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[RP] Le triptyque d'Hyménée

Judas
Quant à Judas le croupion dans l'eau, lui reprit ses élans lyriques. Taquinant l'objet obséquieux il parut bien concentré pour une si basse besogne. Joignant le geste à la parole et le clapotis de l'eau pour battre la mesure, l'on entendit crescendo la créativité qu'un désastreux mariage pouvait engendrer.

Du Von Frayner, quand l'épouse friponne
Va s'encanailler loin de son vieux sournois,
Le pauvre époux, que l'amour aiguillonne,
Tranquillement se polit le chinois.
Va-t-en, dit-il à sa fichue femelle,
Je me fous bien de ton con chassieux ;
De mes cinq doigts, je te refais pucelle,
Allez viens-t'en Raymond et tente de faire mieux!


C'est que ces derniers temps, le petit monde gravitant autour de Petit Bolchen avait le refrain prolixe ... Et notre homme de mettre plus de verve à l'ouvrage et plus d'énergie aussi, sourcils froncés et dents serrées, l'on vit le vit sollicité comme jamais!

Non ce n'est pas pour toi, foutue Isaure!

N'en perdons pas une goutte qui pourrait lui être cédée.


Non non ce n'est pas pour toi, terrible Isaure!

Hâtons nous surtout de ne pas lui en laisser.

Non non non ce n'est pas pour to..hhhhaaaaaahhh...


Dieu que c'est vil de s'en aller ainsi tout éparpiller!


Et l'ôde de s'élever jusqu'au plafond tandis que dans un grand final, le judas s'arc-boutait chancelant par dessus le baquet, avec la grâce d'un lanceur de javelot et le pied embrassant dangereusement le savon laissé par Rose...
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Je ne débats pas, je ne tergiverse pas, je joue.
Isaure.beaumont
Immergée jusqu'au nez dans l'eau chaude et parfumée, Isaure appréciait la quiétude et le confort du baquet. Fini les poses interminables pour une œuvre qui témoignerait à jamais son union. Les couleurs lui revenaient et si les joues étaient légèrement creusées, rien ne laissait pourtant paraître qu'elle était souffrante.

Les yeux fixés sur la surface de l'eau, elle observait, attentive, l'ondée hypnotique provoquée par sa respiration. Madame était apaisée, et rien ne pouvait plus la contrarier. Rien ?

La porte s'ouvrit sur une Rosalinde, enquêtrice de choc. A sa question, Isaure releva les yeux vers elle. Le nez se fronça, les yeux se froncèrent, intense instant de réflexion.


- Mes derniers saignements ? Et bien... Il y a quelques temps. Je ne sais plus trop bien. Vous savez, ça va, ça vient. Ca s'invite quand on ne les attend pas, et quand ils sont attendus, et bien... ils désertent ! Alors, savoir à quand remontent mes saignements... Et qu'importe ! Cela fait quelques mois que je ne les espère plus, et je m'en contente très bien. Alors, si des draps ont été... souillés, allez voir ailleurs, ce n'est pas de mon fait !
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Rosalinde
    "Ah oui ! Oui oui oui oui oui !!"
    [Julien Lepers]


C'est gagné ! C'est gagné ! C'est gagné, yeah ! [citons nos sources : Dora l'Exploratrice]

La Rose exulte, une fois encore son infaillible instinct ne l'a pas trompée. Parce que, évidemment, si Isaure avait été réglée normalement, elle aurait eu bien l'air con. Mais non, bingo, elle avait tapé dans le mille. Trop forte. Ils ne la méritaient pas, tous autant qu'il étaient, Isaure la râleuse, Judas le nympho (l'hôpital qui se fout de la charité), et même Gwenn la frigide !

Quant aux explications vaseuses de sa maîtresse, elle ne les écoute pas, cherchant plutôt le moyen de lui annoncer l'inévitable. Une main se tortille, puis l'autre.


- Je crois, Madame, avoir deviné la cause de votre mal.

Léger instant de suspense, insoutenable il faut le dire.

- Vous êtes enceinte.

Cependant elle ne sourit pas, car l'horrible évidence vient de s'imposer à elle. Isaure est enceinte. Ce qui signifie qu'Isaure va avoir un mouflet. Ce truc à la peau rose et à la défection verte, fripé, puant et braillard. Un mini-elle, ou un mini-Judas, dans tous les cas un sale môme pourri-gâté en puissance... Dans plus ou moins neuf mois. Ce qui signifiait qu'elle allait avoir à supporter les humeurs de la von Frayner, qui ne tarderaient pas à déteindre sur les humeurs du von Frayner. Elle n'avait jamais réellement côtoyé de femme enceinte, mais en avait déjà suffisamment entendu parler pour comprendre que l'expansion du mauvais caractère exponentielle à celle du bide n'était pas qu'une légende urbaine. Et comme on partait déjà d'un niveau de compétition...

Mama mia !

Enfin, le mal était fait. Après tout, elle n'aurait qu'à se chercher une autre place si la Miramont lui tapait sur le système. Courceriers, elle en faisait son affaire, mais l'espèce de Gremlins qu'il avait épousé... ! Pauvre Rose.

Une pensée en entraînant une autre...


- Il faudrait l'annoncer à Monsieur.
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Voyez la vie en Rose !
Nyam
Les cris perçèrent le silence de Petit Bolchen. Cela faisait bien deux heures que ce n'était pas arrivé. Nyam leva la tête du livre sur lequel elle était penchée. Des lignes de chiffres se succédaient sur les pages, et la Frêle avait eut comme mission de les vérifier. Non pas les comptes officiels, ceux-là étaient de la responsabilité des intendants. Mais les comptes des différents trafics de Judas, esclaves, poisons, drogues... Qui à part l'ombre du Maître pouvait se pencher sur cette tâche sans risquer de le trahir un jour? Personne... Et puis, les chiffres aidaient l'esprit encore convalescent à se structurer.   La jeune fille avait peu à peu récupéré de son traumatisme, et malgré quelques excentricités qui lui étaient restées, telle que le fait de parler à son rapace comme s'il s'agissait d'un être humain, ou bien de se figer d'un seul coup pour observer une chose qu'elle seule pouvait voir, Nyam était presque normale. Son intelligence mise à profit, elle progressait même rapidement dans l'acquisition des connaissances. Son corps aussi avait guéri alors qu'elle mangeait de façon régulière. Si elle avait gardé sa finesse, elle s'était étoffée, gagnant quelques rondeurs bien féminines. Ses longs cheveux d'or blanc étaient noués en une longue tresse qui battait ses reins. Son visage angélique avait retrouvé des couleurs, rehaussant son teint de porcelaine et mettant en valeur ses yeux si bleus.   Entendant d'autres cris du Maître, du moins, plus que d'ordinaire, la Frêle se leva de sa table de travail qui se trouvait près du bureau de Judas, rangeant dans un tiroir ses notes et le livre, les bouclant à clé. Elle sortit dans le couloir pour voir l'origine du remue-ménage. La Maitresse... Bien entendu.... Malade apparemment... Voyant qu'une des servantes se tenait devant la porte de la chambre du Déchu sans oser y entrer, elle s'avança et prit de ses mains le linge propre.  

Laisse... J'y vais...  

Soulagée, la femme de chambre fila sans demander son reste. Frappant un coup à la porte, Nyam poussa le battant au moment même où le pied judéen se posa sur la savonnette. Elle rentra la tête dans les épaules alors que le fracas de la chute retentissait. Ne surtout pas rire de la position peu noble du Maître, sous peine d'être punie... La Frêle déposa en tas sur le lit les vêtements et serviettes et s'approcha pour l'aider.  

Le Maître est-il blessé? Avez-vous mal quelque part? Dois-je vous trouver un remède?  

Avec sa douceur et son habileté habituelles, Nyam aida Judas à se remettre sur ses pieds et posa une serviette propre sur ses épaules. Puis s'écartant pour s'éviter une gifle non méritée mais qui pouvait survenir si le Déchu se sentait par trop vexé de s'être étalé devant son esclave. Elle commença à étaler les vêtements propres, prêt à être mis, avant de se baisser pour ramasser ceux qui étaient souillés. Prenant garde à ne pas salir sa robe bleue qui était une de ses préférées, et dont la coupe simple mettait en valeur sa silhouette fine de nouvelle femme, elle mit le tout en tas dans un panier devant la porte. Puis elle attendit sagement qu'il se manifeste et décide de ce qu'il voulait ou pas...
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*Frédéric Régent, Historien
Gwennaelle
Assise près du baquet où se baignait Madame, Gwennaelle veillait la santé de sa maîtresse comme elle l'aurait fait avec son enfant - si enfant il y avait. Elle espérait que la tempête fut passée et que l'excitation du domaine retomba comme un soufflet ce qui lui permettrait de vaquer à d'autres occupations que garde malade. Mais c'était sans compter sur la Rose, toujours à l’affût de nouvelles complications ou plus précisément de nouvelles histoires palpitantes avec pour personnages principaux les Maîtres de la maisonnée.

Prenant un air dégagé, la suivante se releva pour se mettre à hauteur de l'intendante. Puis l'échange commença. Enfin... Rose mena l'enquête , traquant le dernier indice qu'il lui manquait pour ajouter la pièce manquante au puzzle.

Au moment même ou Rose exultait, Gwenn se mordait nerveusement la lèvre inférieure. Comment avait-elle pu négliger à ce point les saignements de Madame ? Plusieurs mois qu'elle ne les avait pas, mais la suivante ne s'en était pas soucié plus que cela. Les remarques négatives allaient tomber, tout comme les nouvelles complications que ce nouveau né traînerait derrière lui. Ô Joie !

Mais la suivante, tout à son effroi, afficha un pâle sourire sur ses lèvres afin de réconforter sa maîtresse, lançant dans le même temps un regard noir à l'intendante. Qu'elle était sa manie à celle-ci de se mêler de tout ? Et le pire ! D'annoncer de pareils événements dans les moments les moins propices.

Le regard se reporta sur l'Isaure dénudée dans son bain avant qu'une voix se voulant chaude s'élève.


- Félicitations Madame, c'est merveilleux !

Oh oui, merveilleux...
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Judas
[Coté Judas]

'BANG'

Il a glissé. C'est terrible de se ramasser ainsi sous les yeux d'une suivante. Car bien sûr Nyam est entrée au mauvais moment, quoi qu'à considérer que ce qu'il faisait avant était moins terrible à surprendre que sa chute lamentable. Il se redressa en jurant avant que de poser ses yeux plissés sur l'adolescente. Elle avait repris du poil de la bête depuis ses étourdissements et sa convalescence, et pour une fois Judas le regrettait.

Levant le menton et sortant du baquet en évitant soigneusement de marcher sur... Tout ce qui pouvait éventuellement le faire glisser de nouveau, s'avança vers la couche et saisit les vêtements propres que la jeune Nyam lui avait apportés.


Mais non! De quoi parles-tu... Je testais la solidité de ce baquet. Il fuit, c'est déconcertant. Je prend un bain aussi proprement qu'un enfant de quatre ans à chaque fois...

Il haussa les épaules et se vêtit en grelottant un peu.


Trouve plutôt un remède pour ma Dame, si ça continue elle va contaminer tout le castel.

Sur quoi il grimaça de dégout. Judas avait peur des maladies, il était soucieux de tous les mouvements épidémiques qui pouvaient secouer le duché et restait cloitré chez lui dès qu'une rumeur enflammait la Bourgogne. Ne pas mettre le nez dehors était selon lui le meilleur moyen de se préserver, autant dire qu'avoir une contagieuse sous son propre toit était une source d'angoisse intarissable. Déjà qu'il ne touchait pas Isaure, son état lui promettait des nuits tranquilles au possible!

Se pinçant l'arête du nez soupira. Le tableau n'allait pas avancer vite à ce train là...

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Je ne débats pas, je ne tergiverse pas, je joue.
Nyam
Alors voilà la raison de tout ces cris... La Maîtresse était malade... Nyam savait que c'était une chose que le Maître craignait plus que tout. Elle le regarda s'habiller en silence, veillant à ce qu'il ne prenne pas froid. Puis elle s'inclina avant de sortir de la pièce. Plus tard, elle repasserait pour voir s'il était possible de l'apaiser un peu. En attendant, elle allait s'occuper de son épouse.

Se dirigeant vers l'ancienne pièce aux poisons, elle réfléchit au moyen de soigner la Maîtresse. Après le mariage du Maître, les poisons avaient désertés les étagères, ne restait que les remèdes... Elle sélectionna plusieurs flacons d'essence. D'abord du gingembre, et puis de la cannelle et un peu de camomille. Elle les mélangea dans une tasse, y ajoutant un peu de sucre pour que le gout n'en soit pas détestable.

Puis elle se rendit dans la chambre de la Maîtresse, après avoir soigneusement refermé la porte à clé. Frappant poliment, la Frêle déclara à travers l'huis.


Pardon de vous déranger Maîtresse... Le Maître m'a envoyé vous soigner. Je vous ai préparé un élixir pour apaiser votre estomac. Si vous souffrez d'autre chose, dite le moi...

Edit : petit ajustement de choses que je ne savais pas^^
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*Frédéric Régent, Historien
Isaure.beaumont

Après s’être innocentée, Isaure s’était laissé glisser de nouveau dans l’eau, immergeant le bas de son visage. Les yeux levés vers Rose, elle écoutait distraitement les propos de celle-ci. Et si sa maladie ne semblait plus l’inquiéter, elle manqua de peu la noyade lorsque le diagnostic tomba. Grosse, elle était grosse.

La tête hors de l’eau, le souffle encore court, et les yeux exorbités, Isaure garda un long moment le silence. Ce fut la voix, faussement enjouée, de Gwennaelle qui la rappela à la réalité. Aujourd’hui et plus que tous les autres jours, son mariage était réel et indestructible. Le Très-Haut venait de sceller cette union, irrémédiablement.

Les lèvres s’agitèrent un instant, mais les quelques mots balbutiés furent couverts par l’arrivée de la frêle Nyam. Ces quelques secondes de répit lui furent cependant suffisantes pour accuser le coup et un large sourire vint s’inscrire sur son visage aminci.


-Habillez-moi, Gwennaelle.

Et en deux mouvements, elle se hissa du baquet, dévoilant un corps nu où il était encore difficile de déceler une quelconque grossesse si l’on ne s’y attardait pas. Quelques signes annonciateurs, encore timides, s’offraient pourtant à l’œil expert.


-Nyam, apportez cet élixir à mon époux. Croyez-moi, son estomac en aura bien plus besoin que le mien. Annoncez-lui ma visite.
Se tournant vivement vers Rose, projetant quelques gouttes sur ses voisines, elle voulut cependant s’assurer de la véracité des faits. En êtes-vous sûre Rose ? Je ne souffrirai aucune erreur de votre part à ce sujet.

Droite, la mine réjouie, la brune attendit qu’on la sèche et qu’on l’habille.

Judas… à nous trois !

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Judas
La porte s'ouvrit, sans avertissement préalable, laissant entrer une Isaure victorieuse, et aux joues de nouveau colorées.

- Ahah !

Fit-elle triomphalement. Il se retourne, lui qui était plongé dans la contemplation de ses poulaines fraichement enfilées, la détaille en se rembrunissant pour la forme.


- Plait-il?

Elle s'invite bien sûre d'elle dans l'antre du seigneur, posant sur lui un regard assuré.

- Qu'importent vos.. *elle hésite quelques secondes quant au mot à employer, se le permet enfin. Quitte à annoncer une telle nouvelle, autant y mettre les formes* PUTAINS ! Qu'importent vos longues absences ! Si vous espériez annuler notre mariage, vous ne pouvez plus !

Il se redresse, outré, tel le mâle qui sent l'intrus sur son territoire. Elle vient s'installer dans le fauteuil, près de la fenêtre. S'y pose, altière.

- Car bientôt, je vous donnerai un fils. Oui, Judas ! Un fils !

Elle s'enfonce dans le fauteuil, pose alors sur son époux un regard souverain, guettant sa réaction, léger sourire satisfait au coin des lèvres.


- Que dites vous?! * il pointe son index vers elle * je ne vous permet pas de proférer de telles atrocité envers moi, votre époux, fidèle et loyal qui n'a jamais, au grand JAMAIS voulu annuler ce mariage! * il n'entend pas la fin du discours Isaurien et continue *Et je suis choqué! Choqué que vous veniez, après m'avoir encore humilié, fanfaronner dans MA chambre et m'accuser de tous les...* il plisse le nez en une vilaine grimace, incrédule * Un quoi?

Elle le regarde, presque amusée, le menton appuyé contre sa main, le coude posé sur le fauteuil. Elle fronce faussement et exagérément le nez

- Ai-je dit un fils ?

Il tombe les épaules

- Avez-vous dit un fils?
-Un fils oui ! Vous avez eu beau m'éviter, Judas...


Il baisse le doigt accusateur et le range dans sa poche

- Je ne vous ai pas évitée! Je vous ai laissé de l'air. Nuance.

Elle hausse les épaules, grisée par ce soudain sentiment de puissance.

- Peu importe. Je vais avoir un fils.

Il regarde son ventre, incrédule.


- De qui?

Elle s'interrompt interloquée puis s'indigne.

- Pardon ?
- Allons! Je ne vous ai touchée qu'une fois! Et vous étiez vierge!! Depuis quand l'on engrosse la première fois?

Il se sent roulé, elle se sent insultée. Redressée sur le fauteuil, tendue, elle contracte la mâchoire et le regard victorieux s'est mué en un regard noir. Il se rapproche, toujours sceptique.

- Vous dites que vous attendez un fils. De moi.
- Oui, de vous ! De qui d'autre voulez-vous qu'il soit ! Je ne suis pas vous, Judas, ni toutes ces femmes qui se perdent.


Elle se renfonce dans le fauteuil, bras croisés, la mine boudeuse il réalise simultanément sa maladresse et naïveté et vient s'accroupir aux genoux d'isaure en bredouillant:

- Ma Dame... cessez de m'attribuer tant de torts...

Les yeux résolument tournés vers le mur, elle boude. Sentant son époux à ses côtés, elle finit par le regarder de nouveau.


- Je ne vous les attribue pas. Vous l'avez fait vous-même, éhontément, et devant témoins.
- Je.. hein?


Il reprend son air de mâle effarouché, elle reprend sa bouderie.

- Ha! Haha! j'ai compris. Vous essayez de me déstabiliser. Hé bien sachez que c'est raté! si vous pensiez que j'allais nier ma paternité, vous chasser de la maison comme une malpropre adultère, non Ma Dame! Non! Je suis irréprochable, et par cette grande et... merveilleuse et ... innatendue... incroyable! nouvelle... Effaçons nos différents, je vous pardonne.


Avant qu'elle ne surenchérisse il pose sa main sur son ventre. Elle se raidit au contact de la main de son époux sur son ventre, encore détendu.


- Me pardonner ?

Il reste encore sous le choc de l'annonce, mais le masque tant bien que mal en caressant fébrilement la panse encore plane d'Isaure.


- Shhhh... Il va vous entendre. Il ne faut pas qu'il sente cette tension que vous diffusez... Un fils! Je vais avoir un fils...


Elle se tait donc, naïve. Il sourit enfin, pour la première fois depuis longtemps, malgré la peur qui lui serre le ventre. Il lève le nez vers la jeune femme et demande, hésitant:

- Avez vous mal quand il pousse?

Le visage grave, elle observe un instant son époux en silence. Surprise de sa réaction, pourrait-on dire agréablement surprise ?

- Mal ? Non. Mais Rose semble penser que c'est lui qui m'a rendu malade. Sûrement n'aime-t-il pas ce que nous mangeons.
- Remercions la cuisinière! Je ne tolèrerai pas qu'on empoisonne mon fils.


Il sent en lui un regain de possessivité.

- Et désormais je vous interdit toute activité dangereuse! Vous allez avoir tout le temps de broder, et moi... Moi je vais aller chercher a mon fils un présent de bienvenue. Un berceau. c'est bien ça, un berceau non? Avons nous un berceau?

Judas est à l'ouest, nouvelle fracassante oblige. Elle le regarde, sourcils froncés.

- Pourquoi aurions-nous un berceau? A moins que vous ayez déjà eu un fils, non. Nous n'avons pas de berceau. Nous pourrons aller à Paris, en chercher un.


Elle s'inscruste dans le projet.


- Ha non non non! hors de question , vous allez rester au chateau le temps de faire forcir mon fils! Interdiction de voyager, à part pour faire le tour du propriétaire.

Et le propriétaire, c'était lui.


- Et avec Rose.

C'est vrai ça, Rose était l'oeil de Petit Bolchen après tout, ainsi Judas s'assurait garder sa femme sous surveillance. Elle fit la moue.

- Allons... vous n'êtes plus seule désormais! d'ailleurs nous l'appellerons Judas Junior. C'est bien, hein, Judas Junior...
- De grâce. Si je ne puis ni me déplacer à loisir, ni choisir le berceau qui verra dormir mon fils, laissez-moi choisir son nom.


Il retire la main du ventre.

- Hum. Bien... de toute façon il sera le portrait craché de son père alors... Dans ma grande bonté je vous accorde ce privilège...

Mais elle ne l'écoute déjà plus.

- Nous pourrions l'appeler.... Richard Gabriel!Comme mes frères... * Elle secoue la tête* Non, non. Cela lui apporterait la malchance, tous deux ont été assassinés. Que pensez-vous de... Charles-Aimé... Victorin ! Oui, Charles-Aimé Victorin VOn Frayner ! Cela lui siéra à merveille !
- Pouah!! Vous n'y pensez pas.

Elle se renfrogne, mettant à plus tard la quête de nom.

- C'était toujours mieux que Judas Junior


Il se redresse enfin et hausse les épaules, la tête trop pleine pour réfléchir.

- Dormez avec moi cette nuit.

Elle reste aussi immobile que silencieuse un instant, ne sachant que répondre.


- Mais...
- Si vous dites que vous êtes grosse, j'ai deux mois à rattraper avec mon fils. Alors ce soir, vous dormez avec moi.


Sur quoi il se détourne d'elle et quitte les lieux, encore tout secoué, déterminé à aller évacuer son angoisse dans les bois. Elle le regarde partir, avachie dans le fauteuil et soupire.

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Je ne débats pas, je ne tergiverse pas, je joue.
Judas
Lorsqu'il fut seul dans le bois de Petit Bolchen à bonne distance du castel et de tout oeil curieux il mit pied à terre, chancelant, abandonnant sa monture pour faire quelques pas mal assurés. Le visage d'habitude si grave et sérieux du seigneur n'avait plus rien d'implacable, l'on aurait dit soudain qu'il portait au trait un faciès étranger, creusé d'incertitudes. Trébuchant sur le relief d'une racine barrant sa route il se laissa aller contre la masse imposante de l'arbre impertinent qui laissait trainer ainsi ses rejetons. Le corps trouva l'abrupt de l'écorce jusqu'à s'avachir complètement, et la face se dissimula dans le bras cuirassé pour essuyer un râle amer tout droit venu du fond de la poitrine. Au secret du bois, nous l'appellerons contrecoup.

L'annonce avait réveillé les vieux démons du seigneur. Être père. Ce n'était pas faute d'avoir tenté d'endiguer l'éventualité en désertant le lit conjugal. Judas qui avait délaissé sa jeune épouse pour ses maitresses et la chasse ne s'attendait pas à telle surprise. Dans sa confusion il n'arrivait pas encore à savoir si cela le rendait heureux. Il réalisait à peine, sans doute que lorsqu'Isaure aurait une grosse panse tout serait plus évident. Mais pis encore que cette découverte impromptue, derrière elle pointait le violent souvenir de celle qu'il avait perdue. L'Anaon.

Avoir un enfant d'Isaure mettait un terme à toute éventualité de marche arrière. Il y était, à l'aube d'une vie entière auprès d'une femme qu'il n'aimait pas, rongé par le fantôme d'une autre qu'il ne pouvait pas avoir. Combien de mois que la bretonne était partie...? Ironiquement deux, comme la vie dans le ventre de sa femme. Le jour des épousailles, le jour de la nuit de noce. C'était ce jour là qui avait été le témoin de la fuite de la Roide pour Paris.

    Paris...


Il se redressa un peu, assénant au centenaire quelques coups aussi violents qu'inutiles. Le vieux ne broncha pas, ce qui ne l'apaisa en rien. Elle lui manquait... Terriblement, éperdument elle lui manquait. Il aurait donné beaucoup pour la revoir, ne serait-ce qu'une brève minute, caché hors de sa vue à l'épier, la regarder vivre, la regarder... Vivre sans lui. Mais elle était partie vers Paris. Il essuya rageusement ses yeux en se tournant dos contre son confident de fortune. Le bois était silencieux et la monture fourrageait sans se soucier du Von Frayner quelques herbes folles. L'idée qu'il puisse la retrouver à Paris s'immisça dans son esprit, comme le vilain espoir ne vous quitte pas lorsque pourtant tout semble perdu.

Et s'il réussissait? Que ferait-il, que ferait-elle...? Allait-il encore lui annoncer une nouvelle comme un couteau dans le dos? - "Bonjour, je suis revenu te dire que j'allais avoir un Fils. Ce fils que je n'aurai jamais avec toi. Et toi, comment vas tu depuis la dernière fois? "-. Il se moqua de lui même. Le problème n'était pas entièrement lié à Isaure. Que sa jeune épouse soit dans sa vie ou pas, Judas ne pourrait jamais avoir l'Anaon. Le Rouge et le Noir ne s'épousent pas non, conneries que cela. Connerie. Il quitta enfin sa posture de pauvre homme, il semblait que son faciès avait retrouvé sa dureté originelle. Ou peut-être étais-ce de la détermination.

Faire du mal à Anaon, c'est tout ce qu'il savait faire. Alors non, pour lui, pour son apaisement personnel, pour dormir mieux la nuit et enfin cesser de la laisser s'introduire dans ses rêves il refusa de se morfondre dans la poussière du Nivernais. Il allait monter à Paris, et qu'elle le veuille ou non, elle lui donnerait le soulagement qu'il avait perdu depuis qu'elle l'avait quitté. L'enfant viendrait peut-être dans la conversation, ou pas, si tant est qu'elle veuille bien encore la faire, la conversation... Il avait besoin d'elle, ne serait-ce que pour supporter ce mariage. Frayner attrapa court les rênes et remonta à cheval. Il le talonna sèchement et reprit la direction de l'orée du bois. Le soir il dormirait avec son épouse, une main étrangement arrimée à son ventre habité. Il ne la toucherait pas plus, pourtant il dormirait d'un sommeil juste et entier jusqu'au lendemain qui sonnerait son départ.

Son départ pour la capitale, un berceau comme alibi, une maitresse à reconquérir...



    Fin du premier volet.

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Je ne débats pas, je ne tergiverse pas, je joue.
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