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La fin d'un rêve, le début de la démence

Daresha de Jeneffe
Début

Le vide. Notion à la fois abstraite et pourtant tellement concrète. Elle touche ce vide comme elle s'apprête à toucher le fond, ce fond qui se rapproche à mesure que la partie de son esprit encore consciente réalise ce qui est advenu.
Disparu...
Ainsi ce n'était pas un mensonge. Tous les êtres humains savent mentir, mais même le plus grand des affabulateurs finit toujours par se vendre.
Disparu...
L'homme aux yeux d'azur pour lequel son coeur n'a jamais cessé de jurer depuis les premières heures de leur toute première rencontre, il y a tant d'années déjà.
Disparu...
Et envolé son bonheur, sa joie, sa folie amoureuse; d'un seul coup balayé tout un pan de sa vie, comme le fut celui qui matérialisait sa vie avec le Vicomte lorsqu'il fut assassiné.
Disparu...


- Non... Non... Non...Non... toujours le même mot, toujours la même exclamation négative qui sort des lèvres gercée par le froid rendu plus que sec de la chevauchée infernale. Non... Non...Non... Il suit la cadence de ses pas hésitants, ce mot de refus et d'incompréhension, cadence dictée par les pas d'un licorneux qui s'est vu confier la garde d'une Rose en perdition.
- NOOOOOOOOOOOON!
Guillaume!
Guillaume!!
Guillaume...Guillaume....
Cri de douleur qui se finit dans un étouffement alors qu'elle baisse la tête et que sa main se referme sur le bras du Comte. Elle cherche un appui qu'elle ne voit pas, qu'elle ne visualise pas. Elle sait la présence qui se trouve à son côté, mais n'en a pas conscience : elle n'existe pas. Plus rien n'existe exceptées la douleur et la solitude qui mène son être qu'elle ne maitrise plus. Etrange guide que ces deux insensées; étrange chaleur réconfortante qui emane de chacune d'elle. Au fil des ans, ne sont elles pas devenues de précieuses amies à force de les côtoyer? Elle s'était pourtant si bien passée de leur dévastatrice compagnie. La souffrance au moins elle, est fidèle et on furtive comme ce maudit bonheur.

- Guillaume.... Elle continue pourtant; l'espoir est un élément si importun. Tellement absorbée, tellement ailleurs plut tot, elle ne remarque pas qu'on l'a invitée à prendre place sur un siège, dans un endroit qu'elle ne connait pas. Sait elle d'ailleurs où elle se trouve? En a t elle encore conscience?
Refermant son chaud vetement sur elle, elle se recroqueville, cherchant cette chaleur qui lui échappe à nouveau. La Rose referme ses pétales sur elle-même et sombre, comme un bateau sombrerait en pleine mer, emporté par une lourde tempête.

- Non...
Non...
Non...
Pas lui.... Ou....?
Guillaume....
Pas lui...
Non....

Grand dieu que la folie n'est pas une jolie chose à voir...
Stannis
Soutenant à chaque pas la comtesse désorientée lors de leur lente traversée de la cour, il la mène jusqu’à la taverne de l’Ordre… Elle y sera réchauffée, du moins en ce qui concerne son corps. Car son esprit semble glacé jusqu’à la moelle, lui… Dénégations, appels désespérés, tout y passe. Et lui ne sait quoi faire, ne peut pas faire grand-chose d’ailleurs, sinon l’amener jusqu’au bouillon chaud promis… Et douter que cela soit réellement efficace malgré tout. Alors qu’il l’escorte, elle ne semble même pas se rendre compte de ce qui l’entoure, trébuchant presque à chaque pas. Et alors qu’il lu ouvre la porte de la taverne, il se sent de plus en plus… Transparent. Oui, transparent est le bon mot… Elle ne le voit pas. Pas plus qu’elle ne semble voir le siège vers lequel il la mène… Elle manque renverser la chaise qu’il vient de tirer, et il doit quasiment la forcer à s’y asseoir pour qu’elle y consente.

Sa douleur est si vive que l’Errant en oublie jusqu’à la nouvelle qu’elle a apporté, nouvelle majeure pourtant… Sa douleur est contagieuse. A la voir ainsi, il souffre, le Comte vieillissant… Mais il ne peut rien faire. Il n’a jamais rien su faire. Il ne connaît aucun remède, et ne sait quels mots il conviendrait d’employer… Doute qu’il y en ait d’efficaces, d’ailleurs ; elle ne l’entendrait sans doute même pas. Il est complètement désarmé… Et, dans la pièce encore vide, doit se résoudre à la laisser quelques instants à son tourment, pour aller remplir un bol à la petite marmite de bouillon qui reposait sur le léger feu de la cheminée, adressant un muet remerciement aux habitudes du taulier d’ébène des lieux… Une fois le plat empli, il alla le déposer sur la table, devant la Comtesse, puis se défit de son mantel pour le passer par-dessus les épaules de la Franc-Comtoise qui grelotte… Geste futile, sans doute, se dit-il tout en l’accomplissant.


Dame… Vous devriez manger un peu. Cela vous fera du bien, vous verrez…

Alors qu’il parle, il ne la regarde pas, il n’ose pas. Ses yeux sont trop… Trop perçants, et cependant trop vides, trop… Différents. Différents de ce que devrait être un regard vraiment humain… A la voir ainsi, il sent un filet de ce même froid qu’il devine en elle le gagner.

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Daresha de Jeneffe
Histoire d'eau.
S'il est un élément utile et nécessaire à la vie, c'est bien celui ci : l'eau. Elément subtile, léger, doux, rassurant lorsque l'on s'y plonge pour y retrouver une sensation foetale; dangereux, angoissant aussi lorsqu'il est accompagné d'une tempête incommensurable. Et menée par les sentiments extrêmes de ces humains fragiles, elle abandonne sans état d'âme leurs corps pour n'en faire qu'un désert sec et aride où les plantes finissent par se dessécher; et mourir. Le coeur est une plante incomparable, au fonctionnement échappant au plus grand nombre, pouvant aller du rire aux larmes, de la joie à la tristesse; et lorsqu'il ne connait que les douloureuses affections, il s'éteint lentement. Si l'eau abreuve physiquement, l'amour abreuve mentalement; élémentaires complémentaires. Pour une Rose rayonnante, il faut user de ces deux données additionnelles. C'est là tout l'art d'un fleuriste qui ne donne pas que des soins matériels à ses protégées pour les faire éclore et resplendir le monde. Mais qu'en est-il lorsque ledit fleuriste délaisse sa favorite de ses attentions soignées? Elle se ternit, elle se referme, elle se meurt.

Vivre et mourir, deux extrémités d'une vie à laquelle personne ne peut échapper et que l'esprit se contente occulter, d'oublier, comme il le peut. Un coup, il laisse son adversaire palpitant prendre les devants; lorsque tout va bien. Mais tout va rarement bien ou alors trop peu de temps. Mais lorsque la raison reprend la main, il est trop tard et elle n'est plus que lambeau appelant à un feu immense en faveur de la folie. Et elle vient d'y sombrer, dans les bras de la Folie, la Rose aux blancs pétales qui sont désormais teintés de la sanguine démentielle.
Cet esprit déjà rendu fragile, n'a même pas osé prendre les armes pour tenter l'espoir vain de garder sa propriétaire sur le droit chemin; il savait sans doute que c'était perdu d'avance. Le seul qui dessinait ce chemin duquel elle s'est tant de fois détourné n'est plus. Elle est brisée.

Ses bras repliés contre elle, elle se balance, comme un autiste qui se ferme au monde dans un balancement qui se veut à peu pret rassurant. Mais elle n'est pas rassurée et ses poings se referment jusqu'à blanchir ses articulations. Elle ne voit pas le Licorneux, elle ne l'entend pas non plus. Il n'existe pas, comme aucune de ses attentions. Elle est ailleurs mais pas ici. La douleur se lit sur son visage, creusant un peu plus ses traits dessinés par le temps et les années et qui donnent ce charme certain à la maturité de l'âge. Et...

Bam!
Le siège tombe en arrière, dans un violent et imprévu mouvement, elle s'est relevée, la cape que l'Errant lui avait posé sur les épaules tombant dans le bruit lourd de son tissu. De longues secondes s'écoulent, sans qu'elle ne bouge d'un seul centimètre. On aurait dit une statue d'albatre, déposée là, sans aucun intéret particulier.
Son regard est figé, droit devant elle, posé sur une table , à quelques pas. Les émeraudes se plissent, cherchent, examinent. Puis elle se retourne et se retrouve face au comptoir de la taverne de Ryes.


- Un fils! Un fils!Un fils!
Elle se met à crier en levant les bras au ciel, le parchemin froissé de la dame de Haisnes se perdant au sol. Elle tourne sur elle même, les doigts de ses mains refermées sur quelque chose. Ou plutot quelqu'un, qui n'existe pas, ou alors juste pour elle. - Un fils! Faites annoncer au Vicomte que je lui ai donné un fils! Elle est ailleurs oui, bien des années en arrières, liées à un autre coeur et à d'autres bras, dans un castel comtois qui connut la mort au même instant qu'il connaissait la vie. Elle sourit la Rose, d'un sourire franc, enjoué, heureux.
- Un fils! J'ai porté son fils!
Oui, elle est heureuse, elle a porté son fils. ELLE a eu ce privilège, et non toutes ces autres concubines concurrentes, jalousées et maudites. Elle lui a offert un fils de ses chairs enamourées. Ses bras se baissent, elle les replie contre elle, doucement et délicatement, pour ne pas lacher ce qu'elle tient. Elle berce l'enfant invisible, lui sourit, le regarde avec amour. Le couvre de baisers...
- Mon amour... mon fils... mon fils... murmure t elle avec le plus grand des amours maternelles, alors qu'elle s'approche du comptoir. Elle veut présenter cet honneur suprême, ce don du Ciel, ce trésor. SON trésor, son fils. Mon bébé... Une larme coule, douce caresse tiède contre sa joue. Premier bonheur, connu il y a si longtemps et qu'elle revit pourtant. Ou presque, la réalité était tout autre, moins enjouée. Il faut dire qu'un lendemain de couche, une mère est loin de gambader comme le premier des agneaux. Il nous faut feter ta venue dignement mon ange...
Tournée générale pour tout le monde! Tavernier! Vos meilleurs crus!
Avisant une servante toute aussi irréelle que le nouveau né, elle lui tend le jeune Faucon et lui ordonne plus qu'elle ne conseille de prendre soin de lui, avec la menace peut voilée de se retrouver la tête au bout d'une pique s'il venait à arriver quelque malheur que se soit à son fils. Et bien, qu'attendez vous? On ne fait pas attendre une assemblée qui attend de fêter la naissance du fils d'un de ses commandeur! rajoute t elle en se tournant vers Stannis.
Stannis
Au hasard des brefs regards qu’il lui jette, l’Errant peut voir la Rose se faner devant ses yeux… Il devine à l’œil ses pétales qui se racornissent, desséchés du fluide, quel qu’il soit, qui les animait. Terrible vision de la frêle fleur qui se flétrit, de sa beauté éthérée qui s’évanouit… Elle ne disparaît pas, non, elle est… Ailleurs. Oui, elle n’est plus là, ses racines arrachées l’ayant entraîné au gré d’un vent quelconque vers un autre endroit, où la réalité ne semble plus avoir d’emprise sur elle… Elle fait peine à voir, la Rose, et il ne parvient toujours pas à la regarder trop longuement… C’est par trop… Effrayant ? Peut-être. Et pourtant, il ne croise pas ses yeux, qui semblent perdu dans un vide quelconque situé au-delà des murs de la pièce, à bien des lieues et peut-être des années d’eux… Il ne dit rien. Il sait qu’elle n’est pas avec lui. Il ne peut donc rien faire d’autre qu’attendre, inquiet, muet, les mains refermées sur les bords du plat de bouillon qu’il lui a amené, et qu’elle a ignoré depuis lors ; plat désormais bien froid.

La Comtesse se redresse alors, si brusquement que son siège en tombe. Bien que traversé par une lueur d’espoir, l’Errant n’ose redresser la tête de prime abord, de peur de ce qu’il pourrait voir en elle… Mais quand le silence semble parti pour s’éterniser, il doit alors s’y résoudre. Elle ne le regarde pas, elle regarde encore ailleurs… Mais les yeux ont changé, tout de même, ils semblent moins flous, le regard plus vif, plus ancré dans la réalité, semble-t-il. L’espace d’un instant, l’espoir semble renaître… Pour se trouver aussi vite douché par l’éclat de voix de la Riddermark, qui hurle à tue-tête qu’elle a donné au Vicomte – que Stannis devine aussitôt être Bralic, qu’il sait avoir été son époux il y avait bien des années de cela – un fils. La pauvre semble être revenue en une joie bien passée, qu’elle entend pour autant arroser de nouveau… Pas certain que ce soit bien sage en son état, mais répugnant davantage à la contrarier, l’Errant ne peut qu’aller derrière le comptoir satisfaire sa demande d’une tournée… Et faute d’eau à tenter de substituer à cet alcool qu’elle attend sans nul doute, il ne peut que lui apporter en silence une bière éventée depuis longtemps sans doute, mais la plus pâle qu’il ait pu lui trouver, espérant minimiser les dégâts avant que ne revienne quelqu’un plus apte que lui à gérer la situation. Tout juste peut-il en lui tendant une corne à demi vide tenter de lui glisser quelques mots, faible grappin lancé dans l'espoir de l'ancrer dans le temps présent de nouveau, espérant frapper juste au vu des bribes qu'il a surprises au poste de garde, avant de l'escorter ici.


Comtesse... Je comprends que l'absence de nouvelles de Guillaume soit un terrible choc pour vous, mais vous devriez tenter de vous calmer...

Juste après que ces mots l'aient quitté, un doute l'étreint. Était-il bien sage de lui parler de Guillaume alors même que c'était apparemment la raison de son trouble? Ou au contraire serait-ce l'approche d'un choc salutaire? Il ne le savait, mais aurait sans doute mieux fait de s'abstenir, dans le doute, réalisa-t-il alors qu'il retombait dans le silence pour guetter la réaction de l'Impériale Rose.

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Daresha de Jeneffe
- Un fils... Dieu soit loué... murmura-t-elle en caressant une joue potelée qui n'existait que dans son imagination fructueuse. Puis elle se tourna de nouveau vers l'Errant qui avait enfin exaucé sa demande. Vous noterez le enfin. Mais elle ne fit aucune remarque sur ce point : il y avait évènement festif à fêter; ce n'était pas le moment de remontrances piquantes. Chaque chose en son temps. Attrapant plus que ne prenant délicatement la corne avancée, elle la porta à ses lettres, notant toutefois l'avarice du serveur - oui elle était folle mais pas aveugle non plus la vieille - mais n'en fit rien savoir sur le coup et but d'une traite le liquide ambré. Une moue légère se dessina sur son visage d'albâtre. S'essuyant les lèvres du bout du doigts, elle dévisagea longuement le Licorneux et toussota d'un air insatisfait alors que les étranges paroles venaient se glisser à ses oreilles.

Elle le regarda sans dire un mot, cherchant à plonger ses perles vertes dans son regard, sa main jouant nerveusement avec la coupe cornée. Il y avait tant à dire. Par ou commencer? Elle haussa les épaules et prit une grande inspiration.


- Messire... nous allons faire un léger point tous les deux.
De un, je suis peut-être une femme, mais je ne suis pas stupide et encore moins novice en matière d'alcool. Je sais faire la différence entre une bière buvable et digne de ce nom, et une bière imbuvable, mal tournée et éventée.
Elle porta sa main libre à son coté et en détacha une petite bourse déraisonnablement pleine pour quelqu'un voyageant seul - mais on rappellera le vent d'ouest qui souffle sur la Rose - et la posa sur le comptoir. A moins que les caves de Ryes ne renferment que des alcools de moindre qualité? Mais je me permettrais d'en douter. Ou alors... désigna t elle du menton l'argent qu'elle venait de déposer. avez vous peur que je ne verse mon du et que j'abuse de la générosité de votre Ordre? N'ayez crainte à ce sujet. Je puis vous assurer. Et puis vous pourrez demander a votre Commandeur, continua t elle sur un ton à la fois sec et doux.

Se détournant, elle lui adresse un signe afin qu'il vaque de nouveau à la tache qu'elle lui avait assignée. Et il avait plutot intéret à s'exécuter correctement cette fois. Puis elle alla prendre place à une table dans un coin, non sans avoir pris la peine de reprendre dans ses bras son joyau. Les gestes étaient maternellement précis, avec un peu beaucoup d'imagination, on aurait pu croire qu'elle tenait vraiment un nourrisson. Elle resta ainsi quelques secondes, concentrée sur la chair de sa chair.

Puis elle se tourna à nouveau vers le Licorneux, lachant son délicat paquet comme elle l'aurait fait d'un vulgaire linge sans intéret. Sa main posée sur le dossier de la chaise, elle ne le quittait pas du regard. Il était toujours là, n'était pas partie chercher de quoi s'hydrater le gosier dignement mais elle ne voulut lui en tenir rigueur. Elle était à nouveau ailleurs. D'un air songeur, son doigt sur ses lèvres, elle reporta ses yeux verts sur le bout de ses bottes. Se pouvait il que...?

- Guillaume...

Nouveau bon dans le temps. Juste un an à peine après la naissance. Entre les soubresauts d'une crise impériale, une promenade dans le Grandvaux. Et il était là...Ils étaient tous les deux. Et elle avait su qu'à l'instant ou dans l'intimité d'une ruine, leurs regards s'étaient croisés, qu'il était devenu partie intégrante de sa vie. Mais ils ne pouvaient... Elle se mordilla nerveusement sa lèvre inférieur. Elle culpabilisait : elle aimait ce Chevalier et n'avait plus que tendresse pour son époux. Mais personne ne savait : personne...

- Mes rapports avec Guil... avec le Chevalier Guillaume de Jeneffe ne vous regarde absolument pas. Et cessez donc vos insinuations, il n'y a que mon mari qui compte. Je ne vois donc pas en quoi ne pas avoir de nouvelles de cet homme serait un choc pour moi! elle lui refit à nouveau face, son regard pétillant de colère.
Stannis
Malheureusement, l’Impériale Rose n’est pas dupe de son petit manège, comme le lui fait comprendre l’acerbe remarque qui ne tarde pas à fuser, déplorant non point tant le breuvage qui lui fut servi que l’action de l’Errant à ce sujet. Comme quoi, même dans la folie, il se trouvait toujours quelque point d’ancrage parmi les domaines essentiels de la vie en société qui restait stable… Le message était clair : ne pas s’essayer à la duper sur les valeurs essentielles, tel que l’alcool… Par contre, tout ce qui relevait du domaine temporel, visiblement, était à éviter, fautes de repères communs… Son fils… Son fils… Donc elle se croyait encore l’épouse de Bralic, alors ? Cela expliquait bien des choses…

Cela expliquait notamment l’éclat de colère qu’elle eut lorsqu’il acheva de parler de Guillaume, choix malheureux qui le laissa quelques instants sous le choc de la surprise ressentie à la violence de la réaction de la Comtesse qui lui faisait face, incapable de songer même à une réponse à faire alors qu’elle se tenait jute devant lui, écumant presque de rage. Un mauvais point, mon petit Stannis… Un mauvais point pour toi… Et comment se rattraper, maintenant ? Pas facile. Il ne sait que répondre face au visage plus que courroucé de la Riddermark… Il choisit donc de battre en retraite provisoirement, pour revenir avec cruchon de vin non encore mêlé d’eau, avec lequel il remplit à demi deux cornes, puis, comme sur une arrière-pensée, qu’il complète par un nouveau remplissage. Il a soudainement besoin de sentir glisser sur son palais un peu de ce plus capiteux breuvage, qui, même s’il n’est pas un grand cru, lui procurera un peu de la sérénité et du temps dont il a désespérément besoin pour tenter de trouver une solution, et qu’il ne parvient pas à trouver, embrouillé qu’il est par les réactions illogiques de l’épouse du Grand Maître. Épouse qui s’ignorait visiblement… Secouant la tête pour lui-même, soudainement oublieux de l’Impériale qui se tenait non loin de là, il ne parvenait vraiment pas à trouver quoi lui dire. Entre sa joie de jeune mère et son ire d’épouse défendant sa vertu, comment même tenter de lui poser des questions banales qui préciseraient les choses ? Aucune chance qu’elle y réponde. Mais il fallait tenter… Trouver une excuse pour l’amener devant quelqu’un qui saurait mieux que lui – ce n’était pas difficile – quoi faire.


Comtesse… Vous n’aurez pas, je pense, oublié votre rendez-vous ? Il serait temps d’y aller, maintenant, ou nous ferions par trop attendre la personne que vous êtes venue tout spécialement voir… Maintenant que vous avez récupéré quelques forces après cet éprouvant voyage, il n’y a plus de raison de la faire patienter. Vous n’avez pas chevauché si prestement pour perdre du temps ici avant de lui annoncer la nouvelle, tout de même !

Il y allait totalement au bluff, mais, savait-on jamais ? Cela pouvait marcher. Et cela lui avait permis en tout cas d’écarter de la portée de la Comtesse le pichet de vin avant qu’elle n’ait eu le temps d’y puiser trop profondément, alors qu’il lui avait posé la question, puis s’était dressé après avoir saisi sa cape tombée en boule sur le sol, la frottant vigoureusement de son avant-bras avant de se la jeter de nouveau sur les épaules, s’efforçant de prendre un air sur de lui pour que la Rose n’ait pas de raison de douter de son but, elle qui semblait si perdue…

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Daresha de Jeneffe
Un regard pour tout faire basculer.
Un sourire pour remettre en cause toutes les fondations sur lesquelles elle avait construit une partie de sa vie.
Toutes ses faibles assurances et illusions illusoires s'étaient envolées en moins de temps qu'il n'aurait fallu pour le dire et le constater. Serrant les dents, elle tentait tant bien que mal de maîtriser ses sentiments divergents qui étaient devenus une part d'elle-même depuis qu'il était entré dans sa vie. Personne ne savait, personne ne devait savoir. Elle avait tentée de parler au Chevalier, de lui faire comprendre que... de chercher des réponses : après tout, le Destructeur était souvent absent, peut-être était-ce une folie de son imagination qui avait transposé sur le Chancelier de l'Ordre de l'époque des sentiments plus forts que ce qu'ils étaient réellement, à savoir une amitié profonde et pure entre un homme et une femme. Cela était possible après tout même si impensable pour la plupart des esprits, d'autant qu'il y avait des barrières sacrées et inviolables entre eux : celles d'un mariage et celle d'une fraternité.

Sous sa poitrine, son coeur s'accéléra à cette seule pensée, ce qui la mit un peu plus hors d'elle. Elle referma ses poings à s'en blanchir les phalanges. Non, un simple inconnu qui ne savait rien de rien, n'allait pas lui faire avouer ce qu'elle ne voulait se reconnaitre déjà à elle-même et ce qui n'avait pas lieu d'être d'être reconnu! Pourquoi gâchait-il par ses propos l'instant de bonheur qu'elle vivait à avoir mis au monde le fils légitime du Vicomte? Dans l'esprit de la Rose fatiguée, passé et présent ne faisaient plus qu'un, les souvenirs se mêlant entre eux sans aucune suite logique et dictant les réactions comtales en fonction de leurs caprices. Perdue dans ses pensées complexes, elle ne daigna porter aucune attention au vin servi par le Licorneux. Une boule d'angoisse s'était formée dans son ventre : arriverait elle à regarder son époux en face? Elle n'avait rien à se reprocher. Rien...

Elle lui adressa un regard noirci et finit par se détourner, n'osant affronter plus longtemps l'homme qui ne se trouvait qu'à quelques centimètres d'elle. Les yeux sont un terrible miroir de l'âme. Cachez tout ce que vous voulez, ils vous trahiront toujours. Et c'est les seuls félons avec lesquels vous devez apprendre à vivre. Elle prit de grandes bouffées d'oxygène, remplissant à outrance ses poumons, vain moyen de se calmer et de reprendre pied. Pied qu'elle avait de toute façon définitivement perdu. Et l'Errant semblait aller sur ce chemin dangereux ou elle les avait emmené.
Elle releva sur lui des émeraudes plus calmes. Il avait frappé au bon endroit. Mais était-ce une bonne idée que de jouer sur ce terrain glissant? En tout cas, elle était un peu plus apaisée. Elle se reprit. Il est vrai qu'elle voulait lui annoncer la nouvelle. Il avait un fils, un héritier, cela n'était pas rien, après tout!

- il... il est vrai... je dois lui annoncer pour son fils mais... croyez vous que... que...?

Croyait il que.. que quoi?
Il n'avait jamais vraiment voulu d'enfant. Mais le jeune Faucon était désormais là. Seules les années à venir viendraient dire si elle serait une bonne mère. Le serait-elle...? Ou l'avait-elle été...? Nouveau vide. Nouvelle perte d'équilibre. Une main agrippée sur le rebord du comptoir, l'autre sur sa tempe ou tapait désagréablement son sang emballé, elle resta le regard rivé sur le sol pendant de longues secondes. Lorsqu'elle se redressa, son visage se teinta d'une étrange expression de peur. Elle ramena une dextre nerveuse sur son ventre, et le caresse comme le ferait une femme enceinte. Ce qu'elle n'était pas. Ce qu'elle ne serait très certainement plus, mais elle était bien loin de l'instant réel. Elle ouvrit légèrement ses lèvres séchées et se ravisa. Qu'avait-elle à lui dire?

Tant de choses qu'elle refusait d'avouer, de lui dire. D'autant qu'elle avait décidé qu'elle gérerait tout toute seule. Il était là ce bébé, elle l'assumerait, même si on prince de frère avait également des idées à son sujet. Et Lui... Lui ne faisait qu'attiser le feu par ses propos, et il ne s'en rendait même pas compte. Vouloir et faire le bien, mais faire tout le contraire. Il ne voulait pas choisir, mais le lui avait elle demandé? Qu'il reste avec sa Tournaisienne et qu'ils aillent au diable! Il voulait l'aider, mais lui avait elle demandé? Non. Elle avait sa fierté; d'autant que s'était son corps à elle qui subissait les outrages de l'interdit. Elle avait d'ailleurs tout fait pour lui cacher la vérité : quoi de plus efficace que de longues semaines sans nouvelles? Mais voilà qu'il avait fallu qu'il soit présent à Amboise et qu'il sache la vérité Dieu seul sait comment! Il était quand même pas si moulant que ça son manteau, non? D'autant qu'elle était pas encore trop grosse... Elle redressa fièrement son menton et décocha au Licorneux un regard hautain.

- Je ne vous demande rien et rassurez vous, je ne vous demanderais jamais rien. Retournez à vos affaires, je gérerais les miennes comme je l'entends, d'autant qu'elles ne vous regardent pas... Le ton était sec et trancha l'air ambiant comme un coup de fouet. Dans un mouvement décidé et faisant claquer ses talons au sol, elle prit la direction de la sortie pour aller... ben pour aller et c'était déjà pas si mal....
Stannis
Si je crois que…

Pas le temps pour l’Errant d’aller plus loin dans son ébauche de réponse à la question fragmentaire de la Comtesse que celle-ci était de nouveau prise dans les tourments de l’ire qu’entretenait sa fierté blessée, et lui coupait la parole de quelques paroles tranchantes, juste avant de franchir la porte de l’auberge, sortant ainsi de la pièce, et le plongeant dans une profonde hésitation. Que faire ? Rester là, et attendre qu’elle revienne éventuellement ? La suivre, pour prévenir tout risque d’accident ? Oui, c’était sans doute le mieux à faire, même si cela signifiait qu’il fallait rester auprès d’elle, qui était si… Déconcertante. Aussi, après avoir vidé d’un trait sa corne de vin, et serré la cape autour de lui pour se garder du vent glacial qui balayait la Normandie ces derniers temps, il sortit à son tour de la pièce. Pour découvrir aussitôt Daresha qui se marchait d’un air décidé. Vers les écuries. Tiens, étrange… Aurait-elle oublié quelque chose d’important dans les fontes de sa selle, dont elle aurait besoin avant d’aller revivre cette annonce de son passé ? Ou était-elle, plus prosaïquement, perdue dans la forteresse ? Quoi qu’il en soit, l’ancien héraut lui emboîta le pas, en maintenant entre eux une dizaine de mètres : assez pour intervenir en cas de besoin, mais en maintenant cependant un écart à la fois respectueux de la dignité de leur visiteuse, et de sa propre sérénité, tant son regard à demi empreint de folie se montrait troublant, lorsque le vôtre le rencontrait…

Et voilà que la Rose franchissait devant lui les imposantes portes de l’écurie. Était-ce un effet de son imagination, ou sa démarche s’était-elle faite moins assurée à mesure qu’ils s’étaient approchés de la bâtisse suffisamment pour qu’elle devienne identifiable ? Curieux, le Licorneux se demande si c’est par appréhension de l’annonce à venir, qui visiblement l’effraie – ayant entendu parler du caractère de Bralic, guère étonnant – ou si elle s’est rendu compte qu’elle a pris le mauvais chemin mais l’entend derrière elle, et ne veut pas démontrer qu’elle s’est trompée. Peu importe, en réalité… Aussi le Chevalier Errant se contente-t-il de presser le pas pour ne pas perdre de vue trop longtemps la Comtesse, et s’engouffre-t-il rapidement à son tour dans la bâtisse à l’odeur de paille. Trop rapidement, puisqu’il ne manque que de justesse de percuter l’épouse du Grand Maître qui s’est arrêtée sitôt la porte franchie. Bafouillant, il s’excuse donc :


Hum… Je vous demande pardon, Comtesse, je n’avais pas vu que vous vous étiez arrêtée là....

Ces – faibles – excuses sitôt prononcée, l’Errant se dirige rapidmeent vers la porte d’une stalle vide pour s’y adosser, tout en évitant de regarder trop directement l’Impériale, à la fois pour ne pas froisser davantage son fort caractère, mais aussi, voire surtout, pour se préserver lui-même de son regard, de ces deux puits sombres où brille l’éclat de la déraison, et qui pourtant, inexplicablement, en deviennent presque attirants...

suite

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