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[RP] à défaut du corps, il faut bien que l'oreille exulte...

Yohanna.
- Sujet N°7 -


Mais pourquoi refusent-ils tous de se faire appeler ''mon père'' ? Est-ce qu'elle refuse de faire appeler Baronne, elle ?
L'aconit… Quel nom étrange pour un curé. Un sourire se dessine sur tes lèvres à la digression de ton esprit. Jolie petite fleur des montagnes qui peut faire mourir un cheval d'un simple coup de dents dans les racines. Tu préfères la mandragore pour perpétrer tes crimes. Plante de sorcière qui, bien dosée, peut apporter la paix, les visions et tant d'autres propriétés. Jouer avec le feu est toujours plus drôle qu'un acte radical et sans retour. D'ailleurs, si tu savais à côté de qui tu es réellement assise, pauvre Baronne… Si ce nom avait été utilisé ailleurs… Peut-être saurais-tu ?...


Oh, je ne sais si ça mérite le pardon de dieu. Mais ça n'coûte rien de demander…
J'ai tué, mon p… J'ai tué. Un crime odieux.
J'ai tué un rêve. J'ai tué un espoir. J'ai tué le peu d'attrait que j'avais réussi à difficilement maintenir…
Et j'ai tué tout ceci en ratant le meurtre d'une Duchesse.

Cette attaque que tu avais pourtant minutieusement planifiée. Ce plan difficilement monté qui n'a pourtant pas marché. Ou qu'à moitié. Était-elle seulement blessée ? Avait-elle des séquelles, sinon la perte d'un fruit qui n'aurait pas été désiré ? Tu aurais aimé tout détruire et faire table rase de cette histoire. Mais y croyais-tu vraiment toi-même ? Au fond, peut-être es-tu en échec volontairement. Inconsciemment, tu savais que tu ne voulais pas réussir. C'eut été trop beau. Trop parfait. Tu n'aimes pas quand tout se passe si bien, quand tout est trop lisse. Il te faut des vagues, des aléas, des ratés.
Si Duchesse mourrait, qui te resterait-il comme ennemi ?


Je ne sais ce qui est le pire. Avoir tué tout ça sans rien voir mourir, ou louper ce grand coup d'éclat.
Je me fais vieille mon père. Mon frère. Heu non… Enfin bref. J'ai cru que je savais encore tuer…


Ce ton badin que tu emploies n'est pas à destination du père à la voix si douce. Tu as juste besoin de vider ton sac, finalement. Finalement, n'est-ce pas ça le secret de la confession ? Évacuer un poids si lourd qu'il empêche de respirer. Certains ont leur meilleure amie pour ça. D'autres le serveur au comptoir, quand la nuit est bien avancée. D'autres encore leur conjoint, qui peut tout entendre, ou qui s'en fout tant et si bien que l'on peut parler des heures, il ne retiendra rien. Ça fait du bien de parler. Ça soulage. L'avantage du prêtre, c'est qu'il ne répétera pas. Ici, tout est bien gardé. L'avantage du prêtre, c'est que pour toi il est là. Il attend même sa petite pièce. En échange, il fera semblant d'écouter, il prendra peut-être un ton sévère pour te rappeler que « c'est pas bien de pécher ! Repentez-vous et allez en paix ma fille. » Peut-être écoute-t-il. Peut-être a-t-il l'esprit ailleurs, sur son repas du soir ? Sur le vin de messe qui servira à égayer ses journées ? Il aura sa pièce quand même. Parce que tu es là pour parler.
Tes yeux se portent sur tes mains. Sales du sang de tant de personnes. Quelques innocents, mais peu. Les autres ont tous été jugés coupables. A une époque, tu n'allais pas voir les prêtres, il fallait soulager ta conscience quand même. Alors tu étais juge. Alors tu tranchais le problème. Aujourd'hui tu ne sais plus. Tu n'es même plus l'avocat du Diable.


Mais peut-être est-ce à cause de lui… Il me hante. Les morts peuvent-ils revivre dans le corps d'un autre ? L'enfer lunaire, c'est un truc fermé, non ? On n'revient pas comme ça, dites ? Sinon j'suis sûre qu'il est là, à nouveau.
Plus beau encore. Plus monstrueux…


L'histoire se répète. Comme la ritournelle de l'alouette au printemps, tu revis cette histoire avec quelques années de plus. Certains protagonistes n'ont pas changé. Certains décors ont légèrement évolué. Vas-tu encore perdre l'usage d'un membre dans l'affaire ? Cet amas que tu croyais gelé va-t-il cesser son tambourin assourdissant au milieu de ta poitrine ? Pourquoi trembles-tu ainsi ?
Ce n'est pas lui… Ce n'est pas lui…


Il… Il… Oh Ansoald...

Il a le même regard, parfois perdu, rarement doux. Si souvent furieux. Il a les mêmes démons au fond de son être, les mêmes peurs qui ternissent son visage. Tu retrouves le même velours au bout de ses doigts, avant que la violence de ses gestes ne te ramène à une autre époque. Tous les présents que tu lui as fait n'avaient pour seul but qu'il lui ressemble un peu plus… Des vêtements savamment choisis. Des petits objets qu'il pourrait utiliser. Il lui ressemble jusque dans les armes qu'il utilise. Il est cet Autre.
Il te hait à présent. Ça y est, c'est lui tout à fait. Il a cherché à te tuer, bien sûr. Tout en voulant te garder. Tu as fait le vide autour de lui de ce qu'il tenait comme précieux. Tu t'es arrangée pour que tout disparaisse, petit à petit ou brutalement. Parce que tu donnerais ta vie pour rester auprès de lui, sans la moindre concurrence pour te faire de l'ombre. Toi la fière, toi la Grande H, toi qui pourrais enfin aboutir à tes rêves, encore une fois tu es prête à tout sacrifier, tout abandonner, contre la promesse de n'être plus que l'ombre de son visage qui paraît faiblement au coin de l'âtre. Pour n'être plus que la plume qu'il tient entre ses mains quand il écrit à ses myriades, pour n'être plus qu'une larme qui coule de ses joues quand, là, loqueteux d'avoir trop bu et trop fumé, encore une fois il ne croit plus en rien et n'ose plus se relever.

Comme ce dernier soir où il t'a frappé. Où tu es restée agrippée à sa chemise comme tu l'aurais été de ton salut. Combien de fois t'es tu raccrochée à l'Autre alors qu'il cherchait à te tuer. Comme cette fois où, par simple colère, il avait maintenu ton visage sous l'eau, jusqu'à ce que tes doigts ne se plantent plus dans sa chair…
Combien de fois encore te laisseras-tu faire ? Combien de signe de violence sauras-tu encaisser ? Parce que tu n'as aucun cran pour être plutôt celle qui le relèvera. Tu n'as pas la force d'être un horizon qu'il a envie d'atteindre. Tu es si minable, plus encore que lui et ses frasques tonitruantes. Plus encore que ce sentiment que tu n'as pas su étouffer avant qu'il ne te dévore.
Tu n'es rien. Une larve. Et tout en lui te le rappelle, sans cesse, comme un cri permanent que pourtant tu peux continuer d'entendre. Pour ne pas oublier. Pour ne pas l'oublier…
Pour ne pas laisser fuir l'image de celui qu'il a été. Ses cheveux dorés comme les blés, sa peau foncée laissant percer regard vif et dangereux. Cet homme qui t'as damnée à jamais, malgré tous les essais pour t'en débarrasser.
Ne pars pas… Ne meurs pas deux fois…


Dois-je encore confesser, mon p....utain de merde ?
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Jeannine
Sujet numéro 4 : Jeannine. Celle qui le libère enfin de sa présence.


Loin de s'imaginer la gène dans laquelle elle venait de plonger Nicolas, c'est elle qui semble gênée sur le moment. Ou plutôt en plein doute. Les lèvres collées à la grille de métal, c'est pour quoi? La praline ou le baiser.
Elle inspecte le visage de Nicolas, le rouge aux joues, les lèvres, les gouttes de sueur qui perlent sur le front, les lèvres. Que faire? C'est que ça donne pas vraiment envie ces lippes écrasées contre une grille. En plus cette bouche entrouverte, faudrait-il y glisser la langue en plus? Certainement pas! Beurk! Elle a envie d'un joli baiser, bouche contre bouche, donné avec douceur.
C'est donc la praline qui est choisie. La friandise est glissée entre le fer pour finir sur la langue de Nicolas.


Nicolas, merci. Enfin pour la confession pas pour les ragots. J'repasserai un jour pour ça.

Elle file avant qu'il ait pu lui donner une pénitence. La crampe ça lui a suffit. L'onanisme ne serait pas sa pratique favorite c'est certain mais l'envie et la curiosité de l'acte de chair reste pourtant bien présentes. Et pourtant ça lui fout la trouille. Normal quand on a 15 ans.

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L_aconit
- Sujet N°7: Yohanna - Foutredieu d'cornecul!


- Vous avez tué.


Imperturbable. Il demeure imperturbable. Maitre de l'ecoute active, cette confesse était la ... Sixième? Septième de la journée? Si l'on compte Alphonse, cela réduit un peu le résultat. Il tend donc l'oreille avec plus d'attention et récapitule à voix basse.


- Vous avez tué... Un rêve. En ratant un assasinnat. Hum. Foutreciel que oui, ça nécessite le pardon de dieu!


Les histoires de crimes étaient tellement plus passionnantes que les petites histoires de fesses... Il se gratte le menton, un peu songeur tout de même.


- Vous voulez dire que tuer, c'est votre manie? Heu métier? Heu. Enfin. Vous faites cela souvent, tuer des ... Choses?

Il suspend cependant sa parole un instant, perturbé par cette conversation. Nicolas de Montfort Toxandrie est d'une maniaquerie innée. Ses connaissances religieuses, on les lui avait fait avaler des mois durant comme on gavait une oie, dans la souffrance mêlée du plaisir d'être rempli - bien plus que d’attraper la foi - . Hors de question de laisser une ouaille croire de telles choses, il n'avait pas souffert pour la gloire. Certes, il laissait volontairement la boulangère croire qu'elle allait tomber enceinte en pratiquant l'amour inverti avec son mari, mais ça, c'était pour la bonne cause. Chaque marmot qu'elle pondait finissait entre les griffes de l'évêque et là... Là... Le drame des enfants de la boulangère n'est cependant pas le sujet. Il tique ouvertement et se lance dans une tirade où il semble à peine respirer, passionné par lui-même. Y assortissant des gestes d’ascension et des doigts agités, tantôt relevés, tantôt baissés. Si ça ce n'est pas l'amour du travail bien fait... Sa belle gueule un peu coincée fourmille de cent émotions contradictoires, entre l'agacement et l'amusement, faisant délicieusement frétiller ses sourcils plus foncés que l'ensemble de ses crins blonds.


- Te te te te. Non, Les morts sont morts. Leur âme monte au ciel, et est directement expédiée soit au paradis solaire, soit sur l'enfer lunaire. L'enfer, vous voyez, c'est une dimension close. Personne n'en revient. Enfin techniquement, car il y a bien ce gus là, comment s'appelle-t-il dejà... Bref, il y a bien ce gus, qui a visité les sept enfers et le paradis, ha! Oui car il y a sept enfers. Un par Démon. Donc sept démons. Pour sept péchés capitaux. Bref, je digresse. Les morts sont morts enfin! Ils peuvent tout au plus être renvoyés sur terre... S'ils veulent tenter de se racheter une dernière fois pour éviter la damnation éternelle, mais croyez-moi, ils sont renvoyés directement dans leur corps. L'ancien. L'unique. Pas dans celui d'un autre. Ha ça non. Sinon, vous imaginez le désordre? Que ferait-on des âmes de ces nouveaux corps? Hein? Ha, ma dame. Il est vrai que le malin se cache partout, mais ... Plait... Plait-il....?

Le prénom le fait stopper net dans sa litanie studieuse. Et tomber de cheval. Avait-elle dit Ansoald?
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Chapelain de l'Ostel Dieu à Paris, Evêque de Perigueux, apprenti exorciste
(En Bleu italique, les pensées Laconiques.) galerie d'avatar-Recueil
Yohanna.
- Sujet N°7 ; la suite -


Ha, ça ! Pour avoir tué, elle a tué. Et pas qu'une petite fois. Et pas que des choses. Et pas que par plaisir… Et pas…

Ho vous savez mon fils, ce n'est ni un métier ni une manie, hein… Plutôt un… comment dire… Un… Une…

Oui, mon fils. Pardon mon chaton, mais tu as les cheveux aussi clairs que ce de mon aimé rejeton. Tu as environ son âge, même si tu sembles tellement plus sage. Alors puisque tu ne veux pas être mon père…
La mort donc, la mort et moi. Ho, c'est toute une histoire. Tout un art. Au début on tue pour survivre, sous la peur, par erreur. Puis on tue parce qu'il le faut, pour sa terre, sa famille, pour son roi. Enfin on tue parce que c'est justice. Un bourreau tue. Avec une cagoule sur la tête pour se cacher du regard du Très-Haut, mais il tue, voilà.

Mais voilà que la litanie arrive, brouillant ton esprit et ne laissant plus court au fil de ton idée. Coupée. Il t'a coupée. D'autres auraient dit pour un soliloque rébarbatif, pour une ritournelle de mots parfaitement appris. Et pourtant, toi, pauvre âme errante sur cette terre bien trop grande et complexe, tu bois ses mots qui coulent sur tes plaies comme un baume réparateur. Il soigne, par son ton trop strict et affirmé, les craintes qui te rongent depuis quelques temps à présent.
Les morts sont morts enfin! Ils peuvent tout au plus être renvoyés sur terre... S'ils veulent tenter de se racheter une dernière fois pour éviter la damnation éternelle
C'est exactement ça. C'est ça que tu as vécu. Lui il sait, lui il va te croire. Enfin un qui ne te prendra pas encore pour une sorcière complètement allumée. Ou pas assez, car elle serait mieux au bûcher.


C'est ça mon père ! Heu mon frère.. C'est ça ! Je l'ai vécu aussi ! J'étais là haut vous savez ? Il faisait bon, doux, la lumière est si paisible…. Mais j'ai trop tué. Ils n'ont pas voulu de moi là bas. Mais alors pourquoi on me l'a proposé ? L'enfer lunaire c'pas bien ? D'accord les sept démons. Ils ont peur de moi vous croyez ? Ça doit être ça…

Ses doigts gantés s'étaient accrochés au grillage de bois quand son cœur tout emballé découvrait ces vérités avant de les partager. Mais alors que son esprit s’apaisait, les mains étaient de nouveau jointes en prière le temps de la réflexion. Il avait demandé. Il avait saisi un mot. Mais elle n'avait pas remarqué, trop occupée à penser à ses petites affaires. Et puis quoi, combien y avait-il de chance que ce jeune homme connaisse ce prénom ? Sans en plus penser qu'il pouvait appartenir à un autre.

Voilà pourtant que la confession reprend, l'esprit ayant fini ses circonvolutions.


Vous avez raison… Le malin se cache partout. M'enfin lui il n'est pas malin.. Enfin si, c'est un sacré p'tit malin. Il mène son monde par le bout du nez je crois. Et puis il a un fond plutôt mauvais. Mais je pense que c'est avant tout une âme tourmentée. Je crois que j'aime les âmes tourmentées au fond. Les autres sont fades, sans profondeur. Un coup de hache pour la faire s'envoler n'a pour moi pas plus de poids que lever le coude pour vider une chope d'un trait. Et pourtant lui… Ho Dieu, si vous saviez… Il est… Mais vous avez raison. Ansoald n'est pas l'Autre réincarné. Il ne peut… Ses cheveux sont plus sombres. Et son regard plus troublé. Vous comprendriez s'il vous était donné de le rencontrer. M'enfin… Il a quelque chose de fragile aussi, qui empêche d'avoir juste envie de s'en débarrasser.

Les noisettes accrochées au fond de l'ombre du cloître se relèvent pour chercher une expression humaine sue le visage du confesseur. Et si Yohanna s'attendait à ce qu'il se soit potentiellement endormi sous cette tirade qu'elle avait juste besoin d'évacuer, elle fût bien surprise de trouver un homme qui semblait, au fond, plus qu'attentif à ses propos.
A tout les coups, il n'avait pas l'habitude qu'on vienne lui raconter qu'égorger un homme n'était pas plus compliqué qu'égorger une perdrix… Y'avait qu'ça pour le mettre dans cet état. N'est-ce pas ?

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L_aconit
Sujet n°7 - Yohanna. Vite, du vin, mon lit et mon amant.


Si vous saviez, si vous saviez... Oui, il sait. Il ne sait que trop. Soudain cette longue journée de confession pèse bien lourd sur les épaules claires. Ah! Que devra-t-il supporter encore?

Il considère la femme au travers de la grille d'un oeil nouveau.


    Ainsi, elle aussi. Elle n'est pas laide. Tu as toujours eu du goût en amour comme à la guerre, fripouille.


Il pourrait être attendri, même plus curieux encore, mais Ansoald a emporté avec lui les rires des enfants, et les mistrals gagnants. Laissant au palais l'amer substitué au sucre, le gout dans la bouche était un peu pâteux, comme après un lendemain de cuite. Elle lui parle, lui parle, mais l'espace d'une minute il n'a pas tout entendu. L'esprit a été chassé ailleurs, dans ce passé qui rencontre, inédit ses aboutissements.

Le sourire tendre s'étend, non pas à ses réflexions surprises mais à la dissonance d'un premier mot, rescapé à l'oreille qui s'est perdue un peu. " Mon fils". Cérulées s'agrippent encore un peu à ce visage, tout prêt à être englouti dans l'un des tiroirs-mémoire de l'Aconit, fleur délicate qui n'oublie jamais les affres des saisons, la chaleur torride de l'été fauchée par la griffe froide de l'hiver venu. Oui, elle pourrait être sa mère. Il est bien jeune, elle a cette posture d’aînesse innée, trahie jusque dans ses mots. Elle a vécu, il a aimé, le temps entre eux s'étire et se distend d'une mesure étonnamment cousine. Le fils qui a tout écouté, scolaire, et a tissé sa toile de suppositions reprend lentement ses obligations de père lorsqu'elle retire ses doigts de la grille.

Elle aimait Ansoald, que pouvait-il pour elle? Aimer le temps qui passe, le sable qui file entre les doigts, l'eau passante dans le lit de la rivière revenait à peu près à la même passion. La passion des choses que l'on voudrait étendre à l'éternel, posséder mais dont on ne peut que sentir la cruelle caresse, l'ineffable griffure, que l'on finira par apaiser d'un semblant de sagesse.


- Si vous êtes allée jusqu'aux portes de la Lune, ne craignez plus rien. Vous avez touché du doigt les limites du Paradis.


Le prêtre se baissa, dos rond, et saisit son pénitenciel, le meilleur ami qu'il ait eu depuis des mois. Les doigts firent l'impasse sur les pages dédiées aux crimes de sang, galopant directement jusqu'aux crimes de passion. Car s'il était une chose dont il avait eu de son jeune âge le temps d'éprouver de contours, c'était à quel point certains maux étaient plus pesants que d'autres sur l'âme... Aimer Ansoald devait figurer quelque part dans cet ouvrage, pour qu'ainsi chaque damoiselle éplorée, chaque épouse adultérine, chaque pucelle déflorée puisse trouver rédemption à hauteur de la déliquescence. Il se jura d'y rajouter une page de ce péché mordant.

- Demandez pardon à Dieu en priant pour le salut de votre âme. Il n'est pas de péché que Dieu ne pardonne, récitez chaque phrase après moi de cette prière de confession.

Pour la fleur écrasée, le caillou balancé…
Pour l’enfant apeuré par les cris des adultes,
Le vélin déchiré par animosité,
Ou pour la main blasée pour le denier du culte,
Pour le fruit défendu cueilli et chapardé,
Pour le prêt non rendu, et le fiel envoyé,
L'Ansoald trop aimé et son souvenir gardé
J’en demande pardon.

Pour le Dogme bafoué en toute inconscience,
Pour l’impôt non donné au Duché sans patience,
Pour le noir coup de fouet que la mule renâcle,
Pour avoir pardonné Justice que l’on bâcle
Pour la flèche du voleur fichée au cœur de l’innocence,
Pour le vice niché dans un nid de jouvence,
J’espère rédemption.

Pour le vieil impotent, ignoré bien souvent,
Pour les cris entendus emportés par le vent,
L’acédie récurrente, le grimoire laissé,
Pour les malfrats pendus et leurs vies taciturnes,
Ceux que l’épée pourfend dans les chemins nocturnes,
Et pour la plaie béante qu'a laissé le couillon de la lune,
Donnez-moi rémission.

Pour les mots effrayants et la Loi repoussée,
Pour l’armée décimée, le voyageur tué,
Les dépits dissonants, les injures en taverne,
L’isolée dans sa ville qu'il a troussé même verge en berne,
Pour le maire mal aimé ou le pigeon blessé,
Le pouvoir qui rend vil souvent perpétué,
Je fais ma contrition.

Pour le couple lassé, pour l’amour mal traité,
Pour le champ non semé, pour l’office manqué…
Pour l’ami repoussé, ou le larron planqué,
Pour l’échoppe cramée par peine ou par fierté,
Moqueries ou mensonges, ou manipulations,
Par stratégies qui rongent ou bien par évictions,
J’en demande la grâce...

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Chapelain de l'Ostel Dieu à Paris, Evêque de Perigueux, apprenti exorciste
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Alaynna
Sujet N°8 : Alaynna
- Madone en devenir, fidèle adepte du Feu et de la Lune -


Je savais exactement ce que je voulais. Je savais exactement ce que je faisais. Et surtout. Je savais que printemps arrivait à grands pas et avec lui, ce que je m'apprêtais à faire.

Une rumeur m'était parvenu aux esgourdes et après m'être fait indiqué l'endroit, je venais enfin d'arriver sur ce qu'on pourrait appeller les Terres Sacrées de la Con-fession. Je ne m'étais encore jamais adonnée à ce genre d'exercice. Et je prenais très au sérieux ma mission. On m'avait tellement seriné que confesser ses fautes passées c'est infiniment soulageant que j'avais fini par me décider à le faire. Mais ! Bien évidemment je ne serai plus moi si ma caboche tordue, n'avait pas élaboré un nouveau concept de la confesse.
Le type qui accueillerait ma confession aurait droit à la confession des fautes passées, mais également de celles à venir. Car les fautes futures méritent d'être non pas expiées, mais absoutes. Et alors si un Défroqué m'absouds de ma pire connerie à venir, de l'Ultime, il n'est pas de doute que le Pardon me sera accordé pour l'Eternité. C'est absolument certain.

Je ne sais pas dans quel état d'esprit les gens allaient à confesse, mais en ce qui me concerne, le mien d'esprit, était on ne peut plus agité et pourtant si empli de détermination en ce qui concernait mes péchés à venir.

J'ai patienté longtemps, et quand mon tour est venu, je me suis faufilée sur le banc de bois, laissant glisser mes bleus désormais parés d'un hiver sans fin se perdre sur la grille et l'esquisse de visage masculin qui s'y profile. Lui ne peut pas vraiment voir le mien parce que je n'ai pas relevé mon voile de dentelle blanche qui couvre mon visage et ma chevelure enchignonnée. Comme si je cherchais à ce que mon âme demeure cachée.

Ne vous y méprenez pas, ça n'est pas un appel de détresse, Ce que je confesse maintenant, ne change en rien ce que je suis à présent, Mon esprit est saisi dans un tourbillon de doutes et d'épuisements, incisions multiples, empoisonnement sous couvert thérapeutique, organe vital qui s'étiole de son essence de vie.
Oh non ! N’essayez pas de me sauver, les événements de la vie nous descellent, nous rescellent pour mieux s'enfuir de nouveau alors, pourquoi vouloir sauver une étrangère ? No. Pas une, mais deux puisque j'entraîne ma fille avec moi chuter dans ce printemps qui s'annonce.


"- Je voudrais confesser mes fautes passées...Ainsi que celles à venir avec Printemps qui s'en vient.
Et puis je voudrai savoir...Est-ce qu'une promesse faite à un mort, même s'il ne l'a pas entendu, ça compte ? Et si on n'enterre pas un mort correctement, est-ce que cela peut avoir des conséquences ?"

Où comment tailler dans le vif du sujet.
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L_aconit
Sujet N°8 : Alaynna - Qui en a de ces questions ! -


Il arque deux sourcils d'or. La nouvelle pénitente a pris place dans le chuintement habituel du banc de confesse. Nicolas commençait sérieusement à avoir des contractures et le cul plat dans le fond de sa boite. Il ne comptait plus les gens se bousculant à la porte. Comme si tout le monde n'avait qu'un besoin , au même moment: Lâcher tout ce qui pesait à l'âme. Il ne put s'empêcher de rétablir quelques petits détails.

- Confesser des fautes à venir signifie que vous n'admettez pas les éviter. Pécher sciemment , est-ce là votre souhait?


La suite ne le laisse pas en reste. La question a de quoi surprendre. Pas qu'elle le choque, le secoue comme d'autres qu'on aurait pu lui poser ce jour ... Mais. Chaque pénitent entre pour une bonne raison. Certains ont trop lourd sur le cœur le poids de leurs erreurs. D'autres ont peur de la justice divine. Celle-ci semblait d'une toute autre trempe. Comme si elle venait poser des questions sans vraiment en attendre des réponses véritables.

- Toutes les promesses comptent, toutes sans exception.

Et la sienne, d'écrire à Lestat. Comptait-elle toujours? Oui. Assez pour lui pincer un peu le cœur en y pensant. Si Dieu n'admettait pas que l'on manque à sa parole, par lâcheté, par peur, ou quelqu'en soit la raison... Il avait certainement besoin de se faire confesser à son tour pour laver l'offense. Certes, il avait écrit. Mais n'avait jamais envoyé les plis. Il massa sa nuque douloureuse en cherchant les réponses les plus appropriées à cette pénitente décidément à part.


- Quant aux morts... Ils sont à Dieu dès qu'il les rappelle et.. Mais? Pourquoi ces questions?


Manda-t-il, perturbé. Qu'est-ce que celle-ci lui amenait? Elle avait enterré un mort, l'avait tuée elle-même de son vivant, peut-être? Il se pencha à la grille pour tenter de la voir. Jusqu'à saisir le fazzoletto . Et que diable le printemps venait foutre là dedans?

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Chapelain de l'Ostel Dieu à Paris, Evêque de Perigueux, apprenti exorciste
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Alaynna
C'est la toute première fois que je me retrouve dans une telle situation. C'est que je ne me confesse jamais. Et puis c'est déroutant de se retrouver à devoir raconter des pans de sa vie à un inconnu, dans un remake d'une cage à poule, un peu modernisée avec le banc soit, mais tout de même !

Aussi je ne suis déjà pas à mon aise et voilà que les réponses qui me sont faites n'ont rien, mais alors rien du tout pour me faire me sentir mieux. Et au ton de la voix derrière la grille que je perçois, j'ai comme le sentiment que ça promet d'être délicat cette histoire. Parce que je n'avais pas prévu du tout qu'en face ça allait me poser des questions en réponse à mes propres questionnements.

Déjà pour commencer, ça vire pas vraiment au beau fixe quand le prêtre s'en met les choses au point. Mais d'un autre côté, ça me prouve qu'il est pas débile, il a effectivement mis le doigt sur un point important.

" - Et bien évidemment que je n'admets pas que je vais éviter mes péchés à venir. Enfin mon péché parce que je n'aurai pas le ... je veux dire que, celui qui s'en vient sera tellement énorme que forcément derrière, il n'y en aura pas d'autres de péchés. D'ailleurs, c'est un péché longuement prémédité. Rendez-vous compte que j'y pense depuis mon enlève...enfin no, plutôt depuis ma fui...bref, je le prépare depuis la fin de l'automne dernier. Je vous le dis, ça va être le péché de ma vie ! Si ce n'est celui du siècle ! Et puis de toute façon, j'ai par le passé commis un péché un peu similaire. Bien que cette fois là je ne l'avais pas fait exprès. Si. J'ai tué les bébés que je portais. Oh pas volontairement, parce que je n'ai compris que j'étais enceinte que lorsque j'ai perdu le premier. Alors j'ai essayé quand même de sauver le second mais le mal était déjà fait. Je vous le dis, je suis une meurtrière infanticide. Donc. Pour répondre à votre première question, si, bien sûr, je compte bien pécher sciemment. D'autant que printemps est arrivé et donc, le temps est venu."

Après tout, ne dit on pas que faute avouée est à demi pardonnée ? Etant donné que je reconnais vouloir pécher sciemment, il ne peut que m'absoudre à moitié mais c'est tout de même un début.

Là où je n'en mène pas large du tout, et que je sens même mon coeur commencer à me jouer des tours et mes mains devenir moites, c'est quand j'entends le prêtre m'affirmer que toutes les promesses comptent. Sans exception aucunes. Alors là...là..je suis dans une sacré m.ierda.


"- Et qu'est ce qu'il se passe si on rompt une promesse ? No parce que là aussi voyez, je ne l'ai pas fait exprès mais je vous assure que ce n'est pas ma faute, c'est celle de Gabriel. Voyez, il m'a enlevée et il se faisait passer pour un autre."

Je lâche un bref soupir en réalisant que là, pour le coup, il y a de fortes chances pour qu'il ait du mal à tout comprendre, alors je colle mon front toujours voilé contre la grille.

" - Ecoutez moi bien, parce que c'est très important ce que je vais vous dire. Hum..confesser. Dans mon encore jeune vie, je n'ai aimé que deux hommes, mais de deux amours différents. L'un est vivant et l'autre est mort. Celui qui est vivant c'est mon ex-mari et nous avons une petite fille ensemble. Elle a un an et demi et si vous la voyiez, c'est une vraie petite perle, une enfant magnifique. Mais mon ex-mari est un Salop et un enfoiré de première. Des comme lui, ça ne se refait pas, mais ça existe, la preuve, son meilleur pote est pareil.

L'homme qui est mort, lui, il est Unique. Personne ne lui arrive à la cheville. C'est le grand amour de ma vie vous savez, c'est grâce à lui si j'ai pu mettre le feu à mon mariage, sans lui, je n'y serai jamais parvenu. Il a commencé à me guérir de mon ex mari mais il n'a pas pu continuer. Votre Dieu là. Il me l'a volé. Alors je me demandais si vous ne connaitriez pas une prière pour que Dieu me le rende. Parce que c'est le meilleur homme que j'ai jamais connu. Un mercenaire, un soldat, avec des vraies valeurs. Des valeurs de chez lui. Il est Serbe. Un homme, un vrai de vrai. On l'a assassiné et j'ai retrouvé son corps. Alors je vous passe les détails pour faire court, mais je l'ai moi-même enterré. Sauf que j'ai voulu l'enterrer comme ça se pratique chez lui. Et quand Gabriel m'a enlevée et m'a droguée en faisant tout pour se faire passer pour Loras et bien j'ai appris que j'ai fait une bêtise quand je l'ai enterré. J'ai oublié de lui pierrer la mâchoire. Et donc, je crains qu'il n'ait pu rejoindre ses dieux. Et je crois qu'il est toujours là, à errer dans les limbes. Peut-être que vous connaissez une prière que je pourrais aller lui réciter sur sa tombe afin qu'il puisse enfin trouver la paix en attendant qu'on le rejoigne avec ma fille ? Et c'est horrible parce que je m'en veux de sa mort. J'aurai voulu être là, j'aurai voulu lui venir en aide, j'aurai voulu mourir à sa place. Mais je n'ai su que passer des jours et des jours à le chercher et quand je l'ai trouvé il était trop tard pour le sauver. Je n'ai pas su le sauver et maintenant, sans lui, ma vie est vide de sens et je n'aspire qu'à le retrouver pour qu'on vive cette vie que l'on aurait du connaitre ensemble.

J'ai aussi toujours des envies de meurtre quand je pense à mon paternel. Et c'est pareil pour Gabriel. Lui, je ne pourrai jamais lui pardonner ce qu'il m'a fait. Il m'a enlevé sur la tombe de Loras, il s'est fait passer pour lui, il m'a drogué, il m'a fait croire qu'il m'avait épousée et que j'étais baptisée mais ce n'était que des mensonges. Il m'a frappé plusieurs fois. Et je me suis enfuie quand il a disparu. Et puis il m'a écrit qu'il a eu un accident et qu'il ne peut plus marcher. Et au lieu d'éprouver la moindre empathie pour lui, en fait, j'ai juste envie de le tuer et je le hais."


Je voulais faire court, mais finalement je me suis retrouvé à parler, parler, parler. Moi qui en général ne suis pas du genre causante. A croire que c'est peut-être là que se trouve le secret de la confession.

" - Alors voilà pourquoi j'ai l'intention de pécher sciemment, afin d'expier toutes mes fautes sur terre, et pouvoir vivre le bonheur absolu que je ne trouverai pas ici-bas, auprès de celui qui m'avait promis de partager toutes ses nuits avec moi et de tuer le premier qui s'en prendrait à moi.
D'autant plus que je lui ai promis sur son lit de mort qu'il serait le dernier et que je ne laisserai plus jamais le père de ma fille m'approcher. Mais le problème c'est que j'ai rompu ma première promesse quand j'ai été enlevé puisqu'en Gabriel je voyais Loras. Et le plus terrible, c'est que j'ai fait des choses horribles avec Gabriel en pensant les faire avec Loras. Et ça, je ne me le pardonnerai pas et même vous, même tous les dieux quelqu'ils soient, ne pourront jamais me le pardonner."


Sous l'abri de mon fazzoletto, le front toujours collé contre la grille, je ferme les yeux. Jamais je n'aurai pu parler ainsi à visage découvert. Jamais ce prêtre ne saura à qui il a affaire et c'est le seul avantage que je trouve à la confession en fait. Que l'on puisse le faire de manière anonyme.
Parce que je ne suis pas dupe, la seule chose que je suis venue chercher, c'est l'absolution dans mon péché à venir.

Je souffre l'absence d'un mort que j'ai mis sur un piédestal, que je porte aux nues et que j'idolâtre d'un amour et d'un deuil éternel. Je souffre de l'abandon et de l'absence de mon ex-époux pour lequel j'éprouve pourtant un amour sans faille et éternel.

Pour ces deux hommes là, je me suis damnée. Mais pour trouver le bonheur que m'a refusé le père de ma fille, et pour nous protéger Anna et moi d'une promesse qu'il me faut absolument tenir le concernant, j'ai pris la décision de pécher sciemment et de nous emmener rejoindre un mort.

" - Vous avez du en voir du monde avant moi, vous devez être épuisé. Ce n'est pas grave vous savez, si vous ne pouvez rien pour moi. Vous devriez faire une pause et aller prendre un peu de repos. De toute façon, l'Enfer, je connais déjà."

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Aldonce
Sujet N°9 - Aldonce
- La frustration incarnée -


Pour Aldonce, les confessions se résumaient à une rapide discussion le dimanche après la messe. Pardonnez-moi car j'ai pêché, j'ai mangé une praline et j'ai vraiment trop aimé ça. L'âme lavée des viles offenses, il reprenait sa vie tranquille en haut – ou en bas – des remparts, quelques poèmes et quelques énigmes au Tambour, un verre de prune à la fin du quart et au lit.

Mais cette fois-ci la praline lui était restée en travers de la gorge. Beaucoup de sentiments contradictoires s'entrechoquaient dans sa petite tête idéaliste. Sa vision de la vie avait été profondément changée et continuait de se mouvoir, comme si quelqu'un se faisait un malin plaisir à tourner un kaléidoscope tandis qu'Aldonce s'efforçait de retrouver ses repères. Plus rien n'avait de sens. Il errait dans un labyrinthe de miroirs.

Elle lui avait parlé de cet homme. Il ne se souvenait plus vraiment de tout – sa mémoire légendaire encore une fois – mais elle avait mentionné des confessions et c'était pour cela qu'il avait fait le chemin.

L'échine courbée comme ployant sous le poids de ses pêchers, les yeux rougis par les larmes dont le flot avait enfin fini par tarir - pour le moment du moins -, la barbe râpée et le cheveu hirsute, il prit place dans le confessionnal, plus mort que vif.

Il écouta religieusement les explications du confesseur, les yeux rivés sur ses mains comme un enfant pris en faute. Acquiescant en silence. Pénitent avant même d'avoir prononcé ses aveux. Puis, quand tout fut dit, il se racla la gorge.


“Je vous livre mon âme, mon p- messire.” Une grimace, une pause. “J'ignore si elle pourra être sauvée.” Sa voix meurtrie par la maladie passée et le chagrin présent vascillait dans l'espace confiné du confessionnal. Il avait l'impression de parler dans une boite. Un peu plus de volume, alors. “J'ai aimé une femme. Je lui ai écrit des poèmes, je lui ai tenu compagnie, je l'ai fait rire, pleurer parfois... Je l'ai aimée avec tendresse, respect, courtoisie, et puis... Et puis avec passion.”

Les mots peinaient à sortir. Il se redressa un peu, les yeux toujours rivés devant lui, n'osant pas essayer d'apercevoir l'homme qui l'écoutait.

“En vérité, j'ignore ce qu'est la passion. Je n'ai jamais connu...” Sa respiration se fit plus rapide. Non, sa virginité n'avait rien avoir là dedans. Autant ne pas s'éterniser dessus. Ou peut-être que si, au final, peut être que c'était bien là le problème. “Je l'ai aimée courtoisement jusqu'au jour où je me suis mis à la...” Un silence, et puis la voix se brise. “...Désirer.”

Les mains se crispèrent, la mâchoire se serra. Le pénitent essuya vivement le coin d'un oeil un peu humide, écrasant impitoyablement la larme qui menaçait de venir se perdre dans sa barbe négligée. Sa poitrine était compressée, il avait l'impression d'étouffer.

“Je vous prie de m'excuser.” bafouilla-t-il. Puis il reprit : “Elle... Elle en aime un autre.”

Son poing serré vint se caler contre sa bouche pour retenir un sanglot qui ne vint pas. A la place, un souffle. Les yeux fermés, peinant à contenir le flot d'émotions qui le happait vers les profondeurs du désespoir, une fois de plus. Non, il n'était pas là pour s’apitoyer, il était là pour faire pénitence auprès du Très Haut.

La voix déjà peu assurée ne devint plus qu'un murmure fragile, délicate arabesque de mots suspendus dans l'air étouffant du confessionnal, empreints d'un désespoir indicible.
“La colère, la luxure et l'envie me consument. Je n'ai jamais ressenti ça. Toutes ces émotions... Je suis perdu.”

Il aurait aimé qu'il existe quelque mécanisme secret pour arrêter toute forme de sentiment négatif. Appuyer sur un bouton et ne plus s'en soucier. Malheureusement les Hommes n'étaient pas ainsi faits...

Ses mains tremblantes vinrent encercler son front, coudes calés sur ses genoux. Un long soupir. Docile, patient, profitant du court silence pour rassembler ce qui lui restait de dignité, il attendait le jugement du confesseur.

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L_aconit
Sujet n° combien dejà...? Ha! Hum. A... Alaynna? Dans quel état j'ère?


Mine de rien, si l'autre se cachait le visage, le clerc lui, passa par toutes les couleurs de l'arc en ciel. Ahuri, il avait même une crampe à la mâchoire, tant celle ci tendait à se décrocher dangereusement. Jamais de son existence, il n'avait entendu pareille confession. Pourtant, en une journée, il en avait entendu des vertes et des roses, des candides et des dramatiques. Mais celle-ci sortait tout droit d'un conte de trolls, d'une tragédie grecque à la sauce Brocéliande, d'un résumé en plus gai de la vie des clans bretons.

Mais qui était cette femme?!

Il secoua vivement le museau lorsqu'enfin, enfin! Elle cessa de parler. Ma doué.



- Ah non non non! L'absolution , là, ce n'est pas possible! Vous ne l'aurez pas, que nenni, rien du tout, niente, pas possible, négatif mon capitaine! Allons ! Vous vous rendez compte!?


S'en suivirent des "rhooooooooooo" et "m'enfin !!' et des "Moooon dieu!" indignés qui résonnèrent dans toute l'église. Ah pour être souple, Faust était souple. Et encore plus après quelques verres de vin béni. Mais cette histoire de maris, de drogues, de tuage de bébés n'enfants, de péché-du-siècle-programmé l'avait plié en deux, et se termina dans un dramatique:

- Vous allez devoir trouver une solution ! Hors de ma vue ! Sortez et ne revenez que quand vous saurez faire acte réel de contrition !

Oui, Dieu pouvait tout pardonnait disait-on. Pourtant là, visiblement, la petite venait de prouver qu'elle était l'exception qui confirmait la règle. Nicolas se pinça l'arrête du nez et hurla un :


SUIVANT !


Fébrile.
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Chapelain de l'Ostel Dieu à Paris, Evêque de Perigueux, apprenti exorciste
(En Bleu italique, les pensées Laconiques.) galerie d'avatar-Recueil
L_aconit
Sujet N°9 - Aldonce - Enfin quelqu'un de sain? Saint? Sein..? Gast. -


Pourvu que celui-ci ne soit pas venu cueillir des pêches.

Pensa-t-il si fort. Après l'épisode de l'italienne, Nicolas avait perdu quelques points cardinaux, à se demander où était le serbe, l'italie et la Navarre. L'entrée d'un nouveau confessé lui inspira une vive méfiance, tant ses oreilles bourdonnaient encore de l'infâme monologue de sa précédente visite. Pourtant, après le craquement significatif du banc, silence. Religieux. Prodigieux. Délectable.

Ne pouvaient-ils pas rester là, tous deux, à communier en silence, et à chercher bravement en eux les réponses à leurs questions existentielles, angoisses et besoins de pardon? N'était-ce pas ce que l'église lui avait ens...Ah. Non. Voilà que derrière la grille, la voix de son ouaille se fit entendre. Bon. Bien. Un jeune homme. Soit. Les hommes étaient toujours moins bavards que les femmes. Nicolas tendit l'oreille.

A l’introduction, l'affaire commençait mal.

Puis. Finalement. Les épaules du clerc se détendirent, un peu. Une histoire d'amour. Là. Voilà... De quoi terminer sa journée en douceur... Enfin. Normalement. Nicolas ponctua de "
Mh mh" encourageants.

Jusqu'à la chute. Le désir. Ah! Foutu désir, toujours à foutre en l'air les sagesses monacales de la raison. Nicolas connaissait son sujet, après tout. Il patientait dehors. Quelque part dans Saint Front. Adossé à un pilier sans doute, d'une épaule douce et ferme à la fois, dans cet élancement gracile et racé , cette terrible et sensuelle pos...

Le clerc toussa.


    Reviens à ta brebis, Faust. Reviens...


- Je vous excuse. Continuez. N'ayez cr.. Ah. Ah, elle en ... Moui. Je vois. C'est...

C'est le courrier du coeur. Ou le courrier du choeur. Il tourna la tête vers son voisin, enfin, pour tenter d’apercevoir celui qui ne venait pas pour une confesse mais pour un peu de... Réconfort? Savait-il seulement à qui il s'adressait? A un clerc de dix huit piges, plein d'hormones et passablement échauffé par moults tumultueuses converses et controverses passées juste avant? Non, évidemment , il ne savait pas.

Les doigts tapotèrent nerveusement le pénitenciel qui bordait les genoux, cherchant à répondre, après tout, il était là pour aider ceux qui en avaient besoin, et dans la jeune caboche blonde tentant de chasser cette insidieuse litanie qui chantait de plus en plus fort, aliénante...


    “La colère, la luxure et l'envie

    La colère, la luxure et l'envie

    La colère, la luxure et l'envie

    La colère, la luxure et l'envie ...

    Oui, oui, ouiiiii....

    Moi aussi. J'suis perdu, j'en peux plus,

    J'suis perdu, j' en peux plus

    Viens mon chat, grimpe sur mes genoux,

    tu verras, on s'soignera jusqu'au tr... "Ah nan!


    REVIENS ON T'A DIT.


- Mais boutez-le hors de votre dulcinée et prenez le taureau par les bur.. cornes! Voyons !


Et d'ajouter moins fort mais non sans vigueur, à voix basse en réalisant qu'il avait un peu haussé le ton:


- Sus à la couardise mon fils!

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Chapelain de l'Ostel Dieu à Paris, Evêque de Perigueux, apprenti exorciste
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