Afficher le menu
Information and comments (0)
<<   <   1, 2   >>

[RP] Le cinquième élément.

Cyrinea
La mer...Utopie ?

De ces choses dont on rêve et dont le destin souvent nous écarte.



Ma chère Xanthi,

Je sais. Et je sais aussi qu’il est des jours où nulle part on ne se sent à sa place, où nous ne faisons qu’errer dans une solitude inquiète.

Sois égoïste, toi qui ne l’es jamais. Prends soin de toi, surtout.

Ton amie,
Cyrinea.


Elle avait quitté tôt l’auberge dans laquelle elle avait pris chambre pour la nuit, abandonnant provisoirement une roulotte abritant une âme sombre qui de silence avait besoin.

Elle s’y rendit tout de même au point du jour afin de se laver, se changer, faire peau neuve.

Fort heureusement, elle était de garde trois nuits d’affilée.

Elle entra, le cherchant, soulagée de ne point l’y trouver, désespérée qu’il ne soit pas là.

Elle s’assit un instant sur la paillasse, ou s’affaissa, une main posée sur son ventre, un peu perdue et en proie à des interrogations multiples qui, toutes, restaient sans réponses.

Rageuse, elle se releva, empoigna une pile de dossiers qu’elle alla compulser sous un arbre, à l’abri des regards. Elle n’avait envie ni des couloirs poussiéreux du Palais, ni de tavernes bondées.

Travailler. Ce soir elle boirait et trouverait du bonheur dans l’ivresse.

Elle ne comprit pas une seule ligne de tout ce qu’elle lut.
Kronembourg
[ Montauban, quelque part au bord du Tarn, Dieu merci toujours au sec ]


Le regard était flou, le déplacement incertain. Le corps était chaud, le coeur incandescent.
Retour vers une roulotte loin de laquelle il avait passé la journée. Grincement du bois usé sous la botte. Chaleur conservée sous la bâche en forme de voûte. Vigilance accrue, attente inconsciente du moindre bruit indiquant sa présence.
Espoir déçu. Muscles qui se relâchent, un à un, presque mécaniquement.
Il s'assit à-même la paillasse, comme pour se confirmer à lui-même la sensation de vide qui l'envahissait par un dernier regard circulaire autour de lui.

Au dehors, le monde.
En dedans, leur monde.
Presque plus riche. Tout un fourniment pourtant relativement bien agencé, aménagé selon les humeurs, amélioré selon les besoins, et même agrémenté selon les envies. Jusqu'au rembourrage de ces deux paillasses réunies en une, gonflée en plumes de coqs castrés. Le portrait d'Hildegarde. Les tapisseries qui colmataient la bâche trouée chaque fois qu'il relevait la tête trop brutalement. Le garde-manger qu'elle s'était fait constituer. Tiens ? Il ne s'était jamais servi dedans. Fallait-il qu'il ait vraiment perdu ses sales habitudes pour ne pas même y avoir songé.
Le duc vivait donc en roulotte. Empreint de deux certitudes aussi entremêlées que parardoxales ; Celle de s'être rarement aussi peu senti à sa place, et celle de s'être rarement senti aussi heureux de l'être.
Même Montauban prenait des airs de paradis terrestre à Ses côtés. Comme s'il vivait en plein fou-rire, une hypnose, une parenthèse délirante.

Elle lui avait rendu la vue. Il l'avait perdue tant de temps. Redécouvrir le monde, celui du dehors comme celui du dedans, avec ce nouveau regard, le perturbait à certains jours plus que d'autres. Il y avait tant à voir et tant à vivre, tant à croquer, partout, continuellement, indéfiniment, avec tout le monde, qu'il ne savait parfois plus où donner de la tête. Et pourtant, dès qu'elle s'éclipsait, ce monde semblait perdre de ses couleurs. Il l'apprenait, à ses dépends, tout comme il apprenait beaucoup de lui-même ces derniers temps.
Le geste fut impulsif, à l'instar de l'envie du moment. Agir sans le calcul, lui, qui ne savait avancer sans préméditer. Prendre feuillets et plume, griffonner quelques mots. Sans réfléchir, juste lui écrire. Sans entête, sans signature. Elle comprendrait. Juste quelques mots qu'elle pourrait lire très rapidement. Toujours les mêmes.
Indéfiniment.

_________________
Cyrinea
[Auberge de la Réforme-Une chambre-Vide et Insomnie]

La journée fut longue, d’une longueur inquiète, presque désespérée.

Elle avait lancé un procès, machinalement et sans scrupules, avait apposé quelques notes laconiques sur deux-trois dossiers en attente, avait fait part à qui de droit de ceux qui relevaient d’une coopération judiciaire existante grâce à quelques signatures et mentionnant les courriers auxquels elle ne recevait jamais de réponse, puis, se trouva face à un vide qui la laissa démunie pour le restant du jour.

Cyrinea avait agi comme une machine et se trouvait soudain sans plus aucune terre à labourer, incapable de jouir du repos.

Elle but. Trop. Sa garde nocturne en fut chaotique, chancelante, et même si sa main ne quittait jamais vraiment le pommeau de l’épée, il eût pu arriver à peu près n’importe quoi que son indifférence à tout ce qui n’était pas Eux eût pu prendre le dessus.

Qu’importe un monde privé de sens ?

C’est donc encore un peu ivre, persuadée qu’Il l’avait exclue provisoirement ou pas de Son existence, qu’elle s’écroula sur le lit de l’auberge.

Au moins allait-elle dormir, recluse de fatigue, et oublier.

Tu parles.

C’est un bruit d’ailes qui la tira de son insomnie. Ailes roucoulantes froufroutant dans un coin de la chambre auxquelles, dans son indifférence de tout, elle n’avait jusque là prêté aucune attention.
Elle se leva et détacha délicatement le message accroché à la patte du volatile.

Elle se serait presque évanouie de soulagement devant Ses mots limpides d’amour qu’elle avait craint de ne plus jamais lire.


[« Ceux qui sont infidèles connaissent les plaisirs de l’amour ; ceux qui sont fidèles en connaissent les tragédies.* »]

La porte s’était ouverte à la volée, retenue au dernier moment. Il dormait.

Elle s’assit. Le regarda. Longtemps.


Glissa une main délicate sur son front pour en écarter les mèches rebelles. Geste dont elle avait rêvé des jours durant sans jamais pouvoir lui donner corps. Des jours pendant lesquels elle avait lutté contre le désir de lui parler, contre les découragements de ceux qui lui disaient cet amour impossible, contre elle-même, de peur de le faire fuir.

J’étais si inquiète pour vous que j’ai préféré me terrer, désespérée par cette missive si soudaine à laquelle je n’ai su donner aucun sens si ce n’est celui de vous penser malheureux. En quelques heures, je me suis attribué tous les défauts de la terre, mon insouciance, ma ville, mes amis, votre place dans cette vie dont j’ai toujours peur qu’elle vous échappe, que vous ne la trouviez pas, que vous vous taisiez ou fassiez semblant, le temps que ce semblant puisse durer. Et le monde a alors perdu tout son sens.

Un doigt glissa sur son visage.

Vos mots le lui ont redonné. J’ai accouru. Car les miens sont les mêmes.

Sa main se posa alors sur son front.

Quel est ce trouble là-dedans qui vous bouleverse ? Quels sont ces démons qui ressurgissent, qui me sont inconnus et que je ne sais apaiser ?

Elle ferma les yeux un instant. Se rendit compte qu’être là était tout ce qu’elle désirait. Il avait le pouvoir, en quelques mots, de l’anéantir, de déchirer son âme et de voiler le monde d’un éternel crépuscule.



*O. Wilde.
Kronembourg
La brûlure du tourment et la chaleur de la roulotte eurent raison de ses dernières résistances face au sommeil.
Sommeil de plomb. Long rideau noir. Comme une enclume qui s'écrase sur le crâne. Sans image, sans attente. Violence. Oubli. L'orgueil qui l'empêchait encore de trouver refuge dans une ivresse qu'il savait éphémère. Petit bastion du désespoir, dernier rempart avant l'abandon. Jamais. Plutôt creuver.


Une main le tira de la fièvre et la grisaille sans vie retrouva la lumière pour se planter dans les yeux de sa chimère. Méfiante dans un premier temps. Prête à surgir avant de tuer net, main dressée au pommeau.
Puis il la reconnut. Non par la vue mais par tout ce que sa présence instillait, peu à peu, puis de façon flagrante autour d'elle.
Elle. Son évidence. Son incidence. Aussi attendue qu'inattendue. L'ennemie, puis l'amie. Le revers.



« Tout est tentation à qui la craint. » *


Les mots furent clairs et sincères, comme à chaque fois qu'elle s'exprimait. Aucun secret entre eux, sinon les non-dits. Le lot de chacun. La part indicible qui ne se partage pas.
Le gris de ses yeux se fit un peu bleu au fur et à mesure qu'ils la redécouvraient. Chaque journée apportait ce lot incroyable de renouveau et de contradictions depuis plusieurs mois. Le duc et la rebelle, le papiste et la réformée, le calculateur et l'intuitive, Dieu seul savait sur quel terrain tous les deux trouvaient le moyen de s'entendre.
Il la regarda. Longtemps, dans les yeux, avant d'ouvrir la bouche


Cette nuit sans vous m'a fait comprendre à quel point votre présence m'est indispensable, tant à mes heures lumineuses qu'à mes heures sombres. Ne partez plus. Jamais je n'ai voulu vous éloigner de moi.

Baissant un instant les yeux vers son ventre.

Cet enfant qui grandit en vous, nous l'avons voulu vous et moi. Je l'ai envisagé à l'intérieur de vous dès que je vous ai vu. Je vous en ai, à vrai dire, à peine laissé le choix. Je suis bien, avec vous. Si je vous semble troublé parfois, c'est parce que je cherche encore ma place à vos côtés.

Le doigt sur ses lèvres, les yeux dévorant sa bouche.

Tout ce que nous vivons est nouveau pour moi. Ma vie est telle que j'ai bien plus appris à vous hair qu'à vous aimer, et que ce sentiment exclusif n'avait été jusqu'alors exprimé qu'envers une seule femme. Je vous découvre chaque jour. Et chaque jour, ce que je découvre en vous me séduit. Même lorsque je ne souhaite pas être séduit. Parfois, j'aimerais controler cette profusion de sentiments. Quitte à m'éloigner de vous. Je ne suis pas homme à basculer vers l'abandon. Jamais.

Tandis qu'il parlait, il s'apercevait que son visage se transfigurait malgré lui. De la tristesse à la joie, en passant par l'ironie, ses traits avaient révélés beaucoup plus d'expressions qu'il ne l'aurait souhaité.
Là n'était toutefois pas l'important.
Ce qui lui importait à lui, sur l'instant présent, se résumait à la chaleur qu'il caressait sur sa peau, ainsi qu'à la lueur qu'il allait rencontrer en ses yeux.




* Jean de la Bruyère

_________________
Cyrinea
Il n’était plus de clairière que le gris de ses yeux. Elle s’y abîma sans que sa main ne quitte son front, tout le temps qu’il prit pour plonger en elle. Puis, son doigt glissa sur sa joue alors que ses mots coulaient comme un baume mâtiné d’une angoisse un peu sourde.

Ils avançaient, aveugles, uniquement guidés par leur amour de l’autre. Ils récrivaient l’Histoire, la revivaient, et elle la comprenait, mieux aujourd’hui qu’hier, à l’aune d’un regard qui longtemps avait été ennemi. Un ennemi honni que chaque jour elle aimait davantage.

Elle posa instinctivement une main sur ce ventre qu’il regarda, bouleversée par ses aveux, et sa bouche frémit sans qu’elle n’y prît garde alors que son doigt à lui la goûtait, immobile.


Il nous faudra du temps. J’avais moi aussi appris à vous haïr, vous le savez. Mais dès lors que je vous ai vu la première fois, cette haine est partie en éclats.

Elle se leva, s’allongea à ses côtés. Contre lui. Appuyée sur son bras droit tandis que sa main se posait sur sa joue, elle ouvrit son âme.

Je vous aime et vous désire tel que vous êtes. Je me livre à vous. Prenez ce que vous voulez, combattez le reste, ne vous perdez pas. Car je ne veux pas vous perdre. Le monde sans vous est sans saveur et je m’y sens infiniment seule. Plus que seule. J’y perds pieds et avance telle une machine de guerre incapable de sentiment. Nous sommes heureux, c’est même de le dire un euphémisme qui parfois me dépasse. Je ne contrôle plus rien et ai besoin de tout savoir de vous, dans la mesure de ce que vous êtes capable de me dire.

Quant à s’abandonner, elle se sentait en mesure de le faire pour deux, tant, à cet instant précis, de mesure, elle n’en connaissait aucune. S’il devait être la Raison, elle serait la Folie.
Kronembourg
"Grande folie est de vouloir être sage d'une sagesse impossible." *


Silence. Comme si l'instant présent balayait toute notion de temps. Ne comptait que tout ce qui se référait à elle, l'enveloppait, bordait le flot de ses paroles.
Le barbu s'effrayait parfois lui-même. L'attention qu'il portait à chacun de ses détails, l'intonation la plus subtile de sa voix, l'expression de ses yeux ou encore le relief de sa bouche lorsqu'elle s'exprimait, lui semblait extraordinaire.
L'improbable équilibre de leur Histoire prenait vie, à sa façon. Pas seulement au travers de leur enfant à naître, mais à la place que chacun accordait à l'autre en son propre espace, jour après jour. Quant à la part de déséquilibre qui subsistait entre eux, elle n'était que Délices. De ces Délices qui vous ne laissent d'autre alternative que d'y goûter avant d'y succomber.


Je vous veux toute entière. Je ne veux rien combattre qui soit de vous. Tout ce que vous me donnerez, je le prends. Egoïstement. Le meilleur comme le pire. Ce que je n'aimerai pas me captivera.

Il le savait d'avance, car de ses défauts qu'elle s'amusait parfois à lui dépeindre, ou même à dévoiler malgré elle, il se passionnait déjà. Son regard s'attarda sur l'arrondi de sa bouche tandis qu'il prenait conscience qu'elle s'était allongée contre lui. Il combla la dernière distance séparant leurs deux corps. Irrésistible attirance. Il la désire, il la veut, la quête ne fait que commencer.



* Saint François de Sales

_________________
Pigeon_vole
Viens ici, la bête !

Et hop attrapé le biset ! La gamine relie son message,




Chère Cyr de Kro,

Je me fais houspiller par Mahault parce que je mange pas ses tourtes.
heu .... je mangerai bien des tourtaux,

C'est quand qu'on voit la mer ?

Bises amicales, ton amie
Xanthi

ps : j'ai nourri le bestiot, il va bien ?


Il l'avait vu sourire
Elle l'avait attrapé avec douceur et avait enroulé le billet à sa patte.
Elle l'avait tant gavé de grains de mais qu'il avait eut du mal à décoller.
S'il avait pu imaginer un instant en la voyant écrire cette missive qu'il serait obligé de traverser la Guyenne de long en large et en travers pour enfin les trouver .... il serait pas venu .....


SPLATCH ! SCROUTCH .........................BOUM !!!
Cyrinea
[BOUM...SPLATCH...HUMPF]

Fut le bruit et le grognement de protestation que l’on put entendre lorsqu’il l’enlaça délicieusement et qu’un volatile voulut profiter lui aussi de leurs effusions.

Elle se redressa, infiniment contrariée.


Devinez qui nous dérange ? Le pigeon de Xanthi et en plus elle me demande s’il va bien ! Je propose qu’en arrivant nous le faisions griller sur la plage.



Ma Xanthi,

Ton animal est dodu à souhait, continue à le nourrir surtout !

La mer...Nous y allons ! Juste un petit arrêt à Bordeaux pour récupérer Coulon, nous te tiendrons au courant de sa durée une fois arrivés sur place.

Au fait...Ta Mahaut...Aurait-elle par hasard des compétences d’accoucheuse ? Si c’est le cas, il faut absolument que tu l’emmènes avec toi, car je tiens absolument à survivre à cette épreuve.

Ton amie,

Cyr de Kro.



« L’amour, c’est le cri de l’aurore, L’amour c’est l’hymne de la nuit. »*

Etait-on la Nuit ou bien l’Aurore, était-ce la nuit qui allait s’étirer en Aurore, l’Aurore qui allait les conduire encore vers la nuit ? Elle ne le sut plus dès qu’elle eut repris place à ses côtés, dans le creux de ses bras. Elle se nicha contre lui, tout près de son oreille.

Ainsi ce seraient nos profondes différences qui nous captiveraient jusqu’à l’hypnose ?

Hypnose...Lorsqu’il la regardait comme il venait de le faire, elle n’était plus que déliquescence et désir de lui. Tous les clichés sur la passion lui revinrent en désordre, à grand vitesse, et elle mesura ô combien ils étaient vrais.

Elle les murmura, sur ses tempes, son visage, son cou, pour venir les perdre sur ses lèvres.


Je suis à vous. Toute entière et même au-delà.

L’amour pousse à des mots qui parfois ne veulent rien dire. D’impuissance de décrire ce qui est. La violence des corps fait le reste et comble ce vide du langage.

Sa bouche se fit plus pressante et ses mains explorèrent ce corps tant aimé. Elle prit le temps de faire voler en éclat sa parure et ses atours pour s’offrir à lui dans toute la pureté de son corps.


*Victor Hugo
Kronembourg
[BOUM...SPLATCH...HUMPF .... Groumpf ? PFFffffff ]


Dommage que le choc n'ait pas été plus brutal ; le barbu aurait pu accuser la bestiole d'avoir éventré la bâche à sa place. Au lieu de ça, il prit sur lui de ne pas renvoyer une série d'injures à Xanthi de style : " Va bouffer ta volaille, vieille @@GX##@ ! " ce qui, convenons-en, n'aurait pas été très approprié pour un homme de Dieu. L'un des rares qui plus est, en qui la jeune femme avait encore confiance.

... Et après avoir rôti son pigeon, nous jetterons Xanthi en haute mer , Maugréa-t-il en guise de réponse.

Plus sociable que lui, Cyrinea prit le temps de rédiger quelques mots. Derrière lesquels le barbu annota :




Quel plaisir d'avoir de vos nouvelles, Xanthi. Nous allons très très bien !

Kro de Cyr.



... Au cas où la Marmandaise dans un excès d'inquiétude, aurait l'idée de leur renvoyer un second pigeon, puis un troisième, pour s'enquérir de leur santé. Mieux valait anticiper.


« Le destin mêle les cartes, et nous jouons. »*


Lorsqu'elle ouvrait la bouche, lorsque ses mots se faisaient murmures pour caresser la surface de sa conscience, Kro perdait toute notion de raisonnement. Ses barrières d'homme réfléchi volaient en éclats chaque jour depuis le premier jour. Elle avait un don, pour faire flancher toutes ses inhibitions. Elle était intuitive et bien souvent, ses paroles ou ses actes faisaient mouche. Il ne put que fondre lorsque leurs lèvres se joignirent à nouveau, douces et chastes dans un premier temps puis pressantes au fur et à mesure que la passion s'instillait. Chaque fois qu'il se risquait à avancer sur le terrain du baiser avec elle, la tendresse devenait pulsions. Dès lors enfin qu'elle posait les mains sur lui, il ne songeait plus qu'à y céder.
Elle lui livra sa nudité, comme une offrande ultime tandis que lui-même déboutonnait l'encolure de sa chemise sans perdre une seconde de contemplation. Geste pressé, désordonné, impatience de goûter sa chaleur, s'y mélanger. Déjà la roulotte n'existait plus autour d'eux. Le reste du monde ne semblait plus que vague souvenir.
Impatience ... Trop.
Ils y perdraient en volupté s'ils se jetaient l'un sur l'autre sans se livrer à ces instants précieux où la complicité s'allie à la passion, le temps de quelques préliminaires. Son regard s'arracha à ses rondeurs pour rencontrer, non loin de la paillasse, un pichet de vin à moitié plein. Probablement un Bourgogne oublié par la sirène.
Les commissures de ses lèvres s'élargirent.
Il s'en saisit, le coeur serré, avant de retourner vers elle et s'accouder à ses côtés. Quelques gouttes se frayèrent un chemin depuis le creux de sa gorge jusqu'au centre de son ventre légèrement rebondi. Sans la quitter un seul instant du regard, il posa sa langue en aval du filet bordeaux et entreprit, non sans exprimer un certain contentement, de remonter toute la Bourgogne en amont.



* Arthur Shopenhauer

_________________
Cyrinea
« L'amour est un esclavage consenti. » *

Ce qu’il y a de plus délicieux en amour c’est que tout en méconnaissant les intentions de l’autre l’on sait qu’il va nous combler. Nous troubler. Nous anéantir jusqu’à totale reddition. Et si la belle était une rebelle, elle n’en goûtait que davantage cette voluptueuse soumission.

Le vin était à température ambiante, elle s’apprêtait à saisir la bouteille qu’il allait certainement lui tendre lorsqu’elle prit une direction inattendue, corroborant sa pensée philosophique du moment.

Elle avait scruté chaque grain de peau qui se dévoilait à elle, avait suivi le parcours de sa dévêture d’une main légère, effleurant ou caressant selon une impulsion provoquée par un regard qui ne se lassait pas de découvrir ce corps ducal. Le pouvoir aurait-il la faculté d’exacerber ses sens ?

Que nenni. Ils le furent d’anticipation. De sa langue alliée à la barbe donc elle sentait déjà les caresses sur son ventre et sur sa gorge.

Si bien que quand sa chair en frémit, son esprit en alerte fut à l’origine de soupirs de ravissement, de frissons, mais aussi de brûlures qu’elle fit semblant de ne point sentir afin de faire durer le plaisir. Elle s’exprima donc bien en-deçà de ce qu’un abandon eût pu laisser entendre, si ce n’est que ses mains prirent le relais.

Elle l’explora, s’attarda, l’abandonna pour s’attarder encore.

Lorsque l’amont fut franchi, Cyrinea darda son regard dans le sien, insensible à tout ce qui n’était pas lui.

Elle s’attarda à nouveau, car il est de ces aimants contre lesquels il faut accepter que la lutte soit vaine.


Roland Jaccard*
Kronembourg
« La volupté, voulant une religion, inventa l'amour. » *




Son regard se posa sur l'envolée des boucles brunes qui entouraient le visage de la rebelle. L'index en parcourut les contours, adorant par le geste ce menton volontaire qui se laissait glisser sur une gorge voluptueuse.
Désir.
Lorsque deux regards se joignent et se reconnaissent l'un en l'autre, ne serait-ce que l'instant d'un éclat. Il aimait tant les flammes qui en jaillissaient qu'il en éprouvait des poussées de chaleur, invasives, obsédantes à chaque seconde.
Son souffle se fit court. Un sourire apparut entre les mèches de cheveux désordonnées qui retombaient vers elle.
Désir.
Au dessin hardi de sa bouche, tous les sacrements imaginables. Une multitude de possibilités, une profusion de délices, là, tout près, accessibles et divinement attirants.
Désir.
Parce que la moindre de ses courbes était tentation qui ne souffrait aucune résistance, un appel à l'ivresse, l'extravagance, auquel on ne pouvait que répondre avidement sinon s'y soumettre avec la plus grande dévotion.
Désir.
De la désirer encore. Jusqu'à l'extême. L'oubli de Lui pour l'écoute d'Elle. Ses mains caressantes achevant de décupler ses ardeurs jusqu'à ce que la chamaille des corps s'engage. Prémices de nouvelles ivresses et d'explorations inédites, agitées sur une paillasse en fièvre.
Plaisir.
Lorsque ses lèvres atteignirent son creux le plus sacré et que sa bouche s'y attarda. Flirtant avec la ligne, y dessinant un pléthore d'envies à venir avant de retourner vers d'autre cîmes.
Désir.
Au moment exquis où son regard trouva de nouveau le sien. Avant que le balancement prenne vie.




* Natalie Clifford Barney

_________________
--Mahault_la_muette
[Marmande, quelques heures plus tard]


Splacht scratch ……….Bam bada boum

Gnéeeee !?
Koi ki gna ?


C'est l'bestiot qu' s'avez 'nvoyé qu'est d' r'tour !

Elle sort du baquet, glisse, se rattrape in extremis et cul nu arrive dégoulinante dans la grand salle où s'affairait Mahault.

Où c'est qu'il est ? ' y a un message ?


Oui oui, pis couvrez-vous, et si que'qu'un vous zyeutez !

La servante la ramène dans la chambre tout en lui tendant la missive, prend un drap et l'essuie :



Maaaa Xaaaanthiiii,

Toooon aaaniiiiimaaaaal ....
Mahault ! Cesse donc, je lis ! C'est Cyr de Kro.

Mahault finit tout de même de l'essuyer, lui passe une chemise, l'assoit et va pour la coiffer, quand Xanthi jette la lettre et lui prend les mains, l'entraîne dans une ronde gaie et enthousiaste.

Ahhhhhhhhhhhhh Que je suis contente ! Prépare ta malle nous partons voir la mer et manger des tourteaux.

Oh mais j' veux point viendre !

Oh que si, car tu vas l'aider à dégrossir. J'ai promis d'être là et de lui tenir la main et toi,

Elle se jette dans les bras de sa servante, l'embrasse,


Toi, tu vas l'aider.

Sgreu gneu gneu …..


Ils passent nous chercher. Ils vont manger tes tourtes et tes gratins. Ce sont des ogres et pis ils boivent bien aussi.

Dès j'aura f'ni d' vous rent'e pr'sentable !

La servante la rassoit et termine la coiffure, la vêture puis la lâche comme on libère un enfant puni.
Mahault part de son côté, elle est heureuse, un petit, un petit à venir. Elle se souvient des femmes qu'elle a aidées avant de s'occuper de la gamine. Les pots, les herbes, les linges, les onguents ….. Elle a tôt fait de vérifier sa malle.
La gamine de son côté a vite fait ses bagages. Elle ne sait rien faire de ses dix doigts mais ça elle le sait d'instinct.

Elles sont fin prêtes et attendent avec impatience d'accueillir les voyageurs et de les accompagner.
Cyrinea
« Tout vrai regard est un désir »

Son corps se tendait en tréfonds et en abîmes, en cimes arrogantes, et il n’était nulle parcelle qui voulût se dérober à la douce agression, à la sublime conquête, à la vertigineuse empreinte de Celui à qui elle avait décidé de se donner toute entière et entièrement, corps et âme.

Il lui coupa plus d’une fois le souffle, sa gorge expulsant des râles de survie, de trop de vie, de trop d’envie, de trop de Lui. Un cœur, un corps, trop plein de ce qu’il aime. Des envies de le dire, vite, non, doucement, oui...et ne rien dire. De ne savoir aimer rien d’autre que ce qu’Il lui offrait.

Alors elle y agrippait les mains, plantant parfois un ongle. Evacuer le trop et supplier, que l’on en veut, encore, comme un soulagement que l’on appelle et que l’on fuit.

Un précipice. Il est si délicieux de tomber. Vertige.

Remontée. Ancrage. Dans Ses yeux.

De ses mains, sur Lui, le saisir, encore. L’étreindre et étendre, amplement, doucement, tendrement, sensuellement, y sentir la chaleur, la douceur, la palpitation. Recommencer.

Il n’est d’infini que dans l’aube, lorsqu’elle rejoint la nuit. Il n’est d’infini que dans l’étreinte, lorsqu’elle se perd et que le jour, rejoint toujours la nuit.


* Alfred de Musset.
See the RP information <<   <   1, 2   >>
Copyright © JDWorks, Corbeaunoir & Elissa Ka | Update notes | Support us | 2008 - 2024
Special thanks to our amazing translators : Dunpeal (EN, PT), Eriti (IT), Azureus (FI)