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[RP] Les dessous d'Hiver

Judas

L'oeil de l'artiste a focalisé une demi seconde sur Anaon. Pas l'Anaon qui fera son modèle, mais celle que le seigneur avait décidé d'honorer. Il a entendu, plus que tout la demande de le faire s'en aller. Et il aperçoit la main de Judas sans surprise ordonner sa fuite, sans qu'il ne daigne cesser s'abreuver des limbes des cuisses de la brune. Les femmes savent rendre fous ou idiots les pauvres hères qui le veulent bien... Le peintre dispose, emportant avec lui assez d'esquisses pour en tirer un tableau sans doute. Judas payera le prix fort pour l'accomplissement de ses volontés, s'il le faut. Un tableau audacieusement placé au dessus de son lit. Outrage calculé.

La pièce redevient un théâtre exempt de public, ou le Pantin se laisse aller à la danse lascive que le Diable veut bien lui imposer. Pourtant Pantin dispose, et d'un claquement de langue fait fuir l'obligé d'un Judas qui semble ne pas lui en tenir rigueur. Les mains agrippent une sorte se saucière, pour en déverser le contenu tiédi sur le ventre possédé puis pour l'étaler en un massage délicat. Les doigts tracent les sillons de leur passage dans la peau, laissant se marbrer comme un camée sa pâleur. Leur chemin s'étend jusqu'à l'aine, conquise, et viennent retracer avec appui l'anatomie de l'intime huileuse. Le corps est devenu support de textures et de couleurs, palette humaine aux contrastes étonnants. Sucre et sel se mêlant, tandis que Judas, méthodique vient en exacerber le centre névralgique.


As tu faim? Maintenant...


Léger sourire, tandis que les hanches se ceignent de la poigne du seigneur pour en faire rouler la peau dans un glissement mielleux. Le massage Maure n'a jamais eu vocation à rassasier mais plutôt à ouvrir l'appétit. L'araignée formée par la dextre vient galoper sur la coupe arrondie d'un sein, amorçant l'ascension jusqu'à en pincer le téton, audacieusement.


Tu dois faire honneur.

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Anaon

    Les yeux fermés. Les bruissements du départ du peintre arrivent à ses oreilles. Les paupières s'ouvrent pour suivre le dos de l'homme, qui s'échappe jusqu'à n'être plus qu'un souvenir dans la pièce. Artiste, j'apprécierai ton œuvre plus tard, mais maintenant j'ai un autre art à savourer. La poitrine souffle son soulagement d'un mouvement élastique. Intimité retrouvée, l'esprit se fait plus léger. Le maître pourrait se cacher derrière une tenture ou dans un angle mort, elle ne s'offusquerait plus de sa présence pour ne plus l'avoir dans son champ de vision.

    Tiédeur sur sa peau. Les prunelles retrouvent la canopée de pierre qui forme son toit. Et la dentelle de cil papillonne sous le sillage des doigts qui tracent leur toile de marbrures sur son corps. La langueur des arabesques s'entre-choque avec la convulsion naissante d'un bas-ventre assailli. Appel à la relâche et à l'exaltation. Contraires qui l'un comme l'autre grignotent peu à peu l'espace de son libre arbitre. Les doigts sur les crins noirs se froissent dans une dévotion maîtrisée. L'Anaon se laisse alanguir aux plaisirs égoïstes.

    "As tu faim ? Maintenant..."


    Pour réponse un soupir enrayé de nacres serrées. Les narines qui se gonflent d'inspirations profondes. Et les reins qui se tendent quand la main prend possession de la courbure d'une hanche alors que l'amant se plait à malmener la patience élimée d'une intimité exacerbée.

    "Tu dois faire honneur ."


    Prunelles s'ouvrent et doigts courent le long des bras de Judas, abandonnant la mèche d'ébène qui se poisse dans les jus s'amassant sur le lit de la table. Les mains de femme se lient aux seigneuriales pour les repousser, pour se redresser. L'amant est relevé, acculé, jusqu'à l'asseoir sur ses talons, jusqu'à s'asseoir sur ses genoux. Les liquides sirupeux ruissellent sur son albâtre, en roulements chatouilleux qui s'écrasent sur les braies du seigneur. Lent métronome. La constellation fruitière de Judas se désagrège à son tour jusqu'à se coincer dans l'étau imposé par le ventre de la mercenaire qui épouse son autre. Peau à peau.

    _ Es-tu sûr de toi ?

    Ainsi dressée, et sans même lever le front, elle le surplombe. Les bras se tentent de part et d'autre pour plonger les doigts dans les plats d'abondance, traçant un instant des sillons dans les mixtures. Les doigts griffent, la pulpe recueille. Le duvet de ses bras s'hérisse sous la chaleur des candélabres qui distillent à la scène une aura d'un soyeux presque malsain. Un demi-teinte qui magnifie, mais qui en cache beaucoup. Une lueur qui satine les peaux, mais qui accentue les biseaux. Les épousailles d'ombre et lumière qui ne savent pas se faire que douceur.

    Les mains gantées d'organique reviennent aux reliefs du faciès adulé. Envahies d'aspirations sculpturales, elles retracent la ciselure du nez, abandonnant dans un trait brun le sillage d'une épaisse sauce au vin. Le front blanc se plaque à l'autre, approchant ses sens de cette peau qu'elle sent se napper des senteurs du gibier. Les narines s'agitent, pour capter la moindre exhalaison de ce corps dont elle s'est toujours repue, pendant que les doigts continuent leur captivant labeur. Et la pulpe vient noyer les lèvres, contourne la rondeur du menton pour suivre la ligne de la mâchoire dont elle vient posséder les joues de l'étau de ses mains.

    _ Es-tu sûr de toi...


    Que m'offres-tu cette fois ? Sont-ce des retrouvailles ou un simple interlude avant la prochaine incartade ? Ne viens pas...

    Ne viens pas
    Réveiller ma mémoire
    Dire que tout se répare
    Qu'il faut savoir pardonner
    Ne viens pas
    Faire basculer ma vie, toi qui l'a affaibli
    Sans cœur et sans merci


    Toile offerte à tes caprices, ce soir prête l'oreille à mes suppliques. Entend mes mains qui disent "encore". Vois mes plaies qui perdent leur ichor. Statue fêlée par tes lubies. Blessée au prix de tes libertés. Que vas-tu faire pour me panser ? Comme vais-je devoir prendre tes lèvres ? Comme des surins pour m'abimer ? Ou des excuses que tu ne m'auras jamais livrés...

    Ne viens pas
    Remuer ciel et terre
    Jurer qu'elles t'indiffèrent
    Si tu n'es pas sûr de toi
    Ne viens pas
    Ou tu vas me tuer
    Tu as beau me le jurer
    As-tu vraiment changé ?


    Le pointe de son nez vient suivre un instant l'arête de celui de Judas, traçant une marque blanche dans le ruban brunâtre. Le toucher cède aux lèvres qui viennent en recueillir des parcelles de saveur qui réjouissent son palais. Et la bouche poursuit son parcours, baisant le vin engluant les lippes voisines, plongeant une canine avide sur le menton ruisselant. Celle qui par sagesse ou stupidité n'avait jamais fait montre de possessivité fait preuve ce soir d'une appétence farouche au monopole. Les doigts marquent les joues nappées de leur ardeur, blanchissant le rouge qui se recouvre de brun. Une main se noie dans la chevelure qu'elle empoigne avec convoitise et précaution, et dextre s'en va cheminer dans le dos mis à nu dont elle froisse le pâle avec dévotion. Et les jambes agenouillées viennent ceindre la taille masculine qu'elles gardent sous entrave. Main descendante s'en va frôler une lisère d'étoffe, jusqu'à contourner la bordure, s'immiscer entre elle et lui pour tirer sur le nœud d'un laçage.

    Infidèle. Traitre. Ce soir tu es à Moi. Par moi, pour moi et pour personne. Ce soir tu ne seras pas monarque. Ce soir nous serons Dyarque.

    Je fais ce que je peux pour m'en sortir
    Je confonds la haine et l'amour à force de souffrir
    Je ne pourrai pas oublier le mal que tu m'as fait
    Si ton amour se déguise
    Trop tard je le saurai


Musique : " Henry and Anne conceive a son ", The Tudors Saison 2, par Trevor Morris.
Paroles de "Ne viens pas" de Roch Voisine

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Images originales: Victoria Francès, Concept Art Diablo 3 - Anaon dit Anaonne[Clik]
Judas
    Mais que dis tu?
    Mais que dis tu...
    Le long de ton cou, je suis le galon*
    Pour le tirer...
    Derrière ta nuque, j'enfonce un clou
    Tapissier*...
    Avec ta peau, et ma passion
    Pour l'appointer*...
    Un pied de biche* et te voilà
    Désagraffée*...
    Désagraffée.



Surpris. Il se laisse faire trône à la croupe de celle qui, d'un seul geste, d'un seul mouvement sait se faire diapason. Les sucs s'écoulent, doux ruissèlement le long de son ventre sec, lui arrachant une sensation de liquéfaction factice. Le trône n'est pas de fer lorsque l'Anaon se fait rivière. Elle est sortie de son lit pour le mettre en crue, à nu, bien sagement jouet de sa faim. Un trait de sauce au vin, une griffure et elle le passe à la question. Elle l'accule, Judas se laisse oindre sans façons... Quoi que l'oeil suive l'audace et le jeu de domination, d'un air de lui retourner la question. Prisonnier de ses audaces, il se laisse embrasser la lippe grasse et le vit palpitant. N'est pas d'homme heureux qui ne s'abandonne de temps en temps.

La réaction à la main sévère dans ses cheveux met un terme à son inaction. Grognement sourd jouant sur le fil du frisson, il la sait aimer la masse sombre jusqu'à la tresser aux bains... Jeu intime de bien des matins, Anaon érotise la longueur d'un Judas animal, souillé, à la rétine cannibale. Et tandis que la main féminine vient tirer sur le fil, la sienne vient répondre viscéralement, lui faisant un ras de cou aux bagues bigarrées. Le noeud est coulant d'indescriptible, épices et sucre aux arcanes Judéenne. le geste est vif, il la repousse, il la reprend. Le jeu reprend, il sait y trouver répondant, le mordant.



    Mais que dis tu?
    Mais que dis tu...
    Petite amante ré-Votaire*,
    Mon ramponneau* te fera taire,
    Ton médaillon* tombera à terre,
    Et mon bâillon sur la bergère*.


Hâtant la besogne de l'amante à sa taille, les braies choient, laissant un peau à peau plus bestial prendre le dessus. Il la possède d'un coup de rein, sans avoir lâché le cou gracile, faisant chuter de la table quelques contenants pleins.


* Champs lexical des métiers de la tapisserie.
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Anaon

    Tu ne réponds pas, tu grognes. Erreur de ton mutisme, je prend ton silence comme aveux et acceptation.

    Le fragile de la gorge est soudainement saisi, froissant esquisse de pomme d'Adam et carotide. Surprise se fige sous le glacial des bagues et la fraîchement couronnée se voit déjà détrônée. La rebelle retrouve sa place dans une frustration qui s'exprime par l'iris aux pupilles éclatées, où contrariété s'entre-dévore avec excitation. L'étau est cuisant comme un jour d'appel au meurtre aux pieds d'une ligne de rempart. Comme un jour de retrouvailles déviantes, dans l'aube de draps froissés, par deux corps qui s'aiment tout en excuses. Lointain désormais Présent.

    Il y a des crocs dans le regard de l'Anaon, il se fait morsure et pourtant se ferme quand l'Autre affirme sa suprématie en assénant le premier coup de grâce. La cambrure. L'expiration noyée dans le fracas des plats de terre cuite qui éclatent et des coupelles de fer qui ricochent et se vident sur le parterre. Entamons la sentence. La cadence qui mènera vers la mort. La Petite, qui à force de s'accumuler apportera un jour la Grande. On vit pour Aimer, on aime à en Crever. La poigne se réaffirme dans le corbeau de la chevelure, l'autre libre serpente sur le ventre blanc souillé d'un alliage de substance. Elle contourne le flanc pour couler jusqu'à l'épaule qu'elle agrippe avec une dévotion qui ne tient plus de la douceur.

    Les sens se galvanisent. La peau s'électrise aux frictions de son autre. Saveur extatique des premiers gestes de l'union. Hargneuses, les narines se crispent, les traits se tendent. Chaque soupir exhorte que le prochain jeu de hanche soit le plus fervent. Le cœur écorché par ses saccades tambourine comme un forcené dans son carcan. Fébrile sur le fil qui n'aspire qu'à se rompre sur la dernière chute. Les mains lâchent soudainement le corps encensé pour retourner vandaliser les écuelles. Les ongles tâtent, fouillent, arrachent.

    J'ai faim.

    Une chair blanche se perce, le bout déchiré et sa peau craquelée est emmené à ses crocs. Morsure avide, les mains sirupeuses se plaquent à cette tête seigneuriale qu'elle prend en étau, présentant de bouche-à-bouche la parcelle de volaille à l'appétit des lippes voisines. Affamée, mêler le goût de la viande au salé de sa peau, au miel et au sucré des lèvres qu'elle mord comme une vorace. Mêler, les goûts qui affolent ses papilles et l'imbroglio de senteurs qui fait claqué la raison d'un trop plein d'informations. Dominer, d'une main qui agrippe brutalement l'épaule pour inverser la tendance. Se faire violente pour renverser l'Arrogant et reprendre les droits qu'elle a voulus s'octroyer.

    C'est au seigneur d'être plaqué sur le bois de la table sans aucune autre forme de procès, sans aucun regard pour la composition des plats devenue chaotique. La roide se fait rude. J'ai dit que toi unique monarque çà ne se fera pas. La dextre agrippe la mâchoire ascétique avec un cinglant qui a tout d'une claque. Senestre accroche l'Impudente qui lui enserre la gorge, pince les points sensibles du cartilage pour en faire céder le joug. Et les doigts se font menottes au poignet pour l'obliger à rester sagement plaqué à ses côtés.

    Regarde-nous Judas,
    Sommes-nous seulement capable de faire l'amour en se donnant de l'amour ?
    Nos corps comme des oriflammes. Notre lit, un champ de bataille. Incapable de se frôler sans se graver d'écorchures, incapable de s'embrasser sans sortir les morsures. On s'agrippe l'un à l'autre du tranchant des canines. Ai-je fait le bon choix ? De dire oui encore une fois. Dis-le moi... Moi qui m'étais jurée de ne plus jamais te laisser me faire un enfant. De répondre par l'indifférence à toutes tes impertinences.

    Maudit et détestable Être que j'aime. Dis-moi...

    Et à l'Anaon de reprendre le flambeau des assauts. Passionnés mais calculés, menant avec acharnement leur plaisir jusqu'à l'exacerbation. Les doigts sur les joues resserrent leur prise quand c'est elle qui témoigne du supplice de son désir dans des soupirs qui se font plus expressifs. Ce soir, amante et bourreau. Aimante et violente. Trentenaire qui s'affirme comme la plus effrontée des jeunes amantes. Comme une façon pour elle de distiller toute la rage qu'elle garde contre Judas et qu'elle a si peu exprimé d'une autre manière.

    Je te hais
    Je te hais
    Je te hais
    Je te hais
    Je te hais
    Je te hais
    Je te hais
    Je te hais

    Dis-moi... Est-ce que toi tu m'hai-mes ?

Musique : " Wasting My Young Years ", par London Grammar
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Images originales: Victoria Francès, Concept Art Diablo 3 - Anaon dit Anaonne[Clik]
Judas
    Ann, easy as a kiss we'll find an answer
    Put all your fears back in the shade
    Don't become a ghost without no colour
    Cause you're the best paint life ever made*


N'as tu jamais compris et aimé qui je suis? N'as tu jamais voulu m'aimer pour ce qui faisait moi? Qu'as tu voulu changer, à courir après des rêves tronqués, ma douce Mère-cenaire? Force-née, quand comprendras tu que ce qui fait naitre notre besoin mutuel et inextricable est cette course à l'impossible? Mes discours, ton statut d'officielle. Ces choses qui ne prennent vie que dans nos pensées, le soir, lorsque nous cherchons le sommeil. Lorsque nous regardons d'autres personnes. Des zibelines de fantasmes dont nous parons l'Un l'Autre à chaque fois que nous y songeons. Tu me drape dans une attitude d'ouverture, prompt à la discussion et aux confidences. Je te couvre aux yeux de tous, Mère de l'Héritier attendu, de la fierté d'être l'Unique et la Reconnue. Nos songes ne sont que des catalyseurs de réalité. Celle dans laquelle inlassablement et perpétuellement nous ne faisons que nous dévêtir.

Ne me fais pas regretter d'être de toi trop aimé pour ce que je ne suis pas, pour mes tristes velléités. J'apprends de toi chaque jour, minutieusement, infinitésimalement la patience. Ravaler ma violence. Sicaire de chair qui a toujours su apprivoiser le moindre de mes silences, appréhender. Anticiper. Toi et ta longueur d'avance. Anaon. Peut-être que si tu ne cherchais pas tant l'interprétation, je t'apparaitrais plus clair. Tu as tâché ta jolie robe, là en bas. Ce n'est pas grave, je t'en offrirai plus que tu ne sauras en porter.

Crie. Qu'il est bon de faire du bruit. Vas-y, reprend le dessus, joue, griffe, jouis! Tout ce qui a été porté à ta bouche a toujours fatalement fini à la mienne. De secrets en injures, les joutes muettes en armures. Chevauche moi! De toi à moi, je me fais bête et docile pour un coup d'éperon de toi. Un coup de surin. Je déglutis tes amalgames claquantes, amante cinglante qui n'a pas peur du froid... De ses matins. Qui tremble lorsque je te retiens mais jamais ne frissonne lorsque mes mains font glisser tes bas.

J'ai desserré mes doigts. Chaque bague m'a semblé ne céder que pour toi. Arrête de nous regarder, de vouloir comprendre la façon que nous avons de nous déshabiller. Je ne me pose pas de si grandes questions... Je ne m'interroge du gout qu'en immisçant mes doigts dans les casserons, et toi, et toi... Tu tournes tout en rond. Tu distille toutes les nuances. Danseuse que j'aime tant dans ses jupons glacés, tu virevoltes l'amer et ses désillusions. Je ne me suis pas demandé comment serait mon fils s'il était d'une autre. Je ne me suis pas demandé s'il était sage d'aimer une illusion. Femme, qu'importe mes unions, mes milliers de boniments. C'est toi que j'aime, que je le veuille ou non. Tu peux me faire d'autres garçons, des petits soldats de plomb, je ne te les prendrai pas , pas ceux là non... Pas ceux là. Je ne te volerai plus ce qui est à toi. Crois moi.


    Kiss me hard before you go...**


Les yeux de Judas luisent d'une lueur extatique. L'obstination paye toujours. L'acharnement ne prend toujours qu'une seule direction: La réussite. Subite et presque contrainte, emmenée par la main, la jouissance est parfois le plus clair langage de l'amour.


*Ann, aussi simple qu'un baiser nous trouverons une réponse
Laisse toutes tes peurs dans l'ombre derrière toi
Ne deviens pas un fantôme sans couleurs
Car tu es la plus belle peinture qu'ait jamais faite la vie
- Aaron, Lilli -

** Embrasse moi fort avant de partir... - Lana Del Rey, Summertime sadness -

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Anaon

    Alors d'accord qu'une danse emporte ma vie
    Et je suivrai la danse
    Et qu'importe ce qu'ils en pensent
    Alors d'accord qu'une danse m'attache à lui
    Et je suivrai ses pas
    Malgré ce que l'on dira


    Et les courbes ont leur ballet, sur symphonie de soupirs et de corps à corps ascensionnels. Peaux éprouvées qui s'éprouvent et Passion qui se prouve. Les pleins et les creux d'une colonne qui serpente sur une vague de chair fanatisées. Des reins comme une vallée ou jaillissent une myriade de frisson, le nœud de toutes les tensions et de toutes les exaltations. Ça se fait hargneux dans les doigts et pourtant çà se soumet à chaques plaintes. Jusqu'à l'apothéose.

    Les extrêmes sonnent leur même accord. Transpercés d'un carreau qui fait plus de bien que de mal. Cavalière soudainement figée sous les spasmes, l'Anaon exulte sans silence. Rompue. Tremblante. Paquet de pensées disloquées et noyées d'une électrique béatitude. Elle a fermé les yeux, comme on ferme les yeux devant la mort, fauchée par sa petite Camarde. La poitrine affolée se gorge d'un souffle plus profond alors qu'elle se sent prise d'une kyrielle de fourmillements.

    Les paupières s'ouvrent mollement quand l'acmé se meut en cocon de coton. Quand la volupté laisse place à un brin de pensée. Les azurites embuées se posent sur le visage de Judas et ses doigts qu'elle tient toujours serrés sur sa mâchoire. Comme si elle les découvrait là... Un à un, les cinq se détachent, dévoilant leur empreinte blanche dentelée de rouge que la sicaire contemple d'un œil ensuqué. D'un geste de la paume, étrangement calme, elle chasse une trace sauce qui tâche encore la joue malmenée. L'emprise sur le poignet se détend aussi, la main de fer se fait velours pour aller se croiser à ces doigts dont elle n'a pas cherché, ce soir, à voir s'il y avait une alliance.

    Oui... je sais.
    Je n'aurai jamais mon épithalame... J'en ai fait le deuil depuis bien avant Toi, déjà.

    Lentement le corps ploie, les lèvres deviennent douceur lorsqu'elles se posent sur la ligne de la mâchoire, là où elle a laissé l'avide de ses morsures. Et la balafrée vent lover son visage dans le cou de Judas. Abandon, plus éloquent encore que l'instant mirifique de la pleine jouissance. Les paupières papillonnent, alanguies et apaisées. Le souffle s'adoucit, pris dans cet engourdissement délectable qui inonde tous ces membres. Là...là maintenant je peux mourir vraiment. Main libre remonte, effleurant, s'arrimant sur le flanc où elle devine battre le cœur. Ses cuisses, l'instant d'avant bourrelles et salvatrices ne se font qu'étreinte tendre contre les hanches masculines.

    Non... Non, tu te trompes. Je ne veux pas d'Officielle. Je ne veux pas de promesses et de serments violables. Je ne veux pas attendre les chimères et ces choses que tu ne m'offriras jamais. Je ne veux pas, de ces autres qui auraient pu parfois m'apporter ce qui me manque. Ni des Sergueï ni des Eikorc qui ont pourtant attiré mes yeux. Malgré tes impudences... Je sais bien, que tu m'aimes moins que ta fierté. Je sais bien, peut-être plus que tu ne penses. J'en sais loin. Quelques de tes secrets qui n'en sont pas, tes tares et tes travers. Je te sais, sans toujours comprendre tes inconstances.

    Alors soit, je ne veux pas ce qui ne sera pas Toi. Alors soit, encore une fois je n'aimerais que toi. Sans faillir jamais, malgré toi, malgré moi. Sans condition, sans demander plus que ce que tu me donneras. Je ne veux rien. Rien que ce que tu peux déjà me donner. Rien de ce que tu as pu parfois si peux me témoigner... Rien que ton respect.

    Alors je serai à lui
    Alors je serai à toi

Musique : Parole de " Je serais à lui ", comédie musical du Roi Soleil
Musique "Je Te Dis Tout " de Mylène Farmer

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