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[RP] Eglise de Saint Benoît des Landes

--Vanyel.


Vanyel haussa un sourcil aux paroles de Constant. Elle était trop perturbée par sa première phrase pour écouter la suite qui passa complètement aux oubliettes.
Lui rendre la pareille, lui rendre la pareille.. mais que voulait-il dire par là ? Son trituré neurone ne voyait qu’une interprétation à ces paroles, seulement sans doute que son aspect semi-blonde avait temporairement la main mise sur le cours de ses réflexions parce que …

Constant s’était assis à leur droite – « leur » droite et non pas « sa » droite, parce qu’on va dire que Vanyelle était assise de telle sorte qu’elle regarde dans la même direction que Vanyel, et non vers le cou de Vanyel, même si elle aurait sûrement aimer jouer avec le petit sifflet que Vanyel avait au cou, ce n’était pas le moment de voir arriver ses volatiles par la porte grande ouverte, bref, reprenons.
Tournant et retournant ce qu’il avait dit elle lui parla aussi discrètement que possible dans une église peuplée de 4 personnes, toutes pour l’instant silencieuses.. autant dire que tout le monde entendait tout, et que pour la discrétion, c’était un zéro pointé, il n’empêche que c’est tout de même à voix basse qu’elle lui adressa la parole.


Bonsoir Constant, je vous en prie, ne me remerciez pas, rien n’est encore fait. Et même lorsque cela sera le cas, le fait que vous n’ayez pas à me remercier restera toujours. Enfin pour que les choses soient claires entre nous, jamais je ne vous demanderai de me rendre la pareille. J’en serai bien incapable. Voyez-vous, pour pouvoir être votre marraine, il faut que je sois déjà baptisée.
Hors étant déjà baptisée puisque je puis ce soir devenir l’une de vos marraines, cela signifie que j’ai moi-même déjà une marraine, ou un parrain, voire les deux, ce qui est d’ailleurs le cas.
Enfin bref je ne peux vous demander de devenir un jour ma marraine comme je le fais aujourd’hui pour vous. Parce que même si on oublie l’accessoire détail que vous ne faites pas parti de la gent féminine, il faut aussi prendre en compte le fait que la place est déjà prise. Voilà voilà.


Sur ce elle se tut pour laisser Ermi commencer la cérémonie.


Constantcorteis
Constant resta un moment interloqué par la réponse de Vanyel...
La réponse que lui avait faite la jeune femme lui faisait terriblement penser à quelqu'un d'autre, en fait. Surtout cette façon de tout prendre au pied de la lettre...
Ce mimétisme aurait pu être de nature à l'aider à répondre, rompu qu'il était à l'exercice, mais étonnamment, il n'en fut rien. Il ne s'attendait vraiment pas à cette réponse de la part de Vanyel.

D'ailleurs, il se demanda un moment si ce n'était pas une forme d'humour subtil, et se frotta le menton de la main droite, en signe de réflexion puissante et intense.
Il fallait dire qu'il avait toujours eu du mal à cerner la jeune femme qui lui faisait face. C'était d'autant plus gênant que c'était assez rare, en fait, que Constant soit en échec sur ce plan. Pour l'avoir côtoyée en diverses occasions, il n'avait jamais réussi à unifier les diverses perception qu'il avait eu à son sujet derrière une personnalité générale, et le concept "Vanyel" restait entouré d'un flou artistique quasi total.
Et voilà à présent qu'il était perdu dans ce brouillard épais... Le jeune homme hésitait à prendre la remarque au sérieux, en fait. Il avait peur de vexer son interlocutrice pour le cas où la remarque aurait été humoristique. Si ça avait été Eilith en face, ou n'importe quelle écervelée officielle, la situation aurait été simple, et Constant aurait enfilé son costume de pédagogue. Mais là, il s'agissait d'une Dame qui avait été comtesse, et qui avait même été sa supérieure directe. Elle était donc probablement très intelligente ! Tout ceci était parfaitement troublant, mais il fallait bien répondre.


Hummmm, en réalité, ma remarque n'était pas à prendre au sens concret du terme. Je voulais simplement vous remercier de vous être déplacée ce soir, et je vous indiquais que, si d'aventure il se trouvait que vous puissiez avoir besoin que je vous rende un service en compensation, vous n'auriez pas à hésiter à en formuler la demande. Pour ce qui est de la nature du service, je vous fais confiance, et le laisse à votre appréciation.

Bon, apparemment, l'équivoque était dissipé... Constant appuya sa réponse d'un franc sourire, en espérant que cela pourrait être de nature à aider pour le cas où sa réponse serait tombée à côté...
Ermelina
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Recette du baptisé.


Ingrédients :
* un catéchumène bien frais, élevé à la pastorale archiépisopale.
* deux guides bien mûres. Privilégiez les individus doux, voir sucrés.
* un(e) diacre
* une bonne dose d'eau bénie
* un cierge blanc, bien droit
* une médaille pour la décoration


Ustensiles :
* une église consacrée en parfait état
* un parvis moyen
* une coupelle de belle contenance
* des fonts baptismaux propres
* un livre des Vertus complet, portable de préférence, à encre et lettrines waterproof dans l'idéal


Réalisation :

* Prenez votre église, mettez à l'intérieur votre cierge, votre médaille. Mélangez bien.

* Incorporez peu à peu les marraines (non, pas d'Oléron). Réservez la préparation de côté.

* Pendant ce temps, sur le parvis placez votre catéchumène et votre diacre. Malaxez-les puis transvasez-les dans l'église.

* Mélangez pour homogénéiser votre préparation. Laissez reposer dix minutes.

* Au bout de dix minutes, ajoutez votre livre des Vertus, pour qu'il relève le goût pour le discours du diacre, laissez mitonner jusqu'à ébullition oratoire.

* Dans vos fonts baptismaux, versez l'eau en quantité généreuse. Pas la peine d'assaisonner, l'eau est déjà bénite. Laissez reposer.

* A l'aide d'une coupelle, mouillez généreusement votre catéchumène pour qu'il ne désseche pas à la cuisson.

* Décorez avec une médaille, faites cuire à chaleur d'accolade deux minutes. Servez tiède.

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Ermelina passa une main lasse sur ses yeux fatigués pour chasser les vestiges de son délire culinaire du moment et contint du mieux qu'elle put son début de fou rire nerveux en mordant sa lèvre inférieure. La soirée s'annonçait longue. Très longue. La preuve ? il fallait moins de dix minutes pour que ses petites cellules grises si fidèles en temps normal se plongent dans les affres du delirium tremens sans (facteur agravant) avoir consommé la moindre goutte d'alcool depuis au moins une éternité et demi. Il allait falloir se surveiller très sérieusement (comme si elle avait besoin de cela en plus du reste). En attendant, Vanyelle et Vanyel s'étaient installées. Constant les avait rejointes et la petite diaconesse ne savait pas encore si elle devait s'en réjouir ou non. Le jeune homme avait un regard étrange, un rien lointain et Ermi se surprit à cacher les mains dans les manches de son vêtement sacerdotal non pour prier et pour se concentrer sur la cérémonie à venir comme il aurait été de mise mais bien pour croiser honteusement les doigts pour que cet état perdure. L'Orthézien était trop calme, c'était louche.

Certains auraient pu dire qu'il y avait anguille sous roche. Ermelina, elle, était intimement convaincue qu'il y avait baleine sous gravillon. Assurément, il ne devait s'agir que du fameux calme avant la tempête. L'esprit impétueux de Constant ne pouvait pas se conformer à une cérémonie entière, aussi codifiée et rigide que l'était un baptême, sans en faire voir de toutes les couleurs à l'officiant. Et l'officiant, c'était elle. La jeune femme avait été bien assez étonnée qu'il l'ait suivie sans mot dire, qu'il se soit casé sur le banc et - ô merveille des merveilles - papote sereinement avec sa presque marraine sans se lancer dans de grandes discussions théologico-philosophiques animées et pleines d'élans lyriques. Fallait-il y voir un miracle ? La rouquine ne l'aurait pas parié. Elle préférait conserver son appréciation pour plus tard, lorsque la cérémonie serait terminée, les registres signés et sa petite personne épargnée.


L'église était toujours vide. Personne n'avait eu la curiosité de venir voir ce qui pouvait bien s'y passer. Les saint Benoît des vitraux ne semblaient pas affecté outre mesure par ce constat. Pour l'heure, ils semblaient tendre leur cou, pour mieux voir ce qui se passait en bas au pied de l'autel, et l'oreille pour profiter de la cérémonie qui allait commencer. Ermi se demanda fugitivement s'ils n'avaient pas l'air de prendre des paris sur ce qui pourrait bien devenir une corrida où elle aurait le rôle peu enviable du bovidé placide qu'on transforme en pelote d'épingles pour le plus grand plaisir d'une foule assoiffée de sang. Profond soupire. Une espèce de petite boule traitresse était en train de se former dans l'estomac de la diaconesse, sa bouche se faisait désagréablement sèche : il était temps de se lancer.

Vanyelle lui fit un petit coucou très sérieux, auquel elle répondit discrètement. Elle adressa une courte prière à saint Arnvald et à saint Benoît. Se tata un instant. En adressa une aussi à sainte Boulasse pour s'assurer un déroulement de cérémonie propice, juste, plein d'amour. Dans un ultime sprint spirituel, elle en adressa une toute dernière à tous les saints connus dans un bel et grand élan d'oeucuménisme, histoire de se prémunire de toutes les tuiles possibles et imaginables. Enfin, la jeune femme attrapa son livre des Vertus, ouvrage si précieux, remarquablement enluminé par les moines de Vicoigne et cadeau de l'abbé du lieu à sa petite personne le jour lointain où il avait été décidé qu'elle entrerait dans les ordres, et vint se placer devant son petit monde en leur faisant signe de se lever. Elle se racla brièvement la gorge (conséquence logique de la disparition mystérieuse de sa salive depuis cinq bonnes minutes) et leur sourit avant de prendre la parole.


Mes biens chères soeurs... Ermi adressa un clin d'oeil à Vanyelle et un grand sourire à Vanyel. Mon bien cher presque frère... Grand sourire à Constant. Nous voici réunis ici, ce soir, pour célébrer l'entrée dans la Communauté des Fidèles d'une personne ayant exprimé le désir le plus sincère de recevoir le sacrement du baptême.

Elle adressa un léger hochement de tête à Constant, en souvenir des longues heures passées à deviser des textes, de leur interprétation, de l'Eglise, de Vertu, de Foi, d'Amour, de prédétermination, de Paradis, de fin des temps...

Le baptême, reprit-elle, sacrement sacré entre tous, correspond à une accession au monde des Idées. Il permet la communion avec les Saints. Il permet de recevoir les sacrements du mariage ou de l’ordination, il permet de recevoir l’absolution après confession et il permet de recevoir des funérailles aristotéliciennes et d’être inhumé en terre consacrée. C'est lui qui ouvre les portes de la société des fidèles, de la grande famille aristotélicienne. En recevant ce sacrement, une âme naturellement guidée par la Raison, comme la votre, Consant, se voit illuminée par la Foi. En recevant ce sacrement, le fidèle s'engage sur un long chemin, qui le libère de la vision purement matérielle du monde et le conduit vers le Paradis solaire.

Ce sacrement, nul ne peut le répudier. Nul ne peut répudier la foi qu'il proclame par cet acte sans riquer la perte de son âme dans les affres de l'enfer lunaire. La petite diaconesse insista tout perticulièrement sur ces deux phrases, allez savoir pourquoi. Je suis donc tout particulièrement heureuse et fière de vous accueillir parmis nous ce soir, Constant, afin de célébrer votre entrée officielle dans la communauté des fidèles. Je sais que plus que beaucoup d'autres, vous avez eu l'occasion de réfléchir à la signification de votre entrée dans l'Eglise et dans la famille aristotélicienne. Cette famille, vous vous devrez de l'aimer et de la respecter. L'Amitié Universelle et la Vertu sont à présent les deux buts vers lesquels il vous faudra tendre.

Ermelina marqua une courte pause puis reprit, du même ton calme et sérieux dont elle avait usé sur le parvis.

Vous, Constant Corteis, est-ce libre de toute contrainte de quelqu'ordre que ce soit que vous vous présentez en ce jour devant Dieu pour recevoir le saint sacrement du baptême ?
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Bibliopotamoscribe à l'insu de son plein gré
Constantcorteis
Hé bé... C'est qu'elle y allait plein pot la petite diaconesse, sur le côté solennel.
A fond les manettes sur l'autoroute de la prise au sérieux. A croire que l'instant était important ! Non mais des fois...

S'il fallait prendre la tronche des mauvais jours à chaque cérémonie, on aurait pas fini de tous se faire la gueule. Ce n'était pas vraiment qu'elle avait l'air renfrognée, l'officiante, mais elle avait l'air de faire comme si la situation était fondamentale et nécessitait que Constant se plonge dans des abîmes de réflexion pour bien prendre la mesure de la chose. Comme si ça allait changer sa vie ! Non mais c'est vrai, quoi, doucement les basses ! Marre de la gravité instituée et des lourdeurs consciencieuses à fissurer l'écorce terrestre. A force d'écouter les barytons de la ritournelle du devoir et de l'ordre des choses, on va finir par avoir les oreilles qui bourdonnent.
Constant, lui voulait restaurer la gratuité du monde, l'absurdité radicale de toute chose, retirer le tuteur moral qu'on s'enfile à l'âme comme un corset pour se persuader que la vie a un sens. Au fond, il était un peu comme l'harmonique chantante que font vibrer les chants caverneux des moines bouddhistes des lamaseries de l'Himalaya. Stop au concert des glougloutteries gutturales clapotantes et autres gargarismes de gestes, comme s'il y avait plus haut un jury pour juger du juste calibrage de la chorégraphie d'ici bas au patron d'un ordre moral préétabli.

Non ! Rien de tout ça. Il n'y avait pas de moule, pas de cérémonie type, pas de statut. Rien n'était important, de ce qui se passait ici. Seulement quatre personnes qui passent le temps en attendant la mort.

Constant resta un long moment silencieux, après que la diaconesse lui eut posé la question. Il réfléchissait, en fait à tout cela. Il sourit, enfin, un instant, avec un air de contentement sincère. Cette petite cure de formalisme lui faisait du bien, il était à présent remis en phase avec ses véritables idéaux. Que pensait-il de l'aristotélisme ? Rien, cela n'existait pas. Une grosse nébuleuse conceptuelle grasse et grotesque dégradée en administration crasse et ronflante par une série d'imbéciles au fil d'une Histoire se présentant comme la mise à mort progressive et instituée de la lucidité philosophique. Un gros crapaud baveux, rotant sa propre incohérence en volutes miasmatiques, crapoteux batracien vautré dans la fange dont il s'agissait de s'attirer les faveurs par flatterie. Constant voulait caresser l'Eglise, pour qu'elle excrète son autorité en croute comme un bubon bouffi, afin qu'il puisse, lui, surfer sur les flots de pus procédurier qui noieraient ses ennemis sans se mouiller les chausses.
Au fond, il regrettait de s'être retenu, tout à l'heure. Il aurait du laisser libre cours à ses pensées, les encourager, même, et imaginer toutes les manières dont il aurait pu enfreindre le terrorisme des bienséances en compagnie de ces jeunes femmes, là, dans cette église, le jour de son entrée dans la communauté des fidèles. Tant de choses auraient été possibles, au fond, pour rendre ce jour réellement inoubliable, comme une patente de liberté exposée à l'œil de la postérité.

L'intempestivité à vocation pédagogique et salutaire était un travail à temps plein. Et Constant n'avait jamais été avare d'efforts, en ce domaine. Il avait toujours eu la fibre rebelle facilement érectile. Après tout, il avait bien survécu à son environnement familial, lui. Et contrairement à son idiote de sœur et sa progéniture d'infirmes, lui ne s'était jamais couché sur le lit de Procuste que bordent les conventions. Il y a deux types de personnalités, ceux qui se plient à la norme, et ceux qui la créent. Constant, lui, se voulait normatif, toujours et en toute circonstance, et peu lui importait, au fond, que cette norme morte née ne soit valable que pour lui, et dans l'instant, il restait pur de tout parasite directif exogène. Il avait refusé toute autorité parentale, d'abord, avant de couper tous liens avec l'inertie de cette famille d'esclaves.
Il avait laissé les rejetons chthoniens de la nécessité gratter la boue de l'obligation morale. Qu'ils bâfrent, ces gorets, et s'étouffent de leur ignominie créative.

Toutes ces idées fugaces s'emmêlait dans l'esprit du jeune homme, qui ne cherchait pas vraiment à les ordonner, mais plutôt à jouir du spectacle pyrotechnique de leurs entrelacements. Savoureux paradoxe qui faisait de ce jour de baptême, non pas celui d'une naissance aristotélicienne, mais celui de la juste réappropriation de thèmes trop longtemps mis en cage.
Il souriait, donc, tentant au maximum de laisser deviner tout ce qu'il avait dans la tête par le regard qu'il lançait à l'officiante. Il ne pouvait se permettre d'en faire plus, pour le moment, sinon la jeune femme refuserait de poursuivre. Il fallait continuer, encore, à pratiquer l'imposture.

Constant prenait ça comme un jeu de théâtre. Il jouait le rôle d'un aristotélicien. Et il le jouait bien, d'ailleurs, mieux que quiconque pensait-il. Quelle ironie, d'ailleurs, de le voir lui, faisant semblant, ridiculiser les professionnels à plein-temps qui ne se dupent qu'eux même. Il est simple de se convaincre, et de finir par croire ce que l'on pense. Tous les imbéciles y arrivent. Ô combien plus stimulant était le défi inverse, et plus raffiné le plaisir que l'on prenait à surpasser tout et tout le monde. Qu'importe qui étaient les gens,il pouvait être eux mieux qu'eux-mêmes. Cela se nomme la plasticité. Et le talent aussi. Le talent dans l'art de vivre, le talent d'un être intense.

Bref, il fallait donc répondre, et la décision était prise. Bien sûr qu'il était libre de toute contrainte en venant, ici, qui d'autre le serait ?


Oui.

Oui, tout simplement. Que dire de plus ?
--Leandro_de_trastamara
Lorsqu'il était passé devant l'église, Leandro avait remarqué la porte ouverte et la lumière, signes manifestes du déroulement d'une cérémonie. Il n'avait pas accordé de plus grand intérêt à la chose, se contentant d'éperonner sa monture et de poursuivre sa recherche. La pluie tombait toujours, rendant le pavé glissant, obscurcissant davantage des ruelles si sombres au naturel. Ce fut un grincement régulier qui finit par retenir son attention. Levant la tête, il découvrit ce qu'il cherchait : une enseigne s'agitant mollement sur son axe rouillé, représentant la traditionnelle grappe de vin. L'aubergiste ne brillait pas pour son originalité. Le voyageur mit pied-à-terre : il attacha la bride de son animal à un anneau et s'écarta à temps pour éviter le sabot que le cheval s'apprêtait à poser sur son pied. Excédé, l'homme attrapa l'oreille de son compagnon de route et la tordit en plantant un regard ombrageux dans le regard vicieux et haineux du quadrupède.

Si tu crois que j'aime me retrouver dans une région pareille, tu te trompes. Si tu crois que j'apprécie cette ville boueuse et crottée, tu te trompes. Crois moi, cette pluie ne m'a pas attendri le caractère. Si tu ne veux pas passer la nuit ici, je te conseille de te garder de tes petites habitudes vicelardes et de tes coups fourrés, Aldebaran, c'est clair ? Aldebaran défia son maître encore un moment avant de capituler.

Voilà qui est mieux. Dis-toi bien que si tout se passe comme prévu, tu retrouveras Harrakis ce soir. Le voyageur accompagna son propos d'une claque sur la croupe. Et moi je retrouverai sa maîtresse, ajouta-t-il.

L'excitation le gagnait à mesure que les minutes le séparant de sa douce s'égrenaient. Il avait hâte de la voir. De la serrer dans ses bras. De sentir son parfum enivrant. Ce parfum qu'il lui envoyait régulièrement, aux fragrances épicées, digne des plus belles femmes des harems des sultans, de l'autre côté de la Méditerranée.

La pluie commençait à ruisseler sur son visage : le contact de l'eau froide sur sa peau lui fit reprendre contact avec la réalité. Il posa la main sur la poignée de la porte de l'établissement, mais retint son geste. Ne pas se presser. Pas après trois mois de route. Savourer l'extase que procurerait le premier coup d'oeil, la première étreinte, le premier contact avec la peau douce et soyeuse de ses mains... Ce n'était pas un devoir, c'était une nécessité absolue.

Enfin, il entra dans l'établissement. L'auberge était sordide, le propriétaire en deçà de tout. Leandro avait compris la chose au premier coup d'oeil en pénétrant dans la salle commune. Les quelques rernseignements pris n'améliorèrent pas l'humeur apocalyptique de l'Espagnol : sa belle avait pris congé depuis peu et le propriétaire des lieux n'avait aucune idée de l'endroit où elle logeait. Il sortit en claquant d'une force la porte. Que faire ? Où pouvait-elle bien être ? L'image des cierges à la flamme vacillante s'imposa d'elle-même à son esprit. Sa douce Louve se trouvait peut-être à l'église : la chose n'aurait rien eu de surprenant pour une diaconesse. Au pire il attendrait la fin de la cérémonie et se renseignerait auprès des villageois.

Il détacha Aldébaran et le guida par les rênes, surveillant aussi bien les sabots susceptibles de lui écraser les pieds que les dents capables de le mordre au bras. Arrivé devant l'église, il abandonna l'étalon au soin d'un nouvel anneau profondément scellé dans le mur puis approcha de la porte. Un coup d'oeil lui en apprit long sur la situation. Deux personnes installées devant l'autel : ce n'était ni une messe, vu l'heure tardive, ni un enterrement du fait de l'absence de cercueil. Pas de témoin : ce n'était pas un mariage. En toute logique, il ne restait qu'un baptême pour assembler de pauvres âmes à cette heure en ce lieu. Et c'était Elle qui officiait.

Il coula un nouveau regard en direction du choeur et s'adonna librement à la contemplation de l'être le plus parfait qu'il lui ait été donné de voir et à sa muette adoration. Après toutes ces années, la voir était toujours le même supplice. Si proche et si lointaine. A portée de main mais interdite, défendue. Autant désirable que désirée. Juste moitié, parfait complément, âme soeur... Lumière radieuse dans un coeur tourmenté, espoir pour une âme à jamais tourmentée, croulant sous le poids de ses péchés. Havre de paix auquel il avait toujours aspiré et qu'il n'avait pu, n'avait su retenir. Promesse de tant d'espoirs, d'avenirs meilleurs. Rappel cruel de toutes ces années gâchées, de cette félicité à jamais perdue.


Son coeur bondit dans sa poitrine et le sang afflua à ses tempes dans un grondement féroce. Elle n'était qu'à quelques pas de lui. Et ses sens s'éveillaient. Quelques petits pas. Il la dévora du regard assouvissant son désir le plus immédiat de la faire sienne, de ne plus la partager avec qui que ce soit. Il voulait la prendre entre ses bras, la sentir se blottir contre lui comme un oiseau fragile. Il aurait voulu caresser ses cheveux, laisser ses doigts se perdre dans les longues mèches couleur d'automne. Il aurait voulu fouiller les tréfonds de son âme en plongeant dans son regard de louve, chercher sa rédemption en elle et par elle. Quelques pas...

D'un geste lent, il rabattit sa capuche et pénétra dans l'église. Que sa lourde cape doublée de fourrure soit imbibée d'eau, que ses chausses soient maculées de boue, qu'il soit imprégné de l'odeur fauve d'Aldebaran n'avait aucune importance à ce moment précis. Il avançait dans la travée vers les premiers rangs. Sa démarche martiale détonnait en ce lieu mais cela n'avait aucune importance. La rougeur de sa vêture, accentuée par la lumière doucereuse des cierges, lui conférait l'allure d'un seigneur démon, mais cela n'avait aucune importance. Il entendit un homme prononcer "oui" mais n'y prêta nulle garde. Arrivé à hauteur des premiers rangs, Leandro se glissa deux rangs derrière les personnes déjà présentes et sourit à celle qui l'avait transformé en marionnette soumise et docile.

Peut-être y avait-il trop d'amour dans son regard. En tout cas s'il y en avait, ce n'était pas l'amour d'un frère pour sa soeur. Celui qu'elle s'attendait à y trouver. Mais cela aussi était sans importance. Ce soir, personne ne se mettrait sur son chemin. Personne ne se mettrait entre elle et lui. Pas de fiancé, pas de mari. Ce soir, dans cette petite église sinistre du royaume de France, le Lion de Tolède retrouvait la Louve qui hantait sa vie, qui hantait ses nuits. Et cela, Dieu lui-même ne pourrait pas l'empêcher.
Ermelina
Constant avait dit "oui". Mais pas comme elle aurait pu espérer qu'il le fasse. Son regard... Grand Dieu, son regard... Ermelina ne pouvait pas ne pas y voir l'étrange lueur qui y brûlait. Presque hypnotique. Qui invitait à la suivre, sournoisement, vers des abymes que la jeune femme pressentait glauques, putrides, malsains, sorte d'antichambre des Enfers, d'avant-goût d'une horreur indicible, d'où on ne pouvait sortir que meurtri, flétri, pourri à jamais. Ce n'était pas la première fois que la jeune femme croisait cette lueur : elle aurait pu - du - laisser parler l'angoisse qui s'éveillait en elle face à la noirceur qu'on subodorait si aisément derrière le masque de son visage. Mais comme toujours, elle n'en fit rien. Loin de la répugner, cette hideuse lueur ne faisait que l'attirer. Avait-elle la stupidité de ces papillons de nuit, créatures pataudes, qui lorsqu'ils croisent la lumière trop vive d'une lampe viennent s'y brûler les ailes ? Montrait-elle un bête intérêt scientifique à la chose, désirant simplement explorer un domaine inconnu pour elle, pour le seul plaisir de satisfaire sa curiosité intellectuelle ? Faisait-elle preuve de compassion à l'égard d'un homme qu'en dépit de tout elle appréciait sincèrement, sans arrière pensée, et dont l'esprit aux rouages si fins, si délicats, capables du pire, certes, mais aussi et surtout du meilleur l'avait toujours fasciné ? Sans doute fallait-il mêler étroitement tout cela pour comprendre le lien subtil qui unissait la petite diaconesse à l'Orthézien et expliquer pourquoi en dépit de son malaise elle allait poursuivre la cérémonie.

Ermelina connaissait des ecclésiastiques qui avaient dit de Constant qu'il avait la beauté du Sans Nom. Pire, qu'il aurait pu en être un fidèle vassal. Elle n'était pas d'accord avec tout cela. Il était possible qu'elle se trompait. Après tout, elle n'avait pas le savoir des grands pontes de la curie. Elle savait ce qu'il pensait de l'Eglise en tant qu'institution, et les doutes qu'elle éprouvait elle aussi à ce sujet ne pouvaient pas permettre qu'elle le condamne pour cela. Elle l'avait entendu parler des textes également. Il ne faisait pas preuve d'une foi aveugle : il n'avait pas rencontré Dieu debout, près du deuxième pilier, à droite, du côté de la sacristie, son coeur n'avait pas été touché en un instant et il n'avait pas crut. Il n'avait jamais témoigné de l'hypocrisie de ceux qui cherchent à se faire baptiser pour accéder au mariage non plus. Ce que Constant Corteis pensait de Dieu et l'amour qu'il Lui portait ou non restait pour le moment un mystère entier et total. Cependant, il usait de la Raison comme peu d'hommes en étaient capables. Signe de Dieu ? Peut-être. Peut-être pas. En tout cas, même à son insu, le jeune homme mettait en pratique les bases élémentaires de l'aristotélisme. Et cela, c'était bien suffisant pour lui accorder le baptême.

Elle n'avait pas eu besoin de se questionner longuement sur la pertinence de cette cérémonie. Là où d'autres auraient refusé catégoriquement, elle ne pouvait que dire oui. Parce qu'elle l'avait promis, bien des années plus tôt, dans le cloître d'une petite abbaye sur du nord du royaume un jour d'été. Le souvenir de ce moment était toujours aussi net et précis dans sa mémoire. Elle revoyait le soleil miroiter dans l'eau de la fontaine. Elle entendait le glougloutement joyeux de l'eau, le piaillement des mésanges abritées dans les buissons verdoyants. Elle sentait le parfum des fleurs qui s'épanouissaient librement dans cet univers de calme et de quiétude. Et elle se rappelait d'Etienne, assis à ses côtés, répondant avec un calme surnaturel et une gentillesse sans égale aux questions dont elle n'arrêtait pas de le bombarder après le baptême de son frère ainé.


Pourquoi faut-il baptiser les gens ? Croire en Dieu, c'est bien suffisant, non ? avait-elle déclaré.

Non mon enfant, ce n'est pas assez. Sans baptême, une âme ne saurait trouver le chemin du Paradis. Il lui faut connaitre ce sacrement pour trouver sa place auprès de Dieu si elle a toujours été guidée par l'Amour et la Raison.

Mais... Un doute profond suivi d'un début de panique l'avait assailli à ce moment : elle avait eu une pensée très forte pour les enfants que ses parents avaient eu mais qui étaient morts trop jeunes pour avoir été baptisés. Et si on meurt sans avoir eu le temps d'être baptisé ? On va tout droit dans les Enfers, c'est injuste !

Allons, mon enfant, calme toi... L'abbé avait ri de la réaction instinctive de la fillette qu'elle était, mais sans se moquer d'elle. Si une âme n'a pas fini ce qu'elle avait à faire, elle reviendra dans notre monde aussi souvent qu'il le faudra pour qu'elle puisse accomplir tout ce qu'elle a à faire. Elle pourra se faire baptiser à ce moment et finira par connaitre le repos auquel elle a droit au Paradis si elle agit bien.

Ah... Alors c'est moins grave. Ca me va.

L'abbé avait souri à la remarque puis il avait continué, toujours sur le ton de la conversation.

Tu vois, Ermelina, bientôt tu seras comme moi. Tu vivras pleinement dans l'amour du Très-Haut, et tu auras des devoirs par rapports aux Hommes que tu croiseras, ou qui viendront te trouver. Tu devras les guider, comme je te guide. Tu répondras à leurs questions, comme je réponds aux tiennes. C'est... très important. Tu les baptiseras aussi, tu les marieras et tu les enterreras. Il te faudra les écouter, les aimer pour ce qu'ils sont, les guider en usant de la raison. Le regard de l'abbé était lointain, comme absorbé par une contemplation merveilleuse qui échappait complètement à son interlocutrice.

Un jour, tu rencontreras des gens qui seront différents des autres. Tu sauras en ton coeur que leurs intentions ne sont pas ce qu'elles devraient être. Tu sauras qu'ils viennent vers toi pour de mauvaises raisons. Tu sauras tout cela et il te faudra user de cela (il avait tapoté le crâne de l'enfant très doucement, du bout de ses longs doigts si fins) pour savoir comment agir. Parfois tu seras triste parce qu'ils n'aiment pas Dieu comme toi. Parfois tu seras en colère parce qu'ils se moquent de ce en quoi nous croyons. Mais chaque fois, il faudra te poser une seule question : faut-il interdire à cet Homme et à son âme la possibilité d'accéder au Paradis ? Si, après avoir mûrement réfléchi, tu es persuadée qu'il n'y a aucun espoir de faire naitre en lui la flamme de la foi, qu'il n'y a aucun espoir de l'amener à tendre vers la Vertu, alors seulement tu pourras refuser. Mais si un seul doute venait à subsister, mon enfant, il te faudra faire preuve de rigueur et procéder à la cérémonie, même si tu as l'impression de faire entrer le loup dans la bergerie. Comprends-tu ?

Un très vif hochement de tête avait tenu lieu de réponse affirmative.

Me promets-tu que toujours tu agiras ainsi ? Que toujours tu réfléchiras bien avant de refuser d'apporter ton aide et ton soutien à quelqu'un ? Que toujours tu réfléchiras bien avant de refuser une demande, quelle qu'elle soit et d'où qu'elle vienne ?

Ermelina s'était sentit profondément troublée par ce qu'Etienne attendait d'elle. Elle comprenait parfaitement que ce qu'on attendait d'elle était très lourd de sens même si elle sentait qu'elle n'appréhendait qu'une partie du problème. Les grands compliquaient toujours tellement les choses... Mais la perspective de devenir comme Etienne était bien trop attirante. Elle adorait cet homme comme elle adorait son père. Ils devaient être aussi vieux l'un que l'autre. Aussi droits l'un que l'autre. Ils aimaient Dieu tous les deux. Mais contrairement à son père, Etienne rayonnait. Pas comme bougie, non. Mais il était heureux, en paix avec lui, en harmonie avec ce qui l'entourait. Il était le père bienveillant, l'ami sur qui on peut compter, le phare qui vous guide lorsque votre vie part dans une direction qui ne vous plait pas. Aux yeux de l'enfant qu'elle était, il était l'incarnation de la bonté et de la douceur, un peu comme un ange, mais en mieux, parce que lui au moins, on pouvait le voir, lui parler. Et il avait toujours du temps pour elle. Il répondait toujours à ses questions. Et quand il ne savait pas quoi lui répondre, il l'emmenait dans la grande bibliothèque de l'abbaye, cette pièce qui sentait si bon la poussière et le cuir, et ils cherchaient ensemble dans les volumes de quoi satisfaire son esprit avide de connaissances. Devenir comme Etienne... Oui, cela lui plaisait, même si elle savait qu'elle ne serait jamais comme un ange, elle. Enfin, elle pourrait toujours essayer, on verrait bien.

Oui, je te le promets. Je ferai toujours comme ça. S'il n'y a qu'un seul petit doute, je baptiserai pour donner une chance à l'âme...

Elle avait promis. Le plus sérieusement du monde. La vie avait fait qu'elle n'était jamais entrée dans le couvent auquel elle était destinée. Elle avait fuit, de son propre chef, mais s'était rapprochée de Dieu de la même façon en devenant diaconesse. Toujours elle avait gardé présent à l'esprit l'enseignement d'Etienne, destiné à faire d'elle une abbesse. Et c'est en vertu de cette promesse qu'elle irait jusqu'au bout de sa cérémonie même si elle avait le très profond sentiment qu'elle s'apprêtait à lâcher un véritable fléau dans l'Eglise.

Elle en était là de ses réflexions lorsque un bruit de pas attira son attention. Machinalement, elle dirigea son regard vers l'entrée de l'église, curieuse de voir qui avait décidé de se joindre à leur petit groupe. Elle le vit sortir des ténèbres, plus grand encore que dans son souvenir. Fier sans être arrogant, majestueux dans le port et la façon d'être, la mine sérieuse, voir austère, vêtu de rouge de pieds en cape, Leandro s'approchait d'elle de sa démarche léonine comme le jour de leur rencontre. Ermelina eut l'impression d'encaisser un coup violent à l'estomac, qui la laissa sans souffle, sans voix, sans réaction. Elle se contenta d'observer l'Espagnol s'installer et lui sourire presque tendrement, ce qui n'arrangea pas l'état de panique totale de la jeune femme.

Pause ! Temps mort ! La balle au centre ! Pouce ! Quelqu'un pour siffler la mi-temps ? La fin du match ? Non ? Le regard d'Ermelina allait de Constant à Leandro. Pourquoi elle ? Qu'avait-elle fait pour mériter ça ? Baptiser le premier était une véritable épreuve, c'était certain. Revoir le second l'était tout autant. Et que faisait-il là, d'abord? Il ne pouvait pas prévenir de son arrivée ? Les pigeons ne sont pas fait pour les chiens, quoi... Et on ne pouvait pas dire qu'il manquait d'inspiration pour ses courriers, il était plutôt du genre à lui envoyer des livres de parchemin juste pour s'enquérir de sa santé. Aux dernières nouvelles, il était en train de se transformer en glaçon aux pieds des Pyrénées, du côté de sa mère patrie. Et le voilà installé tranquillement dans l'église où elle officiait pour la soirée, lui lançant son fameux regard qui avait le chic de lui faire perdre ses moyens. Ce n'était définitivement pas aristotélicien pour un sou, ça. Et puis d'abord, depuis quand entrait-il dans les églises ? Il était en froid avec Dieu la dernière fois qu'elle l'avait vu. Comme toujours quand on la plaçait devant le fait accompli, Ermelina constata à quel point elle haïssait les surprises. Elle hésita un court instant à ajourner la cérémonie pour entrainer le chevalier à sa suite et lui sommer de s'expliquer sur son attitude des plus cavalières. Mais remettre le baptême pour des raisons domestiques ne lui semblait pas des plus pertinent. Allez savoir si Dieu n'allait pas faire en sorte que cette nuit soit la dernière de Constant, histoire d'éviter un schisme au sein de Son Eglise ?

Avec tout cela, elle avait complètement perdu le fil de sa cérémonie. Où en était-elle ? Où étaient les alliances ? Profond soupire. Non, il n'y avait pas d'alliance, c'était un baptême. Coup d'oeil rapide au grimoire : accueil de baptisé, c'était fait. *blabla* sur ce que représente le baptême, c'était bon. Accord du baptisé, c'était fait aussi. Maintenant, la marraine. Ermelina détestait ces cérémonies stéréotypées dont il ne fallait pas s'écarter d'un poil pour que le sacrement soit valide, mais elle faisait contre fortune bon coeur. A dire vrai, ce soir, elle était bien contente d'avoir un fil directeur auquel se raccrocher pour mener à bien le baptême. La jeune femme prit une très profonde inspiration et se focalisa uniquement sur les mots qu'elle avait jadis couché sur le papier lorsqu'elle était au séminaire. Elle ignora superbement Leandro, fit de même bien que pour des raisons différentes avec Constant et porta toute son attention sur Vanyel. Elle lui sourit et enchaîna : le salut était dans le protocole, ce soir. La fantaisie sera pour un autre jour, quand on lui laisserait un peu de temps pour ménager ses cellules grises.

Vanyel, Constant t'a fait un grand honneur en te choisissant pour marraine, déclara-t-elle d'une petite voix. Mais plus qu'un honneur, c'est un devoir lourd de conséquences car c'est à toi qu'incombe de le guider sur le chemin de l'Amitié et de la Vertu à compter de ce jour. C'est à toi qu'il incombe de le garder des ornières, des obstacles et des embûches que sa foi pourra croiser. C'est à toi qu'il incombe de le soutenir lorsque sa foi vacillera. Aussi je te le demande, Vanyel, t'engages-tu à aider ton filleul sur la voie de la Vertu aristotélicienne, à l'aider à consolider sa Foi par la tienne et à consolider ta Foi par la sienne ?
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Bibliopotamoscribe à l'insu de son plein gré
--Vanyel.



Ah, effectivement, c’était bien sa tendance semi-blonde en vacances qui l’avait empêchée de voir la limpide logique derrière les paroles de Constant, qui en fait tâchait d’être poli parce qu’il se sentait redevable alors qu’il ne devrait pas, mais bon, chacun ressent les choses à sa façon il est vrai.
Sourire répondant à son sourire franc et laisser la cérémonie reprendre, ou plutôt prendre son cours.
Et en effet, Ermi commença. L’écouter religieusement- ça tombe quand même plutôt bien dans une église – avec la puce sur les genoux, qui balance à intervalle régulier ses petites pieds d’avant en arrière.
Le monde des idées.. sans doute que ça serait un lieu parfait pour Constant qui semblait avoir déjà un pied dedans – eh oui, les majuscules n’étant pas prononcées, si celle-ci avait une signification, la pauvre ne fut pas prise en ligne de compte.
Elle essayait d’écouter avec attention hein, mais ses pensées indisciplinées partaient tout de même un peu dans tous les sens, à s’imaginer une clef avec gravé dessus « baptême » et une grosse porte avec une ‘tite pancarte « famille aristotélicienne », un guide qui disait s’appeler « raison » et un soleil avec un grand sourire et « foi » collé en lettre de feu sur le front.
Venait ensuite le « paradis solaire » .. mais mais, Ermi ne parlait pas des 7 fontaines de bières. Etait-ce normal ? pourtant c’est bien de Béziers qu’elle avait entendu ça non ? Et puis il faut quand même bien quelque chose pour se désaltérer au soleil, c’est évident.
Et puis pourquoi c’est sur la Lune que l’enfer se trouverait ? Ca le mettait quand même drôlement loin, pas très pratique vu tout le monde qui devait y aller, y’aurait fallu qu’il soit plus proche, genre sous terre.


Essayer de suivre un peu plus sérieusement… plus facile à dire qu’à faire… raté ! Voilà qu’elle vérifie malgré elle que Constant n’est effectivement pas enchainé dans l’église pour se faire baptiser de force. Enfin, il répond on ne peut plus concisément à la question posée. Ce qui ne manqua pas de l’étonner. Constant, prononcer à peine une syllabe alors qu’on l’interroge ? Etait-il souffrant ? Malade ? peut-être que c’était la raison de sa venue tardive ? En le regardant de plus près, il semblait effectivement avoir un regard étrange.

Bruit inattendu. Elle tourne la tête vers sa provenance – à savoir derrière. Un homme, trempé, en rouge. Était-ce un voyageur venu cherché refuge dans un endroit au sec ? Il s’avance vers leur petit groupe mais reste tout de même un peu en retrait. Il ne semble accorder de l’attention qu’à celle qui se trouve devant eux. Vanyel regarda Ermi, dont les yeux faisaient yoyo entre les 2 hommes présents avant de décider que son livre était bien plus intéressant. Quand ses yeux quittèrent les feuilles c’est à elle qu’elle s’adressa.

Hop.. pensées vagabondes et folâtres à nouveau… c’était la soirée il faut croire. Hum, grand honneur, sans doute… sans doute qu’on pouvait qualifier ainsi son accession au rang de « ici y’en a une avec le potentiel marrainal y’a qu’à lui demander ». C’est quand même rude d’être une force conservatrice parce que dérivée d’un potentiel et dont le travail ne dépend pas du chemin suivi – doit être pour ça qu’elle choisit les compliqués en général d’ailleurs, bref, la suite.
Ah en fait c’est quand même plus un devoir, bien ce qu’il lui semblait oui. Bon ça lui semblait à nouveau plus logique.
Le guider sur le chemin de l’Amitié.. possible. Faudra juste lui prendre la main pour aller se promener entre amis.. enfin non, ce n’était peut-être pas que ça certes…
Le guider sur le chemin de la Vertu.. déjà la tâche était plus compliquée. Non parce que quand même, guider quelqu’un vers quelque chose que l’on est tristement humainement pas capable d’atteindre c’est quand même une tâche ardue. Faut regarder l’équation de la vie de l’individu et puis la dériver pour trouver l’asymptote – si tant est que la fonction ne soit pas divergente enfin bon heureusement (ou pas) que pour tous les humains ça finit par converger vers le trépas parce que ça serait vraiment compliqué les formules sinon - en espérant qu’il y ait effectivement l’étiquette « Vertu ».. si ce n’était pas le cas, il faudrait ajouter ou soustraire des éléments pour arriver au résultat voulu.
Hum et puis fatidique question.. que répondre ?


Oui je m’y engage.

Ah en fait elle se demanda si elle ne venait pas de subir le même sort que Constant. Oui voilà, ça devait être cela. En fait le chemin des réponses, vu qu’il avait consciemment tous deux acceptés d’être là ce soir pour ce baptême, était tout tracé par Ermi. Ce qui en soi n’était pas plus mal, c’est quand même logique qu’une diaconesse montre la voie aux petits fidèles ou presque fidèle .. non ?
Ermelina
La diaconesse hocha la tête à plusieurs reprises en signe d'approbation. Elle s'apprêta à passer au point suivant mais marqua un temps d'arrêt, haussa un sourcil révélateur de la perplexité totale qui l'envahissait. Elle ouvrit la bouche pour prendre la parole, puis se ravisa. Refit une tentative elle aussi vouée à l'échec. Décidément, avoir un Leandro qui la dévorait du regard ne lui permettait pas d'optimiser son capital concentration. Et Constant ne faisait vraiment rien pour arranger les choses. Enfin, après un bref mais intense colloque de ses petites cellules grises, une décision unanime fut prise après mise au vote : la jeune femme prit donc une profonde inspiration et enchaîna.

Ermelina, Constant t'a fait un grand honneur en te choisissant pour marraine. Mais plus qu'un honneur, c'est un devoir lourd de conséquences car c'est à toi qu'incombe de le guider sur le chemin de l'Amitié et de la Vertu à compter de ce jour. C'est à toi qu'il incombe de le garder des ornières, des obstacles et des embûches que sa foi pourra croiser. C'est à toi qu'il incombe de le soutenir lorsque sa foi vacillera. Aussi je te le demande, Ermelina, t'engages-tu à aider ton filleul sur la voie de la Vertu aristotélicienne, à l'aider à consolider sa Foi par la tienne et à consolider ta Foi par la sienne ? débita-t-elle à vive allure, sans aucun cérémonial et à mi-voix. Il faut dire à la décharge de la rouquine que c'était la première fois qu'elle se trouvait à la fois marraine et officiante. Décidément, la cérémonie s'annonçait des plus originales à bien des égards. Petite pause et bref instant de réflexion.

Moi, Ermelina, suis tout à fait consciente de la charge et du fardeau qui repose sur les épaules de celle qui devient marraine. C'est en mon âme et conscience que je choisis d'accepter cet honneur qui m'est fait. Je m'engage à aider mon filleul à suivre la voie de la Vertu et de l'Amitié, à l'aider à consolider sa Foi par la mienne, en consolidant ma Foi par la sienne. De mon mieux, je cultiverai la fleur délicate de sa foi naissante en lui prodiguant tout l'Amour et en utilisant la Raison afin qu'elle puisse s'épanouir à la vue de tous et témoigner de son attachement au Très-Haut et de l'amour du Très-Haut pour ses créatures, aussi étranges qu'elles soient. Je m'engage aussi à conserver mon filleul dans le droit chemin de notre Foi et à minimiser ses incursions diverses et variées du côté obscur de l'exégèse ou de toute autre discipline dans laquelle il n'excellerait que par trop et ce pour le confort intellectuel de tout membre du clergé.

Le regard de la jeune femme aurait sans doute pu être plus noir que celui qu'elle adressa à Constant au moment où elle énonça la dernière phrase. A condition de se trouver dans une mine de charbon. De préférence une nuit sans lune. Au moins le jeune athlète du neurone était-il prévenu du sort funeste qui l'attendait. Les formalités d'usage étant remplies, la jeune femme s'approcha de l'autel, pausa son grimoire et lui substitua son Livre des Vertus puis fit signe à tout le monde de s'asseoir. Elle s'adressa alors à Constant.

Ce soir, Dieu vous invite à faire partie de la famille aristotélicienne. Il vous invite à vivre avec mais aussi pour cette famille. Mais une famille, c'est plus, bien plus que de l'entraide, c'est un véritable amour partagé dans les moments simples et heureux, comme dans les moments difficiles, avec les plus jeunes... Petit coup d'oeil à Vanyelle... et avec les plus âgés, les plus pauvres et les plus riches, les vagabonds et les Grands.
Dans l'extrait que je m'apprête à vous lire, Raphaëlle retrouve Dieu. Voilà ses questions, que vous êtes vous aussi susceptible de vous poser.


Citation:
Raphaelle, voici le tracé de ta vie. Ces traces, ce sont tes pas.
- Si ces traces sont mes pas, à qui appartiennent les traces qui marchent à côté ?
- Ce sont les miennes, Raphaelle, je marche à tes côtés depuis que tu es venue au monde.
- Et dans les moments les plus difficiles, il n'y a que deux pas, pourquoi n'étais-tu pas là lorsque j'avais besoin de toi ?
- J'étais là, et si tu ne vois que deux traces, c'est parce que je t'ai portée, mon enfant"

(...)

- Père, pourquoi ne t'es-tu jamais montré, pourquoi ne m'as-tu jamais dit que tu étais là ?
- Je te l'ai dit, mon enfant, mais tes oreilles ne voulaient pas entendre, je me suis montré à toi mais tes yeux ne voulaient pas voir, je t'ai pris la main mais tu ne me l'as pas tenue alors je me suis révélé à ton coeur et tu as cru. Je t'ai laissé choisir car tu étais libre, tu ne voulais pas me recevoir je ne me suis pas imposé. Tu m'as cherché et je me suis révélé.

(...)

- Va, car maintenant tu sais que je suis avec toi jusqu'à la fin des temps, si tu tombes, je te relèverai.


Le Très-Haut vous aime, Il vous le crie depuis votre naissance. Maintenant que vous avez entendu son appel et que vous l'avez trouvé, vous ne cheminerez plus jamais seul, à l'instar de Raphaelle. Et ce soir, c'est à la face du monde que vous vous apprêtez à clamer votre amour pour Dieu et à accepter l'amour qu'il vous porte. En recevant le baptême, vous acceptez de mourir pour revivre sans pêché en Lui et muni d'un coeur nouveau pour les siècles et les siècles, tant que vous suivrez le chemin de la Vie, de la Vérité et de l'Amour.

Ermelina marqua une pause pour que chacun puisse méditer sur la lecture, à commencer par elle. Elle avait choisi le texte pour Constant, en espérant vaguement, dans un grand moment d'euphorie et d'utopie totales qu'il parviendrait peut-être à toucher le subconscient de son catéchumène. Elle n'avait même pas pris conscience du fait que le texte s'adressait aussi à elle. Un instant, elle repensa aux événements des mois passés. Souvent, elle s'était demandée où elle pouvait trouver encore la force d'avancer, de se lever chaque jour. Il y avait Vanyelle, évidemment, mais ce n'était pas suffisant.

La petite diaconesse aurait été bien curieuse de pouvoir se retourner pour vérifier le nombre d'empreintes sur le chemin qu'elle avait suivi depuis le jour où elle avait couché son mari à l'ombre d'un chêne séculaire pour son dernier repos. Le doute, doucement, commençait à gagner son coeur : et si elle n'avait pas été aussi seule qu'elle l'avait cru, au cours de cette épreuve ? Elle évita de se plonger dans une trop profonde étude de sa petite personne et reporta son attention sur le déroulement de la cérémonie. Elle posa son Livre des Vertus et récupéra son grimoire. Une nouvelle étape s'annonçait et elle n'était pas des moindres.


A présent, Constant je vous propose de prononcer le Serment des Aristotéliciens.

La jeune femme ferma machinalement les yeux : la partie la plus technique de la cérémonie allait commencer. Pour le coup, Ermi se voyait non plus comme un taureau dans une arène mais comme le tout petit matador, seul face à une montagne de muscles de plusieurs centaines de livres prête à charger, sans rien dans les mains pour parer l'impact inévitable, sans aucun endroit pour se mettre à l'abri. Le serment ne présentait en temps normal aucune difficulté : rares étaient ceux qui y prêtaient réellement attention. Manque de pot, Constant faisait partie de cette catégorie. Et manque de pot suprême, Constant faisait partie de la très petite minorité de ceux qui pouvaient techniquement remettre complètement en cause ledit serment, le décortiquer, l'analyser, le réduire à néant. Le bon côté des choses était qu'ils auraient terminé plus vite si le jeune homme était d'humeur folâtre. Ermelina prit une profonde inspiration et débita l'objet de son inquiétude d'une traite.

Citation:
Je reconnais en Dieu le moteur du Monde, la pensée suprême et la cause efficiente et finale du Monde.
Je reconnais l'Eglise Aristotélicienne comme mon guide dans la connaissance de Dieu et je jure de lui rester fidèle ainsi qu'à son autorité, seul représentante sur terre de l'être divin.
J'accepte tout cela de ma propre volonté, pour le salut de mon âme en vue de ma résurrection près de Dieu dans la contemplation éternelle de sa beauté.
Je désire que mon nom apparaisse comme baptisé et serviteur de Dieu tout puissant.


Il ne restait plus qu'à attendre la réaction de Constant à la chose...
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Bibliopotamoscribe à l'insu de son plein gré
Constantcorteis
Ah ces aristotéliciens... Prosaïques jusqu'au bout du bout !
Finalement, l'aristotélisme était un peu au formalisme ce que Marseille était à la bouillabaisse (oui, quand je commence à me rendre coupable de ce genre de rapprochement douteux, et absolument pas éclairant pour deux sous, c'est que, visiblement, il est tard, et que je souffre d'un manque cruel de répartie, donc je camoufle comme je peux, merci d'avance pour l'indulgence). Elle avait l'air fine, l'officiante, à se demander tout haut son propre avis pour les besoins de la cérémonie. C'est que cela allait devenir compliqué tout ça, imaginez qu'en répondant, Constant s'adresse à la mauvaise Ermelina, ça voudrait dire que le baptême serait invalide, et que Constant serait donc, pour une vulgaire histoire de schizophrénie procédurière, obligé de souffrir mille maux dans les enfers lunaires. D'autant plus que, en ce cas, il était difficile d'imaginer que l'une n'ait pas fait pression sur l'autre ! Il était même fort probable qu'il s'agisse là d'une usurpation...

Hum... Constant était sceptique, tandis que la jeune femme se donnait la réplique. Après tout, qu'est ce qui lui prouvait que ce n'était pas la même Ermelina qui posait la question, et, se substituant à l'autre, donnait la réponse ? Cela voudrait dire que Ermelina-marraine, trop confiante en elle-même, pouvait très bien, en fait, ne pas être pleinement consciente de l'engagement qu'elle prenait. A moins que l'Ermelina-marraine ait signé une procuration en faveur de l'Ermelina-officiante, ce qui résoudrait le problème. C'était possible, du reste, Constant ne savait pas vraiment quels rapports entretenaient les deux jeunes femmes.

Bref, il se trouve que toutes ces joyeuses digressions furent interrompues lorsque Constant eut l'immense honneur de subir le regard de sa marraine-officiante. On ne pouvait pas spécialement dire qu'il respirait l'épanouissement...
Manque de bol, c'était typiquement sous le poids de ce genre d'investissement oculaire ombrageux et réprobateur que Constant se sentait vivement enthousiaste à l'idée de faire des bêtises.
Il se fit donc un plaisir de lancer un immense sourire à pleine dents. Celui qui énerve, en donnant à l'interlocuteur l'impression que son avertissement a été reçu comme une cordiale plaisanterie.

Vint ensuite le moment suant, avec lecture du Livre des Vertus et tout.
Non parce que bon, le Livre des Vertus, déjà la première fois et avec les images c'est pas magique, mais bon, là, la chose menaçait d'atteindre dans l'ennui des sommets vers lesquels la politique languedocienne elle-même ne pourrait pas venir la titiller.
Et puis bon, se faire réciter des sermons aristos par une rousse, Constant avait déjà donné.
Fermeture hermétique des pavillons auditifs, donc, doublée d'une attitude de réprobation infantile. Il aurait l'air puéril, mais qu'importe, c'était une question de vie ou de mort, en l'occurrence. Enfin non, pas du tout même, mais bon, c'est vachement plus simple de résumer comme ça.

C'est tout naturellement, donc, que le jeune homme avait pris la position de l'enfant que l'on gronde, ce qui se matérialisée par une irrépressible attraction du regard vers le bas, assortie d'une tendance à remuer bêtement les pieds pour bien signaler à l'adulte qu'on s'ennuie ferme et qu'on essaie de s'occuper comme on peut pour ne pas écouter. Comme quoi, les réflexes reviennent vite !


A présent, Constant je vous propose de prononcer le Serment des Aristotéliciens.

Ouais ! Enfin la récré ! pensa Constant, qui n'était visiblement pas encore sorti de son personnage.

Ce n'est qu'ensuite qu'il prit conscience qu'il n'avait pas la moindre idée de ce que c'était que cette horreur, "le serment des aristotélicien".
Déjà, de base, Constant n'était pas très serment. Alors là en plus, il n'était pas du tout aristotélicien, donc, à moins que ça ne s'annule, il n'y avait strictement aucune chance que ça lui plaise cette histoire.

Bah, il allait faire comme d'habitude, quoi. Faire semblant d'être aristotélicien et prêter serment en croisant les synapses. Il arrivait très bien à faire l'un et l'autre séparés, il arriverait tout de même à faire les deux à la fois.

Ermelina récita la formule d'un air solennel, avant, visiblement, d'attendre une réaction.
C'était donc là qu'il intervenait... Après tout, le serment avait tout simplement l'air d'un serment. Le truc un peu pompeux, suffisamment vaste pour qu'on puisse l'enfreindre de cinquante mille manières différentes.

Alors oui, arrivé à ce point de la cérémonie, il est indubitable que Constant aurait pu répondre, tout simplement. C'est donc sans aucune excuse qu'il entreprit de faire un peu le zouave. Ben oui, quoi, c'est que ça devenait vachement sérieux, tout ça, un peu de légèreté et d'ontologie recette maison et tout rentrerait dans l'ordre.


Attendez, il faut quand même que je fasse attention, là. Je pense que je vais me demander mon avis, moi aussi, pour être sûr que je suis bien d'accord pour continuer. Non parce que bon, une erreur est vite arrivée. Mais là je vais être tranquille, parce que bon, je pense quand même que mon avis fait autorité quand il s'agit de déterminer ce que je pense, donc ça se passera bien.


Là dessus, Constant mima un instant d'intense réflexion, avant d'annoncer, triomphant :

Voilà, c'est bon, on peut y aller !

Alors là, botte secrète : enchaîner tout de suite et sans aucune transition sur la suite pour ne pas laisser à l'auditoire le temps de se rendre compte, le cas échéant, que votre plaisanterie est complètement pourrave. C'était une leçon qu'il avait appris en regardant faire celui qui deviendrait par la suite son homonyme, et depuis ce temps, Constant pratiquait régulièrement la prise de vitesse des consciences humoristiques. Sur ce point, Constant était une sorte de version évoluée du pince sans rire.
Bref. Il avait quand même tenu à se moquer un peu, gentiment, du côté zélé et fétichiste de sa marraine. A commencer à respecter les cérémonies à la lettre, on risque de finir héraut. Dur, quoi.


Bon, par contre, j'avoue être un petit peu embarrassé par le serment qu'il me faut prononcer. Non pas sur le fond, bien évidemment, vous connaissez la sincérité de mon engagement, mais il y a un petit détail qui me tracasse, voyez-vous... Je me permets d'en parler car la chose me semble être d'importance.
Vous dites "cause efficiente et finale". Je le conçois fort bien, mais quid des autres ? Vous n'êtes pas sans ignorer que la tradition philosophique distingue quatre types de causes. Il y a celles qui sont évoquées ici, mais également la cause formelle et la cause matérielle !
Or il me semble assez évident que, en vertu de la nature dualiste de l'être divin qui est décrite au tout premier chapitre de la Création, il est nécessaire d'adjoindre les deux causes restants à votre description.
Je serais fort contrit de m'être fourvoyé sur ce point. N'ai-je point raison ?
--Vanyelle
Les « grands » puisque grands ils étaient, avaient commencé ce que mère m’avait dit être un baptême. C’était une cérémonie importante il parait. Par voie de conséquence il fallait que je reste tranquille…
Enfin ce n’était pas si pire. Tatie biscuit était arrivée et j’avais le droit de rester avec elle. J’étais sur ses genoux, et Carmenchita était sur les miens, un peu comme des poupées Russes en somme. Parce qu’il était inconcevable que ma poupée n’assiste pas elle aussi à cette grande chose ce soir.
Le moulin à parole est à côté de nous, mère commence. Je ne comprends décidément pas tout ce qu’elle dit mais à son air sérieux je me doute que c’est important. Ca se passe.
Une distraction. Du bruit quand quelqu’un entre dans l’église. Curieuse, je me contorsionne sur les genoux de tatie pour observer celui qui arrive, il est grand et tout mouillé.
Je reporte mon attention sur mère qui s’adresse à tatie.
Puis après je ne comprends pas pourquoi mère se parle à elle-même. Enfin elle s’adresse à nouveau au moulin à parole, lui demande de prononcer un serment… et il ne le fait pas.
Froncement de sourcil enfantin. Même moi j’ai compris qu’il fallait répéter ce que mère a dit, ce n’est pourtant pas sorcier. Bon certes, je n’ai pas réussi à tout retenir ce que mère a dit qu’il faut dire mais lui sûrement si, il ne peut pas avoir oublié aussi vite que moi, c’est un grand.
Mère a dit que c’était important cette cérémonie, et lui il faisait n’importe quoi.
Armée d’une juste et bonne indignation enfantine je ne peux retenir ma langue.


Mais mère t’as dit de répéter, tu as oublié ? Ca ne doit pas être si dur pour toi quand même ?
Constantcorteis
Allons bon.
Constant attendait une explication théologique, et voilà qu'il recevait, dans son dos, une toute petite voix qui se contentait simplement de lui dire qu'il avait qu'à répéter. Intense frustration intellectuelle !
Sans trop réfléchir, le jeune homme se tourna vers la source de ce commentaire, sans savoir qu'il se mettrait ce faisant dans une situation absolument inextricable.
Explications.

Ce qu'il vit en se tournant était relativement simple. Une église, mais ça on le savait, des bancs, mais ça on s'en doutait, mais, et là les choses devenaient nettement plus étonnantes, il aperçut également une drôle de créature, qui se présentait comme une sorte de femme à deux étages...
Constant fut pris d'un certain trouble lorsqu'il tomba nez à nez avec la créature, à tel point qu'il dut discrètement se frotter un peu les paupières afin d'acquérir la certitude de ce qu'il avait sous les yeux à l'heure actuelle.

Pas de doute, c'était bien cela. Il y avait d'abord une jeune femme, qui avait somme toute des proportions de jeune femme. Pas très grande, mince, ce genre de choses. Ensuite il y avait la même chose (grosso modo, quoi) en plus petit, perchée sur les genoux de la première, puis, pour finir, une troisième version encore plus condensée, mais qui, celle-ci, n'avait pas l'air d'aller très bien.
Voilà pour la première impression sensible. Constant s'en était pour le moment tenu à ce que l'on peut nommer le stade hylétique de la perception, le pur choc sensible.
Noématisons tout cela, à présent.

La masse de donnée sensorielles, se manifestant concrètement en dégradé de couleurs ayant forme de jeune femme, qui servait de base à l'édifice, devait sûrement être Vanyel. A priori. C'était du moins l'explication la plus simple et la plus élégante que Constant était en mesure de fournir à cet instant. L'impression qu'il avait sur la rétine concordait d'ailleurs assez bien avec le souvenir qu'il avait de la jeune femme.
Admettons donc, et poursuivons sur la base de cette hypothèse.

Ensuite, venait une espèce de galimatias de formes et de teintes, relativement similaire au premier, à quelques détails près tout de même, mais de taille nettement moindre.
Bon, ça, à tous les coups, c'était Vanyelle. En effet, outre la similarité saisissante qu'il y avait entre ce qu'il avait en face de lui, et l'image de la jeune fille d'Ermelina qu'il gardait en mémoire, il pouvait se baser sur la connaissance précise de la tendance avérée qu'avait la petite à se jucher sur les genoux de son ainée. Il était donc parfaitement logique, et tout à fait probable en soi, qu'il en fut ainsi.
Constant se contenta de cela, et passa à l'examen du troisième niveau.

Alors là les choses se corsaient carrément, à tel point que le narrateur en vient à écrire n'importe comment ! Sac à Papier !
En effet, s'il pouvait à peu près retrouver le même schème d'intelligibilité dans l'examen de l'agrégat visuel qui trônait sur les genoux de la petite fille (ou plutôt de ce qui est, pour le moment et à titre d'hypothèse, considéré comme étant une petite fille), les conclusions se faisaient nettement moins précises.
Effectivement, ça ressemblait à une fille. Mais bon, elle avait quand même pas l'air dans son assiette... En plus, là franchement, question taille, c'était franchement ridicule... Mystère, mystère...

Bon, Constant était visiblement piégé, et il devait faire avec. Il devait répondre, car le monstre tricéphale n'aurait pas compris s'il s'était simplement contenté de le fixer d'un œil inquisiteur.
Courage !

La solution qu'adopta le jeune homme fut simple, il résolut de ne pas tenir compte du deuxième étage, et ne s'intéressa qu'aux deux premiers niveaux. Il fallait maintenant déterminer laquelle des deux avait parlé.

Là encore, il fallait mettre à contribution le rapport perception/mémoire.
Il avait entendu parler Vanyel relativement souvent, et dans des occasions finalement assez diverses. A priori, son sentiment instinctif était que les deux échantillons de timbre ne collaient pas. Sans avoir une voix de forgeron, la jeune femme avait une voix nettement plus grave que celle qu'il venait d'entendre. Heureusement pour elle d'ailleurs, l'inverse eut été pour le moins cocasse.
Avis défavorable pour ce specimen, donc.

Suivant.
Alors là en revanche, l'impression immédiate de Constant fut beaucoup plus favorable. Pourtant la petite Vanyelle (oui, car il était toujours dans l'idée qu'il s'agissait d'elle) ne parlait pas beaucoup. Il faut dire que constant lui-même remplissait généralement fort bien l'espace sonore à lui tout seul. Mais le timbre aigu semblait terriblement proportionnel à la petitesse de l'espace résonnant, ce qui, mine de rien, apportait un poids considérable à cette seconde éventualité.

A ce stade, si Constant avait été hardi, il aurait pu entreprendre de répondre d'ors et déjà à la plus jeune des deux filles, mais il préféra assurer ses arrières. Il examina donc un peu le contenu intellectuel de la phrase. Sans compter que quand on répond à quelqu'un, c'est parfois pas mal d'avoir une vague idée de ce qu'il a dit.

Allez zou ! Un petit coup de noèse.

Et fatalement, là, la lumière fut.
Déjà, Vanyel (la grande), ne le tutoyait pas. Il faut croire que le fait d'avoir été chacun d'un côté différent d'une procédure de destitution n'était pas propice à susciter l'intimité. En revanche, la petite, toute empreinte de l'insouciance de la jeunesse, pouvait tout à fait le faire.
Et surtout, et bien que Constant n'ait pas fait de recherches poussées sur le sujet, il lui apparaissait hautement improbable que Vanyel se mette à appeler Ermelina "maman".

Allez, emballez c'est pesé. La farce est dans le dindon, l'affaire est dans le sac et les carottes sont cuites. Interprétation déclarée empiriquement conforme, et certifiée au tampon d'une expérimentation au protocole draconien !

Il fallait donc répondre à la charmante petite...
Enfin, charmante petite... C'était vite dit ! Depuis quand les enfants se permettent de faire des remarques aux adultes comme ça ! Constant ne l'aurait jamais fait, lui.
Il la fixa en souriant, en se disant qu'il connaissait une petite fille qui ferait bien de se rappeler que, un jour, sa mère à évoquer de manière assez claire le concept de préceptorat.
En attendant, il fallait répondre, et Constant choisit de la jouer stratégique.

Ce qu'il avait en face de lui, c'était un être de sexe féminin. Contrariant, donc. En outre, l'innocence de l'âge avait tendance à faire croître la tendance à se montrer hostile et irritante de manière quasi exponentielle. Et, pour fignoler le tableau, le petit monstre pouvait compter sur l'appui tacite de deux congénères complices pour le mettre en confiance.
Constant était perdu d'avance s'il tentait de faire triompher la raison au milieu de l'obscurantisme féminin.

Retraite stratégique :


Et bien, en voilà une judicieuse remarque.
Vous avez raison, jeune fille, l'heure n'est pas à la théologie.


Puis, s'étant retourné vers la mère de l'enfant, Constant répéta docilement le serment :


Je reconnais en Dieu le moteur du Monde, la pensée suprême et la cause efficiente et finale du Monde.
Je reconnais l'Eglise Aristotélicienne comme mon guide dans la connaissance de Dieu et je jure de lui rester fidèle ainsi qu'à son autorité, seul représentante sur terre de l'être divin.
J'accepte tout cela de ma propre volonté, pour le salut de mon âme en vue de ma résurrection près de Dieu dans la contemplation éternelle de sa beauté.
Je désire que mon nom apparaisse comme baptisé et serviteur de Dieu tout puissant.
Ermelina
Comment ? Une question ? Une malheureuse question de théologie ? Pas d'insubordination, de protestation, d'explosion, d'opposition, de manifestation ? Pas de cri vengeur, rageur, réprobateur, blâmeur, zuteur, ? Pas d'expression outrée, indignée, choquée, scandalisée, révoltée ? Juste une petite tetrapilectomie, comme ça, au passage, histoire de marquer le coup.

Ermelina en resta sans voix : elle s'attendait à un déluge de mots, elle n'eut qu'une ondée tant printanière que fugace. Elle pensait assister à Azincourt mais n'eut droit qu'à Fréteval. O, cruelle désillusion ! O, cruelle déception ! Il faudrait donc se contenter de ça. La jeune femme observa Constant et hésita un instant. Etait-il souffrant ou se réservait-il pour la suite ? Elle n'en savait rien. Tout ce qui lui importait pour le moment, c'était procéder à la cérémonie pour y mettre un terme dans le meilleur délais : il lui fallait donc agir et vite. Elle n'avait pas l'intention de passer la nuit dans l'église, elle ne souhaitait pas non plus que Vanyelle attrape la mort au rendez-vous des courants d'air et surtout, il fallait qu'elle parle à Leandro. Ce n'était pas le moment de s'égarer dans de long discours théologiques ni celui de cheminer allègrement le long du sentier ô combien bucolique de la réflexion en compagnie du futur baptisé. Non. Il fallait plutôt commencer à mettre en pratique ce qu'elle venait de promettre. Elle avait dit qu'elle ne laisserait pas le petit affuté de la synapse engendrer des épidémies de migraines foudroyantes dans le clergé. Elle faisait partie du clergé et n'avait aucunement envie de se retrouver embringuée dans une discussion sans fin génératrice de maux de crânes épouvantables.

Aku soku zan. Ces trois termes correspondaient parfaitement à l'état d'esprit de la petite diaconesse. Non pas qu'elle eut des envies foudroyantes de se transformer en membre du shinsengumi, loin s'en fallait, mais la devise de ce groupe - crime, punition expéditive - était la simple expression de ses désirs les plus secrets. Temporairement, il lui faudrait donc laisser de côté son rôle d'officiante pour endosser pleinement le costume de marraine. Oter l'étole, symbole de sa charge. Prendre à pleine main son grimoire fermé. L'abattre d'un geste ample et rendu assuré par des années de pratique sur la petite personne de son jeune frère sur le crâne de Constant afin de marquer durablement les esprits. Ensuite se livrer à la partie moins défoulante et jouissive, certes, mais néanmoins indispensable qu'était l'explication pédagogique. Commencer en disant que oui, il avait raison, il ne fallait pas laisser les autres causes de côté. Mais que bon, ici et maintenant, c'était surtout la première qui comptait. Qu'après tout rares étaient les personnes à se soucier déjà de celle-là. Que c'était pour que le commun des mortels y pense au moins une fois dans sa vie que l'Eglise y faisait mention mais que les esprits supérieurs pouvaient mûrir leur réflexion sur le sujet à leur guise. Et puis qu'il serait bien aimable de lui lâcher les sabots jusqu'à la fin de la cérémonie avec la théologie, qu'ils auraient tout le temps de papoter au fin fond d'une taverne quelconque à la sortie de l'église. Conclure enfin avec une menace de récidive violente en cas de rechute philosophique.

Alors qu'elle s'apprêtait non sans une délectation perverse à passer de la théorie à la pratique, la petite voix claire de Vanyelle se fit entendre. Visiblement, il faudrait qu'elle ait une grande discussion avec la petite sur sa façon de s'entretenir avec les grandes personnes d'ici peu. Il était vrai que les rares adultes qu'elle côtoyait lui demandaient d'user du tutoiement, mais ce n'était pas une raison pour se laisser aller à la familiarité avec le premier venu. Quant au fond... Il n'était que l'illustration parfaite de l'adage " la vérité sort de la bouche des enfants". Et dire que le grand dadais pliait l'échine face au bon sens de l'enfant... Ermelina en restait pantoise. Enfin, le serment était prononcé bien comme il fallait, sans bavure ni accroche : on pouvait passer à la suite des réjouissances. Ou à un autre grand moment de solitude. La jeune femme reprit donc la parole et enchaîna.

Avant de procéder à l'ablution, récitons tous ensemble le Credo. Cette prière est à la fois la synthèse de notre foi et le pilier sur lequel nous prenons appui lorsque nous chancelons sous le poids du doute ou de la crainte, sous le coup du chagrin ou de la colère. A compter de ce jour, Constant, faites-y appel pour renforcer votre Foi. Prions, prions tous ensemble pour accueillir Constant parmi nous. Et vous Constant, priez pour la première fois avec nous dans cette maison de Dieu qui est à présent la vôtre.

Je crois en Dieu, le Très-Haut tout puissant,
Créateur du Ciel et de la Terre,
Des enfers et du Paradis,
Juge de notre âme à l'heure de la mort,

Et en Aristote, son prophète,
Le fils de Nicomaque et de Phaetis
Envoyé pour enseigner la sagesse
Et les lois divines de l'Univers aux hommes égarés.

Je crois aussi en Christos,
Né de Maria et de Giosep
Il a voué sa vie à nous montrer le chemin du Paradis.
C'est ainsi qu'après avoir souffert sous Ponce,
Il est mort dans le martyr pour nous sauver.
Il a rejoint le soleil où l'attendait Aristote à la droite du Très-Haut.

Je crois en l'Action Divine,
En la Sainte Eglise Aristotélicienne romaine, Une et Indivisible,
En la communion des Saints,
En la rémission des péchés,
En la Vie Eternelle.
Amen.


Enfin, le moment était arrivé. D'un geste de la main, Ermelina invita Vanyel et Constant à se lever. Elle prit le futur baptisé par le coude et le guida jusqu'aux fonts baptismaux. Certes, Constant était un peu grand pour faire trempette dans l'eau. Il faudrait donc procéder autrement. Une fois que chacun fut autour de la vasque, elle invita le jeune homme à se pencher en avant. Elle posa sa main gauche sur son épaule, non pas affectueusement comme certains esprits un peu simples auraient pu l'imaginer, mais en marque d'Amitié, premier soutien, première présence à ses côtés en tant que marraine et en tant qu'Amie au sens aristotélicien du terme. A présent, elle serait toujours à ses côtés. A cette pensée, la jeune femme eut un peu de mal à sourire, mais qu'importe : il lui faudrait assumer la pleine et entière responsabilité de son choix. Ermelina attrapa la coupelle posée sur le bord de la vasque, la remplit tout en constatant que l'eau n'avait pas gagné en chaleur depuis le moment où elle l'avait versée et eu une pensée pleine de compassion pour Constant. Le plus délicatement possible, elle fit couler l'eau en un fin filet sur le front du jeune homme.

Constant, je vous baptise au nom de l'Eglise Aristotélicienne et au nom du Très-Haut, pour l'Amitié de tous les Saints et pour l'amour du Père de l'humanité, dit-elle doucement de sa voix chaude où l'émotion pouvait se sentir comme toujours à ce moment précis de la cérémonie.
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