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[RP] Le brun et la blonde

Elaena
    La Troyenne était remontée sur Paris il y a peu. Si elle se plaisait à se plaindre de l'odeur, de la saleté des rues et des maladies que les pauvres devaient y traîner, il n'empêche qu'elle se décidait toujours à y retourner. Que ce soit par son animation constante, en journée comme la nuit tombée ou les obligations qui tenaient la jeune femme au Parquet, la Ruche du Royaume parvenait une fois de plus en cette fin de mois d'octobre à rappeler son abeille.
    Le travail au Parlement s'avérant prenant, Elaena s'accorda un RTT-Renaissance en dehors du Palais de la Cité qu'elle finissait par ne connaître que trop bien. La question se posait alors de savoir comment occuper sa journée car à force de laisser les frivolités de côté, on finit par les accumuler et à ne plus savoir lesquelles choisir lorsque l'occasion d'en profiter se présente.

    Toute la matinée Rochamboise s'évertua avec une efficacité discutable à se décider. Une promenade dans les ruelles parisiennes ? Trop dangereux pour une femme seule. Une traversée en péniche de la Seine ? Pas d'humeur à y voir flotter des cadavres aujourd'hui.

    Alors qu'elle rédigeait quelques notes à l'intention de la Procureure générale - histoire de ne pas rien faire non plus - le regard bleuté de la blonde s'échappa du parchemin. Balayant de glace toute la pièce, celui-ci se posa sur l'imposante malle dans laquelle la jeune femme gardait ce qu'elle avait de plus précieux : ses vêtements. Et là illumination, éclair de lucidité, clairvoyance divine : la collection Hiver des Galeries Lafayottes l'attendait.
    Posant aussitôt la plume, Blondie se leva du fauteuil et s'empressa d'enfiler une paire de gants et son manteau de velours italien.


    "Coche ! Faîtes préparer la voiture. Direction les Halles."

    [...]

    Sur place, après une ravissante traversée d'odeurs nauséabondes plus insupportables les unes que les autres, la Troyenne planta le coche et s'aventura dans l'enchevêtrement d'étales. Tentures, soieries, épices, bijoux : si Paris n'était pas réputée pour ses créations, la capitale accueillait les marchands les plus réputés de l'Europe renaissante.
    Tout naturellement Elaena rejoignit le marchand lombardien. Après avoir baigné pendant plusieurs semaines au milieu de l'austérité de la mode bourguignonne, la vue des étoffes aux textiles travaillés et colorés ravit la blonde qui n'avait que trop supporté les coupes géométriques et le noir corbeau.

    Bientôt, elle aurait sifflé la rente mensuelle qui lui était accordée.
Aedan.nicolas
    Je veux une robe. Il n'avait pas prêté attention à la conversation, ils parlaient mariage, tenues, blablabla, et sa jumelle avait dit "je veux une robe". C'était pour lui, la phrase avait claqué comme une claque dans une église. Sa sœur subvenait à ses besoins. Elle lui filait même une rente hebdomadaire, qu'il dépensait un peu et économisait beaucoup. Surtout depuis qu'il avait freiné sur le chanvre et passait son temps à la forge à améliorer sa technique d’incrustation d'or et de cuivre sur la garde des épées et les cuirasses d'apparat. Bref, alors quand Avelenn disait vouloir une belle tenue pour le mariage d'Etania, il savait que c'était le moment de lui faire un cadeau, histoire qu'elle sache que sa rente était bien utilisée et qu'elle oublie qu'il gagnait suffisamment sa vie pour se passer de la dotation de sa sœur.

    Aedan avait profité d'aller sur Paris pour faire un tour aux Galeries Lafayotte. A force il connaissait la chanson. Trouver un modèle en papotant avec une couturière. Farfouiller chez les Italiens pour dégoter la soie, ou le velours, la serge d'Italie, dans des coloris assortis. Et les fanfreluches. Il lui fallait un ruban . Assorti aux tissus choisis et déjà payés, envoyés à l'atelier. Ce ruban serait idéal! Juste le coloris qu'il faut. Une affaire rondement menée. Ensuite, il irait se payer une tranche de rôti au jus, de beaux légumes , et quelques godets de vin. Et une belle pâtisserie. Voilà. De l'alcool, du gras et du sucre.La vie quoi. Il attrapa le ruban beige, mais bizarrement, il semblait coincé. Pas moyen de le choper. Il résistait , c'était un complot! Un ruban ne résiste pas, il ne peut pas résister! Aedan tira plus fort, après tout c'était pas un mec pour rien et op! Victoire! Le ruban était dans sa main.


    Juste la longueur qu'il me faut .


_________________
Elaena
    Le regard se perdait dans les tissus, brocards et autres voiles de provenance lointaine. Comment allait-elle pouvoir choisir parmi toutes ces merveilles ? De nature quelque peu vaniteuse, la blonde estimait en effet que tout lui allait, à son grand damne. La main frêle caressant les étoffes, elle avançait comme le pêcheur sur sa barque provoquant l'eau d'un toucher imprudent.
    Après de multiples allers et retours dans les allées bondées, la jeune femme s'était arrêtée devant l'étal d'un petit marchand italien. Pataud et les doigts ornés de multiples bagues et chevalières à n'en plus compter, sa barbe d'un blanc immaculé cascadait jusqu'au quatrième bouton de sa tunique de velours. D'un ton affable et arborant un sourire constant - étonnant qu'il ne s'en coinçait pas la mâchoire - le vieux lombardien eut rapidement flairé la bonne affaire.


    "Bella ! Bella... Par ici. Un si bello visage né peut porter qué oune questo vestito."

    Evidemment le bougre avait veillé à lui montrer la plus chère de son étal. Une robe de soie d'un rose si pâle qu'il aurait empourpré les anges de jalousie. Le bustier cintré commençant à faire un malheur chez les dames, Elaena se laissa évidemment charmer et dépensa les trois quarts de sa rente mensuelle dans l'achat. Mais bon : "On vous la fait porter à vostre voiture", donc s'il y a un service spécial hein...

    Alors que la blonde s'éloignait, ignorant la main boudinée du marchand qui la saluait alors que la seconde empoignait sûrement avec joie une poignée des écus gagnés, elle réfléchit à comment tenir jusqu'au milieu du mois prochain. Manger des pommes de terre et du bouillon jusqu'au 31 ? Sûrement pas. Evoquer un vol de toute la cassette rentière ? On ne la croirait pas. Se plaindre d'une rente trop légère auprès de son oncle ? Elle prendrait sans nul doute un coup de canne bien placé.
    Restait donc à survivre, tout à fait. Un quart de l'argent qui lui était versé aurait sûrement suffi à toute une famille de paysans pour vivre sans soucis pendant cinq bons mois. Mais pour Elaena, le pire s'annonçait déjà.


    Se décidant à rebrousser chemin et à rentrer au Palais de la Cité, dans son bureau de procureure, Eve tomba sur l'arbre : un étal de rubans. Et les rubans c'est trop bien. Surtout quand on est une fille. Non parce que les filles ça adore les rubans en fait. Si vous voulez c'est un peu comme... enfin bref. Alors que la blonde s'approchait dangereusement du panel de couleurs toutes plus vives les unes que les autres, ses méninges travaillaient à un rythme effréné : lequel ? Comment choisir une fois de plus ? Ô âme torturée, faible mortelle, bonheur intouchable. Cette fois, ne pas causer au serpent qui lui vendrait sûrement le plus cher, la menant à sa perte financière. L’œil accrocha finalement sur un ruban très coquet quoique très simple (allez comprendre, logique féminine) : un long ruban beige brodé d'or sur ses côtés. Le must, quoiqu'en dirait son ancienne préceptrice flamande qui répétait à tout bout de champ "Naaah Elaaaena ! Le beigeuh c'est comme être touteuh nue. Pour les prostiputeuh, pas pour les joooolies filles nobleuh.". Puis elle était morte en fait, depuis le temps. Donc cqfd.

    Attrapant du bout des doigts fins le ruban promis à la blonde comme le paradis solaire était promis aux fidèles, elle profita du toucher, bonheur sublime avant de devoir lâcher la tune. Seulement le tissu s'échappait, doucement, lentement, puis subitement ! Empoignant d'une main ferme son bébé chéri, les iris d'un vert d'eau saisissant remontèrent jusqu'au responsable du blasphème.
    Un homme jeune, élancé et brun. Les traits fins avaient la prétention d'afficher aux yeux de tous la noblesse de son sang. Les vêtements étaient de fort bonnes manufactures et terminaient de trahir la condition de l'inconnu. Mais rien n'y ferait. Ce ruban lui était dédié, dès leur rencontre ils étaient faits pour s'accorder. A l'instant même où la peau diaphane avait bravé l'interdit en caressant le tissu, il était à elle et à ELLE SEULE.
    S'engagea alors un véritable tir à la corde, le malfrat résistant sans mal au contraire de Blondie. Alors qu'elle s'évertuait à tenir et tirer du plus fort qu'elle le pouvait, le brun sembla s'impatienter... et d'une facilité assez déconcertante parvint à gagner le Grâal.

    Erreur voyez-vous car retirer à la Rochamboise ce qu'elle voulait, c'était un peu comme reprendre un morceau de viande au clébard de votre voisine punk ou voler ses amours à Jupiter. Ca se fait pas quoi, puis vous risquez de vous prendre un sacré coup de tonnerre sur le coin de la margoulette.
    La manière de rétorquer embruma alors l'esprit de la jeune femme. Lui sauter au cou et l'étrangler en public ? Ou lui mettre un bon gros uppercut dans les dents - avec sa force de verre ciselé - ? Seulement impossible. Comme lui répétait approximativement h24 son cher Oncle, les femmes nobles ne tapent pas. Jamais !

    Très bien. Elle utiliserait donc la manière douce, la classe Troyenne en bref.
    Index pointé vers le vilain chipeur.


    "AU VOLEUR ! AU VOLEUUUUUUUUUUR ! ATTRAPEZ-LE, C'EST UN TRUUUUUUUAND."
Aedan.nicolas
    Le ruban en mains, le jeune s'apprêtait à sortir sa bourse, lorsqu'un cri strident se fit entendre. Un vil maraud s'en prenait à une jeune fille en détresse! Allait-il intervenir, sauver la vertu et la richesse de la jeune fille? Certainement pas. Les marauds, ça pue et ça a des poux et il portait un veston en velours Gênois brodé et avec quelques ornements de passementerie du plus bel effet. Cela coûte une blinde, merde! Sauf que l'autre greluche le désignait. Lui. Radin, mais pas voleur, ça nan. Il commençait à comprendre l'origine de la résistance du ruban. Il n'était pas coincé, il avait été attrapé à l'autre bout par une petite blonde qui avait l'air prête à le bouffer en commençant par les pieds. Pour avoir vu sa soeur lors d'une vente aux enchères dans un atelier de couture, il comprenait qu'il était dans une situation pas terrible. A savoir qu'il s'était fourré entre une gonzesse et sa proie aux soldes des galeries Lafayottes? Comment répondre? Gueuler encore plus fort. Se placer à coté de la jeune femme, l'air innocent, brandir lui aussi un doigt dans la même direction.

    OUI MOI AUSSI JE L'AI VU! IL EST PARTI PAR LA!!

    Op, sauvé. Le gros bras de la boutique s'était déplacé vers l'entrée, en espérant barrer le passage à un voleur imaginaire, ce qui permit au brun de dévisager la jeune femme devant lui, et sourire en coin, légèrement moqueur.

    Vous perdez votre temps, dauna. C'est la loy de la jungle, ce ruban est à moi.

    Et de le brandir, goguenard, le passer sous les yeux de la jeune fille, tentateur, mais le gardant hors de portée.

    Combien ? Après tout, si elle le voulait, elle n'avait qu'à payer. Il oubliait au passage qu'il n'avait pas encore la pleine possession de ce ruban, comment dire? A radin, radin et demi.

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Elaena
Mais non ? Le chipeur de ruban se prenait au jeu et criait lui-même au voleur. Soit il était complètement demeuré et il ne comprenait rien à rien, soit il se foutait clairement d'elle. Dans les deux cas, ça ne plaisait absolument pas à Blondie. Voyant le gros bras de la boutique rabrouer on ne sait où pour attraper on ne sait qui, elle se décida à affronter elle-même celui qui avait osé lui voler sa proie. Les verts d'eau braqués sur le brun, elle se faufila avec une grâce toute particulière devant lui.

Alors qu'elle s'apprêtait à faire preuve d'une grande diplomatie, battant des cils pour obtenir ce qu'elle voulait, l'Apollon la provoquait. Blasphème !
Loi de la jungle ? Un sourire apparut au coin des lèvres de la jeune femme. A ce jeu ce serait elle la lionne et lui la gazelle.


"Monsieur, je l'ai touché en premier. Tout le monde est témoin." Enfin tout le monde, c'est vite dit. Entre les clodos venus faire les poches et les gamines écervelées qui badaient sur la toute nouvelle vesture à manches bouffantes sans les moyens de se la payer, le peuple parisien ne lui viendrait sûrement pas en aide cette fois-ci.

Donc quand il n'y a plus le choix, bah il n'y a plus le choix. Fight.
D'un bond elle tenta d'attraper des mains du Valdesti le ruban tant espéré. D'une taille relativement petite, elle n'y parvint évidemment pas. Vous voyez les gosses qui essaient de toucher le plafond au nouvel an ? Bah même scène. Sauf que là, c'était un peu pitoyable au sens théâtral du terme car ce n'est plus une enfant Elaena.

Aedan : 1 / Elaena : 0.

Tant pis, il fallait négocier. Mais elle avait horreur de ça. Déjà parce que lorsqu'elle veut quelque chose QU'ELLE A VU EN PREMIERE, il lui revient de droit. Il y a des lois dans ce Royaume hein, même en 1467 - enfin presque - et surtout parce qu'un garçon n'a pas autant besoin d'un ruban qu'une fille. Là c'était une question de vie ou de mort pour Rochamboise, sa toute nouvelle robe sans ruban ? Autant manger un gâteau sans cerises.


"Combien ?" Quelle question. Le reste de l'argent devait lui servir à payer le ruban. Quand bien même aurait-elle payé le Malin, elle n'aurait pas été en mesure d'acheter le produit par la suite. Ou alors il fallait faire un Boutique-basket. Mais pour une jeune femme de sa condition, c'est tout sauf une bonne publicité.
Fouillant dans sa petite sacoche de lin, elle tourna la main frêle jusqu'à trouver de quoi mener un troc convenable. Comme Marie Poppins qui sort un lampadaire de son sac à main, en quelque sorte.
Eurêka ! Elle avait trouvé quelque chose. Tendant son poing fermé vers le visage du Brun - pas pour lui mettre une droite rassurez-vous - elle l'observa, regard plissé.
"Prêt ?" pensa-t-elle.

Subitement la main s'ouvrit, dévoilant au creux de la paume... un petit caramel. Déception dans les yeux mêmes de la Troyenne. Elle qui pensait être tombée sur une chevalière égarée ou n'importe quel autre objet de valeur.
Elle tenterait le coup malgré tout.


"Cela vous convient Monsieur ?"

La moue qui teintait le visage angélique trahissait d'ores et déjà l'inégalité entre les parties. L'un en position de force, l'autre de plus en plus certaine de voir son ruban lui échapper.
Relevant les iris sur le partenaire de change, elle ne pouvait plus qu'espérer.
Aedan.nicolas
    La ruse avait fonctionné, et il pouvait s'amuser à la gourmander à loisir, alors que le gérant était occupé à attraper un voleur imaginaire. Le ruban solidement tenu en mains, il lui adressa un sourire moqueur.

    Donc, si je vous touche.... Il brandit un index, pour la leçon, et lui effleura nonchalamment l'avant bras du bout de l'index, insolent. Ici. Devant témoin. Il avait haussé le ton et sourit au vendeur revenu à son poste, histoire qu'elle se fasse bien remarquer en tablant sur le fait qu'elle détesterait cela. Vous m'appartenez? C'est bien cela? Il lui sourit, goguenard. On vous avait dit qu'il était chiant? Des années d'entrainement sur sa sœur, victime attitrée de ses blagues.

    Mais bon, l'heure était à la négociation. Aedan était impatient de savoir jusqu'à quel point elle tenait à ce ruban. Tenait-il tellement à CE ruban? IL était joli certes, et oui, il irait avec les coloris choisis pour la robe d'Avelenn, mais bon, le présentoir était bourré de rubans comme la mer était pleine de poissons. Il trouverait sûrement autre chose. Le dirait-il à la jeune fille? Certainement pas. Surtout qu'il la voyait fouiller sa sacoche avec fébrilité. Mandieu, elle allait lui filer du pognon, ou un bijou.

    Suspense... Et le poing s'ouvrit. Et il n'en crut pas ses yeux. Un caramel. Elle l'achetait avec un caramel. Il sonda son regard, incrédule, et ce qu'il y avait lu fit naître quelque part au fond de lui un début d'hilarité. Pas moqueur, ni méchant. Juste un rire sans fard, de pur amusement, du fait de la surprise. Il devait garder son sérieux pourtant. Un mmpfffm faillit franchir ses lèvres, ses yeux trahissaient déjà le fou rire retenu à grand'peine, et peine perdue, il sentait son diaphragme tressauter déjà, et paf. Le fou rire. Au point d'avoir des larmes qui perlaient au coin des yeux. Il se calma au bout de quelques longues minutes, observant avec plus de sérieux cette fois le caramel au creux de la main de la blonde.

    Alors, il attrapa la main au caramel, se pencha comme pour un baise main pour chiper le bonbon de ses lèvres, tout en maintenant le contact visuel. Vu de loin, la scène pouvait sembler banale, un baise main peu conventionnel du fait de la paume vers le ciel.


    Mercé pour ce petit acompte, donaisèla. Laissez moy vous payer le ruban. Je le garde per le moment avec moy. Je vous réquisitionne pour un déjeuner, et une promenade dans les rues commerçantes.

    Qui ne tente rien ...




_________________
Elaena
    Si le doute eut plané un instant, il n'avait plus lieu d'être. Le brun la prenait décidément pour une idiote. Voilà qu'il osait effleurer son avant-bras et la comparer, elle, à une marchandise. La question se posait alors naturellement. Les règles régissant le troc et l'acquisition d'un produit en période de soldes sont-elles transposables à l'être humain ? Vous avez trois heures.

    Haussant un sourcil, sourire s'esquissant au coin des lèvres, elle observa le brun. Partagée entre l'amusement d'un tel culot et l'outrance de pareils propos.


    "Monsieur, je dois vous concéder une certaine vivacité d'esprit et de malice. Cependant je crains que cela ne marche pas ainsi car voyez-vous, je ne suis pas entreposée au milieu des rubans sur l'étal." Ceci étant dit, avec la tonne de tissus qui gonflait ses manches, l'on pouvait aisément la confondre avec un modèle d'exposition. Pour cette raison, qu'elle veilla à ne point révéler au comparse, la blonde excuserait cet écart.

    Terminant de fouiller dans le petit sac de lin pour sortir son candidat au troc, aka "Petit caramel", elle attendit sa réponse, sceptique.
    Et là, misère ! Elle s'était préparée à tout mentalement. Un refus sec, la perte du tissu tant espéré, le dédain même. A tout. Mais sûrement pas à cela.
    Un rire. Un simple rire qui, à mesure qu'il se libérait des convenances sociales, écarquillait les yeux d'Elaena. A ce moment de l'échange, l'on pouvait considérer que c'était perdu, que la bataille s'achevait et qu'il était temps de voir la réalité en face et de rentrer bredouille. Seulement, décontenancée, la Troyenne ne bougea pas d'un iota et releva le menton. Quitte à être humiliée, elle le serait avec classe.

    Alors que le brun reprenait son calme, après un fou rire qu'il avait visiblement cessé de vouloir contrôler, la moue qui parait le visage de la jeune femme s'était quasiment taillée dans le marbre. A se demander même, si un jour seulement sa bouche reprendrait forme normale.
    Elle se décida alors à tourner les talons, partir, faire ses bagages pour Alexandrie ou l'Empire Ottoman. Partout où on ne la retrouvait plus, elle, la perdante de la Bataille des Soldes. Cependant, tous ses plans furent une fois de plus mis en échec. La main de l'Apollon enveloppa la sienne avec une douceur et une assurance qui n'avaient rien d'humain. Un mélange des genres qui momifia la noble, incapable alors de lui tourner le dos. Prisonnière et pourtant si libre désormais d'un effleurement de ses lèvres qui la signait déjà dans sa chair de la marque des esclaves.
    Le brun releva l'échine et la blonde reprit ses esprits. Ne rien laisser paraître ou l'agneau sera dévoré par le loup. C'est la vieille Flamande qui le disait ça aussi.


    "Mercé pour ce petit acompte, donaisèla. Laissez moy vous payer le ruban. Je le garde per le moment avec moy. Je vous réquisitionne pour un déjeuner, et une promenade dans les rues commerçantes."

    Elle devait refuser, c'était impératif. Il était joueur et elle était sa perdante, placée en position de faiblesse tout cela ne pouvait que se faire à ses dépends. Le sourire sciant qui brillait sur le visage de l'éphèbe annonçait déjà la couleur.
    Mais comme les nymphes se risquaient à la rencontre de Zeus, se faisant alors oracles de leur propre perdition, la blonde répéta le mythe et sauta dans ce qui paraissait pourtant être un piège à femmes.


    "C'est aimable à vous. Ce serait un pl... moyen de passer le temps.
    Mais vous ne me réquisitionnez pas. J'accepte simplement de vous accompagner."


    Ouai c'est ça, cause toujours. En attendant...

    Aedan Nicolas : WINNER.
Aedan.nicolas
    Elle allait refuser, le renvoyer dans ses buts, lui coller une tarte pour son insolence. Il avait l'habitude de se faire rembarrer. Mais la jeune femme semblait troublée. Le sourire légèrement carnassier s'étira, ses yeux pétillants de malice, ravi d'avoir gagné la bataille. Bon, il lui offrirait le ruban, et il avait gagné une compagnie pour le reste de la journée. What else? Il lui tendit élégamment son bras, et lorsqu'elle l'accepta, il lui sourit, puis alla payer le ruban. Il brandit le ruban de la victoire sous le nez de la blonde, avec un sourire amusé, et le planqua dans la poche de son pourpoint de velours. Il avait gagné, donc à lui de donner les règles du jeu, soit savoir à quelle sauce elle allait être bouffée. Il se pencha légèrement, et lui susurra à l'oreille, assez proche pour lui effleurer la chevelure et humer un parfum discret mais suave de violette.

    Parfait. Puisque vous acceptez ma compagnie, vous allez m'aider à trouver une autre fanfreluche pour agrémenter la future robe de ma sœur. Mais avant, puisque la cathédrale a sonné l'office de sexte, allons déjeuner. Je vous invite.

    Grosse prise de risque, Aedan. Rien ne te dit que la blonde allait se contenter d'une salade ou d'une soupe arrosée de clairet coupé d'eau pour garder la ligne, mais se venger de ses insolences en commandant le homard farci au caviar sauce foie gras arrosé d'un Nuit Saint George. Alors qu'ils cheminaient dans la rue commerçante, il chercha du regard, qu'il voulait connaisseur. Il ne fallait pas choisir l'auberge gastronomique aux prix astronomiques, ni le troquet aux plats gastrostrophiques pour la flore intestinale. Donc entre les deux, n'oublions pas qu'il est radin! Il désigna une enseigne prometteuse, qui avait l'air honnête et surtout pas trop onéreuse.

    Allons ici, "à la table d'Alice". Leurs soupes sont excellentes. Cela vous conviendrait?

    Sourire enjôleur, s'il voulait que sa rente survive à la journée, il fallait qu'elle le suive pour le coup. Et si possible qu'elle choisisse une salade. Ou une soupe. Merde quoi, il renonce à son rôti de veau au jus avec champignons de saison quoi!

_________________
Elaena
    Le voilà qui osait la narguer avec le ruban, toujours peint de ce sourire qui agaçait la blonde. Par dessus le marché il poussait le vice jusqu'à l'extrême, lui demandant - intimant même - de l'aider à choisir d'autres tissus pour sa sœur. Autant dire qu'il la prenait pour un caniche de compagnie et ça, Elaena ne le supporta pas. Se décidant à faire marche arrière avant que le piège ne referme définitivement ses piques sur elle, elle entrouvrit la bouche pour en informer le Brun, politesse oblige.
    Mais parce qu'une fois n'est pas coutume, elle fut coupée dans son élan lorsqu'il s'approcha d'elle. D'aussi près que quiconque n'avait jamais osé défier la pudeur Troyenne. Les lèvres rosées se refermèrent alors aussitôt, un gloussement de malaise pour toute réponse au souffle qui enveloppa son oreille, hérissant l'échine de la blonde.

    Durant plusieurs minutes elle suivit le Cerbère l'emmener aux Portes de l'Enfer, sans piper mots. Lorsqu'Aedan lui proposa la fameuse "Table d'Alice", les verts d'eau se fixèrent sur l'éphèbe. Consciente du manège qu'il espérait faire tourner, la jeune noble préféra tout faire dérailler.


    "La Table d'Alice ? Oh non Monsieur. C'est très aimable à vous mais je n'en ferai rien.
    Vous êtes déjà bien aimable de m'inviter à partager le déjeuner en vostre compagnie. Choisissons un lieu plus... populaire. Il ne vous restera que plus d'écus pour vos prochains achats."


    Sans attendre sa réaction, elle continua à marcher encore et encore. Plusieurs minutes, très longues minutes jusqu'à ce qu'ils arrivent en bas du boulevard. Malfamé à souhaits, rempli de rats gros comme de jeunes chats et d'une puanteur sans nom. Une puanteur qu'elle-même, ne fréquentant jamais ce genre d'endroits, n'avait pas suffisamment imaginée puisqu'il fallut de peu qu'elle fasse un malaise.
    Bien heureusement, trop obsédée par la danse qu'elle reprenait en main, elle ne fléchit point. Retournant le visage angélique vers le Brun, elle lui sourit doucement.


    "Allons plutôt ici."

    Ici. Une vieille bâtisse aux pierres noircies par l'humidité et aux carreaux sales. Pas d'enseigne, rien. Pour simple indication, une lourde porte de chêne entrouverte et les beuglements d'ivrognes qui eurent tôt fait de commencer l'apéritif. On y servait sûrement aussi les repas, du moins quelque chose de comestible. Quoique ce n'était même pas sûr.
    Si elle rechignait intérieurement à pénétrer dans pareil endroit, la tête que devait tirer son comparse l'amusait déjà. Malin il l'était et il s'était persuadé de pouvoir mener la jeune blonde en bateau, faire d'elle ce qui lui chantait. Mais le pas féminin était sûr et la voilà qui renversait la vapeur, dirigeait à nouveau la valse.
    Bien vêtue, la peau claire de ceux qui ne souffrent point du labeur et un visage ravissant. Le parfait mélange pour déchaîner la racaille du Bas-Paris. Prenant son courage à deux mains, Elaena se faufila dans le capharnaüm où rapidement les yeux se rivèrent sur elle.

    Aedan avait souhaité jouer et faire d'elle sa propriété pour l'après-midi. Grand bien lui fasse, il n'aurait qu'à veiller sur elle pour espérer la ramener... en un seul morceau.
    Et ça, elle le savait.
Aedan.nicolas
    Aedan aimait qu'un plan se déroule sans accroc. Donc, le plan d'un homme qui détestait planifier quoi que ce soit était basique. Un repas pas trop cher, mais pas immonde, un après midi boutique pour trouver un galon ou un ruban, libérer la bête en lui offrant le ruban. Sauf qu'une fois amenée devant le paddock, l'agnelle jusque là stoïque et calme, reprenait du poil de la bête.

    Plus populaire? Ma foi ... A votre convenance, donaisèla.

    Après tout, il paierait moins cher. Mais les pas de la demoiselle les éloignaient peu à peu des quartiers respectables et les approchait peu à peu des rues louches, entre la cour Brissel et non loin de la Cour de la Jussienne à la réputation sulfureuse. Aedan plissa le nez lorsque les remugles de divers dépôts et flaques nauséabondes stagnantes lui remontaient aux narines. Ici, les rats étaient gros comme des chats, et il était certains que leurs puces devaient avoir la grosseur de mulots. Il glissa un regard en coin à la blonde.

    Ici? Vous êtes certaine? C'était lui, ou elle avait pâli, voire verdi? Il resserra sa prise, au cas où elle ferait effectivement un malaise, dans le but évidemment de la soutenir en cas de chute. Mais elle se reprenait vite et tentait visiblement se faire abstraction de l'endroit.

    Bien, si cela est votre souhaict, ma Dame. Il faisait bonne figure, mais l'endroit était sale et ne payait pas de mine. Et quitte à payer le repas, il voulait quand même le faire dans un endroit propre, histoire de ne pas souffrir de dysenterie pendant deux semaines.
    La tête que tirait Aedan était ennuyée, ça oui. Le rapport qualité prix n'y serait sûrement pas, sans compter la faune locale des plus haute en couleurs, le top du top en matière de viande saoûle des bas quartiers. Déjà, les regards se tournaient sur elle. Une seule solution. Il se hâta de retirer sa lavalière qu'il fourra dans une poche, entrouvrit son pourpoint et sa chemise, retira le lacet du catogan qui retenait ses cheveux mi long, se donnant immédiatement un air plus canaille. Il afficha un sourire qu'il voulait suffisant, et emboîta le pas à Elaena. Arrivé auprès d'elle, il se permit carrément de passer le bras derrière la taille de la jeune femme pour la rapprocher de lui, cavalièrement. Et en profiter un peu au passage.


    Ma Dame, vous ne me laissez pas le choix de cette comédie. PATRON! Une table pour ma chérie et moi. Pour manger.

    Les rires gras avaient de nouveau retenti, et quelques propos grivois et propositions indécentes plus ou moins intelligibles avaient fusé au passage de la blonde. Pour le moment, les vilains étaient calmes. Pour le moment. Nul doute que le repas serait douteux, mais c'était elle qui l'avait voulu. Na. Ils s'installèrent dans un recoin, sur une table ronde, et il s'installa juste à côté d'elle.

    Patron, nous prendrons tous les deux de l'agneau. Saignant avec très peu de sauce à la menthe. Vous aimez l'agneau mon cœur ? *

    Grand sourire mutin, il observa la jeune femme, reluquée des pieds à la tête, sans vergogne. Comme si elle était à pwal. Pas tous les jours que ces hommes voyaient de si près une femme aussi belle et propre. Surtout propre. Il se pencha vers elle, murmurant à son oreille si bas, et si près que ses lèvres la frôlaient.

    Navré ma Dame, vous ne me laissez pas le choix et cette comédie. Un seul faux pas, et ces hommes s'en prendront à vous. Ils n'ont pas l'habitude je pense de voir si propre et si bien peignée. A 5 contre un, je serai obligé de ... partager.

    Il la regarda cette fois sérieusement, l'air grave, ce qui était inhabituel sur ses traits. Il était un peu - non, beaucoup - inquiet. Elle attirait trop l'attention, elle déparait autant dans ce bouge qu'un diamant dans la fange. Il ne voyait qu'une solution. Mais ça, elle risquait de renâcler. Il se permit une nouvelle privauté en posant sa main sur son bras, à l'aise blaise, pour faire style, non sans lui avoir décoché un regard impérieux. Le jeu risquait fort de mal tourner, et il avait maintenant une responsabilité sur les bras. La tuile ça, mais pas le bon gâteau, la bonne grosse tuile qu'on prenait sur le coin de la tronche. Pour l'instant, les gaillards avaient l'air calmes. Pour le moment. Il prit une mèche de cheveux blonds pour la replacer derrière son oreille, et glissa, discrètement.

    Il faudra passer pour ma fiancée.

    C'était la solution la plus sécuritaire en l'état. Car la faire passer pour une catin laissait entrevoir le risque de voir ces hommes pleins comme des outres de réclamer leur part du gâteau. Un gâteau dont il le connaissait pas le nom, d'ailleurs. Le carafon de piquette venait d'être servi, il leur servi à chacun un godet.

    Reprenons depuis le début. Doneiselà, nous ne nous sommes pas présenté. Quel est votre nom?



* titanic, Cal à rose.
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Elaena
    Dans la bouse. Exactement. Elle venait de les mettre dans une bouse incommensurable et statistiquement les chances de manger les pissenlits par la racine après le repas étaient bien plus élevées que celles de sortir indemne. La situation on ne peut plus risquée avait obligé le Brun à la faire passer pour sa fiancée. Il avait beau prendre cet air grave et impérieux, il en profitait et elle le savait. C'est pas un lapin de six semaines la Troyenne, croyez pas.

    Alors qu'ils se dirigeaient à une table afin de s'installer, la jeune femme grimaça aux propos on ne peut plus libidineux que lui jetaient aux visages de gros balourds ivres morts. Ne quittant pas le bras du Valdesti, elle fixa son regard sur le sol. Si l'on pouvait espérer voir moins d'horreurs de ce point de vue, il n'en fut rien. La terre battue qui faisait office de dalles était jonchée de liquides on ne peut plus étranges, de la bière régurgitée à l'urine à n'en point douter. Le cauchemar atteignit son comble lorsque la blonde aperçut la traîne de sa robe, tachée elle-aussi de tristes substances. Serrant les dents elle prit place aux côtés d'Aedan comme une moule à son rocher.


    "Je fais tout cela uniquement pour vous tenir compagnie Monsieur, soyez-en conscient. Ma bonté me perdra."

    Genre. Genre c'est pas toi qui a eu la merveilleuse idée de risquer leur vie uniquement pour ennuyer le garçon ? Le culot Troyen n'avait donc aucune limite.

    "Patron, nous prendrons tous les deux de l'agneau. Saignant avec très peu de sauce à la menthe. Vous aimez l'agneau mon cœur ?"

    De l'agneau ? Etait-ce un mauvais tour du destin ? Une triste allégorie de la manière dont ils allaient finir rôtis par la faune locale ? Rien n'était moins sûr.
    Tandis que le Brun déposait sa main sur le bras de porcelaine, on lui servit cette infâme piquette des Bas-quartiers. Pas même un instant ne lui traversa l'idée d'y tremper les lèvres, persuadée que cette tentative l'emmènerait plus vite qu'il ne faut pour le dire à l'hospice. Non elle n'y toucherait pas. Pour enjoliver le récit, l'on vous aurait conté qu'elle préféra s'abreuver des mots de son Apollon mais un type était en train de dégoupiller sur la table voisine, et ça gâche tout.


    "J'ose espérer que vous appréciez ce moment en ma compagnie, sans quoi je me trouverais bien déçue."

    Fait la maligne, vas-y. C'est pil poil le moment pour ça, vraiment.
    Détaillant un peu plus librement - les convenances étant ici moins strictes - le physique de l'homme, elle se surprit à le trouver encore plus charmant qu'auparavant. Dans cette taverne, au milieu de la pourriture et de la déchéance, il s'imposait parmi les Hommes. Ses traits fins et gracieux s'étiraient comme une insulte au nez des mortels. Ses longs cheveux, si bruns qu'on les aurait cru noirs, épousaient ses épaules d'une allure princière et ses bras, ses bras. Sans blessures ils paraissaient taillés dans le marbre brut et offraient un sentiment de sécurité à la Rochamboise.

    Elle en oubliait ce qu'on chuchotait, toute l'indignité que proférait la vermine ambiante et finalement l'histoire prit un côté charmant. Deux roses parmi les ronces, le Romantisme était finalement peut-être là.

    Son nom ? Ils ne s'étaient pas encore présentés et le moment était venu.


    "Elaena Rochamboise de Troy."

    De Troy ? La famille royale. Les ivrognes se turent, les sourires se firent carnassier.
    Là t'es dans une sacrée belle mer... .
Aedan.nicolas
    Le jeune homme se passa la main dans les cheveux, la situation lui avait échappé, comme lui échappait le sable sec entre les doigts. La piquette servie, la situation semblait stabilisée. Il prit une pose qui se voulait nonchalante, détendue, à demi tourné vers la jolie blonde, dans une proximité déconcertante. Mais la tension entre ses épaules ne mentait pas, ni la fine ride sur son front soucieux. Il porta le godet à ses lèvres avant de se souvenir qu'il s'agissait d'un affreuse piquette , et il interrompit le geste, le godet suspendu sur le bord de ses lippes, se surprenant à détailler la jeune femme. Ses moues, son teint joliment diaphane et ses pommettes rosée, la jolie façon qu'avait son nez de se plisser lorsqu'elle semblait contrariée, la lueur rieuse alors qu'elle cherchait encore à lui rendre insolence pour insolence alors même qu'ils étaient dans la mouise jusqu'aux oreilles. Cela lui apprendra à vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Suspendu à ses lèvres, il attendait avec impatience de connaître le nom de la blonde.

    Moment surprenant à bien des égards.

    Tu l'as dis bouffi et il ne savait pas encore à quel point. Et alors qu'il porta le godet à ses lèvres, oubliant qu'il s'agissait sûrement d'un affreux vin de table tourné au vinaigre coupé à l'eau, simultanément , il y eut comme un court circuit entre ses neurones sensoriels auditifs et organoleptiques. Il s'attendait à tout en terme de nom, une énième blague, un prénom rigolo comme Gertrude, ou Cunégonde, mais pas à ça. Un facepalm mental agrémenté d'un énorme juron silencieux vrilla sa conscience, tandis qu'un geyser de vin aspergea la table. Il soutint le regard de la délicate blonde devant lui, et su qu'elle avait dit la vérité sans la chuchoter. Ce n'était pas un nom donné pour le foutre encore plus dans la merde pour le simple plaisir. Et Aedan perçut le changement d'atmosphère dans le bouge. Déjà, le niveau de décibels avait subitement baissé. De gras et malaisant, on était passé de malaisant, silencieux et foutrement angoissant. C'est alors que le patron apporta l'agneau saignant, qui paraissait gras, très peu appétissant. L'esprit du jeune homme tournait à toute allure pour les sortir du pétrin. Il haussa le ton, d'un ton qui se voulait détendu mais sonnait aussi faux que le compliment d'un courtisan à la cour.

    Comment? Vous êtes servante chez les Troy? Mazette, vous êtes vernie d'avoir si bonne place. Fêtons cela en levant nos verres.

    Les prédateurs sentaient la peur. C'était certain. D'un regard, il s'était levé et faisait comprendre à la blonde se le suivre. Il déposa les pièces sur la table pour le piètre repas non entamé, passa le bras autour de la taille de la blonde pour se diriger entre les tables vers la sortie. Ils slalomaient, rapidement, mais sans courir , ils étaient presque au bout , un dernier recoin avant la porte lorsqu'une grosse pogne leur barra la route. Aedan releva le menton, l'air s'était comme cristallisé autour d'eux.

    Mon gars, t'a dégoté une belle garce. T'en ferai pas partager les copains?


    Et comme on pourrait voir bien des centaines d'années plus tard dans les dépositions de chasseurs lors des constats d'accidents, le coup était parti tout seul. D'ailleurs, on croit que donner un coup n'est douloureux que pour la personne qui ne recevait. C'était faux. Le poing douloureux, il poussa la blonde vers le dehors, profitant que le chemin se soit dégagé. Il devait s'être en plus froissé un muscle car il avait senti une vive douleur dans le dos, mais l'heure n'était pas aux petits bobos. Il priait pour qu'elle lui pardonne ce qu'il allait faire, il baissa la tête, s'arcbouta contre elle en posant les mains sur sa taille et op, il la souleva comme un fétu de paille sur son épaule, et il s'élança dans les rues, un remake de l'enlèvement des sabines version 1467, quelques rues plus loin, hors d'haleine, enfin revenus dans les quartiers respectables. Aedan redéposa la jeune femme, grimaçant lorsqu'il sentit de nouveau un élancement dans le dos. Il regarda, inquiet, la blonde.

    On vous a blessée! Comment? J'étais persuadé vous avoir sortie avant que toute la meute ne se lève...

    La manche de la robe était rougeâtre. Il grimaça de nouveau alors qu'il avait levé la main pour constater l'étendue de la supposée blessure de la blonde. Mais étrangement, la manche semblait intacte. Alors...

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Elaena
    Il la détaillait et elle le regardait. Les joues s'empourprèrent très légèrement et le temps semblait s'être arrêté un instant. Qui était-il ? Pourquoi avoir accepté de le suivre ? Pour quelle raison l'avoir entraîné dans pareil enfer ? Toutes ces questions semblaient s'être évanouies de la mémoire Troyenne. Seul le moment comptait et pour l'une des rares fois dans sa vie elle se complaisait dans l'inertie parce qu'à ce moment précis celle-ci était Tout. Le mouvement des passions et la pétrification des souvenirs. Quel tableau eut été plus parfait ? Le brun d'ébène et la blonde lunaire. L'Apollon et la nymphe dans une proximité inconvenante et pourtant si noble. Mais parce que toutes les pièces ont leur lot de tragédie, parce que les coeurs purs sont toujours l'origine de leur malheur, le château de carte s'écroula au simple souffle des mots.

    Blondie comprit son erreur quand Aedan cracha d'une puissance à décoiffer le dernier caniche de compétition tout son vin. Là ça sentait la situation qui échappait à tout contrôle. Sa réplique mal jouée n'eut aucun effet pour calmer l'appétit des vauriens, qui déjà, brillaient dans leurs yeux d'une leur d'envie. S'ils ne partaient pas, elle leur servirait de casse-croûte et de porte monnaie. Puis elle allait sûrement crever dans les pires souffrances que l'on puisse infliger à un être humain, en plus de ça.
    Toujours agrippée au bras du Valdesti, elle s'entraîna à ses côtés vers la sortie sans oser poser les yeux sur ce qui se jouait autour d'eux.


    "Je suis désolée, je n'avais pas réalisé que..."

    La lueur émanant du dehors, comme un rayon fugace, dans l'intérieur de l'auberge aux volets clos semblait s'éloigner à mesure qu'ils tentaient de l'atteindre et alors qu'enfin, la blonde pensait pouvoir respirer, si près de l'objectif, une lourde main à 4 doigts leur barra le passage.

    "Mon gars, t'a dégoté une belle garce. T'en ferai pas partager les copains?"

    Déjà, ta mère la grosse tavernière hein. On respecte les dames. Haem, bref.
    Le type voulait la partager comme on partage une tourte au poulet un mois de novembre. Les iris d'un vert bleuté se posèrent alors sur le brun. Il ne faisait clairement pas le poids face au gros balourd et elle n'avait qu'une appréhension : qu'il la refile et qu'il se tire pour aller finir son repas ailleurs, comme le dernier des gros goujats. Le Royaume en étant rempli - on ne va pas se mentir - la scène n'aurait pas été si originale. Ce qui le fut, c'est la réaction de l'éphèbe. Une bonne grosse patate dans la tronche de l'homme.
    Sans avoir le temps de réagir elle fut expédiée à l'extérieur vitesse grand V et n'eut le temps d'apercevoir qu'un enchaînement mal imbriqué d'actions en se retournant. La pogne du malfrat qui fusa sur l'épaule de son preux chevalier et ce dernier qui venait la choper comme un gigot sur l'épaule. Là c'était la totale hein. Niveau déshumanisation c'était le top du top ici. Basculée la tête vers le bas, les longs cheveux blonds barrèrent toute possibilité de vision. Elle ne savait ni où on l'emmenait, ni si les assaillants les poursuivaient. A défaut d'utiliser sa vue, c'est son odorat qui fonctionna et cela n'indiquait rien de bon. A mesure qu'ils remontaient les quartiers, l'odeur du sang gagnait les narines de la Rochamboise.

    Lorsqu'il la déposa à nouveau, grimace aux bords des lèvres, il s'enquît aussitôt de son état.


    "On vous a blessée! Comment? J'étais persuadé vous avoir sortie avant que toute la meute ne se lève..."

    Sa manche, imbibée de sang n'était ni déchirée, ni abîmée de quelque façon que ce soit et elle se sentait étrangement intacte. Trop intacte pour se réjouir de la situation. Alors les prunelles prirent une teinte pâle, inquiète. Elle contourna son compagnon et gloussa. Un gloussement tout sauf classe et royal mais elle s'en tapait pour le coup, c'était le cadet de ses soucis. Devenue encore plus pâle qu'à l'accoutumée, frôlant l’exsangue des morts, elle ne quittait plus du regard le poignard qui s'était logé dans l'épaule du brun.
    Ca pissait un peu trop le sang, elle allait chanceler. C'était certain, elle allait caner ici alors que c'était lui qui se trouvait en très mauvaise posture.
    Et pourtant un battement de paupières la ramena à la réalité. BOUGE TOI MAINTENANT. La Troyenne se précipita vers lui et, lui offrant l'appui de son bras, l'emmena dans une ruelle adjacente pour l'installer sur le rebord d'une fontaine. Tout se passa alors très très très très très rapidement. Elle vida son petit sac de tout son contenu sur le sol et prit aussi vite que possible ce qu'elle cherchait : sa flasque d'alcool. Non parce que : Pouce. On aime bien la tanner sur sa proximité avec la boisson mais là, ça allait sauver un type, donc réfléchissez-y la prochaine fois. Fin du Pouce.


    "Mais quelle idiote de vous avoir emmené là-bas. Je vous prie de... Oubliez. Respirez."

    Pas le moment pour les excuses. Elle avait beau s'en vouloir à crever, sa propre conscience passait, et ce pour la première fois, après. Après Lui.
    Ses jeunes années en Ecosse furent riches d'apprentissage. Monter à cheval, finir les soirées arrosées en un seul morceau et... soigner. Des bases rudimentaires mais suffisantes ici. Retirant le poignard d'un geste leste et sûr, elle prit la première chose qu'elle trouva afin d'empêcher l'épaule de se vider de son sang : Le Ruban dépassant de la poche. Elle l'avait voulu, elle s'était embarquée dans des misères pour ce fichu ruban mais voilà qu'il n'apparaissait comme rien d'autre que ce qu'il n'avait finalement toujours été. Un bout de tissu. Un tissu qui ne l'avait pas invité à déjeuner, un bout de tissu qui ne l'avait pas ravie de ses si belles prunelles, un tissu qui n'avait pas risqué sa propre vie pour elle. Épongeant le sang, Elaena déshabilla le haut du corps du Valdesti.


    "Si vous me permettez. Je tâcherai de point égarer mes yeux et de me concentrer sur vos blessures." Masque assez original para les traits troyens. Un sourire crispé, des yeux toujours aussi bouffés par l'inquiétude.

    Veste au sol, chemise retirée, elle replaça rapidement le ruban sur la plaie et aspergea le tout avec la flasque d'alcool qu'elle gardait non loin.
    Désolée Aedan, ça pique.

    De très longues minutes s'écoulèrent alors à éponger, nettoyer la plaie et purifier le tout avec l'eau de la fontaine. De longues minutes sans parler, pas un seul mot. Confuse, inquiète, pleine de regrets, les soins primaires touchèrent à leur fin. Improvisant un garrot avec la chemise du brun, elle reprit enfin son souffle.
    Mais comme dans un désespoir certain, un long soupire du cœur, une volonté de s'assurer qu'il était bien vivant, le front diaphane s'abattit sur le haut de l'épaule qui était intacte. Sa peau était chaude, réconfortante d'un état pas trop mauvais. Les paupières fermées, elle ne bougeait pas.


    "Nous devons vous trouver un médecin. Rapidement."
Aedan.nicolas
    Il reprenait lentement son souffle, l’œil et l'oreille toujours aux aguets, prêt à reprendre la course au cas où. Seul lui importait la sécurité de la blonde, même si elle avait voulu jouer avec le feu en l'emmenant dans le pire bistro du coin, il aurait dû arrêter le jeu puis lui rendre sa liberté et le ruban convoité. Mais voilà ...Il s'était pris au jeu et il se se serait volontiers collé deux baffes pour avoir contribué à cette situation. A l'heure qu'il était, sans l'effet de surprise, ils auraient pu tous les deux se retrouver dans une situation fort différente. Lui, refroidi et dépouillé dans un caniveau, cadavre anonyme parmi les dépouilles anonymes comme il y en avait tant surtout dans les quartiers mal famés, porté disparu pour sa chère sœur , et elle, passant de vilain en vilain jusqu'à ce que sa raison se brise, puis monnayée à sa riche famille.
    Il secoua son poing douloureux. Il ne regrettait pas d'avoir écrabouillé le pif du balourd aviné, mais l'insulte faite à la délicate n'était pas acceptable. Si lui se permettait des blagues douteuses, des insolences, c'était plus par jeu, et jamais il n'allait jusqu'à l'insulte ou la remise en cause de la vertu.
    Le blonde n'était pas blessée, c'était l'essentiel. Les épaules du brun s'affaissèrent, la tension allait disparaître, il voulu fait un geste pour lui tendre le ruban, qu'elle pourrait prendre, filer et oublier la mésaventure, et lui par la même occasion. Mais la douleur l'en empêcha, et lorsque la blonde gloussa, il haussa un sourcil.

    Vous vous inquiétez d'avoir sali mon pourpoint en saignant? Ce n'est guère grave, je verrai à le faire nettoyer si cela est rattrapable. Tant que votre blessure n'est point grave, le reste n'est qu'accessoire.

    Même si ce pourpoint serait onéreux à remplacer. Mais avec douceur, elle le mena près d'une fontaine, et il laissa faire sans comprendre, profitant de son appui, même si la petite voix dans la tête espérait qu'elle ne l'emmène pas encore une fois au coeur de la cour Brissel à la recherche de sensation forte. Car là, il n'avait plus envie de jouer à tirer un dragon par la barbe en espérant échapper aux flammes.
    Il la regarda sans réagir vider le continu de son sac, sortir une flasque d'alcool. A ce moment là de l'histoire, son cerveau était en mode "émission en direct avec un léger différé". Respirer? Mais il respire là, il n'était pas en apnée, pourquoi elle disait ça hein? Pourquoi la flasque? Comme au ralenti, car il n'avait toujours pas saisi qu'il avait une lame dans le dos, il la vit porter ses blanches mimines au niveau de son épaule. Et la douleur redoubla, lui tirant un gémissement à moitié étouffé. Et ses prunelles s'agrandirent en voyant la lame au sol, rougie par son propre sang. Il eut un gémissement informulé de protestation lorsqu'elle utilisa le ruban pour le panser. Il hocha la tête lorsqu'elle commença à lui retirer pourpoint et chemise, elle avait l'air de savoir ce qu'elle faisait. Ou alors, pour se venger, elle allait l'obliger à traverser Paris à moitié à poil mode lady Godiva, et attirer sur lui les foudres de la brigade des moeurs. Il capta le masque inquiet sur le minois de la blonde, il lui releva le menton avec douceur. Il fallait rassurer et dérider ce joli visage, et tenter d'en tirer un sourire. Allez Aedan, sort ta keunnerie.


    Avouez que vous avez rêvé ce moment toute votre vie. Un homme à demi nu, et à votre merci dans un lieu public, et une bonne excuse pour vous rincer l'oeil.

    Il lui fit un sourire goguenard, mais voilà, pas le temps de se concentrer et voir s'il l'avait fait rougir. La brûlure de l'alcool lui fit se crisper la mâchoire. Un homme, un vrai, ne montre pas qu'il souffre, boys don't cry. Oh bordel, ça pique. Alors il la laissa nettoyer, en silence, un peu confus, fatigué par la douleur et épuisé par le sang perdu, la barrière de l'humour et de la fierté abaissées. Il était troublé par ces gestes déconcertants, même s'il ne s'agissait que soins, chaque effleurement de ses mains lui paraissaient légères décharges électriques, et lui donnaient la chair de poule. L'adrénaline jusque là l'avait tenu debout, actif, mais là, il se sentait juste épuisé. Le front de la blonde sur son épaule, il ferma les yeux également. La présence lui faisait du bien, alors qu'elle aurait pu filer et le laisser dans la mouise. Après tout, elle ne le connaissait pas. Dans un soupir, il murmura.

    Aedan. Aedan Nicolas de Valdesti-Mortelane.

    Il n'avait pas envie de bouger, il avait envie de s'allonger. Mais là, sur les pavés mouillés et froids... Il leva les yeux. La fontaine ne lui était pas inconnue. Ils étaient près de l'auberge où il résidait, le temps de faire quelques affaires. Deux, trois pâtés de maison, dans les quartiers convenables. Il tourna la tête vers la blonde, il allait lui demander un dernier service qu'il n'était pas certain qu'elle accepte. Après tout, elle ne lui devait rien. Le ruban était mort, et serait inutilisable. Le déjeuner proposé devenu un fiasco et il n'avait pas été foutu de la protéger. Il se permit une caresse sur la joue.

    Je ne réside pas loin. Je ne vous oblige pas à supporter ma présence imposée jusque là bas. Pourriez vous m'aider juste à remettre le pourpoint...

    Il s'interrompit, un léger voile devant les yeux. Sa chambre lui paraissait à des lieues vu son état, mais il avait assez profité de la présence de la délicate blonde. Un soupir fut exhalé par ses lèvres et il retira la main de la joue d'Elaena. Il avait failli en se prenant au jeu et il avait mis la jeune femme en danger.

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Elaena
    Il avait encore la force de rire, de la taquiner et la blonde le bénissait pour cela. Là où la plupart des hommes se seraient roulés de douleur en invoquant toutes les goules de l'Enfer, lui s'efforçait le plus simplement du monde de lui faire passer une bonne journée. Après un tel fiasco Aedan s'y attelait toujours et la Troyenne s'en émouvait intérieurement. Un sourire étira ses lippes.

    "Et si vous arrêtiez de gesticuler, que je puisse correctement me rincer l’œil ? Et vous soigner, accessoirement."

    Quand les soins furent terminés, que le front pâle s'affaissa sur la peau du brun dans un contact réconfortant, il prononça quelques mots.

    "Aedan. Aedan Nicolas de Valdesti-Mortelane."

    Un très léger rire s'étouffa alors dans le diaphragme de la blonde, aussitôt né, aussitôt mort. Le jeune homme était épuisé et sa peau eut perdu une teinte, une entaille profonde crevait sa divine épaule et voilà qu'il reprenait la rencontre là où elle n'aurait jamais du s'arrêter. Il ne cessait de la surprendre. Elle vint poser une main délicate sur celle de son patient du jour et le détailla à nouveau. Mais pas physiquement cette fois, non, elle se contentait de s'engouffrer dans ses prunelles. Il était bon. Derrière son masque farceur de comédie grecque, derrière cette assurance sans failles et au fond de lui, la blonde en était persuadée. Le cœur était pur, bien plus que le sien à n'en pas douter et autrement davantage que celui du reste des hommes. Plus elle s’enivrait de ses yeux, plus elle le voyait : les sombres plumes de l'Animal s'étaient évanouies et gisaient, là au sol, comme tenue d'apparat. Ne restait alors que la simplicité et la noblesse, cygne blanc vulnérable. Et parce que l'âme d'une femme sait déjouer toutes les mascarades masculines, elle n'eut aucun mal à ressentir ce qu'il ressentait. Sa dernière main libre, elle la consacra là-aussi au Valdesti et étreignit la dextre qui caressait sa joue.

    "Je ne réside pas loin. Je ne vous oblige pas à supporter ma présence imposée jusque là bas. Pourriez vous m'aider juste à remettre le pourpoint..."

    Alors elle le coupa net et fronça les sourcils. Les lèvres étaient pincées, mauvais signe.

    "Ne soyez pas ridicule Monsieur de Valdesti-Mortelane. Je vous accompagne chez vous. Si vous ne désirez pas de médecin alors il faudra me supporter. Quelqu'un doit veiller sur vous les prochaines heures. Etant responsable de cette situation, c'est le moins que je puisse faire."

    L'aider à se rhabiller ? Elle n'en fit rien. Les vêtements quoique de très bonnes manufactures n'étaient plus utilisables. La chemise eut servie de garrot et le pourpoint était jonché de sang, à même le sol. Se levant doucement, elle détacha sa cape de velours italien et la déposa sur les épaules du sire. A ce moment, elle perdit alors le contrôle de ses gestes et étreignit d'une main la nuque brune. Puis un simple sourire : Merci de m'avoir sauvé la vie quoi.

    "Appuyez-vous sur moi."

    Et tandis que la Troyenne raccompagnait son Cygne, elle réfléchit au Destin. A chaque moment de cette journée si mouvementée et sur leur signification. Sous le regard des Trois Parques, le cours des choses prit un chemin ô combien inattendu. Mais Decima tenant le fil, Morta n'y toucha pas.
    Le trajet ne fut pas long, il fut même rapide - logique - et arrivés devant l'Hôtel où résidait le jeune noble, la blonde l'accompagna à sa chambre sans même se poser la question des convenances et des qu'en dira t-on ? Il était et elle était, destinée gravée sur le fer et l'airain.


    A quelques pas de là, le ruban gisait, saignant sur les dalles près de la fontaine. Il avait été oublié. Il n'existait déjà plus.
    Seuls survivaient la blonde et son prince des cygnes.
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