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[RP] Le fauve est laché

Cyrielle.
« Mais enfin, ma douce, laissez-moi s’en un peu… à ce rythme, il n’aura bientôt d’yeux que pour vous !
Mais vous savez mon tendre… je ne vous en voudrais pas, si vous la préférez à moi… Toutefois, sachez que je ne suis pas contre le partage… Je suis capable de tout dès lors que j’ai un peu trop bu ! »


Ou comment faire suer un homme en trois-quarts de seconde. Baba, il l’était, la bouche en O & la fièvre montante. Il avait bien entendu, & si toutefois il se doutait un peu du sens de ses paroles, on pouvait gager que ce n’était bon qu’à le rendre un peu plus fou encore.
Elle, éclata d’un rire chaud pour casser quelque peu sa révélation, comme si tout cela n’était qu’une vague plaisanterie. Mais le mal était fait, & déjà, sans avoir fini ni le pichet, ni la bouteille, l’homme commandait d’un ton sans appel une bouteille plus forte.
D’un ton badin, Cyrielle se mit à raconter comment Erminilde & elle s’étaient rencontrées - une histoire de froufrous, visiblement -, le verre à la main, faisant mine de boire alors qu’aucune goutte ne franchissait ses lèvres. Dès lors, le cocher angoissait & vidait son verre en la pressant de boire encore un peu, sans même penser à toucher à la nourriture qui trônait.
Ainsi la soirée passa, jusqu’à qu’un rustre décide d’y mettre du sien pour tenter d’appâter une des deux donzelles. Le sang du cocher sembla ne faire qu’un tour, & titubant, il se leva d’un bond, obligeant les pieds nus & caressants de l’encapuchonnée à rejoindre le sol. Elle grogna, & pensant déjà à tout ce que cette histoire pourraient leur rapporter, saisit d’une main douce le poignet du cocher.


« Allons, mon brave, ne vous inquiétez pas de ses paroles… Il a sans doute trop bu… Ne le frappez pas trop fort, le pauvre… »

Ses mots ainsi l’engageaient & l’obligeaient à montrer à l’ivrogne de quoi il retournait, & il n’attendit pas. Déjà, la bataille éclatait, & une horde de curieux se joignaient tout autour pour gager de la victoire de l’un ou de l’autre. Cyrielle même lâcha tout son argent en faveur du cocher, qui s’il se fit massacrer, n’en resta pas moins le dernier debout. Bon point.
Dès lors que la bagarre cessa, Erminilde fut rappelée par un signe de tête. Il était l’heure de s’occuper proprement des affaires de leur homme.


« Oh, mon pauvre cocher… vous saignez… C’est horrible… tenez, buvez un peu, ça vous requinquera… & puis nous irons nous coucher, preux chevalier…

Dire qu’il était amoché était un euphémisme, en vérité. Il était même difficile de le reconnaître sous l’amas de sang coagulé qui lui recouvrait les traits. Il s’en tirerait, sans doute, avec un nez cassé & un bel œil au beurre noir.
Mais au moins, une fois au lit, il s’endormirait comme une masse sans demander son reste. Pour le plus grand bonheur des deux partenaires.

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Erminilde.
Erminilde s'amuse ce soir. D'autant que sa partenaire est douée... Mais voila qu'un butor interrompt la partie de chasse. Veut-il des plumes lui aussi? Erminilde s'en inquiète un instant. Oh non. Il veut chasser le fauve. Cette fois la lionne pâlit. Comment se sortir d'un tel piège? L'auberge lui semble soudain une prison. Une cage. Ce genre de cul-de-sac d'où l'on ne sort jamais l'âme indemne... Les écus de la jeune femme sont une partie de son âme, oui. Tant pis. Il faut predre la fuite. Quoique... Une lionne ne fuit pas. Disons qu'il lui faut aller se dégourdir les jambes parce que cette chasse-là ne vaut pas le coup. Voila. C'est mieux quand on le dit comme ça.

Erminilde saisit son châle et y serre sa lame qui s'y trouve dissimulée. Elle pose son autre poing sur sa poitrine. Le bras replié sur le corps. Genre posture de la vierge effarouchée. En vérité elle maintient ses écus en place...

Cyrielle va retenir le messire et l'empêcher de se battre... Non! Oh non, mais que fait-elle? Elle l'y encourage! L'aînée garde son sang froid. Cela calme un peu la jeune femme brune. Suffisamment pour attendre un instant. Puis deux. Pan! un coup dans le nez. Bam, un autre derrière l'oreille. Ah ben... au fond c'est amusant à regarder. Pourquoi ne pas se rasseoir? Le public se fait nombreux. Zut. Elles laissent leur champion se battre sans faire payer les places. Tant pis.

Qu'ils sont stupides ces hommes! Erminilde hésite un instant à lancer un joyeux "entre les jambes! Frappez l'entrejambe!" mais elle se retient. L'instinct de survie dirons-nous. Elle n'y pense pas sur l'instant mais elle sait bien que ce coup très efficace ne se voit jamais lors d'un tel combat. Deux hommes peuvent se battre à mort. Se découper en morceaux. Et sans jamais faire ce coup bas. Pfff. Quel manque de cran! Et on s'étonne qu'ils soient si aisément dominés par le beau sexe?

Le cocher reste debout. Non... Ce qu'il reste du cocher est encore debout. Erminilde sourit. Quelle sotte elle fait. Maintenant elle comprend. Une bagare en somnifère : à retenir. La jeune d'Orgemont se lève avec Cyrielle et se place de l'autre côté de l'homme. Chacun un bras.


Quelle force! Mon héros! Vous me faites fondre. Je n'y tiens plus... Montons dans la chambre.
Chère amie, nous accompagnez-vous?


Elle tourne son visage vers Cyrielle. Sa bouche n'exprime qu'un sourire. En revanche ses yeux brillent d'un rire éclatant. Quelle soirée! Merci!
Les escaliers sont montés. La porte ouverte. Le gros tas jeté sur le lit. Un coup d'oeil rapide... Il ne dort pas encore. Chouette. Erminilde va lui ronronner un dernier petit mot doux.

Elle se penche vers le lit et approche ses lèvres de la crasse qui dissimule l'oreille du cocher.


Détendez-vous bel ami. Le temps que vos deux charmantes conquêtes finissent de s'apprêter. Juste un bref instant.

Voila. Il est de renommée mondiale - même en Bretagne... c'est dire! - qu'une femme n'a besoin que d'un instant pour se faire belle. C'est souvent pendant cette interminable attente que les messires s'endorment. Quel manque de patience! Signe d'immaturité sans doute. Un ronflement vulgaire venant de la victime avinée en est la confirmation. Elles sont libres. Erminilde d'Orgemont sort la bourse de sa cachette et l'ouvre. Puis elle en extrait une petite poignées de pièces. C'est sa part. Elle tend la bourse à la dame.

Cyrielle, c'est pour vous. Les vêtements. Le gîte et le couvert. Plus un supplément pour les leçons. J'ai beaucoup appris. Merci.

Pas très observatrice, Erminilde ne sait pas qu'aucune semelle ne sépare les pieds de Cyrielle du sol. Pour elle l'affaire est conclue. Il ne reste plus qu'à aller dormir dans l'autre chambre et revenir à l'aube dans celle-ci... Puis suivre à la lettre les recommandations de son professeur d'un soir.
Regard sur le cocher... rond comme une queue de pelle. La grimace de dégoût faire rapidement place à un sourire enfantin lorsqu'elle entonne à mi-voix :


Ils ont des cochers ronds, vive la Bretagne...

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Cyrielle.
    Un instant, elle est tentée, la borgne, d’en demander plus que ça. Et puis elle se souvient qu’elle n’a rien payé du tout, ni la chambre, ni la robe, ni les boissons & la viande. Tout ça, n’est que juste rétribution pour service rendu, après tout, & pour ses vêtements tachés, un peu. Quoi qu’ils l’étaient déjà bien avant.

    Elle doit avouer, la borgne, que la soirée fut bonne. Qu’elle a apprécié, non pas seulement de vider sans remords la bourse d’un idiot, mais plutôt de discuter, de rire, & de partager son arnaque avec quelqu’un. D’aider. Simplement. Un soupir déchire ses lèves à demi-brûlées, & Cyrielle repousse sans grande conviction la bourse tendue. L’écu qui teinte. L’écu de l’autre. Mais l’écu lui a-t-il seulement un jour appartenu ?

    « Garde-toi donc une si faible bourse. T’en auras b’soin pour rafistoler ta robe. »

    Ça lui coûte, à Cyrielle, de refuser l’argent. Pourtant, gagné ou non, volé ou pas, mérité ou lâchement obtenu, l’écu ne la dérange pas, jamais. Elle pourrait vider les poches d’une enfant jetée à la rue, traînant peste & vérole sous un minois d’innocence si aisément violé, que ça ne lui ferait ni chaud ni froid. Et pourtant, parce qu’elle n’aurait pas travaillé, parce qu’elle se serait contenté de filer un coup de pouce à une compère apprêtée, elle refuserait bourse conséquente & inutile à son propriétaire.

    « Bon, non, quand même. »

    Elle lui arrache la bourse des mains, récupérant une dizaine d’écus, histoire de passer la prochaine soirée avec une pas trop mauvaise piquette. Et de reposer la bourse ainsi délestée dans les mains d’Erminilde, lui tournant déjà le dos.

    « Au plaisir, Erminilde d’Orgemont ! »

    A l’aube déjà, elle sera partie, délaissant la robe sur une paillasse pas même défaite, ayant récupéré bottes, braies, chemise & tout son attirail. Ni l’aubergiste, ni les ivrognes matinaux ne l’auront vu passer, & la porte de sa chambre restera béante, claquant le mur d’un courant d’air malsain & par trop humide. Cyrielle n’est pas du genre à s’attarder.

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