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[RP] Une surprise inattendue

Jrag
[Dans une taverne miteuse, devant un verre à moitié vide]

L'après midi, du moins, ce qu'il en restait depuis l'envoi de sa missive, s'était déroulé de manière indescriptible, le temps semblait s'être arrêté, et c'est après ce qui lui semblait être une éternité que Jrag redescendit dans la taverne - taverne dont il ignorait toujours le nom. C'était décidé, il passerait à Bourmont dans la matinée, le lendemain, une fois les esprits calmés. Elle n'avait plus de raison de lui écrire, son message avait dû parvenir à la demeure depuis un moment, et il avait probablement été jeté dans l'âtre d'un geste vigoureux et décidé, peut-être même avant d'avoir été ouvert.

Ceci expliqua son étonnement, lorsque l'aubergiste lui remit un plis, alors qu'il était assis à sa table devant un verre a moitié plein. Imaginant un courrier de rappel d'un des duchés dont il avait la charge, il jeta un coup d'oeil rapide et reconnu immédiatement le seau de la Vicomtesse, suivit presque immédiatement d'une accelération de ses batements de coeur. Il décachetta l'enveloppe, tout en se disant qu'à ce petit jeu, c'est son coeur lacherait bien avant ses nerfs, et lu d'une traite la missive de sa correspondante.

Elle lui proposait de venir dîner.

Certes, ils avaient déjà eu l'occasion de manger ensemble - bien que jamais dans le petit salon - mais cette fois ci, cette proposition sonnait toute autre à oreilles. Elle avait donc lu sa lettre. Elle avait même réfléchit à ce qui y était écrit, visiblement. Etait-ce cette chance qu'il avait demandé ? Etait-ce par pur pitié de ne pas le faire dormir dans une taverne miteuse - bien qu'accueillante dans les situations désespérées ? Etait-ce ... Non, il fallait arrêter de se poser des questions, ça ne le menait à rien.

Et le doute apparu, aussi soudainement que la joie été arrivée. Qu'allait-il bien pouvoir faire ? Qu'allait-il bien pouvoir dire ? Tous ses amis, son frère, Gypsie, tous ces gens à qui il aurait tant souhaité demander des conseils, avoir un point de vue externe sur cette situation qu'il considérait comme "étrangement engagée" ; tous ces gens étaient en Bourbonnais-Auvergne, loin. S'il y avait pensé plutôt, il aurait aussi pu contacter Ysa, elle l'aurait compris, et surement conseillé. Mais il était bien trop tard à présent. Il devait se débrouiller seul, il n'avait pas le choix, l'heure avançait, indéniablement.

Il vida son verre d'un trait, déposa deux écus sur le comptoir, verifia dans une glace que tout était à peu près satisfaisant, et d'un pas décidé se dirigea vers Bourmont. Le chemin qu'il connaissait à présent par coeur, lui sembla court, trop court, aussi court que son après-midi avait été longue, dans l'attente inconsciente d'une réponse de la Dame. Son esprit était assailli de toutes sortes de questions. Il en aurait certainement des réponses sous peu.

19h00 à l'horloge de l'Eglise, visible au loin, il était arrivé devant la résidence de la Vicomtesse.

Il respira un grand coup, passa les grilles et se fit annoncer auprès des gardes.

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Intendant Royal aux Finances
Oksana
L’heure tournait inexorablement. Trop vite ? Trop lentement ? Tout dépendait de quel point de vue elle se mettait. Trop vite pour qu’elle donne les ordres afin que tout soit parfait, trop lentement pour le voir arriver, si il venait.

Elle se pinça les lèvres. Elle l’attendait. Impatiemment. Et cela ne lui convenait pas du tout. Signe qu’elle commençait à le voir autrement qu’en simple marchand de tapis ou surveillant de ses ouvriers dans les champs. La discussion avec Yla avait tapé dans centre de la cible et faisait doucement son chemin. Doucement ? Non, visiblement, trop rapidement.

Bref, il était désormais trop tard. Dans quelques instants, peut être qu’il serait là, et là… Qu’allaient-ils bien pouvoir se dire après cet échange de courrier, maintenant qu’elle connaissait le fond de sa pensée, maintenant qu’elle l’avait quasiment insulté puis invité à diner ?

Elle avait choisi elle-même la nappe en un lin pur, écrue, brodée discrètement, et sans un pli. La table était mise. Verres, assiettes et couverts parfaitement alignés, bougies neuves, fleurs coupées de frais et embaumant dans la pièce. Le vin décantait dans une carafe sur le petit guéridon dans lequel s’était empêtrée Marie quelques heures auparavant. Les cuisiniers étaient en ébullition, sachant au vu de l’état de leur maitresse de maison que toute erreur serait fatale pour eux ce soir-là. Elle avait d’ailleurs donné congés à Marie alors qu’elle venait à peine de réapparaitre afin d’éviter toute catastrophe. Dames Coyuna et Mei Lan se débrouilleraient bien mieux sans elle et avaient toute la confiance de leur maitresse.

D’ailleurs, Mei Lan avait été chargée de l’aider à se préparer. Lavée, maquillée, parfumée, habillée, coiffée. C’était beaucoup pour celle qui prônait le naturel de son passé de gueuse la plupart du temps, mais c’était indispensable pour ce soir-là.

Elle en était à sa cinq millième allée-et-venue dans la pièce lorsqu’un des gardes frappa à la porte afin de lui annoncer l’arrivée de son invité. Son entrée la fit sursauter, l’annonce faillit lui faire perdre conscience. Ce n’était plus un cœur qui battait en son sein, mais un tambour, de ceux qu’avaient les crieurs publics et qui faisaient trembler les murs tellement ils avaient de force.

Là. Il était là. Il avait accepté l’invitation. Il était ponctuel. Alea jacta est. Désormais, elle ne pouvait plus reculer. Le temps de recouvrer quelques esprits et il était là, devant elle. Tiens, elle n’avait jamais remarqué la couleur de ses yeux. Et ses bras, ils étaient musclés, c’était ceux d’un grand travailleur, manuel, pas d’un bureaucrate mou et flasque. Et ses cheveux. Propres, brillants, bien coupés. Et…

Et il la salua et sa réflexion s’arrêta là.



Bonsoir. Merci d’avoir accepté mon invitation. J’espère que vous n’aviez rien prévu d’autre.
Prenez place dans un fauteuil si vous voulez, je vais faire servir l’apéritif. Que désirez-vous boire ?



Disait-elle ce qu’il fallait ? N’était-elle pas trop directive ? Que … Des questions, des milliers de questions l’assaillaient en même temps que le doute et l’incertitude quand au déroulement de cette soirée qui s’annonçait difficile émotivement, mais surement décisive quand à son avenir.
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Jrag
Il suivait le garde. Garde qui avançait beaucoup trop vite à son goût. Il voulait l'arrêter, le forcer à ralentir, cette maison était décidément beaucoup trop petite. Traversant une pièce, comme dans un état second, il aperçu une des tapisseries qu'il avait fait livrer sur les lieux quelques jours auparavant. Bonne nouvelle, elle n'était pas encore décrochée. Ou peut-être qu'elle était en passe de l'être.

Terminé le temps des divagations, des imaginations, des élucubrations, des fabulations, elle se tenait là, devant lui. Magnifique, une fois de plus, mais surprenante. Il la regardait d'un tout autre oeil, à présent qu'il s'était dévoilé. Il se forcerait néanmoins à ne pas en abuser, car tout coup d'oeil pourrait, à présent, être mal perçu par son interlocutrice. Un dernier pour le principe, qui le fit découvrir toute la complexité de la situation. Invité à dîner, chez une amie, après avoir dévoilé des sentiments, et s'être fait pour le moins renvoyé. Une Vicomtesse, en plus. Son frère lui aurait certainement dit : "T'es dans la panade, frangin !" Et il aurait acquiescé, sans aucun doute.

Il s'inclina profondément, peut-être plus qu'il n'en fallut, puis se redressa et d'une voix qu'il essaya de rendre la plus assurée possible, la salua.


Vicomtesse, je vous remercie de m'avoir invité. Je... n'avais rien de prévu, en effet, et, quand bien même, je crois que nous avons des choses à nous dire.

Que devait il faire ? Lancer la conversation ? Attendre ? Elle l'avait fait venir, surement pour lui parler... Il décida de ne pas presser les choses, qui viendraient certainement d'elles même.

Je boirais ce que vous boirez. Néanmoins, si un peu de vin vous tente, cela me conviendrait amplement. Même s'il ne provient pas des toutes nouvelles vignes que l'on voit fleurir ci et là.

Il sourit, d'un sourire qui se voulait le plus naturel possible...

J'espère que vous ne vous êtes pas donné trop de mal pour ce repas, je m'en voudrais.

Il s'assit dans le premier fauteuil disponible. Devait-il agir dans les règles de la noblesse ? D'ailleurs, quelles étaient ces règles ? Et puis, y en avaient elles seulement ? Encore une différence, un monde dont il ne connaissait rien, une barrière bien ardue à franchir. Il se comporterait du mieux qu'il pourrait, de toute façon, et tant pis si ce n'était pas assez. Mais elle avait du remarquer depuis fort longtemps ses semblants de bonne conduite, et elle ne s'en était pas offusquée... jusqu'à maintenant.
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Intendant Royal aux Finances
Oksana
Et bien voilà. Il était là et bien là, en chair et en os, face à elle. Plus aucune fuite possible. Elle ne pouvait même pas décemment l’inviter dans sa salle d’auscultation afin de lui faire tester quelques instruments pour calmer sa nervosité. Pourtant, lui faire passer le test de la poire d’amour ou de la chaise cloutée serait un bon moyen pour se calmer les nerfs. Mais lui. Non, elle ne pouvait lui faire subir cela, même à faible dose. Il pourrait en ressortir abimé, traumatisé, et fuir à toutes jambes sans espoir de retour, et réellement, elle n’en avait pas vraiment envie, du moins pas tout de suite. Plus tard peut être, mais pas encore. Il avait réussi à lui donner envie de faire plus ample connaissance. Si seulement il avait su ses desseins, peut être ne lui aurait-il pas envoyé cette missive qui les avaient amenés face à face ce soir-là. Le destin réservait des surprises inattendues, et celle-ci en avait été une des plus intenses.

Elle fit signe de servir le vin et d’apporter quelques menus feuilletés encore tièdes pour son hôte.

Des choses à se dire. Certes, mais quoi ? Allait-il la demander en mariage sans aucun préliminaire ? Espérait-il qu’elle lui tombe dans les bras sans davantage de retenue ? Comptait-il prendre congés après ce qui venait de se passer ? Avait-il l’intention d’aménager en Champagne afin de faire plus ample connaissance ?

Sans plus réfléchir, elle appliqua les préceptes d’Ylalang et alla droit au but * :



Des choses à nous dire. Certes. J’avoue que votre missive m’a quelque peu surprise.

Elle inspira et reprit :

Pour votre information personnelle, ces joutes, objet de votre courroux, ont été annulées faute de participants. Mes gens ont omis d’en faire la publication et donc mon projet de mariage vient de tomber à l’eau. Je pense que cela vous satisfait. Retour à la case départ en ce qui me concerne.
Je ne sais ce que vous attendez de moi. Des explications quand à cette manifestation peu ordinaire ? Des justifications vis-à-vis de vous-même ?
Je suis à votre écoute.



Elle se rendit compte qu’elle était un peu froide mais qu’y pouvait-elle ? Elle était tout à la fois vexée de la teneur du courrier et flattée d’un tel intérêt pour sa personne. Sa position était tout sauf simple. Et quand on connaissait sa personnalité, il pouvait s’estimer heureux de ne pas avoir été déjà découpé en rondelles et transformé en pâté pour chiens. Il avait donc une chance inouïe d’être en vie et entier face à elle, un verre de vin à la main de surcroit.


* (allez l’OM)
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Jrag
Il trempa ses lèvres dans le verre, savourant les arômes de la boisson. Ou plutôt, en tentant de percevoir ses arômes, mais sans y parvenir, tant son esprit était ailleurs, perdu dans des questions qu'il était incapable de se formuler, questions à la fois très claires et malgré tout indescriptibles. Le tout sans perdre un mot de ce que lui disait la Vicomtesse. Elle qui d'ordinaire semblait calme et posée, elle paraissait nerveuse, tout comme lui probablement. Mais comment aurait-il pu en être autrement ?

Il prit le temps de bien comprendre ses propos. La discussion commencerait donc ici. C'était surement le mieux à faire. Il ne servait à rien de se perdre dans des pensées quelconques à présent. Il retint un soupir de soulagement lorsqu'elle lui annonça que les joutes étaient annulées, au moins une opportunité lui serait laissée de s’expliquer, si ce n’était davantage. Ce qu'il attendait d'elle ? Comment répondre à une telle question sans étaler à nouveau ses sentiments, c'était presque impossible. Mais pourtant, il le devait.


Je vous représente mes excuses quand à cette missive brulante que je vous ait envoyé. J'ai agit sous le coup de l'incompréhension, et je regrette profondément si je vous ait fait souffrir. Ce n'était en aucun cas mon objectif. Mais j'entend bien que ces joutes sont tombées à l'eau. Vous ne serrez peut-être pas d'accord avec moi, mais je suis persuadé que c'est mieux ainsi... pour vous. Et pour moi, pensa-t-il... Et pas seulement à cause de ce que j'ai dévoilé dans ma lettre.

Comment lui faire comprendre qu'il tenait à elle, et qu'il n'aurait pas supporté voir le premier jouteur venu lui prendre sa main.

Mais vous méritez mieux qu'un simple tournoi pour déterminer à qui vous devez vous marier, j'en reste convaincu. Vous donnez tant de votre personne pour votre duché, vous êtes droite et avez une personnalité bien tranchée, et vous accepteriez... d'épouser sur un hasard ? Je ne peux me faire à cette idée.

Je m'avoue surpris par cette invitation. J'espérais, mais je n'y croyais guère, après votre missive. Mais puisque vous m'en avez donné l'occasion, je vais la saisir. Si je vous choque par mes propos, ce sera par maladresse, plus que par insolence.


Il reprit une gorgé de vin, essayant de formuler mentalement ce qu’il avait à dire.

Je n'ai pas l'intention de vous demander en mariage ici et maintenant. Je ne le peux pas, d'une part, et je n'en ai pas le souhait, d'autre part. Ce serait, comme je vous l'ai déjà dit, comme sortir vainqueur de ces joutes que je désapprouve. Je suis venu en ami avant tout, pour vous livrer des tapisserie. Et c’est depuis ces quelques temps que nous passons ensemble que j’ai appris a vous connaître. Bien peu, me direz-vous justement, mais suffisamment pour me faire comprendre que je tient à vous. J’apprécie grandement votre implication dans votre duché, l’intérêt que vous semblez porter à ces tapisseries, ces quelques verres bu en taverne, et tous ces moments échangées ensemble.

C’était mal formulé, mais tant pis, il ne pouvait pas faire mieux pour l’instant.

Si je n’avais pas vu cette affiche, peut-être le mystère serait resté entier, qui sait. Mais toujours est-il que les choses sont dévoilées, en partie tout du moins. Et faire semblant n’y changera rien. Alors, je vais vous répondre. Ce que je souhaiterai, hormis le fait de comprendre ce qui explique un tel changement de teneur entre vos deux courriers, le premier m’exhortant presque à partir, et le second m’invitant à diner, c’est peut-être juste d’apprendre à mieux vous connaître, assurément. Et…

Et il se tut, prenant encore une gorgée de vin, plus par principe que par soif, attendant la réaction de la dame assise en face de lui. De toute façon, encore un mot de plus et sa bouche finirait par dire n’importe quoi.
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Intendant Royal aux Finances
Oksana
La différence de ton entre mes deux missives ? Disons que vous avez été sauvé par la visite de l’amie qui m’avait conseillée l’organisation de ces joutes et qui est venue m’informer de l’absence de candidats. Disons que j’ai réfléchi et que la discussion que j’ai eue avec elle a quelque peu apaisé le courroux provoqué par votre premier courrier. Les impressions que j’avais de vous jusqu’à présent n’étaient point hostiles et j’ai donc mis la teneur de vos propos sous le coup d’une impulsivité mal contrôlée.


Il lui était facile d’imaginer l’intendant agir sous le coup de la colère. Elle avait toujours calmé les siennes en torturant le premier malfrat qui passait à sa portée à la caserne et qui ne répondait pas comme elle le voulait lors des interrogatoires. Elle n’avait que rarement su se taire lorsqu’elle était submergée par un orage interne. Ce n’était pas une tempête qui bouillonnait en elle, mais bien un volcan en éruption.



Nos relations jusqu’à présent étaient telles que j’ai décidé de vous laisser vos chances, de vous pardonner l’impudence qui s’est emparée de vous. Nous avons en commun l’amour et la fidélité envers nos duchés respectifs, celui de la nature et celui de nos origines. Nous nous ressemblons bien plus qu’il n’y parait dans le fond, même si vous n’avez pas acquis le statut que vous semblez mériter.


Elle n’osa pas aller plus loin. Ne pas lui dire que sans ce statut, jamais elle ne pourrait être à lui, même si elle le désirait. Que les règles étaient strictes et qu’elle ne pouvait pas y déroger sans perdre tout ce pour lequel elle avait tant donné. L’amour pouvait être intense, jamais elle ne pourrait désormais retourner à l’état de paysanne et laisser son domaine, ses gens, son travail auprès du conseil ducal. Le temps de l’insouciance était révolu et il y avait un trop grand écart entre son passé et son présent. Il devait pourtant connaitre cela, lui. Il méritait autre chose que de surveiller des champs pour une vicomtesse. Son rôle était ailleurs, mais les affres de la politique en avaient décidé autrement.

Une pensée s’immisça en elle, insidieusement : et si tout cela n’était que feint pour accéder à ce statut qui lui avait été refusé ? Et s’il n’éprouvait rien que du mépris pour elle ?

Ose ! Les mots d’Yla résonnaient toujours en elle. Elle chassa donc cette pensée pour le moins fourbe et tordue, et le regarda, essayant de lire en lui.


Je ne pouvais pas vous laisser ainsi. Il n’aurait pas été convenable que je vous chasse pour avoir eu la franchise et l’audace de vous révéler ainsi à moi. Vous ne le méritez pas.


Elle ferma imperceptiblement les yeux et son verre de vin. Son état était tel qu'elle le sentit descendre dans son estomac, puis il lui sembla le voir intégrer ses veines et s'infiltrer doucement dans toutes les parties de son corps, la réchauffant avant de lui monter à la tête et de lui donner une douce chaleur étourdissante, éteignant par là-même son volcan.
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Jrag
C’était donc cela. Une tierce personne qui lui avait peut-être évité le pire. Quelle qu’elle fut, ce devait être une dame de bon fond, malgré qu’elle lui ait conseillé ces joute. En outre, il remarquait donc que l’idée de ces ce tournoi ne provenait pas directement de la Vicomtesse. Il eut presque honte d’avoir ainsi agit en « prétendant jaloux », et de lui en avoir voulu de cette façon.

Eh bien, peut-être me faudra-t-il remercier votre amie de vous avoir apaisée, si c’est cela qui a guidé votre bras au long de cette seconde missive.

Puis vint sur la table le thème qu’il redoutait tant. Impuissance, encore, une erreur, ou plutôt qu’une erreur, un choix de jeunesse qui s’était trop vite transformée en conflit politique, conflit dans lequel il avait prit le premier coup. Il avait été gracié. Et alors, aucun effet aux yeux des hautes instances qui accusent vite, mais pardonnent lentement, et cela, quelle que soit l’investissement qui suit, fut-il ducal ou royal. Un Haut-Traitre au Cabinet Des Finances ? Cela l’avait fait rire à sa nomination. Plus maintenant.

Oui, nous avons des points communs. Oui, nous aimons tous deux nos duchés, notre Royaume. Ce n’est plus à prouver je pense. Sauf aux yeux de certains, il semblerait. Et je suis bien conscient de ce que ce cette incertitude pour certains implique sur la situation présente.

On lui avait dit que sa demande de grâce, assortit d’un régiment de signatures des nobles du Bourbonnais-Auvergne était arrivée chez Armoria, mais il n’avait reçu aucune nouvelle depuis lors.

En même temps qu’il achevait sa phrase, il leva ses yeux vers ceux d’Oksana, et croisa son regard. Pas un de ces regard bref et discret uniquement pour admirer, ni pour persuader de quoi que ce soit, mais juste un regard profond pour essayer de la comprendre. Ce qui n’empêcha pas qu’au cours de cet instant, il était sur le point de perdre tous ces moyens*.

Et il comprenait un point, qui n’était que la suite logique du précédent.


C’est aussi une des raisons pour lesquelles je ne vous demanderait pas en mariage ce soir.

Il sourit.

Mais il y pensait pourtant. Jamais il n’avait autant souhaité être noble. Peu lui importait d’avoir une terre, un château, un cuisinier ou un verger. Il n’avait déjà pas assez de temps pour s’occuper de sa propre boucherie. Mais si cela devait être l’argument qui l’empêcherai d’aller plus loin, il ignorait comment il réagirait. (Mais, mal, de toute évidence). Et il enrageait d’être ainsi totalement dépendant du bon vouloir de quelques bureaucrates influant, et de ne pouvoir rien faire.

Et elle, qu’en pensait-elle ? Etait-ce une condition sine qua non pour n’importe quelle histoire ? Etait-ce un gage, de sécurité, de satisfaction ? Non, il n’y croyait pas, sinon, il ne serait certainement pas assis dans ce salon ce soir.

Et maintenant ?


Mais nous parlons trop de moi… Et vous, Vicomtesse ? Je me suis permis de vous juger comme je n’aurais jamais dû me le permettre. Peut-être me remettrez-vous dans le droit chemin. S’il ne tenait qu’à moi de choisir que faire à présent… Mais ce n’est pas le cas. Jusqu’à présent, je suis votre invité, j’en suis ravi. Vous m’avez permis de revenir m’expliquer devant vous. Mais j’avoue que j’ignore totalement ce que vous pensez de tout cela, et qu’il me serait présomptueux d’en juger tout seul..

Il avait repris un peu d’assurance à présent que la situation s’éclaircissait doucement. Mais il restait bien des points dont il ignorait tout. Il regarda un instant le guéridon, et la carafe de vin posée dessus. Il ne l’avait jamais remarqué, il n’y avait peut-être jamais fait attention jusqu’alors… Comme bien des choses dans cette demeure.


* Ben oui, quand même...
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Intendant Royal aux Finances
Oksana
A l’évocation d’une éventuelle demande en mariage, son cœur se mit à battre encore plus fort. Décidément, elle n’était vraiment pas faite pour ça. Il fallait toujours un obstacle à une union. Pourtant, ce n’était pas faute d’essayer de trouver de solutions. Et là encore, voilà que lui ne pouvait être anobli pour de sombres histoires politiques. Alors pourquoi vouloir rester avec elle ?


Ce que je pense de tout cela ? Vous devez le savoir vous qui semblez déjà si bien me connaitre. Vous avez devant vous la parfaite noble célibataire, en passe de devenir une vieille fille aigrie et sans aucune descendance à qui léguer titres, terres et pouvoir. L’hérauderie a établi de telles règles que pour moi, tout mariage d’amour semble impossible. Et j’ai tellement de chance dans ce domaine là, que même un mariage « à l’aveugle » me semble également refusé. Et sans mariage, pas d’enfant, sans enfant, pas de descendance, sans descendance, pas d’héritier. C’est aussi simple que cela.


Pour un peu, elle aurait laissé des larmes s’échapper de ses yeux. Elle se sentit soudain lasse, très lasse. Depuis sa première missive, tout allait vite, beaucoup trop vite, et elle ne supportait pas de se trouver ainsi face à elle-même, à devoir analyser l’histoire de sa vie qui, sans héritier, ne valait pas la peine d’avoir été vécue. A qui allait-elle léguer son savoir ? Qui pourrait parler d’elle après sa disparition ? Qui porterait son nom ? Un inconnu récupèrerait un jour ses titres et ses terres qui retomberaient dans le domaine du Roy, et toute sa vie, toute son implication, son investissement n’aurait servi à rien d’autre qu’au présent. Rien de tout cela ne survivrait dans l’avenir. Dans ce cas là, à quoi lui servait-il donc de continuer à aller encore de l’avant, à en faire encore et toujours et plus, à s’impliquer corps et âme au détriment de sa santé physique et morale ? Il valait mieux qu’elle se replie dans son domaine et mène une vie paisible loin des turpitudes de la vie sociale. Ou qu’elle prenne gens et bagages et entreprenne un long voyage à travers le Royaume et, pourquoi pas, au-delà de ses frontières.

Elle lui proposa de passer à table et se leva. Le vin commençait à lui monter à la tête et elle se sentit quelque peu étourdi. Plus elle le regardait et plus elle le voyait différemment. Etait-ce l’effet de l’alcool, sa détresse personnelle ou bien l’homme en lui-même qui lui faisait cet effet ? Il était calme, posé, et semblait avoir un don pour l'apaiser et la mettre en confiance. Son contraire et son opposé. Peut être sa complémentarité.

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Jrag
Ainsi c’était cela. Cela qui lui soulevait toute cette angoisse. La peur de voir s’éteindre sa lignée, ne rien pouvoir léguer, voir le travail de toute une vie s’arrêter brusquement, sans y avoir la moindre suite. Il s’en était un peu douté, du moins de certains de ces points. Mais la situation était autre, maintenant qu’elle l’avait déclamée de ses propres mots. Il prit le temps d’y réfléchir alors qu’ils passaient à table. Une table splendide, couverts étincelants, nappe finement brodée, qui le changeait tellement de sa table en bois, chez lui, à Montluçon, qui lui servait aussi bien à prendre ses repas, polir son épée ou découper son jambon…
Montluçon, qui à présent lui semblait si loin, et qui pourtant l’avait hébergée pendant toute sa vie… Il chassa cette pensée de sa tête alors qu’il s’asseyait, et répondit


Qu’avez vous à regretter ? D’avoir suivit votre vie, partout là où elle vous a mené, avec conviction ? Que pouvez vous donc vous reprocher ? Vous avez suivit une voie, elle vous a amenée jusqu’à ce soir, avec à la clé des titres, une renommée certaine dans votre duché, des vassaux qui sont proches de vous, et des actions dont je suppose que vous pouvez être fière. Ou vous mènera-t-elle, demain, personne ne le sait, ni ne serait assez fou pour l’imaginer. Tout ce que vous pouvez choisir, c’est que faire à présent. Le fait de devenir, ou non, comme vous dites, ‘vieille fille aigrie’, est entre vos mains. Et sans doute croyez vous encore suffisamment pouvoir éviter cela, sinon, vous ne vous poseriez pas la question. Et il en va de même pour votre héritier.

Je ne serais pas très objectif, si je vous disais de saisir la première occasion qui s’offre à vous. Mais si continuez d’y croire, l’avenir finira par vous sourire. Vous n’avez pas péché au point qu’Aristote vous refuse ce qu’il accorde aux autres.

Et puis…


Il s’arrêta. Il ne pouvait pas dévoiler qu’il s’était posé des questions semblables, et que c’est par ses amis, par la joie d’avoir une nièce, de se redécouvrir petit à petit une famille disséminée qui s’était oubliée depuis trop longtemps, que c’est grâce à cela qu’il avait repris confiance, et qu’il avait trouvé la force d’entreprendre certaines démarches délicates, y compris peut-être la plus récente.

Elle semblait dépitée. Et lui l’admirait. Peut-être le vin qui commençait doucement à lui tapoter la tempe y était pour quelque chose. Il devrait se méfier, à boire trop, il pourrait commettre des gestes inconsidérés…Enfin, à supposer qu’embrasser une Vicomtesse fut un geste inconsidéré, bien entendu.

Mais que pouvait-il faire, qui lui remonterait le moral, sans afficher encore ses sentiments.


Peut-être, lorsque ce conflit, qui fait régner depuis trop longtemps tension et colère sur votre région, sera terminé, vous consentirez à faire un voyage pour vous changer les idées. Le royaume regorge de beautés de toute sortes. Qui sauraient vous changer les idées, de façon plus radicales peut-être que nos moines, c’est certain.

Il n’ajouta pas que le plus bel endroit, selon lui, était le Bourbonnais-Auvergne…
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Intendant Royal aux Finances
Oksana
Cet homme la magnétisait malgré elle. Elle avait beau se dire qu’elle le connaissait à peine, elle se sentait irrésistiblement attirée. Ses paroles la réconfortait et l’apaisait, et son cœur battait sans cesse plus vite, plus fort, semblant vouloir rompre sa cage thoracique pour aller se jeter sur lui. Etrange sensation. Il était différent. Trop à l’écoute, trop attentif à ses moindres faits et gestes, trop observateur. Il lui semblait qu’il la connaissait déjà mieux que personne, qu’il savait ce qu’elle ressentait, ce qu’elle pensait, avant même qu’elle ne lui dise. Il la sondait. Profondément. Trop sans doute. Cela était dangereux. Elle ne pourrait jamais rien lui cacher, il le devinerait rien qu’en posant son doux regard sur elle. Et s’il n’arrivait pas à lire dans son esprit, il la ferait se confier sans aucun problème…

Une partie d’elle lui intimait de fuir, l’autre de se jeter à son cou. La première pour se protéger elle, la seconde pour qu’il la protège lui. Ambivalence des sentiments. Ambiguïté de femme ? Sa carapace ne semblait pas agir face à lui. Elle était vulnérable. Ses forces, son agressivité, ses défenses, ils les avaient anéantis. Comment ? Elle l’ignorait. Mais les faits étaient là. Elle était sous son emprise.

Les yeux embués par l’alcool, elle plongea son regard dans le sien, malgré elle. Et s’y abandonna, incapable d’entendre ce qu’il lui disait. Elle avait déconnecté, était partie sur d’autres terres lointaines. Seule. Avec lui. Plus rien n’existait d’autre. Plus de domaine, plus de domestiques, plus de responsabilités. Elle était littéralement envoutée.
Quelqu’un viendrait-elle la délivrer de cette terrible torpeur qui s’emparait d’elle ?

Plus il parlait et moins elle l’entendait. C’était trop tard. Elle était à mille lieues de là.
Puis, sa voix se tût et elle revint à elle. Il la regarda. Et lui proposa un voyage.



Un voyage… Sans aucun doute, oui, cela me ferait le plus grand bien. Mais je doute que cela puisse se faire. Le conflit avec notre voisin s’éternise depuis bien longtemps, et franchement, tant que les bourrins n’auront pas été rayés de la surface du Royaume, je crains que nous ne puissions trouver la paix malheureusement. Et puis…

Et puis un ami voudrait que je reparte dans la politique. Il a besoin d’une commissaire au commerce. Si j’accepte, cela retarderait d’autant un éventuel voyage. Mais également mon temps libre.



Elle baissa les yeux. Ah si seulement…
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Jrag
Commissaire au Commerce ? Repartir dans la politique ? Il comprenait, d’une certaine façon. Il avait lui aussi besoin, de temps à autre, de se replonger dans le conseil. Tenter de faire progresser les choses, selon ce que l’on considérait comme important. Dans cet ordre d’idée, on était bien loin de la politique du débutant, faite de débats sans fin et de course au pouvoir. C’était, s’il comprenait bien son interlocutrice, le même type de politique qui les tentait, régulièrement. Une démarche désintéressée, dans le seul but de faire avancer le duché. Bref, encore un point qui montrait la distance qu’il avait parcouru depuis ses débuts en Auvergne.

Un coup de vieux, en quelque sorte.


Oui, effectivement, c’est à vous de choisir ce que vous préférez faire, c’est certain. Comme toujours, le choix entre satisfaire ses désirs personnels, vision qui pourrait paraître égoïste, et satisfaire les attentes de ceux qui espère pouvoir compter sur vous. Je suis persuadé qu’une vie saine nécessite d’alterner les deux. Mais c’est là un point de vue personnel, et je me garderai bien de guider votre choix.

Point de vue personnel qu’il avait appliqué en venant en Champagne, lassé des déboires du conseil bourbonnais-auvergnat, et de la manière dont ses conseils étaient souvent totalement ignorés.

Cela ne concerne pas cette histoire d’Artois où il semblerait qu’aucune solution pérenne ne puisse être trouvée, bien entendu. Je vous propose évidement mon aide à ce sujet, si je peux être utile d’une façon ou d’une autre, une fois l’heure venu.

Pour cela ou pour autre chose.


Et si elle se relançait dans la politique, malgré tout, comment tout cela se terminerait ? Il devrait tôt ou tard bien évidemment rentrer en Bourbonnais-Auvergne, ne serait-ce que pour chercher des documents dans son bureau, à Clermont. Même si ce n’était que pour quelques jours, quelques jours qui suffiraient à faire perdre toute suite qu’il aurait pu imaginer à cette soirée si particulière.

Cette soirée qui n’avait pour but officiel que de s’expliquer. S’expliquer, il l’avait déjà fait. Elle aurait tout aussi bien pu être froide et sèche avec lui. Au contraire, il ne ressentait rien de tout cela. Il ignorait totalement ce qu’elle pouvait penser, pendant ces quelques silences, pendant ces instants durant lesquels leurs regards se croisaient et au cours desquels le temps lui semblait ralentir. La soirée s’avançait, doucement, mais il était déjà dans un état second. L’ambiance intimiste de la pièce, le vin qui coulait doucement, la douce chaleur ambiante. Sa tête lui tournait, il n’avait pas l’habitude de ce genre de situation. Il aurait même été incapable de dire si la Vicomtesse portait un décolleté. Et pourtant, il avait tout de même l’œil pour ce genre de détails. Quelle soirée. Une heure de plus et il deviendrait fou. Mais il avait commis suffisamment de folies depuis le début de la journée pour ne pas avoir à en refaire d’autre. Il devait se contrôler. Et pourtant, la carafe de vin n’était qu’a moitié vide. A moitié vide, seulement ? Elle devait certainement la remplir discrètement lorsqu’il regardait ailleurs. Certainement.

Jamais plus qu’à cet instant il n’aurait souhaité qu’une petite voix lui murmure la conduite à adopter. Et pourtant, il n’entendait rien d’autre qu’un petit diablotin qui se chargeait de le faire tourner en bourrique…

Peut-être juste ne rien tenter ce soir, laisser retomber pression, alcool et autres hormones typiquement masculines, profiter de quelques temps à Bourmont pour lui faire comprendre qu’il tenait vraiment à elle. Et qui sait…

Ou bien au contraire...

Bref, il était perdu.

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Intendant Royal aux Finances
Oksana
Le repas touchait à sa fin. Les plats et les différents vins s’étaient succédé au même rythme. Il était toujours là, face à elle, l’écoutant, la regardant de temps à autre. Lui proposant à nouveau son aide...

Il lui avait déjà fait promettre de le prendre à ses cotés si jamais elle devait partir se battre. Elle avait refusé autant qu’il était en son pouvoir, mais il semblait plus têtu qu’un mulet. Il ne voulait pas la laisser seule. La seule concession qu’il lui avait autorisée était de se tenir en retrait derrière elle, de la laisser devant lui afin que ce soit elle qui le protège et non l’inverse en cas de rencontre malheureuse.

Il ne manquait ni de conversation ni de compassion, laissant transparaitre sa tendresse à travers ses phrases. Elle sentit que l’annonce de son éventuelle candidature aux ducales le contrariait. En réalité, elle ne s’attendait guère à avoir son approbation, et cela l’affligeait. Elle était consciente de ce qu’une liaison avec lui allait impliquer comme complications. La distance… Le BA et la Champagne étaient loin l’un de l’autre. Qui allait se sacrifier pour suivre l’autre au cas où…?


La conversation changea de cap, moins intimiste, plus générale, mais non moins intéressante. Le repas terminé, ils retournèrent se lover dans les fauteuils, des petits fours à portée de main. La soirée, bien qu’épuisante nerveusement, se déroulait plus qu’agréablement, mais trop rapidement à son goût. Il se faisait déjà tard et l’heure tournait inexorablement.


Vous prendrez bien un petit digestif pour accompagner les petits fours ? Que puis-je vous faire servir ?


Elle aurait donné n'importe quoi pour que la soirée se prolonge encore et encore.
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Jrag
Déjà si tard ? Le soleil s'était couché depuis plusieurs heures, la lune elle-même semblait fatiguée de devoir les attendre... Et ils discutaient, encore, de tout et de rien, de prêches, de politique, de maïs, de tapisseries, de vin et d' artésiens. enfin, peu d'artésiens quand même.

Les fauteuils étaient mous, confortables à souhait, la Vicomtesse semblait épuisée, bien qu'elle n'en laissait rien transparaître. Tout comme lui. Et pourtant, Il voulait rester, bien qu'il lui semblait avoir épuisé son quota de concentration pour la journée...

Il s'assit à son tour dans un fauteuil.


Volontiers, mais je crois qu'il vaudrait mieux pour moi que je ne prenne pas quelque chose de trop fort, j'ai du consommer suffisamment d'alcool pour la soirée...

Elle lui fit servir un dernier verre d'un alcool présumé léger. De toute manière, à ce stade, il devait être immunisé, et ne ressentait presque plus ses effets (de l'alcool bien entendu). Signe qu'il était peut-être temps de partir... Bien qu'il n'en eut aucunement la volonté, la bienséance lui imposait de ne pas trop abuser de l'hospitalité de celle qui l'avait invitée...

Après quelques paroles encore échangées, il reposa son verre


Vicomtesse, je me dois de me retirer à présent. Cette soirée fut... admirable en tous point. Tant par le service que par votre écoute. Et je m'en voudrais de la gâcher en imposant ma présence plus longtemps. Peut-être aurais-je à nouveau l'occasion de dîner en votre compagnie...

Et, alors qu'il se levait, il croisa encore une fois son regard, et repensa à sa journée, se demandant encore comment tant de sentiments avaient pu le traverser sans qu'il n'explose à un moment donné. Surement y était-elle pour beaucoup. Et qu'allait il se passer, lorsqu'il détacherait ses yeux des siens... le retour à la réalité serait surement difficile et brutal. Mais il était peut-être nécessaire...
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Intendant Royal aux Finances
Oksana
Les jours avaient passés et leurs rencontres s’étaient faites plus fréquentes, les discussions s’enchainant, leur présence mutuelle devenant sans cesse plus indispensable, tant à l’un qu’à l’autre. Jusqu’au soir où, sagement assis dans une taverne compiégnoise, comme ils en avaient pris peu à peu l’habitude, ils eurent droit, comme par le plus grand des hasards, à l’irruption de la duchesse Maltea, accompagnée de la vicomtesse Ysa et de son poursuivant, le fameux Amory. Les discussions allaient bon train, dans une ambiance détendue, jusqu’à ce que le nouveau prétendant d’Ysa se mette à les faire boire plus que de raison, jusqu’à l’ivresse.

L’heure tournant, Oksana s’excusa afin d’aller rejoindre son domaine. L’alcool lui était monté à la tête et une indicible angoisse s’était emparée d’elle. Il lui devenait urgent de quitter cette assemblée qui, après quelques verres de trop, commençait à lui peser. Elle s’empressa de sortir avant que les larmes qui lui montaient aux yeux ne soient vues de tous. Son intendant, auquel elle était consciente de s’être attachée plus que de raison, la rejoint en chemin, se refusant à la laisser rentrer seule.

Après quelques pas et quelques échanges verbaux, ils s’arrêtèrent et… il finit par déposer un baiser sur ses lèvres. Son cœur tressauta, son être se mit à vibrer, son destin sembla se sceller à ce moment là. Du moins pour elle. Ils restèrent un long moment à se regarder, avant de se décider à rentrer, impatients que la nuit se termine pour laisser la place à une nouvelle aube qui les réunirait à nouveau…

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Oksana
Les heures passaient et il n’était toujours pas là.
Cruel destin que celui de devoir attendre l’être aimé en se demandant s’il allait venir…ou s’il était parti. Non. Cela ne pouvait être, il lui avait promis. Non pas qu’il l’aimait, mais qu’il tenait à elle et qu’il ne voulait pas la quitter. Qu’il ne partirait pas sans elle, et que même si l’envie de retourner chez lui était présente, qu’il attendrait qu’elle soit libérée de ses obligations afin de l’emmener avec lui si elle le désirait.

Ses obligations… cela faisait longtemps qu’elle avait abandonné toute vie politique officielle. Mais malgré cela, elle ne pouvait s’empêcher de se tenir à la disposition de sa Champagne, de celle qui l’avait vue naitre et grandir, évoluer et se mouvoir, depuis toujours. Et sa fidélité la retenait ici aujourd’hui alors que pour la première fois de sa vie elle se sentait prête à la quitter – au moins momentanément – afin de suivre un homme qu’elle connaissait que depuis quelques mois, mais qui avait malgré tout pris une place capitale dans sa vie, et ce, en très peu de temps. Trop peu à son goût, mais qu’y pouvait-elle ? N’avait-elle pas toujours dit et pensé que tout pouvait se contrôler et être feint, tout, sauf l’Amour ? Et voilà que résignée à épouser « le premier imbécile venu » afin de combler le vide laissé par Napo, elle était tombé dans les bras de Jrag. Et qu’elle avait senti croitre en elle ce sentiment qu’elle croyait mort depuis bien longtemps et auquel elle était persuadée ne plus jamais être confronté.

Une seconde jeunesse. Voilà ce qu’il lui offrait sans le savoir. Les ailes de la jeunesse et de l’insouciance, de l’amour et de la passion. Celles qui dévorent et qui ouvrent toutes les portes, du bonheur et du paradis, du plaisir et de la jouissance, de la fierté et du sentiment de supériorité. Elle nageait, elle flottait, elle volait. Elle était sur un nuage, au milieu d’une ile déserte et elle rêvait qu’elle annonçait son bonheur au monde entier.


Jrag… Comme ce nom avait pris de l’importance en quelques jours, comme il tintait agréablement à ses oreilles, envahissant son cerveau, la plongeant dans une douce torpeur d’où elle n’avait aucune envie de sortir. Elle le prononçait à voix haute sans même sans rendre compte, à tous moments de la journée, comme si elle l’appelait doucement et que ceci le faisait arriver auprès d’elle.
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