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[RP]El toro y rojo libertad

Arthurdayne
[Moulins, Jours étranges]

Quelque chose d'étrange traînait dans l'air. Peut être la guerre, peut être les absences, peut être les silences. Mais autre chose aussi, ce matin là. Moulins était calme. Guerre et mort n'étaient pas si loin, elles ne le sont jamais, au vrai, mais il régnait ce calme étrange dans l'air. Celui que l'on ressent lorsque l'on attend, même si l'on ne sait jamais vraiment ce qu'on attend. Alors il faut s'occuper pour oublier.

Regard vissé sur la cible, bras tendus, fourmillements dans ses phalanges brisées puis soignées, Arthur lâcha brusquement le trait. La flèche fila. Se planta. Raté. Encore...

Regard vers le ciel. Gris, mais sans que les nuages ne menacent vraiment de lâcher leurs larmes. Comme un chagrin discret et retenu. Quelque chose d'étrange dans l'air... Arthur gratta sans vraiment s'en rendre compte la balafre qui soulignait sa pommette tout en réduisant la distance qui le séparait de la cible. Sa flèche était plantée là, près de six autres. Qui n'étaient pas les siennes.

Cette cible là et les six traits qui lui hérissaient le cuir, il avait demandé à Amandine de la garder et de lui donner. Et depuis, chaque jour étrange, il venait là, sur le champs de tir de Moulins, posait la cible et tentait sa chance. Pourquoi? Bah... y'avait-il besoin d'une raison...

Les six flèches plantées là l'avaient été par un archer qui avait emporté haut la main un tournoi organisé du temps où il était maire. Un putain d'archer, comme il l'avait raconté plus tard. Qui avait réalisé une performance qui avait soufflé tout le monde et qui, ce qui ajoutait à la légende, avait fait don de son prix à un pauvre. Meilleure preuve, s'il en était besoin, qu'un idéal ne se défendait pas que dans le sang. Et meilleur argument, dont il s'était servi, pour prouver aux aveugles que les Libertad n'étaient pas qu'une troupe de brigands sanguinaires.

Arthur arracha sa flèche de la cible. Toujours pas... t'es loin du compte, encore. Son regard détailla une nouvelle fois les six traits et leur disposition harmonieuse. Comme s'ils avaient été lancés d'un seul et même mouvement, par une sorte de prolongement du corps et de l'esprit. Oui, un putain d'archer, ce Fablitos.

A l'évocation du nom, un souffle d'air vint doucement balayer le champs de tir. Nouveau regard vers les nuages, là haut. Oui... quelque chose d'étrange traînait dans l'air. Flèche à la main, Arthur revint se positionner à quelques pas de la cible. Il encocha, tendit le bras, ramena sa concentration sur un point, là bas. Le centre de la cible, l'absolu. Là, juste en un point, se trouvaient deux des six flèches de l'Andalou. Alors que la corde de l'arc effleurait la pommette d'Arthur, une violente brûlure traversa la balafre.

Hmm... Eik est en colère... Arthur s'amusait à croire que les fourmillements plus ou moins violents qu'il ressentait parfois étaient corrélés à la colère qui obscurcissait l'âme du géant. Parce que c'était lui et elle qui l'avaient marqué ainsi. Et s'il fallait en croire l'intensité de celle ci...

Le bras se détendit. Le trait ne partit pas, l'arc et la flèche retombèrent au bout de bras ballants. Quelque chose d'étrange... Nouveau regard vers les nuages, qui charriaient leur tristesse sans vraiment vouloir la laisser éclater. Sauf là bas, au loin.

L'horizon pleurait.

Arthur planta la flèche dans le sol et posa son arc. Assis en tailleur dans l'herbe, il fouilla dans son baluchon et en sortit une dague. Joliment ouvragée, arrivée entre ses mains par le hasard de plusieurs rencontres tissées les unes aux autres. Etranges et surprenantes sont les routes qui s'entrecroisent. Et qui font la richesse d'une vie.

La dague qu'il tenait entre ses mains, qui lui avait été offerte, était l'oeuvre de l'Andalou. C'était du moins ce qu'on lui avait dit. Hasard et étrangeté l'avaient faite échouer ici, entre les mains d'un Moulinois qui n'avait eu que peu d'occasions de croiser celui qui l'avait forgée. Mais les liens qui se tissent tout le long d'une route sinueuse forment parfois d'étranges échos, des reflets que l'on ne découvrent souvent que bien longtemps après.

Aussi distendus, fragiles et discrets soient-ils, ces liens existent. Chaque rencontre laisse une empreinte. Et l'Andalou qui échouait régulièrement à Moulins, ne pouvait que marquer profondément l'esprit de ceux qui le croisaient, même fugitivement. Parce qu'il était entier, symbolisait une rage de liberté qui touchait ou dérangeait, mais ne laissait pas indifférent.

De liberté à Libertad...

De la pointe de la dague, il effleura la balafre récoltée dans les geôles de Joinville. Geste étrange, nouvel écho aux liens tissés. Comme si joindre la dague et la balafre, l'Andalou et le Colosse, soulignait la relation fraternelle qui les liait et qui sautait aux yeux de quiconque avaient croisés leur route, du bon ou du mauvais côté de la lame.

Alors que la brise perdurait, soufflant une étrange mélodie aux accents ibériques, Arthur se releva, dague à la main, et fit face à la cible. Pourquoi pas...

D'un geste ample, il projeta la dague, qui tournoya en fendant l'air. Et se planta entre les deux flèches qui ornaient le centre de la cible.

La pointe toucha le coeur.

Comme il avait touché celui de tant de gens. En mal ou en bien, il touchait au coeur.

Regard vers les nuages, qui crevèrent en une pluie fine de pleurs dignes et longtemps contenus. Le ciel sanglotait et l'horizon était inconsolable. Quelque chose d'étrange traînait dans l'air... Une âme forte et fière manquait, et un vide béant ne serait jamais comblé.

Comme pour répondre à la brise, qui murmurait toujours une mélodie d'Andalousie, Arthur souffla quelques mots que le vent porterait peut être.


Adieu l'Andalou. Salud y libertad. Et basta...
Aphelie
La nouvelle était tombée comme un couperet.
Le pigeon s'était posé prêt d'elle tranquillement,
Comme si la nouvelle qu'il apportait n'avait pas plus d'importance que ça.
Le message déroulé sans réel appréhension était à présent écrasé par sa main.
La respiration difficile, le regard empli de larmes.


Citation:
« Rendez-vous au palazzo pour ceux qui veulent…
El Toro n’est plus… »


L’écriture du colosse défile en boucle dans sa tête.
Un rendez-vous et quelques mots qui déchirent le cœur.
Difficile à croire et pourtant...
Des images qui défilent dans sa tête.
Le son de leur dernière conversation.
Banale...ils parlent de la pluie et du beau temps, des plans foireux et de ceux à venir.
De la raclé qu’ils aimeraient infliger à ceux qui les ont lâché une fois de plus...
Puis il s’en va vaquer à ses occupations sur un « à tout vite, m’zlle »...
Vite oui...ça c’est passé si vite...
Elle ferme les yeux, le corps tremblant,
Pour reculer un instant le moment,
Pour refuser la réalité même si tout son être lui dit que c’est fini...
Des souvenirs de taverne, de choppes balancés en travers la pièce, des champs de batailles, le revoir jouer de sa lame, l’entendre chanter, remettre les gens en place, le revoir marcher, parler et rire.
Des souvenirs de son soutien, de sa facilité à apaiser ses amis quand ceux là pètes les plombs, ou les suivre dans leur délire...
Sa présence, sa main tendue dans n’importe quelle circonstance, toujours les autres avant lui...
Toujours...
Jamais...
Jamais plus ils n’entendront le son de sa voix, jamais plus il ne combattra à leur côté, jamais ils ne pourront mettre cette raclé tant mérité ensemble...
Jamais plus il on ne le verra dans un coin d’une taverne, jamais plus sa main ne se tendra vers un autre, jamais plus il ne prendra son enfant dans ses bras...

La gorge se noue et les poings se serrent un peu plus.
Elle essai de se rappeler la première fois qu’elle l’a rencontré.
En Gascogne ?
Avant ?
Ça ne revient pas...
Tellement de temps qu’ils chevauchent les mêmes routes.
Malgré les chemins parfois différents, ils finissent toujours par se retrouver.
Ou plutôt finissaient...
Mais c’était quand ?
Elle se relève dans une colère noire,
Commence à faire les cents pas.
Ça ne revient pas.


Bordel !

Le poing s’écrase contre un arbre.
La douleur est bien là mais elle ne s’en préoccupe pas.
La seule pensée qu’elle a en tête c’est lui.
Pourquoi est-ce si difficile de se rappeler ?
Parce qu’on s’aperçoit toujours trop tard que les petites choses qu’on pense anodines sont importantes.
Parce qu’on s’aperçoit toujours trop tard qu’on n’a pas dit à quel point on tenait à une personne.
Parce qu’on pense tous qu’on a le temps et la vie devant nous.
La vie...ce qu’il n’a plus...


Connerie !

A force de se relever des combats on ne se rendait peut être plus compte à quel point la vie était si fragile.
A force de passer au travers les mailles du filet, on pense qu’on est protégé,
Qu’une p utain d’étoile à la c on vous suit.
Mais ce n’est pas ça la vie !
Non, ce n’est pas ça.
La vie ne tiens pas en un clic...
On ne revient pas au monde en claquant des doigts,
Et quand le palpitant s’arrête...tout s’arrête...

Sans s’en rendre compte elle avait marché vers le palazzo.
Et la voilà qui arrivait, le pas lourd.
Un regard sur la bâtisse,
Elle n’y a pas remis les pieds depuis pas mal de temps, et il faut qu’elle revienne pour ça...
Qu’importe le temps, qu’importe ce qui c’est passé, qu’importe l’éloignement, la distance...
Quand l’un tombe ses amis, sa famille, se réunissent pour un dernier hommage.
Pour lui...pour ce qu’il a été et ce qu’il sera toujours pour nous...

Pour toi Fab...Libertad!

Elle reste en retrait laissant le temps à d’autres d’arriver,
Mais aussi pour repousser encore l’instant où ce ne sera plus qu’évidence...
Lady_antlia
[Une étoile de plus...]

A Moulins, elle avait appris la nouvelle de part et d'autres, recevant missives, plis..... étrange balais que ceux ci.
La gorge se serra doucement, une larme coula sur sa joue alors qu'elle ne savait pourquoi exactement.
Elle avait une rage folle qui commençait à émaner d'elle. Elle lisait la peine de certains, repensait à l'Homme , revoyait son visage, la gifle qu'il lui avait administrée, ses coups de gueule, leurs coups de gueule ... Et l'Homme....

Bien qu'elle n'était point de son monde mais plutôt du contraire, elle avait un respect pour certains qui se battaient avec grandeur, convictions et grain de folie.
Aussi... pour lui, pour eux, elle avait pris cheval afin de rejoindre pour le jour dit l'endroit qu'on lui avait indiqué ...
Pas d'épilogue sur le voyage, cela ne regardait qu'elle, juste une sourde douleur de ceux qui partent, de ceux que l'on pensait rock et guides, de ceux que l'on pensait revoir le lendemain.
Que ce temps filait .... Elle l'avait rencontré, avait rencontré de ces amis ... ce monde qui gravitait autour des Libertad, l'Etoile se battant contre eux, mais regardant avec respect leurs convictions et cette force qui semblaient émaner d'eux, les rassembler et les séparer.

Rien à dire, elle souhaitait juste.... être présente en ce lieu ce jour là. Elle n'avait rien à dire ... si ce n'était assurer de sa personne quelques amis, connaissances... mais surtout pour lui .
Geste infime....

Certes sa douleur ne serait absolument pas la même, certes sa présence ne serait sans doute pas appréciée, mais qu'importe. C'était le geste qu'elle souhaitait, en silence.

Ce jour dit, elle était là la petite noble, devant le Palazzo.... cape, capeline recouvrant cheveux blonds, debout contre un mur de l'autre coté de la ruelle, pas loin .
Car les âmes qui restaient étaient à soigner.... leur montrer que même dans l'adversité elle serait toujours là. Pur honneur que de leur montrer qu'elle comptait les voir encore et encore en face d'elle.
Juste là ce jour, pour lui , pour eux.

_________________
Lorenz
Il y a des jours avec. Et des jours sans.

Sans goût.
Sans envie.
Sans vie.
Sans rien.
Juste... sans.

Des jours où l'on aurait souhaité ne jamais se réveiller. Rester au fond de sa couche, sous le lourd duvet de plumes. Prendre le temps de s'étirer dans un bâillement sonore. Se frotter les yeux. Sourire au rayon de soleil qui vient vous chatouiller les paupières. Inspirer calmement. Écouter les rires des gosses de la rue, piailleurs s'éparpillant aux mille vents. Inconscients. Heureux...

Et puis il y a ces jours qui pèsent. Qui marquent. Qui plombent un bout de chemin de vie. De ces jours qui laissent une trace, invisible à l'œil nu. Mais aveuglante pour les coeurs. De ces jours qui vous fragilisent un instant le palpitant, vous laissent à bout de souffle, estomaqués. Des jours que l'on souhaiterait ne jamais avoir eu à vivre. Qu'on voudrait rayer du calendrier.

Et pourtant...

Il y a des jours sans. Et il y a des jours avec.

Avec un goût amer. De la vie.
Avec l'envie rageuse. De la vie.
Avec la vie. Envers et contre toute attente.
Avec.
Tout simplement.

Elle ferme les poings. Colère. Elle se mord les lèvres. Au sang. Elle les voit, près des grilles. Ils se rassemblent...

La jeune femme là, qui n'ose s'approcher, Lorenz la dévisage, la sonde. Aphélie...
Il y en a une autre qu'elle ne remet pas et dont la capeline, précieuse, dénote dans cette ruelle de la Cour des Miracles. Mais le temps fait sans aucun doute une trêve, ouvrant des portes et abaissant les barrières. Qu'il en soit ainsi.

Et puis, devant les grilles. Immobile presque. Statue colossale. Crokie, vieille connaissance de sa jeunesse, des jours d'insouciance. Les années l'ont grandi... Le poids qu'il porte ne semble guère l'affecter. Il a posé une main sur les barreaux pour prévenir les gardes. Ou Nicolas. Est-il seulement encore dans les murs...? Sans aucun doute. Il y a des choses qui ne changent pas. Du moins Lorenz l'espère.

Elle s'avance à nouveau, pas lourd qui résonne sur les pavés, claquement des sabots de sa monture qui rechigne pour les derniers mètres. Les jambes basculent du même côté et elle se laisse glisser à terre. Sans un mot, elle noue les rênes à la grille et inspire l'air humide de ce début d'automne, fixant les murs du palais quelques instants.

Puis lentement, comme on le fait dans la chambre d'un enfant, à pas feutrés, comptés et mesurés, elle rejoint le Colosse et son fardeau. Arrivée à sa hauteur, une main se pose sur son épaule. Elle voudrait parler, le remercier, lui dire... mais il y a des jours où les mots ne sortent pas.

Il y a des jours où seul le silence est messager.
--Natt
Les pieds nus traversent flaques et tas d’immondices sans que la marcheuse n’en ressente le moindre frisson, sans que son visage n’exprime le moindre dégout. Les rats qui se faufilent sous ses yeux sont à peine des ombres qu’elle remarque. Pas plus qu’elle ne sent s’écouler sur ses joues les larmes qui ne la quittent plus. La houppe noire, celle qu’il lui avait offerte, traine et détrempe en son ourlet, mais elle n’y prend garde…
C’est pieds nus qu’elle l’avait rencontré. C’est pieds nus qu’elle lui dirait au revoir.

De marbre, le visage est de marbre, blanc. Le regard fatigué mais déterminé, les lèvres fermées sur un air qu’elle aimerait ne plus respirer. Tant chaque inspiration lui brule les entrailles.
Mais de tout ça on ne verra rien, ils ne verront rien. C’est sous une capeline noire, visage presqu’entièrement caché par la capuche que la vagabonde s’avance au milieu des ruelles de la cour des miracles.

Elle ne devrait plus être vivante, il ne l'est plus, elle ne doit plus l'être.
Là où il est, elle doit être.

Dans l’instant, il est là bas… son corps.. est là bas

Quelque part dans cette bâtisse qu’il chérissait tant pour le nom gravé sur la plaque à l’entrée. LIBERTAD. Sa vie, son envie, ce pour quoi il se levait chaque matin.


« Libertad r’naitra » disait il. Il transformait ses espoirs en certitudes, pour ne pas plonger dans le vide. Des noms revenaient sur ses lèvres alors, des personnes en qui il fondait toutes ses espérances. Elle aimerait les rencontrer. Leur dire à quel point elles étaient importantes pour lui. Leur dire les étoiles dans les émeraudes lorsqu’il parlait d’elles, des convictions qu’il avait.

C’est là bas qu’il repose. Le Palazzo. Elle en connait le chemin.

Elle a galopé, sans s’arrêter une seconde, sans souffler, sans se nourrir…
L’idée de continuer à vivre sans avoir vu une dernière fois le visage aimé avait été trop insupportable. Elle ne savait encore comment elle y parviendrait, mais elle poserait encore une fois ses lèvres sur celles de celui qui fut l’autre moitié d’elle-même.

Pour l’heure, Loca aux bons soins d’un palefrenier municipal, pieds dans l’eau stagnante, elle avance, sans voir quoi que ce soit autour d’elle. Ni le mendiant qui l’accoste, la bouscule sans qu’elle ne réagisse. Ni les gamins qui crient en se pourchassant, armés de bouts de bois imitant des lames. Ni les femmes qui hurlent par les fenêtres des choses que de toute façon elle n’aurait pas comprises. Eclectisme et diversité. La cour des miracles.
Elle s’y perdrait bien… plus tard… peut être.

Elle a rendez vous.

Alors que les ruelles se font un peu plus propres et silencieuses, elle abaisse davantage la capuche sur son visage. Elle y est presque.
Quelques petites venelles encore à traverser et elle verra…

Et puis elle voit, au loin, la bâtisse d’ordinaire si éclatante, aujourd’hui sombre sous le ciel pesant et gris. Comme si lui aussi avait décidé que l’heure était au deuil.
Serrant la capuche devant son nez, elle guette.

Du mouvement devant les grilles. Silhouette reconnaissable entre mille. Le colosse. Comme elle aimerait courir vers lui, et d’un regard le supplier de lui dire que non, c’est pas vrai, il est pas mort. Comme elle aimerait entendre ces mots là… Mais le colosse a l’épaule courbée.

Près de lui, une charrette… qu’elle n’ose imaginer être celle dans laquelle le corps de son Autre aura voyagé. Trop loin, elle est trop loin pour en distinguer le contenu, trop loin pour lire dans le bleu métallique du regard du colosse un sourire, un espoir.

Alors elle espère. Parce que c’est humain, elle espère voir arriver sans tarder un andalou dressé fièrement sur Viento, mèches collées au front par une averse.
Mais le temps passe et d’andalou il n’arrive pas. D’autres arrivent, le pas lourd. Le silence de la rue du Palazzo est pesant. Comme si tout s’était arrêté.

Elle reconnait Aphélie, frêle silhouette, mais si forte à l’intérieur. Elle aimerait aussi courir vers elle. Elle imagine son chagrin, elle imagine le chagrin de tous.

Mais tous n’auront pas envie de la voir au Palazzo aujourd’hui. Et elle n’a pas envie non plus de voir tout le monde. De prendre de risque. Elle avait vu dans certaines situations gravissimes tant d’insultes voler, tant de coups de griffes malvenus tomber, qu’elle craignait que l’hommage à Fab n’en fût entaché.

Alors elle se cache.
Embusquée sous une porte cochère elle observe, s’imagine un andalou l’ayant aperçue, apparaissant brutalement, là, devant elle, se marrant de la frayeur qu’il provoquerait…

En vain…
L’espoir disparait alors qu’arrivent d’autres chevaux, d’autres piétons, épaules elles aussi courbées.
Une femme rejoint Crok, dépose sur son épaule une main que la brune imagine compatissante. Elle n’a jamais rencontré cette femme, qui pourtant semble connaitre les lieux…

Et pour la première fois depuis son départ de Saumur, elle réalise pourquoi elle est là… le refus l’avait accompagnée jusqu’alors, l’espoir aussi… ça ne pouvait pas être vrai.

Le corps bascule jusqu’à s’appuyer à la pierre derrière elle, le dos glisse, les genoux se plient. Elle se retrouve assise, pieds nus dans des flaques qui croupissent là, dans le creux du pavé, averse après averse, depuis des années. La tête tombe en avant, des sanglots secouent les épaules… crier elle ne peut plus, la voix est éteinte. Le cri est intérieur, violent.

Elle sait qu’elle n’est pas dans un cauchemar, elle sait qu’il est mort. Elle sait qu’il n’y aura pas de retour en arrière.

Attendre, attendre son tour, attendre l’occasion d’aller le serrer une dernière fois dans ses bras, l’embrasser… elle n’est là que pour cet instant où elle se retrouvera face à lui, cet instant où elle dira à ce visage sans vie tous ses regrets, tout son amour, toute sa peine.
Dag
Cape brune, cheveu noir, il marche transformé. Va-t-il au hasard ou bien ses vieux réflexes guident-ils ses pas ? Ses bottes sont neuves, sa cape épaisse masque son profil, ses bras, ses mains. Taille moyenne, carrure banale, qu’importe, il n’est qu’une ombre.
Ombre parmi les ombres, nuit des miracles, nuit de pillage. Les rues la nuit n’ont pas le même visage, qui les a vues le jour s’y perdra la nuit tombée.
On ne la lui fait pas.
Il s’appelle Dag, il s’appelle jour.
Ces pavés le connaissent mieux qu’il ne les connaît.
Il les caresse du cuir et ils scandent pour lui.

Toc !
Toc !
Toc !


Il marche comme marchent les destinées, l’air décidé, l’air condamné, sans savoir rien pourtant.
Il songe. Ses pas réguliers, le chant de la pierre sous ses bottes bercent sa réflexion. Images de trésors, idées de puissance. L’or dans ses poches est lourd, il en avait oublié le poids réconfortant. Parle, démon, et distrait-le ; il n’a que faire de tes murmures.

Quelques ombres devant une grille, et soudain il s’arrête. Ses pensées dissipées, il reconnait son ombre, immense et solennelle.
Palazzo.
Silhouettes en deuil, devant la triste grille. Immobile il observe, intrigué, un homme est mort dans cette carriole. Il le connaît peut-être, car il connaît ses compagnons. Nerra, Aphelie, souvenirs de batailles, Lorenz évidemment.
Il le connaît sûrement.
Babettecormec_
Souvent quand sonne le glas, l'monde s'réunit dans leurs souvenirs que le mort leur a légués avant d’partir, emportant avec lui les rêves à venir. Laissant toutefois des anecdotes en cachette, de la mémoire à retrouver pour en goûter l'ampleur légendaire. Des secrets qui n'attendent que le grand jour pour germer en jasures... L'jour s'était pointé pis là, ceux qui l'ont côtoyé, d'un coup arrêtent de mesurer la force de l'homme à la grandeur de son ombre, mais à la clarté qui en émanait... Parce que l'Fab était un semeur de minuscule qui récoltait juste de l'incroyable.

L'souvenir de la rousse qui vient s'ajouter à ceux des autres, comme un livre qui raconte de façon décousue les brides d'une histoire à plusieurs conteurs. La sienne était p'tête des plus banales mais lui avait tout d'même marqué le d'dans.

Le temps d'une ou deux chopines en taverne. Juste ce qu'il faut pour être témoin d'un miraculeux quotidien. D'un moment d'vie grandiose de par son bonheur tout simple.

Ils étaient là... Lui et ses deux femmes. Oui v'là titre attribué lors d'la présentation de politesse. La rousse se souvient....

Du sourire de la Nattasha, pas peu fière du déterminant accordé par son homme...

De la pouffée d'rire de la môme, comme si l'passage de fille à femme était une promotion trop vite accordée pour son jeune âge.

Leurs claquements de clin d'oeil, leurs sourires moqueurs de tendre taquinerie, transmission de valeur, parlotte d'un visionnaire partageur de vérité... La sienne du moins.

"Apatride, nop!! De tous les pays puisque la terre est ma patrie."


L'tout entremêlé de gestes, rituel de complicité qui témoigne de leur lien d'attachement.

C'te soir là en taverne, la rousse s'était faite contemplatrice d'un moment d'vie. Un cadeau du Fablios et de sa p'tite famille. Le dernier souvenir en héritage.

Babette s’approche silencieuse, elle a laissé Fraublucker derrière avec le môme... Croise des regards, une moue consolatrice sur sa bouille. Elle vient poser une main sur l'épaule de son étoile.


HRP : Poste inspiré des contes de Fred Pellerin et édité.
Debrinska
Sans espoir
Son Loup courant a ses côtés, elle a chevauché sans arrêt, crevant *Braque* sous elle, dormant comme a la bataille dans les dernières meules de foin, écoutant le bruit de la nuit… dormir bien grand mot ! Elle a levé les yeux vers les cieux,,, maudissant ceux qui si trouvent ! Cherchant une réponse ses questions, à ce Pourquoi qui la hante !
Dans la nuit, là- bas dans les Taurides, il lui semble voir une étoile nouvelle ! S’accrocher à ça à l’espoir de cette lumière, à l’écho de son rire en elle, à cette amitié qu’il lui a donnée !


Devant le Palazzo
Trouvé lui fut presque facile, chaque enfant, chaque mendiant savait…se courber sur la selle, demander : Le Palazzo ?... Fablitos…des mains se sont tendues pour prendre les rênes et la conduire sans mot ou elle désire !
Du haut de Braque, elle domine la foule dense qui se presse pour rendre hommage au SANG de Libertad…Le vieux Palais, ou elle a séjourné peu de temps avant de l’accompagner dans ses guerres contre l’injustice et la misère, se dresse comme une sentinelle ! Elle reconnaît certains de ses compagnons d’armes… Lorenz, Aphélie, et Natta, femme de Fab… elle cherche des yeux.., la petite fille, qu’elle a surnommé en son coeur *Guernica*… et puis elle voit une silhouette qu’elle pense reconnaître, la Noblesse vient saluer celui qui part et les laisse orphelins !
Les larmes affluent et brouillent ses jades…Eikorc, LE FRERE, le fidèle, l’ami, le colosse, s’avance :


Un cheval noir seul devant
Portant écu d’or et de sang
Le Colosse le mène à la bride…
Du Toro, ce jour apatride !


Le palazzo couronnée de nuages noirs
Vernisse ses murs de déboire,
Ses fissures suintent de larmes
De sang arrachés à son âme !

Retentissent les vieilles dalles
Du pas funeste de ces compagnons d’armes
Portant sur leurs épaules le linceul
De celui qui vers son destin va seul !

Il s’est fait dans les venelles de Paris
Un oppressant silence ce jourd’hui !
Petit Peuple et Filles de tous bords
Truands et Bourgeois en silence défient la mort !

Et s’élève aux cieux un chant de guitare
L’Andalousie par les doigts d’un gitan,
Vient bercer le départ de l'infant !
Des hommes en pleurs et hagards
Relèvent la tête. Un cri dans la foule va enflant!
« Libertad pour fablitos
« Libertad tu es vivant »




! amigo, Te amo ... que me dejó encantada .. te echo de menos!
_________________
Leadusud
[Dans le campement du Lion de Juda, fôret de Nulle Part]

Par un oiseau de mauvaise augure, une terrible nouvelle parvient aux Sicaires.

Fablitos n'est plus.

Les mots glacent les sangs, cinglent les airs, sanglent les émotions.

Léa se souvient alors des moments amicaux et sincères, avant la campagne Bourguignonne. Il n'était alors qu'un allié de poids, mis en présence par les bons soins du Raoul. Tumultueux Andalou si vivant, maintenant éteint.

Une brise légère se faufile entre les Arbres protecteurs du Sanctuaire de la Vraie Foy Aristotélicienne.

Deux lourdes larmes glissent sur ses joues puis tombent lourdement sur les pierres bordant le ruisseau, où la Sicaire est venue se recueillir. D'une main dans sa bourse, elle se saisit d'Edelweiss séchés, les fleurs Hélvètes, qu'El Toro a pu admirer lors de sa venue au Tournoi de Genève.

Délicatement, elle les effeuille un a un. Certains pétales virevoltent vers les cieux, d'autres tombent dans l'onde courante à ses pieds.

Qu'importe le chemin, Lea sait que les pétales atteindront Fablitos, au Jardin des Délices.


- L'éternité est à toi, murmure t'elle.
Alphus
Nous ne faisons que fuir, nous cacher, partir sans jamais nous retourner, nous courons, voguons sur les vagues de la vie…. Vagues qui déferlent et entraînent avec elles, le cœur des hommes, elles vont vite, si vite, trop vite………..Les menant vers des rochers, certains passent, d’autres trépassent ainsi est la vie, ainsi est le destin………..ainsi sont-ils……dégueulasses !!

Et puis un jour, lorsque l’on prend le temps de se retourner, qu’on prend le temps de regarder derrière, on s’aperçoit que des choses, des personnes, ont disparues, alors un vide se créer, on ne voit que les empreintes laissées et qui s’altèreront avec le temps…….et qu’on oublier de leur dire, de leur montrer qu’on les aimait…..

Laissez moi vous compter une histoire : L’histoire d’une rencontre, rencontre d’un Andalou et d’un Homme, tout c’qu’il y a de plus banal ; Les 2, engagés au sein de l’OST du Lyonnais-Dauphiné, les eux avides d’aventures dangereuses et aimant défier la mort.
Mais l’armée n’était pas pour un Andalou au sang chaud, la rigueur, le devoir, l’obéissance pas pour lui ça, une rixe, un procès pour insbordination plus tard et l’Andalou parti, au loin accompagné d’sa Lune……La vie de l’autre Soldat fut bouleversé par la rencontre de cet homme impétueux et au sang chaud, il décida de les suivre et les accompagner là où ils se rendaient, il comprit vite que Fab n’avait qu’un but : Vivre Libre !!!!!!
Parce que c’est le souvenir que j’ai et que je veux conserver de cet homme fabuleux, le goût de la liberté, vivre sans se prendre la tête, tel est l’héritage qu’il me laisse.

Fab ! chaque homme voulait l’avoir pour frère, chaque enfant pour père et chaque femme le voulait pour elle seule……il donnait sans rien attendre en retour, un homme de cœur, un homme pas compliqué au fond……….

Bon voyage à toi, l’ami, mais on s’retrouvera, je le sais, on se retrouve toujours……….
Dag
Fablitos.
Front, poitrine, épaules, ses doigts le signent d’un semblant de croix. Eût-il seulement pensé au costume qu’il venait de tomber, l’ironie l’aurait frappé, mais aurait-il rit ? Le fait seulement que l’ironie n’éclate à sa face prouve comme il était touché.
On peut avoir croisé la mort cent fois, elle sait chaque fois trouver votre cœur.
Fablitos.
Il l’avait peu connu, mais il n’avait eu besoin de plus. Homme de passion, homme entier, homme d’honneur ; tout ce qu’il avait toujours respecté.
Libertad, les cris dans le vent et le sang versé, du romantisme avant l’heure – le temps avait passé, effacé l’idylle.
L’homme était toujours là dans son souvenir pourtant. Qu’importait que leurs chemins aient divergé, il était un homme dont le cœur l’avait touché, et il n’y en avait pas tant ; il méritait bien un instant, une larme, une pensée.

D’anciennes connaissances risquent d’affluer cependant, plus longtemps il restera un inconnu, une ombre, mieux cela vaudra. Aussi fait-il demi-tour, pognes dans les poches et les pensées agitées.
Aodrenell_ker_laouen
Cuando la pena es demasiado pesada referirse

Fatigue, ras le bol.
Rien qui ne va. Tout qui foire, qui lui échappe.
Quelques petits écus généreusement donnés à Tiss.
Quelques uns qui restent pour le beau brun qui l’aidait à t’nir debout.
Quelques victuailles à lui refiler pour rien.
Faut croire qu’elle a tout prévu.

Mais c’qu’elle n’avait pas prévu, c’est qu’elle n’réussirait pas à s’remettre.
Que malgré tous les efforts du beau brun et les rigolades amicales, elle n'y arriverait pas.
Elle avait juste envie de partir rejoindre les deux émeraudes qui d’vaient briller quelque part ailleurs.
Forcément elle retomberait face à face avec.
Forcément.. c’était pas possible autrement.
Les courriers qui arrivaient encore parfois, les mots entendus ici ou là, un prénom, une expression, un regard, un souvenir qu’on partage avec elle.
Finalement elle aurait aimé oublier tout.
Elle aurait aimé, un matin, n’pas se réveiller dans c'monde qui lui semblait si vide.
Elle aurait aimé se réveiller ailleurs, tout près de lui.
Y’avait rien à faire. Ça l’obsédait, ça la hantait, ça la rongeait, ça la tuait à petit feu.
Oh elle savait les médisances, les langues fourchues, les paroles de gens qui n’savaient rien de leur histoire, mais en racontaient tellement…
Elle savait qu’elle n’était pour eux qu’une vagabonde comme une autre.
Mais elle savait, elle, qu’il l’attendrait.

Elle a exprimé sa fatigue, son « j’en peux plus » elle l’a dit parfois, sans grande conviction.
Parce que c’était elle que ça r’gardait.
Elle a dit parfois, qu’elle allait s’pendre.
Elle le f’sait pas. On pensait qu’elle rigolait. Faut dire qu’elle avait bien caché son jeu la brunette.
Mais on ne pouvait plus compter sur elle.
Elle n'avait plus rien à donner.
Pas de combat
Pas de lutte
Pas sans lui.

D’autres l’avaient déjà compris.
Peut être même sa fille, là bas, au loin, l’avait-elle compris depuis longtemps.

Ce soir, elle a fait le coup
Elle avait tout prévu
Sauf que quand sa tête exploserait, ses amies seraient là.
Elle n’a pas eu le temps d’penser qu’elle les peinerait, les choquerait peut être
Elle n’était déjà plus là.
La corde a trouvé sa place autour d’une poutre
Le nœud a trouvé la sienne autour de son cou
Le tabouret à volé
Et la nuque s’est brisée
Pas eu l’temps de souffrir ou d’s’étouffer.
Juste… partie. Plus là.

Elle n’a pas trouvé les émeraudes.
Pas encore.
Peut être qu’on viendra la chercher.
Lui montrer le chemin jusqu’à lui.
Peut être pas.
Autour c’est doux, il fait bon, il fait clair.
Elle n’a plus mal. Déjà.
Elle sait pourquoi elle est là.
Elle sait qu'il est là
quelque part, elle le sent
Vite, le retrouver.
Elle l’a trop attendu…


La libertad y el amor, hasta la muerte... y despues
Aodrenell_ker_laouen
Houppelande noire sur le dos. Encore et toujours la même. La sienne, celle qu’il avait tenue entre ses mains, qu’il lui avait offerte le sourire aux lèvres et l’émeraude scintillante.
Certaines images ne s’effacent jamais. On les garde jusqu’à la mort.
Cette jument qu’elle traine derrière elle, cette houppe, ce portrait qui orne un mur de sa bicoque, ses lames, dagues ou autres… tous ces moments d’échanges qu’ils avaient partagés, sont là, gravés à jamais dans sa mémoire.

Aujourd’hui elle vient en paix.
La souffrance est toujours là. L’absence toujours aussi intolérable. Mais elle sent au fond d’elle qu’il est bien là où il est.
Son passage par les ténèbres, qui se sont ouvertes sur une clarté jusqu’alors inconnue mais si apaisante. Peut être que ça vient de là.
Mais il y avait eu le retour ici bas. Un soir d’orage comme il y en a tant d’autres au cours d’une année.
Bien qu’apaisée, elle avait toujours en elle ce manque, et cette absence. Ce vide que la carrure et le rire andalous savaient si bien remplir.

1457.
Année maudite qui aura vu mourir tant de gens chers à son cœur.
Mais laissé vivre tant d’autres qui mériteraient d’avoir disparu.

1458
En approche.
Et elle s’interroge : réussira-t-elle à vivre une année entière sans entendre le son de sa voix ? Sans vibrer au pas qui approche ou à l’accent qui chante ?
Alors elle vient le voir. Là, au Palazzo. Passer du temps près d’une tombe qui ne renferme plus que ce corps qu’elle a aimé. Mais c’est tout ce qu’il lui reste.
Lui parler, lui raconter…

L’endroit est calme, désert. Abandonné semble t’il.
La grille qu’elle pousse grince sur ses gonds. Les gardes sont absents, ou bien cachés. Peu importe, elle ne voit personne et c’est tant mieux. C’est pour Lui qu’elle est venue. Pas pour discuter avec qui que ce soit.
Les herbes hautes ont pris une teinte marronnasse, bouffées par le gel et la neige, couchées au sol comme si elles avaient été piétinées mais, tout simplement épuisées elles aussi par l’année qui se termine. Elles renaitront au printemps. Comme la vagabonde peut être. Lorsque le soleil daignera pointer à nouveau ses rayons.

Elle n’était pas là lorsqu’il a été inhumé. Elle ne sait même pas où se trouve la tombe de son Autre.
Les jardins du Palazzo sont grands, et les couleurs de l’hiver qui ont envahi les alentours n’aident en rien à avancer d’un pas léger. Quelques feuilles d’automne couvrent encore le sol, qu’il soit pierreux ou terreux. Ephémère nature qui parfois se refuse à disparaitre définitivement, et laisse au travers de ces pétales d’arbres, l’espoir qu’on ne disparait pas non plus pour toujours lorsque notre tour arrive.
Lui ne disparaitra jamais. Pour elle en tout cas.

La foulée se fait légère et silencieuse, alors que de ses yeux noirs elle fouille les jardins, espérant trouver, comme un rayon qui viendrait illuminer les lieux, l’endroit où repose l’andalou.
Et puis elle l’aperçoit. Là bas.
Un taureau gravé sur une pierre, qu’on a d’une manière qu’elle ne connait pas, teinté de rouge. El Toro rojo..
Son cœur se serre à ne plus voir de lui qu’une pierre qui lui rend hommage.
Son souffle se coupe quelques secondes, et elle n’ose plus avancer vers ce qui est la dernière demeure de celui qu’elle a tant aimé.
Et pourtant, c’est pour lui qu’elle est venue.
Alors regroupant ce qu’il lui reste de courage elle s’avance jusqu’à… Lui.


La tombe est grande, comme il le fut. Ils ont fait ça bien les Libertad.
Quelques fleurs fanées trainent sur la pierre, qu’elle repousse délicatement. On voit que l’endroit n’est pas visité souvent.
Et puis elle s’assied. Près de Lui, du moins en est elle persuadée. Tout contre la pierre qu’elle caresse inconsciemment comme si elle le caressait lui.

Et elle lui parle, lui raconte, sa vie, son ennui, ses voyages qui sont comme un tourbillon dans lequel elle se jette pour ne pas penser. Tout, elle lui dit tout.
longtemps elle plongera dans ses souvenirs, leurs souvenirs, et quelques larmes qu’elle s’était juré de ne plus laisser couler, perceront malgré tout la barrière des paupières.
Elle lui redira le manque, le vide.
Puis elle laissera tomber son front sur la pierre, laissera échapper les sanglots qu’elle ne peut retenir et lui demandera encore une fois pardon, de n’avoir pas été là.


De longues minutes, elle usera ses ongles, abimera la pulpe du bout de ses doigts à gratter cette pierre, tant elle voudrait pouvoir le serrer contre elle encore une fois. Rien qu’une fois.

Mais la peine qui l’a submergée laisse petit à petit place à nouveau à la réalité des choses.
Il n’est plus là.
Ailleurs. Il est ailleurs, et cette petite brise qui fait voler quelques mèches autour de son visage, elle aime à penser que c’est son souffle. Ailleurs il est, mais jamais vraiment loin d’elle.
De son éternel baluchon elle finira par sortir une dague, et elle s’évertuera durant des heures à graver sur la pierre ces quelques mots qu’ils se disaient au moins une fois par jour.


HASTA LA MUERTE MI AMOR

Une fois terminé, elle rangera la dague dont la lame à présent est émoussée et lui dira dans un souffle.

Jusqu’à la mort mon Amour. Jusqu’à la mort.
La mienne maintenant. Celle que j’attends pour te retrouver.


Elle avait prévu pour lui un petit cadeau, qu’elle dépose lentement, tendrement même sur la pierre.
Ce petit pendentif qu’il lui avait offert. Un ange au bout d’une chainette. Volée lui avait-il dit… ce qui lui donnait encore plus de valeur.


Quelques mots encore, parce qu’il faut repartir, parce qu’elle n’a envie de croiser personne, sauf peut être elle, la lune… mais où est elle ?

Je reste avec toi par ce pendentif Fablitos.
Je suis avec toi en pensées chaque seconde de ma pauvre vie, mais là… je serai près de toi, vraiment, avec cet ange qui veillera sur toi.
Te quiero mi amor. Hasta la muerte.
Je reviendrai mi amor, je reviendrai. Chaque saison loin de toi je reviendrai.


Les jambes sont engourdies alors qu’elle se relève.
Le regard se mouille encore en réalisant une fois de plus qu’il n’est plus qu’un corps sans vie, là sous cette pierre.
Il est temps de repartir.
Loca la jument piétine dans la cour du Palazzo.
Un dernier baiser à la pierre tombale et elle s’écarte de lui, à reculons, parce qu’il lui est impossible de lui tourner le dos, même encore maintenant.


Un dernier murmure…
Je reviendrai mi amor… s’il m’est donné de rester vivante, je reviendrai. Pour toi.
Et soudain elle fait demi-tour, saute sur sa jument et la talonne de toutes ses forces..
Rester là encore serait prendre le risque de choisir de mourir près de lui.
Estrella.iona
[ Dix ans plus tard - en années Trellesques, évidemment. ]

Des semaines et des mois qu'elle avait formé le projet d'aller à la Cour des miracles rendre visite à son père. Des semaines et des mois qui passèrent avec la silencieuse promesse de trouver le courage nécessaire pour y aller. Pas qu'elle avait peur, pas qu'elle n'avait pas le temps... Juste qu'elle voulait trouver le bon moment, celui où elle pourrait s'adonner à de modestes confidences.
Les jours passèrent et une date arriva. Une date qu'elle voyait passer chaque année, comptant les automnes... Et là, ça faisait dix ans. Dix ans qu'un jour d'octobre, alors que la Zoko, l'Andalou et elle venaient d'emménager en Touraine, son père s'éteignit. Il n'était pas malade, elle n'avait vu aucun signe avant coureur, elle avait été surprise. Surprise et triste, très triste. Heureusement que la Zoko avait été là pour s'occuper de la petite orpheline. Qui sait ce qu'il se serait passé sinon...

Dix ans après, la petite orpheline a grandi, et elle a changé. Et lorsqu'elle se rend compte que ça fait dix ans déjà que son père est parti jouer dans le jardin du Sans-Nom, elle se dit que c'est le moment.
Embarquant sa fille qu'elle emmitoufla dans un châle pour la protéger du froid de l'automne qui commençait à se lever, elle quitta l'Anjou, direction Paris-Cour des Miracles-Palazzo.

Pourtant, elle était revenue plusieurs fois à Paris durant ces dix années. Elle aurait pu s'arrêter, faire un détour. Mais elle avait toujours senti que c'était pas le bon moment. Là, en l'occurrence, elle avait plein des choses à dire à l'Andalou.
Arrivée au Palazzo, elle mit un peu de temps avant de se repérer. Elle n'avait plus vraiment de souvenirs du lieu, ayant cinq ans la dernière fois... A cette âge là, les souvenirs passent et s'enfuient, d'autant plus s'ils sont géographiques. Mais après quelques minutes de recherche, elle finit par trouver. Le taureau rouge dessiné sur la stèle est toujours là, bien que les couleurs soient un peu passées...
Elle aurait pensé fondre en larmes, mais il n'en est rien : juste une boule qui se forme au creux de son estomac en même temps que les souvenirs affluent. Elle se souvient plus ou moins du monde présent le jour de l'enterrement, des Libertad pour la plupart. Elle se rappelle même qu'elle avait été heureuse et fière de voir tous ces gens qui aimaient son père et qui étaient venus le saluer une dernière fois.

Alors elle s'assit à même le sol, légèrement en retrait de la stèle, sa fille Aurélie dans les bras. Et après avoir pris une grande respiration...


Hola, p'pa.
C'est Pépita, ta fille... J'espère que tu te souviens de moi.


Quelle question... Mais dans le doute, Trella trouva cela logique d'apporter cette précision.

J'sais que ça fait longtemps... J'voulais venir avant, tu sais. Mais je trouve qu'aujourd'hui, c'est bien... Ca fait dix ans. J'ai plein d'choses à te raconter...

Tant d'événements qui avaient jalonné sa vie depuis ses cinq ans et qu'elle aurait tant aimé partager.

Déja... J'sais pas si tu sais... Mais maman, elle est morte. 'Fin, c'est ce qu'on m'a dit. Mais je pense que tu dois le savoir. Si elle est avec toi, c'est chouette... J'espère que vous vous êtes réconciliés, comme ça. Et si elle n'y est pas... Bah c'est qu'elle est ailleurs hein...

Soupir.

T'sais, quand t'es parti... C'est tonton Mal' qui s'est occupé de moi.

Le réflexe de nommer le borgne "tonton Mal'" était revenu sans crier gare. Comme si en racontant le passé, elle se replongeait dix ans auparavant.

Heureusement qu'il était là... Il a été chouette avec moi. Jusqu'à ce que...

Jusqu'à ce qu'il la renie. Mais Trella préféra taire la chute de l'histoire, peut être pour la garder pour plus tard...

Au fait... Tu vas être fier de moi ! J'ai pillé un château ! Ouais ouais. Bon j'étais pas toute seule bien sûr, mais ça compte ! Et puis quand on a fait la guerre, j'ai tué plein de gens. Juste quand j'avais six ans hein. Et puis là... On a refait la guerre, et j'en ai encore tué d'autres, mais là... J'ai eu moins d'chance, parce qu'ils m'ont eue. Deux fois.

Grimace. Un drôle de sentiment la parcourut.

Mais Mira et Mal' ont dit que ça voulait pas dire que j'avais perdu la main. Ah oui aussi... J'suis entrée dans la Zoko, quand j'ai eu dix ans. Je sais pas si c'est ce que tu aurais voulu, mais, j'le sentais bien. Jusqu'à ce que...

Toujours la même chute qu'elle voulut taire. Faudrait bien qu'elle sorte, à un moment.

Et... J'me suis mariée.

C'était étrange. Le drôle de sentiment s'amplifiait en elle, comme si elle craignait qu'il la réprimande, comme si elle lui avait annoncé de son vivant qu'elle s'était mariée à son insu, à quinze ans.

J'suis sûre que tu aurais adoré Leandre. Il est parfait... Et puis, tu avais dit que j'épouserais qui je voulais hein. Et puis... J'voulais te présenter Aurélie. C'est notre fille... Ta petite fille, donc.

Le regard de Trella se pose sur le bébé qui repose au creux de ses bras, et un sourire attendrit vint naitre sur ses lèvres.

Elle a pas trop le type espagnol, et elle est blonde, mais elle est quand même un quart andalouse. J'suis sure que tu l'aimerais beaucoup, elle aussi. Et j'aurai tellement aimé qu'elle connaisse son grand père...

Mais ça ne sera pas le cas. Faudrait qu'elle s'y fasse.

J'ai rencontré une dame aussi. J'l'avais vue y'a longtemps, et puis je l'ai recroisée y'a pas longtemps... Elle m'a dit que tu lui avais dressé son cheval. Elle s'appelle Fourmi. Tu t'en rappelles surement !
Ah et... j'ai quitté la Zoko.


Dit-elle avec une petite voix enfantine de gamine prise sur le fait, comme si cet aveu pouvait lui être répréhensible.

J'voulais avoir une famille, tu vois... Un peu comme toi, maman, et moi. Et pis Mal' m'a reniée. Du coup ça m'a conforté dans mon idée, et voila...

Pas besoin de plus de détails. C'est bien, comme ça.

T'avais dit que tu m'apprendrais à parler le spagnol... J'ai essayé, toute seule, mais y'a personne pour m'apprendre... Heureusement que j'ai pas oublié c'que j'avais appris quand j'étais petite...


Ca sonne comme un reproche, cette phrase. Ou un mi-reproche, juste pour lui faire comprendre qu'il lui a manqué, trop, beaucoup, énormément.

Elle a fini de parler, elle ne voit plus quoi rajouter, et pourtant, elle a l'impression que ça fait bien maigre, ces quelques phrases pour résumer dix ans de sa vie. Bien sûr, elle a oublié des choses, elle a passé des détails, omit des éléments qui n'auraient pas servi à grand chose.
Malgré ça, elle resta plusieurs longues minutes assise, près de la stèle.

Le silence résume parfois mieux les choses que pourraient le faire toutes les paroles du monde.
Plus tard, elle se releva, rajusta le châle autour d'Aurélie et après un dernier regard sur la tombe et la promesse silencieuse de revenir un jour, elle tourna les talons et reprit la route de l'Anjou.

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--Sentinelle_1
Jamais le Palazzo n'a été déserté. Entre les murs froids qui s'effritent lentement, des âmes veillent, s'amusent à faire s'agiter les tentures maintenant mitées. Le vent entre et circule librement, de la cave jusqu'au toit, mais si l'on s'arrête, que l'on ferme les yeux et que l'on "écoute" alors on discernera par instant au milieu de ces bourrasques, quelques souffles tièdes et éphémères qui se mêlent à la froideur ambiante. Encore faut il entrer au Palazzo pour frissonner à leur contact.

Elles sont nombreuses, ces âmes, à attendre que la vie reprenne en ces lieux. Rouges. Peu importe qui elles sont, elles sont toutes... rouges.

Les douleurs elles ont connu, chacune leur tour. Voir mourir ceux que l'on aime, et pour qui on aurait donné sa vie, et ne pas être là le jour où ils s'en vont pour les accompagner. Mais le ciel est bien fait. Eux qui étaient si loin de tout ce que l'église profère comme âneries sur le sans nom, la lune ou le soleil, ils rient ensemble, en silence, ils rient de voir qu'ils sont là, à nouveau réunis, veillant sur ce qui représentât longtemps leur vie, leur asile. Le Palazzo.

Aujourd'hui, plus de douleur. Les souffles chauds parfois se font plus vifs. Des poursuites peut être, des jeux. Mais les âmes sont muettes, alors le Palazzo est silencieux. D'un silence que seuls quelques petits animaux qui ont trouvé abri là, par moment perturbent. Sinistre, sordide, c'est ainsi que l'on pourrait décrire le palais des libertadiens aujourd'hui.

Les âmes n'ont pas de visage. Toutes se ressemblent. allez savoir quelle âme appartient à qui ? Impossible. Une chose les unit, même après la mort. Cet amour de la liberté qu'ils portaient en eux. Ils savent que ceux qui encore aujourd'hui pleurent leur absence, un jour riront avec eux entre les colonnes, les jarres brisées, les armes rouillées abandonnées là. Ils savent qu'un jour à nouveau Libertad sera reconstruit. Elles en rient aussi, d'imaginer libertad en une armée d'âmes tourmentant les ennemis d'hier.

Parfois elles sont tristes. Pourquoi se mentir. Elles sont tristes de voir leur palais ainsi déserté, les jardins à l'abandon. Ensemble elles regrettent les vieux gardes à l'entrée, les cavalcades dans les escaliers, les beuveries et même les insultes et les bagarres entre libertadiens éméchés. La cuisine, la dernière fois que le Bire avait été vu au Palazzo, c'était à la cuisine. Qu'était il devenu ? Est il aussi dans ces âmes qui rodent là ? Personne le ne sait. La lune ? où est la lune ? peut être ici aussi... personne ne sait.

Mais elles veillent, toutes ces âmes. Ensemble elles veillent sur leur Palazzo.
Les gardiens aujourd'hui ne sont plus en armure, ils sont séraphiques, impalpables, mais tellement présents.


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