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[RP] Le brun et la blonde

Aedan.nicolas
Il avait touché juste, et le minois s’illumina d’un sourire. Un sourire contagieux, limite benêt sur sa propre trogne, et dans les yeux du brun, le reflet de la pointe de flèche qui venait de lui fouailler le palpitant. Et elle osa, ce qui le ravit.


"Et si vous arrêtiez de gesticuler, que je puisse correctement me rincer l’œil ? Et vous soigner, accessoirement."


Les lèvres du brun se figèrent en un sourire fier, genre latin lover avant de secouer la tête en soupirant, tandis qu’il la fixait afin de voir si effectivement elle se rinçait l’oeil. Il ne pouvait par contre contrôler les frissons qui le parcouraient à chaque effleurement.
La douleur était lancinante, comme une brûlure cuisante. Et elle ne fuyait pas, elle ne se débarrassait pas de lui. Elle aurait pu, héler les passants, demander l’aide en toquant aux portes alentours, et en profiter pour revenir à sa vie une fois pris en charge. Elle le regardait, et il planta ses jades dans les émeraudes de la blonde , un silence pourtant chargé de sens . Lui même voyait au delà de l’apparence, au delà du vernis de la fille bien élevée, au delà de son pedigree, de son rôle d’officier du Louvre.
Il ferma les yeux au simple contact des mains qui se voulaient réconfortantes. Pas un instant il ne regrettait la mésaventure. Elle lui avait donné la chance inespérée de ressentir pareille émotion, au delà de la peur, au delà de la douleur, derrière l’évident, quelque chose qui faisait battre son cœur. T’es mal, Valdesti-Mortelane. Toi qui te gaussait des couples énamourés, toi qui raillait ta soeur qui croyait à l’amûûûr, malgré son coeur brisé par l’autre truffe d’Angloy.

Il eut un début de rire lorsqu’elle avait froncé les yeux et pincé les lippes, autoritaire. Son petit nez s’était plissé d’inquiétude. Il murmura :
Adorable Rah mais ta gueule! Fournis lui directement le scalpel pour t’arracher le coeur tant que tu y es, abruti! Il hocha la tête. Sors une keunnerie, allez...

Alors je vous supporterai. Que Dieu m’en donne la force!

Un sourire mutin et un clin d’oeil, démentaient ses propos. Prolonger le moment, s’enivrer de sa présence, s’abreuver de son parfum de violette. Et puis en l’état, il serait incapable d’aller seul sans défaillir. La cape encore imprégnée de sa chaleur et son parfum sur ses épaules, un remerciement silencieux en fermant les paupières quelques secondes. La nuque étreinte le fit hésiter, mais la situation ne s’y prêtait pas, aussi il calma l’élan qui l’avait pris tout entier, et il mobilisa toutes les forces restantes pour rester stoïque. Elle voulait juste le remercier voilà.

Il s’appuya sur elle, le long du trajet, long et trop court à la fois. La douleur cuisante, le sang perdu, et sa présence, elle qui le guidait comme un fanal dans la nuit. Il savait que lorsque sa nymphe disparaîtrait, elle deviendrait de ses rêves la figure de proue, son invincible armada, son phare, la sylphide le taquinant, face à lui Dieu Pan, faune alangui mais condamné à la rêver sans l’avoir. Il soupira une fois devant l’huis, la douleur , la perte de sang et le jeûne prolongé ayant eu raison de lui, clef en main, il avait du mal à déverrouiller la porte. Elle eut pitié et lui prit la clef des mains avec douceur, et entra avec lui. Il se laissa mener, bien conscient qu’elle allait au delà des convenances. Il ne voulait pas mettre fin à la rencontre, pas maintenant. Il leva les yeux, attendant ses instructions pour le soin.

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Elaena
    Il la supporterait jusqu'à ce que la blessure soit soignée. L'heure était aux onguents et à la convalescence. Si le poignard n'était pas bien épais, il avait suffisamment perforé l'épaule pour que la jeune femme s'en inquiète.

    Arrivés dans la chambre, elle l'aida à s'installer sur un tabouret et laissa le velours parant ses épaules choir au sol. Elle n'avait aucun diplôme de médecine et n'était sûrement pas infirmière. D'ailleurs c'est la première fois qu'elle s'attelait à soigner un humain et bien qu'elle ne fit mine de rien, la Troyenne était anxieuse. Soigner un zozieau c'est bien mais le Valdesti était un gros zozieau, du genre avec des bras, des muscles et des tissus complexes. Un joli bordel en bref. Ses connaissances de guérison on ne peut plus basiques, elle les tenait d'Ecosse. Après le tragique décès de ses parents, alors toute jeune fille, un ami du couple la prit à sa charge et l'emmena outre-Manche. C'est là-bas, auprès de la mère du McKiaran, qu'on lui enseigna ce qu'elle savait aujourd'hui en la matière. Les remèdes naturels de plantes, les décoctions et l'art de panser les plaies. En effet les terres écossaises étaient bien plus en avances que la France sur ce dernier point. Alors qu'ici l'on recommandait l'écartement des plaies pour "laisser respirer le tissu", certaines médecines plus avancées, quoique minoritaires, préconisaient au contraire l'assèchement de la blessure et le rapprochement des chairs. La Troyenne n'eut pas à prendre parti. En fait elle ne connaissait que cette dernière manière de soigner, donc cqfd.


    "Puis-je me servir dans vos affaires ?"

    Le jeune homme n'eut pas vraiment le choix, s'il tenait à ne pas balader un affreux trou repoussant jusqu'à la fin de sa vie. Alors la blonde entreposa des serviettes de lin sur la table la plus proche et prit de quoi préparer l'onguent. La chambre n'avait rien d'une infirmerie et elle devrait se passer de certaines choses. Innover, voilà. Avec un peu de chance la plaie ne suinterait pas le pue, infectant tout le bras et nécessitant une amputation.
    Dans un bol la Rochamboise cassa un oeuf et y déversa le blanc. A l'aide d'une spatule de bois qui pendouillant à côté de la fenêtre, elle commença à battre.


    "Je souhaitais... vous remercier. Pour ce que vous avez fait dans cette auberge. Vous n'aviez pas à être garant de ma sécurité, j'ai été idiote de nous emmener là-bas.
    J'irai m'excuser auprès de vostre famille pour les malheurs que je vous ai apportés. Tout est de ma faute."


    Elle ne le regardait pas. Fuyant son regard comme la lune échappe au soleil, la blonde gardait les iris rivés dans les blancs d’œufs. C'est elle, qui, alors qu'on lui proposait un déjeuner des plus communs, avait poussé le vice et mit en danger le brun. Lui qui n'avait rien demandé s'était alors retrouvé en bien mauvaise posture, affublé d'une blonde maudite au bras. Elaena était sûre d'une chose, s'il ne la détesterait pas, il éprouverait alors, par la suite, au moins un goût amer de la journée. Il repenserait à elle, autour d'un agneau et grimacerait. On lui offrait la bonté, elle répondait par le chaos.
    Il fallait se hâter. Soigner le Valdesti et partir aussi vite que possible de manière à ne plus incommoder le jeune homme. Reposant l'ustensile médical improvisé, elle versa par trois fois l'huile de rose qu'elle gardait précieusement dans ses manchettes. Un minuscule flacon de verre dont elle versait une goutte, parfois une et demie, dans ses boissons. De quoi rafraîchir le temps selon la mode de l'époque.


    "Vous m'excuserez d'utiliser votre si bon vin mais je crains que cela soit indispensable."

    Elle agrippa la bouteille sur l'étagère - un grand cru bordel - elle en arrosa abondamment l'onguent avant de se servir une coupe, qu'elle but cul sec. Entre les remords et l'inquiétude, il fallait qu'elle boive. Vous ne voulez pas qu'elle tombe à la renverse ? Très bien.

    Attrapant un linge, elle purifia une dernière fois à l'eau la plaie. Puis elle s'arrêta. La Troyenne semblait s'être momifiée sur place, les verts d'eau fixèrent l'entaille. Le brun porterait toujours une marque à l'épaule et ce, par sa faute. S'excuser était une chose mais elle ne réparerait pas ça. Pour la première fois, sa bêtise était allée trop loin et pour toujours un homme en porterait l'infâme seau. Honteuse, la blonde accéléra le pas et veilla à ne plus frôler de trop près Aedan. Parce que sa peau s'accrochait à la sienne à chaque effleurement, parce que se retirer était toujours aussi douloureux et parce qu'il faudrait le laisser, pour de bon.
    Déposant le lin tâché sur le sol, elle en prit un second qu'elle laissa s'imbiber dans la mixture. Le temps paraissait interminable et plus il la regardait, plus elle semblait peinée. Il aurait du lui intimer de partir et de ne plus jamais prendre de ses nouvelles, la haïr et la répugner pour le mal qu'elle lui avait causé. Mais il continuait à lui sourire, décochant chaque fois une nouvelle flèche ardente dans le coeur meurtri de la blonde. Sans le savoir il lui infligeait la pire des punitions, celle de s'abhorrer pour avoir une place dans ses yeux. Ne voyait-il pas ce qu'elle avait causé ? Pensait-il encore avoir l'innocence en face de lui ? Elle, lampade aux cheveux clairs.

    La jeune femme se plaça derrière lui. Une main vint rencontrer son torse, la seconde son dos. Elle le redressa avec douceur de manière à ce qu'il se tienne droit et n'écarte point les tissus de la blessure. Aussitôt rompit le contact. Apposant le linge imbibé de l'onguent sur la plaie, elle utilisa le reste pour faire les bandages.


    "Je crois que vous allez vous en sortir. Il faudra vous reposer."

    La blonde se recula alors d'un pas. Il était temps de partir. Plus il serait loin d'elle, mieux ce serait pour lui.
Aedan.nicolas
    La chambre, enfin, la chambre, déjà, il était tourneboulé. A chaque pas, il s'appuyait contre elle, tout contre, dérogeant à toutes les convenances. Enivré d'être à ses côtés, supportant la douleur cuisante. Il s'était laissé mener, docile comme un agneau, et puis surtout il ne voulait rien briser, il sentait qu'il s'agissait d'un de ces instants de grâce, ténus, fragiles comme le fil de laine tout juste sorti du rouet de la jeune Parque. Surtout en sachant l'inconvenance de sa présence, alors qu’ils entraient, seuls, dans la chambre d'un homme. Sa chambre.
    Il fut mené sur le tabouret, et le velours protecteur avait chu au sol, le dévoilant impudiquement à la vision de son infirmière improvisée, dévoilant la blessure. La présence seule d'Elaena mettait ses sens, comme décuplés, en émoi. Il lui semblait qu’elle irradiait la lumière, et il la percevait même les yeux fermés, le moindre souffle d'air déplacé par ses mouvements, les effluves fugaces de violette taquinant son odorat. La question sembla le faire émerger de la douce torpeur qui semblait l'avoir pris.


    Faites donc, Elaena.

    Il se fichait du prix de la bouteille qu'elle prenait pour les soins. Tant qu’elle reste encore un peu. Elle semblait savoir quoi faire, et il espérait que son épaule ne s'infecte pas. Déjà, des conséquences émergeaient dans son esprit. Il allait devoir repousser son départ jusqu'au début de la cicatrisation, peut être d'une semaine. S'il faisait attention, avec un bon bandage, il pourrait rentrer et dissimuler la blessure, à Avelenn. Elle parlait de s'excuser à sa famille, si elle disait à sa jumelle qu'il avait pris une lame dans l'épaule car par jeu, elle les avait mené dans un guêpier, elle risquait de se faire tuer. Mauvaise idée, très mauvaise idée. Mais cela impliquait de la revoir, donc...

    Ma Dame, j'étais aussi impliqué que vous dans cette mésaventure. J'aurai dû vous convaincre de renoncer. J'aurai dû vous abandonner le ruban sans vous imposer ma compagnie...

    Mais elle fuyait son regard, elle ne le regardait déjà plus, et ce fut comme un coup de canif dans sa poitrine. Bon sang, que lui arrivait-il? Elle ne restait que par devoir, réparer le mal fait parce qu'ils s'étaient pris tous les deux à un jeu. Un jeu délicieux et douloureux. Délicieuse présence, douce et acidulée, et douloureux éloignement, douloureuse fuite de la Pléïade qui ne lui laisserait à la fin qu'une plume au bout des doigts, alors qu'il tentait de l'attraper. Douloureux aussi de ne plus pouvoir se noyer dans le vert de ses yeux, rivés tour à tour sur son ouvrage, ou au sol, ou ailleurs. Partout sauf sur lui. Pour le fuir. Nouveau coup de canif dans le cœur. Il l'observa boire le vin, la coupe portée à ses lèvres, avec une certaine avidité. Elle allait partir, quelque part il la sentait déjà sur le départ. Aedan se sentait étranglé part une sorte de nœud coulant invisible autour de son cou, car à chacun des sourires qu'il voulait rassurant, il la voyait se décomposer, et la peine gravée sur chacun des traits de son minois. Il la regardait pourtant car il voulait graver son visage dans ses souvenirs. Bon sang Valdesti, qu'as tu ? Tu ne vas pas craquer toi qui n'a plus pleuré depuis la mort de mère et père, laissant les jumeaux orphelins? Les soins étaient bientôt finis. Bientôt sonnerait le glas de leur rencontre. Rencontre bancale, déjeuner bancal, promenade bancale. Ni les présentations, ni le reste n'avait été fait dans les règles. Pourtant, si sa nymphe se croyait destinée aux sphères infernales, il n'en avait cure, il aurait bu avec elle le cycéôn au même calice et partagé les graines de grenade, pour s'enchaîner à elle. Il exhala un long soupir, sachant qu'elle allait mettre un terme à la rencontre, bien qu'il lui semblait ressentir un trouble naissant chez elle. A moins que... Peut être calquait-il son propre désir sur les siens et surinterprétait-il ses mimiques et ses soupirs à l’aune des siens. Ses épaules s’affaissèrent plus encore sous l’aiguillon de la peine engendrée par ses élucubrations. Tourmenté.

    Elle se plaça derrière lui, posant ses mains, le redressant, il obéit docilement à l'injonction silencieuse, et lorsqu'elle déposa le linge imbibé d'onguent sur la plaie, il tenta d'étouffer un gémissement de douleur. Habituellement , il aurait râlé , exagéré la douleur , ze drama king face à un bobo . Puis elle recula d'un pas, s'arrachant à lui. Point final. Serre les dents, Valdesti. Il soupira. Là, il avait envie d’une bonne lampée de quelque chose de fort là, tout de suite... pour oublier son futur abandon. Elaena : Winner. Aedan n'arrivait désormais plus à sourire la sachant sur le départ, prête à épouser une destinée différente de la sienne. Mâchoire roide, il sentait le désespoir le gagner peu à peu. De sa main valide, il ramassa la cape abandonnée au sol. Il la porta à son visage, s'imprégnant de la fragrance pour mieux la graver dans sa mémoire. Subtile violette, il savait qu'il ne pourrait plus jamais à l'avenir sentir ce parfum soliflore sans s'émouvoir du souvenir de cette rencontre, gravée au fer rouge. Et inscrite dans sa chair. Plus jamais il ne serait le même.

    Il fallait trouver une bonne raison pour la faire rester encore un peu... Certainement pas lui dire qu'elle lui devait un pourpoint neuf et une chemise, ou que l'ayant vu à moitié nu il désirait qu'elle lui rende la pareille, cela serait d'une goujaterie sans équivalent. La plaisanterie risquait de ne pas être goûtée par la jeune femme bien élevée. Pas de plaisanterie, pas de théâtre, non, il resterait lui même, le cœur à nu, quitte à souffrir et crever d'un refus. Il se leva, n'osant croiser son regard , pour ne pas la voir fuir son inquisition. Portant la cape portée comme un présent, lové contre son cœur, il s'approcha, la fit reculer jusqu'à l'huis. S'approchant encore, fatigué, épuisé, tout contre elle, il posa sa main droite contre le mur, puis il leva douloureusement son bras gauche, lâchant la cape qui tomba mollement à leurs pieds, pour étreindre à son tour la nuque gracile, la chatouillant au passage, et plonger une dernière fois dans ses yeux.


    Merci, ma Dame. Mais je vous dois un ruban. Et un dîner.

    Pauvre argument, Valdesti. Léger sourire en coin, il avait approché plus encore son visage de celui de la sylphide blonde. Si proche, mais il plongea légèrement à dextre. Tempe contre tempe. Mèches brunes se mêlant aux blondes. Ne me fuis pas, ne me fuis pas, ne t'en vas pas. Comme une supplique, ses lèvres se posèrent à la base du cou. Puis la senestre quitta la nuque et s'était perdue à la conquête de la douceur de son cou, traçant de fines arabesques du bout des doigts , jusqu’à la naissance de la clavicule , dissimulée aux regards par le tissu de sa robe. Sa voix avait baissé d'un ton, murmure destiné à son oreille seule.

    Vous deviez m'aider à chercher un autre ruban.

    Mieux, mais pas terrible. Elle ne fuyait pas, pas encore. Mais elle n'aurait aucun mal à le repousser. Pire, elle allait partir, il fallait trouver un autre prétexte. Même bancal. Ses lèvres frôlèrent son oreille, murmure ténu.

    Imaginez que demain matin, je souffre de fièvre ardente, que je me retrouve seul, faible, la blessure gagnée par une affection mortifiante ...

    Ze coup bas par excellence. Ben bravo, mais à la guerre comme en amour, tous les coups sont permis. Elle risquait surtout de lui répondre qu'elle ferait mander un médecin sur ses propres deniers, brisant pour toujours l'espoir fou, l'espoir d'un fou. Il s'enivrait pour le moment de son parfum. Il ne résistait plus. Dis lui, dis lui ...

    A vrai dire ... je...

    Les mots lui échappaient. Alors... Aux gestes de parler. Le bras gauche contre l'huis, il approcha son visage du sien. Il apposa ses lèvres son front délicat, puis, hésitant le temps d'un souffle, il posa ses lèvres en douceur sur chaque paupières aux longs cils. Puis le nez, qu'il avait trouvé adorable lorsqu'il s'était plissé sous la contrariété un peu plus tôt, le nez fut également honoré. Le coin des lèvres, gauche, puis droite. La dextre caressa le visage de la tempe jusqu'à la joue, les lèvres si proches des siennes. Il attendit qu'elle rouvre les yeux, pour se plonger dans ses émeraudes et y lire un assentiment, ou non. Dis le Aedan...

    Je ... ne ... Ne partez pas. Je ne vous en veux pas , car vous êtes avec moi, là. Ce n’est pas vous qui avez planté la lame. Il étouffa une éventuelle protestation en posant le bout de ses doigts sur ses lèvres. Je suis plus fautif que vous. Je ne vous ai pas écoutée, je vous ai proposé un chantage, imposé une invitation. Pourtant... vous êtes restée. Mon cœur se réjouit de vous avoir avec moi . Et il s’emballe de peur de ne jamais vous revoir ....

    Il prit sa douce main pour la déposer sur sa poitrine, à titre de preuve. Derrière la peau pulsait son cœur, elle pouvait le sentir. Il était persuadé qu'elle allait fuir et le laisser là comme un con… Pas sûr qu’il s’en remette. Il resta un instant, incapable de s'éloigner, aspirant à goûter ses lèvres, se contentant pour le moment de partager son souffle, assez près pour qu’il sente les effluves du vin qu’elle avait bu, il attendait qu'elle le repousse, ou non, il attendait, le cœur battant. Une idée vrilla soudain sa conscience comme un éclair dans la nuit : Il était en train de l’importuner, et ce juste après la mésaventure avec le gros balourd de la taverne. Peut être s’est-elle figée de peur, de peur de refuser et subir autre chose? Arrête les frais. T’as perdu Valdesti, t’as perdu depuis le début. Elle n’en voulait pas de ce déjeuner, pauvre abruti. Il rompit le contact visuel et expira, ayant retenu sa respiration jusque là sans s’en apercevoir, et reposa son bras blessé. Elle pouvait partir librement, et lui se sentait con d’avoir tenté, dans un long soupir… avant de changer d'avis. Et puis non. Non, elle ne s’en sortirait pas comme ça. Elle l’avait suivi, accepté le déjeuner, elle était restée pour le soigner. Cela ne pouvait pas ne rien dire.


    Pardonnez moi, Elaena. Bella donna mia… Pardonnez moi pour ça.

    Parce qu’il vaut mieux demander pardon que permission. Au pire, elle lui collera une baffe, tant pis, et #metoo n’existe pas encore. Il posa ses mains autour du visage de la blonde, en coupe, et l’embrassa, d’abord avec douceur puis avec passion. Et il s’éloigna de son visage, un sourire mutin sur les lèvres. Heureux. Il ne regrettait rien. Si une cicatrice était le prix à payer pour Elle, il était prêt à braver des forêts de lames, foi de Valdesti .

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Elaena
    Il fallait partir. L'objectif bourdonnait dans sa tête, ruche en plein éveil. A ce moment précis le cœur de la blonde ne battait plus, il sommeillait parce qu'elle lui avait ordonné. Ordonné de ne pas la faire céder, ordonné de se taire et de la laisser suivre sa raison, ordonné de la laisser partir. Comme une statue de marbre, elle était sans être, se hâtant de terminer ce qu'elle avait à faire avant de prendre ses jambes à son cou et de laisser le brun tranquille. La culpabilité était telle que, Elaena aurait pu poignarder d'elle-même Aedan plus tôt, le résultat aurait été le même dans sa jolie caboche.
    La Troyenne rangea les quelques effets amenés plus tôt dans son aumônière et se prépara au départ. Le regard toujours aussi fuyant, il ne fallait sous aucun prétexte le regarder. Lui. Croiser son regard aurait suffi à signer le pacte, à s'engager auprès de lui ici et rester à ses côtés. Combien de temps ? La jeune femme ne l'aurait pas su elle-même, sûrement jusqu'à ce qu'elle fane et devienne poussière. Le Valdesti avait cette bonté, cette douceur d'âme qui, une fois les riches atours et le sourire mesquin envolés, vous enivrait à vous faire perdre toute conscience. Ca, elle ne le supportait pas car elle le savait, depuis le début, elle était la perdante du jeu qu'il avait orchestré. Tout d'abord parce qu'il lui avait ravi le ruban - non on oublie pas comme ça nous -, ensuite il l'avait convaincue de le suivre où il le désirait et enfin, alors qu'elle tentait de reprendre la main, la défaite était totale car son adversaire, son délicieux adversaire était blessé.

    Prends tes affaires et file. Laisse-le là, ignore le et sans le savoir il te remerciera de ne pas lui avoir donné l'occasion de laisser la Lampade, contre son gré, l'emmener jusqu'aux portes lunaires.


    "Je crois avoir terminé."

    Tout aurait pu se clore ainsi. Le brun se serait remis de ses blessures, y compris celles qui auraient violé la perfection de son cœur. La blonde, elle, aurait disparu. Loin de lui.
    Mais de toutes évidences Valdesti-Mortelane ne voyait pas les choses ainsi. Elle fut surprise lorsqu'il se leva. Fuir un regard est aisé pour ceux qui y sont entraînés, fuir un corps en revanche est une autre affaire à n'en point douter. L'Apollon s'approchait encore et encore, la forçant à battre en retraite et à reculer jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus. Il allait encore la prendre au piège, encore elle serait sa jolie proie, son oiseau d’apparat. Les verts d'eau plongèrent chez le jeune homme et il n'en fallut pas plus pour que la raison s'assoupisse, pas longtemps certes mais suffisamment pour que le fil du destin se tisse au milieu des ronces. Une oeuvre magnifique mais ô combien périlleuse.

    Déjà le souffle de vie du brun venait caresser son cou. L'échine frissonnante elle leva le bras dans une tentative désespérée et folle de le repousser, mais celui-ci détourna de son but, vicié par les passions et vint caresser la joue sans défauts de son éphèbe. Déjà il l'avait désarmée, chaque épée, chaque flèche, chaque poignard qu'elle utiliserait contre lui prendraient la forme des sentiments et serviraient les intérêts de son comparse. Il réussissait - excellait même - là où tous les autres y avaient perdu des plumes, il avait en sa main de quoi frapper le talon d'Achille.
    Chaque baiser du brun, chaque peau à peau, chaque parole, chaque regard la tordaient intérieurement d'une douleur insupportable. Cette même douleur qui tue les amants, naissante de la mythique opposition du feu de la raison et du cœur. Peut-être alors qu'elle avait vu faux. Peut-être qu'elle ne l'entraînerait pas dans les flammes du désespoirs, il ne serait pas le damné contre lui de sa blonde. Non il ne serait rien tout cela car elle ne gardait aucune porte ardente, son Enfer c'était lui.


    "Vous vous vengez. Vous m'assénez d'un poignard mille fois plus tranchant."

    Elaena aussi maîtrisait l'art de la culpabilisation et si vaincre son brun était désormais une cause désespérée, elle pouvait encore le piquer comme la rose blesse celui qui l'arrache. Perdre mais donner un prix à la victoire.
    La main diaphane vint descendre à son tour, parcourant la joue puis la mâchoire saillante avant de rompre le pas dans son cou. Il dégageait une chaleur rassurante quasi psychotrope. Vous savez, comme cette petite voix qui vous rassure, qui vous promet que tout se passera bien, quelques secondes avant que la lame du bourreau ne s'abatte sur votre joli tête. Il était sa pire crainte et sa plus belle rencontre. Il semblait avoir été fait pour briser sa vigilance et endormir sa raison car déjà la blonde ne se passait plus de sa sensation, véritable droguée au brun. Une rose hein ? Peut-être. Mais lui c'est une plante vénéneuse et tu la prends peau contre peau, idiote.
    La Troyenne aurait du user de la main restante pour le repousser et fuir mais là aussi il prévit la chose et vint l'emprisonner à sa poitrine. Les lèvres roses s'entrouvrirent légèrement. Il disait craindre qu'elle ne s'envole, souffrait-il lui aussi ? N'était-ce que mots de courtoisie pour ajouter à sa vaste collection de femmes la jeune Rochamboise ? Il ne pouvait y avoir deux perdants, non impossible. Si elle perdait, il gagnait. Pourquoi affirmait-il le contraire ? La blonde aurait posé la question, se serait insurgée à tel mensonge si le piège ne l'enserrait pas encore davantage, prêt broyer ses résistances. Les battements de coeur du Valdesti emballaient son propre point de vie et dans une magie toute propre au moment ils se coordonnèrent. Si premièrement elle s'effraya de pareille sorcellerie, elle finit par s'en calmer. Gagne Valdesti, étouffe l'opposition mais veille à ne pas remporter la coupe haut la main ou toi aussi tu cesseras de battre. Ton cœur s'est lié au sien, à l'instant. Ton sort aussi.
    Les iris féminines dans celles du prince des cygnes, Elaena l'observait. Il était à l'arrêt mais par delà son regard, elle le sentait, il cogitait trop pour que cela n'annonce rien de bon. Faut se tirer bordel, tire toi avant que ça ne dégénère. Hein ? Quoi ? Keske.


    "Pardonnez moi, Elaena. Bella donna mia… Pardonnez moi pour ça.
    - Que.."


    Il avait osé. Il l'achevait et décochait la flèche finale qui vient perforer dans un fracas de passion le Rouge de la jeune femme. Le duel ainsi s'achevait lorsqu'elle prolongea le baiser, l'intensifia et s'empara du visage du brun de ses mains frêles. Dans un peau contre peau élogieux quoique de funeste présage, la jeune femme lui laissait la victoire. Elle abandonnait, tu as gagné Aedan. Dépose les armes, ne la tourmente plus. Elle vient de t'offrir ce que tu réclamais, sourire au coin des lèvres, il y a quelques heures : Elle est à toi.
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