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[RP] Une parenthèse en quinzaine...

Colhomban
Dehors un brouillard givrant s'étirait lentement dans les rues de Reims, tandis qu'à l'intérieur, au chaud sous un duvet de plumes, un nobliau se réveillait doucement. Un oeil, puis deux s'ouvrirent, jetant sur la petite chambre un regard étonné. D'où diable venait cette lumière ? Il aurait du faire sombre en cette heure matinale...

Le brun se leva, s'appuyant sur ses deux coudes et se rendit compte qu'un feu puissant ronflait dans la cheminée de la pièce. Ho ça Bingley, son valet, ne l'avait pas pris à la légère quand Colhomban, son maître, lui avait ordonné de prendre soin d'elle ! Il avait fait la moue, certes, mais il s'était plié aux volontés de son protecteur.

Col sourit pour lui même et coula un regard attendri vers l'informe masse de duvet qui était à côté de lui. D'un geste lent, se voulant surtout silencieux, il ramena une mèche blonde vers sa personne, et huma l'objet de sa convoitise avec plaisir.

Diantre... Ils étaient rentrés si tard de leur ronde nocturne que la demoiselle était épuisée. Il fallait qu'elle se repose et qu'elle cesse enfin de s'inquiéter de trop pour les autres.

Toujours aussi silencieux qu'un chat, l'homme déplia son corps rompu par la marche qu'ils avaient faite de nuit sur les remparts de la capitale, et dégagea ses jambes de la couette dans laquelle il était enroulé. Un petit déjeuner de taille devrait satisfaire les appétits de la future mère, comme les siens d'ailleurs. Il se pencha sur le front encore endormi pour y déposer un baiser et s'enquit d'une chemise pour accompagner le simple caleçon long de toile fine qu'il portait.


Voyons ce que nous pouvons rassembler... murmura-t-il.

Une miche de pain trônait sur une table basse. D'un doigt Col poussa sur la mie de pain, constatant avec effroi qu'elle s'effritait sous son index. Par Aristote... Il n'avait vraiment rien de convenable à proposer. D'un pas décidé il passa alors dans l'autre pièce où son valet tenait office.
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Lylla
Un léger mouvement de balancier, l'impression diffuse de tanguer un moment, comme si le bateau de ses nuits avait soudain jeté l'encre et que la houle la berce lentement.

Ramenant l'épais duvet sur son cou frileux, elle espérait pouvoir encore prolonger cet instant de grâce où le corps et l'esprit semblait flotter à l'abri de tout souci. Toutefois le petit locataire qu'elle abritait à titre gracieux ne semblait pas du même avis et de furent une valse de coups de pied qui tirèrent la blonde des bras de Morphée.

D'ailleurs en parlant de bras.... Ce fut comme une sensation soudaine qu'il manquait là quelque chose. Aurait elle rêvé cela aussi ?... des doigts fuselés précédèrent le membre d'albâtre qui se tendit à taton sur la couche encore chaude mais pourtant déserte.
Où était donc passé son compagnon de rempart ? Celui là même qui veillait sur elle, nouant son écharpe à son cou pour ne pas qu'elle attrape froid, faisant chauffer la chambre comme un four parce que connaissant sa frilosité... Celui qui lui avait tout simplement rendu un sourire depuis longtemps éteint, rallumant le flambeau des fragiles espoirs...

La question céda toutefois très vite le pas !
En son sein, l'enfant à naître avait attaqué la dernière partition à la mode, sans doute histoire de rappeler en perte et fracas à celle qui allait devenir sa mère pour les longues années à venir, qu'elle avait légèrement omis de se nourrir correctement la veille au soir, trop occuper à boucler ses dossiers, à assurer les défenses des villes de Champagne et qu'il était temps désormais de penser à eux.

Eux... voilà le terme qui en fin de compte fit papillonner les paupières féminines sur un regard obscur et encore embrumé. Un instant elle eut le plus grand mal à reconnaître la pièce qui avait abrité cette nuit tissée de tendresse, les écheveaux de prévenance se piquant de longues aiguillés de douce convoitise, puis les souvenirs s'imposèrent, faisant naitre un doux sourire sur ses lèvres carmines.

Malgré son tour de taille, c'est d'un mouvement leste qu'elle prit assise sur la couche. Une cascade de mèches blondes ruissela dans son dos, que le feu rougeoyant de l'âtre, illuminait de mille reflets. Tel un chat sortant de sa sieste, la jeune femme s'étira longuement tout à son bonheur d'être aussi parfaitement choyée.

Eux... La tournure semblait encore imprécise dans sa tête... Était ce deux, homme et femme, mère et enfant ? Se pourrait il que se soit trois, la trinité familiale ? Encore que ça puisse facilement devenir bien plus selon de quel coté de la lorgnette on se plaçait, et là elle n'osait même pas y penser sans esquisser une bien étrange grimace !

Alors qu'elle retournait l'étrange exercice dans sa tête, son regard s'arrêta sur les affaires du jeune homme. Ainsi donc il était bien là, quelque part ! Sans doute à la recherche d'un Bingley disparu, enfin disparu appliquait au valet était un bien grand mot, tant il ne semblait ne jamais disparaitre très loin de son maitre.

Quoi qu'il en soit le son désaccordé et manquant totalement d'harmonie qu'émis son estomac la rappela très vite à des choses bien plus terre à terre. Posa ses pied nus sur le sol consciencieusement ciré, la blonde si elle quitta la couche se refusa à lâcher le duvet dans lequel elle s'enveloppa, tel un présent dans un volumineux paquet cadeau. Et quel cadeau ! Une véritable chieuse, premier choix !

Une petit rire s'éleva dans la chambre alors qu'elle se rapprochait de la table chichement garnie.

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--Arthur_bingley
D’humeur peu amène en ce matin, Arthur Bingley cirait les bottes de son maître perdu dans ses pensées. Rompu à cet exercice (auquel il se pliait plus souvent qu’il n’y avait de chaussures à cirer…) il finissait par le faire des plus machinalement. Droite, gauche, sur le dessus, un coup sur le talon, de l’huile de coude comme disait son père, et pas qu’un peu ! « Frotte mon gaillard ! » lui criait alors le paternel dans ses bons jours, penché sur son cahier de comptable, laissant faire à son marmot les sales besognes. « Câliner le cuir mon enfant ! Attendrissez la plus dure des peaux ! Il est bon de montrer aux grandes gens que par vos souliers vous êtes propres ! » Et il frottait le pauvre bougre, trouant presque chaque bottines par des mouvements de va et vient.

Son front proéminent suintait à cause de l’effort fourni.
Ses mains s’activaient telles des abeilles ouvrières.
La belle allure Arthur !

Soudain, derrière lui la porte grinça. Le petit homme sursauta avec tant de violence que la botte dans ses mains valsa derrière lui jusqu’au pied de l’importun visiteur.


Bingley vous cherchez à m’assommer à nouveau avec une chaussure… La voix était amusée, ce qui n’empêcha pas notre valet de rougir de belle sorte. Il se retourna vers son maître, timoré, et lui sourit timidement.

Je n’en fewai wien maîtwe… Il hocha la tête et alla récupérer l’objet du méfait au pied du grand brun. Il faut quelque chose pour le bien êtwe du maîtwe ? Il se tint coi, attendant des ordres précis. Lorsque ces derniers vinrent sa moue s’affaissa malgré lui.

Ho il voulait à manger pour « elle ». Oh my god…Ce qu’il pouvait la détester… Il faut dire que Bingley n’aimait pas les femmes aussi douces et belles soient-elles. Il les avait en horreur, et celle-ci par-dessus tout car elle partageait en ce moment la couche de son maître. Succube blonde… Voilà tout ce qu’elle était… Il regarda Colhomban en reniflant, lui faisant comprendre par là sa désapprobation et s’enquit des mets qu’il demandait.
Colhomban
A la mine que fit son valet Colhomban fronça les sourcils. Ce n’était pas la première fois que Bingley faisait état de ses sentiments vis-à-vis des femmes qui partageaient son entourage, enfin quand il y en avait… L’attitude du petit homme changeait alors radicalement, et il finissait par marmonner dans sa barbe des phrases informes qu’il se refusait à répéter audiblement, même sur demande. Le nobliau avait remarqué qu’il acceptait cependant la présence de Tsampa, sa sœur, sans rechigner. Peut-être par égard envers cette fraternité ? Le brun se mit à gamberger, puis d’un geste de la tête envoya valser ses supputations ridicules. Arthur devait juste être contrarié par le travail que cela lui conférait en plus. Col se fit promettre de l’en remercier et il passa commande.

Allons mon brave, vous ne prenez pas de notes ? Ho je vois bien là votre assiduité à retenir tout ce que je vous demande ! Vous avez une mémoire fantastique, vous le savez ? Il vit son valet rosir de plaisir à ce commentaire. Un peu déstabilisé par un tel comportement il continua sa liste. Il faudrait donc du pain, du beurre, du lait, prenez aussi de la confiture s’il en reste et pourquoi pas du jus de pomme. Si l’aubergiste a une tarte en réserve ou quelques pâtisseries emportez le tout !

Il déposa dans la main calleuse une pièce doré et laissa filer l’homme.

Bingley ! Gardez la monnaie pour votre plaisir ! lui cria-t-il dans les escaliers de l’établissement, lui faisant comprendre par la même qu’il voulait qu’il déserte un peu leur chambre commune.

Souriant, l’homme ferma la porte derrière lui, et retourna sur ses pas pour voir si sa dormeuse était réveillée. Doucement il tourna la poignée et constata avec inquiétude que son invitée n’avait pas tenue très longtemps dans les bras de Morphée.


Allons donc Dame Lylla ! On fait la forte tête et on boude le duvet d’oie ! Il lui fit un grand sourire. Ou bien était-ce la bouillote que je suis qui vous a manqué un instant ? J’avoue que vos pieds atteignent des températures bien gelées. Du moins c’est le souvenir que j’en ai puisque une partie de la nuit vous avez pris un malin plaisir à venir les coller sur ma personne. Il la taquinait avec plaisir, avançant vers elle un index tendu. Heureusement que j’ai eu pitié de vos petons et que je les ai accueilli avec grande bonté sur les miens. Vous avez failli me glacer jusqu’à la moelle demoiselle…

Il s’arrêta devant elle, l’enlaça, la bascula doucement dans ses bras, la laissant reposer sur son bras valide et lui donna un baiser ardent. La manœuvre ne dura pas longtemps car la demoiselle, habitée de surcroit, n’était pas un poids plume ! Il se garda de faire cette remarque à la jeune mère et la fit assoir sur ses genoux, posant une main délicate sur le ventre rebondi, et se penchant dessus il murmura :

La nourriture arrive, courage là dedans !

Le brun se redressa, fit reposer la tête blonde sur sa poitrine et caressa ses cheveux dorés. Prenant son menton dans une de ses mains il le leva vers lui.

J’ai pris un grand plaisir à partager ce duvet avec vous.

Perdu dans ses yeux il recommença son office qui consistait en un long et avide baiser.

Puis on toqua à la porte…

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Lylla
Seule et fière, une miche de pain trônait sur la table, l'estomac en déroute, la blonde "enduveté" trottina jusqu'à celle ci, espérant calmer de quelques bouchées rapidement avalées, l'esticot qui gigotait en son sein.
Toutefois, à peine la main posée sur la croute dorée que la jeune femme se demanda si ses dents survivraient à la terrible épreuve que cela pourrait bien être, quand à la mie dont elle appréciait avant tout le moelleux, à peine tenta t elle dans saisir quelques miettes quelle s'effrita sous ses doigts.

Une petite grimace insatisfaite se dessina sur les traits fins de la blonde qui se demanda un instant si son hôte aurait la lumineuse idée de mettre son valet en peine de leur faire quérir de quoi se rassasier après la nuit qui n'avait pas été de tout repos. A peine pensa t elle petit déjeuner que cruche de lait frais et miel crémeux des campagnes défilèrent devant ses mirettes, à ses oreilles le doux chant de la croute de pain encore tiède qui craque sous le couteau et la bonne odeur de beurre fraichement barraté...

La faim ayant chassé le froid... a moins que ce ne soit tout simplement l'excellent tirant de l'âtre, Lylla se débarrassa de l'encombrant duvet.
Un nouveau gargouillis lui fit monter le rouge au joue quand en plus, la prenant au dépourvu, la voix de Colhomban se fit entendre dans son dos. Si la pirouette qui la fit se retourner de lui fit pas perdre l'équilibre la vision qui s'offrit à elle en cet instant eut pu facilement la faire chavirer !

Le brun se tenait là, sa chemise blanche négligemment enfilée sur le caleçon long tranchant sur le bois sombre de la porte, ses cheveux négligemment retenu sur la nuque faisant ressortir le charme envoutant de son sourire. Le ton taquin de sa voix la ramena sur terre, lui faisant fermer une bouche restait en suspend, véritable piège à mouche !


Moi une forte tête ? Mais que nenni, de près ou de loin tout le monde pourra vous dire à quel point je suis un ange de docilité
. Pour le coup l'effronterie malicieuse avec laquelle elle débita cet énorme mensonge lui donna un douce envie de rire. Quel plaisir de retrouver en sa compagnie l'insouciance et les rires ! A croire que tout comme sa bonne humeur, le sourire du brun était contagieux puisque c'est son jumeau qui étira délicatement les lèvres féminines alors qu'il avançait vers elle l'index tendu.

Simplement vêtue de sa longue chemise de fin linon qui lui donnait par sa blancheur éclatante un air éthéré, les mèches d'or pâle s'éparpillant sur ses épaules, la jeune femme passait d'un pied sur l'autre. Et bien justement en parlant de pieds froid, le gentilhomme allait être servit !

La distance entre eux fut abolit par deux simples enjambées et dans un geste d'un courage exemplaire vu l'état proche du cétacé de la future mère, il lui offrit un baiser pour le moins renversant !


Wouhhh si le souvenir de mes pieds gelés vous fait cet effet Messire, je vais veiller à ce qu'ils soient toujours à la température immédiatement opposée à la votre car je dois avouer que je n'ai pas trouvé mieux comme bouillante que votre ardente personne. Un rire cristallin vint à cet instant rebondir gaiement sur les murs de la chambre, la blonde se retrouvant jucher sur les genoux de son galant qui avec délicatesse semblait fort bien se faire entendre de l'enfant à naitre.

Si cet enfant est un garçon la promesse de nourriture l'aura calmé, mais si c'est une fille le sourire de Lylla envers Colhomban se fit plus doux à cette pensée, leur conversation de la veille se manifestant par ces mots, si c'est une fille, votre voix l'aura charmer tout autant que sa mère...

Le regard se déporta un peu, masquant pour un habitué de la belle tout ce qui aurait pu bien trop aisément si lire, sa tête venant reposer sur l'épaule solide qu'il lui avait offert pour les jours à venir. Le rapprochement aussi soudain qu'improbable de ces deux êtres, le côté incongru de la situation passait désormais au delà de ce qu'il était convenu d'appeler leur parenthèse.

L'intimité de sa main tendrement posé sur son ventre distendu, la tendresse avec laquelle il caressait ses cheveux épars, la caresse de cette même main qui saisissait doucement son menton, son propre bras qui venait se poser sur son épaule tandis que ses doigts fins venaient tout naturellement caresser sa nuque, apportaient à la scène un éclairage pour le moins ambigu.

Leurs regards se soudèrent, une délicate teinte de rose vint colorer les pommettes de la blonde


J'ai eu grand plaisir à vous partager avec ce duvet. Fut sa seule réponse avant que leur lèvres ne s'unissent avec une douce ferveur.

Les secondes pouvaient bien s'égrener le couple voguait vers des rivages qui leurs étaient propres. Si bien que Lylla mis quelques instants à comprendre que ce qu'elle entendait n'été pas les bruits syncopés du navire qui les emportait mais bien des coups frappés à la porte.

Elle se redressa légèrement attrapant d'un geste vif la cape sur le dossier du siège qui les accueillait pour s'en couvrir pudiquement, tout en posant un regard interrogateur sur le brun.

Attendriez vous quelqu'un ?

Si la Belle n'avait guère envie d'être surprise en tenue légère, elle n'avait manifestement aucune désir de quitter malgré tout les genoux fort accueillant qu'il lui avait offert.
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Colhomban
La jeune femme sembla prise de cours et s'enroula dans une cape qui traînait sur le fauteuil.

Oui j'attends quelqu'un. Ou disons plutôt quelque chose...

Malicieux, Colhomban se dirigea vers la porte où l'on venait de toquer et l'entrebailla doucement.

Arthur posez tout cela ici. Oui, oui, devant la porte... Bien... Merci mon brave ! Vous pouvez descendre dans la salle commune maintenant. Je suis sûr que vous y trouverez d'honnêtes gens amateurs de jeux de cartes... Il lui fit un signe de la main pour l'exhorter à sortir. Ce que cet homme pouvait être long à la détente parfois !

Un sourire aux lèvres, d'humeur toujours aussi badine, Col revint dans la chambre un plateau de victuailles dans les bras. Il le posa sur la table basse en envoyant valser la miche sèche et s'enquit par la suite de deux pichets qui étaient restés sur le sol : lait et jus de pomme.

Nous allons faire bonne pitance ma très chère ! Il la prit par la main, lui fit quitter sa cape et l'enroula dans un de ses gros gilets de laine pour finir par la faire asseoir dans le fauteuil. Tandis qu'il lui verser dans un grand bol de lait, de quoi commencer un bon déjeuner, un raclement à la porte se fit entendre. Fichtre ! Il n'avait donc pas fini de les importuner. Le brun prit une mine de circonstance, s'excusa à mi voix, et revint vers Arthur qui se tortillait dans la pièce d'à côté des courriers dans les mains.

Bingley... Vous commencez sérieusement à m'inquiéter... Je vous autorise à quelques ripailles et vous venez encore me déposer mon courrier. Il lui prit des mains les missives. Allons filer maintenant ! Le nobliau soupira, avisa les enveloppes et fronça les sourcils. Il reconnaissait les trois écritures, mais une ne lui semblait pas de rigueur. Aussi, empressé de lire ce que son ami avait à lui communiquer il la décacheta, faisant sauter au sol la cire rouge estampée d'un compa et d'une équerre.

Parcourant rapidement les lignes écrites d'une main pressée son coeur manqua de chavirer et il blêmit. Ainsi la parenthèse en quinzaine se terminerait sous peu... Il soupira encore, regarda la lettre comme si un message secret disant le contraire de ce qu'elle annonçait s'y cacher et il abandonna sa contemplation pour revenir auprès de la blonde avec un sourire de façade.

Il ne gacherait surtout pas cet instant ! D'un geste rapide il jeta dans l'âtre la missive de mauvaise augure et posa les deux non ouvertes sur la table basse.

Promis il ne viendra plus... lui dit-il.
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Lylla
Bingo ! C'était bien ce brave Bingley qui pointait son nez derrière la porte !

Toutefois à la vue du plateau généreusement garni qu'il leur apportait, la blonde aurait bien été capable d'embrasser son crane dégarni. Une envie de rire la prit à cette idée, somme toute ridicule, il lui suffisait d'imaginer le regard courroucé et la mine de dégout du valet pour se rendre compte de l'absurdité de la chose.

Ce qui était loin d'être idiot par contre, c'était l'idée de Colhomban de l'envoyer jouer aux cartes ! Superstitieuse la jeune femme croisa les doigts discrètement, histoire de s'assurer par tout les moyens que le petit homme, daignerait lui prêter son maître durant les quelques jours à venir.

Sitôt la porte refermée, elle quitta sa place pour s'approcher de la table, la vielle miche de pain rassis allant finir sa vie dans un coin.


Diantre en voilà un festin ! Un sourire lumineux éclaira son visage, était ce l'idée que son appétit allait trouver réconfort, ou encore le réconfort trouver sur l'épaule masculine ? En fait elle ne se posait pas vraiment la question, profitant simplement de cette parenthèse qui s'offrait à eux.

Chaudement emmitouflée dans le chandail qui baillait tant sur sa poitrine généreuse que sur le dome qu'elle surplombait, Lylla s'empressa de tirer d'un pot de grès une cuillère généreusement garni de confiture. Le rouge brillant ne pouvait qu'évoquer les fraises sucrées et parfumées que l'on trouvait dans les bois dès la belle saison.


Mon ami que votre valet soit béni pour nous avoir déniché pareil trésor ! Tandis que le brun lui remplissait un plein bol de lait, sous les aller et venues de la cuillère les larges tranches de pain prenaient de belles couleurs écarlates.

Sans cela, sans doute aurait elle râler, quand une nouvelle fois Colhomban du se rendre jusqu'à la porte, mais dégustant le breuvage, elle se contenta d'observer la scène au dessus du bol porté à ses lèvres.

Elle avait elle même grande habitude des courriers qui arrivaient à toute heure du jour, quand ce n'était pas de la nuit, et la mine déconfite du lecteur n'échappa pas au Prévôt, de même que l'empressement qu'il mis à jeter le pli au feu. Geste ô combien significatif entre tous.

Soupirant lui même, il ne remarqua pas qu'elle en faisait discrètement de même, son bel appétit venant soudainement de s'évanouir.
On avait beau vouloir quelquefois suivre ses rêves et leur donner plus de consistance, on avait beau tout faire pour les ancrer dans la réalité, c'était presque toujours elle qui vous ramenait sur terre, laissant les rêves partir au loin sur les ailes du temps.

Lylla savait parfaitement qu'ils n'étaient tout deux que les otages sans cage d'une vie acceptée voire même choisie et que s'ils avaient tout deux ardemment désiré et vécut chaque second partagée, ces instants ne seraient qu'une parenthèse et au sourire de son compagnon, paravent qu'elle pratiquait elle même si souvent, elle comprit très vite que cette dernière n'allait pas tarder à se refermer.

Si la magie semblait s'etre retiré en même temps que Bingley, la blonde ne voulait pas rompre le charme qui planait encore dans la chambre, étirant ses lèvres en un sourire qu'elle voulait charmant, elle ignora délibérément les deux plis restaient scellés et tendit en offrande à celui qui avait pris une place conséquente dans sa vie, un bol de lait crémeux à souhait.


Un peu de douceur dans ce monde de brute ?


On disait les blondes sans cervelle, et c'était là un répertoire sur lequel, elle avait pris l'habitude de jouer.
Trempant le bout de son doigt dans le pot, elle l'en ressorti porteur du précieux rubis et le porta à ses lèvres.


Goûtez moi ce délice dont la saveur vous transporte en plein coeur du printemps, c'est tout le renouveau qui s'exprime ici et la promesse de mille et une douceur.
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Colhomban
La promesse de mille et une douceurs…
Le printemps…
Le verrait-il jamais avec elle ?
 
Le brun cligna des yeux un instant. La claque était dure. Elle le ramenait dans un futur proche où la chambre serait vide de toute chaleur. Il regarda la blonde et engloutit le doigt ainsi proposé, faisant fi de son subconscient qui lui rappelait une dure réalité.

 
Fichtre… Drôlement bon… A son tour il colla son doigt dans la confiture. Je pense que je pourrai vider le pot…
 
Depuis combien de temps ne s’était-il pas nourri avec autant d’envie, de désir, de goût en bouche ? Il revivait au contact de la jeune femme, et un sourire radieux étira ses traits. Il avait cependant une sorte d’arrière goût, comme un air d’inachevé qui lui donnait déjà le vague à l’âme. Un petit soupir repu s’échappa des lèvres voisines et il sut que la prévôt venait de finir son repas, ou du moins le premier intermède d’une longue journée de pitance.
 
Je vois que l’on a fait bonne chair !
 
Il la saisit par les hanches et la ramena vers lui, posant à son tour sa tête contre son épaule. Leurs moments étaient tissés de joie, et de tristesse. Une longue, longue tresse de sentiments mitigés. Il leva le nez vers elle et l’embrassa doucement, chassant au coin de ses lèvres un nuage de lait. Dehors la grisaille peinait à percer, tandis que dans ses bras un soleil se levait. Main dans la main ils allèrent se couler sous la large couette, comploter loin des oreilles Bingleysiennes leurs prochains jours heureux.
 
Aller au verger et cueillir des pommes ! Colhomban fit mine de réfléchir un instant. Voir une pièce de théâtre ! Se promener dans les cercles de la ville ! Il se redressa d’un bond. Le marché ! Allons au marché ! Tandis qu’il bavassait sur les étals qu’il leur fallait absolument trouver il s’habilla en un rien de temps, aidant Lylla à faire de même. Il lui noua autour du cou une écharpe de grosse laine en un rituel plusieurs fois réalisé et déposa un baiser sur son nez.
 
Tu es charmante…
 
Parés des pieds à la tête pour braver le grand froid le jeune couple sorti de l’auberge. Lorsque Colhomban ferma la porte il ne se doutait pas que c’était la dernière fois qu’il la franchissait avec elle.
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