenant garde de ne pas les abimer, avant de les déposer dans le fond de son panier, où une petite monticule s’accumule, promettant un dîner savoureux pour la soirée à venir. Cela lui changera un peu d’une sempiternelles soupes aux trois légumes - une tranche de potiron, un bol d’eau du puits et une vaguelette du lac. Bah oui ! Alwilda doit faire avec les moyens du bord, et des moyens, elle en a pas beaucoup! Alors elle improvise. Suffit d’avoir un peu d’imagination et de ne pas faire sa difficile ! De toute façon, elle n'a pas vraiment le choix. Elle a du se serrer la ceinture pour pouvoir acheter un petit lopin de terre à exploiter - un futur champ de blé, c'est décidé ! - ainsi qu'une baraque croulante, tellement rongée par les termines, qu'il ne risque pas d'y avoir des problèmes d'aération. Il fait presque meilleur dehors !

Tête de girooolle tête tête fooolle,
Vous n'avez ni bras ni maaains,
Vous n'avez qu'un pied très fiiin.


La frimousse se redresse enfin, tandis que le corps se déplie et s’étire de tout son long pour effacer les courbatures d’une position voutée. Les mains sont essuyées distraitement sur le vieux tablier, y étalant de sombres traces de terre, avant de se saisir du panier en osier. La jeune fille reprend sa route à pas lents, les yeux à nouveau rivés au sol, la chansonnette s’échappant toujours de ses lèvres.


Chaaampiiignooon marron,
Mon champignooon si bon,
Mon champignooon,
Nous danserooons sous les...

- Oh ! Des champignons !


Le nez se redresse vivement alors que les yeux s’écarquillent de surprise. La bouche entrouverte ne produit plus aucun son. La voix enfantine est proche. La fillette doit être dissimulée par les buissons se trouvant à la droite d’Alwilda, et qui dit fillette, dit champignon, à parement ! La jeune fille se précipite soudain vers les fourrés, qu’elle traverse tant bien que mal à grands coups de bras, de griffures et de jérémiades, se contrefichant de ne pas être la discrétion incarnée.
L’obstacle franchi, elle déboule en braillant comme une dégénérée, devant deux gamins, probablement des plus surpris :


- Des champignons? Où ça? Où ça?

Les yeux fous n'accordent que très peu d'importance aux deux enfants, et cherchent avec avidité les petits végétaux, qu'ils finissent par trouver aux pieds de la fillette. Les sourcils se froncent alors qu'un rictus menaçant se dessine sur les lèvres et que le couteau élimé est pointé en direction de la petiote :

- Qui a parlé de champignons? Ils sont pour moi! Pour moi!

Hors de question qu'elle partage ! Elle était dans le coin en première, à elle la priorité !

_________________
Mathias_
[Cat', sain, scie, cueillir des champis...]

On ne saurait se figurer le contentement du Mathias, fiérot en cet équipage qui lui semblait grandiose, entre sa mule -dont il répétait à l'envi que c'était un cheval- et pis l'Alycianne qui chevauchait derrière lui, boucles au vent. L'avantage de Miroul fut que son train lent ne risquait pas de faire pâtir prou le blondin, dont le navrement à la gambe droite commençait à s'estomper.
Il repartait à l'aventure, mais icelle non plus solitaire, comme au début de sa "fugation". Il n'empêche que quitter le domaine de Concèze, combien qu'il fut bien accompagné d'ores en avant, ne se fit pas sans quelque nœud dans le gargamel. Il n'y à pas à dire, se faire panser en douillette couche, sans jamais être sailli par la faim, c'étaient d'agréables conditions de vie. C'est pas tout le monde qui peut se permettre d'avoir un oreiller confectionné avec de vraies plumes !
Ça change des moines et de leurs couverture à même le sol dallé froidureux. Souvenirs...

Époque déjà lointaine dans la cabèche d'Mathias, qui en a vu tant et tant ces derniers temps (je fais dans les assonances en ce moment). Il était des choses, au rebours, qu'il aurait préféré, elles, ne pas revoir. En effet, il fut pris sans vert quand il reconnut à bonne distance le grand benêt qui l'avait osé attaquer sur le chemin de Guérêt, il y a de cela une semaine.

Ayant le ménage de sa troupe, le chefaillon se devait choisir la bonne option, et vite !
Attaquer tout piques dehors ? Arf, c'est que l'équipage n'a pas de piques ! Au mieux des bâtons, Mathias n'ayant jamais remarqué l'épée qu'Alycianne portait au côtel.
Foncer à brides avalées en espérant ne pas être reconnu du brigand quand il serait au botte à botte avec lui ? Malgré le truc de la Canane qui fonctionne, le galapian n'avait plus trop fiance en son destrier, pour ce qu'il était très chargé en plus ce jour !
Ne restait plus que le fourré.


"Opérons un cache-cache stratégique Alycianne! Conservons nos forces pour quand on sera des grands grands!" Alors qu'il donnait des simulacres d'ordres, il se sentait de faire d'amples mais rapides geste du tranchant de la main, comme si cela pouvait aider à la compréhension de ce qu'il indiquait.
La sagace Alycianne trouva l'endroit idéal afin de se terrer. Au passage du coquart, nos drôles se tirent cois et quiet, bien qu'en chacun d'eux la rage bouillonnait de voir ce traitre gisant démantibulé pour expier ses fautes et bassesses.

Sans avoir eu le temps de reprendre ses esprits, les tempes lui cognant encore vigoureusement de cette fugace rencontre malencontreuse (je vous avais dit pour les assonances ?), la jolie voix de sa compagne de voyage tinta aux oreilles du minot:


"- Oh ! Des champignons !"


Se courbant en deux afin de ramasser les précieux ingrédients de sa future tambouille, un nouveau son vint, bien moins chatoyant celui-ci, lui chatouiller les pavillons. C'est qu'elle avait tout aussi faim que lui la petiote ! Le gargouillement se répèta mais cette fois d'une façon bien plus puissante. Œil qui se lève, accompagné du sourcil :

"Alycianne ... jusqu'à présent je trouvais que tu ressemblais au chaperon rouge, mais ton ventre fait plutôt les bruits du grand méchant loup !"

Que nenni, ce n'était point de l'estomac de la mignonne que venait le CRAC entendu. Mais du bruyant pas d'une nouvelle venue en leur dos, vers qui les deux marmots tournèrent un ou plutôt des n'oeils ébahis. La grande petite -ou petite grande, à votre guise- qui tenait à la main un cotel pointé vers l'un et l'une, ses yeux laissant transparaître un brin de démence, les invectiva sur un ton des plus menaçants:

- Qui a parlé de champignons? Ils sont pour moi! Pour moi!


Comme de toute évidence, la meilleure chose à faire pour rasséréner un sujet aliéné était de lui exposer clairement les choses -qu'elle logique imparable, n'est-il pas ?- Mathias se mit en tête de résonner la mignote. Mais avant que de l'aborder tout de gob, il glissa un murmure à l'oreille d'Alycianne : "Laisse moi faire, je vais tenter de parlementiser"

S'avançant vers la caillette toute de vert parée, il lui tint à peu près ce langage :


"Gente damoiselle" essayant ici de mettre à profit les formules ampoulées et élégantes que lui avait enseignées dame Aleanore, "Je vous prie de m'excuser, mais nous étions sur ce coin à champignons avant vous. Ainsi, ils nous reviennent de droit." Ce que l'expression 'de droit' signifiait, le garçon n'en avait pas la moindre idée ! mais malgré toute sa verve, le discours du bambin n'eut pas l'effet escompté sur son interlocutrice. Point quinaud pour deux sous, ne ravalant jamais sa superbe, il ajouta, tentant le compromis.

"Mais nous pourrions tous les cuire et les manger ensemble ?"
Voyant que ses chances d'arriver à un quelconque arrangement par les mots étaient nulles, cette dernière phrase fut prononcée de façon à peine audible et il se décida de jouer incontinent des muscles, du haut de ses trois pommes. Grimaçant le moins possible afin de cacher sa blessure à la gambe, notre héros en herbe se mit à faire une démonstration de bâton qui se voulait impressionnante -autant pour Alycianne que pour l'inconnue pour tout dire-.

Se fichant à nouveau droit sur ses membres, Mathias savourait son savoir-faire expert : alliage de fermeté, d'élégance du style, de "parlementation" et de démonstration de force. Pour sûr, il sortirait victorieux de ce différent. S'il en était autrement, il savait déjà ce qu'il faudrait faire, ou le saurait en temps voulu ... enfin bref, il improviserait quoi...
Alycianne
[C'est touit neuf ! Mais c'qu'l'autre elle a des champis dans son panier neuf !]

Alors qu'elle se penche pour ramasser ses trouvailles, la remarque de son compagnon blondinet l'atteint en plein cœur. Elle manque de défaillir, en perd même le rouge de ses joues. Quoi ? Comparer son ventre à celui du grand méchant loup ? Méchant, son ventre ?
Et pendant qu'une jeune fille se dépêtre d'un fourré pour débarquer en braillant, l'adorable se lorgne le bidon, sans un regard pour la nouvelle venue.
    Bidon, bidon chéri,
    Tu ne fais que de doux gargouillis,
    Et même Maman le dit,
    Tu es digne d'une demoiselle polie !
Quelque peu rassurée, la petite cherche tout de même le contact de ses cailloux, mais se rappelle qu'elle les a tous confiés à Miroul, puisque ses nouveaux habits n'avaient pas l'option "poches".
Elle relève les yeux, et semble seulement réaliser la présence de la jeune fille au couteau.


- Qui a parlé de champignons? Ils sont pour moi! Pour moi!

Sourcils qui se froncent, tandis qu'elle ordonne ses pensées pour sortir une réplique bien juteuse à la malotrue. Tout d'abord, elle ne s'est pas présentée. Ensuite, elle leur crie à la figure alors qu'il n'y a pas besoin, puisque personne d'autre dans les environ -et c'est Miroul, avec ses giga-oreilles ultra puissantes qui va finir sourd, avec des cris pareils. Enfin, elle a dit deux fois "moi", et ça, Alycianne ne sait pas pourquoi, mais ça lui fait froncer le nez. Sans doute, d'ailleurs, parce que d'habitude, c'est d'elle qu'on parle, et pas d'une autre fille, en, en ... Vert ?
Elle écarquille les yeux. Malpolie, et d'un manque de gout inconsidérable !
Mais un chuchotis de Mathias la coupe dans son élan de réprimande, et elle décide de le laisser faire, du moins, le laisser commencer.

Et si Mathias a oublié le stade pri-mor-dial des présentations, c'est tout de même avec un tact et une aisance admirable qu'il s'adresse à la jeune fille, se faisant par là pardonner par Alycianne pour les quelques paroles bouleversantes et déplacées qu'il aurait laissé échapper. Enfin, il fait même preuve d'une gentillesse extrême en invitant la malpolie à partager leur champignons, gentillesse louée par la gamine fourrée lorsqu'elle eut vu que le panier de la fille d'en face contenait jolis champignons, et qu'ils aurait donc, si partage, un "dilicieux" repas.
Le garçon empoigne son bâton, et de quelques mouvements, en laisse une Alycianne toute admirative, qui rajoute donc à tout ceci sa petite touche personnelle :


- Je m'appelle Alycianne, j'ai six doigts de printemps, et lui, c'est Mathias.


Et à la future dame-chevalier de saisir les pans de sa cotte, et, comme enseigné, d'esquisser une petite révérence. C'est dame Aleanore qui serait fière !
Avec une paire pareille, une Alycianne et un Mathias, nul doute : la jeune fille ne peut qu'être impressionnée ! Cette idée fermement implantée dans la caboche de la fillette, il serait maintenant difficile de lui faire avaler que la nouvelle arrivée n'accepterait pas leur invitation.

Puis comme pour appuyer leurs dires, la gamine cueille délicatement un champignon au long pied qui trônait devant elle, et le plante sur une grande brindille de bois, signifiant par là : celui-ci est à moi. Elle se redresse, pointe sa brochette vers Miroul -qui, j'en suis sure, retient son souffle- et son paquetage dans lequel se trouve la pierre à silex :


- Qui sait faire le feu ?
_________________
Alwilda
[Dix, onze, douze… j’aime pas l’rouze !]


Décontenancée par la proposition et les formules raffinées employées par le marmot en approche, la jeune fille en oublie sa méfiance et l’observe avec de grands yeux stupéfaits. Le bras tendu dans sa direction devient sensiblement plus mou, faisant piquer du nez la pointe de la lame, qui ne menace plus que très vaguement, et sans grande conviction, les pieds de son adversaire miniature. Profitant de cet instant de faiblesse, celui-ci, bâton en main, se lance dans… dans… une gesticulation des plus rocambolesque ! ne manquant pas d’impressionner les deux spectatrices et suscitant le doute dans l’esprit de la plus âgée - mais pas forcement la plus expérimentée ! - Le morveux ne serait-il pas en carence d’une case ou deux ? Il faudrait songer à le faire soigner, non ?

- Je m'appelle Alycianne, j'ai six doigts de printemps, et lui, c'est Mathias.

L’attention est détournée et les interrogations sont oubliées aussi rapidement qu’elles sont apparues, tandis que le regard émeraude se tourne vers la fillette, qui leur offre une révérence des plus ravissante. Retrouvant sa politesse par réflex, Alwilda s’empresse d’incliner la tête et de saisir un coin de son tablier crasseux pour esquisser une révérence des plus maladroite, avant de se redresser et de prendre la parole d’une voix aux intonations devenues douces et chaleureuses :

- C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis Alwilda, j’habite dans le village non loin.

Et de faire un geste vague pouvant indiquer tout et n’importe quoi. De toute façon, la jeune fille serait incapable de leur en dire plus. Elle a un sens de l’orientation des plus déplorable et c’est à peine si elle est encore capable de reconnaitre le buisson du quel elle a fait son apparition quelques minutes plus tôt. Il y a fort à parier qu’elle aura quelques difficultés à rentrer chez elle, mais pour l’heure, là n’est pas le propos. Il sera toujours temps de s’en inquiéter le moment venu !

La question immédiate est plutôt de savoir si elle allait accepter ou non de partager les champignons avec les deux marmots, surtout qu’avec son panier plein - ou presque - elle en possédait bien plus qu’eux ! L’échange ne semble pas très équitable, et puis ce Mathias, il a quand même l’air un peu bizarre… Va falloir qu’elle se méfie ! Si ça se trouve, dès qu’elle baissera sa garde il va essayer de l’attaque pour lui voler ses champignons… Et de poser un regard douteux sur le garnement en resserrant sa prise sur le couteau, qu’elle avait presque oublié avec tout leur baratin.

Les yeux se posent ensuite sur Alycianne, entrain de cueillir un champignon se trouvant à ses pieds. La petiote a l’air gentille et ressemble à une petite poupée bien élevée, malgré son mauvais goût évident quant à sa tenue vestimentaire ! Du rouge ? Une gamine de son âge ne devrait pas porter une telle couleur, bien trop criarde et aguicheuse… D’ailleurs, le rouge devrait être réservé aux filles de joie ! Alwilda est persuadée qu’il faudrait réglementer le port du carmin - On réglemente bien tout et n'importe quoi, alors pourquoi pas ? - Peut-être qu’elle devrait soumettre un nouveau projet de loi au conseil ducal… Oui, avant de se lancer à l’échelle du royaume, mieux vaut faire un essai sur un territoire plus restreint… Ou peut être qu’elle devrait proposer cette loi chez leurs voisins angevins, comme ça, si le projet s’avérait foireux, il n’y aurait pas à se soucier des conséquences !


- Qui sait faire le feu ?

Un ange passe, une nouvelle idée trépasse. Du feu ? Ah oui, pour faire cuire les champignons…
Le couteau est déposé dans le panier, qu’elle tend ensuite à Alycianne, décidant de lui faire confiance - mais le morveux il va se brosser !


- Tiens, tu peux t'occuper des champignons, mais tu les manges pas tous dans notre dos ! J'vais faire le feu... avec l'aide de Mathias...
Mieux vaut l'avoir à l'œil lui ! Il nous faut du petit bois, des branches, ou bien des copeaux, tout ce que tu trouveras dans les parages. Vous avez une pierre à feu?
_________________
Mathias_
[Avant goût salé, arrière goût amer...]

Mathias se félicitait en son for d'avoir réussi, aidé très superficiellement par Alycianne, à rendre un brin plus accorte l'Alwilda, bien que son œil inspirait encore la méfiance, quelques étincelles de folie s'en échappant encore.
Quelques instants et présentations plus tard, et voilà la petite grande qui se met à vociférer derechef :


"- Tiens, tu peux t'occuper des champignons, mais tu les manges pas tous dans notre dos! J'vais faire le feu... avec l'aide de Mathias... Il nous faut du petit bois, des branches, ou bien des copeaux, tout ce que tu trouveras dans les parages. Vous avez une pierre à feu?"

La jeune niquedouille vient à peine d'arriver dans l'aventure qu'elle se plait à donner des ordres. Le mioche ne laissa pas de répliquer, la crête haute et le poitrail gonflé, avec une voix tonnante qu'il contrefaisait avec grand mal :

"Nan mais ça va bien maintenant, ici personne ne me donne de commandations. Si je vais chercher du bois, c'est parce qu'en tant que garçon JE suis le plus fort, et que JE l'ai décidé." Et toc! V'là les choses remises en place, et fissa! C'est qu'il n'était pas le presque fils d'un borgne chef mercenaire pour rien le marmot! Il départit en plantant là l'Alwilda, qui était censée l'accompagner, enfin... selon ses dires.

Musant donc dans le sous-bois, en mode solo, l'œil à l'affut du moindre bois sec, aidé de son bon Miroul pour ce qui est du transport, son cheval étant comme on le sait, plus robuste que son poil grisonnant ne l'aurait laissé penser. Pis ce fut la trouvaille, lui qui n'était jamais allé jusque là à la cueillette aux champignons, il tomba sur un spécimen tant beau qu'il ne pu céder à la tentation et le saisit à sa base.


"Il est rouge en plus, c'est la couleur de la préférence d'Alycianne! Elle sera contente, je pense."

Ayant amassé brindilles et branchages morts, secs assez pour faire bon feu, le petit revint, de son propre chef, en trottant vers la clairière où Alycianne préparait les mycètes. Tout fiérot de sa trouvaille, il vint la présenter à sa topine :

"Aly! Aly! Regarde comment qu'il est beau celui là! Je vais bien l'accommoder, comme les autres, et on fera un festin digne du Roy!"

Après avoir échangé avec son Une des 'OOOhhhh' et des 'AAAAhhh' émerveillés, il dut attendre que la grande petite attifée de vert ai mis en branle feu avec la pierre à briquet -lui lançant pendant tout ce temps de furibonds regards, genre "t'as pas encore fini oui?"-, avant de poser sur le foyer une grande casse et d'y jeter les champignons. De sa musette, il tira des grains de gros sel et de poivre noir avec lesquels il assaisonna le tout, l'arrosant à la parfin d'un petit filet d'eau claire. La cuisson arrivait vite à son terme que les vapeurs déjà étourdissaient un peu la demi-portion.
Portant à sa bouche une cuillerée de la mixture qui était bien plus ragoûtante par son odeur que par sa texture -à dire le vrai, assez gluante et poisseuse- il gouta le plat. Celui-ci était véritablement bon, bien qu'un peu trop salé, allez savoir pourquoi...

Galant garçon à ses heures, il se mit à servir le tout en trois parts égales versées en leurs écuelles respectives. Alors que les langues se déliaient, tant par le gloutissement des aliments que part la connivence qui commençait à exister entre les trois comparses, le temps passait. Et avec lui, l'arrivée d'un certain malaise...
Natsuki.
Interlude

L'inconvénient avec les histoires, c'est que si l'on veut bien les agencer, en plus des différents personnages incarnants stéréotypes et consorts (tudieu, il faut bien se gausser de ses énormitées, sinon que ferait-on ?), il leur faut un début, un milieu et une fin. Les stakhanovs de l'écriture et de l'imagination orneront leur racontars de morales douteuses et d'expressions décousues, mais en aucun cas ils ne sortiront de ce tryptique essentiel.

Natsuki n'ayant pas pour passion la cueillette de moisissure dans les bois en plein hiver, il me parait important, pour ne pas faillir à la règle précédemment énoncée, de dire ce qu'elle faisait. Dont acte.

Elle était dans sa chambre, dans la seigneurerie, si l'on peut la nommer ainsi, de Léméré, la propriété de son noble de père. Ce dernier -objet pourtant de sa quête tourangelle- ne s'était guère montré ces jours derniers, accaparé par sa fonction de magistrat et de sa candidature au duché. Quand à sa fille, elle avait eu le mal du pays. Certes l'expression parait ici mal choisie, car si mal du pays il y a, c'est quand on le quitte et non quand on retourne; néanmoins tels avaient été ces propos car seule cette région avait la capacité de la rendre malade. Donc mal du pays. Logique.
Elle s'était décidée finalement, après avoir su que son père logeait à Vendôme, de l'attendre dans sa demeure, où elle y avait évidemment sa place. Quelques excursions d’une journée ou deux en la capitale dans l’espoir de revoir celle qui s’auto-proclama préceptrice ornant son attente. Il était revenu quelques jours plus tard, et la fille à ce moment-ci tomba malade. Il la soigna et elle s'en remit. Lui s'affaira à ses dossiers. La discussion n'eut pas encore lieu. Elle arrivera plus tard.

L'introduction terminée, le lecteur fatigué se demande où ses lignes peuvent bien en venir : ça sent la maladie et pas les champignons. Rassurons le immédiatement : j'y viens j'y viens. Un dernier petit effort je vous prie. Donc, dans sa chambre, la brunette s’affairait à se distraire, vague tâche et bien compliquée. Elle écrivait quelques lettres, qu’elle enverrait quand elle trouverait le courage d’affronter le froid afin d’aller au pigeonnier, et en lisait d’autres. La dernière en date était celle qu’Alycianne lui avait expédiée. Elle parlait de venir en Touraine, nouvelle heureuse, arrivant directement du Limousin. Apparemment, elle et Mathias désiraient la voir, lui rendre visite, et, pour une raison qu’elle pensait deviner -à savoir l’entretiens de sa propriété- l’étincelle ne faisait partie du voyage. Il fallait donc qu’elle les accueille à leur arrivée. Vu qu’ils venaient du Limousin, leur première ville serait….Loches ? Chinon ? Certainement pas Tours, mais l’une des deux à coup sûr. Le doute pernicieux s’était déjà incrusté dans son esprit. Il lui fallait vérifier. Aussi sortit-elle de sa chambre et pénétra dans la plus grande salle de la maisonnée, j’ai nommé la bibliothèque. Parmi les quelques livres qu’elle avait aperçu, la majorité empruntés vraisemblablement à l’université, parmi les vieilleries et les grimoires, et même un ou deux incunables summum du modernisme, elle avait cru apercevoir, à la lettre K, un recueil des différentes cartes de ce monde. Pourquoi K ? Et bien, tout simplement parce que le graveur était allemand. Donc peu après un livre bien connu mais guère pour les jeunes demoiselles, elle trouva son bonheur. Certes les villes n’étaient inscrites en bon français, mais les consonances étant identiques, elle put aisément deviner que le lieu dans lequel elle devait se rendre était Loches.

Aussi prit-elle ses affaires, et, avant de quitter la demeure, prit tout juste le temps de griffonner un mot à son père :

Citation:
Père

Je suis partie pour quelques temps à Loches accueillir Mathias et Alycianne, si vous n’avez pas entendu parler d’eux, c’est que vous ne fûtes guère attentif lors du peu de discussion que nous avons eu. J’escompte leur fournir logement, et je pense vous savoir assez tendre et gentil pour m’aider en cette tâche. Je vous dit à bientôt, le temps pour moi de les amener ici, à Léméré.

Vôtre fille.

Natsuki.


On la retrouvera plus tard à Loches.
_________________
Besoin de m'écrire ou à mon perso ? Utilisez le forum, moins de soucis de point.....
Alycianne
[On devient fous ? Mais, pourtant, c'est pas l'Anjou, ici !]

Sa menotte accroche le panier, dont elle mire avec un sourire le contenu, sans trop faire attention à ce que dit l'Alwilda. Mais elle relève les yeux pour les poser sur le Mathias, qui d'une façon encore jamais vue par Alycianne, fait ressortir son côté garçon macho tout simplement dé-tes-té par cette dernière. Et le mioche de partir, en laissant son amie aux bouclettes avec la jeune fille.
Regard échangé avec cette dernière, et l'Alycianne lâche un :


- Tu as pas dit "s'il te plait", c'est malpoli et Mathias, comme moi, il aime pas les malpolis.
Mais l'amertume laissée par le comportement de son blondinet préféré (après Cassian, bien sûr) est suffisamment présente pour qu'un sourire malicieux s'esquisse sur les lèvres de la fillette.
Il a pas encore compris que les filles ça déborde de courage plus que les garçons, c'est même dame Aleanore qui dit. Et même en plus, c'est moi qui ai l'épée et la dague.
Elle montre en écartant les pans de sa cape les armes accrochées à sa ceinture, puis sur le ton de la confidence : Lui il s'est fait brigandé, alors que quand je suis avec lui, même pas du tout...

Elle rejoint ensuite Miroul, pour farfouiller leurs paquetages à la recherche des pierres à feu, qu'elle tendra ensuite à Alwilda. Puis s'absorbera dans la tâche confiée : la recherche de champignons. Attention les champignons, Alycianne est en chasse ! Et de piquer, ci et là, ces petits unijambistes, pour les déposer délicatement auprès de leurs confrères au fond du panier.
Penchée sur le sol qu'elle gratte de temps à autre de sa chausse, elle ne s'éloigne toutefois pas trop de Miroul : perdre les cailloux de vue, ce serait plutôt-vraiment mourir.


"Aly! Aly! Regarde comment qu'il est beau celui là! Je vais bien l'accommoder, comme les autres, et on fera un festin digne du Roy!"


Elle redresse le nez, rejoins le garçon, et hoche la tête, toujours un peu déçue de son comportement de tout à l'heure. Mais c'est vrai que le champignon est drôlement joli, on en aurait presque pas l'envie de le manger, mais plutôt de se le mettre dans les cheveux. Un instant son esprit divague, s'imaginant déjà instaurant la mode des coiffures à champignons, puis elle revient à la bouille du blondinet, et sa trouvaille rouge.


- C'est vrai qu'il est dans le très beau ! On le partagera !


Quelques temps plus tard, elle observe la tambouille de Mathias, demi-sourire aux lèvres. Elle s'assied par terre, pour recevoir l'écuelle de champignons. A côté d'eux, du pain, et une outre d'eau. Déjeuner qui promet, pense-t-elle, tandis que le Soleil, qui semble être de cet avis, se décide à sortir de derrière les nuages, et déverse à travers les branches des arbres une une pluie de lumière.
La rancoeur envers Mathias s'estompe aussitôt, et elle attaque avec un plaisir évident sa platée.


- Mhm ! Ch'est...
Avale. C'est dilicieux !

Écuelle rapidement vidée, tandis que la fillette étend ses gambettes, profite de l'instant, en digérant.
Quelques minutes passent, avant que son regard ne soit attiré par une forme étrange, sortant des buissons. Par Aristote !


- C'est l'papa d'Miroul !


Eh oui, sous ses yeux éberlués -aux pupilles un tantinet trop dilatées-, se trouve un Lapâne, mi lapin, mi âne. L'ancêtre de Miroul, entre son grand père rongeur et lui équidé. L'animal, la bête étrange mâchonne tranquillement une carotte.
Et à la petite d'éclater de rire, fou rire duquel elle n'arrive à se dépêtrer. C'est maladif, éreintant, et follement amusant. Et rend la chose d'autant plus drôle, qu'elle n'arrive à se libérer de cette stupéfiante force qui lui comprime le ventre et lui libère le ciboulot.
Et, je vous assure, que c'est droooooole !


- L'papa d'Miroul qui maaaange de la carotte, miam miam! arrive-t-elle à placer entre deux crises de rire.

Imaginez, imaginez. Deux longues dents sur un museau aux grosses narines, lui même planté sur un doux pelage qui forme le front arrondi de la bête, aux oreilles allongées qui retombent de chaque côté de sa tête pour le moins burlesque. Un long cou planté sur un corps arrondi, d'où sortent deux pattes avant aux griffes qui tiennent la carotte, et deux pattes arrières ornées de jolis sabots.
Le tout, évidement, écarlate. Oui, z'avez bien entendu, le papa de Miroul a le poil rouge ! Et c'est sûr et certain, Alycianne s'en souviendra toute sa vie, de cet animal à la robe si magnifiiique...
Et a gamine, tordue de rire devant l'apparition, a complètement oublié son rôle de Petite dame, et se roule par terre, lançant de temps à autres un coup d'œil à Miroul-le-père, pour repartir de plus belle dans son délire.


- Mais enfin, arrête-toi !
- Maman ?
- Arrête-toi tout de suite ! J'ai honte !
- Maman... ? Non...

Et, là-bas, une longue chevelure brune disparait derrière un arbre. L'enfant se lève aussitôt. Maman ! Elle est là, Maman ! Mais avant d'avoir pu faire plus de trois pas, voilà que la poupette s'écrase au sol, s'étant pris le pied dans... Alwilda ?
Elle fixe la jeune fille, s'apprête à pleurer. Elle l'a perdue. Elle a perdu Maman... Mais quelque chose sauta à ses yeux. Non point une révélation : juste cette horrible couleur verte qu'elle pouvait toucher des bouts des doigts.


- Du veeeert ! C'est dans le moche ! Je dois, je dois... Je dois quoi ? on en était où ? Elle papillonne des paupières, se reconcentre. Ah oui ! Les carottes !

Elle se relève, et avance d'un pas chancelant vers Miroul, pour saisir une carotte de la botte accrochée au paquetage. Brandit le légume, avant d'en croquer le bout.

- Miam, miam, orange, carotte. presque rouge !


Puis, d'un coup, la fatigue tombe sur elle. Soudainement éreintée, elle s'assied, carotte en main, et regarde ses compagnons de fortune.


- J'ai la sensation d'être passée dans un moulinoir à choses bizarres.

Pas vous ?
_________________
Mathias_
[Y va casquer un peu, çui qu'à un pet' au casque]

Ayant à peine terminée sa repue de champignons, notre jouvenceau se sentit pris d'un étourdissant mal de tête. Et alors qu'Aly s'esbouffait à rire en parlant de Miroul et de son papa, le blondinet qui ne saisissait pas un traitre mot de ce qu'elle débitait, ni le qu'est-ce et le pourquoi de son hilarité, se leva et entreprit de départir de la clairière, s'en allant loin de ce fracas de bruit. Arrivant dans une autre de ces clairières, il aperçut au loin Alycianne, ou plutôt celle qu'il pensait être Alycianne, la vraie se trouvant en fait à un lancer de pierre derrière lui, si vous avez suivi.

La fillette, dont il ne voyait pas le visage, lui faisait dos et trottinait en s'éloignant de lui. Il prit le parti de la suivre et de la rattraper mais malgré ses efforts, il n'y parvint pas, zigzaguant entre les troncs qui lui paraissaient de plus en plus énormes et longs à contourner. À la parfin le bambin était tout en nage quand se présenta face à lui une petite étendue d'eau. Le palus était assez étrangement recouvert d'écume. Oubliant sa quête, notre garnement tout sueux, vint aux abords de l'étendue et se rendit compte qu'il ne s'agissait point là d'eau, mais bien .... de bière ! Se déshabillant tout de gob, il entra tout nu dans le breuvage qu'il prisait fort. Il se mit à en boire prou, se délectant de cet oasis de houblon. La joie était telle qu'il ne s'interrompait de boire que pour rire à oreilles étourdies. Personne ne le surveillait, et la boisson était à dispos, gratuite ! Quelle meilleure disposition pour s'en remplir la panse...
Il absorba tant et tant qu'il dut arrêter tellement le ventre lui gonflait.

C'est alors que reparut la petite Alycianne. Celle -ci découvrait pour la première fois notre héros dans sa natureté, malgré qu'il fut plongé dans la bière.


"Mathias! On ne se montre pas comme ça à une petite dame comme moi! Ce que tu fais c'est mal, très mal!"
Mine déconfite du gamin qui n'osa dire mot ni miette, Aly semblait très courroucée.
"Et pis tu crois quoi? Je parle à Lucie et Tralala! Dans son délire, le gamin ne se rendit même pas compte que jamais Alycianne n'avait surnommé Estrella de cette guise. "Je sais que tu n'es qu'un vilain qui pense qu'à lui. Et je veux plus jamais te revoir !"
Ce disant, elle lui montrait l'épaule et se mettait à saillir de l'endroit les jambes à son cou.

Totalement pris au vert, notre blondin grandement tancé par le pensement de finir sa vie sans jamais plus parler à sa topine, tentait de joindre la grève à grand effort. À peine sortit de son étang de malt, se rhabillant avec empressement, il reprenait sa course pour venir se frapper contre un buste fort qui le fit tomber à la renverse.

Tête qui cogne encore quand il l’attrapa avec ses deux mains, réussissant avec difficulté à la faire se relever, qu’elle ne fut pas sa –mauvaise- surprise que de croiser les agates d’Elmarco, son persécuteur ! Celui-ci, d’un œil gausseur, se met à railler le petiot de sa voix fielleuse :


"Je sens que tu vas encore devoir casquer petit!"

Achevant sa phrase, il frappa de son pied botté le flanc de Mathias, qui, bien que ne ressentant pas vraiment la douleur, se mettait à hucher si fort que ses cris semblaient se répercuter dans le bois tout entier. Le manant de plus s’y mettait avec entrain et compagnon, formant une horde d’ombres malsaines et dansantes autour du frêle petit corps, qu’il molestaient sans retenue.

"AAAARRRH LAISSEZ MOUUAAAH! AILLE!! PITIÈ!! NOOOON!!!"

Après moult coups laissant le galapian tout recroquevillé et gémissant, les marauds s’en furent sans même extorquer quoi que se soit à leur proie. Icelle, combien qu’elle ne soufrai pas dans sa chair, se tenait là, parcourue de sanglots et frappant férocement sur le sol froid, ivre de rage de n’avoir encore rien pu faire contre ses assaillants, s’en voulant d’être impuissant. Il aurait voulu avoir répliqué, avoir rossé tous ces maudits lâches. Mais son corps ne le lui permettait et cela renforçait et son irision et son affliction.

À grand peine il réussit finalement à se ficher sur ses gambes à nouveau , puis, faisant deux trois pas, sentit une nausée monter en lui sans qu’il n’y puisse rien faire. Ne retenant rien de tout le dégoût qui bouillonnait en lui, il rendit incontinent et pêle-mêle sang, champignons à peine mâchouillés et eau -qu'il avait bu en quantité, la prenant pour de la bière-.
Sa caboche tourbillonnait intensément, alors qu’il était secoué par un hoquet irrépressible.

Marchant qui-ci qui-là sans trop savoir où ses petons le menaient, il s'en revint sans s'en douter auprès de son équipage, et, ses gambes ne le tenant plus, se rassit sans un mot à côté du feu, blême comme un linge alors qu'Alycianne, carotte en main, le soulagea enfin en lui adressant à nouveau la parole, énonçant à la cantonade :


"J'ai la sensation d'être passée dans un moulinoir à choses bizarres."

"Voui moi aussi ... Je me rappelais pas que l'air tourangeau faisait cet effet là..."

Bien que pâle et le ventre à nouveau creux, l'Mathias goutait au plaisir d'avoir récupéré son amie, et décida de ne mie lui reparlé de ce qui était arrivé près de l'étang, ni le reste d'ailleurs...
Alycianne
[... Fallait que j'vous le répète, que ça allait partir en cacahuète ?]

Menotte qui se glisse dans celle de son compagnon, tandis qu'un maigre sourire éclaire ses lèvres. Elle n'est pas la seule dans cet état, c'est quelque peu réconfortant. Mais qu'est-ce qu'elle avait mal au ventre, maintenant ! A en faire grimacer même le plus courageux des chevaliers !
Sur cette pensée, elle s'autorise une moue, resserrant un peu plus ses doigts sur la main du blondinet.
Les gamins s'allongèrent, main dans la main, et plongèrent dans un sommeil agité, et peu réparateur.
C'est le teint pâlot, mais sains et saufs, qu'il débarquèrent à Loches, quelques temps plus tard.


Ils rencontrèrent là Natsuki. Retrouvailles joyeuses, teintées de rires et de confiture de framboise -qui d'ailleurs ne fit pas long feu-.
Mais l'image d'une femme brune dans un bois la hante, Alycianne. Elle aurait pu la revoir, elle aurait pu la retrouver, sa Maman, la Sienne rien qu'à elle. Mais elle l'a déçue, déçue, et jamais elle ne reviendra.

Arrivée à Chinon, elle éclate donc en pleurs, alors qu'elle se trouve seule en taverne avec Natsuki.
Natsuki, elle l'aime beaucoup, c'est son amie, celle à qui la fillette confie ses peurs depuis qu'elle l'a rencontrée ce fameux jour à Sémur. Gentille, polie, attentionnée, l'on croirait à la jeune fille parfaite mais ce n'est qu'une façade, la petite l'a maintenant compris : Natsuki a le don pour chambouler les têtes.
Et alors que son amie la console, la discussion prend une autre direction, nettement plus dangereuse. De la "fiéritude" l'on passe à la capacité de douter de tout, à la modestie puis au but des actions. Et là est tout le problème : Alycianne n'est pas modeste, ne comprend pas réellement pourquoi elle devrait l'être, et diverge d'opinion avec Natsuki sur ce qu'elle fait, puisque son bonheur, c'est rendre Maman fière d'elle. Mais difficile d'essayer de faire changer la petite qui, un tantinet bouleversées par les paroles de son amie, finit par conclure qu'elle tentera d'être modeste, mais ne peut rien promettre, et qu'elle pense faire les choses dans le bien, même si on peut pas vraiment en être sûr.

Et voilà qu'hier, qui croise-t-elle en taverne ? Un pleurnichard de Mathias bête et menteur ! Non, ça, elle ne l'a jamais vu comme ça. En est surprise, essaie tout d'abord de contrer ses affirmations de déprimé (il fallait l'entendre, j'vous jure !), pour finalement lui arracher l'information qu'il s'est rendu compte de ce qu'il était réellement en parlant avec quelqu'un. Alycianne n'est pas si débile qu'elle peut parfois paraître -si si !- et soupçonne aussitôt la part Natsukienne dans le coup.

- C'est Natsuki ?
Pas de réponse du gamin qui continue de se lamenter sur son sort, et sur celui d'Alycianne "qui ne mérite pas quelqu'un de nul comme lui". La gamine, elle, ne comprend pas vraiment : bien sûr que oui que Mathias est un peu nul parfois -d'ailleurs l'en a un parfait exemple sous les yeux- mais il est gentil quand même et c'est son ami, c'est tout ce qui compte.
Lui s'évertue à crier qu'il n'est qu'un bon à rien, oh si, juste bon à faire du mal au coeur des gens.
La Petite dame de Concèze cherche donc comment régler la situation. Elle s'enflamme, commence à s'énerver contre "ce bougre d'andouillette qui a mis ce compte rendu dans la tête à Mathias", et puis...

- C'est Natsuki ?
- NAN !

Bon, au moins, elle l'a sa réponse.
- Tu me fais pas des menteries ?
- De toute façon je suis qu'un bon à rien qui est pas capable de ne pas faire des mensonges alors tu vois ça ne sert à rien que je sois ton ami...

Moue de la gamine.
- Tu me mens quand tu dis que c'est pas Natsuki ?
- Nan !

Et la situation ne fait qu'empirer, il lui redonne son caillou tandis qu'elle, toute nerveuse, ne sait pas quoi faire, pas quoi dire, le coeur déchiré entre cette colère qui monte en elle et la tristesse de voir s'éloigner son blondinet préféré -après Cassian, rappelons-le.
- Bon ben d'accord, c'est comme ça, je retourne chez mon comme-papa !
- Pourquoi tu l'appelles pas ton papa si lui il te dit sa fille ?
- D'accord ! Je retourne chez mon papa, et maintenant, même que tout de suite !

Et le Mathias de répliquer que non, c'est lui qui doit partir, pas elle, que c'est lui le méchant, le nul, le bête, le menteur, et caetera ,et caetera, vous avez compris.
- Et Natsuki, tu l'aimes encore, elle ?
- Tu crois que je ne t'aime plus ?

Il faut les voir, tremblotant, à quelques centimètres l'un de l'autre. Mathias affirme qu'il l'aime justement trop pour être son ami et lui faire du mal, chose incompréhensible pour la fillette. Et pour combler le tout : il lui avoue être amoureux d'elle, avant de rapidement quitter la taverne.

Alycianne fulmine. Et d'un pas décidé, main sur la garde de sa poignée, débarque dans l'autre taverne bondée d'un coup de pied dans la porte digne du Balbuzard, les bouclettes électriques et le regard noir. Terrifiante. Elle se fend tout de même d'un "Bonjour", avant de lancer d'une voix qu'elle essaie de grossir :
- Qui, qui, qui a parlé à Mathias aujourd'hui, que je lui coupe les jambes à ce méchant ?

Qui ose ? Qui ose toucher au blondinet, qui l'a changé, en a fait une mauviette à deux sous ? Qui lui a fait croire toutes ces choses ? Qui s'apprête à subir le courroux, de la Grande -presque -, de l'Adorable -plus trop-, de la Modeste -plus du tout- Alycianne ?
Si une voix timide s'élève pour dire qu'effectivement elle a croisé le garçon aujourd'hui, un interrogatoire serré de la gamine lui confirmera que non, cette dame n'est pas coupable.

Alors elle a une sorte d'éclairement du caillou qu'elle a pour ciboulot. Si ce n'est pas Natsuki, elle qui chamboule si bien les têtes arrivera peut-être à re-changer Mathias en ce qu'il était avant ! Pas peu fière de son raisonnement, elle attend donc la jeune fille de pied ferme. L'amie en question finit par débarquer, et la mioche fourrée glisse toute de même, "au caillou", un :

- Tu as vu Mathias aujourd'hui ?
Réponse positive.
- Et vous avez fait quoi ?
- On s'est disputés.

Han, c'est elle, la traitresse ! Et offensée à la fois d'avoir subit un triple mensonge du blondinet, et par son amie pour avoir bouleversé son comme frère même, elle attrape son baluchon, et clame haut et fort :
- Je retourne chez mon papa, à Sémur !

Puisqu'elle n'a, en Touraine, plus qu'un amoureux qui ne veut plus la voir et une amie à qui elle doit couper les jambes pour ce qu'elle a fait. Alors elle laissera, comme promis, un pot de confiture au Vieux Con de Léméré pour son accueil en sa demeure, et repartira, sur ses petons, avec celui à ramener en Bourgogne, ses sous, et une miche de pain.

Dans la main un blanchâtre petit caillou rond, elle avance donc sur les chemins, direction l'Est.
Maman la boude dans sa caboche, ses pieds souffrent, son cœur semble couler et sa tête la lance, mais elle redresse le menton fièrement : c'est la Petite dame de Concèze, voyons !

Edit : Parce qu'à jouer Alycianne, je finit moi-même par écrire des choses incompréhensibles...

_________________
Natsuki.
[Nihilis]

La porte claque. Le visage contient ses larmes. Sur une commode, une feuille pas très loin d'une plume et de l'encre. Il y a parfois du bon à vivre chez un intellectuel. Les mots sont griffonés à la va-vite, elle veut que cette tâche soit exécutée rapidement, puis oublier...Une phrase, une seule. Les larmes qui ont coulées et l'écriture mal assurée rendent le message difficile à lire. Néanmoins il prévient. Le vieux con comprendra avec le pot de confiture; puis si il ne comprends pas, elle lui expliquera. Peut être qu'il la consolera, qui sait ?

Elle se presse l'adolescente, la future majeur, elle se presse vers sa chambre, son refuge, là où rien ni personne ne la délogera. Y retrouver son lit et ses draps, doux draps, vous au moins vous ne vous fâchez pas. Le couloir lui semble long, si long; si quelqu'un la voyait ? Lui posait des questions ? Lui demanderait ce qui lui arrivait ? Son père ? Mathias ? Aurait elle la force de pouvoir y répondre, de faire face, de réprimer ses sanglots ? Elle ne pense pas. Quelque chose en elle vient de se briser, quelque chose dont elle n'admettra jamais réellement l'importance. Finalement personne ne la remarque : ombre parmi les ombres, son père à son bureau, Mathias quelque part dehors ou dedans, les domestiques affairés, qui pouvait bien penser à elle en cet instant ?

Alors elle peut s'isoler dans sa chambre, s'y enfermer, tourner la clé dans la serrure et la retirer pour finalement la poser sur la commode. Puis le lit et ses réponses muettes. Là elle y peut tout à loisir, enfin, laisser éclater sa peine. Non, ce n'est pas une mère qu'elle a perdu, mais une amie, une soeur, une fille ? Et ce pourquoi donc ? Elle a voulu faire la grande, être trop mûre, elle a outrepassé son rôle. Alors on le lui reproche. Qui étais tu gamine, donneuse de leçon ? Juste une Natsuki sans tambour ni trompette, et tu veux te la jouer modeste ? Allez, relève toi, tu n'as pas eu la force de la retenir, aie au moins celle de prévenir Eusaias et Aléanore, de te repentir et faire tes excuses ! Mais elle ne le peut, toute à son chagrin de sa bévue. Elle se morigène un peu, beaucoup. Elle se demande ce qu'elle aurait du faire, mais à cette question, nulle réponse. Rien, le néant.

Et elle pleure, si les draps fonctionnaient comme les plantes, ceux-ci l'auraient étouffée à force de pousser. L'idée n'est pas bête et germe dans l'esprit momentanément traumatisé de la jeune fille. Elle s'emmitoufle dans ses amis mouillés, espérant y trouver répit et repos. Mais bien vite elle abandonne cette piteuse tentative. Là, elle n'a pas toute sa tête et elle en a conscience. Alors quoi faire ? Dormir ? Oui, dormir...La nuit porte conseil et demain est un autre jour. Va, dors gamine, va te réfugier dans tes rêves.....ou tes cauchemards.

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Besoin de m'écrire ou à mon perso ? Utilisez le forum, moins de soucis de point.....
Mathias_
[Qui remet ça ? Devine...]

Occupé à boire quelques bières bien amères, Mathias ne pouvait empêcher les spasmes de tristesse de secouer sa frêle charpente.
Pleutre, menteur, inutile, indigne... Ribambelle de mots qui tournoyaient en boucle dans la cabèche du galapian. Voilà ce qu'il était véritablement. Le voile qu'il avait, appliqué continument sur sa face et qui le rendait aveugle avait été agrippé, retiré, violemment déchiré en quelques minutes. Et pas par n'importe qui, par sa comme grande sœur, dernier avatar d'une parentelle tutélaire dont Mathias s'était volontairement -combien qu'à contre cœur- coupé il y a de ça plus de deux semaines. Diagnostic confirmé par celle qu'il adorait secrètement. Paroles qu'il ne remettaient mie en doute -vu leur provenance- et dont seulement quelques bribes lui restaient en tête, criantes de vérité. Il était indigne d'accompagner la Zoko, ainsi qu'une future chevalier.


...tu es indigne d'être un mercenaire...

Il avait envie d'arrêter là le cours de sa vie, d'arrêter d'être un boulet pour ces autres qui s'occupaient de lui. Il lui fallait encore départir. Fuir ? Oui. Il n'était pas fait pour le combat, quelle qu'en soit la nature. Il n'était bon qu'à être mis à vauderoute.

...oui tu as perdu, tu as fui...

Il ne savait pas se battre, comme l'avait prouvé sa rencontre avec Elmarco. Partant, il ne pouvait pas protéger ceux qu'il aimait. Et du coup, se révélait bien inutile.

...non tu me protèges pas...


Pleurs qui s'alourdissent alors que la force vint à manquer pour lever le coude. La force et les écus sonnants aussi d'ailleurs... Il désobéissait encore à sa mère, qui lui avait fait promettre la modération concernant l'alcool. Assurément, les mensonges faisaient partie de la longue liste de ses défauts.

...je vais partir parce que ici, il y a trop de menteries...

Il s'était promis d'être le meilleur des fils possible, afin de combler sa mère, mais voilà qu'à la parfin, cette mère bénie s'encontrait face à un monstre enchaînant paroles ineptes, raisonnements illogiques et actes inconsidérés. Heureusement pour la Miss, elle aurait bientôt un autre enfant, peut-être était-ce déjà le cas... Elle l'oublierait vite sa première tentative ratée, et c'était pour le mieux... Sanglots qui redoublaient.

...c'est pas bien de pleurer...

Mais rien n'était bien chez lui, il le savait, et c'était pour cela qu'il fallait qu'il s'éloigne des gens de bien qu'il côtoyait. Il se leva et mit son sac au dos. Sortant de l'établissement, il grimpa sur le dos de Miroul, son dernier compagnon, qui avait entre autres avantages celui de ne pas parler. S'il en était autrement, je gage que même icelui, portant le minot sur son dos, lui aurait aussi fait montre du dégoût qu'il éprouvait à se savoir accoté à un être aussi abject que le blondin. Il fallait que Mathias continuasse de tailler la route, loin, très loin de ceux qu'il aime et qui l'aiment... Quoi faire ? Qui sait... Des bêtises sûrement, il ne savait faire que cela...

Natsuki.
Alycianne
Edith : orthographe
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