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[RP Libre] La nuit après le jour, l'amer après l'amour.

Norah.
Ouvert, ouvert, ouvert, ouvert... Enfin, si ça intéresse quelqu'un (Ben vi, je connais personne )
NB : L'alexandrin du titre est de moi, alors j'aimerais autant qu'il le reste



    Les mots restaient coincés quelque part entre son esprit et ses lèvres, peut être dans sa gorge puisque c'était là que semblait concentré l'essentiel de sa douleur. Serrée comme si on eût posé son cou entre un étau menaçant comme une épée de Damoclès.

    -Cours. Cours, Norah. Cours !

    Pourquoi fallait-il que ces mots-là auxquels elle n'avait jamais su répondre fussent les derniers mots de sa mère ? Peut être les derniers qu'elle avait jamais prononcés. Ultimes et funestes. Ils la torturaient, parfois encore dans ses cauchemars, trempaient sa peau d'une sueur glacée, la faisaient trembler comme l'enfant apeurée qu'elle était restée. Les chiens. Les immondes bêtes, les pourritures et les crevards. Quand elle pensait à eux, la colère prenait le pas sur la douleur, la fureur le disputait à la tristesse. De faible et abattue, elle devenait agressive et fière, ornée d'une condescendance toute naturelle qui jaillissait dans ses yeux rouges, lui conférait cette même aura qui avait causé la mort de sa mère. Une aura dérangeante et sublime, sauvage et flamboyante qui lui avait valu le nom de sorcière. Sorcière, sorcière, sorcière. Comme sa mère, comme la mère de sa mère avant elle. Comme toutes ces femmes qu'on montrait du doigt dès que les événements réclamaient un bouc émissaire, quand il fallait une victime à sacrifier sur l'autel de la Religion, ou du mécontentement publique, des croyances populaires, des superstitions locales, des hasards malheureux.

    Elle avait fini par y croire. Tout ces maux qu'on lui mettait sur le dos, la malchance, la misère et la mort, tout ce dont on l'accusait, elle l'avait accepté comme son propre fardeau et le portait avec une peine et une fureur égale. On lui avait donné une vie de putain, on lui avait pris sa mère pour la brûler en place publique. Oh, comme elle avait fuit... Fuit, fuit, encore et toujours, à la recherche d'un lendemain qui peinait à se présenter, comme si elle ne le méritait pas, et qu'il n'y avait plus rien pour elle au delà de cette horizon rougeâtre. Qu'il valait mieux que son cœur explosât sous la douleur et qu'elle mourût de la mort que les femmes comme elle devait recevoir. Mais la douleur armait son cœur plus durement qu'un poison, le fortifiait mieux qu'une armure de plate, l'endurcissait à la limite du raisonnable. Au point qu'elle n'hésitait plus à cracher devant les crucifix, quitte à devoir fuir à nouveau pour échapper à la colère qui déferlait sur ses épaules : c'était tout ce qu'elle était devenue, une fuyarde, une vagabonde, une créature sans nom, avec une mère condamnée, un père inconnu, aucun nom, aucune famille, aucun passé, aucun avenir autre que les routes et la poussière. Elle n'avait plus qu'à s'envoler.

    -Cours, Norah. Cours !

    S'était-elle sacrifiée pour qu'elle ait le temps de s'enfuir, de se mettre à l'abri de leur colère avide, de leur dévotion sinistre, de leur soif de sang et de punition divine à l'égard de celles qu'eux-même avaient appelé sorcière ? Elle ne se rappelait pas d'époque où elle eût jamais vécu normalement. Où sa mère eût jamais vécu normalement. C'avait toujours été une vie de fuite, de marche, de corruption, de malchance, de débauche pour combattre la misère, de faim... A leurs silhouettes seules, les paysans semblaient savoir ce qu'elles étaient. A la pâleur de leurs peaux, à l'éclat rouge dans leurs regards, ils criaient au Démon. Et tout recommençait.

    Norah vivait en solitaire, désormais; en diseuse de bonne aventure, voyageant au hasard, au gré des chemins et des rencontres qu'elle y faisait. Tombait-elle sur quelqu'un d'hostile, ou qui la soupçonnât de quoi que ce soit, elle s'empressait d'acheter son silence; que ce fût avec le peu d'argent qu'elle avait, ou à travers des moyens tout aussi convaincants bien que moins avouables. Lorsqu'il s'agissait d'une âme charitable, elle cherchait des nouvelles, à savoir en quel lieu elle se trouvait désormais; mais à la vérité, elle oubliait tout ce qu'elle lui disait. Elle aurait été bien en peine de dire dans quelle partie du Royaume de France elle se trouvait. Pour peu qu'elle s'y trouvât vraiment.

    Le ciel au dessus d'elle était grisonnant, peuplés de nuages à l'air menaçant; mais sur les routes, de hauts arbres au feuillages peinturés de marrons et de vert sombres formaient une haie d'honneur sur son trajet, protecteurs, et sa longue cape élimée et trouée touchait le sol et les feuilles au moindre de ses pas. Elle semblait fatiguée, plus encore qu'à l'ordinaire. Mais que pouvait-elle y faire ? Il y avait dans la besace de toile qui pendait à son épaule de quoi manger un peu, lorsque les gémissements de son ventre se feraient trop importants. Mais pour l'heure, il fallait avancer. Loin, encore, toujours, loin de l'horreur, du cauchemar et de la mort, loin de ces terres où elle avait vu le jour et qui l'avaient trahie, qu'hantait encore l'effroyable spectre de sa mère dévorée par les flammes.

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Alara
[Nul endroit n'est sûr. On ne peut se cacher nulle part sur cette terre nue.*]

Campagne déserte, au croisement de routes passablement fréquentées. Tout, près, un bouquet d'arbres sur un léger promontoire qui domine le carrefour. C'est là que la Sauvageonne attend une éventuelle proie, tapie dans l'ombre protectrice des sapins fournis.
Le temps est maussade et même menaçant. Les cumulonimbus se massent et forment une épaisse masse sombre dans le ciel, masquant les timides rayons du soleil. Ambiance de rêve pour un larcin ...

Toute de noir vêtue pour se fondre dans son abri naturel, elle est là à attendre le voyageur providentiel qui lui permettra d'agrémenter son quotidien. Rapière à la ceinture, celle là même récupérée dans un bordel de la capitale après une séance de couture en compagnie du Germain, et la dague logée dans son fourreau, elle scrute la route.
Sa crinière noire jais est dissimulée sous une capuche, dont la couleur sombre, se fond avec sa chevelure. Les émeraudes acérées sont attentives au moindre mouvement qui se dessine à l'horizon, alors quand une silhouette frêle s'avance d'un pas pressé, elle se redresse, un sourire malsain glissé au coin des lèvres.

Au fur et à mesure de son avancée, la pauvre petite chose se précise. Une jeune femme, sans aucun doute, à en juger aux lignes de la silhouette. Plus petite qu'elle, la démarche féline mais lente. Sans doute la fatigue ...
Le sourire s'étire d'autant plus. Une proie facile ...

La Sauvageonne reste sur ses gardes. Ne pas se faire remarquer, se fondre dans le décor pour mieux surprendre. Sa respiration est calme et profonde tandis qu'elle continue d'évaluer le potentiel défensif de sa cible.

Vêtements poussiéreux, signe d'un long voyage. Cohérent avec la démarche ralentie. Le vent s'est levé, dévoilant aux yeux de la guetteuse, quelques mèches brunes s'échappant de la capuche, qu'une main d'albâtre retient sur le visage, tandis que sa jumelle s'agrippe à un bâton de pèlerin.
Le vert pétillant s'attache alors à la besace portée en bandoulière et qui semble faiblement garnie. Léger haussement d'épaules. D'expérience elle sait que la quantité ne fait pas forcément la qualité. Reste à savoir si cela va s'avérer exact ...

Elle la laisse s'approcher encore, en toute innocence, jusqu'à apercevoir la couleur de ses yeux. Sombres ... En total accord avec la chevelure emmêlée que la lourde étoffe protège. Le regard de la donzelle est fuyant, malgré la fatigue de ses pas, la tension qui se lit sur son visage est palpable.
De quoi a-t'elle aussi peur ? La brune s'en moque ...

Elle la laisse la dépasser avant de finalement sortir de son antre végétal, telle une eresidae sortant de son tube de soie ...


On n't'a jamais dit d'pas d'balader seule sur les ch'mins ?

Et dans le dos de la jeune femme, la Sauvageonne dégaine sa rapière avec lenteur, l'acier crissant contre le cuir épais du fourreau. *Voyons ce que tu as dans le ventre jeune inconnue ...*

* Ngugi

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--Endoran
Un tas de guenilles sur le bord du chemin. Dont s'échappe un râle de souffrance. Les haillons crasseux couvraient une silhouette amaigrie. Un capuchon effiloché cachait à autrui un visage que sa propre mère avait rejeté. Des chausses trouées. Des bras maigre dépassaient d'une tunique maintes fois rapiécée et une espèce de cape, faits de multiples fourrure protégeait l'homme du froid. Il serra les dents et se releva. Le sang coulait de sa lèvre éclatée ...

Celui que les hommes avaient rejetés ne pouvaient s'empêcher de venir parfois au marché écouler ses fourrures et ses peaux et, à chaque fois, sur le chemin, certains se défoulaient sur lui le rendant responsable des traits que la nature avait cru bon de lui donner. Il posa un genoux douloureux à terre, et dans un effort se remit debout, les mains sur les cuisses, le regard voilé d'une douleur qui ne le quittait que trop rarement. Ses oreilles saignaient, et un bourdonnement lui emplissait la tête. Lorsqu'il tentât de respirer, la douleur le fit choir à nouveau. Sa main tâta son torse et il se mordit la lèvre au sang ... un côte, peut-être deux avaient cédé sous les bâtons. Le fait que nombre d'entre eux ne mangeraient désormais que du potage et de la soupe ne lui soutira aucun soupir de satisfaction. Il ne se rappelait plus la dernière fois qu'il avait sourit.

Dans les méandres et profondeurs de la forêt, il avait trouvé un semblant de refuge. Son regard... De son visage déformé, son regard d'un gris éclatant ressortait, tranchant de pureté sur une telle laideur. Des cheveux bruns et graisseux dépassaient de sa capuche. Il parvint enfin à se redresser du mieux qu'il pût. Reprenant son chemin dans un brouillard, à la limite d'une inconscience que seul un instinct de survie développé parvenait à empêcher de le laisser sombrer. Il ne voyait rien, n'entendait rien. Sa main ensanglantée, aux phalanges saignantes, laissaient sur les arbres qui le soutenaient une empreinte carmin.

Il ne remarqua pas que la forêt devint subitement silencieuse, pas plus qu'il n'entendit ou ne vit quiconque. Sa volonté n'avait qu'un seul but avancer encore ... un pas de plus ... encore un ... et son corps se mouvait avec ce seul ordre de marche. Bats toi. Un battement. Un autre ... La silhouette cachée arriva, courbée, la démarche hésitante. Ses gémissements franchissaient ses lèvres en un chant lancinant. Il dépassa ce qu'il prit pour une ombre. Il crut qu'on l'appelait, un éclat de voix qui parvint à traverser le bourdonnement qui emplissait son crâne. Il tenta de se redresser mais la douleur qui le prit fut la plus forte et le courba d'une main de fer, impitoyable. Il s'écroula sur des pieds inconnus. La voix lui intima l'ordre de dégager. Pas encore. Encore un instant de repos. Une seconde. Il tenta de relever la tête sans y parvenir et, ne voyant devant ses yeux que le noir d'une tissu, sombra dans les ténèbres ...
Norah.
    Les mots de sa mère... Sans cesse, toujours, encore, à jamais. Ils hantaient ses pensées et assombrissaient ses rêves, son ciel. Dans sa marche sans fin, la jeune femme s'appuyait sur son bâton comme on s'accroche à une planche de bois perdue en pleine mer; parce qu'on lui donne le nom de "dernière chance", et qu'on l'appelle "espoir". Y en avait-il pour les parias ?

    Le silence était pesant sur ses épaules, mais la gorge sèche, elle n'avait pas la force de le briser; seuls restaient les craquements des feuilles et des brindilles sous ses pas réguliers en direction de nulle part. Quelque part, soudain, s'envola une nuée d'oiseau au dessus du couvert des arbres qui lui fit brusquement relever la tête. Ce n'était rien. Rien du tout. La pensée lui vint qu'en cas de pluie, elle n'aurait pas d'abri, à moins d'une chance exceptionnelle -chose qui lui avait manqué, ces derniers temps. Ou peut être attraperait-t-elle la mort. Après l'avoir tant fui, ce serait un comble... D'un geste nerveux, elle resserra la capuche qui masquait son visage, et plus particulièrement son regard. Ses pas se firent plus pressés, en dépit de la fatigue : l'énergie du désespoir l'enjoignait de ne plus s'arrêter avant d'avoir vu se dessiner au loin la silhouette salvatrice d'une habitation.

    Du bruit, derrière. Soudain, son cœur s'arrête, son sang se glace dans ses veines, un irrépressible, nonchalant frisson se redresse tout le long de son échine et se plaque contre sa peau, comme l'aurait fait un funeste amant. La sorcière sentit la présence avant même d'entendre la voix : trop longtemps, elle avait vécue cachée et sur le qui vive pour ne pas savoir quand elle se trouvait à proximité de quelqu'un. Pourtant, cette fois, elle s'en apercevait trop tard.


    On n't'a jamais dit d'pas d'balader seule sur les ch'mins ?

    Le bruit d'une lame qu'on dégaine lui fait fermer les yeux, plisser les paupières, serrer les poings fort, si fort, comme si tout n'était qu'un affreux cauchemar qui disparaitrait à la seconde où elle se retournerait. Mais non. Et la peur est là, qui se mêle à la fatigue et qui déchaine ses pensées en un enchevêtrement compliqué d'appréhension, de colère, et de résignation. Elle présentait son dos à la femme -c'est ainsi qu'elle avait reconnu sa voix- et il paraissait que l'idée était mauvaise. Ses doigts se crispèrent davantage encore sur le bâton. Une idée. Il lui fallait une idée.

    Étrangement calme, au vu de tous les sentiments contradictoires qui déferlaient sur elle, la sorcière leva l'autre main jusqu'à son visage, et fit glisser le capuchon qui le masquait sur ses épaules; dans le même geste, elle arrangea ses cheveux pour qu'il fût bien visible. Puis, lentement, elle se retourna pour faire face à son agresseur.


    -Sais-tu seulement qui je suis ?
    , siffla-t-elle d'une voix anormalement rauque. Elle n'avait pas parlé depuis des jours. La colère n'était perceptible que dans ses doigts qui frémissaient, presque imperceptiblement. La peur, dans sa colère. Son regard étrange, aux teintes malsaines ourlées de rouge, toisait celle qui lui faisait face, qu'elle examina soigneusement : Norah n'avait aucune chance. Elle n'était pas armée. Elle savait se battre, mais elle n'était pas en état de le faire. Il ne restait qu'une seule carte dans sa manche.

    La cape flottant sur ses épaules laissaient deviner une silhouette animale; on percevait également les sillons bleutés de ses veines sur ses bras à la peau si blanche, et son visage était animé d'une colère silencieuse et terrible, presque entièrement concentrée dans ses yeux si particuliers qui semblaient droit sortis d'un autre monde. D'un geste mesuré, elle éleva son bâton au dessus du sol, avant de l'incliner pour qu'il ne pointât en direction de l'autre jeune femme, menaçant. Une aura malsaine et diabolique semblait s'élever de son geste, nimbant son corps d'un halo dérangeant. Surnaturel.


    -Rengaine ton arme.

    Elle se sentait comme un animal acculé, comme un chien aboie face au loup qui le menace pour mettre en évidence une force qui n'existe pas, une lutte inégale. Mais il fallait essayer. Compter sur sa crédulité. Elle soutint son regard, en silence, durant un temps qui lui sembla durer des heures. Des heures. Des heures. Un animal acculé.

    Ce ne fut pas elle qui brisa ce silence, mais des pas lointains, inconnus. Le cœur de Norah se mit à battre vite, plus vite; était-ce possible qu'il y eût plusieurs brigands ? Qu'ils fussent une troupe ? Elle s'efforça de maintenir sa position, de rester impassible, droite et fière, parce que trembler, c'était admettre sa faiblesse. C'était mourir. Elle entendit des pas dans son dos, de nouveaux craquement sur les feuilles, les brindilles; mais elle refusait de se retourner pour y jeter ne fût-ce qu'un simple coup d'œil. Elle ne pouvait compter que sur sa petite mise en scène. La démarche de l'inconnu semblait laborieuse, lente au possible, et pourtant elle accentuait encore la frayeur qui emplissait son esprit, au fur et à mesure qu'il se rapprochait d'elles. Elle sentit la sueur couler le long de sa tempe, mais non; il fallait se maitriser.

    Bruissements, pas, craquements, proches, de plus en plus proches, jusqu'à ce qu'elle perçoive une respiration. Des gémissements, et des plaintes. Soudainement indécise, il lui fallut rassembler toute sa force et sa détermination pour ne pas se retourner et regarder cette silhouette inconnue; mais elle y parvint, stoïque, et elle en fut récompensée. Cette dernière la dépassa bientôt, et elle put voir la masse informe, invraisemblable que formaient des guenilles dans un état pire encore que les siennes sur un corps meurtri et maigre. Avant qu'elle eût pu comprendre, cependant, elle s'était écrasée; aux pieds de l'autre, du brigand.

    La sorcière déglutit, releva les yeux vers elle. Et si c'était sa chance de s'enfuir ? Mais elle ne devait pas oublier que peut être son assaillante n'était pas seule. Il fallait autre chose. Avec une profonde inspiration, elle tâcha de raffermir encore sa prise sur son bâton suspendus dans les airs, à l'horizontale.


    -Redresse-le., articula-t-elle avec autant de calme qu'elle pût en trouver, comme si tout eût été normal. Si tu ne veux pas assister à la colère de monstres.

    Elle fixait le regard de la brigande, l'affrontait, bluffant comme elle respirait pour continuer à respirer. Et une fine bruine se mit à percer à travers le couvert des arbres.

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Alara
[Chez les êtres fiers et sans fortune, l'honneur est la seule richesse ! *]

Cet adage, elle le connait bien pour en avoir été le plus bel exemple pendant longtemps ... Aujourd'hui, c'est à elle de faire face à ce qui est la rage de vivre.

La silhouette se fige, muette. Léger tremblement tout juste perceptible qui vient indiquer, aux émeraudes acérées, le trouble de la proie. Un sourire mauvais étire les lèvres de la Sauvageonne. Une odeur flotte dans l'air, celle de la peur ... Ses sens s'aiguisent un peu plus, enivrés par cette doucereuse fragrance. Son plaisir n'en sera que meilleur ...
Mais malgré l'inquiétude palpable, il se joue, devant le regard de la mercenaire, un drôle de spectacle.

Sa proie reste d'un calme déconcertant, prenant le temps d'ôter son capuchon et de libérer sa chevelure. Avec lenteur, la jeune femme se retourne, imposant ainsi une vision spectrale. Une peau livide aux nuances cadavériques, les yeux injectés de sang, lui donnant un air d'âme possédée par le Sans Nom. Le tableau étrange est peaufiné par une voix semblant sortie d'outre-tombe.
Mais il en fallait plus pour impressionner la brune qui ne témoigne son étonnement que par un léger haussement de sourcil, sans se départir de son sourire en coin.


Qui t'es ou c'que t'es m'importe peu ...

Rire mauvais qui tranche avec le silence de mort qui s'est installé. Mais la moquerie est bien vite coupée par un nouveau geste, le bâton de pèlerin qui s'élève tel un bâton de sorcier et qui se veut menaçant d'une quelconque foudre divine. Les sourcils se froncent, accentuant la cicatrice qui lui barre l'arcade gauche, quand l'ordre fuse.

T'crois m'impressionner d'la sorte ? T'rêves ...

La rapière damasquinée reste à la main de la brune, prête à porter l'estoc si le besoin s'en fait sentir.
Tout à coup, sorti de nulle part, une nouvelle ombre chancelante, celle-là, vient interrompre l'entrevue féminine. Un pauvre ère agonisant rampe vers elles. Elles ne se laissent pas distraire pour autant, restant le regard rivé l'une vers l'autre, à peine un coup d'oeil furtif jeté de temps à autre à l'être visiblement mourant. Totalement désorienté, il progresse de façon désordonnée et finit par s'échouer sur les bottes poussiéreuse de la mercenaire. Méfiante que cela ne soit pas une entourloupe, elle le repousse d'un léger coup de botte. Chose aisée sous le poids infime de l'homme amaigri.

Nouvel ordre donné par celle qui se devait d'être sa proie et non pas sa commanditaire. Grognement à peine retenu.


J'fais pas dans les bonnes oeuvres moi ... Et tu m'fais pas peur.

Alors elle avance d'un pas sans même sourciller sous la menace, laissant derrière elle la masse informe échouée au sol. L'ouïe aux aguets afin de réagir au moindre mouvement. D'une main, elle se saisit du manche et l'arrache à la main faiblarde avant de le jeter un peu plus loin. Puis de la pointe de la rapière, elle joue avec les bracelets qui ornent le poignet maigrelet. Pacotille. Le bruit n'éveille pas la convoitise de la brune. La pointe d'acier continue de fureter, soulevant les pans de la cape qui lentement se détrempent sous le crachin de plus en plus abondant.
La lame flirte avec la carotide, s'enfouissant légèrement sous les étoffes et pêcher un cordon de cuir auquel est suspendu une améthyste. Pierre aux Druides. Les entrelacs de mauve et de violine attirent les émeraudes. Sourire de satisfaction aux lèvres, elle tranche le cordon d'un coup sec, avant de recueillir sa prise.


Toi r'lève le ... Et fouille le, bien que j'doute qu'il détienne quoique ce soit qu'm'intéresse ...

Hochement de tête en direction de ce qui est sensé être, un être humain. Elle reste à bonne distance, se préservant d'une éventuelle attaque armée issue de la fouille. Il est souvent étonnant de voir ce que les crèves-la-faim possèdent sur eux.


* Guy Maheux

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--Endoran..
La chute et l'absence comme autant de courtes libérations. La poussière comme respiration, la pierre pour repos, il écoute par bribes, réalisant à peine. La paupière lourde et violacée peine à le laisser voir l'étrange lutte. Féminines les voix sans conteste, mais dur le ton et palpable presque la tension. La botte qui le repousse le force à réagir et la main décharnée qui jaillit de sa manche s'emploie dans un sursaut à tenter de se relever. La pluie fine qui trempe sa capuche et vient mêler son eau à son sang le tire de ses brumes douloureuses. Une main, puis un genoux et s'étirent les guenilles , se déploie la douleur en même temps que le corps.

Au fond de sa capuche, les prunelles grises traversent le brouillard. Il découvre, grimaçant à chaque respiration, luttant à chaque inspiration contre la tentation de retourner en son néant. A l'ordre de fouille, il titube et s'avance d'un pas vers la voix acérée et écarte lui-même les pans de tissus sales et rapiécés qui lui servait de cape, révélant sa tunique déchirée, ainsi que sa peau marbrée et violacée qui lui couvrait le côté. Sa jambe lui fit défaut à cet instant et dans un grognement, il se remit debout. Futile et dérisoire geste de défi. Un hoquet rauque lui traversa la gorge comme un rire forcé. Une voix éraillée, cassée émergea de l'ombre protectrice du tissu couvrant son visage :


Tu .. tu arrives trop tard ... Voleuse ... Qu ...que pourrais-tu m...me ... me prendre qu'on ne ... ne m'ait déjà ...pris ...


La lèvre fendue, souligné de son sang, il fit un pas sur la bord du chemin et s'adossa à un tronc avant de se laisser choir au sol, les mains ouvertes sur les genoux. Chaque inspiration le faisant tressaillir. Les silhouettes devant lui devinrent floues à nouveau ... et les cheveux bruns se fondirent dans les ténèbres qui l'entrainèrent. La tête encapuchonnée retomba sur la maigre poitrine ... la délivrance temporaire d'un évanouissement ...
Norah.
    Le coeur de Norah se prit à battre plus fort encore. Aussi longtemps qu'elle avait pu, elle s'était efforcée de maintenir sa supercherie en place, affrontant le regard de l'autre sans ciller; droite et fière, nimbée d'un halo étrange et sévère. Mais le rire, pour toute réponse, faillit la déstabiliser.

    L'expression de son visage, imperceptiblement, se modifia en signe de contrariété; de protestation même, lorsque la roublarde qui lui faisait face se permit d'arracher son bâton à sa poigne certes faible, aussi simplement qu'on arrache un brin d'herbe du sol. Mais l'éclat funeste de la lame qu'elle tenait à la main était suffisamment dissuasif pour empêcher qu'elle ne répondît quoi que ce soit; au contraire, la sorcière retint son souffle comme rarement elle l'avait fait, immobile et figée. Crispée, également, sous la pointe de l'arme qui s'autorisait délibérément à menacer sa peau, à jouer avec ses nerfs déjà à vif; mais là encore, qu'aurait-elle pu y faire ?

    Rien de ce qu'elle ne possédait n'avait une valeur véritable. Sans compter qu'elle ne possédait pas grand chose... De l'inventaire de sa besace aux bracelets de pacotilles qui ornaient ses poignets, en passant par ses vêtements, décidément... Sauf, peut être. Mais elle se crispa davantage, manquant se recroqueviller sur elle-même lorsque l'épée se permit de soulever le lacet de cuir qui entourait son cou, et sur lequel était enfilé une améthyste dont les vertus médicinales soit disant apaisantes lui étaient précieuses, sans compter qu'elle appartenait à son passé. Elle eut un hoquet de surprise quand le brigand s'en empara, la regardant saisir son trésor entre ses doigts avec une fureur muette et cachée, qu'on ne pouvait guère sentir qu'à travers ses poings serrés jusqu'à enfoncer profondément les ongles de ses mains dans ses paumes.

    L'ordre ne lui plut pas plus que le reste, mais une fois encore, elle était en position de faiblesse. Norah tourna le regard vers cette masse informe qui semblait respirer avec difficulté, le visage teinté d'une certaine forme de répulsion, de dégoût instinctif qu'elle ne parvenait pas encore à surmonter. Elle hésitait encore à s'avancer vers cette... créature avant que cette dernière ne se relevât d'elle-même, péniblement; de toute évidence, elle les avait compris. Stoïque, bien que presque sur la défensive, la jeune femme le regarda s'approcher; mais ce fut lorsqu'il découvrit de lui-même son corps émacié, son visage meurtri et son état pitoyable que la sorcière sentit finalement son cœur se serrer.

    D'ordinaire, elle éprouvait une aversion profonde pour les humains qu'elle peinait à considérer comme ses semblables, étant donné ses antécédents. Elle se considérait comme à part -et c'était ainsi qu'ils la voyaient également. Il était rare qu'elle fût altruiste à ce point; mais elle eut soudainement la sensation de se trouver face à quelqu'un de sa race, de son sang. Quelqu'un qui comprenait les regards craintifs ou menaçants, la fuite et les railleries, la colère et les mensonges. Un marginal, comme elle l'était. On lui avait volé sa mère, son passé, son présent, futur. Et lui ? Ne lui avait-on prit que son apparence, sa dignité, ou bien y avait-il autre chose ?

    Le sang de la sorcière ne fit qu'un tour, lorsqu'elle le vit s'évanouir. Elle se tourna vers la roublarde, soudainement presque menaçante.

    -...Il pleut. , commença-t-elle par faire remarquer. Il ne possède rien que tu ne puisse prendre plus tard. Mais sache que la pierre que tu viens de m'arracher est maudite, et que tu portes désormais sa marque, que je suis seule à pouvoir défaire; même si tu me la rendais maintenant, il est trop tard. Conduis-nous à la ville la plus proche, c'est tout ce que je te demande pour te débarrasser de ce mauvais sort. Et je préfèrerais mourir plutôt que de t'en délivrer avant d'être arrivée en lieu sûr. Tu peux décider de m'ignorer, de ne pas me croire et de partir, bien sûr... Mais tu vivrais, en sachant que tu aurais pris un risque aussi gros ? Ta conscience serait capable de supporter ma vengeance, et une malédiction aussi puissante ? Tu pourrais endurer un doute aussi monstrueux ? Ta tranquillité d'âme et ton exorcisme, en échange d'une escorte. Ce n'est pas si cher payé...

    Le mensonge était gros; mais Norah espérait simplement que la phrase était bien tournée. Assez pour semer le doute dans l'esprit de son assaillante, et leur permettre de gagner un endroit protégé, où elle pourrait réfléchir à la suite. Quand elle aurait mangé, et bu, et qu'elle ne serait plus seule. D'un pas ferme et résolu -il fallait bien qu'elle sauvât les apparence-, elle s'esquiva sur le côté, s'arrachant à l'influence de la lame qui lui semblait toujours aussi menaçante. Et elle gagna le côté de l'homme défiguré, ne serait-ce que pour s'assurer qu'il respirait toujours.

    - Que choisis-tu ?

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Alara
[La charité est un plaisir dont il faut savoir se passer. *]

Enfin pas complètement, juste histoire de se donner bonne conscience quoi.


L'améthyste, au bout du cordon de cuir, danse devant les émeraudes teintées de sombre.
Sa victime menace encore, tente d'impressionner la mercenaire qui reste impassible. Si elle a appris une chose en mer, c'est de ne pas se focaliser sur les billevesées de ce style là. Les croyances, les malédictions ou autres, elle en connait un rayon et aucune ne s'est jamais réalisé. Pas maintenant que ça va commencer ...
D'un geste vif du poignet, la pierre aux reflets violine se retrouve dans le creux de la main avant de disparaitre dans la cape aussi jais que les cheveux, maintenant détrempés par la pluie fine. Haussement d'épaules et grognement d'agacement.


Arrête donc avec tes stupidités d'croyances. Tu m'fais pas peur C'genre de croyances c'pour les faibles d'ton espèce et d'la sienne.

Hochement de tête envers l'épave misérable, qui dans un dernier sursaut, se relève et balbutie son discours d'indigent avant de s'effondrer dans la boue. Sa proie lui échappe tandis qu'elle se précipite vers le déchet miséreux.

C'que je choisis ? T'crois vraiment ton caillou ridicule va me faire peur ? C'qui m'intéresse c'est c'qu'il va me rapporter. L'reste j'm'en tape.

La cape se soulève et la rapière rejoint son fourreau de cuir, la main qui tenait le pommeau fouille alors une maigre besace accrochée à la ceinture et en sort un morceaux de pain.

T'nez v'là d'quoi t'nir jusqu'au prochain village. J'm'encombre pas d'traine-la-patte moi.

Elle recule d'un pas, puis d'un autre et encore un avant de jeter le morceau de pain frais dans les mains de la jeune femme.
Hors de portée de jet de pierre ou autre, elle tourne les talons et rabat sa capuche sur sa tête. Et sans même se retourner, elle crie à l'intention de la battante.


Plus proche village à deux lieues au nord.

* Paul Gavarni

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Norah.
    L'espoir. Une drogue douce mais dangereuse dans la mesure où, plus l'on se permettait d'en prendre, plus l'extase était grande; et plus la chute était dure, violente et brutale.

    Elle s'en était bercée un moment, Norah; à croire que la roublarde serait comme tous les autres, tous ceux à qui elle destinait sa haine et son mépris. Qu'elle prendrait peur contre elle, qu'elle la maudirait en invoquant ses dieux, qu'elle réagirait, mais pas ça... Pour une fois, la seule fois où elle eût souhaité de tout son cœur que son physique méphistophélique lui fut d'une quelconque utilité, il échouait... A défaut de quoi, sous son regard débordant d'une rage impuissante, la voleuse se contenta d'empocher son trésor.
    Son trésor. Un grondement rauque jaillit de la gorge de Norah, menaçant. Impuissant, comme le reste.

    Un instant, ses jambes vacillèrent; mais elle devait se tenir debout. Elle voulait rester noble, digne; mais c'était comme si le collier qui lui avait été arraché avait emporté avec lui une partie de sa volonté. Elle tomba à genoux, tête en avant, ses longs cheveux trempés par la pluie exposant sa nuque en trainant sur le sol boueux. Elle ne parlait plus, la sorcière; elle laissait faire.

    Le silence se fit dans sa tête, assourdissant. Quelque part, elle avait conscience des pas qui s'éloignaient; mais ses paumes plaquées de chaque coté de sa tête pour combattre son étourdissement, elle lâche un cri; un véritable hurlement, grave, puissant : promesse d'une revanche qui se perd entre les gouttes de pluie. Elle se hait, elle hait sa faiblesse et sa lâcheté, elle se hait pour ce manque criant de force et de volonté. La miche de pain à son coté ? Quelqu'un d'honorable, quelqu'un de droit l'aurait laissé là, l'aurait même écrasée du pied pour bien marquer son mépris. Pas elle. La faim qui déchire ses entrailles et brouille son regard en embrumant ses sens ne le supporterait pas; de telle sorte que, alors qu'elle porte le pain à ses lèvres pour en arracher un morceau, elle se maudit encore de sa faiblesse et de son impuissance.

    Alors allez comprendre la charité qui l'a poussée à reprendre la route, d'une démarche lente et peu assurée, en portant avec elle sur son épaule la créature évanouie. La sorcière n'était pas complètement mauvaise; ou du moins, elle ne cherchait pas à rendre le mal qui lui avait été fait sur n'importe qui. Elle savait encore sur quelles personnes déverser sa haine, et il n'en faisait pas partie, lui qui était comme elle...

    Deux lieux au nord. Les chemins, la poussière et la boue; la pluie ne cessait pas, bien qu'elle se soit réduite à l'état d'un crachin. Et elle, la voleuse, où avait-elle bien pu passer ? Elle avait parlé d'un prix à tirer; forcément, elle allait vouloir revendre son bien... Après tout, il ne lui était d'aucune utilité. Norah ne s'apaisait pas. Quand enfin, ils arrivèrent aux portes d'une petite bourgade, elle masqua son visage à nouveau de son capuchon; le soir tombait.

    Avec le peu d'argent qui lui restait, bien caché dans une bourse elle-même dissimulée dans son corsage, la jeune femme ne parvint à trouver qu'une auberge miteuse peuplée de roublards ivres et bruyants; mais enfin, qu'avait-elle à perdre ? Elle se fit installer sur un lit bancal, dans une chambre au plafond très bas et à la luminosité -ainsi que la propreté- très limitée. Quant à l'autre, l'homme, faute de moyens, le tenancier avait consenti à l'installer dans l'écurie. Norah n'avait même plus la force de se déshabiller; sans un mot, elle se laissa tomber sur le lit, et elle dormit. Une journée. Plus. Jusqu'à ce que le tenancier, inquiet de n'entendre aucun bruit, vint vérifier que tout allait bien; il la trouva si pâle et amorphe qu'il s'abaissa à lui apporter lui-même un repas qu'il n'eut pas le cœur de lui faire payer. Encore heureux qu'il n'eût pas croisé son regard rouge.

    Norah resta cloitrée dans la petite chambre pour le reste de la semaine, d'abord parce qu'elle ne se sentait pas la force de bouger, ensuite parce qu'elle n'en trouvait pas l'envie. Machinalement, parfois, sa main se portait à sa gorge, à sa poitrine, à la recherche du collier qu'elle avait l'habitude de serrer dans sa main lorsqu'elle murmurait ses incantations, ou les prières qu'elle adressait à sa mère. Ne plus le retrouver... C'était perdre ses repères. Au fur et à mesure des jours, cependant, la force lui revenait. L'envie, aussi. Manger et dormir, il ne lui en fallait pas davantage; lorsqu'elle se sentit suffisamment bien, elle put enfin sortir pour aller explorer les lieux. Ses talents d'herboristes lui furent utile, à la fois pour trouver les plantes qui la remettraient sur pieds plus aisément, mais aussi pour gagner un petit pécule afin de conserver sa chambre à l'auberge.

    Il s'écoula environ un mois, avant que la sorcière ne put récupérer l'intégralité de sa forme physique. Sa souplesse, sa vélocité, son entrain, son courage. Pendant un mois, elle cultiva sa colère, son désir de vengeance, et le besoin dévorant qu'elle avait de retrouver son collier, quoi qu'il lui en coutât.

    Le tenancier de l'auberge avait accepté de lui faire crédit : elle ne devait payer qu'en fin de semaine, toutes les deux semaines. Mais elle comprit très vite qu'il était hors de question qu'elle pût gaspiller une telle somme. Un soir, après qu'elle se fût soigneusement préparée (une dague glissée dans sa botte qu'elle avait subtilisée à la ceinture d'un ivrogne assoupi, quelques plantes utiles dans sa besace, le capuchon rabattu sur son visage) elle gagna les écuries, une fois la nuit tombée.

    Quand on connaissait les plantes qui endormaient le corps et la conscience, il n'était pas difficile de se faire suave pour proposer au vigile de nuit un petit rafraichissement qui l'expédiât droit dans les bras de Morphée. Norah savait seller un cheval; lorsque la voie fut libre, elle ne se fit pas prier pour choisir l'une des plus belles bêtes, et la lancer au galop sur les chemins.

    Nul doute que d'ici le lendemain matin, ils seraient à ses trousses; une femme comme elle passait rarement inaperçue. Mais d'ici à ce qu'ils lançassent l'alerte et qu'ils retrouvassent sa trace...

    Des jours durant, elle écuma les chemins, sans prendre la peine de se reposer (le moindre retard pourrait lui être fatal.) Elle fit le tour des villages voisins; ceux proches de là où le vol de son collier avait eu lieu. Telle une tornade furieuse, elle surgissait soudain, posait des questions volontairement évasives : seule, la description de la roublarde était faite en détails. Certaines personnes croyaient la reconnaitre pour s'être déjà fait brigander, mais comment accorder foi à ces témoignages très vagues ? Comment être sûre qu'il s'agissait d'elle ? La jeune femme finit par restreindre ses recherches aux villes dans lesquelles se trouvaient une joaillerie, ou une orfèvrerie; et elles n'étaient pas si nombreuses. Inlassablement, le même scenario se répétait : elle entrait dans la boutique, s'avançait d'un pas décidé vers le comptoir, et dressait avec une exacte fidélité le portrait de la voleuse, physique comme moral. Quitte à attirer l'attention : après tout, elle s'en fichait bien.

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Alara
[La valeur d'un trésor réside dans son secret. *]

Il ne lui avait fallu que peu de temps pour se mettre à l'abri après son larcin, sa conscience pour elle, de ne pas les avoir laisser crever de faim sur le bord de la route.
Elle avait regagné l'auberge qui lui servait de repère depuis quelques jours. Maintenant, il lui faudrait en changer pour ne pas se faire trop remarquer ...

Ce soir là, à la lueur d'une chandelle, elle reste admirer le pendentif aux reflets violine, rappelant à sa mémoire les dégradés d'une fin de couché de soleil. La pierre grossière, accrochée au fin cordon de cuir, était loin d'être aussi raffinée que certaines joailleries, mais elle était persuadée, qu'elle en tirerait un bon prix.

Comme hypnotisée par les reflets chauds de la flamme et de la pierre, elle se laissa aller aux doux souvenirs de son enfance, du moins ce qui lui en restait. Sa mère ... L'odeur de son parfum remontant dans ses narines à sa simple évocation.
Puis tous ces changements qui avaient fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui ... Sauvage. Incontrôlable. Lunatique. Rageuse ...

Une vie de solitaire taciturne, vivant au jour le jour. Opportuniste à ses heures, souvent même, sachant toujours profiter des choses au bon moment. Ou presque.
Certains diraient : misérable vie. Elle s'en contentait très bien. Elle ne devait rien à personne et ne pouvait compter que sur elle, comme on le lui avait appris.

Demain sera un autre jour ...


Levée aux aurores, elle déserte sa chambre, laissant une petite bourse rondelette au tavernier. Mission du jour, trouver un nouveau repère et aussi l'endroit idéal pour tirer le meilleur prix de sa prise. Capuche vissée sur la tête, elle sort dans la brume matinale.
Si ses victimes ont survécu, elles doiveent se trouver à trois lieues de là, plus au nord. Elle s'était, quant à elle, dirigé plus au sud et elle allait continuer sur sa lancée avant de remonter vers l'ouest dans quelques jours.
Passage obligé dans un petit village, avant de rejoindre une ville un peu plus conséquente, où elle serait assurée de se noyer dans la masse.


Et le temps passe ... Des jours, des semaines, puis un mois. Elle continue d'écumer les routes désertes, de parfaire son pécule au détriment des imprudents. Elle avait tenté de se défaire du collier dans la joaillerie, la seule et unique du coin, mais on ne lui en avait même pas proposé 3 écus.


C't'une breloque vot' truc, ç'vaut qu'dalle. C't'un grigri d'sorcière.

La mine renfrognée, la Sauvageonne avait quitté les lieux, restant persuadée qu'elle en tirerait un bon prix, si seulement, elle trouvait le lieu adéquat pour la revente ...
Elle garda donc précieusement le collier, rangé dans la doublure de sa cape. Jusqu'au jour où suite à une mauvaise rencontre, elle se voit dans l'obligation de demander des soins. Elle consulte donc la guérisseuse du coin, chaudement conseillée par l'aubergiste.

Peu croyante de ce genre de "médecine", elle n'a pourtant pas d'autre choix, la ville n'ayant aucun médicastre.
C'est donc avec réticence, qu'elle pousse la porte d'une la boutique miteuse où règne une ambiance étrange ... Des étagères chargées de bocaux aux contenus repoussants. Son œil avisé est tout de suite attiré par un support derrière le comptoir, où sont suspendus des pâles copies du collier ...

La voilà, la bonne occasion !


* Suzanne Martel

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Norah.
    Il faisait à peine jour, lorsque Norah pénétra dans la ville. Par réflexe, elle avait décliné son identité, abandonné sa monture dans l'écurie de l'auberge qu'elle comptait occuper pour la soirée. Parfois, un garde, un passant arquait un sourcil intrigué devant son allure peu commune; mais la plupart se gardaient bien de poser la moindre question. D'autant qu'elle avançait sans cesse d'un pas furieux; mais tout ce temps écoulé à chercher en vain avait commencé à cruellement ronger sa détermination.

    Pourtant, inlassablement, elle brossait un portrait aussi fidèle que possible de sa voleuse. Fidélité toute relative; après tout, sous la pluie, elle avait à peine distingué son visage; et avec les jours qui s'écoulaient, les traits qu'elle avait gardés en mémoire s'estompaient doucement, comme gommés avec précaution. De quelle couleur étaient ses yeux, déjà ? Et ses cheveux ? En désespoir de cause, elle donna une description détaillée du collier qu'elle avait volé aux badauds de la taverne, dans le cas où quelqu'un le leur aurait proposé à la vente. Elle crut défaillir lorsque l'un de ses interlocuteurs prétendit avoir vu un bijou en tout point semblable au sien; et dans la précipitation, elle dut serrer le poing à s'en enfoncer les ongles dans la paume pour se retenir de ne pas l'empoigner par le col afin de le secouer comme un prunier pour qu'il ne se décide à parler. A défaut de quoi, il fallut qu'elle lui paye à boire; mais après une journée de recherches laborieuses, elle avait enfin une piste.

    On avait donné à la sorcière l'adresse d'une étrange guérisseuse du coin, réputée pour son commerce pour le moins... particulier. Elle admirait, parfois, ces gens qui osaient vivre au grand jour; ils vivaient après tout dans une époque où l'on pouvait être brûlé pour sa couleur de cheveux... Mais qu'importe. D'un pas décidé, elle gagna l'établissement. Dans son cœur, un vague espoir s'était rallumé, croissant à chacun de ses pas. Peut être, peut être...

    La porte s'ouvrit sur un lieu singulier, oppressant de noirceur, d'odeurs insistantes, de bruits inconnu. Elle n'avait jamais rien vu de semblable; et lorsque son regard trainait sur les bocaux, elle croyait reconnaitre beaucoup d'ingrédients parmi ceux que sa mère utilisait, autrefois. Le sol, les étagères, le plafond; elle prit son temps pour observer, comme si, momentanément, Norah avait oublié la raison de sa venue. Non, elle ne savait plus... Ce fut alors que ses yeux se posèrent sur une rangée de colliers. Couleur, forme... Son cœur se serra d'un coup. Était-ce seulement possible...?

    Devant elle, de dos, il y avait une femme qui semblait intéressée également par les bijoux. La sorcière s'approcha finalement, de quelques pas; assez pour comprendre que les colliers suspendus n'avaient rien de comparable au sien. Copies, imitations pour les paysans crédules. Soit. En revanche... La boutique l'intéressait. Elle trouverait forcément de quoi l'intéresser, ici. En attendant la guérisseuse, qui semblait occupée ailleurs qu'à son comptoir, elle se prit à étudier à nouveau les lieux; et puis soudain, l'envie lui vint de vouloir savoir qui pouvait fréquenter pareil endroit. Elle détourna la tête, croisa le regard de l'autre femme.

    Un geste vif vers sa chausse. La seconde suivante, elle tenait sa dague dans le creux de sa paume, et d'un mouvement fiévreux, la pointa en direction de l'autre, la roublarde. Ce n'était pas le moment de trembler... Enfin.


    -Toi., siffla-t-elle d'une voix rauque. Depuis le temps que je te cherche... Tu as quelque chose qui m'appartiens, je crois, non ? En tout cas, ça vaudrait mieux.

    C'était le chat qui se voulait aussi fort qu'un loup. Sans ciller, la jeune femme s'efforçait de la jauger du regard. Tant pis si elle devait créer un scandale, alerter la vendeuse par son manque de... comment dire, tact ? Elle voulait son bien, son collier, à n'importe quel prix. Une sorte de folie embrumait ses yeux, son esprit; et il était clair dans son attitude fléchie qu'elle pouvait bondir à n'importe quel moment.


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Have a nice day !
--Anselme.
[ Le remords de conscience est une tristesse causée par le doute.* ]


Son regard se perdait dans l'horizon blafard de la fin de nuit. Une fois de plus, Anselme n'avait pas dormi.
Droit, comme toujours, juché sur son cheval qui avançait au pas somnolent du carrosse qu'il escortait, n'ayant eu aucun mot, ni aucun regard pour le cocher qui parfois piquait du nez et qui avait lutté avec ses paupières sous le clair de lune jusqu'aux aurores.
Le chevalier voyait les contours floutés de la ville, où ils devaient se rendre, se dessiner enfin à travers la brume matinale. Sans émotion.
Une mission, simplement. Une autre.

Un voile de tristesse ne quittait plus ses yeux lorsqu'il retrouvait le silence, perdu dans ses pensées, ses souvenirs, qui alimentaient ses doutes et mettaient en péril sa Foy.
Le savoyard avait mis sa vie et son bras au service de l'Eglise, pétri par les convictions idéalistes qu'il s'était forgé dans sa jeunesse à l'écoute des écrits et des paroles saintes et savantes des prêtres et des moines, à qui il avait été confié par son père depuis son plus jeune âge. Prédestiné à devenir évêque, Anselme choisit la voie de l'épée, persuadé que sa place était de combattre les forces du Malin et de ceux qui s'étaient égarés du chemin.

Le poids des ans creusait son visage, et la barbe à poils ras ne faisait que souligner le sérieux et le calme imperturbable du trentenaire. L'armure, dont il ne sentait plus la charge depuis de nombreuses années, puait la sueur et la graisse usagée, et l'épée ceinte à son côté gauche était des plus ordinaires. Il avait toujours refusé tout luxe, si bien qu'il n'avait jamais accepté d'écuyer non plus à ses côtés.
Les croisades avaient été son quotidien, mais rapidement et à sa propre demande, pour des raisons voilées qui laissaient place aux rumeurs les plus folles, il fut affecté à un autre corps de l'organisation religieuse.
L'Inquisition.

Cependant, cela faisait plusieurs semaines à présent qu'Anselme ne trouvait plus le sommeil. Il s'en accommodait tout à fait, grâce à son corps entraîné qui pouvait supporter la fatigue ou récupérer une nuit de sommeil en deux heures. C'était autre chose, quelque chose de plus subtil et de plus profond qui empoisonnait sa sérénité.
Il y avait le regard de cette enfant apeurée qu'il avait croisé et qui l'avait touché au plus profond de lui, et que pourtant on avait pendue sans hésiter, puis noyée, afin de vérifier qu'elle était bien sorcière.
Le souvenirs des horreurs de la guerre et des actes ignominieux qu'il avait accompli sous les ordres de l'Eglise remontaient en lui et se faisaient plus pesants.
Même si son coeur flanchait, son bras n'a jamais failli, de toutes ses forces, persuadé, ou du moins voulant croire, que ces crimes étaient nécessaires selon la voie du Divin et qu'un jour leurs justifications leur apparaîtront clairement, à lui ou aux futures générations. Que c'était cela la Foy. Ne jamais douter quoiqu'il advienne.

Derrière son regard clair qui ne cillait jamais, on ne pouvait se douter de la lutte perpétuelle en lui, entre la culpabilité de participer à des crimes ou à des jugements qui lui semblaient hâtifs ou injustes, et la culpabilité d'oser douter ne serait-ce qu'un peu des ordres et des décisions prises par l'Eglise. Peut-être était-ce l'oeuvre du Malin qui cherchait à le faire douter, ou alors des épreuves que lui faisaient subir le Tout-Haut pour tester sa Foy.
Il se devait être fort et continuer à suivre la voie qu'il avait choisi.

Après avoir demandé à un aubergiste du coin, le carrosse s'arrêta enfin à l'endroit décrit et qui demandait inspection. Il leur avait été ordonné de visiter une échoppe, tenue par une guérisseuse, dont la réputation avait attiré l'attention soupçonneuse des instances religieuses, et notamment de l'Inquisition.

Anselme mit pied à terre, et sans attendre se dirigea vers l'entrée.


- Restez ici, j'y vais seul.

Les deux soldats, qui se réveillaient à peine, se levèrent et suivirent de près le chevalier, lance à la main. Le grand homme laissa retomber son pied sur le sol lourdement en s'arrêtant et jeta un regard sévère aux deux gardes par-dessus son épaule. Ces derniers tremblèrent et inclinèrent prestement la tête avant de retourner près du carrosse en se mettant au garde-à-vous.
Anselme reprit alors calmement ses pas et s'invita dans la boutique en ouvrant la porte sans frapper.

La scène qu'il vit alors ne ressemblait en rien à ce à quoi il s'attendait. Ses sens ne remarquèrent pas immédiatement les nombreux accessoires perchés ça et là, et l'odeur particulière et complexe qui se dégageait de ses murs.
Il observa deux femmes, vraisemblablement deux clientes, dégageant chacune quelque chose d'étrange, de peu commun, singulier, qui se tenaient face au comptoir. L'une maigrelette à la peau pâle pointant une dague avec peu d'assurance vers une autre. Cette autre lui donna l'impression étrange de ne pas devoir la prendre à la légère, même si son expérience du combat lui indiquait qu'elle ne semblait pas en possession de tous ses moyens au regard de sa posture et de son rythme respiratoire.

De sa voix calme et grave, Anselme s'adressa à elles.


- Bien le bonjour, je me nomme Anselme... souffla-t-il avant d'hésiter à dévoiler son titre honorifique de chevalier de l'Inquisition, Juste un homme d'église.
Rangez cette dague je vous prie, surtout lorsque vous n'êtes pas certaine de gagner un combat. Et dans le cas vous en seriez certaine, nul besoin de le prouver, n'est ce point ?


Il se tourna vers la femme aux yeux d'un vert rare, pénétrant, en désignant d'un geste large du bras la femme à la peau spectrale.

- Est-ce elle qui vous a blessée ? Nous pourrions vous prodiguer quelques soins si vous le désirez, nous avons le matériel et les compétences de base.

Dans tous les cas, je sollicite votre compréhension à toutes les deux en vous demandant de bien vouloir sortir. Il m'a été incombé de rencontrer la propriétaire de ce lieu, et il serait malvenu et impoli de vous imposer notre conversation ennuyeuse.


Tout en parlant, Anselme ne laissait rien paraître sur son visage, ni agressivité, ni sympathie, et son regard sans expression lorgna sur les bocaux et les breloques qui ornaient la pièce.
La porte s'ouvrit brusquement de nouveau et le chevalier ferma les yeux, pestant intérieurement en espérant qu'il eut fini avant le réveil de l'inquisiteur qui roupillait dans le carrosse.

L'homme qui venait d'entrer, accompagné des deux soldats, était gras et apparut comme un véritable présentoir à bijoux d'or et de pierres précieuses, et ses manières étaient rustres, autoritaires.


- Bon ! Qu'est-ce qui se passe ici ?! Elle est où la sorcière ??

Avant que le savoyard n'eut le temps de s'exprimer, l'inquisiteur prit un air répugné en observant la femme à la peau livide et qui dégageait une aura indescriptible, effrayante. Il grogna et cracha de dégoût en gueulant de toute sa rage et son mépris, sans faire d'effort pour chercher à plus analyser la situation.

- Tu es là, sorcière ! Tu vas voir comment on s'occupe des personnes de ta race infecte !!
Anselme ! Tu attends quoi ?! Tu devrais déjà l'avoir capturée !
aboyait-il de sa voix nasillarde et chargée de haine avant de se tourner vers l'autre femme.
Et celle-ci aussi ! Toutes celles qui viennent ici sont surement des sorcières, alors vous les arrêterez toutes !

- Monseigneur, j'ai des raisons de penser qu'elles ne présentent aucun lien avec la guérisseuse, et je pense qu'il est exagéré d'appréhender toutes celles qui..

- Oublies-tu quel est ton rang et quel est le mien ?!

Anselme riva ses yeux un instant sur le grassouillet, circonspect. L'attitude du religieux lui parut inadaptée et révoltante... Pourtant cet homme détestable avait été choisi par l'Eglise, et il était son supérieur, représentant et porteur des valeurs de la Foy. Il n'avait d'autre choix que de lui obéir pour ne pas trahir Dieu.
Le chevalier inspira et pria silencieusement au Très-Haut de lui prêter sa force. Il dégaina sa lourde épée et fit face aux deux femmes d'un air déterminé.


- Veillez-nous suivre, mes dames, et il ne vous sera fait aucun mal.





*R. Descartes
Alara
[Les voies du Seigneur sont imp.... Surprenantes ! ]

Qui dit voies divines, dit souvent miracle. Bien qu'elle ne soit pas croyante, la jeune mercenaire était parfois, souvent même, surprise par ces évènements que d'aucun prêtait aux interventions divines.

Elle avait fait preuve de sang froid lors des menaces de sa victime, tentant de l'impressionner par son "savoir de sorcière". Elle n'avait pas tremblé, l'affrontant même ou bien en l'ignorant ...
Et alors qu'elle pensait enfin toucher à sa fin en touchant un peu d'argent du menu fretin, qu'était le collier ... Voilà que sa victime faisait miraculeusement apparition.

Signe du destin numéro un !

Au son de cette voie qu'elle reconnait dans l'instant, car son visage s'était légèrement arrangé depuis leur dernière rencontre, les cernes ayant disparus, une moue de contrariété lui barre le visage. Cette fille était pire qu'une sangsue ! A croire que c'était ce fichu cristal, beau de loin mais loin d'être beau, qui l'avait attirée comme un aimant.
Et voilà la vipère qui se met à persiffler, prête à mordre ... Le bras armée d'une lame courte, la sorcière se veut impressionnante face à la guerrière aguerrie.

C'est un sourire narquois qui accueille cette tentative désespérée, tandis qu'une main agite devant leur yeux, l'objet convoité.
Oublié la douleur de la blessure suintante. Seul le défi compte, tout comme l'enivrement de l'adrénaline qui fait palpiter le flux sanguin ...


C'est ça qu'tu veux ? Alors viens l'chercher s'tu oses ...

Mais à peine les mots sont tombés entre les deux femmes, que la porte s'ouvre laissant paraitre un homme d'armes.
Tous les regards se tournent d'instinct vers l'intrus ... Du coin de l'œil, la Sauvagoenne surveille son ennemie ...
L'homme referme la porte et se présente. Aussitôt, les fins sourcils bruns se arquent, faisant froncer la cicatrice senestre.


Juste un homme d'église.

Signe du destin, numéro deux !

D'puis quand les hommes d'église s'baladent armés ?

Pensée prononcée à voix haute tandis que l'homme continue son discours qui se veut moralisateur.

En quoi ça vous r'garde qui m'a fait ça ? J'vous en pose moi des questions ?

La Sauvageonne tout en finesse, s'il vous plait ! Fidèle à elle même quoi.

C'est alors que la porte s'ouvre à nouveau, laissant place à un pontif grassouillet encadré de deux gardes aux airs benêts.

Signe du destin numéro trois !

Les émeraudes se lèvent au ciel, adressant pour la première fois depuis très longtemps, c'est à dire son enfance, au Très_haut ... *Bon ça y est, il est fini le défilé ?*
S'en suit aussitôt un soupir exaspéré. Ben oui y a des jours comme ça ...

Et c'est ainsi que le rondouillard, aussi damasquiné que le pommeau de la rapière ceint à la taille de la mercenaire, s'exprima et ordonna de faire embarquer tout le monde pour cause de sorcellerie !
Tentative de rébellion du premier homme, bien vite remis en place par sa Sainteté auréolée d'or ...

Face au nombre, la Sauvageonne ne pouvait qu'abdiquer. Elle connaissait que trop bien les moyens et les pratiques de l'inquisition, pour en avoir été ponctuellement le bras armé ...
D'une œillade, elle indiqua à son "ennemie" de se tenir tranquille et de faire profil bas. Espérant qu'elle comprendrait le message et qu'elle n'irait pas se jeter dans la gueule du loup ...

_________________
Norah.
    Citation:
    C'est ça qu'tu veux ? Alors viens l'chercher s'tu oses ...


    Un grondement rauque s'éleva de la gorge de la sorcière; de la sauvagerie pure, l'instinct primaire qui hurlait à la vengeance et suintant de mépris. Oubliée, la vendeuse, l'endroit où elle se retrouvait, les manifestations de prudence les plus ordinaires et banales. Norah aurait tout le temps d'y penser plus tard, n'est-ce pas ?

    En fait, non. A l'instar de sa victime potentielle présumée du jour, la jeune femme fut secouée d'un puissant sursaut lorsque la porte de la boutique s'ouvrit soudain, crachant un jet de lumière dans lequel se découpait une silhouette masculine; il s'agissait d'un retour à la réalité, et pas des plus cléments. Un temps, elle pensa abaisser l'arme qu'elle maintenait coûte que coûte en direction de la roublarde, jouer le rôle de l'agressée, et non de l'agresseuse. Mais elle n'osait se départir de cet position de force, sans compter que ce n'était pas une décision qu'elle pouvait prendre à la légère. S'ensuivit un temps de flottement, d'hésitation, qui lui parut durer des heures, des heures... Une fois de plus, brisé par ce nouvel arrivant. Un frisson prit un malin plaisir à glisser doucement le long de son échine.

    Anselme, homme d'Eglise ? Plus les secondes défilaient, et plus Norah se sentait le désir impérieux et incontrôlable de s'évaporer de l'endroit. Et quoique le quiproquo fût de taille, c'était un homme d'Eglise, par ses méprises, qui allait lui offrir son échappatoire... Les yeux baissés au sol d'une fille prise en faute, tandis que sa lame accompagnait son geste pour se ranger sagement contre son flanc; elle faisait montre une fois supplémentaire de son intérêt pour le grand théâtre. Enfin, presque. De toute évidence, elle considérait avec une attitude plus qu'hautaine les réactions de son adversaire provisoire, et son hostilité marquée. Qui en plus risquait de lui causer des ennuis, si elle en rajoutait.

    -Nous n'oserions pas interférer. D'ailleurs, nous allions sortir...

    Un regard en coin fut coulé à celle qui l'avait brigandée, bien des jours plus tôt. Et quoique la voix de la sorcière fût mesurée en tout point, il brillait dans ses yeux quelque chose de malsain; quelque chose qui trahissait le fait qu'elle était loin d'en avoir fini. Mieux, qu'elle comptait sur cette petite mascarade pour se retrouver seule à seule avec la voleuse. Mais une fois encore, il fallait qu'un petit détail ne vint contrarier ses plans...

    Bam ! Encore la porte qui s'ouvrait à la volée; or ce n'était plus un, mais bien trois hommes qui se dressaient cette fois sur le seuil. Norah eut un geste de recul, surprise par la rapidité de l'action; et un second, involontaire, bien plus marqué, lorsque le mot fatal tomba dans son oreille : "sorcière". "Inquisiteur...", souffla-t-elle doucement en réponse, pour elle-même, comme si ce simple nom avait suffit à saper toutes ses forces. Elle avait commis la bêtise de se montrer, et il était trop tard à présent pour reculer. Sans compter qu'ils bloquaient la seule et unique sortie; en d'autres termes, il lui était impossible d'échapper à ce qui allait arriver...

    Le débat entre les deux hommes parvenait peut être jusqu'à ses tympans, mais certainement pas à son cerveau; de telle sorte qu'elle n'en percevait que des bribes inutilisables. La haine qu'on lui crachait au visage semblait glisser sur elle comme si un bouclier invisible l'eût protégée; mais ses yeux rouges cherchaient désespérément un soutien quelconque. Elle ne le trouva pas chez la propriétaire des lieux; mais curieusement, il lui sembla, dans l'attitude de sa comparse d'infortune, saisir un message; ou du moins une intention. La jeune femme baissa la tête à nouveau, dévoilant du moins qu'elle pouvait ses iris colorés ou sa peau blafarde, en colère contre le monde entier, effrayée par le monde entier.

    -Si, comme vous dites, il ne nous sera fait aucun mal... Nous devrions vous suivre. Mais pensez, messeigneurs, qu'il serait mal avisé de votre part de ne pas tenir votre parole si vous pensez à mal, car vous ignorez encore qui nous sommes.

    Gagner du temps. Semer le doute. Elles étaient dans le même panier; mais face au calme affiché de son homologue coupable potentielle, Norah avait décidé d'adopter la même attitude. Il leur faudrait attendre un moment plus favorable pour se tirer de ce beau pétrin; sans compter qu'elle ne perdait pas de vue l'affaire qui l'avait amenée ici : celle de son collier. Avec toute la discrétion du monde, tirant parti du manque de luminosité, la jeune femme glissa doucement la dague qu'elle tenait contre sa hanche sous ses vêtements, maintenue avec sa ceinture; et de toute ses forces, elle priait pour qu'on ne la vît pas. Et sur un dernier regard à l'autre, elle esquisserait un premier geste de reddition pour suivre la poignée d'hommes qui les avait appréhendées, avec lenteur et précaution.

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You can trust me. I'm a psychopath.
I'm a damsel, I'm in distress. I can handle it.
Have a nice day !


















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