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[RP] A la vie, à la mort

Catterine


On croit souvent que la vie et la mort sont les choses à la fois les plus certaines et les plus simples qu'on puisse trouver sur cetteTerre et pourtant…
Voilà une vie qui fait mentir cette pensée.
Cette vie, c'est celle de Catterine. Prénom ordinaire pour une jeune femme tout aussi ordinaire, du moins le croyait-elle dans une autre vie.
Une autre vie ? Comment est-ce possible ? me direz-vous.
Voilà donc un conte qui pourrait faire frémir les jeunes bambins désireux de veiller un peu à l'écoute d'une légende… et pourtant celle légende n'en est pas une.
Catterine, fille d'un heureux couple simple et modeste d'un irlandais et d'une femme de la jolie ville de Nîmes.
La jeune Catterine grandit, sage et de bonne éducation aristotélicienne, elle est aussi une passionnée de la mer et apprend très vite à nager. Une petite passion qui lui fait sentir libre.
Elle sait également qu'elle sera un jour promise à quelqu'un en échange de la dote que ses parents préparent depuis toujours, n'ayant pas d'autres enfants qu'elle.
Ce sont les coutumes, et tout le monde alentour suit cette coutume qui n'a de ce fait rien de choquant. Elle y est préparée et saura le moment venu être bonne et honnête femme de maison et mère bien sûre.
Un jour, elle devait avoir dans les 17 ans, un voyageur plutôt aisé ayant des terres en Berry croise le regard de la jeune Catterine et accepte l'alliance proposée allant avec la dote.
La jeune femme, bien élevée, n'a guère de dire non et se soumet à la volonté de ses parents pour cet homme qu'elle ne trouve pas repoussant. Après quelques arrangements et des adieux à ses parents qu'elle ne reverra sans doute plus, elle part, quitte la mer qu'elle aime tant pour découvrir l'univers de son nouvel époux.
L'époux en question s'appelle Franck. Il est aimable et semble attentionné.
En arrivant, elle découvre les terres et le petit domaine qui est un grand corps de ferme avec quelques personnes qui aident à la propriété.
Une nouvelle vie s'annonce pour elle et elle va tout faire pour se rendre vite utile et s'intégrer au mieux dans sa nouvelle maison…

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Catterine


Les jours de la fin de l'été laissent la place à ceux de l'automne et implacablement, les teintes rouges et mordorées couvrent les arbres et la nature alentour de la lumière décroissante et dorée du soleil couchant qui fuira bientôt les contrées à la faveur de l'hiver.
Un jour, alors que le soir tombe, avec lui c'est la première chute de la petite brune réduite à une ombre d'elle-même.
Non pas une chute de cheval ou d'escalier. Une chute néanmoins brutale, propulsée et aidée par la gifle qu'elle vient de recevoir.
Le mari aimable ne l'est plus, attentionné, il ne l'est plus non plus. La brune a peur. Elle ne sait comment réagir. Elevée pour être une bonne épouse, elle ne comprend pas.
La raison de cette gifle reste obscure et elle le restera encore longtemps.
Les gens autour ne voient pas et ne veulent pas voir ; n'entendent pas et ne souhaitent pas entendre.
Petit à petit, Catterine découvre la face cachée de l'homme a priori respecté.
Il n'est pas respecté, il est craint. Craint par sa folie et sa force, mélange plutôt dangereux chez un puissant comme lui, riche propriétaire terrien en comparaison des autres habitants de la région.
Et les gens se taisent car il paye, pas trop mal d'ailleurs, pour ses gens de ferme et ses sbires aussi.
Voilà la lente et longue descente, non pas en enfer mais dans le néant, qui commence pour la petite brune trop bien élevée pour se rebeller.
Elle est sa femme, elle lui appartient et il ne se languit pas de le lui rappeler si elle prend trop de liberté. Quelle liberté ? on ne le sait pas. Il la fait surveiller pour être sure qu'elle ne s'échappe pas, qu'elle ne le trompe pas… pour être sure qu'elle est à lui en somme.
De viol en violence, d'années en années, elle n'est plus qu'une ombre, une coquille vide qui vit sans ressentiment, sans plus d'espoir de quoi que ce soit.
Un jour, elle apprend être enceinte.
Joie ou crainte. Ce sont les deux qui prennent place dans sa tête à cette annonce. Joie d'un accomplissement de femme, crainte d'un avenir encore pire. Comment grandira l'enfant ? Si c'est un garçon, il deviendra surement comme son père, si c'est une fille… comme sa mère.
La question de ces inquiétudes ne durera que peu de temps puisqu'un coup de trop lui fera perdre l'enfant et la possibilité d'en avoir à l'avenir… un mal pour un bien ? Elle ne le saura pas.
A présent, elle n'est même plus capable de faire son rôle de femme et de mère. Plusieurs années passent encore et l'évidence de l'inutilité de cette vie s'impose de plus en plus à elle.
Elle apprend à répondre, à moins se laisser faire. Elle comprend que les raisons n'ont aucune importance dans les actes de l'ivrogne. Car ivre oui, il l'est de plus en plus et elle en apprécie à le voir dormir toute la journée pour cuver. Léger temps de répit pour se préparer à l'affront prochain.
Un soir, ce soir-là, il revient encore puant et transpirant de bière. Et encore une fois, il frappe. Du moins il essaye. Il la rate de peu, ses mouvements alourdis par la boisson qui le fait tanguer.
Il se reprend, voulant frapper, d'avantage par une habitude ancrée que par haine ou autre jalousie ; et cette fois, elle ose. Empoignant une poêle, elle se protège et rend le coup. A son grand étonnement, l'homme choit. La tête la première sur le parquet usé de la cuisine et un écoulement rougeâtre sort rapidement de sous sa tête.
Prise de panique, elle lâche la poêle et s'enfuit dans la nuit, à moitié dévêtue, hors de la demeure qui est devenue scène de crime…

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Catterine


Courir, sans s'arrêter. Toujours plus loin. Elle a peur.
A priori, personne ne la suit mais elle sait que pot-aux-roses sera bientôt découvert et ne tient pas à se faire rattraper par les sbires parfois trop zélés.
La nuit l'enveloppe, la fraîcheur nocturne dépose une sueur froide qui perle sur sa peau de porcelaine mais elle n'en a cure.
Au loin, à travers les bois, elle aperçoit une lueur, un feu de camp sans doute. Nerveuse et à bout de souffle, elle s'avance prudente du cercle de lumière qui luit sous les hauts arbres. Quelques personnes discutent tranquillement, apparemment inconnues et pas de la région. Des voyageurs sans doute.
Elle a peur, froid, faim et se sent épuisée. Elle ne sait pas combien de temps elle a couru ni dans quelle direction.
Elle regarde un moment la scène qui se déroule devant ce grand feu, apparemment des gens tranquilles. Elle hésite, plusieurs fois, elle s'avance puis recule puis se décide enfin.
Elle ne peut pas rester éternellement comme ça après-tout. Prenant son courage à deux mains, elle relève le menton, tentant de prendre une attitude "normale" au vu des derniers évènements qu'elle vient de vivre.
Elle entre enfin parmi les voyageurs, les saluant poliment comme toujours mais très vite on la juge. Non pas sur sa présence mais sur sa tenue, qui l'eut cru ? Pas elle en tout cas qui était à cent lieues d'y penser.
Partie rapidement, elle n'avait pas penser une seconde à ses vêtements que son cher mari avait pris soin de lui arracher avant de vouloir réitérer ses "bonnes habitudes".
Se trouvant à présent en simple tunique, les gens du feu l'avaient prise pour une vulgaire catin. Bien entendu, elle n'avait pas eu envie de s'expliquer sur sa tenue, disant simplement qu'elle n'en était pas une et n'avait pas eu le choix…
Au bord des larmes, elle finit par se défendre et décida de rejoindre un autre feu apparemment plus calme ou malgré tout elle trouva bon accueil par la suite et fit quelques bonnes connaissances.
En attendant, la journée n'était pas bonne pour elle.
Il lui faudrait se cacher quelques temps, voir même quitter la ville et le duché. De toute façon, la guerre qui pointait sur les terres berrichonnes n'annonçait rien de bon. Elle devait partir.
Partir où ? Comment ?
Après quelques jours restée cachée dans une vieille cabane de pêcheur inutilisée, entre deux sorties furtives en ville, elle apprit d'une part qu'elle était recherchée, ce qu'elle craignait et, d'autre part qu'un groupe de troubadours sortaient bientôt du Berry. C'était l'occasion ou jamais et elle la saisit.
Se joignant à ses gens bienveillants qui ne lui demandèrent aucun compte, elle put partir enfin et commença à sentir le plaisir de la liberté qu'elle n'avait jamais vraiment connu jusqu'alors…

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Catterine


Le goût de la liberté a quelque chose d'amer. La liberté s'acquiert en y mettant le prix, oui et elle était en train de le payer.
Continuant durant quelques jours la route en compagnie des troubadours, elle put se détendre par moments quand ceux-ci jouaient et chantaient autour d'un feu de camp improvisé pour la nuit avant de repartir le lendemain à l'aube.
Depuis sa fuite du Berry, Catterine se faisait discrète, très discrète. Moins elle en dirait sur elle et mieux ce serait. Elle aurait souhaité revoir ses parents mais hélas, deux années avant, elle avait reçue la missive de sa mère endeuillée qui ne tarda pas à suivre son bien aimé époux, morte de chagrin, quelques mois plus tard.
Elle était à présent seule et orpheline et avait devant elle une foule de possibilités qu'elle n'aurait jamais cru avoir avant.
Une connaissance sympathique qu'elle avait faite au coin d'un feu lui avait parlé d'une vie passée en maison close et Catterine, qui n'avait à ce moment plus rien à perdre se dit qu'après tout, devenir catin lui permettrait de manger à sa faim.
Pour avoir été maintes fois prise par son mari qu'elle haïssait, elle n'était plus à ça près. Cependant, cette connaissance qui était un libertin lui avait conseiller de réfléchir et si possible d'éviter cette solution et après réflexion, elle finit par abandonner l'idée.
En lieu et place, elle serait libertine. De Catterine, elle deviendrait Catty, femme vivant une liberté nouvelle qui lui ferait oublier son passé dans les bras de quelques hommes pour une nuit ou une heure…
C'était pour elle, une forme de revanche même si elle se plaisait à dire qu'elle n'y pensait plus et c'était presque vrai. Elle restait malgré tout avec du sang sur les mains qu'elle ne pouvait oblitérer.

Un soir, alors qu'elle attendait tranquillement quelques amis près d'un feu, une vision d'effroi revint soudainement.
C'était lui ! son mari qu'elle croyait pourtant mort était bel et bien vivant. Il l'avait retrouvé jusqu'ici. Prise de panique elle se sentit transie et avant même qu'elle veuille fuir, il la saisit pour la récupérer.
Elle était à lui et il tenait à récupérer son bien.
Heureusement elle eut la chance d'avoir quelques amis qui arrivèrent et assez rapidement eurent raison de lui qui finit par partir, promettant malgré tout de revenir.
Toute sa nouvelle vie libre s'effondrait soudain, anéantie par le retour d'un mort.
Pendant quelques temps, elle ne sortait presque plus, longeant les murs à l'affût pour prendre rapidement au marché ce qu'elle avait besoin pour vivre un peu et restait pour le reste du temps cloitrée dans sa chambre à l'auberge, se rongeant les sangs.
Au bout de plusieurs jours ainsi, elle finit par reprendre un peu le dessus, se disant qu'elle ne pourrait vivre éternellement ainsi.
Catterine n'avait jamais été de fort caractère, du moins elle l'avait toujours cru mais elle se découvrait dans ses moments-là un certain courage qu'elle n'aurait pas soupçonné, d'avantage mis en exergue par la nécessité que par véritable rébellion.
Ressortant peu à peu, elle revit un peu quelques amis qu'elle s'était récemment faits et qui l'encouragèrent à faire face, voir même à servir d'appât pour en finir avec lui.
L'idée n'était pas mauvaise et son amie Ger, bien que cette dernière déniait fortement avoir ou être une amie, lui avait offert un petit couteau, juste au cas-où. Une autre connaissance lui fournit également un poison qui fut appliqué sur la lame car Catt ne s'était jamais battu et ne savait pas le faire alors autant prendre double précaution.

Et c'est un soir, alors qu'elle attendait seule au feu ayant repris un peu confiance en elle en ne le voyant jamais revenir qu'elle se trouva de nouveau confrontée à son ancien bourreau.
Mais cette fois-ci, les choses furent différentes. Elle se releva d'un bond, reculant en lui faisant face, elle avait brandi ce pauvre couteau qui ne lui allait guère mais il était peut-être sa seule échappatoire.
La scène alla très vite, elle n'eut pas le temps de réfléchir à quoi que ce soit, d'approche en bousculades, celui-ci qui ne craignait pas les blessures s'était pour ainsi dire jeter sur la lame pour attraper plus aisément son bien vivant. Cependant, c'était sans compter sur le poison qui s'immisça dans son corps par la blessure faite.
Il ne s'attendait vraisemblablement pas à ça et on put lire sur ses traits autant d'étonnement, de torpeurs que de souffrance quand il se mit ensuite à cracher du sang en tombant sur elle.
Elle restait interdite tandis qu'une jeune femme ayant assisté à la fin de la scène sans comprendre vint ensuite l'aider à se relever.
Catty se releva, couverte de sang impur, elle jeta le couteau empoisonné dans le feu ; elle ne se doutait pas que le poison serait si… fulgurant. Regardant le reste de son ancien mari encore pris de dernières convulsions avant de rester inerte une bonne fois pour toute, les yeux ouverts et l'air hagard.
Durant quelques secondes, peut-être même des minutes, elle observait le cadavre ensanglanté, prenant peu à peu conscience de la chose puis une sorte de dégoût profond l'envahit et elle partit, enlevant ses vêtements tâchés de mort sans aucune pudeur car elle en avait peu et son esprit n'y pensait pas en cet instant.
Elle se plongea dans la première rivière qu'elle trouva, tentant de se laver de son crime mais elle savait qu'elle le porterait toute sa vie. Cependant, ayant déjà porté le fardeau de la culpabilité en le croyant mort une première fois, à présent elle n'en avait plus. Il avait mérité son sort, elle le savait.
Il lui fallut quand-même quelques jours avant de reprendre vraiment ses esprits et voir enfin la vie qui s'offrant, réellement neuve devant elle…

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Catterine


Après cet évènement qui marqua pour de bon la fin définitive de son ancienne vie, Catty se sentait plus légère.
Certes, son corps resterait marqué à vie de ce dont lui avait fait cadeau Feu son mari, cependant, la plupart des marques de violences étaient surtout visibles dans son dos qu'elle ne montrait presque jamais. Même durant ses heures d'amusements de libertinage ; sa longue chevelure d'ébène agissait comme un voile protecteur aux yeux indiscrets.
Ainsi la vie devenait moins acide et elle souhaitait en profiter sans restriction. Elle ne voulait plus d'attaches, aucune.
Elle rencontra pourtant certains amants pour qui elle ressentait une certaine affection mais elle s'interdisait à se l'avouer, rejetant avec dédain un éventuel nouvel enchaînement, pire encore que le mariage, les sentiments.
Elle n'avait jamais réellement connu ces derniers. Sa jeunesse à Nîmes ne lui en avait pas donné l'occasion et son départ aux côtés de son futur tortionnaire ne risquait pas non plus d'agir dans ce sens.
Ainsi, Catty connaissait des sentiments qu'elle n'avait jamais ressenti pour quiconque avant alors qu'elle souhaitait à présent, par dessus tout, la liberté après une vie passée en cage.
L'un deux libertin et l'autre qui semblait à contrario l'opposé de ce dernier. Deux hommes différents pour qui elle se gardait bien d'avouer ce qu'elle ressentait.
Par peur, par fierté, par besoin de vivre sa vie… beaucoup de raisons pouvaient alimenter ce choix de passer ses sentiments sous silence.

Notamment une en particulier surpassait toutes les autres et en était même la cause : elle se savait mourante.
Comment peut-on penser se savoir mourant ? Eh bien, durant sa jeunesse, à Nîmes, une diseuse de bonaventure l'avait interpelée rapidement pour lui révéler qu'elle ne vivrait que peu de temps après une vie difficile.
Sur le coup, à cette époque, elle ne l'avait pas crue et était partie en mettant de côté dans sa mémoire cette intervention.
Mais plus tard… bien plus tard… Alors qu'elle venait de "tuer" une première fois le défunt Franck, elle sentit un froid gagner rapidement ses mains et ses avant-bras qui prenaient peu à peu, au fil des jours, une teinte bleutée qu'elle cachait sous de longs gants.
Elle avait déjà ressenti, quelques temps auparavant, des prémices de ce froid mais n'en avait pas pris garde du fait de l'hiver. Mais cette fois-ci, ça empirait et rapidement.
Elle s'en rendit compte surtout une fois, alors qu'elle épluchait, en compagnie de connaissances de ce fameux feu de camp, quelques châtaignes sorties tout juste des braises brulantes. Elle ne ressentait aucune chaleur, aucune brûlure et sa peau ne changeait que peu de couleur à ce contact.
Une autre connaissance, peut-être une peu sorcière ou on ne saurait dire quoi d'autre d'ailleurs, tenta de la guérir mais cela ne fit que ralentir la progression pour ensuite la relancer d'autant plus…
Elle décida alors de laisser les choses se faire. Elle prit peu à peu conscience qu'elle devait se résigner à cet état de fait, inéluctable, à ce froid, inextinguible qui gagnait un peu plus d'autres parties de son corps comme ses jambes et sa peau…
Elle en avait averti un ami, Arthus, avec qui elle se sentait proche en restant toujours que des amis mais qui semblait capable de ne pas se lamenter sur le sort qui l'attendait. Car non elle ne voulait pas d'apitoiement. Surtout pas.
Elle voulait continuer de vivre le temps qu'il lui restait comme si de rien n'était et c'est pourquoi elle n'en parla à presque personne. Elle préférait garder sa peine pour elle, enfouie au fond de son être et laisser les autres continuer leur vie normalement.
Car oui, de la peine elle en avait même si elle disait le contraire. Elle disait ne rien regretter mais elle savait qu'elle regretterait. Elle regrettait déjà. Mais que faire d'autre… Elle ne connaissait même pas l'origine de cette maladie et un ami médecin n'avait rien détecté d'anormal alors… Alors soit, elle vivrait et elle mourrait mais pas en infligeant sa douleur aux autres…
Pourtant elle se sentait de plus en plus seule, face à elle-même. Ce vide autour d'elle, elle l'avait fait, presque trop bien.

A présent, elle ressentait le besoin d'une simple présence alors que ses jours s'amoindrissaient grandement… C'est là, que lors d'un voyage qui la mena en Guyenne, elle fit la connaissance de ce troubadour. Homme simple et qui semblait avoir la tête sur les épaules. Elle décida alors de jouer celle qui d'un coup voulait changer de vie, devenir sérieuse et se mettre en couple.
Bien sure, l'étonnement fut grand et, pour cause, auprès des personnes qui la connaissaient assez pour savoir qu'elle détestait les couples et tout ce qui allait avec.
Cet changement d'attitude de la brunette suscita beaucoup d'interrogations alors qu'elle n'avait simplement plus la force de sa vie libertine qui l'épuisait. L'ironie du sort comme toujours. Elle terminerait ses "vieux" jours comme elle disait, avec ce Cig et les gens l'oublieraient…
Cependant, Cig devenait plus absent et elle s'ennuyait de sa vie libre et un jour, elle préféra reprendre la route. Ayant quelques économies dont elle ne ferait rien elle choisit d'abord d'en offrir une bonne partie à une amie, Seraphie, qui bien sure fut étonnée du geste mais elle la rassura avant de repartir, une fois son don fait.
Après quoi, se sentant de plus en plus à bout de souffle, elle dirigea son percheron et sa roulotte vers le nord pour rejoindre Tom qu'elle n'avait pas oublié…

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Catterine


Alors qu'elle se reposait un instant dans une taverne sur sa route allant toujours vers le nord, elle avait décidé d'écrire.
Ecrire une missive, prévenant Tom de son "retour", qu'elle aurait des choses à lui dire, importantes.
La réponse ne se fit que peu attendre et elle put lire dans les mots qu'il avait couché sur le parchemin une certaine inquiétude qu'elle n'encouragea ni ne rassura…
Il saurait la pénible vérité bien assez tôt.
Celui-ci proposait de la rejoindre également, lui épargnant une partie de route à faire en plus. Elle accepta, se sentant de toute façon de plus en plus lasse.
La ville qui vit leurs retrouvailles était bien plus un village, simple et discret au nom de Guéret.
Il ne s'y passait pas grand chose et ils purent facilement se retrouver un jour dans une des quelques tavernes de la bourgade.
Il semblait heureux et elle l' était aussi mais ses sentiments étaient mitigés, sachant ce qu'elle devrait bientôt lui révéler.
Restant comme toujours avec son impassible sourire énigmatique qui souriait autant qu'il aurait pu être triste, un sourire et une expression habituels pour elle, qui n'avait que peu d'émotions -ou plutôt les masquait pour une question, propre à elle, de survie-
et lui faisait souvent donner l'adjectif de femme énigmatique.
Elle ne cherchait pas particulièrement à l'être mais elle était ainsi. Gardant pour elle, ses émotions, ses sentiments et toutes expressions qui auraient pu la trahir.
Trahir quoi ? se dirait-on. Seule elle le savait mais surement une part d'elle, sensible et faillible après avoir connu le supplice d'un pervers.
Toujours est-il que cette expression indéfinissable peignait encore une fois son visage d'albâtre et ses yeux en amande aux reflets verts.

Il se tenait là, près d'elle, visiblement inquiet sentant certainement un pressentiment à ce qu'elle allait lui dire.
Elle cherchait ses mots mais ça n'allait jamais et il finirait par s'inquiéter encore plus et s'impatienter alors, reprenant un peu plus le dessus sur elle-même, arborant cet air détaché qu'elle préférait pour dédramatiser l'inéluctable et implacable aveu.
Alors, elle lui lâcha simplement la pure vérité de sa fin proche… "Tom, je suis mourante".
Elle eut l'impression un instant que la pièce fut vider de toute chose, rendant un écho à sa voix et ses mots difficiles.
Un silence était tombé suivi rapidement d'interrogations de la part de Tom qui ne comprenait pas comment cela était-il possible.
Elle tenta tant bien que mal de lui expliquer le peu qu'elle savait de sa situation et dévoila ses mains habituellement gantées pour révéler la teinte bleutée, voir violacée qui couvrait la peau de ses avant-bras. La peau et ses bras, ses mains… étaient glacés. Impossibles à réchauffer.
La peine dans son regard se lisait aisément, elle le savait amoureux même si elle avait toujours essayé de l'épargner, elle sentait qu'aujourd'hui malgré ce qu'elle lui imposait comme douleur, elle était heureuse qu'il soit là.

Les jours qui suivirent furent une lente descente vers l'incapacité croissante de Catty à pouvoir se mouvoir, sentant cet immense froid la gagner chaque jour et chaque nuit d'avantage.
Son cœur s'emballait, son souffle devenait chaotique et ce fut ce soir-là. Tom rentrait tout juste de son labeur. Il tentait de garder le sourire mais elle voyait la peine qu'elle lui causait. Et malgré ça, ou peut-être justement à cause d'elle, elle sentait sa présence comme réconfortante.
Elle se sentait comme une petite barque perdue en haute mer, dont Tom était la seule bouée isolée qu'elle avait put atteindre et qu'elle avait surtout souhaitée.
Il était là, elle se sentait bien par sa présence malgré l'implacable. Il la veillait, s'occupait d'elle.
Sentant de plus en plus sa fin proche, elle lui avoua finalement qu'elle était heureuse qu'il soit là. Elle lui avait demandé un peu plus tôt de prévenir quelques personnes proches qu'elle appréciait. Il en avait pris bonne note et elle savait pouvoir lui faire confiance. Après tout à défaut de lui avoir donné sa vie, elle lui avait confié sa mort. Curieux cadeau me direz-vous. C'était Catty. Elle était comme ça. Elle se voulait insensible, elle l'était en partie mais surtout du à son incompréhension du monde qui l'entourait.
Elle était comme une âme perdue dans un corps sans "vie". J'entends par vie, la vie des émotions et des sentiments habituels aux gens du commun des mortels. A présent, elle serait réellement une âme sans structure ou attachement.
Sa vision s'obscurcissait peu à peu, elle pleure de la peur qu'elle ressent alors, le visage de Tom s'effaçant peu à peu, elle se raccrocha par réflexe à sa main qu'elle ne sentait presque plus… Elle entend encore sa voix, puis une musique douce qui l'envahit… avant de trouver l'obscurité totale… vaporeuse… légère… son souffle n'est plus, son cœur ne bat plus…

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Tomnibus


Tom, assis là devant elle, son corps comme pétrifié continue de jouer pour l'apaiser. Il la sent vaciller doucement, passer de l'autre coté, la regarde ... Elle ... elle qu'il a longtemps aimé, elle qui l'a longtemps rejeté, peut etre par principe ou convictions ... il n'a jamais vraiment su ... Elle ne s'est meme jamais vraiment dévoilée mais voila qu'elle s'en va, le laissant seul dans sa tristesse.

Tom regarde ses yeux se fermer doucement, ses larmes de torpeur couler le long de ses joues pâles ne s'arretant pas de jouer. Combien de temps ? il ne le sait pas ... seules des notes transparassaient sa tristesse. Lui meme avait les larmes aux yeux ...

Le moment est venu de lui faire faire son dernier voyage. Il croise ses mains sur son torses deja froid et inerte, lui essuyant les joues puis la couvre un peu mieux. Il descend et va doucement tapoter perchy, lui faisant comprendre qu'il fallait reprendre la route ...

La journée est magnifique, les oiseaux chantent, la chaleur est bien présente ... la nature se désinteresserait elle de la mort de catty ? ou plutot l'accompagnerai si bien , pour la rechauffer, lui donner une fin paisible ...

S'arretant pret d'un petit lac au milieu des collines, il détache les reines de perchy pour le laisser gambader et boire à sa guise. Puis il se pose devant l'eau, assis, en silence, n'ecoutant que la nature, essayant de faire le vide.
"Comment faire son deuil ? encore une ... je suis entouré par la mort ... je dois oublier ... j'oublierai ..."

Le calme revient en lui petit à petit, les bruits se faisant moins oppressant.
"Que c'est beau" murmura t il. "un lieu parfait pour la belle ..."

Il retourne alors dans la roulotte dans l'espoir d'y trouver un semblant de pelle. Trouvant une petite truelle se dit "ca fera l'affaire".

Lentement il commence le travail harrassant, creuse, creuse, pleurant puis souriant n'etant plus maitre de ses émotions ...

Quelques heures plus tard et hésitant, il souleve doucement de son lit cette poupée de glace, et l'amene doucement jusqu'a son dernier repos, la dépose doucement.

Il la contemple longtemps afin de garder son visage ancré en lui puis la recouvre lentement la laissant voguer vers d'autres contrées.

Tom se rapproche alors de perchy pour le réharnacher et monte sur la roulotte, jettant un dernier regard en direction de catty. Il murmure alors tout bas "partons perchy .. laissons la tranquille"
Su ces mots, Tom donne un petit coup de rennes et disparait dans cette nature resplendissante.
Catterine


Les ombres l'emportent… loin, ailleurs… le temps et la douleur n'existent plus, ne sont plus qu'illusions dans ce monde vague, iridescent, diffus où la consistance n'est pas de mise.
Elle flotte, longtemps ou en une seconde éternelle, des visions de sa vie lui viennent, fugitives, impalpables qu'elle essaie de toucher…
Puis la lumière. Envoutante, omniprésente s'efface et disparait peu à peu, de plus en plus vite. Elle est comme plongée dans le vide , tout s'éloigne lentement puis plus rapidement. Descente vertigineuse… puis… le noir l'envahit.
Quelque chose ne va pas. Comme un manque. Manque de quoi ? elle ne sait pas. Une souffrance lancinante revient en elle. Que se passe-t-il ? Où est-elle ? Qui est-elle ? Elle voudrait crier mais…
Mais elle ne respire pas ! Elle suffoque, tente de se débattre. Quelque chose frappe, cogne, c'est son cœur qui résiste et panique. Depuis combien de temps est-elle comme ça ? Encore une question sans réponse.
Une voix qu'elle entend soudain, étouffée parvient à s'échapper, c'est la sienne. Sa voix ? mais qui est-elle ? Où est-elle ? Elle se sent partir à nouveau, manquant d'air, elle se convulse sous ses draps de terre.
Et d'un coup la lumière, brillante aveuglante. Et l'air ! Une grande bouffée d'air lui parvient, lui rendant la vie pour de bon, comme si ses poumons n'en avaient pas eu depuis des années. Comme si elle venait tout juste de naître. Mais aucun cri de nourrisson ne troublera l'évènement.
Elle entend quelque chose mais quoi ? Une respiration, rapide, haletante mais… il y a quelque chose qui n'est pas humain ; puis une sorte de; jappement, un aboiement peut-être. oui ça doit être ça. Des cloches aussi et une voix d'homme lointaine. Il parle à ses bêtes pour les guider.
Son chien de berger l'appelle, il à découvert quelque chose ou plutôt… déterré quelqu'un.
Le berger stupéfié voit la jeune femme enterrée et pourtant vivante. Il regarde autour de lui, ne sachant quoi faire, se demande d'où elle vient et aperçoit un voyageur qui passe sur la grand route à une centaine de mètres de là.
Il court vers lui, le hèle se demandant si celui-est responsable du cas de la dépouille suffocante. Le voyageur n'y est pour rien mais voyant l'embarras du berger, accepte de ramener la femme au couvent non loin, devant lequel il est passé peu de temps avant sur son chemin.
Catty ne sera donc pas encore destinée à rejoindre le très haut. Elle a perdue conscience et l'homme l'emmène laissant le berger dans tous ses états, l'air hagard, visiblement troublé de la découverte de son gardien de troupeau.
La petite brune sera donc amenée inerte, inconsciente mais en vie au couvent de guéret.
Durant des jours et des nuits, les sœurs la veilleront, écoutant vaguement ce qu'elle pouvait dire dans ses sommeils agités et décidèrent de tenter de contacter une des personnes dont le nom revient souvent.
La conscience de la jeune femme revenait peu à peu, rouvrant de plus en plus souvent les yeux mais embrouillée et amnésique. Lorsqu'elle put de nouveau entendre et réellement comprendre les questions des nonnes, elle commença à répondre par des signes de tête puis retrouva peu à peu la parole, comme si elle n'avait pas parler depuis des siècles.
Mais pour dire quoi ? Le plus souvent "je ne sais pas".
Ainsi la mort elle avait connue, en était revenue mais personne ne savait comment ni pourquoi. Les sœurs parlèrent de petit miracle, du moins les plus enjouées car les mères supérieures y voyaient plutôt un acte du sans nom. La question restant sans réponse, elle ne fut pas condamnée, surtout du fait de sa perte de mémoire.
Plus tard, elles s'accordèrent à dire qu'il avait sûrement s'agit d'une sorte d'empoisonnement ou d'intoxication. Mais bien sure, elles ne savaient pas à quoi. Volontaire ou involontaire ? Autant de questions qui resteront ce qu'elles sont.
Une nouvelle vie, encore une fois, s'impose à elle au prix d'un lourd tribus. Encore une liberté qu'elle acquiert sans l'avoir vraiment voulue et en y mettant le prix…

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Catterine


Un visage la hante souvent durant son sommeil qui se fait moins agité ainsi que durant ses journées, alitée le plus souvent.
Un visage, ce visage… un corps aussi. Les sœurs parlent de quelqu'un. Un homme dont elle aurait prononcé le nom qui ne lui dit pourtant rien mais déduit qu'il s'agit de "lui".
Quelques jours passants encore dans cette atmosphère dénuée d'humanité malgré les soins qu'on lui prodigue.
Les visages sont tendus, crispés parfois à la seule vue de la petite brune qui rien moins que d'être sortie d'une sépulture, celle-ci à des formes avantageuses et peu cachées de femme à plaire.
Catty qui est redevenue la simple Catterine s'impatiente. Elle veut le retrouver, le revoir.
Les sœurs parlent d'une ville et la brune n'attend pas plus que la nuit tombée pour fausser compagnie aux si sérieuses femmes du très haut. Celui-ci doit être bien sévère, pensa-t-elle.
Elle part donc. Seule, avec quelques miches de pain empruntées aux réserves religieuses mais elle ne les gardera pas longtemps.
La route n'est pas sûre et elle en fait par deux fois l'expérience avant de parvenir à la capitale lyonnaise. Elle arrive, affamée, sans rien sur elle que ses quelques vêtements usés et tout juste de quoi se payer un endroit où se reposer en promettant à sa logeuse de la rembourser dès sa paye touchée.
Elle profite un moment pour se remettre de la fatigue causée par les quelques jours et nuits de marche qu'elle vient de passer et va aussitôt trouver un travail.
La journée passe. Elle exécute son labeur et profite de la fin de sa journée terminée pour rechercher celui qu'elle est venu retrouver. En vain.
La nuit passe puis une nouvelle journée presque identique à la première.
A la différence près qu'elle pense le voir par la lucarne d'une taverne. Il lui ressemble et elle entre, le voyant, se sentant soulagée de bonne fin de son entreprise, elle lui saute au cou et il ne la repousse pas, étant malgré tout étonné du geste de Catterine.
Les jours passent, elle s'éprend de lui. Elle ne devrait pas, elle le sait, il est libertin . Mais elle en apprend un peu plus sur elle-même, ancienne libertine apparemment. Il dit ne pas connaitre le reste de sa vie. Il lui ment, pour son bien.
Après un voyage entrepris pour s'éloigner de celui qu'elle aime malgré elle, durant lequel elle rencontre des personnes par le plus grand hasard qui lui révèlent la connaître. elle poursuit malgré tout son chemin vers la mer, image bleutée qu'elle a dans ses visions brouillées. Chercher à se souvenir lui procure des migraines difficiles à calmer.
Encore une fois, en poussant ses pas sur "une route de trop" vers Arles, elle se fait une nouvelle fois prendre ses maigres vivres.Qu'importe, elle n'est pas pressée, elle prendra le temps de travailler et refaire quelques provisions. C'est encore par le fruit d'un heureux hasard qu'elle retrouve un ancien ami qu'elle ne reconnait pas plus que les précédents.
celui-ci, néanmoins, la convainc d'attendre et ne pas repartir seule. Il l'accompagnera et elle lui en est reconnaissante, ayant par la suite eu vent de nouveaux vols sur les chemins.
C'est ainsi qu'elle refait la rencontre fortuite de Tom. Celui-ci la reconnait, visiblement troublé et elle en déduit l'avoir connu.
Son visage, ses yeux lui reviennent en mémoire lentement, de manière floue. Celui-ci la raccompagnera finalement à Lyon, faisant par la même occasion la connaissance de sa sœur, une femme rousse au caractère pimenté mais pas hostile pour autant.
Avant que Tom ne la laisse à bonne destination, elle lui promet revenir le voir car il n'habite pas loin. Il la troublée même si elle n'en dit mot.
De retour où elle avait pris place dans une cabane de la Lyon, elle sent que sa présence est moins souhaitée. Elle repart et ne dit rien. La veille, elle lui dit un "au revoir" qui ne verra pas son retour.
Elle s'est trompée, elle le sent. Elle file, pensant trouver une autre piste la menant à son histoire passée, à ce qu'elle ait pu être, de près ou de loin. Hélas, la personne ne se montre pas et Catterine s'impatiente, une fois de plus.
Elle décide de rayer de sa liste la recherche de son passé. Celui-ci semble bien plus complexe à retrouver qu'elle ne l'aurait cru. Mis à part qu'elle ait appris ne pas avoir de famille qui l'attende elle ne sait pas grand chose et se trouve donc orpheline. Plus de parents, pas d'enfants et un mari disparu, elle ne sait pas comment ni pourquoi. Et une vie de libertine qui ne lui avait apparemment donné aucune attache.
Quittant la petite ville de Savoie, elle part retrouver Tom à qui elle pense chaque fois un peu plus. Elle a été touchée par lui et ses rêves tourmentés lui ont révélés des sentiments qu'elle avait ressentis. Elle l'avait aimé, elle en était sure et ressentait encore ce pincement au cœur à la pensée de lui.
Ainsi, elle prendra la route pour Autun, toujours aussi seule et imprudente mais cette fois sans anicroche.
Elle arrive un matin à Autun, quelques jours après et le retrouve… mais pas seul…

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Catterine


La découverte de la ville ne se montre pas aussi agréable qu'elle aurait pu le penser.
Autun pourrait presque bien porter son nom tel l'accueil quelle y eut fut mêlé de jugement. De prime abord, elle ne comprit pas vraiment pourquoi mais les raisons se révélèrent assez vite.
Tom qu'elle pensait retrouver libre et accueillant fut des plus mitigés, et pour cause. La courte période qui les avait séparés avait vu naître auprès de lui une relation avec une femme de la ville.
De ce fait, elle ne souhaitait pas créer de problème malgré sa volonté de le retrouver et elle le voyait partagé entre la raison et le cœur.
Décidant de ne pas s'imposer d'avantage et de laisser à Tom le temps de la réflexion sur ses choix, elle quitta la ville, attendant au village d'à côté qu'il lui dise sa décision. Quelle qu'elle soit, elle l'accepterait.
Les jours passent et voient venir le retour de Tom qui lui avoue ses sentiments depuis longtemps gardés. Tout ce qu'ils ont vécu et dont elle n'a pas souvenirs, elle s'en veut mais souhaite reconstruire ce qu'ils ont partagés.
Elle l'aime, elle le sait et la réciprocité est présente. Tout irait presque merveilleusement, une pointe de bonheur se montrant à l'horizon.
Quelques détails restent néanmoins à régler pour celui qu'elle redécouvre avec plaisir et un retour chez lui s'impose donc qui finalement tuera dans l'œuf ce sentiment de plénitude.
C'était trop beau pour être vrai. Il se fait distant et elle en découvre rapidement la cause.
Il a rencontré une autre femme. Sans doute moins indécise, sans doute moins énigmatique et sans doute plus forte qu'elle ne le saura jamais. Une femme simple quand elle est si complexe. Une femme pleine de vie et accomplie quand Catty ne réapprend qu'à vivre.
Elle ne peut lutter et après une missive le "libérant" d'elle, elle reprend la route, larmes au fond du cœur, vers l'est, vers la Bretagne qu'elle pensait aller voir avec lui.
Elle ira seule, comme elle l'avait toujours fait avant, la solitude étant une compagne très jalouse qui ne se laisse pas facilement évincer…

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Catterine


Du départ d'Autun, les jours passent sans inquiétude particulière sur les routes de bourgogne, traversant sans même s'en rendre compte, les frontières berrichonnes, un arbre ressemblant a un autre qu'il soit bourguignon ou berrichon.
Une halte se fait sentir et c'est à Bourges qu'elle la fera.
Bourges…Ancienne ville qui l'a vue vivre puis se faner petit à petit sous le joug de son mari tyrannique, mais elle ne le sait pas, ne le sait plus.
Ses migraines la tiraillent toujours depuis sa perte de mémoire et elle ne cherche plus ce passé qui pour elle est définitivement perdu et oublié. Son passé tout comme son aimé sont derrière elle et c'est maintenant de l'avant qu'elle souhaite aller.
Elle est seule, elle continuera donc sa route seule… Mais.
Mais… oui, après avoir terminé sa halte berrichonne, prête enfin à reprendre les chemins à ses risques et périls, les gardes postés aux poternes l'en empêchent et refusent de la laisser sortir de la ville.
C'est alors l'incompréhension totale. Pourquoi une simple femme comme elle serait retenue ici ? Le pourquoi… elle mettra longtemps à le savoir et de par elle-même…
Même le procureur avec qui elle avait pourtant sympathisé se refusait à une explication, éludant les questions par un "je ne sais pas" insatisfaisant.
Ne connaissant pas grand chose aux histoires juridiques, elle n'insista plus, se contentant du "ça va se décanter bientôt" qu'on pouvait lui servir à ses soupirs impatients.
Et tout se décanta oui.

*C'est en longeant les différentes ruelles que petit à petit des choses lui revinrent en mémoire ou plus exactement des sensations étranges de connaître cette ville. Pourtant elle n'y était jamais venue depuis sa perte de mémoire.
Cela voulait donc sans doute dire qu'elle avait vécu ici. Elle avait envie d'en ressentir une certaine joie pensant que des personnes pourraient peut-être la connaître et l'aider mais curieusement, elle n'aurait su dire exactement pourquoi, ces sensations étaient mêlées d'amertume… comme lors de cette discussion en taverne à Lyon, quand ils avaient parlé du Berry. La scène lui revint seulement maintenant ; elle ne s'était pas sentie très bien.
Et plus elle avançait plus les gens qu'elle croisaient la regardaient étrangement, les femmes chuchotant entre elles et les hommes lançant des regards torves.
Elle ne comprenait pas pourquoi. Peut-être le fait d'être une étrangère, ou peut-être son teint pâle qui lui valait parfois certaines réflexions sur son éventuelle santé. Toujours est-il qu'elle se sentait de plus en plus mal à l'aise et accéléra un peu plus le pas pour tenter de regagner l'auberge…
En passant devant une taverne où des hommes en ébriété évidente hélaient les passants, transpirant l'alcool à dix mètres, elle ressentit comme un choc violent au fond d'elle qui lui coupa le souffle et la fit s'arrêter un instant.
Lentement, des visions, des émotions, des sensations lui revinrent avec une étonnante précision qu'elle aurait préférée ne jamais connaitre et un haut-le-cœur la prit qu'elle retint de justesse, sa peau de porcelaine devenant encore plus pâle, si cela était possible…
La tête lui tourne, les migraines reprennent, plus violentes que jamais.
Elle avance un peu plus loin, tentant de se mettre à l'abri des regards accusateurs, elle regagne un coin de rue, elle ne sait pas où elle est mais elle continue de marcher, lentement.
Encore une fois, les lieux lui semblent connus, de plus en plus. Et comme allant vers l'inéluctable elle continue pourtant, souhaitant et fuyant à la fois ce qu'elle redécouvre.
La rue est d'avantage une route qui mène à un grand corps de ferme…
Elle plie le corps sous la douleur lancinante tout en revoyant à une vitesse fulgurante les évènements qui s'étaient passés ici. Tout son être en est retourné et son estomac ne tient pas d'avantage, laissant aller le haut-le-cœur qui va mourir dans un fossé.
Son asservissement à cette homme, son mari, mauvais, ivre, violent, dominateur. Elle en ressent chaque moment de peur et de révolte étouffée, de peine et de souffrance, de solitude aussi, toujours aussi pesante.
Elle tremble et suffoque à tout ce qui lui revient en mémoire. Comment a-t-elle pu oublié ça ? Et pourtant comme c'était bon de ne pas savoir finalement.
Mais elle sait et avec la suite de sa précédente vie qui se déroule sous ses yeux, c'est un sentiment grandissant de curieuse force créée par l'abandon, l'indifférence qui s'est créée au fil des années puisque les raisons n'avaient pas besoin d'être pour laisser les choses se faire.
Elle a subit, elle en a été indifférente puis elle s'est révoltée enfin.
Elle revoit encore la scène où elle le frappe de sa poêle en fonte après les cris et les menaces. L'homme croule et ce rouge qui sort bientôt… tout ce sang. Comment cela pouvait-il être si simple après toutes ces années ? Simple ? La mort n'est jamais simple et elle doit en payer le poids.
Après avoir vomi ce qu'elle pouvait, elle réussi à se redresser, regardant les bâtisses avec un détachement qu'elle aurait voulu avoir mais cette vision lui faisait se refermer à nouveau. Pour ne plus rien ressentir. Enfermer son cœur à double tour au plus profond de soi ou bien encore, le laisser ici pour toujours et le laisser pourrir…
C'est avec ce genre de réflexions de détachement volontaire et de fermeture totale à ce qu'elle avait connu ici, qu'elle acquit la force de regarder les lieux, le regard sombre et froid, pourtant empli d'un dégout incommensurable qui la fait haleter d'une sourde fureur.
C'était fini. Elle n'avait plus rien à faire ici. Elle devait oublier maintenant. Oublier ? Encore ? pouvait-elle se le permettre après la pesante solitude qu'elle en avait ressentie.
Certes elle savait son passé douloureux mais elle savait à présent d'où elle venait, ce qui l'avait construite et qui elle était maintenant et pour l'avenir.
L'avenir… quel avenir ? elle ne savait pas encore et ses pensées touchèrent involontairement le visage bien connu de celui qu'elle avait laissé il n'y avait seulement quelques jours.
Non, elle était partie pour une bonne raison et il avait lui-même sa vie à faire… avec ou sans elle.
Leurs routes s'étaient croisées une deuxième et surement dernière fois.
Ainsi, les gens qui lui parlaient de regarder devant elle, pouvaient maintenant avoir raison. Elle le pouvait. Envisager un avenir même si elle ignorait où et comment. Mais elle prendrait son temps pour le faire bien.
Elle était restée là, au milieu de la route terreuse et poussiéreuse, à ne pas détacher son regard du corps de ferme qui affichait une certaine détermination, chaque fois plus de détails lui revinrent mais son cœur s'était fermé à ses visions et elle n'en ressentait plus rien, ou presque…

Les hauts-le-cœur avaient quelque peu cessés et la froideur avait peu à peu regagné le tendre cœur pourtant si palpitant de la petite brune.
C'était à présent une sourde colère qui la faisait souffler à pleins poumons et gronder dans son esprit aux souvenirs douloureux et méprisables.
Quelques jours étaient passés à Bourges sans qu'elle n'eut pourtant souvenirs de tout ceci.
Alors pourquoi maintenant ? Peut-être pour les questions qu'on lui posaient sans cesse ? Peut-être parce que les gardes de la ville avaient sans doute reçu l'ordre de ne pas la laisser sortir même s'ils ne lui en dirent rien.
La seule vague raison évoquée par un garde rien moins qu'amène : "c'est pas possible, faites demi-tour". Cela ne souffrait aucune discussion et Catty qui n'avait pas le tempérament d'une guerrière, avait tenté d'en savoir plus sans résultat.
Peut-être aussi par cette étrange révélation qu'on ne lui avait pas faite avant ce lendemain de baignade… des cicatrices, des marques qui parcouraient son dos ? Il était évident que Sucre ou même Tom le savaient. Cela ne pouvait pas en être autrement… Et pourtant ni l'un ni l'autre ne lui en avait parlé depuis son retour de la mort.
Ses suffocations se calmèrent peu à peu, reprenant doucement le dessus sur ses émotions qui l'avaient frappée de plein fouet. Une vague gigantesque venant presque la noyer n'aurait pas eu d'autre effet, en réchappant de peu.
A présent, la difficulté consistait à ne pas retomber dans les travers qu'elle avait pu connaître à cause de tout ce lourd passé qui l'avait rongé malgré elle, malgré son apparent détachement feint.
La lumière environnante décroissait lentement mais sûrement sur l'horizon champêtre et le soleil baignait de ses derniers rayons dorés, comme une incandescence avant la mort du jour, la fine silhouette qui se trouvait encore là, comme figée au milieu de cette route apparemment peu fréquentée.
Il était temps de repartir. Elle n'avait vraiment plus rien à faire ici et cette dernière pensée s'était faite jour par un certain dégoût amer qui pouvait à cet instant se lire sur son visage.
Le problème… Elle ne pouvait pas partir et elle comprenait maintenant pourquoi on l'avait retenue mais que faire ? Dire la vérité ? Elle irait surement en geôle. Mentir ? En serait-elle seulement capable. Elle pouvait garder pour elle ce qu'on ne lui demandait pas mais dire volontairement autre chose relevait d'un autre talent dont elle ne se pensait pas dotée.
Un long soupire succéda à ses interrogations personnelles et, se résolvant enfin à quitter les lieux à la tombée évidente du soir qui faisait déjà scintiller quelques étoiles dans le firmament, elle en tourna volontairement le dos pour ne plus jamais revenir ici, se dirigeant vers le centre de la ville…*

Ainsi, elle avait parlé, avoué. C'était encore la meilleure chose à faire, elle le savait. Elle savait aussi qu'elle risquait une peine tout ce qu'il y avait de plus terre à terre. Mais le sort avait été jeté.
En réponse à sa missive envoyée plus tôt à Tom, bien malgré elle et ses sentiments pour lui qu'elle ne voulait pas raviver, elle lui avait parlé de son soucis concernant sa "captivité" dans l'enceinte encore ignorante à ce moment-là de la raison, se disant que lui saurait surement.
Et le volatile revint chargé encore d'une petit rouleau de parchemin ; il serait bientôt à Bourges… Elle avait envie de le revoir mais l'idée de confronter une nouvelle fois ses sentiments à cet homme qui avait fait un autre choix, l'apaisait autant que la tourmentait.
Ainsi, quelques jours après, Tom était bel et bien venu et elle n'en avait pas doutée, le sachant honnête et loyal. Il avait dit malgré tout être toujours présent pour elle et il l'avait prouvé.
Comme attendu, la confrontation fut difficile pour elle. Surtout en le voyant finalement si proche d'elle. Si proche et si éloigné à la fois.
Après la première impression désagréable passée, finalement les deux compères retrouvèrent presque leur complicité d'antan. Presque. Catty n'omettant pas qu'il ne resterait pas.
Elle était la seule fautive de ce coup cruel du destin, si seulement elle avait su avant, lui avouer ses sentiments. Après… il était déjà trop tard malgré les attirances. L'amour ne subsiste jamais au deuil et elle le voyait bien.
Le cœur serré après quelques étreintes plus qu'amicales, elle préféra abréger le petit bonheur chargé de douleur qui ne serait que plus difficile avec le temps passé ensemble.
Ils se quittèrent donc ; un adieu qui n'en était pas vraiment un, comme pour se rassurer mais au fond d'elle elle savait qu'elle ne le reverrai plus. Elle en était persuadée.
C'est au petit matin, qu'on vient la chercher, mettant en arrestation pour ce crime qui n'en était pas vraiment un mais qu'elle devait payé quand-même de deux jours dans les geôles de Bourges.
Son "ami" procureur avait pu obtenir un allègement de sa peine ainsi qu'une cellule privée pour elle et malgré l'inconfort évident de cette petite pièce, sombre, humide, froide et qui grouillait de toutes sortes d'insectes, malgré encore les réminiscences de sentiments réitérés la veille, elle savait qu'après cela, elle pourrait enfin tourner définitivement la page de son passé et démarrer une vie nouvelle.


*Rp initialement fait en gargote berrichonne*

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Catterine


La route se poursuit enfin et c'est un grand bol d'air qui vient emplir les poumons de la brune ainsi que son impatience.
Trop longtemps elle avait été retenue contre son gré dans la capitale bourguignonne et les routes bien que désertes lui faisaient un bien fou.
Pouvoir de nouveau retrouver sa liberté, aller et venir comme bon lui semblait sans rendre de compte à quiconque.
Elle se sentait légère de ce nouveau départ, tâchant d'oublier les derniers restants de sentiments qu'elle avait pour Tom, surement déjà loin.
Eh bien pas si loin que ça finalement.
Ce qu'elle avait cru être un deuxième adieu à Bourges ne l'était toujours pas. Elle le revit encore, sur sa route. Elle avait oublié un moment ce qu'il lui avait dis, de devoir rendre visite à sa sœur souffrante quelque part en Anjou et cela ne manqua pas.
Encore une fois, des regards difficiles, encore une fois des adieux… Y en aurait-il vraiment après tout ? Peut-être que non. Comme il est pernicieux et frustrant de revoir son amour en le sachant inaccessible. Elle qui si longtemps s'était refusée aux sentiments, elle en était à présent victime et elle comprenait encore mieux la nécessité de devoir en faire abstraction.
L'amour n'était que souffrance, elle n'en voyait pas d'autres résultantes.
Ainsi elle repartit, pressée de le quitter pour ne plus le voir, pour ne plus l'aimer. Une halte en ville de Craon, une discussion avec le maire qui l'émeut et malgré son départ pour la ville suivante elle choisit de revenir sur ses pas.
Apporter son aide si elle le peut. Elle avait senti ce besoin pressant pour cet homme et sa ville et comme elle n'avait aucune but hormis l'Irlande qui pouvait très bien être remis à quelques jours, elle fit demi-tour.
Décidément, une route de trop. Encore une. La voilà agressée sur le chemin, laissée inanimée sur le bord de la route peu fréquentée. C'est au petit matin qu'elle se réveille, sans le sou ni nourriture, la tête lui tourne et ses vêtements sont en tous sens.
Force lui était d'admettre qu'elle n'avait plus qu'à terminer son chemin, la faim au ventre, lasse mais vivante. Fallait-il qu'il arrive pareille mésaventure pour qu'elle se sente vivre ? Il fallait croire que oui et elle commençait à comprendre ceux qui recherchaient le combat perpétuel bien qu'elle ne soit pas de cette même nature, bien plus réservée malgré son impudeur physique, bien plus effacée malgré sa froide beauté qui impose d'elle-même sans qu'elle n'y fasse rien.
Alors quoi ? fallait-il qu'elle se mette au combat ? Non, se battre, la violence, elle l'avait trop connue et ne rêvait que de paix et bonheur et la question principale restait toujours en suspens : 'Y avait-elle droit pour cette vie-là ?"
En attendant, elle parvint en fin de la matinée à la ville angevine de Craon où elle put demander secours avant de s'engager pour quelque temps, comme proposé au maire, dans la gestion de la ville afin d'aider au rétablissement de cette dernière… Et la voilà soudainement exposée au poste de conseillère municipale, elle. Si on lui avait prédit ça, elle ne l'aurait surement pas cru. Qu'importe, gardant son naturel réservé, elle fera ce qu'il faut durant un temps avant de repartir…

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Catterine


Les quelques jours d'attente et d'aide prodigués à la ville de Craon se firent d'avantage semaines et au bout d'un mois et demi, la brune commençait à trépigner d'impatience.
Seulement, elle avait eu encore le malheur de se laisser à aimer et bien sure, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? d'un homme inaccessible, du moins pas pour les choses sérieuses.
Accessible pour les plaisirs charnels, oui du moins au début mais c'était déjà trop tard. Catt avait ressenti un amour qu'elle n'avait encore jamais connu avant et finalement elle en était rejetée pour ça.
Elle qui avait commis la petite folie d'avoir cru un moment avoir enfin trouvé un "chez elle" et même acquis un champs, eut la chute brutale de la déception.
Et bien qu'elle l'aimât, elle savait qu'il lui fallait repartir pour son propre salut, pour la survie de ce qu'il lui restait encore de vivant en elle.
Le champs rapidement remis en vente, elle fut rapidement prise d'une mauvaise toux qui ne la quittait plus. Elle qui voulait maintenant partir au plus vite, n'en avait plus la santé physique.
Cette toux, grasse, cette respiration rapide et sifflante, cette fièvre suffocante qui lui donne froid, elle doit garder le lit et il n'y a pas de médecin. Même les gens qu'elle avait cru devenir proches d'elle après ces quelques semaines d'échanges ne signifièrent aucune inquiétude ou compassion, parlant plutôt de la façon de l'achever qui serait la moins désagréable pour eux.
Seule une angloise compatissante vint l'aider dans sa souffrance de cette pneumonie qui l'avait atteinte. Une étrangère.
La fièvre ne permettait pas à la brune d'avoir tous ses esprits mais elle ressentait un profond désarroi quant à ce qu'elle avait entendu et surtout le manque d'action pour l'aider, se contentant de l'ignorer, vaquant à des discussions sans intérêt, la considérant déjà comme morte, sans état d'âme particulier.
Voilà ce que c'est que de croire bêtement à la sympathie des gens quand ils ne sont que vénaux.
Pour le moment, son voyage en Irlande était des plus compromis, encore une fois. Elle ne voulait pas mourir sans l'avoir réalisé, elle ne voulait pas…

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Catterine


Ce fut une amitié des plus inattendues qui vint secourir la brune quand elle allait encore une fois vers une mort certaine.
La fluxion de poitrine l'avait gagnée, violente et rapide, et sans aide, elle y serait restée à coup sûr.
Contrairement à ce qu'elle aurait pu croire, elle n'avait pas pu compter sur le prince pour l'aider et ce fut un coup dur pour elle que de se rendre compte encore une fois de sa naïveté à son égard.
A la place de la chaleur qu'elle avait pourtant connu à ses côtés, ce ne fut même pas un regard, une froideur le couvrait tout entier et ce fut comme un coup de grâce.
Plus tard, elle se réveilla, Adess essayant de l'aider l'avait faite rentrer chez elle et repartit presque aussitôt chercher de l'aide auprès d'un médecin ou quelqu'un qui saurait quoi faire.
Après plusieurs heures de sommeil agité, c'est une vieille femme qui vint la voir, apparemment soigneuse, ou quelque chose qui s'y apparentait et la brune ne put faire autrement que de suivre le traitement qu'elle lui donnât bien que, désolée et affligée de sa dernière déception, elle ne voulait plus se battre.
Mais… Mais ce sont les souvenirs et son désir de voir l'Irlande qui se rappelèrent à elle et elle s'accrocha de nouveau, soutenue plus tard par le véritable ami qu'était devenu Adess.
Craon s'était une nouvelle fois vidée de ses habitants, du moins les plus actifs, la guerre commençant à sonner aux portes de l'Anjou et il ne restât bientôt plus que les deux seuls amis pour se réconforter et se soutenir l'un l'autre. L'un ayant perdu son amour jalouse de l'amitié qu'il avait avec la brune, l'autre ayant aussi eu une déception amoureuse mais qui plus est, se retrouvant attachée à une ville qu'elle n'aimait pas, par des fonctions municipales qui n'avaient plus aucun intérêt vu l'inaction autant du duché pour la ville que ses habitants eux-même.
Ainsi les jours passaient et Catt s'était bien remise à présent de sa précédente pneumonie, servant à son tour de soutient à son ami.
Hélas, les choses ne pouvaient jamais être simple, encore moins en terre angevine et c'est cette fois la perfidie qui vint atteindre la brune.
Perfidie d'une jalousie sans bornes qui fit courir des ragots honteux à l'encontre de la petite brune. Voilà ce que cela coûtait que d'être honnête au milieu de corrompus, les propos déformés et utilisés à mauvais escient.
Désormais la ville de Craon était non seulement pesante par son calme mais le duché tout entier, du moins, dans les hautes sphères où l'on s'amusait à colporter des rumeurs infâmes, prenait l'image d'un nid écœurant de corruption et de bassesse. Bassesse non seulement par la perfidie de leurs propos diffusés sans courage mais aussi par leurs actions, les uns fricotant avec les autres, comme on changerait de chemise.
Comme si ces "braves gens" n'avaient rien de mieux à faire pour s'occuper l'esprit, à croire qu'une guerre à leur porte ne leur suffisait pas.
Et voilà qu'un jour, alors que des soldats angevins revenaient de leur campagne, apparemment grisés de leur bêtise militaire faite en Maine, la capitaine elle-même de l'Anjou se complaisait à la diffamer sous couverts de chuchotements pourtant bien audibles, juste sous ses yeux, en la disant atteinte de maladie vénérienne.
C'en était trop pour la brune qui avait toujours assumé ce qu'elle avait été et ce qu'elle n'était plus pour bien des raisons et c'était la goutte d'eau qui fit déborder le vase de ce mois saupoudré de rumeurs à tout va.
Catty ayant la verve facile se défendit ouvertement des insinuations de cette femme qui l'avait jugée avant même de l'avoir vue, avant-même de la connaître.
Et c'est tout aussi naturellement que la brune dit à cette soldate ses quatre vérités, ne se gênant pas pour pointer du doigt son côté militaire qui voulait qu'on ne fasse qu'agir sans réfléchir comme cette capitaine le faisait avec elle.
Et quand la brune avait dénoncé ouvertement les fameuses amies, la réponse aurait pu la faire rire si elle n'avait pas été si pathétique "on ne parle pas des absents", voilà ce qu'on vint lui servir alors que ces femmes parlaient dans son dos depuis de longues semaines. C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Et la soldate, comme bon soldat qui se respecte, ne comprenant que par la force et les armes et se targuant en plus d'être noble avait sortit l'épée de son fourreau, menaçant la brune qui n'était pas armée et assise. Et c'est un coup violent qui l'atteint à la tête, la renversant en même temps à terre et elle sera laissée ainsi, la tête ouverte et saignante jusqu'à ce qu'Adess, une fois de plus vint lui porter secours.
Oh oui la rumeur peut tuer et ceux qui disent le contraire ne l'ont pas vécue.


“Elle est sale, elle est glauque et grise, insidieuse et sournoise, d'autant plus meurtrière qu'elle est impalpable. On ne peut pas l'étrangler.
Elle glisse entre les doigts comme la muqueuse immonde autour de l'anguille morte. Elle sent. Elle pue. Elle souille. C'est la rumeur.”
Chroniques de la haine ordinaire, Pierre Desproges

C'est en se réveillant un peu plus tard, sa tête soignée, et un peu revigorée qu'elle se retrouva muette. Pourquoi ? Comment ? On ne saurait le dire, peut-être le choc et la volonté de la capitaine de la faire taire avait finalement réussie mais la brune, reprenant peu à peu ses esprits ne décida pas de se laisser tuer ainsi sans pouvoir qui plus est, mettre cette femme en procès.
Elle ne pouvait plus parler alors elle écrirait.
Et c'est ce qu'elle fit, recopiant plusieurs parchemins du même texte soigné, elle refusait tout bonnement qu'on l'obligeât à se taire. La vérité n'a pas à être tue et une fois ces parchemins prêts, elle les afficha à différents endroits de la ville et ailleurs afin que tout le monde sâche qui décidait, régnait et gérait la vie des simples gens comme elle à leur place.
Comme avait dit son ami avec plaisanterie, "Qui a dit que l'Anjou ne communiquait pas ?" en référence au mutisme des conseillers ducaux face aux maires en questionnement, mais ne se privant pas pour autant des rumeurs mensongères. La communication est sélective.
Ceci étant, la brune savait son départ proche. Pour le salut de son ami, pour lui permettre de retrouver un peu de calme et de quiétude bien que son absence lui impose du même fait la solitude avec tout ce qu'elle comporte.
Le temps des au-revoir était venu, il lui avait offert pour son départ un paquet contenant des simples et du vélin pour écrire.
La promesse qu'il lui avait faite, qu'ils aillent voir la mer ensemble, un jour, elle était persuadée qu'il ne pourrait jamais la tenir mais elle appréciait néanmoins sa ferveur à le croire.
Ainsi, elle s'éloigna définitivement de cette ville qu'elle avait pourtant habitée pendant plus de trois mois, un record pour la brune qui ne se posait guère plus de deux semaines habituellement et le plaisir de retrouver une sorte de liberté ne fut pas aussi agréable, retrouvant par la même occasion la solitude qu'elle avait longtemps connue et les routes seraient de nouveau ses compagnes éphémères.
La direction était choisie depuis longtemps et elle n'en changea pas d'avis, elle continuerait son chemin pour rejoindre enfin l'Irlande…

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Catterine


L'escale faite à Laval dura plus longtemps que prévu, la brune redécouvrant le simple plaisir de la bonne compagnie, agréable, accueillante et chaleureuse.
Heureuse de ces quelques journées de vie simple et agréable, elle avait écrit à Adess, son ami resté là-bas à subir ses responsabilités.
Elle se sentait coupable de l'avoir laissé mais elle se dit qu'il retrouverait sans doute bientôt celle qui l'avait rendu amoureux, la blonde boulangère.
Néanmoins, dans les réponses qu'il fit à ses lettres, il ne fut jamais question d'elle. Apparemment il était toujours aussi seul et même d'avantage maintenant que la brune muette était partie.
Et un jour, la lettre qu'elle reçut de lui fut la goutte d'eau qui la décida à repartir en arrière, celui-ci lui parlant de peut-être mourir, de guerre, de ne pas savoir ce que vaudra le lendemain.
Ni une ni deux, elle ne le laisserait pas tomber. Reprenant quelques vivres pour son trajet, elle remballa ses quelques affaires qui avaient quelques jours trouver repos dans une des auberges de la ville puis repartit vers Craon. L'Irlande attendra. Encore.

La route fut calme et aucune armée ne fut croisée. Durant son trajet, elle avait reçu réponse d'Adess qui lui interdisait tot simplement de venir mais la distance parcourue était déjà importante en comparaison de ce qui lui restait à marcher et elle continua.
Son retour à Craon se fit… différent. Elle avait vu autre chose à Laval et cela lui avait redonné une certaine énergie d'avoir vécu quelques jours d'ambiance moins pesante qu'en Anjou.
Quelques heures après, elle retrouva le brun qui, curieusement à ce à quoi elle s'attendait, l'engueula purement et simplement d'avoir pris ce risque.
Sur le coup, elle n'avait pas comprit et s'était sentie blessée de cet accueil assez froid mais finalement les tensions furent apaisées et les deux amis appréciaient de se retrouver.

Quelques jours après… Craon était envahie par les armées royalistes et son ami qui était maire fut jeter manu militari à bas de son fauteuil municipal.
Bien entendu, l'Anjou n'avait encore une fois, rien fait pour sauver sa ville qui était pourtant une position stratégique.
Pour Catterine, l'Anjou c'était bel et bien fini pour de bon.
En attendant, Adess avait disparu et elle était inquiète, le cherchant en vain jusqu'à ce qu'un ami patrouilleur de celui-ci la fasse mander et elle le retrouva, couvert d'ecchymoses et inconscient chez la vieille apothicaire qui l'avait plus tôt soignée pour sa fluxion de poitrine.

Finalement, après quelques concertations entre Bertin, l'ami d'Adess, la vieille apothicaire et la brune qui était encore muette, les trois partirent une nuit de Craon, emmenant Adess qui risquait, selon Bertin, de se faire tuer, ou au moins torturé selon la brune, par ceux qui voulaient récupérer certaines clefs manquantes des coffres de la mairie.
Ainsi, malgré ce que Catty savait de la volonté du brun de rester envers et contre tout à Craon, ils étaient tous les quatre partis.
Le Bertin avait décidé de se rendre en Poitou d'où il était apparemment originaire mais pour éviter tout ennuis, le groupe éviterait de passer par la capitale angevine et irait par le nord. D'abord le maine qui finalement n'était plus une province étrangère puisque Craon était devenue mainoise, puis la Bretagne et la longue de campagne menant en Poitou…

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