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[RP] Raconte moi tout.

Eunice.
    - Châlon - Bourgogne -


Énième pause dans ce qu'elle considérait être un interminable voyage.
Ce matin encore, après avoir confié les enfants aux bons soins de Friede, la Rosenthals s'en était allée arpenter les ruelles de la cité qui les avait vu entrer un peu plus tôt, et ce jusqu'à ce qu'elle se décide enfin à pénétrer dans l'une de ses tavernes.
Impression de déjà vu, il n'était pas un jour qui ne ressemblait pas au précédent.

Passée commande d'un verre de vin, accompagné d'un morceau de fromage, elle s'était faite une place dans la salle, n'attendant pas pour faire étalage de son nécessaire d'écriture ainsi que des missives auxquelles elle avait manqué de répondre faute de ne pas avoir trouver de temps avant.
Ainsi, les écrits s'enchaînaient les uns après les autres, jusqu'à cette dernière lettre qu'elle s'apprêtait à écrire à l'un de ses plus jeunes frères.



Citation:

    Châlon - 12ème jour de novembre 1462



      A toi, Edoran.


    Je suis ravie de voir que tu n'as pas perdu ton temps, et plus encore d'apprendre que tu as commencé à tisser les liens avec notre nièce.
    Continues ainsi. Ne perds pas le fil jusqu'à ce que nous arrivions enfin sur Poligny. Saches que tu n'auras pas longtemps à attendre, car nous devrions être là dès demain, dans l'espoir ,évidemment, que rien ne nous retarde en chemin.

    Pour ce qui est du reste et des consignes dont tu as fait part, il va de soi que nous devrons savoir faire preuve de patience et si c'est une chose qui peut s'avérer être difficile pour certains, je calmerai leurs brusqueries si cela devait s'avérer nécessaire.
    N'ais aucune inquiétude là-dessus.

    Sois donc soulagé de notre venue imminente, mais tente, de ton côté, de faire preuve d'encore un peu de patience face aux questions qu'Atropine pourrait te poser. Une fois sur place, j'essaierai, au mieux, de répondre à toutes ses interrogations, notamment à celles pour lesquelles il est fort probable que je sois seule détentrice d'une réponse.

    Nous nous voyons bientôt, et dans cette attente, prends soin de toi.

    Puisse le Très Haut veiller aussi sur ta personne.

    Je t'embrasse.
    Ta soeur,



Eunice.
    -Annecy - Savoie-

    {Deux jours plus tôt}


Citation:
Ma chère soeur,

Nous sommes bien arrivés à Poligny. Dheus et Ioen semblent avoir disparu, j'ignore ou ils sont passés. J'espère juste que Dheus va se montrer. Ici tout va bien, les retrouvailles Eliance, Atro se sont bien passés. Le chef de leur clan est là aussi, ils veulent aller se balader, on me demande de les accompagner. J'hésite un peu, j'aimerai bien voir un peu mais d'un autre côté, je suis engagé auprès de vous. J'aimerai voir avec Dheus.

Et toi ? comment vas tu ? Et Ombe ? Hadan ? Est ce toujours aussi peu attrayant Annecy ?

Je t'embrasse fort

Edoran


La lettre avait été reçu, lu, et abandonnée là, au plein centre d'une table sans qu'on ne lui accorda plus d'importance pendant au moins deux jours. Pour quelles raisons ? Parce que rien de son contenu n'avait su convenir à la Rosenthals qui avait, sitôt lecture terminée, senti monter en elle un sentiment de colère, mélange de mécontentement et de dépit.
Un Ressentiment dont elle fit part, à Edoran, expéditeur du courrier, deux jours plus tard.


Citation:


    Annecy - 3ème jour de décembre 1462



      Edoran,


    Tu étais désireux de savoir comment se portait les membres de la famille restés sur Annecy ? Aux dernières nouvelles, Hadan et Ombe, même s'ils se font discrets depuis votre départ, se portent plutôt bien. D'ailleurs, Ombe s'implique comme jamais dans les investigations à mener pour tenter de mettre la main sur la Reniée, mais sans véritable succès. Je l'assiste autant que je peux, mais j'avoue ne pas faire preuve d'autant d'ardeur qu'elle.

    Mise à part, il me faut te dire quelque chose et tu me connais assez bien pour savoir que je ne vais pas y aller par quatre chemins. Ta missive qui aurait dût être source de réjouissance, fit malheureusement naître chez moi une déception certaine. Ainsi, soit bienheureux de recevoir de ma part cette réponse écrite, plutôt que d'avoir eu à te trouver en face de moi, car je gage que tu t'en serais pris plein les oreilles.

    Je ne sais si depuis tu as pu parler de ton envie d'aller voir du pays en compagnie de ceux qui accompagnent notre nièce à Amadheus, mais sache que ton départ avec eux serait pour l'heure bien mal venu.
    Tu parlais d'engagements auprès de ta famille. Mais depuis quand n'es-tu plus à même de pouvoir les tenir ? Voilà qu'aujourd'hui tu hésites, alors que tous, nous avons donné notre parole à Ann' de mettre tout en oeuvre pour retrouver la Reniée. Voilà qui me déçoit.
    Imagines un peu que chacun des membres de la fratrie se mettent à penser comme toi et se décide à aller voir ailleurs s'il n'y a pas mieux à faire ?
    Crois-tu que je ne suis pas las moi aussi de chercher en vain une soeur qui, si cela se trouve, est en train de croupir à dix pieds sous terre.
    Oui ! Moi aussi, j'en ai assez de vivre avec cette impression constante de perdre mon temps. Moi aussi, j'aimerai quitter Annecy au plus vite pour enfin ne plus penser qu'à moi et aux enfants. Mais voilà, j'ai donné ma parole à Annchen et m'y tiendrais.
    En nous engageant, nous nous sommes résolus à devoir faire des compromis. Remets-toi bien cela en tête.

    J'espère donc que tu sauras faire preuve de patience et que ton envie d'aller te balader attendra.


    Prends-soi de toi et tâche de réfléchir avant de te défaire de tes engagements mon frère.


    Ta soeur,





    P.S : Je vais prendre le temps d'écrire à Amadheus afin de prendre de ses nouvelles, en plus de celle de Ioen.
    Autre chose, j'espère que tes intentions d'évasion n'étaient pas là pour avoir à profiter davantage de la compagnie d'Éliance. Toi-même tu l'as dis, rappelles-t-en, lors de notre dernière discussion : Tu dois, si tu veux que les sentiments que tu éprouves pour elle s'amenuisent, t'en éloigner.


Eliance
[Poligny, 4e jour de décembre]

L'hiver s'est installé et avec lui, le froid et les faibleries corporelles. Si le froid a été perçu assez rapidement par l'ensemble de la population polignoise, les faibleries se sont faites plus mesquines, s'engouffrant l'air de rien dans les chaumières, rendant les premiers malades fébriles. Comme toutes morts, elles s’immiscent silencieusement, laissant les atteints à l'écart, sans que les sains s'aperçoivent même de l'état déplorables de leurs semblables.

La cheminée tourne à bloc, sans arrêt renfournée de bûches pour entretenir les flammes et braises qui réchauffent la salle de l'auberge. L'ambiance s'y fait plus douce que dans les chambres dépourvues d'âtre, où l'air froid s'engouffre entre les lames du bois qui composent les murs extérieurs, rendant la présence de plusieurs couvertures sur la paillasse nécessaire à un bon sommeil.

C'est dans cette chaleur montante que le barbu est apparu enroulé dans sa couverture, une mine pâle, une voix éraillée et des gestes ralentis par la fièvre. Une fois installé, une fois une tisane servi, il a demandé à Eliance d'écrire à ses frères et sœurs. Ou plutôt... non. Devant le cadavre ambulant, la Meringue a un peu paniqué et a décidé qu'il valait mieux avertir la fratrie au cas où le barbu décède et que les Rosenthals décident de l'accuser de cette disparition. Et puis aussi, plus pratiquement et en premier lieu pour pas que les frères et sœurs s'inquiètent. Mais cette dernière raison n'est pas trop avancée, parce que Eliance s'efforce d'étaler de la confiote sur la meringue et que donc... bref... tout ça, c'est une autre histoire. Présentement, elle se contente de faire courir la mine de plomb sur le papier pour informer le septième et la... dixième (ou peut-être un autre chiffre, elle s'y perd...)... de la situation fébrile du huitième.

Citation:


    Eunice,

    Je vous écris ce jour de la part de Edoran.
    Il est descendu ce matin de sa chambre dans un état alarmant. J'ai vite compris pourquoi on ne l'a pas vu la veille de tout le jour.
    Il tremble comme une feuille, semble fiévreux, faible et refuse d'avaler quoique ce soit d'autre que son pisse-mémé habituel.
    J'irais chercher un rebouteux pour le faire visiter. Il faut faire tomber au plus vite cette fièvre qui l'envahit et le terrasse.

    Je vous tiendrais au courant de l'évolution.
    J'espère que tout va bien pour vous, à Annecy.

    Embrassez Ombe pour moi.
    Amicalement,

    Eliance


    PS : Je fais prévenir dans la journée Amadheus de l'état de son frère. Je ne sais pas où il est, ne l'ayant pas revu depuis notre arrivée ici.



Citation:


    Amadheus,

    J'ai pas eu l'honneur de pouvoir m'excuser directement auprès de votre personne pour notre dernière conversation du voyage et de la tournure que les choses ont prises. Vous avez raison, votre frère est digne d'intérêt et peut-être qu'un jour, j'aurais le courage de le connaître. Mais comprenez ma méfiance qui transparaissait dans mes mots maladroits. Je me suis méfiée de vous et de Edoran, au début, oui, comme de tous les inconnus. Je n'aurais pas accepté votre présence à tous les deux si c'était encore le cas. Je vous aurais pas parlé de tout ce qu'on a parlé, si j'avais peur de vous.

    J'ai votre frère sous le coude... enfin, vous me comprenez... et il est malade comme un chien depuis hier, apparemment.
    Je ne sais pas si vous avez repris les chemins pour Annecy. J'aurais aimé vous dire au revoir. Si c'est pas le cas, attendez que votre frère se remette. Et passez à mon auberge que je vous paie à boire.

    J'ai écrit à Eunice pour informer de la maladie d'Edoran.

    Bien à vous,

    Eliance


_________________
Edoran.
Après quelques jours à se battre contre de sacrés et costauds microbes, le brun fît l'effort de répondre à sa sœur, même si Eliance lui avait écrit entre temps, il n'en demeurait pas moins qu'il se devait de lui répondre. Il comprenait bien sa colère et sa déception, la raison du pourquoi il tenait à lui écrire. Après avoir pris place dans la salle de l'auberge, il s'était installé dans un coin pour écrire. Une activité qui lui prenait du temps.

Citation:
Poligny, le sixième jour du mois de Décembre

    Eunice,


Je sais que tu as reçu il y a surement deux jours, une lettre d'Eliance, pour te faire prendre connaissance de mon manque de chance. J'ai en effet été cloué au lit par une belle fièvre et quelques maux peu agréables. Je n'ai donc pas pu t'écrire ci tôt ta lettre reçue, j'espère que tu m'en excuseras. Aujourd'hui, cela va un peu mieux, bien que je ne parvienne pas à garder mes repas. Ça en devient agaçant. Voilà quatre jours que ça traîne, j'espère être remis pour rentrer.

Je sais que tu m'en veux d'être resté, mais saches que c'est pas contre vous que je l'ai fait. Je préfère en effet, passer du temps avec Atropine, plutôt que de chercher une sœur, qui possiblement, ne veut même pas nous connaitre. As tu songé à cette éventualité ? Qu'elle soit là, à savoir sans vouloir nous dire ? Atropine a eu moins de chance que cette enfant que mère a abandonné, elle n'a pas été élevé dans le cercle protecteur d'un couvent et ne connait pas la saveur d'une famille, je crois pouvoir dire que Roschen si, ne dit-on pas qu'on devient enfant de l'église lorsqu'on se baptise ?

Cela dit, je ne romps pas mes engagements, puisque je vais revenir, avec plus de temps que prévu voilà tout. Nous repartons dans quatre jours, voir cinq. Tous, Atro Eliance, Mike et le reste de leur clan. Je suivrai derrière. Je pense m'arrêter quelques heures chez Annchen, pour lui parler un peu, seul à seule. Mais je tiendrai ma promesse faite de faire tout ce qui est possible de faire pour retrouver la reniée.

Il se trouve que finalement, j'ai été un peu puni en tombant malade, mais j'ai profité aussi pour apporter un peu d'aide morale à une jeune femme qui j’amènerai avec moi à Annecy. Elle aussi était venue retrouvée une sœur qui n'a pas voulu la voir. Elle était au plus mal, et ne savait plus que faire de son avenir, j'ai su la convaincre de venir poser sa candidature auprès de la vicomtesse qui m'a embauché pour le poste d'intendant. Elle a un fils, du même âge de nos neveux, je lui ai proposé de te le confier une journée pour qu'elle puisse se reposer. Penses qu'elle va à la mine chaque jour pour les faire vivre.. Pauvre femme, j'espère qu'elle te plaira, car sans te le cacher, c'est le cas pour moi.

Ne penses pas que je me trompe ou que je crois qu'elle me plait, je sais faire la différence d'avec Eliance. C'est pas la même chose. Je t'expliquerai de vive voix. En attendant, prends soin de toi et des petits, salut les autres. Encore quatre jours et je serai là, je me mettrai au travail activement pour retrouver Roschen.

Ton frère,

Eunice.
La pointe d'une plume marquant un parchemin de ces premiers mots communs à bons nombres de missives, la Quatrième du clan Rosenthals se remémorait toute à la fois quelques bribes d'une discussion qui s'était tenue entre elle-même et ses deux frères, Edoran et Amadheus. Dernier échange qu'ils aient eu à partager de vives-voix d'ailleurs. Et presque comme si elle y était encore, elle les entendait, tous les deux, lui assurer que le voyage pour lequel ils s'étaient préparés ne durerait pas longtemps.

Pas plus d'une semaine, lui avaient-ils garanti. Temps nécessaire pour effectuer un aller-retour Annecy/Poligny. Mais voilà que rien ne se passait comme prévu. Leur semaine d'absence s'était prolongée bien malgré eux.
Edoran, malade et sous le coup de la fièvre, n'avait pu reprendre la route, ce qu'elle comprenait parfaitement et son inquiétude le concernant avait été bien vite balayée à réception d'une lettre écrite de la main d'Éliance, car quoi qu'elle ait pu en penser ou en dire auparavant, elle reconnaissait désormais les qualités dont été dotée cette jeune femme et savait son frère entre de bonnes mains. A contrario, l'inquiétude qu'avait soulevée les dernières nouvelles relatives à la " disparition" de Ioen et d'Amadheus, n'avait pas su s'apaiser. Elle n'avait fait que s'accentuer. Comme elle l'avait annoncé à Edoran dans le dernier courrier qu'elle lui avait adressé, elle avait pris soin d'écrire à Amadheus afin d'obtenir, en réponse, quelques unes de leurs nouvelles. Mais point de lettre n'avait été écrite en retour. Si les échanges écrits pouvaient se faire rare parfois, jamais l'un ou l'autre n'auraient manqué de répondre à un courrier reçu, encore moins si l'un des deux faisaient part d'un manque de sérénité.

Ce silence, au fond d'elle, lui laisser présager le pire. Comme elle avait espoir alors, faisant face à tel pressentiment, de se tromper. Un mauvais présage qu'elle se devait de partager dans une première missive adressée à Edoran.



Citation:

    Annecy - 7ème jour de décembre 1462



      Edoran,
      Mon frère,


    Quelle genre de soeur penses-tu que je sois, pour oser croire que je puisse t'en vouloir de ne pas m'avoir transmis de tes nouvelles plus tôt, alors que tu étais malade ? Crois-moi, je suis tout à fait en mesure de comprendre que tu ais été souffrant au point de ne pouvoir le faire. Et puis tu as tout de même songé à demander à Éliance de m'écrire afin qu'elle me prévienne de l'état dans lequel tu te trouvais. Tu es tout excusé. Sois en certain. Et tu me vois ravie d'apprendre qu'a ce jour, tu te portes mieux. J'espère que tu auras fini de te rétablir à ton retour.

    A ton tour à présent, de m'excuser pour cet élan de colère dont j'ai pu faire part, et qui, je le constate, a su se faire ressentir au travers de ma dernière lettre. Tu dis préférer passer du temps aux côtés de notre nièce plutôt que d'avoir à en perdre à tenter d'essayer de mettre la main sur la Reniée. Comme je te comprends et comme je te donne raison de vouloir privilégier le rapprochement avec Atro qui mérite que nous soyons là pour elle. D'ailleurs, je suis contente d'apprendre que je pourrais bientôt la voir à nouveau. Je ne manquerai pas de lui en faire part. J'ai bien l'intention de lui écrire et de lui faire savoir que nous saurons l'accueillir, elle et les siens, comme il se doit.

    Autrement, pour en revenir à Roschen, et plus particulièrement à cette probabilité qu'elle soit au courant de nos démarches entreprises pour la retrouver, et qu'elle puisse avoir l'envie de nous fuir, et bien laisse-moi te répondre très clairement que oui. Cette éventualité, je l'ai envisagé à l'instant même où Annchen nous a fait part de son souhait de la retrouver. Mais malgré ce que j'ai pu penser ou bien dire, nous nous devions tout de même d'essayer. Nos pronostics ne sauraient être toujours exacts n'est ce pas ? Cessons donc de toujours vouloir mettre la charrue avant les boeufs et attendons donc de voir quel sera le résultat.

    Enfin, j'espère sincèrement que ceux-ci tomberont bien vite dès lors que vous serez rentrés. J'ai hâte d'en finir et d'aller vaquer à d'autres occupations et vers d'autres horizons. Bien qu'Annecy ne soit pas ville la plus désagréable que j'ai connu, j'ai tendance, ces derniers temps, à voir son enceinte comme une prison et même si je suis heureuse d'avoir à partager du temps auprès des miens, je ressens le besoin de retrouver cette liberté que j'ai perdue, ce besoin de vivre rien que pour moi, sans oublier nos neveux bien entendu dont je ne me déferai de la garde pour rien au monde. A eux deux, ils sont forts de me faire oublier mes malheurs passés.

    Sur ce dépêchez-vous donc de nous revenir. Il me tarde de vous compter parmi nous, tout comme j'ai hâte de rencontrer cette jeune femme dont tu m'as parlé. Adresse mes salutations à tout le monde. Et dis-moi ? Je n'avais jusqu'alors pas évoqué le sujet, ni même mon inquiétude, mais as-tu récemment reçu des nouvelles de Ioen et d'Amadheus ? La lettre que j'ai envoyé à ce dernier est restée sans réponse. Imagines l'angoisse que cela me procure. J'espère que tu sauras me rassurer.

    Je t'embrasse.
    Puisse le Très-Haut veiller sur toi et tous ceux qui t'accompagneront.

    Affectueusement,
    Ta soeur.







La seconde, qui allait être écrite à la suite, irait tout droit remercier Éliance de l'attention qu'elle avait surement dû porter à son frère.

Citation:

    Annecy - Au 7ème jour de décembre 1462.


      Éliance,


    Navrée de ne pas avoir apporté de réponse plus prompt à votre missive. Il faut dire que les recherches entamées pour retrouver notre soeur prennent énormément de temps. Voir de trop même quand on voit le peu de choses et d'informations que l'on parvient à en tirer.

    Mais qu'importe le temps que cela m'aura pris, je tenais à vous remercier d'avoir eu l'amabilité de me prévenir de l'état fébrile dans lequel a pu se trouver Edoran autant qu'il me fallait vous dire merci d'avoir consacré de votre temps afin qu'il puisse aller mieux. Je suis certaine que vous y êtes pour beaucoup dans son rétablissement.

    Précieuse fut votre aide Éliance.
    Encore merci d'avoir été là pour Edoran.

    Portez-vous bien, et au plaisir de vous revoir bientôt donc, car j'ai cru le comprendre, vous aussi, serez bientôt de retour sur Annecy.


    Amitiés,

    Eunice.





    P.S : J'ai bien embrassé Ombe pour vous. Faites-en de même, pour moi, je vous prie, auprès d'Atro.

Edoran.
Se traitant de tout les noms, Edoran fixa la lettre qu'il avait oublié d'envoyer, n'en revenant pas qu'il avait oublié une chose aussi importante. Surtout que sa réponse à Eunice elle même était importante. Soupiran, le huitième s'installa dans une taverne de Saint claude, pour écrire à nouveau vu que ce vélin là était dépassé.

Citation:

Saint-Claude, le dixième jour du mois de Décembre 1462

Eunice,


Je te présente mes excuses, je pensais avoir envoyé ma réponse écrite, hors ce n'est pas le cas. Je crois que j'ai la tête un peu ailleurs. Aussi, voilà que je m'empresse de t'écrire à nouveau. Du coup mon texte était plus d'actualité. Je suis parti de Poligny avec un jour d'avance sur Atropine et ses amis. Aussitôt que j'ai compris que Dheus 'était absent, j'ai pris la décision de refaire sa route, histoire de voir si je le trouve.

Saches qu'il n'est pas à Saint Claude, ou je me trouve aujourd'hui. Ni Ioen d'ailleurs. Ce soir, je passe voir Annchen quelquefois qu'elle en sait plus que nous. J'espère qu'il a de bonnes raisons de rester silencieux à tes lettres, car ça ne lui ressemble pas. Demain je serai à Genève, je verrai ce qu'il en est, et ensuite Annecy. Je te dirai de vive voix ce qu'il en est à leur sujet, espérant que nous n'ayons pas de nouvelles "recherches" sur le dos ! Non pas que je m'impatiente ou que je n'apprécie pas votre compagnie, mais je ne cesse de repousser mon départ en Touraine et je crains d'y perdre ma place.

Enfin nous aviserons à Annecy. Surtout essaies de ne pas trop t'inquiéter, Dheus et Ioen savent fort bien se débrouiller. Je fais au plus vite pour rentrer. Elisabetta m'a suivi, ainsi que son fils dont elle ne se sépare pas. Je ne peux donc pas prendre le risque de galoper sans fin.

Prends soin de toi,
Que le Trés Haut veille sur vous tous à Annecy,

Ton frère



Une fois terminé, il envoya sans faute le parchemin. Direction Annecy..
Eunice.
Le temps passait et chacun de leur côtés, un à un, les Rosenthals cherchaient à reprendre leur vie là où il l'avait laissée maintenant que Roschen avait été retrouvée. Les aînés, comme Amadheus et Eunice s'étaient éloignés, tandis que les plus jeunes jugeaient encore nécessaire de rester sur Annecy.

Ne pouvant désormais plus jouir de cette proximité familiale dans laquelle tous s'étaient trouvés plongés, leur restaient encore de savourer ces petits instants de lecture, découvrant les courriers qui tour à tour, leur étaient destinés, porteur de nouvelles, tantôt bonnes, tantôt mauvaises.

Un nouvel échange venait de naître entre l'Hirondelle et la Colombe.


Citation:


    Eunice chérie,


    Je suis une bien piètre correspondante et, alors que j'aurais dû te répondre, prendre des nouvelles des petits et toi et surtout t'annoncer ce que nous avons découvert sur Rose, j'ai repoussé encore et encore le moment de prendre la plume. J'espère que tu ne m'en veux pas trop.

    Edoran m'a dit que vous avez été agressé et que tu as reçu quelques coups. J'espère que ça n'est pas trop grave, ma toute belle et que le chien qui a osé te faire du mal sera puni.

    Pour ma part, je vais assez bien. Apprendre que Rose est notre sœur m'a réjouit. Par ailleurs, je m'entraîne beaucoup.

    Dis moi, comment vous allez et quels sont tes plans dans les semaines à venir ? Je veux tout savoir.

    Je vous embrasse tendrement, mes merveilleux neveux et toi.


    Votre Ombe




Citation:

    Autun - Bourgogne - Au 4ème jour de janvier 1463.



      Ombe,
      Douce hirondelle,


    Comme je suis contente d'avoir enfin pu te lire.
    Il est vrai que j'ai attendu de la recevoir cette lettre, mais qu'importe le temps qu'il aura fallu. L'important pour moi, c'est que tu es prit un instant pour écrire afin de me faire part de tes nouvelles.
    Ce que je regrette moi, c'est de n'avoir pas pu t'étreindre de mes bras avant de quitter la Savoie, mais tu sais mon instinct à toujours vouloir protéger les enfants en les tenant au plus loin de toutes sortes de conflits.
    Je fais avec eux, ce que je ne peux plus faire avec vous qui êtes désormais adultes et assez mâtures pour vous protéger vous-même. Ceci étant, si jamais quelque chose devait arriver que tu ne puisses gérer seule et que tu n'ais personne vers qui te tourner, n'oublies jamais que je suis là, car aussi longtemps que je vivrai, je serai là pour les miens.

    Autrement, pour en venir à ce qu'Edoran t'as dis, nous avons effectivement fait mauvaise rencontre sur les chemins. Mais tout le monde sait que le passage des frontières est un grand risque à courir. Par chance, nous nous en sommes tirés avec tout juste quelques égratignures. Rien de bien méchant. Quant aux enfants, ils ont eu plus de peur que de mal. Reste néanmoins que j'espère que ce maraud prendra cher un jour ou l'autre.

    Mais venons-en à toi maintenant. Tu dis t'entraîner beaucoup. Tu verras qu'a force de travail, tu seras récompensé et que cette douce hirondelle que tu es deviendra un somptueux gerfaut. Pour ce qui est de Roschen, je suis contente de savoir que ces longues semaines de recherches n'ont pas été infructueuses et que Roschen n'est autre que la jeune Rose. Comme je l'ai dis à Edoran, je tâcherai d'écrire à cette dernière dès que nous aurons rejoint Nevers.
    Ce sera là notre prime destination. J'espère en m'y rendant, rencontrer une fois encore Monseigneur Verty de Toxandrie. Nul besoin de te rappeler pourquoi.

    Le voyage devrait bien se passer jusque là-bas. Je ferai route avec une connaissance faite en chemin et qui doit se rendre sur Cosne.

    Ensuite, avec l'espoir que je reçoive enfin des nouvelles d'Elvide, peut-être aurai-je à me rendre sur Dijon. C'est là qu'elle était censée se trouver aux dernières nouvelles.

    Plus tard, j'envisage me rendre en Bourbonnais. J'ai quelques écus à récupérer sur Clermont.
    Voilà ce que sont mes projets actuels.
    Reste à voir avec les imprévus.

    Aussi, puissions-nous nous revoir bientôt.

    Nous tous t'embrassons très fort.
    Avec tout notre amour,






    P.S : Ne me laisse pas sans nouvelles trop longtemps.


_________________
Eunice.
Citation:

    Eunice,


    Samaëlle vient de nous annoncer que vous avez eu un accident mais refuse de nous en dire plus sur votre état de santé à tous.

    Raconte moi. Comment vas-tu ? Comment vont mes neveux adorés ? Que c'est-il passé ?

    Je t'embrasse. Je vous embrasse tous.


    Ombe.



Jusqu'à présent, elle n'avait rien dit à la fratrie concernant l'accident qu'ils avaient connus en traversant la Bourgogne. Les seules à avoir été mises au courant étant Lamoth, amie qu'elle avait retrouvée lors de son arrivée sur Clermont, et Samaelle, à qui elle s'était confiée, au travers d'un échange épistolaire, à tort visiblement. La missive qu'elle avait adressée à l'intention de cette dernière n'aurait jamais dû être annonciatrice du drame qui les avaient frappés de plein fouet. Voilà qui aurait évité à Ombe et à Edoran de s'inquiéter, même s'ils avaient de bonnes raisons de le faire.

L'inquiétude étant trop grande, l'Hirondelle n'avait pas tardé à prendre la plume pour écrire à la Colombe qui, désormais, n'avait plus qu'à lui répondre.



Citation:

    Clermont - Au 13ème jour de janvier 1463.



      Ombe,


    J'aurai dû vous prévenir. Seulement voilà, j'ai une fois encore voulu éviter que vous n'ayez à vous ronger les sangs. Mais puisque Samaelle vous a parlé de l'accident, je n'ai plus de raisons pour ne pas vous livrer davantage de détails.

    Peu avant d'arriver sur Nevers notre charrette a fini sa course dans un fossé, renversée, avec à l'arrière Friede et les enfants qui s'y trouvaient tous trois endormis. Pour ma part, je vais bien, puisqu'au moment de l'accident, je me trouvais à dos de cheval, et si Friede et Zachary s'en sont sorti avec moindre mal, ce ne fut malheureusement pas le cas pour Sandeo.
    Je ne sais de quel maux il souffre exactement. La seule chose que je puisse te dire, c'est que depuis le drame, il n'a plus bougé. Il reste muet et complètement immobile, plongé dans une incroyable inertie. De le voir ainsi, j'ai parfois l'impression de veiller sur une statue de pierre.

    Je ne te cacherai pas la peur que j'ai en songeant à ce qu'il pourrait bien advenir de lui. Peur de la réaction d'Amadheus s'il devait arriver le pire.
    Alors je prie sans cesse, comptant sur l'aide du Très-Haut. Je trouve aussi un soutien auprès d'un homme qui fut le premier à venir nous secourir. Ce dernier a pris l'initiative de nous accompagner jusqu'en Bourbonnais où nous avons confié Sandeo aux bons soins d'un médecin. Très souvent à mes côtés, sans que je n'ai rien à lui demander, il veille lui aussi avec l'espoir que l'état de notre neveu s'améliore enfin. J'ai de la chance qu'il soit encore là. Il est une véritable source de réconfort et sait mieux que quiconque me redresser lorsque je commence à ployer, dominée par le désespoir. Il a les mots qui me permette de ne pas oublier celle que je suis devenue avec le temps, forcée de faire avec les malheurs qui se sont jadis abattus sur moi.
    Grâce à lui, je crois encore qu'un miracle puisse se produire. Sandeo est un enfant robuste. Il n'a de cesse de me le rappeler. Il finira par aller mieux, d'autant plus s'il sent que les personnes qui l'entourent sont emplis d'espérance.

    Je sais qu'il est inutile de te demander de ne pas t'inquiéter. Pries alors pour lui, afin qu'il se porte mieux.
    Je te tiendrai informé de toute évolution concernant son état.

    Je t'embrasse.

    Ta soeur,




_________________
Eunice.
    Clermont toujours - Entre espérances et désespoirs

      Doucement s'endort la terre
      Dans le soir tombant
      Ferme vite tes paupières
      Dors petit enfant

      Dors en paix près de ta mère
      Fais des rêves bleus
      Au matin dans la lumière
      Tu t'élanceras joyeux

      Sur ton lit la lune pose
      Ses rayons d'argent
      Quand s'apaisent gens et choses
      Dors mon tout petit enfant

      Mais ton père est brave et rude
      C'est un vieux soldat
      Fais dodo sans inquiétude
      Mais ne tremble pas

      A ton tour tu vas connaître
      L'amitié des guerriers
      Mais seulement tu devras mettre
      Pied à l'étrier

      L'air martial et l'âme digne
      Loin tu partiras
      De la main me faisant signe
      Passant devant moi

      Fais dodo paupières closes
      Comme un vrai enfant
      Sur ton lit la lune pose
      Son regard apaisant.(*)



Tels furent les derniers mots de la Rosenthals venus trouver refuge au creux d'une esgourde encore chaste. Couchée sur le flanc droit, elle s'était faite une place auprès de Zachary, qui trop souvent délaissé ces derniers jours, avait fini par oser réclamer un peu d'attention. Ce soir il souriait, pourtant endormi, sans doute heureux d'avoir vu sa tante lui revenir un peu. Il serait le seul qu'elle veillerait pour la nuit, elle lui en avait fait la promesse, tandis que Sandeo, lui, se trouvait sous la surveillance accrue d'Edoran.

Un baiser venait de claquer doucement sur le front de l'enfant. Point finale à cette berceuse qu'elle avait dû entonner plus d'une fois avant qu'enfin le garçonnet ne s'endorme, croulant sous le poids de la fatigue. Dans la pièce tout était calme à présent. Seul le souffle de l'enfant plongé dans un sommeil profond sifflait dans l'air. A contrario, du mouvement était perçu dans la chambre voisine à la leur. Elle songea alors à son occupant : Torvar, à la façon qu'elle aurait de le remercier pour tout ce qu'il avait fait depuis que leurs destins s'étaient croisés, franc témoignage d'une sincère gratitude. Elle le lui devait bien, à lui qui, ayant eu le choix, avait fait celui de l'aider alors qu'il aurait tout simplement pu la laisser, elle, les enfants et leur nourrice, à leur triste sort. Chaque jours un peu plus, pour ce qu'il faisait, ce qu'il disait, elle appréciait cette présence masculine, réconfortante et rassurante en tout point.

Ainsi songea-t-elle de longues minutes avant qu'elle ne soit troublée par l'entrée impromptue de Friede venue débarrasser la chambre d'un plateau qu'elle avait monté un peu plus tôt afin que la Rosenthals puisse se nourrir un peu.

    "- Vous devriez songer à manger davantage. A force de veiller et de n'rien avaler comme vous l'faites, vous allez finir par avoir du mal à t'nir debout vous savez. "

Remarque faite, Eunice se releva, prit un instant pour recouvrir Zachary d'une épaisse couverture de laine avant de faire quelques pas en direction de la nourrice.

    "- Un conseil, ne t'en fais pas pour moi. Fais t-en plutôt pour Sandeo. C'est de lui dont on doit se soucier avant tout. Pas de moi."

    "- Je n'suis pas la seule à m'inquiéter pour vous. Edoran, votre frère, semble tout aussi préoccupé."

    "- Je lui ai dis qu'il pouvait repartir. Que tout irait bien pour moi. Ainsi, s'il est inquiet, c'est sans doute en rapport avec Samaelle qui est souffrante... Reprends donc ce plateau tu veux. Penses seulement à laisser le pli qui s'y trouve. Je vais m'affairer à y répondre maintenant. Alors si tu veux bien me laisser à présent."


S'exécutant sans attendre, la Rosenthals se retrouva seule en compagnie de Zachary, et désormais assise à table, elle prit enfin connaissance du contenu de la missive qu'on lui avait apporté.

Citation:

    Eunice,


    Ma toute douce, j'aimerais être douée avec les mots pour pouvoir te rassurer, te dire que rien de mal n'arrivera, que nos prières ne sont pas vaines. Je ne le suis pas. La preuve en est, il m'a fallut presqu'une semaine pour oser prendre la plume et te répondre...

    Tout d'abord, je dois te dire que je suis soulagée que Zachary et toi ne soyez pas souffrants. C'est une épine de moins dans mon coeur qui, inquiet de l'absence d'Amadheus et Ioen, est à présent meurtri par la souffrance de notre Sandéo. Toutefois, je refuse de céder à la panique ou au désespoir. C'est un enfant solide qui a la chance d'avoir, pour veiller sur lui, la plus belle et la plus incroyable des mères. Parce que tu es sa maman à présent. Il ne sert à rien de présenter les choses autrement. Ainsi donc, je suis persuadée qu'il ira très vite mieux. Peut-être est-il déjà rétabli à cette heure : Dieu sait que les courriers se perdent facilement et que je peux avoir manqué celui m'apportant cette bonne nouvelle.

    Par ailleurs, je te somme de te ménager. Il semblerait que tu puisses compter sur cet homme dont tu me parles alors fais le. T'épuiser à veiller sur le petit n'aidera pas, c'est une certitude absolue.

    Je t'embrasse ma toute belle et toutes mes pensées sont tournées vers vous trois.


    Ton Ombe.

    PS : remercie ce messire de veiller sur vous mieux que je ne peux le faire




Au premier coup d'oeil elle avait reconnu l'écriture de sa jeune soeur. Un écrit au travers lequel Ombe se faisait à son tour porteuse d'espoir. Qu'il était bon de pouvoir compter sur le soutien des uns et des autres, cela même lorsque des dizaines et des dizaines de lieues les tenaient éloignés.
Ces simples mots couchés aidaient considérablement Eunice qui avait la fâcheuse tendance à chanceler, souvent à la limite de basculer dans un complet désespoir.

Plume en main, elle s'appliqua a apporter une réponse qui saurait, elle l'espérait, trouver sa soeur dans les jours à venir.


Citation:

    Clermont - Au 24ème jour de janvier 1463.


      Ombe,


    Merci. Voilà le premier mot qui m'est venu à l'esprit lorsque j'eu achevé de lire ta lettre. Tes mots m'ont fait grand bien et Dieu sait combien j'ai besoin d'en entendre de tels pour réussir à faire face.
    Ainsi, peut-être l'auras-tu compris, notre neveu n'est en rien tiré d'affaire. Son état n'a connu aucun changement. Après, je le sais, l'ai même toujours dis, Sandeo est un enfant robuste. Jamais je ne l'ai connu malade auparavant. J'espère alors que cette résistance dont il a toujours su faire preuve ne s'amoindrira pas, et que combinée à nos prières à toutes et tous, il triomphera de ce mal qui semble l'avoir vidé. Je dis "semble", car il arrive parfois, lorsque je scrute son regard durant de longues minutes, que je décèle en lui une envie de se battre. Tout passe par le bleu de ses yeux. Ils sont pour l'heure la seule chose qu'il lui reste pour communiquer. Si tu voyais tout ce que j'y entrevois Ombe. Parfois, j'en suis à devoir détourner le regard pour ne pas me laisser à mon tour submerger par l'angoisse qu'ils révèlent. Comme il doit avoir peur. J'ai l'impression que mes mots, mes gestes, ne parviennent plus à le rassurer.
    Alors peut-être que je ne suis pas une si bonne mère que tu le prétends. Sans doute même est ce la raison pour laquelle je n'ai eu qu'à engendrer des enfants morts-nés ou qui n'ont su résister à peine plus de quelques jours. Jamais le Très-Haut n'accable sans raison.

    J'aurai aimé qu'Amadheus soit là. N'oublions pas, avant de me considérer comme mère des garçons, qu'il est leur père. Qui sait, si face à cette dramatique situation, il n'aurait pas enfin prit conscience de leur importance. Tu me désignes comme étant leur mère. Moi, je préfère garder mon statut de tante. Aurai-je moins à souffrir lorsqu'Amadheus, si cela devait arriver, s'en venait me les reprendre ? Peut-être me diras-tu que non. Que ça n'y changerait rien. Cependant, je préfère croire que se sera le cas.

    Enfin, tu peux me faire confiance pour remercier celui qui m'accompagne, et si rare que se soit dans mes habitudes, Torvar est un homme sur lequel je me donne le droit de compter. Ainsi, je le remercierais mieux que tu ne peux le faire ma douce Hirondelle. D'ailleurs, je réfléchissais, tout juste avant de t'écrire, à la façon que j'aurai de m'y prendre.

    Voilà que s'achève ma missive. Je continuerai à vous tenir informé régulièrement de l'état de Sandeo, toi, Edoran et les autres. D'ailleurs, notre frère qui a fait route jusque Clermont pour nous aider à faire face devrait reprendre la route dès demain. Je lui ai dis que tout irait bien pour nous et qu'il pouvait s'en retourner auprès de Samaelle. Elle est souffrante et je me dis que sa place est auprès d'elle.

    A mon tour de t'embrasser ma soeur. Prends bien soin de toi.

    Avec amour,
    Ta soeur.







(*) Berceuse cosaque

_________________
Ombe

    [Je suis nulle part, je vais nulle part.
    Je suis pétrifiée et je serai jamais rien d'autre que ça
    ]

    Fauve - Requin-Tigre


Ombe est à l'étroit. Dans ce lit trop dur où elle ne trouve pas le sommeil, dans sa chambre d'auberge dont la minuscule fenêtre ne laisse pas passer assez de lumière, dans ce pays dont elle a l'impression d'avoir fait le tour, dans cette peau encore jeune mais déjà trop abîmée.

Regardant d'un air mauvais le feu qui brûle dans la cheminée, l'aigre jeune femme ôte sa tunique d'un geste agacé et se griffe en relevant ses cheveux à l'aide d'un peigne. L'envie de se défaire aussi de la chaisne qui couvre son corps osseux est forte, mais elle résiste. Le tissus est si fin que la différence ne serait pas notable et si elle hait qu'on la regarde, elle n'aime pas non plus la vue de ses côtes saillantes.

Si seulement la lucarne s'ouvrait, elle pourrait échapper à la chaleur qui l'étouffe et l'enrage.
Si seulement il lui était possible de courir loin, très loin. De se perdre dans l'infinie blanche qu'elle aime tant.
Si seulement elle pouvait oublier. Juste oublier. Ne plus être elle, rien que pour une minute.
Si seulement pouvait revenir le temps des marguerites.

Grinçant des dents elle se pose sur une chaise avec la délicatesse meurtrie d'un oiseau aillant oublié de migrer. L'heure est au bilan et il n'est pas reluisant. Elle ne sait plus être heureuse. Elle est immunisée contre l'enthousiasme. Et surtout, elle est foutrement en rogne ; contre cette saloperie d'univers couleur cumulonimbus, contre Amadheus perdu on-ne-sait-où alors qu'elle a besoin de sa force comme la terre a besoin d'eau, contre elle-même et son incapacité à bouger.

Un soupire – encore un – passe ses lèvres gercées alors que le céruléen se pose sur les vélins couverts de signes qui gisent sur la table. Elle ne peut plus ignorer son courrier en retard sans que de son mutisme naisse l'inquiétude.

Passant sous silence les douleurs de l'âme solitaire et du corps agressé, elle s'intéresse. Supplie sans le dire.

Eunice, Eunice chérie donne moi une bonne nouvelle. Rien qu'une....



Citation:
Ma sœur,

Si seulement les quelques mots que je trace à présent pouvaient être aussi bénéfiques à notre Sandéo que ceux de la dernière fois l'ont été pour toi, je serais comblée.
Tu sais, je n'arrive pas à considérer comme réel le portrait que tu me dresses de lui. Je crois que je ne veux pas le faire. Quand je pense à lui, je ne peux que revoir le bambin mâchouillant joyeusement une cuillère en bois ; l'innocent s'émerveillant des premières neiges ; le chaton s'endormant sous mes caresses. Si Dieu le veut – et il ne peut pas vouloir autre chose – c'est bientôt lui que tu veilleras et plus la marionnette désarticulée qu'un seul fil retient à la vie. Il faut y croire. Il faut y croire, et je me le répète encore et encore pour me forcer moi aussi à avoir la foi.

J'aimerais moi aussi qu'Amadheus soit à tes côtés ou tout au moins que nous ayons pu le joindre, mais je suis certaine qu'il n'aurait rien pu entreprendre de plus que ce que toi tu as déjà fait. Si c'est à toi qu'il a confié les petits, ça n'est pas pour rien.

Pour ma part je vais bien, je travaille beaucoup. Pas de temps pour les vaines pensées ou pour l'ennuie dans ces circonstances, toutefois crois bien que mon temps libre, je l'emploie à songer à vous trois.

Je vous embrasse Sandéo, Zach et toi.
Tendrement,

Ton Ombe

_________________
Eunice.
    [ Dans une taverne moulinoise ]


Les écrits s'enchaînaient depuis près d'une heure, et de temps en temps, la Rosenthals relevait les yeux, son regard quittant pour de brefs instants les vélins auxquels il semblait profondément ancré.
La taverne dans laquelle elle s'était installée était presque déserte à cette heure-ci, hormis la présence d'un groupe de vieillards, vêtus de haillons serrés, qui, assis autour d'une table, godets remplis de vin, tenaient carte en mains tout en gueulant à tour de rôle à la tricherie.

Une fois de plus, son attention s'était dirigée sur eux, et à l'image d'un des hommes, elle reprit possession de son verre, buvant son fond de cognac d'une traite. A cet instant, la porte de la taverne s'était ouverte, sur un homme une fois encore. Inconnu, il n'était pas celui qu'elle espérait voir. Rebaissant alors les yeux, elle n'y prêta guère plus d'attention, entendant simplement ce dernier traverser la salle, ses bottes martelant le plancher avec détermination, comme si d'emblée, il avait su où aller s'installer.

De retour à son occupation, elle entama donc une énième missive, à l'intention de l'une de ses soeurs cette fois-ci.


Citation:

    Moulins - Au 19ème jour de février 1463.


      Ombe,
      Ma douce Hirondelle,


    Je vais commencer par m'excuser d'avoir fait traîner réponse à ta missive. J'ose espérer que mon silence n'aura pas suscité chez toi trop d'inquiétudes. Il te faut savoir que je me porte bien. Mieux que je ne l'aurai espéré d'ailleurs.
    J'ai vécu ces derniers jours quelques bons moments qui m'ont rappelé combien il était important de vivre pour soi. Je vais d'ailleurs poursuivre en ce sens pour quelques jours encore, avant d'enfin aller retrouver Zachary et Sandeo en Limousin.
    N'ais de crainte, ils ne sont pas restés seuls. Ils sont sous la surveillance de Friede et d'Annchen qui a fait le déplacement jusqu'à l'endroit où l'on apporte les soins nécessaire à l'état de Sandeo. Celle-ci, après avoir lu l'une de mes dernières missives, a parfaitement compris qu'il me fallait souffler un peu, et Torvar, s'est chargé de me redonner cet élan de vie qui commençait à me manquer. Il m'aide autant qu'il peut et ça fait du bien.

    Pour Sandeo, les choses, d'après Annchen, semblent s'améliorer. Doucement, mais surement, comme on a souvent l'habitude de dire.
    Je crois dur comme fer à son bon rétablissement, mais j'ai l'impression qu'avant de le voir jouir d'une pleine santé, qu'il va nous falloir faire preuve d'encore un peu de patience. Je devrais savoir faire tant j'y suis habituée.

    Et pour toi ? Qu'en est-il à présent ? J'aimerai en savoir autant sur toi
    De quoi est donc fait ton quotidien ? Es-tu toujours en Savoie ?

    Pour ma part, je pense rester sur Nevers avec les enfants, à notre retour de Limoges. Je sais qu'en y restant, nous ne manquerons de rien. Je me suis récemment entendu avec Torvar. Ce dernier a proposé de m'offrir un salaire, en contrepartie de quoi, je me chargerai de traiter quelques unes de ses correspondances. Je ne me voyais pas profiter de sa générosité en restant les bras croisés plus longtemps, et voilà qui tombe bien puisque le reste de mes économies ne me permettra bientôt plus de subvenir à l'ensemble des besoins des garçons. C'est bien la première fois qu'Amadheus se soucie aussi si peu du devenir de ses fils. Ca ne lui ressemble pas. A tout hasard, aurais-tu reçu de ses nouvelles ? Car ni moi, ni Ann' n'en avons eu.

    Apportes-moi vite des tiennes. Te lire comblera un peu, même si trop brièvement, le manque que j'ai de toi.
    Vous manquez tous.

    Ta soeur qui t'aime.






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