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[RP] La Traque

Aertan
Quelques semaines s'étaient écoulées depuis l'autre fois. Dans un premier temps ils avaient pris soin de leurs blessures, celles ci les rendant incapable de quelconques exploits.

De son côté, c'était son bras qui mis le plus de temps à revenir à la normale. Il ne le ménageait pas, habité par une impatience à vouloir l'utiliser le plus rapidement possible.
Alors que son os n'était pas encore ressoudé, il s'aventurait déjà à le malmener avec de nombreux exercices bricolés par ses soins. Il outrepassait la douleur quotidiennement, mû par l'envie carnassière de revenir sur le devant de la scène et de commencer la traque. Il s'appliquait constamment des cataplasmes à base d'argile, de lavande et d'écorce de saule. Il avait gardé quelques souvenirs d'Yseult, qui avait veillé à son chevet des semaines durant. Souvenirs et connaissances entretenues et réveillées par Kay, digne successeur de sa mère en matière de phytothérapie.

Le soleil se levait à l'est et se couchait à l'ouest. Jour après jour, laissant place à sa soeur, la lune.
Andréa et Aertan se levaient à l'est et couchaient à l'ouest aussi. Boutade (il faut le préciser)

Le temps défilait et, forts de leur expérience commune, ils peaufinaient leur coordination, leur travail d'équipe. Ils s'octroyaient régulièrement des séances d'entraînement qui les obligeaient à utiliser les atouts de l'autre pour franchir un cap. Ils devaient s'adapter, improviser, palier à leurs faiblesses respectives. Pour réussir ils devaient former une entité. Ils l'ont appris par la force des choses, son bras lui rappelant si besoin quelques réminiscences. Bien que conté de la sorte tout paraisse évident, il en était autrement en réalité.
Il arrivait qu'ils soient en désaccord, qu'ils se prennent le bec car bon, il faut pouvoir se coltiner le caractère pétri de fierté de son homologue féminin. Il avait aussi ses torts dans l'histoire, je n'ai pas peur, elle saura les décrire. Certains moments furent difficiles et les avaient poussé à bout mais, en fin de compte, ils revenaient toujours l'un vers l'autre. Attirés indéniablement tel deux aimants magnétisés.

En parallèle, Aertan avait utilisé tous les contacts qu'il avait dans son répertoire de la pègre pour soutirer des informations sur le tatouage. Les réponses étaient constamment les mêmes. "J'ai déjà vu ça quelque part...mais je ne sais pas où".
Au début, chaque retour de pli lui insufflait une vague d'espoir qui, avec le temps, s'estompait.
A ce jour il ouvrait machinalement les lettres, comme par automatisme, devinant à chaque fois leur contenu négatif.

Le soleil se leva à l'est, comme le jour d'avant et comme le jour d'après. Aertan suivit son petit rituel. Braies, botte droite, botte gauche, chemise légère, chapeau, toujours le chapeau. Il remplit son outre d'eau, sortit une boule de pain et décrocha un saucisson, le tout fourré dans une besace.
Il mit le nez dehors. L'air était encore frais et supportable bien que très sec. Il s'éloigna du camp et s'enfonça dans la forêt. L'odeur des pins chauffés par les rayons du soleil embaumaient l'air, les sons se jouaient au rythme d'une mélodie gazouillante, c'était son havre de paix, sa façon de commencer parfaitement une journée.
Devant lui se dressait une cascade d'au moins vingt cinq pieds de haut.

Il laissa sa besace au sol, à l'ombre d'une souche, extirpa l'outre et se désaltéra tout en faisant de l'oeil à la chute d'eau.


Toi ma belle, aujourd'hui, je te monte.

Il avait derrière lui plusieurs tentatives. Toutes ayant menées au même résultat. Le vieux qui se mange un plat du dos monumental. Il retira ses bottes, son chapeau ainsi que sa chemise, puis, il pénétra dans l'eau, progressivement.
Les premiers frissons le secouèrent vivement. Quelques passages tactiques étaient plus délicats que d'autres. Chevilles, nombril, tête. Il transperçait l'eau à une allure constante, sans vaciller, sans hésiter, prenant des grandes inspirations aux passages clés. Il s'immergea complètement et jaillit. S'il avait eu des cheveux il les auraient plaqués en arrière, digne d'une pub Ushuaïa.

Les premières prises étaient sereines, assurées et fluides. Il les connaissait par coeur, et ce jusqu'au point fatidique. A quatre mètre du sol environ, suspendu avec un bras tendu à une proéminence rocheuse, incliné en arrière, son ancien bras blessé balançait, son regard fixait l'inclinaison négative juste au dessus de lui. C'était THE moment.
A chaque essai précédent son bras, manquant encore de force, parvenait à saisir la faille mais n'avait pas la force de le tracter vers le haut. Aujourd'hui est un autre jour, il allait y arriver, il en était persuadé. Sûr de lui, il lança l'assaut. Ses doigts s'immiscèrent dans la faille et ses pieds bondirent vers un balcon large de quelques centimètres. Indéniablement, ses doigts glissèrent sur l'aspérité humide, les prises lui échappèrent, la chute, bras tendus vers l'avant, yeux écarquillés explosa son dos contre la surface de l'eau.
Un fracas assourdissant puis, une tête jaillit de l'eau. Il nagea vers la sortie, le regard noir rempli de défaite, la bouche immergée, le dos brûlant. Il était trop fier pour se tordre de douleur. Il retrouva un endroit où il avait pied et se redressa progressivement. Colérique, il laissa exprimer sa joie, en tapant rageusement ses poings sur la surface de l'eau en beuglant comme un veau.

Vexé, agacé, il sortit de l'eau. Il posa ses fesses sur la souche et fusilla la cascade du regard.


Je t'aurai... tu me fais chier !

Après quelques minutes d'irritation, le calme revint en lui. La raison ? les morceaux de saucisson qu'il s'enfilait. Rien de tel qu'un bon saucisson pour remonter le moral des troupes.

Les rayons du soleils transperçaient la végétation luxuriante et réchauffaient le grain de sa peau tout en séchant ses braies détrempées. Un cri aigu singulier cisailla les mélodies des autres oiseaux. Moet arriva en grande pompe, un morceau de papier enroulé autour de la patte. Aertan le détacha et le décortiqua. La petite lumière complètement submergée par les affres de ses espoirs perdus s'était ravivée. Le regard lumineux, il ordonna à Moet d'aller chercher Déa. Il était éduqué à la force des baies le volatile, et le simple mot "Déa" semblait ouvrir le clapet de son estomac. C'était la lumière de Moet. Les baies de Déa.

Ne sachant combien de temps elle prendrait à le retrouver, en espérant secrètement que Moet soit un bon guide, il cala son chapeau sur son visage et ferma les yeux.

Andrea_
La vie avait repris son cours, et si certains –sans viser personne-, étaient du genre à soigner le mal par le mal, la Colombe, elle, se complaisait dans la fainéantise. Il était fort probable que sa fierté la tue un jour, mais pour l’heure elle trouvait tout un tas de stratagèmes pour rester au plumard.
Et Dieu sait qu’elle tenait à sa guérison presqu’autant qu’à son envie de ne rien faire. Son pieu était devenu sa seconde maison. Il était le théâtre de sa vie, tantôt s’affaissant sous ses coups de colère, tantôt essuyant ses larmes de douleur. Un lit, c’est super fidèle, ça va pas te répondre quand tu lui parles, tu peux tout lui confier il ne répètera rien. Il te tient chaud, il se modèle à tes formes. Et si tu venais à te retrouver à en utiliser un autre, il ne t’en tiendra pas rigueur.
Un jour, j’me ferais un tatouage : « mon lit, ma vie ».

Bien sûr parfois elle s’aventurait à l’extérieur, pour prendre la température, ou un bain. Mais rapidement –enfin.. .les premiers jours c’était jamais très rapide- elle revenait à sa piaule, virait ses bottes à l’entrée, ses fringues en cours de route, et se lançait sur le pieu, qui l’accueillait parfois de façon chaotique.
Elle lambinait des heures, à la limite du ronronnement. Ce plumard, décidément, l’aura vu sous toutes les coutures. En boule, en chien de fusil, en étoile de mer, à quat’ pattes, sur le dos, le ventre et même sur le côté. Un pied sur le drap, l’autre dessous, visage couvert, ou pas. Le lit, partenaire de vos nuits –oui, je suis créatrice de slogans-.

Elle avait passé ses jours entre quatre murs, et ses nuits à marcher pour retrouver ses sensations. Et si le visage avait rapidement retrouvé une allure normale –et ô combien agréable à regarder-, sa jambe peinait à retrouver sa mobilité, et c’est pour ça, qu’elle marchait des heures durant. Elle arrivait à donner le change, lorsque son chemin croisait celui d’un autre, mais rapidement une crampe déformait son visage et il fallait tout recommencer.
Puis la douleur s’était estompée, pour laisser à son déhanchée son balancement légendaire –pas dans le sens légende mais dans le sens où dans des décennies on en parlerait encore-. Les entrainements s’étaient intensifiés, faisant parfois naître des divergences d’opinions. Et si Monsieur prenait un malin plaisir à lui faire bouffer sa fierté, Madame s’amusait à titiller son appât du gain.
Parce que bon, j’veux bien être gentille et faire le dos rond –et large vu ce qu’il me charge-, mais vous devez savoir qu’il est pas non plus facile à vivre. Il marche à la carotte, et je pouvais pas indéfiniment semer des pièces pour le faire avancer. Ajoutez à cela qu’il est d’une EXTREME mauvaise foi, annonçant par exemple qu’il avait gagné un défi, alors que franchement, quand ça se joue à trois écus et deux fleurs, n’y a vraiment pas de quoi fanfaronner. Mais VRAIMENT pas de quoi.

Parfois les mots dépassaient les pensées, et l’envie de se tuer mutuellement prenait le dessus, mais il suffisait d’un regard pour apaiser la situation. L’objectif n’était jamais très loin, dans un coin de leurs têtes. Et sans le dire vraiment, cette nuit restait difficile à digérer.

De son côté la Chiasse n’en avait que peu parlé. Elle gardait en mémoire l’étrange tatouage, et s’évertuait à le dessiner chaque jour de façon plus précise. Elle en avait parlé, par écrit, à Samaël qu’elle savait doué pour la traque, mais il n’avait jamais vu cette marque.
Par une certaine pudeur elle s’était interdit d’ébruiter les faits. Aertan trainait son fardeau et elle avait été mise dans la confidence, inutile de mettre en danger la vie d’autres personnes.
De là à dire que cette quête lui était sorti de la tête, il n’y a qu’un pas. Qu’elle ne franchira pas. Elle vivait avec une sorte d’épée de Damoclès au dessus de la tête et ne dormait que d’un œil. Les sens s’éveillaient lorsqu’elle était à l’extérieur, et le moindre bruit suspect lui rappelait « le homard ».

Vous n’imaginez pas comme il peut être long d’attendre quelque chose. C’est vivre avec l’idée qu’il va se passer quelque chose de définitif sans savoir contre qui, quand, et comment. C’est être consciente que la vie peut s’arrêter au coin de la rue, peut être même en sortant d’une échoppe, mais devoir continuer de vivre, le plus normalement possible car on ne sait pas à quelle échéance la fin sera là.

M’enfin moi, je vous raconte ça alors que la Chiasse est en train de se baigner, qu’elle glousse tout ce qu’elle peut parce que sa chemise fait une poche d’air et qu’on dirait « Lolo fait Rarie », alors forcément vous ne pouvez pas vous rendre compte, mais au fond, elle est vachement torturée. Elle tente parfois quelques mouvements dont elle a vu les baigneurs user, et il arrive même qu’elle s’essaye à flotter, quelques secondes avant de boire la tasse. Tor-tu-rée qu’on vous dit.
Si un peu plus loin c’était Ushuaïa, ici on était plus proche d’une pub pour la centrale des eaux Lilloises, tu vois…

Plus loin un homme tentait de pécho, une femme qu’on n’entendait pas, mais il avait probablement raté son coup puisqu’un gros Splatch avait été suivi d’une insulte. D’une insulte, de grossièretés en tous genres.
Ça l’avait fait rire, la Chiasse –intérieurement- et elle avait salué Moët d’un signe de tête lorsqu’elle était passé au dessus d’Elle.
Qui dit Mouette dit Aertan, et la Colombe riait de plus belle à imaginer son acolyte se prendre le râteau de sa vie, nan mais imaginez un peu !
J’en étais là justement, à imaginer Aertan faire tout son possible pour tirer son coup, et échouer lamentablement, lorsque Moët frôla l’eau -en me taillant un short- et vint se poser près de ma besace où elle se …


Non mais j’t’en prie Moët, fais comme chez toi, piques mon déjeuner, ça me fait plHEYYYYYYYY non, pas celles-ci, MOET NON ! PUT’AIN D’OISEAU, pars ! PAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARS

Moët, c’était la preuve que quelque soit l’animal, il ressemblait toujours à son maître. Moët était gourmande, voleuse, vicieuse et attirée par ce qui brille. J’dis ça j’dis rien, mais un jour on lui lancera un caillou et elle le rapportera hein !
Je crois que j’étais jamais sortie aussi vite de l’eau –enfin sauf la fois où j’ai vu une méduse-. Vous auriez du voir la légèreté et la grâce de mes pas lorsque je marchais sur les cailloux –toujours eux- pour rejoindre MA besace, vandalisée par un oiseau !
On aurait dit qu’elle se moquait, la mouette, put’ain une Moët rieuse, c’était bien ma vaine !


Mais lâaaaaache ça berdol, lâche j’te dis, Moët. MOËT !
REVIENS ICCCIiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii


Je vais tuer cet animal, je vous jure qu’un jour, je le tuerais. Je lui arracherais le bec, j’lui casserai les ailes, j’lui mettrais un bâton dans l’oignon et j’le boufferai.
J’sais pas quand, mais ça arrivera. C’est p’t’être pour ça que je courais en mettant mes bottes. C’est périlleux, mais pas impossible. La chemise encore trempée fût décollée du corps –on n’est pas à Pigalle hein- et les braies furent enfilées, sur un pied, puis l’autre, puis en sautant, puis… Les cheveux lui collaient au visage mais peu importe, Moët avait visiblement un truc à me montrer, ou envie de jouer, et je la suivais coûte que coûte.
J’aurais juste aimé qu’elle prenne un autre chemin, parce que franchement, les branches dans la gueule, c’pas ce qu’y a d’plus agréable. D’ailleurs, peut on appeler ça une Brifle ?

Pour être aussi fourbe, l’oiseau devait être un mâle, pas possible autrement. J’regardais, dépité, la bestiole se poser sur le chapeau d’Aertan, où elle déposa MES baies en gloussant. Si, elle gloussait, j’vous jure qu’elle gloussait, le bec tout sucré –MON sucre naturel, Bio et sans colorant-.
Franchement, si j’étais pas sûre d’éclater le pif de mâle en dessous, et ainsi de le réveiller d’une manière pas très délicate -c’est un homme, alors au réveil ça doit déjà pas être génial, j’imagine qu’avec un coup dans le pif, ça n’aide pas-, bref, si j’étais sûre de ça, j’aurais mis un coup de panard dans le chapeau pour tenter de shooter l’oiseau.

M’enfin j’suis pas suicidaire hein, alors j’me suis contentée de m’asseoir – lourdement- sur le corps de son propriétaire –responsabilité civile-. La main tira la missive à ses côtés et sans la lire la souleva


Tu me dois une livre de baies. Soit tu payes, soit j’lis cette missive. Et j’compte jusqu’à trois.

Oui, j’déconne pas avec la bouffe moi.
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Merci Jd Sadella pour la ban et l'avatar, et merci Jd Nev' pour le fessier de ma Chiasse.
Aertan
Alors que certains adulent le confort d'un bon lit, il ne lui fallait qu'un endroit paisible en pleine nature pour s'assoupir lourdement. Il était très peu exigeant de ce coté ci, un rien lui suffisait, il pouvait s'endormir partout sans être narcoleptique pour autant.
Cette fois ci encore, il ne dérogea pas à la règle. Il ne lui fallut qu'une pincée de minutes à attendre que les gouttes d'eau sur sa peau sèchent afin d'être dans un cocon tempéré. Les paupières s'alourdissent, il cesse de gigoter, son esprit s'en va.

Soudain, un bruit perturba la placidité de la petite étendue d'eau. Il se lève, à l'affût, et se dirige à pas de loups vers la source de la perturbation. Ces derniers jours il ne pouvait plus dormir sur ses deux oreilles, pas tant que Leur problème ne soit résolu. Ainsi, tout lui paraissait suspect, c'était presque devenu de la paranoïa.

Ses pieds nus caressaient la texture sablonneuse de la terre chaude, une brise tiède s'insinua entre les poils de son torse, il progressait lorsque, soudain, des cercles dessinaient des arabesques à la surface. Intrigué, il continua d'avancer, comme hypnotisé par cette chose étrange qui se passait devant lui.
De manière presque imperceptible, une voix angélique semblait faire écho dans du coton. Le chant était mystique et étouffé et, à mesure qu'il s'approchait, celui ci devint plus net et sa force d'attraction plus puissante encore.
Accroupit au bord, en équilibre sur une touffe d'herbe incertaine, il se pencha en avant. Un visage se devinait par delà les oscillations de l'eau. A ce moment précis rien ne lui indiquait que ça paraissait invraisemblable. Une voix tenant du divin. Uniquement une voix.
Il tomba dans l'eau et une force lui saisit le bras jusqu'à le tirer à une vitesse folle vers les tréfonds. Il ne sentait pas la pression de l'eau, ni le froid ou encore la peur.

Ils passèrent alors dans une échoppe de marchand de tissu, c'étaient des hommes poissons qui vendaient des peaux d'homme. Au détour d'une allée il croisa un ami qui jouait une mélodie en soufflant dans un poisson chat, Aertan se demanda ce qu'il faisait là, à cette heure ci il avait pourtant pour habitude de scier du bois. Il salua d'un signe de tête bref sa fille qui s'amusait à marcher sur des braises ardentes. Il s'étonna de ne pas avoir remarqué la nageoire dorsale qui poussait dans son dos la dernière fois qu'ils s'étaient vus, elle grandissait si vite. Il fut euphorique de voir son reflet avec des cheveux alors qu'ils passèrent devant un verre réflechissant. Ils s'engouffrèrent ensuite dans une grotte. Les murs étaient recouverts d'or, il va sans dire qu'Aertan ressentit une joie immense alimentée par sa cupidité.
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. La femme à la queue de poisson, oui disons le maintenant, la sirène, lui faisait face. Sa longue chevelure dorée dansait au gré des courants, ses yeux d'un bleu vif semblaient scintiller et que dire de cette magnifique poitrine parfaitement dessinée cachée uniquement par deux pauvres petits coquillages. Il aurait adoré maîtriser la télékinésie pour faire tomber ces malheureux coquillages.
Aertan nagea vers elle lorsque soudain, il aperçut un homard qui chantait "sous l'océaaaan" avec un accent créole. Il plissa les yeux, l'image du homard lui soutirant de mauvais souvenirs. Elle se remit à chanter, il ne voyait plus qu'elle, encore une fois. Sa bouche se rapprochait de la sienne, ses yeux se fermaient...il sentit un poids lui écraser le ventre. Il remonta à la surface à la vitesse grand V.

Extirpé de force de son rêve, il se plia en deux sous l'effet de surprise. Son chapeau fit un petit tour en l'air avant de se reposer approximativement sur son crâne. Il entendit un battement d'ailes et devina que Moet avait repris sa sale manie de se percher sur lui. Le chapeau lui couvrait désormais la vue qu'à moitié. Aveuglé par la lumière du jour alors qu'il était il y a peu dans le noir, il aperçut dans un premier temps uniquement les contours de la silhouette assise sur lui. A moitié dans le gaz, ne sachant s'il touchait terre ou le ciel, sa vue se focalisa et la première chose qui se précisa fut la chemise moulant parfaitement les formes de la femme sur lui. Un sourire merveilleux barra son visage, c'est sûr; son rêve se prolongeait.

Aux premiers mots, l'électrochoc fut immédiat. Déa. Merde. Il retira rapidement le sourire niais qui le trahissait et remonta son chapeau. Il essayait de garder consistance. Le ton qu'elle employa le mit directement au parfum. Balayé, le rêve. Il lui fallut quelques secondes afin de mettre les choses en place, doucement, l'homme a l'esprit embué. Il lui arracha la missive des mains et s'écroula en arrière, tête posée sur un tapis de mousse, bras tendus en l'air, il lui lu la lettre sans préliminaires :


J'ai des informations sur le homard. Un homme avec ce tatouage se trouve dans ce camp de brigand.

Il tapota l'arrière de la carte, le coté qu'elle pouvait voir. Y figure un carte avec un emplacement entouré en rouge.

Il se remit sur ses coudes et lui refila la carte pour qu'elle puisse en prendre connaissance d'elle même. Il voulut observer sa réaction. La sienne fut embellit d'un espoir retrouvé. Ils tenaient enfin quelque chose de concret, ils possédaient une direction. Il n'avait pas peur de foncer, ils s'étaient entraînés et n'attendaient que ça. Il donna quelques coups de bassin vers le haut pour la faire sautiller et ainsi lui faire comprendre qu'elle doive se lever. Ceci étant fait, il remit ses bottes et commença à boutonner sa chemise, il tourna à nouveau le regard vers elle; mêlant ses émeraudes à ses aciers, la fusion des idées se faisait.

On va les attaquer de nuit. Je propose qu'on aille en éclaireur les espionner puis on lancera l'assaut, furtif déa, furtif et de nuit. Le but étant qu'il ne s'échappe pas et encore moins de le tuer...ça va de soi. Prête ?

Le sourire machiavélique fit son grand retour. Il était temps. Son regard resta posé, tant bien que mal, dans ses yeux.
Andrea_
Ce qu’est bien avec Aertan, c’est que niveau « manque de tact » j’ai trouvé mon maitre. Y en a qui auraient fait des ronds de jambes, qu’auraient tourné autour du pot, y en a qui auraient tortillé du cul pendant des heures, utilisé des adjectifs à outrance, y en a qui aurait fait comme moi, dit des trucs pour combler et gagner du temps …
Et y a ceux comme Aertan, qui s’y connaissent en vieux pots et qui ne tournent pas longtemps autour : droit au but, tout va bien.

Du coup j’me suis sentie un peu conne. Déjà parce que j’étais mal assise, allez savoir ce que ce couillon avait encore dans ses poches, ensuite parce que généralement mes ultimatums font peur mais quand même pas à ce point, et enfin parce que..



Hein ?


Oui alors Aertan, on doit t’avouer un truc. Le fil à couper l’beurre, c’est pas Andréa qui l’a inventé. L’eau chaude ? Non plus. Ouai, elle est pas super futée dans certains domaines, m’enfin c’est pas la question.
On t’a dit qu’elle était en train de se baigner, de se prélasser, avant que ton oiseau ne vienne lui piquer sa bouffe – la bouffe pour Elle, c’est comme les cailloux pour Toi-, tu n’peux pas attendre qu’elle comprenne du premier coup.
On rembobine, on ré-écoute, lentement et… Et elle en vient à la seule conclusion que pour la livre de baie au frais de son acolyte, c’est mort. Merd’ !
On recommence. Il ne peut décidément pas lui sortir THE info comme ça. Y a forcément un double sens à sa phrase.

Ah mais ouiiiiiii ! C’t’évident ! C’est juste un GROS manque de tact.
D’un côté t’as la Greluche qui recommence juste à faire la sirène et à se remettre de la bagarre de l’autre fois, et de l’autre, t’as le Pecno qui roupillait, et qui en trois secondes se retrouve au garde à vous à balancer THE info que tu attendais depuis des semaines. Chapeau Moet, chapeau. –en parlant de chapeau…-.

Faut comprendre que c’est assez long pour monter au cerveau, parce que la Colombe est restée bloqué avec le chapeau qui s’envole. Mais on avance, on remet sur pause, et on repart.



Hein ?


Oui bin j’avais prévenu qu’il fallait du temps pour que ça monte hein… Puis avec l’eau dans les oreilles, c’pas simple, il suffit pas d’avoir des oreilles pour entendre hein, pis j’suis pas v’nue ici pour souffrir !
Du coup, heureusement qu’il lui tend la carte, ça lui permet de lui arracher des mains pour la regarder, et en même temps relire ce qu’il y avait écrit, des fois que l’auteur de la missive, LUI, ai du tact. Mais non. Le plan est assez clair. Bref, un homme dans toute sa splendeur, capable de t’expliquer précisément où est rangé sa clé d’douze, mais incapable de faire preuve de TACT. Put’ain !


Niveau réaction donc, Moët et Mouette sont servis. Y d’abord l’incompréhension-mais vous aviez compris-, puis y a la phase « c’t’une blague ? », pour arriver à la phase flippante de la prise de conscience, d’un cœur qui loupe un battement pour reprendre de plus belle. Jusqu’à ce qu’enfin, dans les yeux d’acier naisse une lueur machiavélique, presque malsaine, d’un espoir qui touche au but. Elle se leva sous ses coups de bassin, l’heure n’était plus à la déconnade. Moët pouvait bien bouffer toutes les baies qu’elle voulait, tant qu’elle était silencieuse.

Tout était soudain très clair, et alors qu’il énonçait, presqu’au mot près, ce qu’elle avait en tête - Espionnage, traque, assaut. Furtif. De nuit -, elle fourbissait déjà ses armes par la seule force de sa pensée –oui, c’est puissant une pensée-. Elle s’imaginait sans mal réveiller le gros lard –forcément gros, et moche, avec des cicatrices partout-, d’un coup de lame dans la gorge et, histoire de pousser le vice, elle voyait déjà comment se débarrasser de ses fringues, parce que clairement, retirer du sang de porc sur une chemise beige, c’est cause perdue. Elle n’est pas lavandière oh !

Elle aurait pu lui dire que c’était d’accord, et déjà aller préparer ses affaires pour passer à l’action, mais elle reste le regard planté dans le sien, avant de déclamer



Mais… Encore moins de le tuer ?!
Non ça va pas de soi ! On y va pour lui payer un coup à boire, tu comptes lui taper sur l’épaule en lui demandant te rendre ton argent ?


Visiblement le mâle avait pris chaud pendant la sieste.
Allons Aertan, t’es pas sérieux !

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Merci Jd Sadella pour la ban et l'avatar, et merci Jd Nev' pour le fessier de ma Chiasse.
Aertan
*RP écrit à 4 mains avec ljd Andréa*

Il lui fit un signe de tête, l'invitant à prendre la route. Pragmatique il était, maître Yoda le disait. Elle semblait excitée la puce gigoteuse, en même temps il est vrai qu'il n'était pas passé par quatre chemins, il n'était pas du genre à tourner autour du pot avec des "alors ça va ? la famille ? les amis ? t'as mangé quoi de bon ? t'as bien dormi? et ton dos il va mieux? sale temps aujourd'hui, il n'y a plus de saisons" 
Non, l'heure n'était pas à ça. Le glas avait sonné, la partie reprenait et cette fois ci ce sont eux qui tireront les ficelles.


- Je compte bien lui sortir les tripes crois moi, mais tu sais les morts ne parlent pas, faudrait p'tet d'abord penser à l'interroger tu ne crois pas ?


-Ah ?   Oui, face à quelqu'un qui croit détenir la vérité universelle, il fallait faire l'ingénue. Comment çaaaaaaaaa, on m'aurait mentiiiiiiii, les morts ne parlent PAAAAAAAAAAAs ! Mais ça alors! Toute une vie de tristesse pour en arriver à cette révélation ?

L'interroger pour? Tu veux savoir s'il a posé tes petites précieuses quelque part? S'il les a vendu? S'il en d'autres cachés plus loin?   

Fallait titiller la bestiole, je le savais. M'enfin merd', c'était carrément un bon plan de lui trancher la gorge!

]Pour un réveil, c'était un réveil, alors qu'il jouissait d'un repos paisible, voilà qu'elle le cueille à froid en jouant à l'emmerdeuse sarcastique. Par mégarde, ou pas, alors qu'il poussait une branche pour se frayer un chemin, celle ci sous l'effet boomerang revint tout droit vers la chouineuse à l'arrière.

- Tu veux trancher les pattes du Homard ? ou la tête ? grosse maligne. 


Qu'on soit d'accord, je n'étais PAS grosse, certes j'avais un peu abusé sur le fromage et le saucisson, et à mon âge ça ne pardonne pas, mais c'était l'hiver, et...ah non, c'était l'été et... on était en Bretagne, y avait un temps radieux, fallait bien s'occuper et c'était plus intelligent de manger que de fabriquer des marmots hein?

- Rassures toi, j'compte pas le bouffer.

Je comptais pas le manger, j'le jure, mais ... C'était peut être le moment de revenir sur un élément important Moet a mangé mon repas. Tristesse.

]-C'est qu'il devait avoir faim. 

Pragmatique, encore et toujours. Il ne s'attarda pas sur le sujet de son volatile, ne mesurant pas ô combien ce vol à l'étalage avait marqué l'estomac sur patte détrempé. Les idées fusaient sous sa caboche, il avait eu plus de temps qu'elle pour digérer l'information. Il se dirigeait tout droit vers sa tente, au campement. 

- Déjà, faudrait qu'on s'trouve une carte. Je dois en avoir une quelque part. Ensuite, on part chacun en éclaireur de son côté et on essaie de tirer le maximum d'informations.

Il fit demi tour, lui faisant volte face sans pouvoir retenir un rictus en redécouvrant sa dégaine, il désigna du menton Robert et Deniro.

-Je suis certain que certains atouts vont jouer en ta faveur pour séduire les bonnes personnes, par contre, recoiffe toi, un épouvantail en pleine tempête aurait plus de prestance que toi.


T'as déjà essayé de courir après quelqu'un avec une chemise mouillée et une paire de braies qui dégouline? Non. Bin j'te le dis moi, c'est pas agréable.Pourtant l'Homme de la situation semblait prendre les choses en mains et déjà partait vers sa tente. Et elle suivi ses pas avant d'entrer en collision avec Lui et de reculer d'un pas pour le regarder. J'eu une subite envie de lui déglinguer la tête d'un coup de poing dans les dents, voir même un coup de genoux dans les roubignoles, m'enfin ça serait gâcher la marchandise.

Donc on trouve une carte, je joue la catin sans coucher -je peux empocher le pognon quand même? Et ? Je l'assomme avec une miche avant que tu ne l'entraines dans une grotte ?  

Elle calma un peu ses ardeurs, certes elle voulait voir le gros connard Homard qui restait et menaçait la vie d'Aertan en plus de la sienne, elle avait froid ET elle avait la dalle, mais ça n'excusait pas ce comportement un peu cavalier. Elle se posa à côté de lui et lui mis un léger coup de hanche pour insuffler leur départ vers sa tente.

Qu'attends tu de lui, sinon qu'il crève en souffrant un peu?

]La question fut bonne, si bien qu'il ne trouva pas la réponse immédiatement. Il esquissa un sourire au coup de hanche et se remit en marche jusqu'à la tente. En dehors de la vision des miches de Déa qu'il essayait de chasser de son esprit, il considéra son idée sérieusement.

-Je pense que cette idée de séduction, qui parait simple en évidence, peut vraiment marcher SAUF, sauf si le type aime les hommes ou si tu surestime ta capacité de charmeuse de serpent, parce que ouais, va falloir lui lever le serpent. La bourse, on la partage, et je compterai jusqu'au dernier écu crois moi sur parole !

Avant cela j'aimerais quand même avoir une vision d'ensemble du camp, des portes de sorties, du nombre de personnes qui s'y trouvent...entre autre. Et s'il y a de pauvres demoiselles en détresse à délivrer je me ferais une joie de casser leurs chaines.

Il annonça la couleur avec un sourire malicieux lorsqu'il poussa le pan de sa tente. Après une vague fouille, il déroula une carte


Ça serait malvenu de dire que ça sentait le mâle en rûte dans son antre, pourtant il ne s'envoyait que des lavandières alors... Incompréhension quand tu nous tiens.
J'étais presque touchée qu'il puisse m'imaginer charmer un Homard, tenais-je plus de l'hameçon ou de l'appât? Toujours est il qu'un cliché sonna comme une évidence et je ne le retins pas plus longtemps


- S'il aimait les hommes, je pense qu'il aurait plus sa place dans un salon de thé, dans un bordel ou  dans un salon de coiffure, pas au beau milieu des routes à taper des pi... gens comme toi   

J'ai failli ajouter : qui sont assez con pour se balader avec une cargaison sans escorte, mais j'ai un instinct de survie. 
La carte fût dépliée, et je me penchais pour observer les lieux, sans certitudes sur le fait qu'il la tenait dans le bon sens -les femmes et l'orientation c'pas une légende-.


Combien de temps pour passer à l'action?

]Bien qu'il ne fut pas tout à fait d'accord sur certaines lignes, par exemple qu'un gay ne pouvait pas embrasser une vie de violence, ils n'avaient pas vraiment le temps de s'assurer de l'orientation sexuelle du gus. Le poisson avait mordu à l'hameçon, hors de question qu'il leur échappe.  

Son regard scrutant les détails de la carte s'assombrit à une remarque qu'elle failli ajouter. Une chance que ça soit Elle, sinon son nez tout juste rabiboché aurait vu rouge. 

Il glissa son index sur les chemins dessinés, désignant parfois des détours à emprunter. 


-Si on part chacun de notre coté tout de suite, on peut espionner durant l'après midi et, au soir venu, on se rejoint ici Il pointa un endroit sur la carte du bout de son doigt . On fait le point, on met un plan d'action et on va bouffer du homard. 

Il venait de trouver la réponse à la question de tout à l'heure. Il savait ce qu'il allait faire du malheureux qui portait ce tatouage ridicule sur la nuque, non il n'allait pas le bouffer, ce n'est pas (encore) un cannibale. Mais en faire des petites pièces semblaient le réjouir fortement.


Elle lui avait offert bien malgré Elle un sourire machiavélique. Décidément, Aertan savait l'allumer. D'une manière ou d'une autre, mais plus précisément, cette fois, alors qu'il parlait de manger. Non je déconne, l'idée même de faire la fête à cet homme, et à l'envoyer bouffer des pissenlits par la racine suffisait à la ré-jouir. Elle avait hoché la tête, et imprimé en son esprit l'endroit où il devait se retrouver. Elle se redressa et d'un geste leste de la main montra son propre buste. 

Tu permets que j'aille me changer avant?

Question purement rhétorique, dans son immense bonté, elle le prévenait qu'elle allait se vêtir au sec. Ça mérite une médaille non?
Un regard à l'ancien chevelu avant d'entrer dans sa tente, et qu'il ne puisse profiter de sa voix -toujours aussi suave, toujours aussi fine, toujours aussi féminine, toujours aussi Elle -


On considère que c'est une avance sur ma part si je t'emprunte un fut' et une chemise? Oui non, ? MERCI  bien !

J'vous épargne les contorsions dont elle avait fait preuve pour réussir à s'habiller dans cette tente pour nains, et les petits bruits qu'elle avait lâché pour y arriver, mais soit, elle se préparait.

Pour sa part il n'avait pas besoin de se changer, et franchement, en entendant les cris qu'émettaient sa partenaire à l'oeuvre, ça ne donnait pas envie de l'imiter, comme si c'était une tâche ardue, les femmes et l'exagération, toute une histoire.

Il prit le temps de bien analyser la carte tout en la mémorisant car il avait pour dessein de lui la laisser, se disant qu'elle en aurait plus besoin que lui, si elle arrive à la tenir dans le bon sens évidemment. Il disparut hors de la tente en lui laissant quelques mots :


Rendez vous ce soir. Mes fringues s'appellent "revient" ! je te les ferai enlever s'il le faut.

Un rictus siffla entre ses lippes, l'idée de la dénuder ne lui déplaisait pas tant que ça.

D'un pas assuré, il rejoint un arbre où étaient attachés plusieurs chevaux. Il s'approcha du sien, tape amicale sur l'encolure poussiéreuse et il détacha le licol. Quelques minutes plus tard, il pourfendait le vent avec son destrier, les cheveux flottant...ah non merde. La distance fut avalée, il s'arrêta dans la forêt juste avant le campement et attacha son canasson à l'abri des regards.

Le soleil trônait au plus haut des cieux. Aertan escalada un rocher d'une main sûre et déterminée bien que parfois son épaule lui soutirait des douleurs. Arrivé en haut, il plongea ventre à terre, surpris de voir un garde faire le guet. Celui ci se trouva à une dizaine de mètres. Son atterrissage dut faire moins de bruit que ce qu'il pensait car le type casqué ne broncha pas. Il se mit accroupi et progressa furtivement dans son dos, il n'avait plus d'hésitation dans ses mouvements, il semblait préparé à tout ça, comme quoi, le travail paye.

A son approche il ne tira pas la lame de son étui, il se redressa et empoigna violemment la tête du malheureux de part et d'autre avant de lui infliger une rotation létale dont le craquement lui donna la chair de poule. Il souriait sadiquement, se touchant le grain de peau, se délectant de cette sensation.

Il fit les poches du garde et ramassa une petite bourse, toujours ça de pris. Il procéda ensuite à un changement d'accoutrement rapide avec la victime.
Brimé, il prit le poste de garde et observa le camp en contrebas.
La vie fourmillait, c'était l'heure du repas, une douzaine de types faisaient la queue derrière une marmite. Un cuistot les servit à tour de rôle. Des baraquements en bois étaient encerclés par une palissade de pieux. Les maisonnettes étaient disposées en cercle, laissant au centre un espace vide où devait se dérouler des jeux de combats d'après le sang qui tachait le sol.
Certains abris laissaient entrevoir des carcasses de gibier dépecées, des tonneaux de provisions, des râteliers d'arme, des meules à aiguiser et des chevalets de tannage.
Des types sortaient juste en dessous de lui, il devait y avoir une grotte sous ses pieds. Le soleil lui faisait face et l'aveuglait, il avait du mal à voir nettement ce qui se passait plus bas. Homard où te caches tu ?
Andrea_
Bien sûr qu’elle avait entendu sa remarque sur ses fringues. Oh qu’ils s’appellent « revient » elle s’en fichait comme de sa première paire de braies, mais le fait qu’il les lui ferai enlever s’il le fallait, ça, ÇA, c’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde.
Elle avait sifflé en retour, comme un oiseau moqueur, un petit « cause toujours tu m’intéresses » en cuicuitant. Elle espérait qu’il avait entendu avant de partir avec son canasson.

Puis j’étais sortie de la tente. Vous imaginez un gamin de dix ans dans les fringues de Maïté ? Bin voilà, on y est. La Chiasse espérait secrètement qu’un jour les vêtements larges seraient à la mode. Elle avait tout de même attaché sa ceinture de façon à mettre la finesse de sa taille en valeur, et ouvert le lacet un peu plus que de raison, histoire que tout le monde puisse apprécier Robert et Deniro dans leur plus simple appareil. Si jamais elle devait jouer de son charme, au moins, tout était prêt.
J’avais de mon côté pris un bourrin qui était à je ne sais qui. Un peu fougueux, l’animal avait tenté par deux fois de me faire passer par-dessus sa tête, par chance, j’étais une cavalière émérite –et je serrais sa crinière plus que de raison, ça aide un peu.
La carte coincée entre les dents j’avais du m’arrêter une fois ou deux pour trouver le campement, en m’excusant d’avoir dérangé un petit couple qui aimait la liberté. A croire que tu ne peux plus faire boire ton cheval dans une rivière sans qu’un couple de grimpe dessus.

Mais Elle y était parvenue. Et en silence. Cheval –c’est son nom pour la journée-, posé un peu loin, elle s’était approchée du camp à pieds, en évitant soigneusement de faire craquer des branches. Déjà les rires semblaient se rapprocher. Et l’odeur du repas avait un peu fait gronder son estomac. Le corps légèrement fléchi se fondait dans le paysage, alors qu’elle s’appliquait à se cacher derrière chaque arbre, chaque rocher. Le soleil bien que haut dans son dos laissait parfois apercevoir son ombre, et il est fort possible qu’elle en profitait pour admirer son plantureux profil. Rob tirait à droite mais il avait suffit d’un coup de main pour qu’il rentre dans le droit chemin. J’aurais bien dit droit dans ses bottes mais l’attraction l’avait pour le moment épargné, et elle jouissait de la poitrine ferme d’une femme en pleine force de l’âge.
Elle observait, n’osant trop s’approcher. Jusqu’à ce qu’un ricanement ne stoppe ses pas. La respiration se coupa, et elle pu remarquer que sur ses bottes naissaient de petites gouttes de…
Mais il lui pissait dessus !

Que fait une femme qui doit rester discrète alors qu’un homme tâche ses bottes préférées ? Hein ? Que fait elle quand elle ne peut gifler et crier le porteur de queue percée ? Ah elle aurait donné cher pour lui gueuler « lâche la elle est percé, le reste c’est que de la c’ouille ! ». Mais Aertan avait prévenu, la discrétion était de mise. Elle inspira lentement, de cette respiration dont usent les animaux traqués pour se fondre dans le paysage. Les yeux clos elle évalua rapidement la situation. Il est seul. Plus grand qu’elle, d’une tête si elle s’en tient au son de ses soupirs d’aise alors qu’il lugre* ses bottes sans le savoir. Les autres sont plus loin, en rang d’oignons avec l’écuelle à la main. Elle a faim. Elle tient à réussir cette mission. Il lui est clairement impossible de bouger sans qu’il ne la repère. Alors soit, il faut agir rapidement, car déjà il l’entend secouer la veuve –même les gros méchants ont peur de salir leur slip-.
Et c’est dingue ce qu’on réfléchit vite quand on n’a pas le choix. La botte pissée écrasa celle de l’Autre, puis la lame récupérée à sa cuisse se planta dans son flanc une première fois avant qu’il ne relève la tête et qu’elle ne lui tranche la carotide.
La Colombe amorti sa chute avec ses bottes et en profita pour rendre à César ce qui était à César avant de les extirper, quasi flambant neuve. Le corps penché en avant et les bras écartés elle attend un peu de voir si le campement s’agite avant qu’elle ne lève les yeux vers la petite falaise surplombant le camp. Il lui avait semblé voir une mouette voler et…


P’utaiiiiiiinnnn

Dans la grotte semblait trôner un homme au crâne aussi dégarni que celui qui reflétait le soleil, au sommet du caillou.
Un sourire s’afficha sur ses lèvres et elle espérait que ce dernier ne louperait rien du spectacle qui suivrait. De là personne ne pouvait le voir, car même à cette distance, et sans la présence de Moet, jamais elle ne l'aurait vu.
Le pied fût posé sur le corps encore chaud du Crado et elle fît une petite révérence, avant de glisser doucement la lame au milieu des jumeaux pour en essuyer le carmin.
Elle avança encore, jusqu’à entrer dans la tente où séchait de la bidoche, après s’être assurée que personne ne s’y trouvait.


Tu sais ce qu’il y a de pire qu’une femme à qui on a sali les bottes ?
Une femme qui crève la dalle.



* Lugrer : le dico ne connait pas, chez nous ça veut dire « salir »
« T’as lugré ta chemise » = « t’as mangé comme un porc »

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Merci Jd Sadella pour la ban et l'avatar, et merci Jd Nev' pour le fessier de ma Chiasse.
Aertan
Le rapace sur son promontoire observait les victimes en contrebas, à la recherche d'une en particulier. Profitant du panorama, il put apercevoir au loin sa partenaire habillée à la garçonne s'avancer prudemment, oui vous avez bien vu prudemment, vers le campement.

Madame je fonce tête baissée s'était résolue à suivre le plan en toute discrétion. Il fut surpris qu'elle ne se prenne pas les pieds dans le tapis, qu'elle ne se tape pas une branche sur le front ou encore qu'elle ne beugle pas alors que le futur cadavre lui pisse dessus. S'il savait siffler, il l'aurait fait, d'étonnement.

Cette scène Aertan l'immortalisera dans sa mémoire, il en rira des années durant. Notons tout de même le self control impressionnant de la part du taureau. Elle lui soutira la vie en toute dextérité et sans un bruit. Non pas qu'il puisse entendre quelque chose de cette distance mais il le devina à l'absence de réaction des estomac sur patte qui s'avançaient comme une horde de zombie vers la marmite.

Le tableau était trop parfait, tout se déroulait trop aisément, ça n'était jamais un bon signe.Comptez sur Andréa pour évidemment mettre du piquant dans la sauce. Il aimait bien l'épicé le glabre, avec elle il mangeait mexicain tous les jours, les hémorroïdes guettaient.

Il n'en revenait pas, il aurait aimé lui balancer tout ce qu'il aurait trouvé s'il n'avait pas eu peur d'attirer l'attention. Manger en pleine mission, mais tout va bien ! dans la gueule du loup, à l'aise Blaise !
Il hésita longuement, devait il descendre et la rejoindre au point de compromettre son poste avantageux ? elle n'était pas en danger pour l'heure, il choisit donc de rester là haut à attendre que quelque chose d'anormal se pointe. Un homard par exemple.
Les hommes s'agglutinaient autour des tables, très occupés à avaler ce qu'ils avaient dans leur gamelle. Il aperçut un garde qui faisait un tour de ronde à l'extérieur de la palissade en bois, il s'approchait dangereusement de la tente où se trouvait Déa.

Il n'avait emmené aucune arme à distance, il ne pouvait pas se faire repérer, au risque que leur traque prenne fin avec la fuite du homard. Une idée lui vint à l'esprit, il devait utiliser les atouts de son volatile sauf que celui ci n'était pas des plus obéissant à moins que...
Il se précipita vers ses propres vêtements qui jonchaient le sol et fouilla frénétiquement les poches dans l'espoir de trouver des baies, moteur à motivation de Moet. En vain, il tourna la tête à vit les yeux brillants de l'oiseau animés par la gourmandise. Peut être que...
Aertan compta sur la stupidité de l'emplumé et envoya une petite poignée de cailloux en contrebas. Il les lança de toutes ses forces pour atteindre au plus près l'endroit où ils stockaient la nourriture. il devait avertir sa complice. Il se régala du stratagème qui piégea le piaf qui piqua en trombe vers la convoitise caillassée qui le fera déchanter une fois dans le bec. Il retint un rire en voyant Moet picorer le sol puis battre les ailes de rage en lâchant des cris stridents de mécontentement. Le signal était donné.

Quelques larrons tournèrent la tête vers la mouette sans pour autant y prêter une attention particulière. Aertan avisa l'escalier en bois qui longeait la paroi rocheuse en zigzag. Deux solutions se profilaient. Soit il descendait naturellement, fort de son déguisement volé sur le corps du garde, en espérant que personne ne l'interpelle soit il cherchait un passage alternatif pour pénétrer dans la grotte. Quelque chose poussait ses recherches vers la grotte mais les risques encourus étaient énormes, il ne savait absolument pas ce qu'il y avait là bas.

Il se décida à descendre les escaliers en prenant soin de garder la tête baissée. Il aurait aimé courir pour arriver rapidement en bas, l'adrénaline. Il se força à emprunter une allure lente et la plus naturelle possible. Il était en bas. Quelqu'un héla. Ses poils se hérissèrent et son coeur fit un bond dans sa poitrine. Il s'arrêta net sans oser tourner la tête. Ce fut un réel soulagement d'entendre un autre répondre à l'invective.
Il apercevait désormais l'entrée de la grotte. Il scruta les alentours, palpitant débordant, et se glissa à l'intérieur pendant un bref moment où personne ne regardait. Mais que diable faisait il ? il n'en savait rien. Lui qui maudissait Andréa tout à l'heure de se jeter dans la gueule du loup...

Depuis leur mésaventure il était animé d'une haine profonde, parfois mal contrôlée. Il se mettait en danger inutilement, nourrit par une envie incommensurable de vengeance. C'était son point faible sur cette mission. En témoigne sa situation actuelle mais il savait qu'il pouvait compter sur Elle, il lui vouait désormais une confiance aveugle, fort de leur expérience et des choix pris ensemble. Peut être qu'un jour il se ramassera car il avait une foi en elle sans limite mais au moins il aura vécu sa vie pleinement et ne regrettera jamais d'avoir mis sa destinée entre leurs mains jointes.

Des torches flambaient sur leur support en fer accroché aux parois rocheuses humides. Elles illuminaient un chemin sinueux à travers les rocs. Il décela la présence de deux hommes et d'une femme grâce à la portée de leurs voix. Il s'avançait lentement, penchant la tête à chaque virage pour s'assurer de la liberté du passage. Les voix se firent plus claires, il se rapprochait. Il ferma les yeux, calma sa respiration.
Ils attendaient depuis si longtemps une piste, rien qu'une ébauche d'idée d'où pourrait se trouver se maudit homard hantait leurs désirs et désormais il était si proche du but. Il avait peur de la désillusion, peur que derrière cette dernière paroi aucun tatouage apparaisse.

Il jeta un oeil à travers un trou dans la pierre, derrière il devinait une chambre de la grotte bien plus vaste. Le plafond rocheux dansait entre ombres et lumières, ils avaient fait un feu. Des silhouettes passaient devant sa fenêtre de vue, trop rapide pour qu'il ait le temps de dégoter une quelconque information physionomiste.

Son pied ripa sur un éboulis, le bruit pourtant faible semblait assourdissant. Ses sens en éveil, particulièrement l'ouïe, conclurent qu'il venait de se tirer une balle dans le pied. Il avait envie de se pendre à ce moment là. Il allait prendre la poudre d'escampette lorsqu'il entendit des pas venir de l'entrée, il était cerné. Il s'accroupit dos au mur, c'est le cas de le dire, et extirpa la dague de son ceinturon. Son rythme cardiaque ralentit étrangement alors que la situation portait à croire que tout allait mal. Il ouvrit une petite fiole et mit quelques gouttes sur la lame. Un drôle de sensation de plaisir grandissait en lui alors que le danger était imminent. Comme si au fond de lui il avait cherché cette situation, il s'en délectait. Son point faible refit surface, sa soif de vengeance était trop grande et dépassait sa raison, quelqu'un pourra t'il le faire redescendre sur terre ?
Andrea_
S’il avait trouvé étonnant qu’elle ne gueule pas alors qu’il dégueulassait ses groles, Moi, j’étais surprise par la quantité de bouffe qu’il y avait sous cette tente.
La caverne d’Ali baba version boucherie, qu’on ne s’étonne plus du manque d’animaux sauvages dans les environs hein, tout était là. Tout. Du canard à côté de ses magrets, au mouton sans sa laine en passant par une multitude de poissons dont j’ignorais les noms mais pas le goût. Y avait du lapin et



OooooOOOh !

Désolé, ça m’a échappé, mais y avait même des tranches de viande séchée ! Au bœuf, mon préféré ! J’imaginais Aertan en train de s’arracher les cheveux –y a un truc à creuser quand même, j’ai toujours imaginé qu’il les rasait, ou qu’il était chauve, mais peut être qu’il se les était déjà arraché avant-, et j’étais presque coupable mais…
J’étais à deux doigts d’en mouiller ses braies. J’en profitais pour tourner sur moi-même, plusieurs fois, les bras levés, comme pour remercier je ne sais qui d’avoir exaucé mes prières. Un bout de lard au passage fût glissé entre mes lèvres. C’était peut être pas le paradis mais ça y ressemblait grandement.
J’ai bien entendu une branche ou deux craquer à l’extérieur, mais assise sur un fût et les doigts dans un pot de confiture, j’étais pas en état de lutter. Quitte à crever, autant avoir le ventre plein non ?


C’est là que je levais la tête en l’air. Il pleuvait, car c’était forcément des gouttes d’eau –ou de la grêle- qui tombaient sur la tente. Jusqu’à ce que je comprenne que c’était Moët. Quel gourmand ce piaf ! il m’avait déjà piqué mon petit dej’, il allait pas en plus me prendre le repas !
Ah ce Moet, toujours à penser à la bouffe, c’est quand même dingue d’être à ce point obsédé par la bouffe !

A moins que… Le cri de l’animal ne ressemblait en rien à ce que j’avais déjà entendu. Tant pis pour la confiture, adieu lapin, canard et cochon, je dois retourner au turbin. Un œil dehors et j’écarquille les yeux en reconnaissant les fesses d’Aertan, dans des fringues qui ne sont pas les siens, s’enfoncer dans la grotte.
Mais… Mais put’ain ? Et le plan ? Le plan Aertan, on avait dit qu’on suivait le PLAN !


Vous savez ce qui attire le plus l’attention dans un camp de mecs ?
Une femme.
Et plus c’est gros plus ça passe.

Les cheveux sont lâchés, les lèvres mordillées pour laisser à ces dernières une jolie teinte carmin. Les joues sont tapotées pour que les pommettes soient rosées, juste comme il faut –faut pas non plus se talocher hein, le but c’est que ça soit rose, pas qu’on voit tes phalanges en filigrane.
On laisse la dégaine à la Robert dans la tente –oui, avec la bouffe-, et on sort de là, poitrine en avant et démarche aguicheuse. Heureusement qu’on n’est pas dans une ruelle, car avec le balancement de ses hanches elle prendrait toute la place.
Et si le cœur bat la chamade, la lèvre mordue attire le regard des hommes qu’elle croise en laissant parfois l’ongle de son index marquer légèrement la peau d’un bras. Et ça rigole gras. Et ça fait des blagues de cul. Et vas-y que ça demande combien tu prends. Et même si je crève d’envie de tous les butter, je continue ma route pour rejoindre cette fichue grotte où se poste devant moi un gros malin au regard pas fin.



-Qui es-tu ?
–Satyne mon mignon.
Satyne, ça fait bien catin non ? non ? Oups.
– Je ne suis le mignon de personne. Ah, ça commence mal, ça remue derrière, et quelque chose me dit que c'est pas pour voir mes fesses …
- Qui te demande ? Question piège. On dirait que c’est simple, mais c’est un piège. Qui, qui, mais j’en sais rien, ta mère peut être ? M’enfin c’est pas le moment de faire la maline.
–Probablement le même qui te bottera le cul si j’arrive en retard ou s’il apprend que tu m’as touché avant Lui. Rapide, net, efficace. Et terriblement stressant.

Sans un mot il s’écarta, et je trouvais dans le flageolement de mes jambes la force de reprendre mon rôle à bras le corps. J’avançais, en me répétant inlassablement que ce n’était pas le plan, mais qu’il était hors de question, maintenant que nous étions si près du but, que je laisse Aertan seul dans sa merd’. Que nous étions deux désormais, à nous battre contre ce Homard. J’avais tant de fois attendu cet instant que je me demandais s’il était réel. J’avais tant de fois craint qu’il tue Aertan, tant de fois craint qu’il attaque en premier, tant de fois eu peur de voir mes projets s’éloigner en même temps que mon associé, que même la peur au ventre, je continuais à avancer sur l’échafaud.

Et j’avançais dans la pénombre, seulement éclairée par quelques torches dont les reflets déformaient les ombres. Mon cœur stoppa net au bruit d’un éboulis. Un temps d’arrêt avant de reprendre et d’approcher d’une ombre qu’elle devine accroupie dans un coin.

Redescends sur Terre.
Et essaye de me reconnaitre avant de me saigner, car ça sera plus difficile de chauffer les autres une fois tâchée.

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Merci Jd Sadella pour la ban et l'avatar, et merci Jd Nev' pour le fessier de ma Chiasse.
Aertan
Il était dans de beaux draps. Deux directions, deux arrivées. A droite quatre pieds, à gauche deux pieds. Ses chances de survie étaient plus élevées à gauche mais admettons qu'il élimine l'arrivant, il devra sortir de la caverne à toute allure, certainement chassé par les deux autres qui lui colleront au train.
S'il allait vers le coeur de la grotte il aura face à lui trois adversaires. Il n'était pas encore assez entraîné pour en venir à bout en un éclair sans faire de grabuge et il serait dans un cul de sac à la merci d'éventuels renforts qui se feront une joie de lui faire la peau rien que pour avoir interrompu leur repas.

La pression crevait le plafond, il vit une ombre déformer la lueur de la torche à sa gauche. Il se redressa et lui bondit dessus à l'image d'un fauve, la lame à l'horizontal tout droit dirigée vers sa gorge. Il s'arrêta de justesse, le froid du métal chatouillant le velours de sa peau. Son regard assassin croisa les aciers. Déa. Il expira lentement et ses yeux se radoucirent. Il ne manqua pas de lui donner une bourrade bien sentie dans l'épaule il avait faillit la tuer merde !

Les deux autres se rapprochaient dangereusement. Le vieux, pas si vieux il faut pas déconner, se plaça de l'autre coté du passage, dos collé contre la paroi anguleuse. Il tourna la tête vers sa complice, ils devaient descendre les deux types en parfaite synchronisation. Un sourire confiant accompagné d'un clin d'oeil et son regard s'assombrit à nouveau. Il lui montra trois doigts pour lui indiquer le nombre total de personnes présentes. Il fit un signe de tête et montra deux doigts pour l'avertir du nombre qui venait à leur encontre. Il cassa l'atmosphère sérieuse en glissant sa langue entre ses deux doigts. Tout à fait lui, faire le con dans un moment pareil. Il riait intérieurement à l'entendre dire "que de promesses Aertan".

Il retint sa respiration, la présence était plus pesante, il pouvait entendre leur souffle bovin, l'excitation était à son comble. Une pointe de pied apparut dans son champs de vision, sa main se referma sur la poignée de la dague, la visage se dévoila, pas de tatouage, les jointures de ses doigts blanchirent sous la pression autour du manche, le cadavre entier se dessina et il surgit derrière lui, sa main libre se plaqua sur sa bouche et il l'attira en arrière en même temps que la lame empoisonnée taillait sa gorge. Il sentait le bouc ce con.
Le tout s'était déroulé en une fraction de seconde, les réflexes de son passé étaient ravivés. Il accompagna la chute de corps jusqu'au sol. Le silence était conservé. Il sourit à Andréa avec cette expression sadique et narquoise à la fois.

La voix était libre et de ce qu'il savait il restait encore un homme dans la grande pièce. En position accroupie, il se rapprocha d'Andréa et lui murmura à l'oreille :


Tu te souviens l'engueulade sur l'immobilisation l'autre fois ?

Il insinuait une période d'entraînement où ils n'étaient pas parvenus à se mettre d'accord sur la synergie de leur attaque combinée. Chacun était resté campé sur ses positions, ils avaient du caractère ces deux là, certains diront "trop" mais ils ne se souciaient guère des opinions à leur égard. Ils n'avaient donc aucune tactique parfaitement rodée pour ce genre de blitz MAIS ils se connaissaient et ça, c'était un sacré avantage. Depuis leur déconfiture, ce point là s'était nettement amélioré, ils étaient la lame et le fourreau, l'arc et la flèche. Ils savaient comment l'autre se déplaçait, ils connaissaient les failles et les atouts de l'autre moitié.

Penché à son oreille, il aperçut le magnifique décolleté. Il envisagea fortement la tactique aguicheuse avec lui qui bondit sur le type mais c'était trop facile, il voulait tester leur alchimie combative. Ses mots disparurent dans le creux de son oreille :


On fonce. Méthode taureau.

Il avança furtivement jusqu'au dernier recoin qui le cachait du vaste espace. Il aperçut le type dos tourné et son coeur marqua un soubresaut lorsqu'il aperçut le tatouage. Il dévia son visage vers La femme et acquiesça d'un air résolu. Leur destin se tenait là, à eux de le saisir, ses yeux transpiraient d'une lueur résolue.

Il s'élança en premier. Il avala en quelques secondes la distance que le séparait de l'homme. Celui ci eut à peine le temps de tourner la tête qu'Aertan glissa sur le dos, sa lame venant sectionner le tendon d'Achille du type pour le faire tomber sur les genoux. Il se tourna avec vivacité, une main plantée dans le sol pour le demi tour. Il adorait couper les tendons d'Achille, clin d'oeil au point faible du Héro, symbole de vulnérabilité absolue. Le coup de fusil à la rupture fit frémir de bonheur ses tympans, il adorait ça, peut être que ce coup deviendra son attaque signature.

Le visage joufflu du rouquin se transforma sous la douleur et ses genoux claquèrent au sol. Un sourire mesquin se figea sur les lippes du chauve et derrière le homard arrivait déjà la seconde vague, à toi Déa.
Andrea_
Et donc c’est comme ça qu’on est remercié. Je viens, je brave un camp entier de brigands, j’ai vécu l’enfer mec, j’ai eu des mains aux fesses et des yeux sur les nibards, j’ai été sifflé, et le gros dur à l’entrée a failli me tuer –j’te jure on est passé à poil de cul-.
Je marche dans le noir, dans une grotte, mal éclairée, avec un taux d’humidité tellement indécent que j’en ai des mèches qui frisent, j’ai failli me cramer la tignasse au moins deux fois et demi, J’ai bravé des araignées, des chauves souris –ce qui doit pas t’arriver beaucoup, de sourire-, j’ai tellement chaud que j’commence à avoir la chemise qui colle aux reins, tout ça parce TU vas chercher la merde alors que TU voulais qu’on suive TON plan Et tu me sors ce regard là ?
Nan mais Aertan, tu chies dans la colle là !
J’parle même pas de lame qui me caresse gentiment la glotte, parce que ça, ça mec, on en reparlera plus tard. La bourrade à l’épaule, aussi. T’inquiète pas, j’sais pas quand, j’sais pas comment, mais tout ça tu vas me le payer.

Collée contre les parois rocheuses, je lui offrais mon plus beau regard de biche, et vas-y que ça papillonne pendant qu’il lui montre ses doigts. T’as d’beaux ongles tu sais. Ouai, elle se fiche éperdument de Lui, mais qui aime bien châtie bien ! Parce qu’on dirait peut être pas, mais elle imprime. Ils sont trois, mais deux se pointent, il n’en restera qu’un. Tindam. –Spécialité Math sup math spé-.
Elle imprimait ouai, jusqu’à ce con glisse sa langue entre ses doigts en faisant des promesses qu’il ne tiendra pas. Ce mec, clairement, il m’épuise. Il me fatigue, et c’est pas l’âge qui veut ça hein, c’est que… Bref. Elle retint l’envie de lui faire tinter les roubignoles entre ses doigts pour se concentrer sur le principal. Il voulait la… non je déconne, c’est bon j’ai compris !

Pas le temps d’en dire plus, déjà les deux couillons arrivaient avec une forte odeur de fennec. Ah pour bouffer y a du monde, mais pour se laver les aisselles et ainsi éviter l’odeur de rillettes –le truc qui s’accroche aux fringues en plus, encore des gars qui comptent sur les lavandières, mais qu’est ce qu’elles ont de plus que MOI sinon qu’elles lavent le linge ?-
J’en étais là de mon grand questionnement intérieur, mais j’ai du avorter parce que c’était l’heure.

La lame rapidement fût tirée de son lien de cuir, et si Aertan attaquait de dos, je décidais le prendre par l’avant. Une première main pour choper ses roupettes et un coup de genoux pour lui péter le tarbouif une fois qu’il s’était penché. La lame termina le travail alors qu’il s’écroulait le long du mur après s’être pris les pieds sur celui qu’Aertan venait de coucher. Travail vite fait, travail bien fait.
Et les deux gros tas baignaient déjà dans leur sang.
C’était jouissif. C’est vraiment plus jouissif quand on se prend pas soi même un bourre pif hein, m’enfin on avait pris cher la dernière fois. Près du sol il avait évoqué la dernière engueulade en date sur une immobilisation. J’avais pas pu retenir un sourire en coin, car j’avais en tête une autre sorte d’immobilisation, où certes on avait eu du mal à se mettre d’accord au début mais pas à la fin. M’enfin ça ne concerne personne.
Donc oui, l’immobilisation, l’engueulade. Oui je me souvenais parfaitement de l’habit de con dans lequel il s’était drapé pour me faire entendre raison, et les mots légèrement imagé que je lui avais balancé pour le faire céder. Au final, ils n’avaient rien réussi sinon à s’engueuler, mais c’est l’jeu ma pauv’Lucette !
L’entrainement avait eu raison d’eux. Ce qui au début s’apparentait à une danse nuptiale avait vu naître des coups, puis des esquives, pour arriver à des enchainements cohérents et complices. Chacun avait sa technique, et peu importait laquelle, au final, puisqu’ils arrivaient à appréhender les réactions de chacun, suffisamment pour arriver à se coordonner. C’était presque émouvant tiens –quelqu’un a un mouchoir ?-

J’hochais la tête. La méthode Taureau, c’était ma préférée. Elle demandait peu de réflexion, beaucoup d’actions. J’dis pas que je ne suis pas cérébrale hein, j’dis juste qu’un bon coup de pied dans une fourmilière, c’est souvent plus efficace qu’un peu d’huile essentielle.
J’essuyais ma lame –pour éviter la rouille, c’t’un fléau hein, et j’ai pas envie de crever du tétanos- et suivais mon complice, le cœur battant.

Alors, je fais un petit arrêt sur image : il a dit méthode Taureau, ok, m’enfin là ça ressemble quand même put’ainement à une mission suicide. Soit ! On entre sans frapper et…
Ah si, on frappe, mais pas la porte.

J’f’rais aucun commentaire sur le fait que le homard pesait trois fois mon poids et était roux. M’enfin si je peux me permettre, c’est pas comme ça que je l’imaginais, comme quoi, on se fait des idées et on est surpris hein !
Le coup de fusil m’avait arraché un gloussement, et je ne m’étonnais même pas de prendre plaisir à voir le visage de l’homme se tordre de douleur. Presqu’autant de plaisir qu’à voir Aertan se démener pour y arriver.
Une fois à genoux il fût facile pour moi de tirer sa tignasse pour que son pif fasse la rencontre de mon genou –décidément c’est la journée-, l’homme eu un mouvement de recul alors que je me posais sur lui pour écraser mes pouces sur ses yeux. Les cuisses emprisonnaient son bassin avec une force décuplée par le plaisir.
Aertan avait dit « ne pas tuer », il avait pas dit « ramener avec tous ses sens » hein.
Je crois que j’ai mis toutes mes forces au bout des pouces, enfonçant ses globes jusqu’à voir disparaitre la première phalange de mes doigts. Déjà coulait sur ses joues le carmin de la victoire. Un regard à Aert’, et toujours ce sourire sur mon visage.
Voilà des semaines que nous nous entrainions pour ce moment, et maintenant que nous y sommes, il dépasse nos espérances.

Que la suite soit à la hauteur de l’histoire Aertan.

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Aertan
Une victoire nette et sans bavure, voilà qui était bien mieux que la déconfiture sur The rocher l'autre jour. Rapide et efficace, c'était bien mieux quand ils étaient ceux qui surprenaient et non les surpris. Cependant il ne faut jamais jeter les souvenirs douloureux car sans eux ne naîtraient pas les ébauches d'une amélioration. Ce qui ne tue pas rend plus fort n'est ce pas ? Level up pour le duo double A.

Un craquement lourd osseux, le genou explose son visage, le bruit mat de son crâne sur le sol, le froissement des vêtements alors qu'elle l'enjambe, qu'avait elle en tête ?
Aertan sortit un chiffon pour essuyer sa lame enduite. Les ongles féminins se posèrent avec délicatesse sur les pupilles du roux, le sourire barbare étira les contours de son bouc. Afin d'anticiper un hurlement de douleur qui allait certainement leur déchirer les tympans et à fortiori tirer la sonnette d'alarme, il enfonça le tissu imbibé de poison dans la bouche du rouquin défiguré. Un couinement sanglant, sillonna sur les tâches de rousseur du torturé alors que la cécité le gagna.

Accroupit à coté d'elle, le fiel coulait en eux, cette cruauté innée qu'ils avaient à nouveau choisi d'embrasser ensemble jaillissait des pores de leur âme. Il comprenait ce qu'elle ressentait à cet instant présent, il la trouvait magnifique, sauvage, impitoyable, il avait clairement envie de lui rouler une pelle et il ne se gêna pas d'ailleurs, sa bouche s'écrasa sur la sienne et leurs langues se lièrent dansant une sarabande démoniaque et perverse.

Le beuglement asphyxié ne parviendrait pas jusqu'aux oreilles des bâfreurs mais ils ne disposaient pas d'une fenêtre de temps exceptionnelle non plus, ils devaient récolter le maximum de renseignements. D'un ton luciférien, il ajouta à la torture physique une caresse mentale d'une voix paisible :


- Tu ne vas pas t'en sortir, le poison sur le tissu tu tueras en cinq minutes. Tu vas convulser, te déchirer de l'intérieur, tes poumons se gorgeront de sang et à cette douleur insurmontable s'ajoutera une mort atroce par étouffement.

Clinique; il marqua un léger temps de pause, l'asticot (et non l'astiqué) remuait avec l'énergie du désespoir qui l'animait.

Sauf si tu parles. J'ai l'antidote. Donne nous un nom. Qui est à la tête du Homard ? où se trouve t'il ?

Le garde brimé posa sa main sur le tissu dans la bouche du crustacé. Il lui lança un regard perçant, qui ne servait à rien en soit puisque l'autre était désormais aveugle mais quand même, pour le tableau. Il attendit qu'il se calme et retira le bâillon d'entre les dents de l'épouvantable.

Je...je n'en sais rien il...

Il prenait clairement trop de temps et Aertan habillait une patience plus que limitée, dénué de compassion il planta sa lame férocement dans la main du tatoué tout en enfonçant à nouveau le tissu dans sa bouche. Douleur époumonée, il lui retira à nouveau le bâillon :

Il ne te reste plus beaucoup de temps parle !

Le crapaud pervers ! ils se réunissent souvent au crapaud pervers mai....

Aertan ne lui laissa pas le temps de continuer. Pourquoi ? car il crut apercevoir un sourire s'étirer sur les lèvres déformées du vaincu. Il savait bien ce qui suivrait dans ce genre de discours. Vous savez le discours d'un type à l'article de la mort qui veut faire le malin "mais vous n'arriverez jamais...mais il va vous démembrer...mais vous ne trouverez jamais...blablabla". Ou alors il venait de taire une information cruciale, ça serait vraiment con pour le coup. Il retira la lame de la main, satisfait de voir le sol se vêtir de pourpre puis il essuya l'acier sanguinolent sur une de ses manches, il s'en foutait ce n'étaient pas ses fringues, et la rangea dans son étui.

En se relevant il lança un regard entendu à Déa, évidemment qu'il n'avait pas d'antidote. Il lui laissa l'honneur d'en finir avec sa misérable vie. Quant à lui, il se dirigea vers le feu, farfouillant les environs à la recherche d'éventuels indices. Il ne se priva pas de mettre en poche quelques pièces d'or, cupide un jour, cupide toujours et, mis à part de la bouffe (il y en a une qui va être aux anges) il ne trouva rien de concluant si ce n'est une fiole d'un alcool fort. Après dégustation il estima que la gnôle était plutôt buvable, il la fourra dans sa poche intérieure de son gilet.

De l'agitation venait de l'extérieur. Il se passait quelque chose. Il n'avait aucune idée de comment Déa était entrée et le fait d'y réfléchir ne le rassura pas du tout. Avait elle levée des foules ? était elle entrée discrètement ? A entendre le brouhaha, il opta pour l'option A. Ils étaient cernés, faits comme des rats. S'ils se rameutaient tous en même temps il était clair qu'ils seraient submergés par le nombre, ce n'était pas le moment de jouer les héros.

Le chapeauté - non chapeauté actuellement - s'agita dans la pièce. Il cherchait quelque chose dont lui même ignorait l'existence, une solution en fait, une échappatoire. Adieu la discrétion, il remua ciel et terre en quête de...j'en sais rien, mais il foutait un bronx du diable. Il longea la pierre en faisant les contours de la salle caverneuse, main posée sur la surface lorsque soudain, il s'arrêta. C'était humide. Il gouailla intérieurement avec une idée sordide qui lui passa par la tête. "il ne faisait pas mouiller que les ptites culottes". Il déraillait ce con mais...


Déa viens par ici !

Une faille. Un écartement dans la roche de quelques centimètres, tout juste de quoi laisser passer leur profil. Il avisa sa devanture généreuse et sourit malicieusement, il va falloir aplatir Robert et Deniro. Claustrophobes s'abstenir, la pierre rappeuse écorcha son dos, le visage tourné pour que son tarin passe, il avançait en crabe, (crabe, homard, la pince, le radin tout collait !) s'insinuant dans la faille, un regard l'invita à le suivre vers un futur obscur.
Andrea_
C’était revivre un peu, que d’embrasser à nouveau cette vie de barbares. C’était la preuve qu’elle était vivante, prête à tout pour sauver les personnes auxquelles elle tenait. Peu importait le temps passé à ses côtés, Aertan avait fait une entrée fracassante dans sa vie et avait fait renaître ce qu’elle était au plus profond d’elle.
Elle en avait payé le prix fort, et ne laisserait plus rien alors balayer tout ça.

Le baiser fût violent, à la hauteur du plaisir qu’ils prenaient en approchant du but, jusqu’à en oublier un instant la présence du pauvre hère qui gigotait entre ses cuisses en pleurant du sang. Il y avait quelque chose de magique à la fougue de ce baiser quand l’autre semblait s’éteindre à petit feu. Je ne savais pas encore ce qu’il y avait sur ce chiffon, mais le silence qu’il apportait était salvateur.
Je ne relâchais pas l’étau de mes doigts lorsqu’Aertan pris la parole. Je me repaissais de ses mots et de l’esprit pervers qui lui avait insufflé.
Même si clairement je regardais Aertan en mode « attends, t’as pas vraiment pris un antidote ? », parce que je ne pense pas vous apprendre quelque chose en vous disant qu’on ne faisait pas parti de l’armée du salut –surpriiiiiiiiiise-.
La main droite relâchait doucement sa pression au globe avant de venir arranger une mèche de cheveux qui lui barrait la vue et la gauche fît de même pour venir arracher à sa chemise un lacet suffisamment long pour attacher la tignasse en une queue de cheval au rabais, après tout, Monsieur et Homard faisaient connaissance et taillaient la bavette, je pouvais bien en profiter pour ajouter un peu de coquetterie.

Et enfin, l’aveugle parle.
J’en eu presque la larme à l’œil tiens. Trop d’émotions. Mais je me contentais de lui pincer la joue en secouant un peu –comme mamie- en le félicitant. Je le gratifiais d’une petite tape sur la joue libre avant de lui souffler


Et bin tu vois quand tu veux !

J’essuyais mes pouces sur ma chemise –moi aussi je m’en fichais, c’était pas la mienne- avant de me relever. Déjà l’autre semblait convulser et je n’étais pas venu pour faire du manège. J’étais juste venue pour VOIR, parce que c’était ça, le PLAN. A la base quoi. Je retournais le corps et ricana en voyant le Homard –qui ressemble toujours pas à un Homard, je tiens à le souligner encore une fois-. Aertan jouait au brocanteur et je fis de même. A commencer par les poches du pauvre bonhomme qui pissait le sang bien trop vite pour que ça ne vienne que de ses yeux, je relevais quelques écus et un médaillon avant de couler sur mon acolyte un regard satisfait, et m’approchait de lui pour l’aider à fouiller –à défaut de trouver- avant de lui susurrer à l’oreille :

T’as cassé mon jouet…

En effet, il était temps de faire une prière pour l’autre couillon qui s’étouffait avec son propre vomi.
C’était peut être ça, qui m’a empêché de me jeter sur le saucisson qui trônait là, ou peut être avais-je trop mangé dans la tente, allez savoir. M’enfin vous savez ce qu’on dit « mange, tu sais pas qui te mangera », et vu qu’Aert’ avait pris la bouteille, je fourrais dans sa poche arrière la charcut’.

Déjà les pas s’approchaient et j’avais un mauvais pressentiment. J’aurais très bien pu simuler un orgasme histoire que les couillons continuent de penser que j’étais une catin bienveillante, douée d’un toucher inimitable –méthode Montessori power- MAIS y a un enfoiré qui avait eu la bonne idée de rajouter une fenêtre à la porte et du coup mon plan tombait à l’eau.
La situation s’aggravait de secondes en secondes et je ne voyais aucune échappatoire.
Et si Aertan semblait à bout de patience, en fichant un bordel monstre de façon très discrète, je restais la force tranquille qui continuait à feuilleter des missives trouvées là. Rien n’arrivait jamais au hasard, j’en étais persuadée, tout comme je savais le destin d’un homme tracé à sa naissance.
Si nous devions finir ici alors… Alors rien ne l’empêcherait.
Et pendant que mon complice caressait les pierres –il aurait pu prier hein, mais non, il loue les pierres, quand j’vous dis qu’y a un truc pas clair avec ça-, je tirais lentement, une petite plaque de bois que le temps n’avait pas épargné.


Déa viens par ici !

Je lui souris, sans pour autant abandonner ma trouvaille. J’étais certaine que c’était important. J’entendais les pas à quelques mètres de moi et devinaient les paroles. Je ne tentais pas de compter le nombre de voix différentes mais m’appliquais à détacher ce satané bout de bois où en filigrane apparaissait un homard.
Je tirais autant qu’il résistait. Je ne détachais mon regard de l’entrée que pour suivre l’évolution d’Aertan en coulant sur Lui un regard désolé. Il saurait y lire ma détresse et mon air résolu. Elle ne partirait pas sans ce satané bois. Les doigts s’activaient devant l’urgence de la situation alors qu’elle sifflait entre ses dents quelques insultes sur le fait que « put’ain, rien s’passait jamais comme prévu » et que « détache toi merd’ ! » avant qu’elle ne gueule à l’intention d’Aertan


PAARS !

Déjà les sbires entraient dans la pièce et je tirais d’une force décuplée par la peur ce bout de bois.
Qui céda. Enfin.
Le temps semblait suspendu lorsqu’elle s’élança vers la faille, les yeux plantés dans les émeraudes. Un pas. Après l’autre. Et d’autant pour le rejoindre. Quand le tissu céda sous la main de l’un d’eux, elle ferma les yeux et de profil s’engouffra vers Aertan, main tendue pour lui offrir ce pour quoi elle avait forcé le destin.


La main se tend vers la sienne alors que le corps s’accroche de parts et d’autres à la roche en meurtrissant les chairs.
Déjà la lumière semble proche et les cris s’éloignent.

Aert’, dis moi que t’as pas perdu le sauciflard.





A l’arrière de plaque il pourra lire « Trois lunes avant le solstice, quand le crapaud de rose se pare, Crusta* sera célébré ».
*Crusta, mot latin dont est tiré crustacé

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Aertan
La peur croissait en lui proportionnellement à la progression des brigands vers eux. Dans l'incompréhension la plus totale, bien qu'il ait abandonné un jour l'idée de comprendre le raisonnement féminin, il jeta sur elle un regard qui se situait entre le désarroi et l'énervement.
Son dos lui barrait là vue et il ne put voir l'objet de sa convoitise. Il lut uniquement dans ses yeux une conviction appuyée.. Dans une situation aussi urgente elle ne pouvait s'attarder que sur quelque chose de vraiment primordial. Lorsque le bois craqua, il fut surpris de la voir revenir avec autre chose qu'un jambon.

Aucun mot ne sortit de sa bouche, abasourdi, il faisait des plans sur la comète quant à l'utilité de ce morceau de bois. Voulait elle s'en servir comme arme ? Lui manquait il dans son attirail une planchette pour découper le saucisson ? peut être avait elle l'intention de pagayer avec à défaut de savoir nager ou peut être voulait elle en faire une décoration ?

Elle s'élança enfin vers lui, vers leur porte de sortie mais déjà dans les yeux d'Aertan se lisait une fatalité qu'il accueilli à bras ouverts. Ils ne pourraient s'échapper et encore moins lutter contre un...deux...trois...quatre...trop d'hommes qui s'engouffraient vers eux.
Il s'extirpa de la roche, les vêtements écorchés par les pointes rugueuses, les mains et les joues ciselés de petites entailles, son regard croisa celui de Déa qui se précipitait vers lui. Un simple sourire résolu accompagné d'un hochement de tête assuré et il la poussait à l'épaule vers la faille. Quand il passa à coté d'elle, ses mots ondoyaient en tapinois vers son tympan.


Reviens me chercher.

Il savait qu'elle comprendrait l'ampleur de la situation. Elle verra à son tour que l'issue n'était possible autrement. Il la savait fonceuse, taureau quand on agitait un bout de barbac devant elle, mais il savait aussi qu'elle y réfléchira à deux fois cette fois ci. Il comptait désormais entièrement sur elle pour le sortir de là. Après tout, c'était lui qui n'avait pas suivi le plan et il savait très bien ce que ce genre de malfrats étaient capable de faire à une femme.
Une vie pour une autre. Ils étaient les deux maillons qui formaient une chaîne unique et incassable, elle aurait fait de même pour lui, aujourd'hui c'était à lui de sacrifier quelques pièces de sa santé et il le fit sans hésiter ne serait ce qu'une seule seconde. Pour un radin, c'était tout de même le comble de partager autant...

Un amas de gorets au ventre plein freinèrent leur ruée face à la scène de leur camarade gisant au sol. S'il manquait une once de haine dans leur regard auparavant, ce n'était désormais plus le cas. Quelques uns lui crachèrent leur haine au visage, littéralement, des jurons, des menaces alimentaient le sourire sadique grandissant du glabre.

Il s'avançait vers eux. Ils le regardait avec une curiosité animale. Il voyait la sortie derrière eux et envisagea un coup de Trafalgar.
Sauf que l'un d'eux, le petit gros qui avait encore de la sauce au coin de la bouche s'intéressa à Andréa. Jaloux que toute l'attention ne lui soit pas portée, Aertan lui explosa le groin avec un coup de boule dévastateur. Les hostilités étaient lancées.

Les coups se mirent à pleuvoir. Un capharnaüm de poings, de pieds, de genoux s'abattit sur lui. Il se démena contre la horde, lançant ses poings avec véhémence, quelques uns reculèrent. Le souffle coupé, le goût ferreux du sang dans la bouche, les yeux embués il posa un genou à terre. La douleur le saisit de toutes parts, il serra les dents, il n'avait pas pour objectif de les mettre tous à terre, il voulait simplement générer leur colère sur lui, il souhaitait focaliser leur rage pour que sa moitié puisse s'échapper.

Les coups cessèrent. Il se releva, titubant, chancelant, le regard hagard, bras ballants. Il put lire dans les yeux de certains un étonnement face à sa résistance, il s'en reput avec allégresse.
Tel un funambule, il oscillait sur la corde raide. Il aurait pu sortir sa lame et en éventrer quelques uns, il l'aurait certainement fait s'il avait été seul. Il ne l'était plus. Pour l'heure ils avaient uniquement l'intention de lui faire passer un sale quart d'heure, en tuer un assurerait définitivement leur envie de mettre fin à ses jours même si ceux si semblaient déjà comptés.

Deux bras emprisonnèrent les siens. Il se débattit comme un pantin colérique lorsqu'une pression phénoménale écrasa sa joue. Il voyait les étoiles, les constellations même et se raccrocha à celle du taureau sans savoir si elle existait vraiment.
La vue trouble discernait une silhouette qui se tenait devant lui. Le porteur du coup très certainement. Les autres s'étaient écartés, formant un cercle. Malgré le bourdonnement dans ses oreilles, il perçut quelques mots à peine audibles :


On a l'ordre de le garder en vie.

Sa tête était trop lourde, le peu de force qu'il le tenait éveillé semblait s'enfuir. Une main rustre se plaqua sur son crâne et lui redressa la caboche. Il sentait le souffle nauséabond de l'affreux, il entraperçut les formes disgracieuses de son visage barré d'une multitude de cicatrices. Il avait des cheveux, détail notable pour un chauve, ils semblaient jaune. Sa bouche se remplit et il expulsa le liquide pourpre au visage de son voisin un peu trop près à son goût. L'espace vital merde. Une douleur vive et sourde à la fois tordit ses entrailles et finirent par l'achever.

Le roseau plie mais ne rompt pas.

Une brise glaciale le fit frissonner. Recroquevillé sur lui même, il s'extirpa lentement de la tourbe de son inconscience. Son corps était meurtris par la douleur mais son esprit avait su rester fort, fort d'un rêve commun qu'il ne lâchera qu'au prix de sa vie.
Ses paupières boursouflées offraient à ses pupilles un entrebâillement suffisant pour détecter son environnement.
La nuit était tombée. Il était entouré d'une prison de bois, une cage. Son ventre endoloris l'obligea à se contorsionner dans un mouvement malgracieux pour s'asseoir. Sa bouche était sèche et portait encore le goût du passage à tabac comme en témoigne ses lèvres fendues. Il parvint laborieusement à s'adosser contre les barreaux en bois.

Une seule question se posa à lui. En même temps il n'était pas en état cérébral d'en traiter plusieurs à vrai dire.
Pourquoi le voulaient ils en vie ? Non pas qu'il soit mécontent de respirer, mais cette idée le taraudait.
Il tourna le menton et aperçut une autre âme humaine en position fœtale dans une autre cage en bois juste à côté de lui. Son thorax se déployait lentement, ça semblait être en vie.

Une vision d'horreur le fit tressaillir l'espace d'un instant. Et si c'était Déa ? L'obscurité et ses boursouflures n'arrangeaient pas sa perception des choses mais un indice souffla ses craintes. Déa avait un cul bien plus alléchant que ça. Ce n'était pas elle.

Il attendait son heure, sachant au fond de lui qu'elle reviendra. Il s'essaya à sa position fétiche, à s'avoir bras croisés mais abandonna l'idée, trop de douleurs, pas bouger.
Un souvenir parfuma son ennui. Aura t'il lui aussi des lettres alors que les rôles sont inversés ?
Andrea_



J’avais imaginé mon corps s’engouffrer à la suite du tien. J’avais imaginé la possibilité de rester dans cette caverne aux allures de tombeau. J’avais imaginé mon corps prisonnier des leurs, et la douleur dont j’aurais fait une force, pour espérer te retrouver un jour. Mais alors que tu reculais pour me laisser passer, en ne sachant que trop bien qu’un seul de nous en sortirais indemne, j’avais lu dans ton regard la fatalité, et ce choix contre lequel je n’avais pas eu le temps de me dresser.
Avais tu seulement eu le temps, toi, de voir dans le mien toute la détresse que je ressentais alors que déjà ils t’éloignaient de moi ?

Tes mots raisonneraient longtemps dans mon esprit.
Lorsque le sourire d’un homme qui bientôt ruissèlerait de ton poing s’était posé sur moi en n’annonçant rien de bon. Lorsqu’ils s’étaient jetés sur toi, que tu avais plié genou à terre.
Lorsqu’à peine née de la roche j’avais le sentiment de t’abandonner. Lorsque mes jambes avaient couru plus vite que mon esprit. Lorsqu’à bout de souffle je trouvais encore la force de m’éloigner de ce temple maudit. Lorsque les tissus s’accrochaient aux branches pour ne laisser plus que des lambeaux. Lorsque le calme me frappa plus que de raison. Lorsqu’en fermant les yeux tu apparaissais en fâcheuse posture.

J’avais couru, Aertan, aussi loin que j’avais pu, si vite, si loin qu’on le peut lorsqu’on se sait poursuivie. L’étais-je vraiment, maintenant qu’ils t’avaient ?
J’étais loin, sans l’être vraiment. Car si mon corps usé s’était posé à l’abri d’un rocher, je ne pouvais oublier ton regard. Les cailloux avaient valsé, envoyés avec rage aussi loin que je l’avais pu.
Comment avait-on pu être aussi idiots. Comment avait-on pu être aussi con pour se jeter, à deux, dans la gueule du loup. Pourquoi cette tablette, pourquoi aujourd’hui. Pourquoi avais-tu fait demi tour put’ain, Aertan, pourquoi ?
Je détestais chacun des choix que j’avais faits depuis le réveil. Je te détestais, toi aussi, toi et ton plan, et toi ton envie d’en découdre, toi et cette put’ain de grotte.
Je n’ai jamais eu peur d’être seule, mais sans cesse les images de leurs poings battant ta peau surgissaient et m’arrachaient un cri de rage.
J’enviais ta satanée mouette et ses allers-retours. J’enviais Moet et les regards qu’il pouvait couler sur toi, et je la flattais de quelques baies de toujours me revenir. Je la maudissais de n’être douée de paroles quand elle semblait m’assassiner de tous les maux d’un cri strident.
Le soir même, un premier pli t’étais parvenu, du moins je l’espérais. Tu ne devais pas perdre espoir. Je repoussais la simple idée qu’ils puissent te faire du mal, et m’accrochais à l’idée que te laisser en vie la première fois ne tenait pas de la coïncidence.




Ne lâche rien.


Si j’avais eu, dans un premier temps, l’idée d’agir seule, je m’étais rapidement rendu à l’évidence que ce n’est ni morte, ni prisonnière, que j’arriverais à libérer mon complice.
La nuit suivante n’avait pas apaisé ma tristesse mais avait attisé ma haine. Chaque battement de cils faisait naitre une nouvelle ecchymose à ton visage. L’eau fraîche sur le mien n’effaçait rien, inlassablement, ton regard et tes derniers mots me rongeaient.
De la tristesse était née la rage.
De la rage naissait la soif de sang.
Et ce sourire diabolique que Moet soulignait d’un cri fendant l’aube.

Que valait la vie d’un autre, s’il n’était pas Lui ?

De la taverne la plus pouilleuse du village j’avais sorti contre quelques écus, un malin pas très finaud. Un homme à la langue bien pendue, qui ébruiterait sans conteste les mésaventures d’une pauvre Princesse violentée sur la route. Les hommes ont ce besoin de se transformer en prince charmant quand on a une paire de seins –ou une bourse assez lourde-.
Rapidement, et alors qu’il ne comprenait l’utilité de cette planche de bois à l’inscription douteuse, il avait pris la route avec quelques amis en direction du camp où une part de ma vie s’était arrêtée, la veille.



Au nord, c’est au nord, au sommet d’une falaise qu’il faudra laisser tomber cette planche vous comprenez ?
- M’enfin m’dame, ça s’rait wach’ment plus simple d’y enwoyer une armée hein, nous on est quat’pélos avec des fourches
C’était pas faux. C’était même totalement vrai,aucun d’eux n’avaient inventé l’fil à couper l’beurre, les quatre pélos étaient trois, et je ne savais pas lequel des trois comptaient pour deux. Peut être celui qui se jetait sur la bouffe depuis qu’on avait quitté la ville.
- Et nous z’aut’on risque rien ?
- Mais non.. Mais non, ils sont deux ! Vous allez sur la falaise, vous jetez ça et toi, tu beugles que tu sais tout.
- P’t’êt’ mais j’sais rien…
–C’est compris ?
- ‘Ui.


Ils n’étaient que trois, et ne survivraient probablement pas. Mais ils me feraient gagner le temps nécessaire pour accomplir ce qui deviendrait l’évasion la plus sanglante de toute l’histoire.
Alors ne lâche rien.



[* Skinny love, de Birdy
Viens par ici, amour volage, en cette fin d’été, viens verser un peu de sel, nous n’étions jamais là, regarder le bain de sang et le vernis craquelé. ]

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Merci Jd Sadella pour la ban et l'avatar, et merci Jd Nev' pour le fessier de ma Chiasse.
Aertan
Il ne fit pas long feu ce soir là. Vidé de toutes ses forces, il avait rapidement sombré dans les bras de Morphée. Et contrairement à cet être divin souvent associé au sommeil apaisant, ses songes furent constamment interrompus. Si ce n'était pas le froid c'étaient ses blessures, si ce n'étaient pas les blessures c'était l'autre prisonnier qui sciait du bois, si ce n'était pas lui c'était l'inconfort majeur que vous procure un sol terreux, si ce n'était pas l'inconfort c'étaient les railleries des bandits bien trop éméchés bref, la vie de luxe. Parait qu'on a que ce qu'on mérite. Alors qu'il hésitait à mettre cette nuit dans sa top liste des nuits les plus mémorables, la gerbe d'un pochtron lépreux dans sa cellule lui ôta ce dernier doute. C'était bien la plus belle soirée de sa vie.

Le peu d'heures de sommeil lui avait tout de même permis de récupérer un semblant d'énergie.
L'odeur pestilentielle du vomis attirait des mouches bien matinales tandis que le soleil pointait un bout de rayon. Il se contenta de ça dans l'espoir de se réchauffer un peu. Il était sec de l'intérieur, ses lèvres étaient gercées, sa gorge irritée, le visage tuméfié et poussiéreux. De l'eau. Il cherchait du regard si un type bienveillant, oui on peut rêver, avait eu l'idée de lui laisser ne serait ce qu'une écuelle de flotte. Rien. Radins.

La journée allait être longue, très longue et contrairement à Calogéro, ils pria pour que les secondes ne soient pas des heures.
L'agenda du jour était surchargé, observer, glander, observer, glander, attendre. A la nuit de rêve s'enchaînait une journée des plus idylliques. Quelques regards aux alentours. Le type à coté dormait encore, comment faisait il ? depuis combien de temps était il là ? en tant normal il s'en cognerait pas mal mais à vrai dire il était sa seule source d'occupation.
Il sentit sur lui une aura de haine émanant des malfrats qui passaient près de sa cellule. En même temps il fallait les comprendre. Ils avaient perdus cinq de leurs camarades et lui, l'arrogant, squattait la cellule impunément en leur lançant régulièrement des sourires caustiques.

Point d'orgue de la journée ô combien palpitante, il se leva. Oui messieurs dames, il se leva de toute sa hauteur, une réelle victoire que nous avons là, il mériterait une médaille. Quand on se faisait chier, un rien pouvait vous satisfaire et à l'heure actuelle il ne trouva rien de plus jouissif que de sortir son vit qu'il passa entre les barreaux pour pisser sur dormeur. Il l'enviait jalousement de dormir aussi profondément. C'est un rire gras qui fit vibrer ses cordes vocales lorsque le ver de terre daigna enfin s'agiter, lever la tête, vociférer quelques insultes et se déplacer plus loin dans sa cellule. Il rangea le matos dans ses braies et retourna s'asseoir, le plus loin possible de la flaque purulente de l'autre dégueulasse de la veille.

Le soleil monta dans le ciel et la chaleur commençait à l'accabler. Ses nerfs commencèrent à s'écorcher en ne voyant toujours rien arriver, pas même un plateau d'argent avec une bonne bière et du saucisson. Il prit sur lui, rageant intérieurement, colère sourde qu'il maintenait enfouie, ce n'était pas le moment de s'attirer d'autres ennuis.
Il aurait aimé joué au con, à se foutre de la gueule des gardes mais, il y avait Elle et ils formaient un Eux. Il ne pouvait penser qu'à satisfaire ses envies sarcastiques et suicidaires.
Alors oui il aurait aimé cracher des moqueries sur le bide du gros lard ou sur l'oeil qui disait merde à l'autre de l'asperge ou encore du poireau sur le pif du blond, oui il aurait aimé se payer une bonne tranche de rigolade lorsque le beau gosse ténébreux se vautra lamentablement en descendant de l'échelle ou bien lorsque le rat s'essayait à la mandoline mais il n'en fit rien.

Pourquoi ? car quelques heures plus tôt il avait eu un joli petit message qui laissait entendre qu'il devait se tenir à carreau. Il avait râlé car il s'attendait à un roman magnifique qui aurait occupé sa journée pourtant surchargée. Exigeant le petit père mais il le valait bien. L'or est hâle.

Le repas de midi avait été avalé, il y avait à nouveau eu cette queue derrière la marmite. Il espérait secrètement avoir au moins des restes à se mettre sous la dent mais ses espoirs restèrent au stade de l'espoir.
Que le temps était long. Il décida alors de se transformer en metteur en scène, jouant le film de ses souvenirs. Il ferma les yeux et décida de commencer le scénario avec un souvenir pas si ancien d'une belle chemise mouillée qui sublimait des formes généreuses, la suite restera censurée.

Un cliquetis. Un oeil s'ouvrit tout comme la porte de la cellule. Trois types entrèrent dans son espace vital, son petit chez soi, soyez la bienvenue.

Deuxième point d'orgue à la journée, la satisfaction orgasmique de voir un des trois gaillards marcher dans le dégueulis.
Une outre d'eau lui fut balancée. Il resta méfiant et lutta contre l'envie dévorante d'engloutir ce liquide vital qui l'obsédait depuis des heures. Aucun des trois ne bougea. Fallait pas déconner trop longtemps, Aertan dévissa la gourde et s'enfila ni une ni deux le contenu. Ils ne l'auraient pas laissé en vie si longtemps pour le voir crever maintenant à moins d'être sadique comme lui l'était. Le passage du liquide fut assez douloureux et la quantité trop faible pour l'assouvir mais c'était mieux que rien. Il faillit leur demander la suite du service mais il se tut. Sage. Le type central lui ordonna de se lever, il s'exécuta et les suivit hors de la cellule. Les ennuis commençaient ils ?

Il va sans dire que malgré le pois chiche qui semblait faire office de cervelle à certains loubards, il avaient pris la précaution de lui retirer son arme ainsi que sa fiole de poison. Il portait uniquement une chemise en lambeaux et des braies plus tout à fait propre. Les cailloux pointus du sol se plantaient dans sa voûte plantaire et rendirent l'avancée compliquée. Il se prit un coup de gourdin dans le dos en punition à sa lenteur. Il mordait sévèrement sur ses dents, se jurant qu'ils allaient payer. Le rat musicien noua des liens serrés autour de ses poignets et le blond le poussa dans une charrette. Les trois types l'accompagnait et le cocher fit cingler les rênes. Les deux chevaux avancèrent et le camps s'éloignait peu à peu. Merde. Comment allait elle le retrouver ?

Au loin il aperçut deux drôles de types gueuler sur la falaise.



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