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[RP] Les feux de Nemours

Kilia
[ L'histoire du soir, chambre de Yolanda]

La petite main toute chaude dans la sienne lui fit revenir un vrai sourire de plaisir. Dans ce mariage, s'il y avait un moment à retenir pour Kilia serait celui-là. Elle regarde les yeux de Yoli qui ressemble à ceux de sa mère et l'entraine loin de toutes ces conventions.

Oui, oui, il y en a qui pique aussi.

Dole . La duchesse lève un sourcil et regarde à nouveau la frimousse arrondie de l'enfante. Qu'est ce qu'elle l'aime cette petite. Elle presse même le pas. L'un des plus beaux souvenirs de sa vie, sûr qu'elle ne va pas se faire prier pour lui raconter.

C'est une longue histoire, c'est un plaisir de te la raconter, mais surtout si tu vois que c'est trop long tu me le dis, promis?

Arrivée dans la chambre, Kilia passe une main sous chaque bras de l'enfante pour la soulever et la mettre au lit. Surprise par le poids, elle stoppe son mouvement une seconde. Elle ne va pas pouvoir la lever. Sourire vers l'enfante et l'air de rien elle chatouille Yoli aux niveaux des côtes. Qu'il est bon de voir une enfant aussi bien nourrie en cette période de guerre où la famine se glissait dans bon nombre de village. La petite ne manquait de rien... pas de nourriture en tous les cas.

Allez hop! Saute vite sous les couvertures.

Kilia s'installa et délaça une des poches de son aumônière afin d’en faire sortir une étoffe blanche et déposa le petit paquet sur ses genoux. Elle écarta un à un les bouts du tissu et fit apparaître une petite pyramide de pâte de fruit. Tout en commençant son récit.

Dole avait la réputation d’être un château très riche, mais imprenable. Je n’aurai jamais eu l’idée de voir ce qu’il y avait derrière les portes si on ne m’en avait pas parlé.
A cette époque, j’avais traversé le Royaume entier avec les croisés, ta maman était avec moi et tes tatas aussi.
J’étais Paire de France et cette tâche me déprimait au plus haut point. D’ailleurs, là-bas, je n’y est même pas croisé ton papa, il devait déjà dormir dans un coin. Le temps s’y écoulait comme un sablier qui serait bouché… enfin ce n’est pas l’histoire.
Lorsque nous avons voulu, nous les croisés, passer en Franche Comté, ceux-ci n’ont pas voulu et ils ont insulté le Roy, et la noblesse Française, sans que cela ne choque personne. A cette époque, je respectais infiniment le Roi, et cela m’avait mis en colère.
Des centaines de soldats partis dans cette si noble quête, ne pensant qu’a faire bruler les êtres du Sans Nom, faisant flotter des centaines de drapeaux blancs tous identiques, les voir traiter comme de simple pilleurs, cela m’avait très énervé.
Mais le temps passa un peu, et la croisade s’arrêta aussi vite qu’elle avait commencé.

Pas de brulé, pas de bataille, juste une signature sur un parchemin et hop, tous ses valeureux croisés se firent détourner de la vie éternelle par la GMF et changèrent de route pour taper de la Provence.
Nous les angevins nous nous sommes arrêté en route. J’avais compris ce qu’il allait arriver et je ne voulais pas être de ceux-là. Et surtout, il y avait Dole. Dole dont tonton Aurélien m’avait parlé. Dole qu’il pensait prenable et moi en colère contre eux... j’étais tentée, très tentée.
Alors, tandis que tous repartaient en Anjou, moi j’attendis là-bas.
Essayant de me changer les idées, mais n’en ayant qu’une… Dole.
C’est alors que les gens, tous choisis pas Aurélien, arrivèrent au compte goute dans la ville.

Oh, on ne devait pas être beaucoup afin de ne pas éveiller les soupçons.

Je n’avais pas encore décidée, mais voir ce château si peu défendu. Repensant à l’attitude des hauts dignitaires Franc Comtois qui se pensaient intouchables…j'avais bien envie de les rouler dans la farine...

Elle regarda Yolanda et se recroquevilla un peu sur elle-même l'air secrète et joignit le geste à la parole j’ai mis ma cape rouge, prête pour la bataille. Mon cœur battait. L’envie d'en découdre était grande. Elle baissa le ton pour faire encore plus mystérieux En pleine nuit, nous avons prit le château d'assaut, prêt à affronter les Francs Comtois. Nous nous bâtîmes contre les gardes sans rechigner. Bing-Bam-Paf!Elle enjolivait , en réalité dans tout le château ils n'avaient croisé que quelques malheureux gardes en fonction, les autres.... soit ils avaient eu peur d'eux, soit ils étaient en manœuvre mais ils n'avaient pratiquement vu personne.Aurélien avait tous les plans, tout était très bien préparé. Une fois entrée et tous les gardes estourbis, les portes furent barricadées, nous laissant le temps d'explorer le château. Elle ouvrit large les bras imitant une porte qu'on pousse. Et là! De l'or, des richesses à foison. Son regard se porta sur l'enfant.

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Dict Lumière de l'Anjou,EX-Paire. Future Reyne! Note JNCP: "Peut mieux faire"
Aimbaud
Bienvenue l'obscurité ! Elle s'abattit en même temps que les drapés des rideaux. Les chandelles disparurent. Les sons s'étouffèrent dans l'air déjà oppressant. Quelques toussotements et murmures se firent entendre à mesure que les pas s'éloignaient et que les témoins semblaient quitter la pièce pour ne laisser derrière eux qu'une odeur de myrrhe et un silence gêné.

Aimbaud enfin, pu s'avachir sur le dos, esquinté, avec un soupir. Il se frictionna le visage d'une main froide pour calmer la fièvre qui l'animait depuis la sortie du banquet, depuis sa venue dans la chambre, ou depuis qu'il s'était lourdit l'estomac de cette coupe de vin aux herbes dégobillatif avec un ruban bleu, il ne savait plus. Les yeux fermés, la main aplatie sur sa figure, amorphe au milieu des draps, il goûta quelques secondes de repos, sûrement les premières depuis vingt-quatre longues heures (il n'avait même pas pu piquer du nez pendant le banquet, réveillé par un cracheur de feu qui avait manqué d'enflammer la cruche de vin devant lui).


Ah, c'est vous.

Ah, oui. C'était lui. Et ça n'était pas encore l'heure de dormir. Le plafond du lit à baldaquin exécuta encore un petit tour à 180 degré sur lui-même quand Aimbaud se redressa sur les coudes. Il y eut même quelques guili-guilis dans l'estomac et un sursaut de salive qui signifiait "Où est la bassine ? L'aphrodisiaque veut sortir faire un tour !". Mais rien de grave, ni d'humiliant, n'advint... Tentant de garder la tête froide, notre jeune marié avisa notre jeune mariée, du moins l'ombre qu'il en discernait. Il aurait bien aimé balancer une petite vanne pour détendre l'atmosphère, mais beurré comme il était, cela risquait de faire un gros flop, ou un gros "chplouf"... un gros BrÔp ! Ah ah. Bref, il n'y serait de toute façon pas parvenu.

Je sais que je dois m'allonger.

Un petit silence suivit la voix de Clémence durant lequel ils restèrent immobiles à se scruter. L'une hésitante, l'autre en panne de mots. Il venait de réaliser, au ton qu'empruntait la pucelle et à cette question voilée, qu'elle n'était instruite d'absolument... rien. Bon, normalement il y avait la naïve de base qui croyait que les animaux se montaient dessus pour "jouer". Ou la fille innocente, qui croyait qu'on fabriquait les bébés juste avec un "câlin". Mais là... Là ! Là, il était possible que la candeur atteigne des sommets vertigineux. C'était délicat. Ennuyeux. Nous dirons même... Algorithmique. Bref. Mieux valait dormir ? NOoooon...

Aimbaud de Josselinière se redressa donc légèrement sur son traversin de satin qui tanguait sous la houle. Et le pauvre diable n'avait pas le pied marin. Les joues désormais cuisantes, il s'éclaircit la voix tout en tentant de trouver l'art et la manière de disposer les choses telles qu'elles devaient l'être...


Faites...

La voix basse et légèrement enrouée, il hésitait tout comme elle à dire un mot de travers. Malgré tout téméraire, il entama le geste de lui soulever un peu le rebord des draps pour l'aider à s'y engouffrer. On allait pas y passer trois heures.
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Clemence.de.lepine
Faites... ça semble si facile.

Faites.

Foutez-vous sous les draps, bordel, qu'on en finisse !

Il aurait tout autant pu lui dire ça, l'effet aurait été identique. Car elle s'exécute, muette, entame la descente. Premier ordre de l'époux, première soumission de la femme, c'est dans l'ordre des choses n'est-ce pas ?

C'est dans l'ordre, dans l'ordre, l'ordre des choses, sauf que l'ordre, elle ne le connaît pas, et dans sa tête, c'est plutôt le désordre. Ça cogne, ça vibre, ça mitraille, et tout ça résonne, des échos de mille et une voix, des voix criardes qui lui hurlent de faire... « Faites, faites, faites ! ».

Mais je fais quoi ?

Je me fous sous les draps, c'est un fait, j'y suis, c'est confortable et chaud. C'est chaud et je suis bien, tout de même. Il y a juste ces voix, ces putains de voix qui me crispent les tempes, ces milliers d'appels, des appels à l'aide et des appels au jeu, des appels aux larmes et des appels aux rires, mais m*rde c'est quoi ce bordel, et pourquoi je suis vulgaire, ça n'est pas moi, ça n'est pas MOI.

La prochaine fois, on se passera de cet élixir qui certes détend les muscles mais qui met surtout le boxon dans les têtes.

Faites, faites, faites.

Est-ce qu'il sait qu'elle ne sait pas quoi faire ? De sous les draps, elle relève le menton et pointe le nez vers lui. C'est bizarre, comme elle a envie de rire. Sans doute une de ces voix qui se fait plus forte et plus persuasive que les autres. Ça lui fait penser à quand elle était petite et qu'elle jouait à cache-cache avec les domestiques. Elle se glissait dans le lit et au milieu des coussins, c'est à peine si on la remarquait.

Est-ce que tu me remarques, Aimbaud ? On pourrait jouer, après tout. Tu es à peine sorti de l'enfance et moi, moi, il n'y a plus que cet hymen qui m'y rattache. Foutons-le en l'air, oui, juste pour voir ce que ça fait, de devenir adulte. De devenir une femme.

Ses pieds sont glacés. Frénétiquement, elle les agite, les frotte l'un contre l'autre, toujours à le regarder, là-bas, tout là-bas, le Marquis, à l'autre bout du lit qui lui semble tellement immense. Elle doit sûrement avoir le regard plein de points d'interrogation, peut-être brillent-ils un peu, elle ne s'en rend pas bien compte. Ce truc lui donne des idées vagues, presque autant que le pavot qu'elle chipait discrètement à Blanche en Bretagne. Sauf que là, elle s'en rend compte, plus ou moins. Il y a deux Clémence : celle dans le lit, le cœur qui bat à cent à l'heure et le front chaud, et celle qui plane, juste au dessus, et qui épie la scène, dépitée, sans pouvoir intervenir.

Et puis soudain, la Clémence qui se tortille sous les couvertures balance son pied, juste pour tester la distance qu'il y a effectivement entre elle et Aimbaud.

Sauf que sa notion des perspectives est drôlement affectée, et elle s'en rend compte rapidement. Au moment où son pied gelé rencontre, et ce de façon assez brutale, l'os d'un tibia.


Oh pardon, pardon ! Je pensais que vous étiez un peu plus loin ! Et réellement consternée, elle se redresse sur un coude.

Et la Clémence qui plane au dessus du lit de se dire que son double est franchement pitoyable...
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Yolanda_isabel
    [Interlude "Histoires du Soir"]


Il y a des choses qui peuvent amener un sourire, des gens qui vous font naître un rire dans le creux du cœur. Cette femme qui lui tient la main et qui l’entraîne loin du drame, cette femme est de ces gens-là. Elle est de son sang et comme elle l’aurait fait avec sa mère, c’est tout naturellement qu’elle sourit et joue avec sa grande-tante, qu’elle glousse quand les flancs sont chatouillés, et c’est tout aussi naturellement qu’elle se faufile sous les draps et les fourrures jetées pêle-mêle pour s’y emmitoufler contre Kilia, la main déjà prête à se remplir de pâtes de fruits, l’oreille grande ouverte, elle pour écouter les propos de sa tante.

Les histoires, c’est de famille. On les aime, on les raconte, on les vit. Et plus la Mère d’Anjou parle, plus l’Infante s’imagine la scène. Les croisés, les franc-comtois, les hérétiques, et Dôle, et Aurélien, et tant, et tout. Dans l’azur qu’elle a hérité de sa mère, il y a la prise de Dôle qui revit sous les mots de Kilia, sa tante qui en rajoute, comme le ferait Aimbaud. La bouche s’ouvre en un « O » parfait quand on en arrive à la partie sur les gardes. Et l’or ! L’or à foison !


-« Oh oui ! Des caisses d’or ! Et ils étaient bien pris à Dôle les vilains ! »

Et elle, petite buse d’applaudir la charmante histoire avant de glisser vivement les bras autour du cou de sa tante pour déposer deux bises bien sonores sur ses joues. Est-ce un remerciement pour l’histoire ? Pour l’avoir sortie de la chambre d’Aimbaud ? Est-ce de la fierté toute déplacée ? Ma tante, ce héros ! Assise sur la couche, elle tapote sur ses genoux avant de se tourner vers Kilia.

-« Moi aussi, j’ai une histoire ! C’est pas un château hein.. Sinon, Papa il aurait bien râlé, d’ailleurs Papa il ne sait pas. Un jour, j’ai failli mourir ! » Une petite pause dramatique pour l’affaire avant de reprendre sérieusement, avec tout le sérieux d’une enfant de dix ans du moins. « J’étais partie pour voir la Vicomtesse de Couserans en Armagnac, et pour m’accompagner, j’avais que Na’, ma Juliette et un jeune homme rencontré sur les chemins, Thibert d’Euphor qui s’appelle ! Alors on allait vers l’Armagnac, vu que Thibert devait aller en Guyenne, lui, et là, y a un terrible méchant qui faisait au moins tout ça de haut et tout ça de large ! » Et de montrer avec ses bras, le plus loin possible. « Il a tué le cocher, et il a blessé Thibert, et après il a jeté Na’ très loin ! Et il a tapé Juliette, moi il m’a poussée fort, et je me suis fait mal à la cheville ! » Et puis les années ont passé, une armée mainoise aussi et c’est au genou maintenant qu’elle a mal les jours pluvieux. « Mais Thibert, il a sorti son épée, et il l’a menacé de lui taper dessus s’il nous laissait pas ! Alors le bougre, il est parti ! Et nous, on a pu reprendre la route. »

Que d’émotions ma bonne dame !

-« C’était très chevaleresque, je trouve.. »

Un petit soupir d’aise pour appuyer tout cela ? Allez, tiens.. Un petit soupir d’aise, oui.

-« Dis ! Tu m’en racontes une autre d’histoire ? S’il te plaît ? »
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« Je balise.. Je vous jure que je balise, sa mère. »
Aimbaud
Aou...! Hhmpfhffhhmmmfffhhtputaindgnsamère...

Fit Aimbaud en étouffant un rugissement injurieux dans le moelleux de son oreiller. Il garda un moment la tête enfoncée dans la taie rembourrée de plumes, grognant et grinçant des dents en mordant le tissu de lin. Quelques frottements du tibia eurent raison de la douleur, mais il avait l'envie suprême de cracher et jurer encore, de ne plus ressortir la tête de cet édredon, et de qualifier surtout Clémence de toutes sortes de mots relatifs au lexique de la prostitution. Car elle avait osé LUI FOUTRE UN COUP DE PIED, au moment où LUI, développait tout son savoir-faire en matière de courtoisie et de générosité dans une tentative d'approche en douceur ! Ne savait-elle pas que cette nuit était censée poser les bases de leur mariage ? Qu'est-ce qu'on allait dire d'eux à la cour de France, quelles sombres rumeurs allaient se répandre sur leur compte dans tout le Royaume si l'on apprenait ça...! "Ah ah, ne saviez vous pas ? Ces Nemours, vraiment... Quand il veut la toucher, elle lui met des coups de pieds. Hilarant."

Évidement le médicament d'Armoria, exhausteur de pulsions, faisait sûrement remonter dans le sang d'Aimbaud les résidus de sa bonne vieille paranoïa légendaire... Il n'empêche ! Se faire taper à sa nuit de noces, c'était quand même la honte.

Le visage marquisal ressortit du duvet en fulminant silencieusement. Et Aimbaud, retrouvant son assise et pivotant vers Clémence, la pointa sévèrement d'un index qu'elle dut peiner à distinguer dans l'obscurité. La mise en oeuvre de cette nuit de noces n'allait pas pouvoir se faire sans des directives claires, des objectifs précis, une charte d'intention et une motivation totale de la part de l'équipe technique. Alors pour bien mettre les points sur les i, notre jeune mari se mit à s'énerver tout seul avec un ton impératif.


Il faut cesser de parler maintenant ! Et surtout de bouger ! Tenez-vous... euh... Tranquille ! Là.

...

Bon.


Le buste tanguant légèrement, les joues chaudes, il laissa un instant retomber les vapeurs grisées qu'avait fait remonter l'énervement. Il se força à écarquiller les yeux pour se remettre les idées en place, secoua un peu la tête, renifla à pleins poumons comme s'il allait mettre la tête sous l'eau et puis...! Soudainement ! Il souleva le pan des draps du côté de Clémence pour s'y déplacer. Plongeon en eaux troubles. Quand faut y aller...! Ça, le bougre n'était pas de ceux qui mettent deux heures à tâter la température avant de se lancer, quitte à se prendre un bon gros choc thermique.

Arqué au dessus de la jouvencelle comme toile de tente, genoux et mains de part-et-d'autre et guise de piquets, il alla bel et bien pour monter le campement. Dans le même élan il plaqua — ô premier geste de tendresse envers celle dont il n'avait jamais touché que la main — un baiser rudimentaire au bas de la joue maritale, aussi bref que convenu, posé là "toc !" comme le sceau qui scelle un parchemin officiel... Sommaire introduction avant l'ouverture des hostilités.

Après cela, il eut l'intention de faire sauter le noeud du laçage de la chemise clémentienne aussi aisément qu'un bouchon de champagne, mais ne parvint finalement qu'à tirer sur la mauvaise ficelle et resserrer le noeud. L'ivresse... Louchant sur les passes et re-passes de fils emberlificotés dans le noir, il s'échina, reprit au calme, desserra le lacet, tira sur une boucle, galéra passablement, mordit les ligatures en faisant "Grrrriignnnnn... HGrrrggnn..!", perdit son sang froid, perdit patience, perdit la face.


RAH ! Voulez-vous...? ... ôter. Ça.

Et le pauvre diable de passer le revers de sa main sur son front qui, à la lumière d'un chandelier, aurait été rouge de confusion jusqu'aux racines de la coupe au bol.
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Clemence.de.lepine
Le fait qu'il lui saute à moitié dessus ne la surprit même pas, à partir du moment où il lui avait aboyé son ordre « pas bouger, pas parler » on pouvait s'attendre à toute autre sorte de lubie phallocratique de sa part. Elle avait plus tôt pensé à jouer à cache-cache mais s'il préférait les règles de chat perché, pas de problème, elle trouvait son compte dans la plupart des jeux.

Pas bouger, pas parler.

Elle se chantonnait en pensée cette petite litanie, ses grands yeux bleus rivés sur Aimbaud et ses doigts, toujours, qui s'acharnaient à vouloir, on ne sait bien pourquoi, dénouer les fils de sa chemise. Quelques fois elle eut la tentation d'ouvrir la bouche, ou de substituer ses propres doigts aux siens quand elle voyait à quel point il peinait et s'énervait dans son entreprise.

Mais, sans cesse, la chansonnette : pas bouger, pas parler.

Alors, quand il lui demanda d'ôter... ça – ça quoi, ça le laçage ou ça la chemise, entièrement ? - elle se demanda d'abord s'il s'agissait d'un piège. Un petit sourire goguenard aux lèvres, elle le contempla un instant, du rire dans les yeux, et sûrement qu'il prendrait ça pour une moquerie car il ne pouvait pas savoir à quel point sa femme était, à l'heure actuelle, à côté de la plaque.

Tu m'auras pas ! Tu m'as dit de me taire et de ne pas bouger, moi je me tais et je ne bouge pas. Pas envie de me retrouver avec ton index en gros plan, encore une fois.

Sauf que même dans l'obscurité, ça se voyait qu'il ne jouait pas, elle devinait la crispation des ses mâchoires rien qu'à l'entendre respirer - son haleine avinée lui chatouillant les narines de façon déplaisante sans qu'elle ne puisse s'y soustraire.

Si c'est ma chemise que vous cherchez à enlever, je vous préviens tout de suite, le laçage est juste décoratif. En général, je l'enfile sans même y toucher.

Je te préviens tout de suite, oui, mais après t'avoir regardé faire pendant trois plombes alors que moi, en deux-deux, j'aurais pu te régler ça les doigts dans le nez. Mais voilà, j'étais privée de parole, entre autres.

Et aux mots, de joindre le geste, de se reculer un peu pour s'extraire du joug marital et de passer par dessus la tête la chemise, ses lacets, broderies et autres fioritures accessoires spécialement cousues pour l'occasion.


Voilà. C'est fait. C'est dit. Avec une pointe de fierté dans la voix, comme si on venait de remporter une victoire. Parce-que le plus dur, Aimbaud, ça n'est pas de dénouer quelques jolis lacets. Le plus dur, c'est de dévoiler sa nudité à des yeux étrangers, des yeux masculins, et ce regard qu'elle redoute, elle le cherche tout de même, frictionnant ses bras blancs de ses mains tremblantes, dissimulant ainsi cette poitrine virginale dont les rondeurs délicates pourraient, pourtant, se nicher au creux de ses paumes et à elles seules en dissimuler la subtile présence.

Sur son front il est écrit : attention, fragile ! A manipuler avec précaution.

Sauf que ses yeux curieux affirment le contraire.

Moi, fragile ? Franchement, vous m'avez bien regardée ?


Est-ce que... vous pourriez m'embrasser à nouveau ? Elle ose. Et ça n'est même pas difficile, avec ce mélange qui continue d'inonder son cerveau. Les étoiles sont toujours là, elles clignotent, fébriles. Et si elle enserre toujours avec vigueur ses deux bras ensemble, ça n'est pas parce qu'elle a froid : brûlante, elle n'a pas cessé de l'être. Mais tout à l'heure, quand il s'est approché près, si près de son cou, elle a vaguement frissonné sous ce souffle inattendu. La brièveté du moment, le laconisme de la situation l'avaient décontenancée et le sentiment mitigé qu'elle en avait retiré l'avait laissée dubitative.

Etait-ce cela que l'on nommait « frustration » ?

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Aimbaud
Les vêtements féminins, Aimbaud n'y avait jamais rien compris. Il se morigéna intérieurement à propos de sa bourde, bêtement immobile au milieu du lit, avec ce temps de latence qu'engendre la boisson. Il se passa un moment avant qu'il n'entrevoie que la pudique jouvencelle se défaisait de lui dans un mouvement de recul, pour faire grimper le long de son buste les pliures de sa chemise, comme une voile que l'on déferle, toujours plus haut, jusqu'au sommet de la tête dont il devinait les contours dans le noir. Le col ensuite laissa filer un ruisseau de cheveux blonds qui s'éteignit en retombant derrière deux épaules nues.

Un corps menu et très blanc se tint alors face à lui en guise de nouvel interlocuteur. Les vallons, la chaleur et le parfum de peau, tout cela apparut à notre jeune seigneur et lui parla avec beaucoup de bonté, le laissant pantois. Il ouvrit légèrement le bec et tendit les mains comme une marionnette, touché par la grâce !...

Une femme toute nue, pensez-vous, c'est si doux et si enviable après huit mois de campagne militaire. C'est surprenant... C'est tout à fait charmant.
La maigreur ? Il ne la voit plus.
Les seins petits ? Il s'en accommode.
Il n'a plus sa tête désormais, il oublie jusqu'aux arrangements de titres et de rentes qui sont derrière ce mariage, jusqu'au caractère de cochon de cette Épineuse Marquise, pour peu qu'elle se tienne contre lui. Il l'aime bien soudain, mieux, il est comme un fou. La drogue monte, le vin fait des loopings. Le sang tape bizarrement dans les veines de ses oreilles, de sa gorge, dans ses vaisseaux sanguins et ce même au bout de ses doigts quand il referme les pattes sur les bras fins de Clémence. Il veut la réchauffer car elle a l'air transie.

À la question de la jeune femme, il bredouille...


Euh. Mais ... naturellement.

... en étudiant la forme fine de ses épaules à tâtons, puis la pente d'un dos qu'il s'empresse de dessiner à deux mains pleines et dispersées. Il fourre par la même occasion son nez dans les creux du cou gracile dont l'odeur lui est nouvelle, fouineur et pressé pour l'accabler d'embrassades.

Là, c'est le lâcher des chiens. Un cor de chasse fait tonner le "bien-aller" dans la vallée. Taïaut ! Taïaut !

Avec des gestes maladroits il la repousse afin de démailloter son bras d'une manche. Mais son coude s'empêtre dans les replis. Le drôle change d'avis, il empoigne le tissu à sa nuque pour tirer rapidement la chemise par-dessus sa tête. Le vêtement finit jeté plus loin comme débris. Il y a le feu ? Probablement ! Voilà que l'époux revient à la femme, qu'il rejoint ses mains, les appuie jusqu'à ce qu'elle se couche. Il a les paumes toutes mouillées et le souffle hésitant contre la joue collée de cheveux blonds quand un petit silence se pose, durant lequel quelques derniers apprêts ont lieu sous les draps.

Puis... Malgré un léger bruissement des couvertures, le silence étrangement se prolonge. Le jeune Josselinière se voit forcé d'avouer.


Clémence ...? J'ai... Je ne saurai y arriver... si vous gardez genoux serrés.
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Clemence.de.lepine
Pourquoi avait-elle toujours détesté les hommes ? Leur puissance, la crainte qu'ils pouvaient lui inspirer à la seule force de leur poignet, la honte, l'humiliation, la mort et la déception. Elle n'avait jamais cherché à les séduire parce qu'elle les avait toujours haïs, comme elle avait finalement haï autant qu'aimé son père absent et son frère, mort. Elle les avait haïs pour ne pas avoir peur et pour se rassembler quelques armes contre leur domination physique et affective. Clémence de l’Épine n'avait jamais aimé un homme et n'avait jamais voulu s'en faire aimer, et ses charmes de femme, si un jour un homme y avait été sensible, elle n'en avait rien voulu deviner, fermé qu'était son esprit à toute tentative de connexion hormonale.

Elle aurait pu se demander, à cet instant précis, quelle folie l'avait rendue démente au point de ne pas remarquer que l'homme pouvait l'abreuver tout autant de craintes que de délices.

Elle ne se le demanda pas, car elle vivait ces délices, et il y avait des moments où la pensée cessait d'exister au profit de l'instinct.

Ses baisers étaient du feu sur sa peau transie. Sous ses lèvres palpitait son pouls, et elle le sentait s'emporter sans qu'elle ne comprenne comment, sans qu'elle ne s'attarde à chercher à comprendre. Si elle s'était sentie fiévreuse auparavant, jamais elle n'avait connu cette fièvre là, et, affolée par la perte totale de tous ses repères, terrifiée par le frisson électrique qui lui courait le long de l'échine, elle tenta de contenir l'émotion comme toutes les fois où ses impulsions prenaient le pas sur sa tempérance.

Elle n'avait aucune idée de la manière dont elle pouvait étouffer cette émotion là.

Il avait les mains sur elle, et elles l'empêchaient de réfléchir. Elles l'étreignaient, chaudes et empressées, elles glissaient le long de son dos, de ses épaules, de son cou, indiscrètes, redoutables. Dans un geste désespéré, elle tendit la main, et dans un violent effort agrippa sa nuque. Elle avait l'intention de repousser ses attaques, de l'éloigner de son corps frémissant et par trop, déjà, corrompu. Elle avait l'intention de lui crier d'arrêter, d'accomplir ce qu'il y avait à accomplir, mais de cesser de la pervertir en usant de méthodes, d'armes, de charmes contre lesquels elle ne pouvait dresser de bouclier puisqu'elle ne savait comment les combattre. Mais ses intentions et ses cris se noyèrent, emportés par un flot ardent d'émotions déchirantes.

Un rayon de lune perça et envahit soudain la chambre d'un chatoiement nacré. Clémence cligna des yeux, surprise par l'irruption soudaine et inquisitrice de l'astre nocturne. Son bras, nimbé d'un éclat irisé, était toujours farouchement accroché à la nuque d'Aimbaud, et du regard, elle en suivit le contour, comme hypnotisée par ce lien incongru qu'elle venait de créer en emmêlant elle-même son corps à celui de son époux. Ses paupières se fermèrent, elle goûta alors vraiment aux spasmes de son cœur en fusion, et s'abandonna aux caresses, à la frénésie de ses mains, à la morsure de ses lèvres, à la brûlure de son souffle.

Lorsqu'un instant il la délaissa, elle crut que c'était fini, et plongèrent sur lui ses prunelles bleues, si sombres dans la semi pénombre, des prunelles coupables, des prunelles mécontentes dont l'éclat trahissait la déception. Elle le contempla, à la faveur du rayon de lune qui déjà s'estompait, et quand elle le vit se défaire de ce tissu superflu dont elle-même n'était plus couverte, elle comprit qu'il allait revenir. Impatiente, et dans un mouvement nerveux, elle entreprit de l'aider, ne pouvant, dans un même temps, s'empêcher de rougir de cet excès de zèle inattendu. L'obscurité, heureusement, revint. Il l'allongea, et après avoir aperçu ce corps masculin, fier et robuste, après avoir apprécié son ardeur et ses assauts tenaces, fugacement, elle regretta de l'avoir si souvent moqué sur le fait qu'il n'était qu'un enfant.

Il n'avait rien d'un enfant. Et quand elle s'ouvrit, quand elle s'offrit à lui, quand elle l'accueillit contre elle et qu'elle lui permit l'accès absolu à sa féminité, elle sut qu'il l'avait vaincue.

Terrassée, terrifiée, et pour qu'il ne puisse constater son trouble éperdu, elle l'attira vers son visage, ses doigts noués à ses cheveux, ne se préoccupant pas de savoir si elle pouvait lui faire mal, ne se souciant que de ce désarroi qui lui accaparait l'esprit. Il allait la faire sienne, entièrement, et elle se sentait déjà possédée par lui, parce-qu'il l'avait fait fléchir et capituler. Il avait déjà brisé sa pudeur et son innocence. Elle avait abdiqué sous sa domination, et elle avait, enfin, accepté de perdre le contrôle de ses sentiments.

Fâchée, et transportée, elle colla ses lèvres aux siennes et, crispant les paupières et les poings, s'occupa de déchaîner sa détresse et sa passion dans la violence de ce baiser.

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Aimbaud
Quand Aimbaud s'était imaginé sa nuit de noces, il l'avait vue terriblement morne. Clémence y jouait le rôle de la planche de bois, froide et immobile, gardant les mains serrées comme en prière et braquant sur lui de petits yeux pernicieux suivis de regards outrés. Pire ! Elle aurait récité des psaumes en latin et l'aurait pincé quand il aurait voulu s'approcher. Ses côtes et ses hanches escarpées auraient été inconfortables, sans parler de ses clavicules ou ses pommettes qui l'auraient heurté vilement. Il en serait ressorti traumatisé, couvert de bleus, et n'aurait plus eu que ses yeux pour pleurer. C'était donc préparé à cette éventualité que notre pauvre marquis s'était couché ce soir là, sans savoir que la potion étaient déjà à l'oeuvre dans son sang comme celui de Clémence. Le scénario de l'histoire subit alors un fulgurant changement...

Ahh les bienfaits stupéfiants des filtres d'amour... La douce ivresse... L'oubli de la conscience de soi et l'éradication totale des pudeurs... Ou comment deux inconnus chargés d'aprioris l'un envers l'autre, une fois mariés par obligation et bourrés de narcotiques, tombent fous d'amour le temps d'une nuit. C'est ainsi que les couples les plus improbables se forment et qu'on en vient — malgré toutes sortes d'incompatibilités caractérielles, nobiliaires et théorétiques — à se grimper dessus comme de petits lapins.

Confondu d'aise à mesure que les choses s'orchestraient, Aimbaud prit le temps d'observer, à la faveur d'une lumière échappée des rideaux, la figure de la jeune femme et ses yeux clairs qu'il attrapa brièvement à travers le couperet de leurs respirations. Il ne la reconnaissait presque pas, tant elle avait les cheveux libres de ses épingles, et une expression toute nouvelle sur le visage, naturelle et comme pâmée, ses joues pâles devenues vermillon. Il tut le murmure de rechignement qui voulut sortir quand elle ratissa sa tête à rebrousse-poil pour lui agripper les cheveux, trouvant son compte dans le baiser qu'ils s'échangèrent. La maladresse des initiatives l'étonna, le figea un court instant, avant de lui plaire soudainement et furieusement. Tout lui sembla touchant, jusqu'aux petits accidents qu'ils se causaient en se heurtant tantôt la lèvre, tantôt le nez, déroutés par le vin et la hâte. Il l'embrassa avec témérité, s'emparant plus bas d'un sein côté coeur, qu'il passa sous la coupe de sa main pour en tâter. La jolie petitesse ! L'élégant pointu...! Il n'y avait pas là vraiment de quoi remplir les mains d'un honnête homme, mais le fruit n'en paraissait que plus précieux.

Ému comme tout, notre Aimbaud n'eut plus de patience et parti à sa quête. Cette dernière ne se révéla pas aussi facile qu'il l'avait espéré.

Ardue même, en fait.

Lui qui n'avait connu que des batailles aisées, sur des terrains propices à l'amour ayant vu passer d'autres preux avant lui, s'étonna et éprouva même de la crainte quant à l'accueil restreint qu'on lui faisait là. Il fallut s'échiner, le souffle court et tressaillant dans le silence de la chambrée, et s'aider de caresses empruntées... Les haleines se mêlèrent durant la rencontre tremblante, se suspendirent un instant. Et ce fut une prise de forteresse quelque peu éprouvante, dont le jeune époux voulut faire taire les effrois en obligeant les lèvres de Clémence à se fermer sur les siennes. Il devina la détresse, mais la satisfaction était à ce prix. Tant et bien qu'il préféra forcer un peu plus sa venue en dépit des sévices, et commencer hâtivement à goûter de l'éteinte.

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Armoria
Lorsque l'on a été choisie comme marieuse, que l'on a tenu à préparer le futur sur le terrain du lit conjugal, histoire qu'il ne soit pas un terrain stérile, que l'on est entré dans la chambre nuptiale pour droguer les jeunes époux et que l'on a pour quasi obligation de s'assurer que la noce est consommée, et que l'hymenée a heureusement abouti à la déchirure de l'hymen de chair, que l'on a devant soi un lit aux courtines pudiquement refermées, que fait-on ?

On tend l'oreille.

Et lorsque l'oreille ainsi tendue parvient à saisir des froissements de tissus, des murmures qui ne semblent ni effarouchés, ni hostiles, ni quoi que ce soit de négatif, puis des respirations dont le rythme change, que fait-on ?

On sait qu'il est temps de se retirer, parce que l'on a accompli son devoir - et jusqu'au bout, s'il vous plaît.

Allait-elle donner le signal aux autres hôtes ? Elle l'ignorait, et d'ailleurs, elle n'en avait cure... N'oublions pas qu'il s'agit d'Armoria, hein.

Elle se contenta d'un discret signe de tête à destination des autres témoins, et les seuls bruits qui signalèrent son départ furent le froufrou de sa robe, et une porte refermée avec douceur.

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Vous pouvez utiliser mes lettres RP.Héraldique
Kilia
[Interlude "Histoires du Soir"]

Ason tour d'écouter l'enfante et de sourire à son histoire.

Thibert d’Euphor, nom a ne point oublier... un futur chevalier assurément.

Elle goba une pâte de fruit et commença à chercher quelle histoire elle pourrait lui raconter. Elle avait vécu tellement de chose, des belles, des moins belles, et pour tout dire peu à peu le temps effaçait tout sur son passage.

Oh, j'ai trouvé!
C'est l'histoire d'une petite fille de 5 ans, elle était belle comme un cœur. Elle avait des chausses rouges qu'elle ne voulait pas quitter, la plupart du temps ses cheveux blonds étaient en bataille. Ses tontons essayaient de l'éduquer, et elle passait souvent des heures accrochée sur un porte manteau en attendant qu'on veuille bien la libérer.
Mais jamais elle ne se résignait, cherchant toujours à s'échapper.
Elle voulait déjà faire tout comme les grands, et suivait les militaires pour s'entrainer... de loin car souvent on la trouvait trop petite et on la repoussait.
Un jour elle donna l'alerte en voyant des brigands voulant attaquer une ville et elle sauva la ville. Elle permit durant les moments d'occupations à faire passer les missives aux soldats en se faufilant hors des murs du château et ainsi permettre de repousser les attaques.

C'était pas tous les jours facile pour elle.

Mais elle avait un rêve, elle voulait être Reine. Elle montra tellement de dévouement, qu'un jour la duchesse de cette époque lui laissa le droit de porter durant deux jours la couronne d’Anjou.
On lui fit un triomphe quand elle passa les rues de la ville montée sur un grand cheval blanc.
La couronne était surement trop lourde mais je n'oublierai jamais son regard à cette époque, si fière, si heureuse.
Elle avait réussit à 5 ans à avoir ce qu'elle voulait le plus, être une Reine...


Elle s'arrêta un instant et caressa doucement les cheveux de Yoli.

Tu sais qui était cette petite fille, Yolanda?




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Dict Lumière de l'Anjou,EX-Paire. Future Reyne! Note JNCP: "Peut mieux faire"
Clemence.de.lepine
On lui avait dit que sa première nuit d'amour serait douloureuse, mais emportée par la douce ivresse que lui procuraient la drogue et le corps d'Aimbaud contre le sien, elle l'avait oublié.

Toute absorbée à recevoir et à rendre, d'abord avec prudence, et puis, de plus en plus, avec ferveur, elle ne s'attendit pas à la soudaine violation de son intimité. La décoction qu'elle avait avalée avait certes permis d'exprimer sans pudeur ses pulsions, mais elle exacerbait aussi ses réactions et réveillait ses instincts.

Lancinante, la douleur fusa, et elle crut un instant avoir été brûlée de l'intérieur. Telle une pouliche effarouchée aux prises avec un cavalier brutal, elle cambra le dos violemment et ses jambes battirent le matelas dans un sursaut désespéré. L'une d'elle rencontra celle du jeune homme et s'y enroula, cherchant à s'en servir comme levier pour s'extirper de l'étreinte masculine. Elle aurait pu crier et l'aurait certainement fait, puisque la drogue levait ses inhibitions, s'il n'y avait pas eu ces lèvres, collées aux siennes, et qui l'empêchaient d'ouvrir la bouche.

Elle ne réussit qu'à produire un râle étouffé, bref, rageur, trahissant l'impuissance de sa situation.

Il n'y avait plus rien d'agréable, à se sentir clouée sur l'oreiller, contrainte par l'homme qui, peu de temps avant lui procurait quelques émois bienheureux, à garder les lèvres scellées. Il n'y avait plus rien d'agréable, à se sentir cruellement fouillée, et Dieu que cela faisait mal, chaque mouvement était une torture.

Est-ce que cet hymen allait daigner se rompre, une bonne fois pour toute ?

Détournant le visage, elle s'échappa du contrôle marquisal et, aspirant une grande bouffée d'air, enfouit le nez dans le moelleux d'un oreiller. La supplique qu'elle s'apprêtait à lancer s'étrangla dans sa gorge quand soudain, son pucelage se brisa. Elle mordit le coussin dans un plainte quasiment imperceptible, tandis qu'une de ses mains volait rejoindre le dos de cet homme qui venait de la faire femme. De l'omoplate jusqu'à ses reins, elle vint le meurtrir de ses doigts crispés, lui faisant partager sans s'en rendre compte l'ultime souffrance qu'elle venait de subir.

Clémence, confuse et perdue l'espace d'un instant, revint dans un sursaut, desserra les paupières et chercha le visage d'Aimbaud que, d'une main tremblante, elle vint replacer dans l'axe du sien. La respiration sifflante, elle dégagea ses cheveux blonds enchevêtrés, de sueur et de salive, collants et gênants, et nicha sa figure dans le creux du cou de son époux.


Aimbaud...

C'était un soupir. Un soupir de soulagement. Elle n'avait plus mal, si ce n'était cette blessure cuisante que lui avait laissée l'homme, tentant tant bien que mal de se faire sa place en son nouveau territoire. Elle avait apaisé la cambrure de ses reins et déroidi ses muscles fatigués et permit enfin la progression, facilita l'accès au sanctuaire, desserrant l'emprise de ses genoux autour du bassin rédempteur.

Ouvrant tout à fait les yeux, elle accueillit l'obscurité bienveillante dans un frisson reconnaissant.

Il n'y eut plus qu'elle, alors, et lui. Rien d'autre. Rien d'autre que leurs souffles mêlés, au rythme de ses gémissements étonnés.

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Aimbaud
Une rumeur grandissante s'échappait de la pénombre du baldaquin, et déjà l'atmosphère sous les rideaux avait changé de température et de parfum. Le fond des draps n'était plus si glacé, quant à l'odeur d'encens qui piquait les narines d'Aimbaud, elle s'était vite effacée au profit du bouquet de la peau et des cheveux de Clémence contre lesquels il portait le nez et sa respiration emballée.

Muet, tout à son office, il pouvait sembler insensible aux douleurs dont il était la source. Mais la réalité était toute autre... En vérité il lui était bien délicat de faire la sourde-oreille au déplaisir de son épouse car il avait, en l'occurrence, l'oreille tout contre la bouche d'où s'échappaient les plaintes. Et il en était tout confus, le pauvre, ne sachant trop s'il devait se contraindre à plus de douceur ou au contraire abattre la tâche au plus vite, s'il fallait tranquilliser la pucelle à force de baisers, ou tout bonnement la faire taire d'une main sur la bouche ! C'est qu'elle l'effrayait avec ses petits débattements et ses sanglots étouffés !... En somme il angoissait, et l'on sait que l'angoisse en amour ne facilite guère l'essor des choses.

Indécis, il oubliait d'en ressentir de l'agrément.

En une fraction de temps, deux mains lui saisirent alors la peau de l'échine pour la froisser jusqu'au rougeoiement. Notre jeune mari, bien marri, se sentit douloureusement hérissé jusqu'au duvet de la nuque. Les doigts brûlants munis de petits ongles s'étant refermés comme des crochets sur son épiderme, il roidit les épaules en expirant une plainte. Fort heureusement la pinçure ne dura pas long, les mains précédemment assassines firent don d'un regain de douceur en contrepartie. Un tout petit murmure, soufflé avec quelques cheveux blonds, fit écho à l'oreille de l'affairé marquis, juste à la pente du cou où cavalèrent les frissons, lui donnant bien du coeur à l'ouvrage...

Et puis cela dura.

Dura.

D'ordinaire, cela ne durait pas longtemps il faut dire... L'on ne s'était d'ailleurs jamais penché sur la question, car tout se déroulait naturellement, sans qu'il y ait derrière tout ça la thématique principale de la descendance, ni le rituel de la bénédiction aristotélicienne du lit, ni surtout la perte cérémonieuse d'une virginité, ni les attentes de toute une famille et d'une foule d'ancêtres dont le sang devait s'unir en cette fameuse nuit ! D'ordinaire c'était simple, ça faisait beaucoup de bien et ça ne traînait pas en longueur... Mais... Là...

Là Aimbaud de Josselinière sentait, sous le satin riche des couvertures et les broderies subtiles de ses draps marquisaux, son sang devenir feu, sa peau devenir eau, et sa conscience lui crier, entre deux bouffées d'oxygène, qu'il n'allait jamais y parvenir.
Il fallait en outre, qu'il se fatigue la tête de mille questions sur la raison de cet atermoiement dont il n'avait pas les réponses, à son grand dam. Quant à la pensée qu'il allait finir par endormir son épouse à force d'éreintement, il tentait de l'ignorer mais elle lui taraudait l'esprit comme une abeille obstinée.

Ce n'est qu'à la faveur d'un total épuisement qu'arriva la délivrance, dans un sursaut étouffé qui eut raison de notre énergumène et l'acheva proprement. Il reposa, pantelant et grisé, les mains doucement serrées sous le corps de Clémence et puisa, dans l'ombre de son cou, tout l'air dont il avait besoin.

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Clemence.de.lepine
Pour une femme qui n'a jamais connu d'homme ni jamais expérimenté la douceur ou la violence d'une nuit de passion, la première fois ne peut être qu'une découverte, et c'est celle-ci qui commencera à forger ses idées et ses expériences sur l'amour.

Clémence ne trouvait pas le temps long. Elle l'occupait à éprouver, du plus intense mouvement de reins au plus léger tressaillement de cils contre sa peau, les sensations de ses premiers émois de femme. Elle ne s'aperçut pas du trouble d'Aimbaud, car comment pouvait-elle avoir une idée de la durée que devait prendre l'acte ? Ses frissons d'aise tout comme les efforts obstinés de son époux suffisaient à la maintenir absolument éveillée. Cette présence en elle et l'exaltation qu'elle stimulait lui remuaient les sens, et il lui arriva même, guidée par ses instincts, de parfois s'accorder au jeune homme dans sa danse frénétique. Elle avait l’œil gourmand et la lippe exigeante mais ici s'arrêtaient ses sollicitations car elle aurait pu boire cent flacons que lui aurait tendus Armoria, elle n'en serait pas moins restée une novice.

Elle surprit le dernier spasme d'Aimbaud et comprit qu'il venait conclure leur union nocturne, quand, la respiration rauque et brisée par l'effort, il se laissa retomber tout contre son corps échauffé.

Indécise, ne sachant bien si elle devait rester ou partir, elle conserva sa bouche contre le front brun, observant d'un œil vague le contraste étonnant de leurs cheveux réunis. Elle se serait bien enfuie, car animée encore par cette flamme qui ne daignait s'amoindrir, elle aurait été bien en peine de s'endormir là, au doux rythme des expirations de son époux. Et il y avait des charmes qui avaient besoin d'être rompus, pour que perdure, intact, le souvenir.

Mais posée au milieu des draps et des plumes, entre les bras du bourguignon aux relents capiteux de vin et de sueur, elle n'osait bouger, toute à sa peur de troubler cette quiétude bienvenue qui peu à peu parvenait à calmer les élans périlleux de son cœur et les palpitations ardentes de son ventre. Elle entendait le craquement ténu des bûches qui vivaient leur dernier instant dans l'âtre, à l'autre bout de la chambre. Un instant, elle se demanda si quelqu'un serait assez téméraire pour venir en remuer les cendres afin de réchauffer la pièce, mais la question la désintéressa rapidement car elle nota entre ses cuisses endolories la présence tiède et moite d'une substance poisseuse. Elle se mordit la lèvre et étouffa une exclamation de dégoût en plongeant le nez dans les cheveux d'Aimbaud. Du sang. Ça ne pouvait être que du sang et ce pressentiment la révulsa, elle qui haïssait la vue du sang, le goût du sang, l'odeur du sang, et jusqu'à son idée.

Un vertige la prit et, calmant le battement sourd de ses tempes en apposant sur son front le poids d'une main frêle, elle tenta ensuite de se dégager du jeune Marquis en le repoussant doucement à l'épaule, de son autre main.


Est-ce que vous dormez ?

Elle avait repris cette intonation de voix timide dont elle n'usait guère, le jour, mais elle avait encore au fond de son regard tranquille, l'éclat de la fièvre qui rechignait à la quitter.
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Yolanda_isabel
Elle n’a jamais connu Loumel, ni même la mère de son père. Alors faute de grand-mère, elle a une grand-tante, deux même. Alatariel et Kilia, chacune l’aimant à leur manière. La Bois-Doré, à sa façon, un peu lointaine, un peu protectrice sans en faire trop. La Mauléon, d’un amour chaleureux et familier, couveuse et mère poule tout à la fois. La vie voulut que ces deux femmes soient là, le jour de sa naissance pour aider sa mère à mettre au monde une petite buse.

Blonde comme sa mère. Buse comme sa mère. Sa mère. Sa suzeraine. Sa Reine et celle de l’Anjou.

Elle écoute des deux oreilles, elle se noie dans les paroles de la grâce, elle se pend à ses lèvres, à ses mots, à son bras, lui grimpe à moitié dessus, empressée de connaître le fin mot de l’histoire. Et voici que c’est à elle de le dire, et il exulte ce mot dans un sursaut qui la repousse, qui la fait tomber à la renverse sur ses fesses, alors que quelques instants auparavant, elle était accrochée à sa tante. Ce mot sort et avec lui l’émotion, le bonheur et l’amour. C’est un orgasme lyrique ! De la prose en barre ! C’est mieux qu’une montagne de macarons, c’est plus agréable qu’un bain chaud qui embaumerait les plantes, c’est plus alléchant que des rôtisseries, c’est plus excitant qu’une nouvelle robe. C’est beau, c’est bon, elle aime. Et ça sort, ça explose en un cri du cœur, en une expiration exaltée. C’est jouissif.


-« C’EST MAMAN ! »

Oh oui, Maman. Cette petite Reyne d’Anjou que tous chérissent, elle l’aime plus qu’eux tous réunis, tant et si bien que son cœur pourrait exploser de tout cet amour si elle ne le contrôlait pas. Si elle n’en aimait pas d’autres, comme sa tante du reste contre qui, elle revient se lover, se cacher dans le creux du bras, dans le creux du corps. Née d’un ventre angevin, elle aspire à y retourner, à s’y coller.

-« Moi, j’ai sauvé des princes une fois.. Et j’ai vu deux reines.. Et je serai jamais princesse en vrai. Je le sais. »

Voilà, c’est comme ça, c’est grandir et comprendre, c’est être quand même petite et fatiguée. C’est tout mélangé et tout confondre. Les doigts potelés s’emmêlent dans les mèches brunes qu’ils peuvent attraper, s’y entortillent de concert tandis que le nez s’y glisse.

-« Y a plein de trucs qu’on nous dit jamais. Moi, on m’a jamais dit que je serai pas princesse.. Et pis, tu sais toi pourquoi les gens sont méchants avec l’Anjou ? Et pourquoi Aimbaud veut plus de l’Anjou ? Et pourquoi il veut plus de moi ? Plus tard, je me marierai comme lui. Comme ça, j’aurais quelqu’un pour .. J’en sais rien.. Je sais plus.. Mais je suis pas fatiguée, tu sais.. Pas du tout.. Je suis encore toute ré-vei-llée.. Raconte moi le mariage de Maman et Papa .. Raconte moi que tu m’aimes.. »

Raconte moi le pays des rêves. Raconte moi, je n’écoute déjà plus. Je dors..

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« Je balise.. Je vous jure que je balise, sa mère. »
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