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RP Ahuehuete ou un rendez-vous prédestiné

Pagena
Cette histoire a débuté au bureau du tribun. Les lecteurs sont invités à s'y rendre avant de lire ce qui suit.





Pagena marchait d'un pas de somnambule. Non, elle ne dormait pas, mais ses pas semblaient être guidés. Depuis son réveil dans la hutte du tribun, elle n'était plus la même. Elle se sentait engourdie de corps et, en même temps, tout à fait alerte d'esprit. En fait, elle était portée. Par quoi? Par qui? Elle ne savait pas trop, mais elle soupçonnait les dieux de la diriger là où elle devait se rendre.

Avant de sortir du clan, elle était allée chercher une très longue corde et un grand morceau de tissu qu'elle avait enroulés autour de sa taille. Les mains libres, elle avançait sans machette, la végétation semblant s'écarter devant elle.

La jungle se taisait. Elle n'entendait que le bruit de ses propres pas écrasant les herbes et les petites branches de bois sec.

L'intérieur de sa tête était aussi calme que la surface d'un lac par un soir d'été sans vent, ne reflétait que le vert feuillage des acacias et des cyprès. Nulle pensée ne venait troubler le miroir de son esprit.

Elle chemina ainsi très longtemps. Le soleil qui était à son apogée lorsqu'elle avait quitté Tototlan avait décliné et se trouvait maintenant à mi-course entre le zénith et l'horizon. Elle ne ressentait ni la faim ni la soif, ni la chaleur. Ses jambes la portaient sans se fatiguer.


Pagena



Pagena avait tout oublié en ce qui la concernait: son rôle dans le clan, ses amis, jusqu'à son nom. Elle n'était que là, à cet
instant précis et à cet endroit de la jungle où le cours du temps semblait s'être arrêté.

Ses pas l'avaient menée à son insu vers un endroit qui paraissait hors du monde. Elle était parvenue à une clairière un peu surélevée dont le centre contenait une chose inouïe.

Devant elle se dressait, comme un géant des légendes, la chose la plus immense qu'il soit possible de voir. Plus haut que la pyramide du temple de la province de Cuauhtochco, plus large à sa base que la hutte abritant le calpulli, sa cime était si vaste qu'elle répandait son ombre sur toute l'étendue de la clairière. Elle reconnut à ses frondaisons qu'ils s'agissait d'un cyprès, mais d'une espèce qu'elle n'avait jamais vue jusqu'à ce jour.

Elle s'avança vers lui. Un son familier, celui de l'eau courant à travers des cailloux, se faisait entendre. Elle vit qu'un petit ruisseau courait tout près. L'étonnement de Pagena fut grand lorsqu'elle s'aperçut, en remontant son cours, que l'onde paraissait sourdre... de l'arbre. Elle avança plus près, tout près du géant, et constata que la source du ru émergeait d'un creux situé à la base du tronc formant une sorte de petite fontaine qui se déversait doucement dans le ruisseau qui coulait en contrebas.

L'Ahuehuete, murmura-t-elle, le vieil arbre à eau...

Ce mot était remonté à sa mémoire. Les Anciens du clan, lorsqu'elle était petite parlaient de cet arbre à eau, celui qui selon la tradition donne naissance à une source. Pagena avait toujours cru qu'il ne s'agissait que d'une légende, jolie certes, mais sans fondements réels comme la plupart des histoires racontées par les vieux, le soir à la veillée.

Alors, c'était donc vrai! pensa-t-elleIl existe donc réellement ce6 arbre6 fabuleux qui crée des sources!
Pagena passa un long moment à le contempler ne cessant de s'émerveiller devant cette "être" admirable.

***

Tout à son admiration du colosse végétal, Pagena n'avait pas remarqué la présence d'autres êtres beaucoup moins rares et de taille beaucoup plus modeste.
Parcourant des yeux le feuillage de l'ahuehuete, elle aperçut, posé dur l'une de ses branches les plus basses, un couple de jeunes perroquets verts, à tête jaune. Ils avaient tous les deux l'air jeune et semblaient épris l'un de l'autre. Elle s'approcha tout doucement d'eux afin de ne pas les effrayer et tenta de leur adresser quelques mots.

Cochotl, cochotl! vous êtes bien jolis vous deux! Cochotl, cochotl...


Après quelques essais infructueux pour attirer leur attention, elle décida de cesser de les interpeler pour les admirer. Ils ne faisaient que roucouler et se bécoter l'un l'autre. Outre leur tête jaune, ils
avaient quelques petites plumes rouges sur le haut de leurs ailes. Tout le reste de leur corps était vert, ainsi que leurs queues qui étaient plutôt courtes. Ils n'avaient pas beaucoup en commun avec les grands aras aux couleurs rutilantes et à queues interminables dont les prêtres aimaient s'entourer, qui prennent beaucoup d'espace et passent leur temps à essayer d'attirer l'attention des humains. Non, ces deux jeunes-là, Pagena les trouvaient vraiment adorables!

Le soleil avait beaucoup décliné et la jeune femelle sentit qu'il était temps de se remettre en route si elle voulait arriver au clan avant la tombée de la nuit. Elle s'apprêtait à partir lorsqu'elle vit, sur l'ahuehuete, tout juste au-dessus de la branche sur laquelle étaient posés les cochotls, une ombre menaçante, un animal, comme celui qui venait parfois s'en prendre aux dindons de Ixchella et de Geios dans le clan, une sorte de jaguar en miniature,un tlahcoocelotl, qui allait ne faire qu'une bouchée des deux cochotls.

Pagana prit un gros caillou par terre et le lança en direction de l'ocelot, mais le manqua. Le félin bondit sur l'un des perroquets et commençait à enfoncer ses incisives dans le cou de l'un des tototl. Le deuxième caillou de Pagena atteignit cette fois la bête à la tête. Le coup fit perdre l'équilibre à l'ocelot, qui sûrement étourdi, se laissa choir et atterrit sur le sol. Il ne demanda pas son reste et, la tête basse, se glissa dans la jungle touffue. Le sang coulait sur le plumage vert du petit perroquet. Il n'était pas tombé de la branche, mais cela n'allait sûrement pas tarder.

Pagena déroula rapidement la corde qu'elle avait à la taille et la lança pour entourer la branche au plus près du tronc de l'arbre. Elle rattrapa le bout, fit un noeud coulant et se mit à grimper en se hissant avec la corde et en poussant des pieds sur le tronc. Il lui fallut peu de temps pour parvenir à la grosse branche, c'était une bonne grimpeuse, habituée à cueillir des fruits bien haut dans les arbres. Elle se glissa sur le ventre, puis arrivée près des oiseaux, s'assit à califourchon sur la branche. Elle dénoua le tissu de maguey qu'elle avait apporté et, avec des gestes précis, en couvrit les deux tototls et les attrapa tous les deux. Elle fit un noeud et passa le sac improvisé autour de son cou. En faisant très attention de ne pas écraser les oiseaux, elle descendit rapidement de l'arbre.
Il lui fallait maintenant trouver un moyen de soigner le cochotl blessé.

Elle ne connaissait pas beaucoup les plantes qui guérissent. Personne dans le clan ne lui avait enseigné ce genre de choses. Elle regarda autour d'elle. Il n'y avait dans cette clairière que l'arbre géant et le petit cours d'eau. L'arbre...

Une idée lui vint. Très délicatement, elle entrouvrit le tissu de maguey et en retira le tototl blessé et renoua aussitôt les pans de la pièce d'étoffe pour ne pas voir s'enfuir l'autre oiseau. Le petit perroquet au creux de son bras elle se dirigea rapidement vers le côté toujours ensoleillé de l'ahuehuetl. Elle examina bien le tronc de l'arbre et trouva à un endroit ce qu'elle cherchait. De sa main libre, elle gratta l'écorce de ses ongles pour recueillir suffisamment de la
résine ramollie par la chaleur du soleil qui suintait du cyprès géant.

Rapidement, elle enduit la blessure de résine en appliquant un peu de pression pour que celle-ci s'attache bien à la plaie difficile à repérer sous le duvet. Le sang s'arrêta de couler. Pagena soupira d'aise.
Elle caressa la tête de son petit protégé et lui murmura quelques paroles dénuées de sens pour tenter de le rassurer.

Rolorolorolo ti tototl. Roulouroulouroulou ti oisou.

Elle revint à l'endroit où elle avait laissé l'autre cochotl, du côté ombragé de l'arbre et déposa délicatement Tototl auprès de son compagnon
dans le tissu de maguey qu'elle referma et qu'elle porta comme une besace pour transporter les deux perroquets jusqu'à son clan.
Avant de quitter la clairière, Pagena se retourna et jeta un dernier regard à du cyprés magnifique pour graver dans sa mémoire l'image de ce géant merveilleux qui lui avait fait cadeau de ses deux nouveaux compagnons.




En langue nahuatl:

L'Ahuehuete (Ahuehuetl) ou Cyprès de Moctezuma est l'arbre emblème du Mexique et signifie réellement le "vieil arbre à eau" qui pousse littéralement sur une source ou dans des marais. Il peut vivre plus de mille ans. On s'en servait pour fabriquer des manches de couteaux. "La résine acide qui suinte du tronc était utilisée pour soigner les brûlures et autres problèmes de la peau comme les ulcères, les
rhumatismes et les maux de tête, une infusion faite en faisant bouillir l'écorce soigne les menstruations et est diurétique. L'arbre est apprécié pour son ombre et sert aussi de bois de construction."

tototl : oiseau
cochotl : perroquet
ocelotl : jaguar
Tlahcoocelotl: ocelot

Dictionnaire de la langue nahuatl classique http://sites.estvideo.net/malinal/frans/lexik.html

Suite et fin de ce rp au bureau du tribun de Tototlan
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