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[RP] Plume au vent et cœur en berne.

Ceraphin
Retour.
Un peu hors du temps et des époques.
Baloté au gré du vent d'automne, là au milieu d'une cour intérieure un peu morne et désolée, Ceraphin observe, solennel.

C'est tout un château qui est livré au vent.
Et toutes les certitudes d'un gamin avec.
Pourtant forcément ça semblait être une bonne idée et puis comment aurait-il pu en être autrement?
Quel lieu symbolisait plus ce qu'il avait perdu que ce château ou il avait vécu quelques temps de bonheur avec celle qui reposait maintenant au fond du jardin?
Le nid des plumes libres...

Il faisait peine à voir, ainsi livré à lui même, désolé et hanté par quelques fantômes et ombres silencieuses qu'on ne savait si elles étaient réelles ou imaginaires.
Au moins le minimum d'une garde aux armes de Montmorency l'avait rassuré par une présence aux portes du domaine.
Ceux là même qui quelques mois aupravant lui en avaient barré l'accès, le conduisant manu militari jusqu'en l'hostel du Prince, suzerain des lieux.
Une curieuse rencontre s'en était suivie, faite de quiproquos, d'équivoque et de surprises, pour le moins.
Et qu'en était-il résulté?
Curieusement, la promesse d'un lien vassalique qui offrait à Ceraphin, l'adopté d'Azayes l'héritage imprévisible du domaine qui était celui de Maman.

Un regard rivé sur l'aile ouest... la pierre porte les stigmates de l'incendie qui ravagea la bibliothèque.
Les murs furent consolidés à la va vite, le toit étanché au plus urgent... mais les pierres étaient encore noires, comme marquées par l'ombre mortelle qui s'abatit ici... au printemps dernier.
Comment oublier?
Non oublier n'est pas envisageable.
Alors comment vivre ici, désormais, avec ce douloureux passé?

Ceraphin avait bien failli abandonner ce projet.
Et puis...

Les héritages se faisant dans la douleur, ils ne nous sont profitables que dans l'accomplissement du devoir de mémoire et la sauvegarde du souvenir.
Qu'en fera-t'il, lui, la pièce rapportée, l'enfant de serfs emporté par l'Errance?
A voir ces hautes murailles, l'enfant se sent passablement petit... il n'est plus que l'ombre de lui même, silencieux et craintif.
Comment si frêles épaules pourront elles revendiquer l'autorité sur ce domain chargé de souvenirs mais ausi de symbolisme?
Et quid des plumes libres?
Comment pourra t'il tenter de perpétuer au mieux l'oeuvre de Maman?
Qui sait s'il reste encore des plumes à travers le royaume... et si elles accepteront de voir en lui l'héritier de Diane, voir même un nouveau mécène.

Regard timide, circulaire.
Comment saura t'il diriger tel domaine, le faire revivre de ses cendres?
Il l'ignore et frissonne devant l'étendue de la tâche.
Mais il y est.
Et il tentera de faire, au mieux de ses forces.
Quelqu'un viendra t'il lui prêter main forte?
L'endroit semble si vide...
Même l'effroyable gardien lui serait une vision rassurante, s'il revenait d'un coup.
Mais celui là aussi est du passé et il va falloir composé avec le présent.

Soupirant profondément, Ceraphin replace une mèche de cheveux venue occulter en partie son regard d'ébène.
Son premier mouvement le portera bientôt vers là ou un parterre feuillu rougeoyant aura pris le relai d'une tombe qu'il a connue recouverte de fleurs moissonnées trop précocément.
S'y recueillir, s'y épancher, s'y blottir.
Et après... après, on verra.
Tant à faire... et si seul.


Le joueur aussi pourrait se sentir seul... alors, si la plume vous en dit...

_________________
--Hawk_peregrinus
Vol crépusculaire au dessus de la capitale.

Hawk, faucon d’exception de son état, plane au-dessus du jardin…
Diplômé de haut vol, licencié en labourage d’épaule à l’atterrissage, il sait néanmoins jouer des plumes pour orienter son long cours vers un pommier aux branches basses, où il plante ses serres à défaut d’une main tendue.

D’ordinaire il connait les personnes vers qui sa maîtresse l’envoie, mais pour la première fois il reste en retrait, méfiant envers l’humain malgré tout. Il a vu il y a peu l’autre compagnon de sa maîtresse, ou plutôt ce qu’il en restait, alors qu’il la cherchait revenant d’une mission caillou… Les humains avaient transformé le quatre pattes en charpie, en viande froide pour charognards de tous bords.
Alors il se tient là, défiant par nature exacerbée, le rouleau de vélin accroché à sa patte par un fin ruban.
Attendant de voir si le jeune humain comprendra…

Le rapace observe le soleil déclinant sur les toits de la capitale, les vapeurs qui s’échappent des cheminées et qui troublent l’horizon. Un bruit au pied de l’arbre capte son attention… Délicieux petit rongeur qui profite du déclin du jour pour se hasarder à chercher quelques glands et insectes…

Pauvre petit rongeur qui va succomber sous le coup de son bec acéré, dans l’instant, sans plus de considération pour l’humain ou la mission. L’instinct prime, et l’appétit se doit d’être satisfait avant que la nuit ne soit tombée.
Ainsi il se nourrit, déchiquetant la fourrure avant de se délecter de cette chair chaude et gorgée de sang chaud, délice glissant dans sa gorge.
Ne s'arrêtant qu’une fois lourdement repu et pour regagner la branche…


Le jour ne cesse de céder à la nuit et bientôt le petit d’homme risque fort de s’évanouir dans l’obscurité… Alors il se risque à lancer un cri, unique… Aigu perçant le silence environnant de ce jardin si tristement abandonné.


Hawk... Jamais très loin d'elle.
Ceraphin
Requiem.
Dans un coin de nature captive, là, dans l'enceinte du domaine, une croix près d'un arbre et d'un nichoir.

Voilà quelques temps déjà que l'enfant s'y est religieusement agenouillé, imperméable à la froide humidité qui remonte du sol... concentré.
La conversation entre le visible et l'invisible est capturée là, à la faveur d'un bruissement d'ailes non loin qui n'attire pas encore l'attention de l'enfant.


... dit que le château était à moi.
Tu te rends compte?
J'suis pas trop p'tit pour avoir un château?
En plus, j'suis même pas ton vrai fils, Maman.
Enfin pour moi c'est tout comme mais tu vois quoi, normalement je ne peux pas hériter, les histoires de sang tout ça.
'fin là, ça va être un lien vassalique que m'a dit le Prince.


Hochement de tête comme pour authentifier l’affirmation.

Ca me fait bizarre quand même, hein.

Perplexe et soucieux, front plissé.

Mais je vais faire comment moi, pour m'occuper de tout un château?
Et puis pour les plumes, faudrait que tu m'aides à les retrouver.
Pas grand chose, hein, mais juste des signes que je sache où les trouver.
Tu vois?
Parce que moi j'vois pas...
il rirait presque tout seul de sa blague à deux écus.

Tu m'manques Maman...
Dis... tu peux pas revenir?


Puis après une pause nostalgique, la spontanéité enfantine s'enflamme à nouveau...

Eh j't'ai pas dit!
J'ai rencontré...


Cette fois ci, Ceraphin se laisse interrompre.
Un cri strident, inhumain.
Le gamin tourne vivement la tête, cherchant d'instinct l'origine de l'appel suraigüe.
Dans l'obscurité naissante, à l'heure où l'on dit que le loup réclame la place du chien, Ceraphin aperçoit des plumes vivantes.
Un signe?

En tous cas l'oiseau ne s'enfuie pas à son approche.
Main fébrile, il a aperçu et compris le pourquoi de sa présence ici... et tente de s'en saisir prudemment.

_________________
--Hawk_peregrinus
Et l'humain s'approcha du pèlerin...

Il lui avait donc suffit d'huir pour attirer son attention. De ce cri qui souvent semblait leur glacer le sang, si caractéristique que lorsqu'il le poussait pigeons, perdrix et autres volatiles à la chair si fondante s'empressaient de tenter de se soustraire à son œil.
Rien que d'y penser l'eau lui revient au bec, si l'on peut dire...

Pour l'heure alors que le très jeune homme s'approche, il adopte une attitude nonchalante, tout en l'observant, l'air de rien, faisant mine de nettoyer son plumage d'éventuels parasites. Le bec entre ses plumes couleur ardoise. Redressant la tête lorsque la main se tend pour s'emparer du message.
Ses yeux dorés scrutent Céraphin, cherchant à déceler une possible menace en l'inconnu, alors qu'il le laisse délier le ruban maintenant le vélin roulé.
Une fois cela fait, il bombe son poitrail et écarte ses ailes. Sa façon à lui de se faire grand.
Puis revient à la pose d'origine.

En attente.
Pendant la lecture.


Citation:

Céraphin,


Il y a maintenant plusieurs semaines, j’ai reçu des nouvelles fort inquiétantes à ton sujet.

Alleaume m’écrivait que tu t’étais mis en tête de devenir un héros sur les remparts berrichons.
Je me suis alors rappelée que Thybald m’avait narré ta volonté de devenir chevalier, et je comprends ce sentiment de vouloir défendre sa maison et les siens quel que soit le danger. Parfaitement même… Pour l’avoir fait moi-même il y a plus d’un an sur les remparts de Labrit. Pardon je m’égare… comme souvent. J’en reviens donc à ce que je voulais dire.

Dès la réception du courrier de ce cher Alleaume, je pris donc la décision de rallier le Berry, afin de tenter de te dissuader de risquer ta peau. Tu es si jeune encore. Pas que je sois bien vieille… Et même si tu es quasiment à l’âge d’homme. Et donc, si je n’avais réussi à t’en dissuader, au moins te protéger…
J’ai échoué.
Lamentablement.

A peine avions-nous pénétré en terre berrichonne, tenté d’obtenir quelque renseignement à ton sujet que déjà les lames des assiégeants nous tombaient dessus. Ah oui, j’avais oublié de mentionner les deux pauvres compagnons qui avaient pris la décision de m’accompagner. L’un étant un proche de ta défunte mère adoptive. Implacablement nous fûmes mis hors d’état de poursuivre notre but. Sans savoir ce qui avait bien pu t’arriver, rapatriés loin de la zone du conflit et en ayant évité la mort de justesse.

Ainsi les semaines s’écoulèrent, et c’est seulement maintenant que je trouve la force, ou peut-être le courage, de t’écrire ce mot. Espérant que tu es en vie.
J’ai établi pour un temps mes quartiers sur Paris, là où l’on ne connait pas la Fourmi, ni Cymoril… le temps de me faire oublier, de panser mes plaies et de songer à mon avenir, qu’il soit proche ou lointain.

Tiens…
De la même façon que Thybald et toi vous vous confiâtes quelques secrets, qu’il jamais trahi je puis te l’assurer, du moins pas à moi… Je vais à mon tour t’en confier un. Et non des moindres. Et en primeur… Je suis grosse… Et morte de trouille…

Enfin. Je cesse de parler de moi, sinon tu vas finir par penser que je suis narcissique, déjà que j’imagine que tu dois être étonné de ce message fort confus d’ailleurs…

J’espère que tu vas bien, et que la guerre t’a épargné cette fois.


Cymoril. La Fourmi.


P.S. : Hawk aime les caresses et la viande fraîche. Ca le rend en général plus coopératif.



Hawk... Jamais très loin d'elle.
Ceraphin
Oh... de la lecture et des nouvelles pour lui, ici!
On savait donc déjà dans le royaume qu'il avait les deux pieds dans la place?
Il se racontait que Paris n'était qu'un gros village, que tout s'y savait très vite.
Au moins voilà qui le laissait moins seul face à la froideur des pierres de Margency.

Première lecture rapide et avide, celle ou l'on parcourt en biais les phrases, impatient et brouillon.
L'essentiel est saisi mais mérite relecture ultérieure.
Certaines choses lui échappent.

Retour en quelques pas près de la tombe.


Il fait nuit Maman, je vais rentrer et j'ai une lettre à laquelle je dois répondre.
Finalement je ne serai pas si seul pour cette première soirée.
Bonne nuit et à demain.


Et s'en va, naturel comme s'il quittait la chambrée d'une Maman déjà endormie.

Que faire pour le messager?
Pas très rassuré tout de même, le gamin se dit que s'il laisse le rapace là, il ne le retrouvera probablement pas à son retour.
Des caresses et de la viande fraiche?
Bah faut espérer qu'il ne veuille pas faire du deux en un, que la main amicale ne se transforme pas en diner!

Redescendant la manche de sa chemise au maximum, Ceraphin tend le bras en guise de perchoir aux serres redoutables.
Le bond de l'oiseau le fait sursauter et son poids sur son bras le tétanise un peu.
La main droite demeurant libre jusque là tente de faire comme a dit la Fourmi, une caresse.
Puis, à pas précautionneux, le gamin tente d'emmener doucement mais surement son compagnon d'un soir jusqu'en dedans des murs, là ou il trouvera de quoi écrire... c'est pas ce qui manque par ici, même si le vélin sent la fumée et la moisissure...


Citation:
Bonjour dame Cymoril... enfin la Fourmi.

Alors toi aussi te voilà à Paris?
Moi pas loin, à Margency, là où ton faucon m'a trouvé... mais tu dois le savoir déjà à moins que tu pensais qu'on me transmettrait le message d'ici.

Alleaume t'a écrit?
Oui effectivement je l'ai croisé en Berry, juste avant la guerre.
Bah non, hein, pas un héros.
Nenni, nenni.
Mais c'est juste qu'il y a encore ma mère et mes frères et ma sœur au pays.
Il fallait juste que je les défende.
Mais oui je suis sauf!
T’inquiète...

Tu étais venue me chercher, là bas, au pays?
Bah ça alors... je ne t'ai point vue, moi.
Malheur et en plus vous avez été attaqués!
Tout ça par ma faute... pardon.
Dis le aussi à tes compagnons, s'il te plait.
Je regrette, je pensais bien faire... pour ma famille.
Je ne savais pas que...

Qui est-ce qui connaissait Maman?
Césaire?
Oh faudrait se voir!
T'es où?
Ou alors tu viens, ici, à Margency.
Mais peut être que tu ne peux pas te déplacer?
Quoique si t'as grossi, c'est bon signe non, signe de guérison?

Je te renvoie ton oiseau, il est beau... t'en as de la chance.
Par contre, désolé, j'ai pas de viande sous la main.
Y a que du pain moisi ici... et des caresses.

A bientôt, j'attends de tes nouvelles.

Ceraphin d'Azayes de Margency, du Béarn et du Berry aussi!


Vole pigeo... euh faucon, vole.

Et à l'enfant il ne reste plus qu'à trouver de quoi manger un peu, maintenant...

_________________
--La_lueur
http://www.deezer.com/listen-1043440

Ce n'est qu'une croix, un vestige, un tombeau à fleur de tapis de feuilles...Ce n'est qu'un souvenir sans parole, un hier fait de saisons.
Que le temps moissonne.
Ce n'est qu'un domaine niché au giron d'une vallée poudrée d'or qui se décline sur tous les tons, une Lueur fugace, une pensée. Un souffle de vent parcourant les allées, quelques branches bruissantes sur un reste de pudeur d'automne. Une dernière feuille. Une dernière apparition aussi...
Le vol racé d'un messager, une pelouse grasse qui s'incline d'un bel ensemble sous la caresse d'une bise naissante, quelques troncs ridés et drapés de brumes, une diane séculaire sans sa pose éternelle. A sa fontaine, il doit y rester quelques pièces, éclats d'or parsemés sous l'eau toujours coulante. Le crime et le sang effacés par les ondées sur les pierres assassinées.

Rien qu'une croix. Des murmures, des chuchotis. Au domaine de Margency il n'y a pas de fantômes, les âmes envolées ne sont point reparues, soucieuses de la vie qui y perdure. Un battement ténu et fragile sur l'échange de rimes, une Lueur n'y survit que dans le souvenir et en coeur orphelin...

Ce n'est qu'une croix en toute simplicté, inclinée en hommage au destin qui fut le sien. Saluant son prochain, comme on tirerait une bien longue réverence..

La Lueur soupire, l'âme toujours foudroyée mais ce n'est qu'un sillon de rigoles qui affleure sur l'étendue de l'étang. Une douce flamme penchée sur un désarroi, les nuages et le soleil poursuivent leur course.
Ainsi va le monde et le cercle.

De joie. L'eternel recommencement et une Lueur que l'on retient, dans tout ce que contient le présent, le passé.
L'enfant n'est qu'avenir. Une Lueur invisible, impuissante à réconforter..Le temps de La veilleuse en coeur de nuits est passé.Une mère emportée avec lui.
Une Lueur est émue mais de bras n'a plus, elle a fait ce qu'elle a pu.
Elle a donné ce qu'il faut, des pierres, des plumes, un refuge, une sécurité relative.
Ce n'est qu'une croix, ce n'est rien.
La grille d'un domaine grince, s'echappe un tourbillon joyeux et frémissant de fleuilles ambrées.
Emportées elles aussi par le vent, comme tant de mots qui ne se peuvent prononcer. Elles vont leur chemin par delà l'allée, insousciantes, légères pour se disperser à tous les vents qui le voudront. Là au dehors.

Ce n'est qu'une croix. Une mère qui a aimé son petit. Une Errance tombée au front de l'improbable, désarmée par un enfant.
Un deuil qui n'a que trop duré.
Un rayon de soleil qui taquine un visage que le temps a aussi refaçonné, les traits de l'enfance presque évanouis, sans oser encore y délayer cette limpidité au regard. Comme la note pure d'une gamme que jouerait une Harpe.

Ce n'est qu'une disparue qui ne saura jamais combien seul est son fils. Délaissé par les siens. Elle n'aura pas ce chagrin de la fragilité des liens.
C'est une Lueur attendrie, souriante, penchée d'outretombe sur une prière, sorte de conversation pourtant naturelle, quelques signes indécis sur la toile des lieux.

Ce n'est qu'une croix. C'est la joie aussi.

Ce n'est qu'une Lueur passagère clandestine, à bord du radeau d'un coeur en berne et la mue d'un caneton qui s'ébroue sur l'etang.

Des Plumes duveteuses dans le vent. De l'avant. De la joie.

Vivant.

Ce n'est qu'une croix et quelques paroles d'autrefois..

"Avance le pas léger, fais ce que tu peux pourvu que cela te mette en joie.
Va dans la vie comme on oserait tout, sans regrets jamais.
Haut le coeur et si les Plumes qui font ta parure et ton nid sont par trop de poid, de solitude à tes épaules encore frèles. Si les Plumes s'en sont allées et se taisent, garde les pierres pour y mettre ton âme puisque la mienne s'est envolée.
Nulles promesses ne te retiennent. Ou alors...
Fais comme lui...Fils.."

Un caneton plein d'assurance et devenu grand prend son envol sous l'oeil velour de sa maman qui le voit partir pour d'autres étangs....

"Ainsi va la vie..."

Au Domaine de Margency, un enfant parcoure une missive, comme la brisure d'une solitude, les branchages toujours s'agitent dans leur danse, l'eau coule sous le pont et à la fontaine. Un écureuil n'en finit pas faire ses réserves en creux de tronc, éclat flamboyant au dégarni des arbres, une Rose résiste à la froidure nouvelle dans un parterre bien entretenu. Et une fourmi malicieuse qui escalade le vélin tenu en signe incertain...Qui chatouillerait bientôt une main.
Une Luciole fuyant la saison, une tourterelle en retard qui rejoint un dernier bataillons de voyageurs.
Ce n'est qu'une Croix. Une dernière larme, une force pour le pousser vers demain.

Et La lueur d'un espoir...Dans un soir couchant. On ne retient pas l'Avenir. Complice de cet autre Ode à la Joie...
Ceraphin
Bizarrement, le fond de l'air s'était fait doux.
Bizarrement la nuit s'était faite presque lumineuse.

Intrigué, Ceraphin était du coup ressorti, pour comprendre.
Le ventre rassasié de ce qu'il avait pu trouver et bien que l'heure tardive l'incitait plutôt à rechercher le sommeil, sa curiosité le poussa vers les jardins.

Là bas, dans un rayon de lune, la croix de Maman semblait imperceptiblement danser au sein d'une farandole d'automne.
Le gamin s'arrêta pour mieux voir, la nuit lui jouait des tours?
Mais l'illusion perdurait, troublante.

Non loin, de l'arbre gardien, penché bienveillant sur l'ultime couche maternelle, un mouvement détourna son attention.
Un écureuil.
Allant et venant le long de l'écorce, voilà que l'animal faisait systématiquement une pause à mi chemin, pour l'observer et... lui faire un clin d'œil!
Et le manège se répète plusieurs fois... !?
Ceraphin se gratte la tête.

Curieux, non?
Mais voici que son regard se fait déjà accaparé par le vol d'un coléoptère lumineux.
Une luciole.
Une luciole qu'il n'aperçoit que le temps qu'une dodue tourterelle ne vienne la happer goulument en plein vol.
Clac dans le bec!
Et du coup, tout l'arrière train du colombidé se met à briller d'une froide lumière jaunâtre, s'évanouissant bientôt dans le ciel étoilé.

Les yeux du gamin s'arrondissent furieusement.
Non et non quelque chose n'allait pas!
Une tourterelle ne mange pas d'insectes, voyons!
A chacun sa logique, hein.

Et quoi d'autre, encore?
Un coup d'œil craintif jeté aux alentours.
Là une rose.
Et que lui réserve t'elle la rose, hum?
Ceraphin devient méfiant.
D'ailleurs la rose en question, unique fleur sur sa tige, semble se pencher vers lui, comme pour lui murmurer quelque chose.
Ah non!
Le gamin ne se penchera pas!
Cela suffit.
Néanmoins, un petit point noir sur fond de pétale clair attire son attention.
Et il finit donc par s'y pencher... l'inconscient.

Une fourmi.
Une fourmi toutes antennes dressées, qui semble vouloir lui parler.
Pris entre curiosité et crainte, Ceraphin fait le compromis de ne pas tendre son oreille, sait on jamais, mais juste un index inquiet.
La fourmi tâtonne un peu et s'engage sur la boule rose offerte.
La rose alors déchargée de son piètre fardeau, reprend une posture plus droite, s'ébroue curieusement les pétales et se referme pour la nuit, d'un coup... rideau.

Devrait-il s'en étonner?
Ceraphin semble résigné.

Le temps d'un chatouillis sur sa main et il repense à la fourmi qui l'escalade déjà.
Coup d'œil pour contrôler sa progression sur sa paume et voici que... qu'elle... grossit!
A vu d'œil, elle enfle, elle prend du volume, harmonieusement certes mais pas assez pour ne pas s'en effrayer!
Aussi plus d'instinct qu'autre chose, le gamin secoue frénétiquement sa main pour se débarrasser de l'insecte qui avait déjà pris les proportions d'une souris.

Cette fois ci, c'est bon.
Il a sa dose le Ceraf', et décide de repartir à reculons vers l'intérieur du château, surveillant du coin de l'œil le sol, des fois que la fourmi réapparaisse.
Mais rien.

Si la marche arrière l'a bien éloigné des alentours de la dernière demeure maternelle et de la facétieuse nature qui la protège, son itinéraire a quelque peu dévié puisque le talon de sa chausse bute non pas contre le perron mais contre une structure plus haute.
Se retournant précautionneusement, craintif de trouver quelque nouvelle surprise, Ceraphin redécouvre la fontaine du jardin.
Au fond y brillent quelques feux... mais ceux là n'ont heureusement rien de surnaturel.
Quelques écus égarés.
Quelques écus...

L'âme profonde du berrichon de souche se réveille.
Un écu n'est pas un jouet et ne se gaspille pas.
Tendant la main pour tenter de saisir le plus proche, il doit se mettre sur la pointe des pieds pour avoir une chance de l'attraper.
Fort heureusement, l'eau est agréable et presque chaude.
Mais la pièce n'est toujours pas à portée de main et à forcer sur la pointe des pieds... plouf!
A l'eau le gamin!

Un peu paniqué, Ceraphin allait presque se laisser aller à paniquer de ne pas trouver le fond sous ses pieds, lorsqu'il se retrouve à flotter, tout naturellement à la surface, sans effort particulier.
Et bizarrement cela lui semble des plus naturel.
Un peu contrarié d'être maintenant complètement trempé, il se secoue vigoureusement les plumes.
Les plumes?
Des ailes?
Des pattes palmées!?
Mais qu'est-ce que... ah non ça suffit maintenant!

Et voulant s'extirper du bassin, voilà qu'il s'envole littéralement dans les airs!
Un temps de surprise, muet.
A peine le temps de réaliser et de savourer qu'un cri effroyable retenti au dessus de lui... le faucon!
Cette fois-ci la caresse ne suffira surement pas, il voudra de la viande fraiche!
Paniqué, il bat des ailes, égarant déjà quelques unes de ses toutes nouvelles plumes et ouvrant le bec pour aller Maman à l'aide.


Coin coin!!!


Un peu hagard, Ceraphin met quelques temps à réaliser.
Redressé sur sa paillasse de fortune, là au coin du foyer qu'il a rallumé dans la cuisine du domaine, il reprend son souffle.
Coin coin?
Il a réellement hurlé "coin coin" en se réveillant en sursaut?
Eh beh...
Heureusement qu'il est seul, finalement.

Et se laissant retomber de tout son poids sur sa couche, Ceraphin songea qu'il venait de vivre un drôle de rêve.
Inquiétant et effrayant par bien des aspects... mais pour autant pour lui c'était un beau rêve, car au sortir de celui-ci, il sentait encore la caresse de Maman dans ses cheveux.

Et rasséréné, il se rendormira bien vite, sourire aux lèvres...



Ceraphin, hein, pas Saturnin!
_________________
--Hawk_peregrinus
Un bruissement d’ailes.
Léger.
Bien diurne cette fois-ci.
Le faucon a beau être majestueux, il n’en reste pas moins un animal préférant de loin la lumière caressante du soleil.
A l’opposé de sa maîtresse qui lui préfère les rayons argentés.
Elle l’a donc renvoyé là.

Les trajets sont rapides, à peine quelques battements d’ailes pour lui. Mais cela suffit. Il n’aime pas survoler ces endroits où se regroupent les humains. Il préfère de loin les vastes plaines, les montagnes abruptes. Les longues pérégrinations où les paysages se succèdent comme une vaste palette de couleurs. Comme lorsqu’il traversait la moitié du royaume, allant de l’un à l’autre de ses maîtresses. Ou encore lorsque celle qui lui reste voyage…

Ce ciel qu’il a traversé ce matin là est empli de fumées grisâtres, d’odeurs plus infectes les unes que les autres. Les clameurs qui remontent des rues où grouillent tant de bipèdes le désorientent parfois. Il n’est pas de ces ramiers se gavant de graines et qui se complaisent à mendier leur nourriture aux humains. D’ailleurs ces derniers sont des proies de premier choix. Rarement assez véloces pour se soustraire au choc de l'impact qu’il leur infligeait, toujours tendres et juteux.

S’il pouvait exprimer quelque souhait, ce serait de regagner cette campagne à demi sauvage qu’il affectionnait tant. Loin de cette foule bruyante et de ces rongeurs dont le goût était loin de valoir celui des campagnols qui peuplaient les champs colorés…
C’est donc dans cet état d’esprit fauconnesque qu’il se pose. L’endroit est agréable, le jardin revenu à une semi liberté rappelait un peu quelque bosquet remuant d’une vie que seul l’œil exercé peut voir. Les rares bruits étant ceux d’une nature qui avait repris ses droits et allait grandissante. Les odeurs sont familières, chargées d’humus et de parfum de fleurs sauvages, fragiles.

Il s’est installé sur la même branche. L’arbre lui rappelle celui de la forêt de Labrit, celui où sa fourmiesque maîtresse souvent passait ses nuits solitaires, bien cachée entre ses larges racines. Il attend que le jeune humain sorte de cette bâtisse de pierres froides et l’aperçoive.


Citation:

Céraphin,


Je suis heureuse de savoir que tu es sain et sauf et que tu te tiens à présent loin des conflits.

Tu sais, même si ton nom n’est pas chanté par tous les hérauts du royaume, c’est bien en héros que tu t’es comporté. Un héros anonyme, défendant les siens sans attendre de récompense ni reconnaissance en retour.
Enfin, c’est comme ça que je le vois.
Faire ce qui est juste…

Surtout ne te sens pas responsable de ce qui a pu nous arriver. Si l’on doit chercher une responsabilité quelconque faisons la porter aux tourangeaux qui éliminaient gens d’arme sans distinction, par peur que l’on les retourne contre eux.
Au pire, je porte la responsabilité de mes choix et la culpabilité d’avoir eu la naïveté de croire qu’il existait encore des gens d’honneur à la tête de certaines armées.

Le Seigneur de Cartel m’accompagnait, c’est lui qui connaissait bien ta mère. Je crois que lui aussi avait envie de t’empêcher de te faire trucider, même si je reste persuadée qu’il n’en conviendra jamais. Tu sais comment sont les seigneurs de guerre…
Un peu fermés et ayant à cœur de ne jamais montrer qu’ils sont capables d’éprouver quelque sentiment.
Sans doute est-ce ce côté abrupt qui les rend si attachant, contrairement à ceux qui s'épanchent à tout va mais dont les sourires ne sont que grimaces masquant la laideur de leur âme.

La maison que j’ai loué se situe dans le quartier des Halles. Jamais je n'aurai cru vivre à Paris. Quelque mauvais souvenir de mon passage précédent. Mais finalement, même si cela n'est pour l'instant qu'un choix temporaire l'endroit me convient. Il déborde de vie, fourmille d’une foule animée dans laquelle il est permis de se sentir un peu moins aux aguets. En toute simplicité.

J’ai bon espoir de pouvoir me déplacer prochainement, dès que les soins apportés à mes blessures seront terminés.
Par contre…
Je crois n’avoir jamais été aussi maigre.
Même si je suis grosse.
Quand je dis que je suis grosse, c’est de l’enfant qui grandit en moi.
A ma plus grande surprise.
Et pour mon plus grand effroi…

Il est curieux que tu me dises ne pas avoir nourri Hawk… il est revenu ventre tendu, signe d’un bon festin. C’est qu’il a du trouver en chemin un endroit suffisamment arboré et sauvage pour y trouver une pitance conséquente. Ou alors un de ces pigeons qui traversent le ciel à toute heure et en tout sens. Il en est très friand de ces palombes grassouillettes.
Tout comme il apprécie les atterrissages surprises ; sur les épaules… les miennes en portent quelques traces. Il lui est même arrivé plusieurs fois de me surprendre au point que je m’en retrouve sur mon séant.
Mais je crois que c’est un traitement qu’il aime à me réserver.
Parfois j’ai même l’impression qu’il fiche de ma trogne.

Voilà, Seigneur Céraphin d’Azayes de Margency, du Béarn et du Berry, toutes les nouvelles dont je puisse te faire part.

Fourmi.



Hawk... Jamais très loin d'elle.
Ceraphin
Il est des repos dont on se réveille fatigué.
Faut dire que la nuit avait été agitée et le sommeil peu réparateur.
Fichu rêve abracadabrant, comme tous les rêves, d'ailleurs.
Mais pour autant, ça n'altérait pas l'humeur de l'enfant, au contraire.

Aujourd'hui il espérait bien voir un peu de vie dans le château... le prince de Montmorency lui aillant promis quelques gens pour l'aider, en attendant qu'il soit capable de reprendre lui même l'intendance du domaine en main
Pas d'main la veille, hein?

Ce matin, donc, la clarté du jour favorisant les inspections de cuisine, Ceraphin avait mis la main sur quelques trésors.
Hormis quelques pains rassis, il avait fait main basse sur un baril de salaisons, quelques pots de fruits en confiture, ainsi que du confit de fleurs.
Le reste étant, pour la plupart, périssable... avait péri.

Le gamin était habitué aux castels vides, le bien nommé irréductible surplombant le village d'Orthez était sa demeure habituelle.
Mais ce château de Margency avait une autre dimension... tant physique que symbolique.

Profitant d'un matin pas encore trop frileux, Ceraphin sortit donc, vers les jardins... allant saluer le plus naturellement la tombe de Maman.
Moins bavard à cet heure, il ne se lança pas dans une grande discussion, du moins pas encore, se contentant d'un regard bienveillant sur la croix immuable.

Etrangement, même si le soleil darde quelques rayons frileux, nul gazouillis dans l'air ambiant.
Le genre de détail qu'on ne remarque pas de suite mais qui finit par laisser comme une impression de malaise, comme si quelque chose clochait dans le décor.
L'impression d'être observé?
Peut être bien mais... qui?
Regard dubitatif de droite et de gauche, jusqu'à ce qu'un mouvement dans l'arbre surplombant la tombe...


Oh!
Le faucon d'la fourmi!?


Vérifiant qu'il ne soit pas resté sur place sans livrer son message, le gamin s'ose à l'inspecter de près... avec un brin de prudence tout de même.
Mais si le message y est encore!
Qu'est-ce qu'il fiche le piaf?
A moins que...

Etendant la main pour ôter le ruban, Ceraphin, circonspect, s'empare enfin du message et constate que non, il ne s'agit pas du sien et que par conséquent le "piaf" s'est bien acquitté de son rôle.
Brave bête... d'autant plus brave et respectable que son bec est acéré et ses serres redoutables.
Oui vraiment... brave bête.

Une lecture s'entame, assis en tailleur près de la tombe.
Si l'humidité s'insinue, il sera toujours temps d'aller se réchauffer près du foyer allumé dans les cuisines.
Ses pensées suivent, à mesure, le fil de la lecture...

Héro?
Certes non... j'suis même pas chevalier, encore.

Pas responsable?
Bah quand même, hein... si j'étais pas là, tu serais pas venu en Berry.
Et si j'étais pas là, Maman ne serait peut être pas morte non plus.

Cartel?
Oui je me souviens que Maman m'en avait parlé.
Même qu'elle m'avait dit qu'il avait failli venir me chercher au Périgord, après mon amnésie.
Même que j'étais pas rassuré... mais maintenant, je crois que j'aimerais bien le rencontrer, un jour.

Les Halles?
A Paris?
J'irai.
Ou alors, je vais attendre qu'elle guérisse et qu'elle vienne me voir, quand elle aura envie... pour pas l'embêter.
On verra bien.

Un enfant?
La fourmi... un enfant?
Bah ça...

Hawk?
Bah nan pas nourri.
J'ai bien retrouvé un tonnelet de viande en salaison mais je doute qu'il goutte au sel, l'oiseau.

Seigneur?
Mouhahaha!
J'suis pas seigneur, moi.
Enfin...

Fin de la lecture.
Et cette fois Ceraphin ne répondra pas.
Déjà parce que la journée se promet d'être chargée en activités et puis surtout parce qu'il espère bien lui répondre de vive voix, bientôt.

Jetant un œil au faucon, Ceraphin hausse les épaules.
Il finira bien par comprendre et s'envoler... non?
Allez ouste!

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Berranger
Berranger faisait son pèlerinage habituel autour des vieilles pierres, et la nostalgie l’étreignait, toujours aussi forte, Il ne pénétrait même plus dans l’enceinte des murs tellement les souvenirs l’assaillaient, sans relâche, au détour de chaque couloir, au passage de chaque porte. Mais c’était encore plus difficile quand les murs mêmes avaient faillis, méconnaissables après l’incendie, plus rien ne permettait d’accrocher les réminiscences, qu’il laissait alors s’enfuir comme des fantômes improbables.

Ce jour là une fumée guillerette montait tout droit dans le ciel pur du matin, comme si le château revivait enfin. Les gardes interrogés ne savaient rien, sinon que le prince, leur maitre, avait donné l’ordre de laisser passer un jeune étranger qui était devenu le seigneur de Margency depuis peu.

Qui était-il ? Qu’allait-il faire ? Sa curiosité n’avait pas été le moins du monde satisfaite. Tout ce qui intéressait les gardes, c’était de savoir quand ils pourraient retourner à leur salle de garde et à leurs habitudes, une fois que le nouveau seigneur aurait installé ses gens. Mais comme il ne se passait jamais rien ici, ils avaient bien voulu bavarder autour du peu qu’ils savaient en partageant le vin chaud que Berranger avait sorti de son havresac.

Le fait que cet étrange seigneur soit venu tout seul sans même un valet pour l’accompagner, laissait supposer une bourse plus que modeste, et vu son jeune âge, ce n’était certainement pas ses hauts faits militaires qui lui avaient valu d’obtenir cette seigneurie pour les corbeaux, même un bâtard du prince pouvait espérer mieux. Les gardes se perdaient en conjectures toutes plus ahurissantes les unes que les autres, Un enfant dérobé au berceau à ses parents …., l’enfant d’une nonne et d’un noble…Un mage susceptible de prendre toutes les formes y compris celles de la jeunesse, et c’était cette dernière histoire qui avait leur préférence, ne l’avaient-ils pas vu la veille , brandissant son poing vers le ciel, tandis qu’un oiseau de mauvaise augure, noir comme la mort, était venu s’y percher, montrant tous les signes de la soumission la plus humble.

Berranger n’insista pas, il reprit le peu qu’il restait de son vin et fit mine de s’en aller, mais dès qu’il fut hors de vue, il s’enfonça à travers champs vers la porte du jardin, qui n’était plus fermée depuis longtemps. Il n’était pas décidé à demander l’autorisation d’entrer dans un lieu qu’il considérait comme chez lui depuis des années.

Il franchit la porte, oppressé, avec l’impression que c’était la dernière fois. C’était peut être la dernière fois d’ailleurs. Il n’y avait aucune chance que le nouveau seigneur du château ait envie d’avoir à domicile une troupe de ménestrels farfelus, improductifs, bavards, sentencieux et imbus d’eux-mêmes comme tout poète qui se respecte.

Wyatt avait été l’exception, la perle rare, l’inattendue. Celle qui était aussi poète et non des moindres. Celle qui encourageait, insufflait. Celle qui était l’âme de ce château. Sans elle il ne restait plus que des pierres banales, aussi banales que toutes celles que l’on pouvait trouver ailleurs dans tous les lieux ou le temps avait fait son œuvre de destruction.

Les dernières bribes de souvenir qu’il venait chercher ici allaient disparaitre, avec ce nouveau seigneur, qu’il haïssait déjà cordialement avant même de l’avoir rencontré.

Il s’en voulait aussi de n’avoir pas été là dans les derniers moments, d’avoir laissé l’une de ses muses s’en aller, sans même lui avoir jamais dit qu’il la vénérait et l’admirait, paralysé dans sa carapace d’ours, incapable de dire quelque chose sans masque.

Il y avait eu aussi Calembredaine et l’amour immédiat qui l’avait submergé et dont heureusement il était aujourd’hui complètement libéré, Il y avait eu petit Alexendre et sa morgue de gamins des rues, Altéa, Valkano, Kad….
Et aussi la fidèle Wanda, l’amie de tous les coups durs, celle qui ne faisait jamais défaut quand on l’appellait…

Tous ces murs imprégnés jusqu’à la moelle de cette force de vie qui l’habitait qu’il envoyait rouler contre les gens et les choses et qui finissait toujours, bon gré, mal gré, par lui revenir sous forme de poème.

Et un petit seigneur, de troisième catégorie, allait venir et détruire tout cela par sa seule présence,
Et il ne pourrait pas l’empêcher.
S’il avait été raisonnable, il aurait tourné les talons et serait parti sans demander son reste, Il n’y avait plus rien à attendre ici, même pas la nostalgie. Mais il n’était pas raisonnable, il était même très en colère contre celui qui osait ainsi profaner son sanctuaire !

Il allait au moins une fois dire à cet empêcheur de se souvenir en rond ce qu’il pensait des étourneaux qui venaient ainsi picorer dans ses lieux de mémoire où lui, puisait ses raisons de vivre et son inspiration.
Il laissait la colère monter, c’était plus facile que de se laisser aller au chagrin qu’il ressentait, son pas maintenant martelait les dalles de l’entrée du château quand enfin il l’aperçut.

Ce fut comme un coup, il n’avait pas vraiment réalisé jusque là qu’il ne s’agissait que d’un enfant, sa colère le quitta aussi rapidement qu’elle était montée, il se trouvait un peu bête d’être là, les bras ballants, n’ayant plus rien à dire. Son rêve venait de s’éteindre..... définitivement.

« Bonjour Messire, je m’excuse, j’ai habité là autrefois.
Je regrette, j’étais perdu dans mes souvenirs.
Je m’en vais tout de suite ! »


Il fit une rapide courbette, un demi tour et prit la direction de la sortie

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Ceraphin
Au fil de ses pérégrinations intra muros, Ceraphin redécouvrait un domaine autrefois plein de vie.
Enfin redécouvrir...
Ce n'est pas qu'il connaissait si bien que cela Margency mais il avait tout de même eu l'opportunité de l'explorer partiellement à l'occasion de deux séjours chargés d'émotion.

Or le silence qui y régnait désormais était glacial.
Furetant du regard à droite et à gauche, le gamin tentait de reconnaitre les lieux, à la faveur du jour.
La présence de la garde princière le rassurait un peu, bientôt peut être quelques gens de maison viendraient redonner un peu de son éclat au domaine.
Margency avait eu un rang non négligeable et Ceraphin aurait aimé participer à le lui rendre, même petitement... à la mesure de ses modestes moyens.

Ce pensant, Ceraphin s'arrêta sur son parcours et songea qu'il ne pouvait offrir aux servants qui allaient s'en venir, le spectacle de son campement de fortune dressé dans les cuisines.
A la manière de ses froides nuits de solitude à Orthez, ou il faisait bon se coucher près de l'âtre de la cuisine, la seule pièce qu'il hantait encore.
Non, il ne pouvait offrir tel spectacle digne d'un garçon de ferme dormant dans la salle commune.
Déjà qu'il était loin d'avoir l'allure vestimentaire d'un châtelain...
Changement de direction, donc... pour remédier à cela et préserver au moins les apparences.

Piétinant à nouveau les dalles de l'entrée, le gamin sursauta presque à la vue soudaine d'une silhouette s'en venant vers lui, d'un pas qui se voulait déterminé jusqu'à ce qu'il s'arrête net.
Ceraphin allait l'interroger, cherchant encore quelle attitude adopter lorsque l'homme prit la parole le premier.

Fronçant des sourcils, le gamin se trouva un peu, beaucoup, surpris par le propos.
Ce n'était manifestement pas un servant...

Il avait vécu ici?
Qui était-ce donc?
Le gamin n'en avait nul souvenir mais il savait qu'il était loin de connaitre tous les résidents temporaires ou permanents du domaine.
Mais ne devait-il pas se méfier et se préserver de quelques rodeurs et autres rapaces prêts à le dépouiller de son nouveau bien... eux qui lui ont déjà voler la présence chaleureuse de Maman?

Frisson.

Mais... et s'il avait plus à perdre à laisser cet homme s'en aller ainsi?
Bientôt il ne serait plus là, à fuir si vivement, comme chassé par quelconque dépit.

Tentant de réfléchir vivement, Ceraphin opta pour un geste symbolique, que seul un initié comprendrait... enfin peut être.
L'idée était un rien enfantine mais avait l'avantage de ne prendre que peu de risque... au delà de celui de retenir un peu l'inconnu...


Messer!
Messer, attendez!


Et fouillant dans ses poches, tout en faisant quelques pas dans sa direction, le gamin finit par extirper une plume aux barbes un rien ébouriffées.
La lissant rapidement entre ses lèvres pincées, il la présenta droite et fière, à la manière d'une clef magique sensée ouvrir quelque cercle mystique et secret.

Et maintenant?
Comprendrait-il?
En était-il?
Serait-il la première pierre vivante d'un refuge à rebâtir?

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Berranger
Berranger les épaules voutées, s’en allait, tout à son chagrin, ayant déjà complètement effacé la présence enfantine derrière lui. Les murs l’oppressaient. C’était peut être la dernière fois qu’il les voyait et il ne les regardait même pas. Il n’entendit pas qu’on l’appelait, et il fit encore deux pas vers la porte avant de saisir qu’on lui avait parlé.

Messer!
Messer, attendez!


Il s’arrêta et fit consciemment l’effort de détendre ses traits avant de se retourner, mais un long frisson lui secoua les épaules, qu’il ne put maitriser. Il fit enfin face au maitre des lieux, mais sa vue brouillée ne lui permit pas tout de suite d’interpréter le geste et la pose.

Celui-ci finissait de défroisser une ... une.. une...... plume, qu’il lui présentait ou plutôt qu’il brandissait comme un défi. Ce fut d’abord l’esthétisme de la pose qui le frappa, un enfant et une plume, plume-jouet, plume-oiseau, plume-envol, il se dégageait de la scène une simplicité radieuse, et surpris de sa réaction, il s’arrêta de nouveau. Puis il laissa le charme agir et s’abandonna à l’impression du moment, s’imprégnant de l’idée et du symbole, le gamin était aussi renaissance et de plus de façons qu’il ne le savait probablement lui-même
Ses yeux étaient de plus en plus brouillés mais sa voix demeurait ferme


Une plume pour écrire
Gratter le vélin, bruire,
Tout en traçant quelques lettres
Qui diront leur secret peut être,
Et leur cohorte serrée
D’encre faussement alignée
Se gausse derrière ses traits tirés
De gracieux pleins et déliés
Quand un jambage négligent
Tape un circonflexe outrageant.
Quelques unes s’en sont égayées
A l’abri d’une pointe d’accent,
D’autres sont figées, effrayées,
A l’arrêt sur un point cassant.
L’une s’appuie, l’autre s’accroche,
L’une droite et l’autre bancroche.


Mais l’enfant conduit sa plume,
Et tout doucement allume
Quelques étoiles de sens
Au cœur de la nuit des mots.
Leurs signes d’intelligence
Brillent comme des émaux.
Tant, que leurs lignes frémissent
D’impatients rythmes de danse,
Pour que la poésie glisse
Au plus secret de leur cadence.


Alors, le nouveau seigneur de Margency…. alors comme ça tu es une plume aussi ?


Le visage rayonnant, il avait mal aux commissures tellement il souriait

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Ceraphin
Vision monoculaire.

Œil droit.
D'ici il voit peu ou pas assez.
La plume magique brandie devant lui, en prolongement de ses doigts réunis autour de ce fragile symbole, occulte une bonne partie du paysage, sous cet angle.
Elle demeure là, droite et immuable, juste légèrement bercée par le souffle régulier de l'enfant.
Derrière des choses se passent mais à peine perçoit-il le mouvement de l'homme qui s'est arrêté pour probablement se retourner.
A travers la plume les choses apparaissent plus floues et sujettes à interprétation mais aussi, plus douces et propices à l'imaginaire.
Vu de là, la silhouette de l'inconnu pourrait être spectrale, angélique ou encore onirique...

Œil gauche.
De là il voit tout.
La pause soudaine lors de la fuite en avant.
Et les retournements s'en suivirent.
Le premier physique et corporel, en une rotation d'épaule.
Le second psychique et sensitif, en une révolution de l'humeur.
L'homme semblait s'être un instant prostré.
Bon ou mauvais présage?
Les mots viendraient rapidement compléter les impressions visuelles et porter leur réponse...

Les phrases s'égrènent fluides et dociles, les mots sont domptés sans violence.
Ceraphin écoute et acquiesce en lui même.
Non celui là n'est pas un larron avide de hache trophée à suspendre au dessus d'une cheminée.
Et d'ailleurs, par sa question finale, l'homme achève de répondre à celle de l'enfant.

Virevolte nerveux de la plume entre les doigts, avant de laisser la main porteuse redescendre et redonner l'entièreté à son champ de vision.


Oh non messer.
Je ne sais pas faire danser les mots comme une vraie plume.
Mais je sais écrire et lire...
se rattrapant vivement... et j'aime cela.
Mais je n'ai pas le don, comme vous... et comme Maman.

C'est elle qui me l'a donnée...
plume à nouveau hissée, au vent de son souffle.

Vous l'avez forcément connue, si vous viviez ici... Maman.
Car vous viviez ici, hein?
Vous l'avez dit...


Une pause nostalgique, furtive.

Je recherche les plumes, messer.
Si vous en êtes... vous pourriez m'aider?
Je veux qu'elles reviennent.
Maman l'aurait voulu... donc je le voudrais aussi.


Regard interrogateur et lèvres pincées, affirmatives.

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Berranger
Le puzzle commençait à se mettre en place
Maman, ça ne pouvait être que Wiatt
Malheureusement ce qu’il avait à dire n’était pas ce que l’enfant attendait

Ainsi ,tu es le fils de Wiatt, je te croyais plus jeune
Mais cela n’a pas d’importance
Tu voudrais continuer l’œuvre de Wiatt
Désolé, ça n’est pas possible
Il n’y avait que Wiatt pour pouvoir faire le château des plumes et lui donner la vie qu’il avait


Il le regarde tristement, navré de lui faire autant de peine

J’étais parmi les premiers, et je suis resté un bout de temps, j’ai fait le premier voyage avec le gardien et la première intendante du domaine de Paris jusqu’ici, quand l’appartement parisien de Wiatt est devenu trop petit pour les plumes
Ta maman a créé Margency de toutes pièces, avec sa personnalité, et elle a rassemblé autour d’elle tout un tas de gens différents qui avaient des démangeaisons dans la plume mais que les cadres imposés (de la confrérie par exemple) indisposaient.
Elle a fait office de foyer d’énergie, tout tournait toujours autour d’elle de près ou de loin, mais sans que cela porte atteinte à la liberté de qui que ce soit.
Cela ne voulait pas non plus dire qu’elle faisait tout bien, mais elle le faisait à sa façon à elle, inimitable, et tu n’es pas taillé du même bois, ton charisme n’est pas le même, tu n’as aucune chance de réussir à poursuivre sa voie.
En plus, ici tout tournait autour de la liberté, tu avais envie de créer un lieu, tu créais, les autres faisaient la même chose, et tout cela s’entrechoquait joyeusement ;


Mais le fils de Wiatt, il ne pouvait pas le laisser comme, ça, ce serait trop dur, trop désespérant, il reprit :

Je vais quand même te dire ce que tu peux faire
Tu peux arranger le cadre, faire un lieu joyeux, accueillant, organiser des fêtes, séduire…
Mais les plumes libres, si tu les invites avec trop d’insistance, elles se détourneront, si tu les charmes, si tu les mystifies, si tu les provoques sans avoir l’air d’y toucher, là, tu as toutes les chances, je t’aiderai de temps en temps quand ma muse voudra bien te venir en aide elle aussi…
Mais le résultat ne sera pas le Margency de ta mère, ce sera ton Margency à toi, et probablement très différent de ce qu’elle avait rêvé, et si tu réussis, très différent aussi de ce que tu rêves en ce moment, rempli d’incertides, de rencontres, de surprises, de vie toute bête, avec, si tu es un chéri des dieux, de temps en temps, des échappées de poésie;


Toujours pensif, il regardait le jeune garçon en se demandant ce que l’avenir lui réservait et si lui , Berranger, avait une place significative dans cet avenir

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Ceraphin
Non je ne...

Mais finalement il ne termine pas sa phrase, celle ou il allait se défendre d'être Lucas, le fils dont il parle probablement.
Pourquoi systématiquement se sent-il poussé à préciser qu'il n'est "que" l'adopté?
Maman, la première, n'aurait pas aimé ce distinguo qu'il s'impose comme pour se disculper de ne pas être à sa place.


Mais... je...

Les rêves sont fragiles, surtout quand ils sont construits de toutes pièces.
Cet homme vient de le lui signifier.
Et vouloir ne suffit pas pour bien faire.
Dépité, son but pour au moins tant d'années devant lui venait de lui être subtilisé.


Et si... ?

Dernier sursaut articulé de révolte, à la manière d'un enfant qu'il est encore, face à la rudesse du pragmatisme impitoyable des adultes.
Ceux là voient trop les choses telles qu'elles sont et pas assez telles qu'elles pourraient être.
Avec des si on fait tout un monde, mais justement et si on le faisait ce monde?
Pas cette fois, manifestement.

Aux derniers mots de son interlocuteur, qu'il voit parfaitement des deux yeux maintenant, Ceraphin acquiesce, presque penaud... et déjà résigné.
Son Margency à lui?
Son Margency à lui... que serait-il?

L'instant est crucial.
A peine le temps d'entrevoir le futur que déjà il se dérobe.
Sitôt engagé sur un chemin que le revoici à la croisée des chemins.
Que faire?


Il lèvera juste un regard inquiet et demandera...

Au moins, puisque vous viviez ici, pourriez-vous continuer à le faire... ne serait-ce que de temps en temps?...
Le château est trop grand pour moi seul.

Et dire aux plumes, que le château va revivre... je crois bien.
La porte leur est ouverte et... j'aimerais les rencontrer, si elles veulent.


Haussant des épaules, signifiant là son impuissance, il les relâcha brusquement, comme harassé d'avoir déjà tant vécu.
Mais le nez demeura levé et les yeux sereins.

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