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[RP] Le refuge

Nattascha
Nuit du 10 au 11 décembre 1456

Elle ne connaissait pas la température mais savait juste qu’il faisait très froid.

Après un dernier regard à la taverne elle partit dans la nuit jusqu’à cette ruine qu’elle avait aperçue il y avait peut de temps.
Fort heureusement, le ciel était vierge de tout nuage, et la lune presque pleine éclairait quasiment comme en plein jour. Le sentier jusqu’à la bâtisse montait et le baluchon bien que très maigre semblait peser le poids d’un cheval mort.
Une couverture sur les épaules, le bâton traçant un sillon dans la terre derrière elle, elle cherchait du regard cette bicoque qui lui servirait d’abri dans les jours à venir. Agrippée à la roche, elle se confondait facilement avec celle-ci. Camouflée, cachée, protégée, voilà ce qu’elle recherchait. Un refuge.
Puis chemin faisant elle trouva l’endroit. Peu accueillant à cette heure, ce qui était une bonne chose en soi. Tout le monde sait que les brigands travaillent la nuit. Sourire qui s’étire. Brigande, s’être fait traiter de brigande, risible en soi. Bande d’idiots.
La route bien que courte finalement puisque menant juste à la sortie du village, lui prit une éternité. Epuisée, elle franchit les deux petits murets qui ouvraient le passage vers la maison.
Un porche un peu plus loin fut franchi rapidement, et c’est ainsi qu’elle se posa dans l’entrée.
Essoufflée mais heureuse d’y être parvenue. Le baluchon atterrit par terre et lui permettrait de poser sa tête pour dormir.
Elle s’allongea ainsi, écoutant les bruits alentour, bruits de la nature qui sommeille… et s’endormit en songeant qu’il faudrait dès le lendemain penser à s’installer un coin sommeil digne de ce nom.


11 décembre 1456


Quelques flocons de neige se posant sur son visage la réveillèrent. Pétard il allait vraiment falloir s’occuper de s’installer au chaud.
Se redressant en grimaçant, sa douleur au ventre recommençant à la lancer, elle se leva et partit faire le tour du propriétaire, espérant ne pas découvrir trop de mauvaises surprises.
Une pièce sur la gauche après le porche d’entrée était quasiment effondrée de tous côtés… bah elle oublierait celle là. Un peu plus loin, une fenêtre, toute petite fenêtre, meurtrière peut être, ouvrait sur les collines autour. Le paysage était splendide avec ce blanc qui commençait à tout recouvrir.
Quelques marches sur sa droite montaient à une autre pièce, un peu plus grande et elle en fit rapidement un tour d’horizon, décidant que c’était là qu’elle poserait ses maigres affaires, son âme et son corps en souffrance dans les jours à venir.
Une petite cheminée dans un coin accueillerait quand elle en aurait la force quelques buches pour pouvoir se réchauffer et manger correctement.
Le baluchon et le bâton atterrirent près de cette cheminée et elle partit détailler son futur chez elle. Tiens, un petit balcon qui donnait sur l’entrée de la maison… Parfait pour voir venir quiconque s’approcherait d’ici. Le maçon avait bien fait les choses. Elle testa la rambarde pour en mesurer la solidité et constata avec bonheur qu’elle pourrait s’y appuyer sans aucun danger. Puis en souriant, s’attardant un peu sur la chose, elle nota qu’en fait ledit balcon n’était rien d’autre qu’une bonne grosse échelle que le maçon avait enfermée dans les murs.

Quelle misère de laisser périr de telles richesses. Mais bon, ça n’était pas perdu pour tout le monde.
Le reste de la maison fut visité lentement, ça n’était pas la grande forme. Quelques gamelles qui trainaient de-ci de-là serviraient une fois nettoyées à préparer des soupes ou autres mets revigorants. Des outils dont elle ne connaissait même pas la destination furent observés avec attention. Un truc qui pique, un autre qui pourrait servir à creuser… fort bien, tout cela était fort bien. Elle rapprocha tout cela de l’escalier qui menait à « sa pièce » et remonta pour se reposer un peu.
Dans la journée ou demain, il faudrait descendre au marché. Une miche de pain en réserve pour aujourd’hui suffirait… mais elle avait besoin de reprendre des forces et sans nourriture ce serait impossible.
Les murs la protégeaient des courants d’air mais la pièce était froide. Regard vers la cheminée. Vide. Pas une buche alentour pour se réchauffer un peu.
Elle se prépara mentalement à retirer ses bandages pour soigner et remettre au propre ses blessures, mais réalisa qu’elle n’avait rien apporté d’autre que le drap. Pas une flasque, ou même une goutte de gnôle pour nettoyer tout ça.
Gémissement de dépit… Il serait urgent de retourner au village pour en trouver. Mais pas pour l’instant. Juste envie de dormir.
La tête qui se pose à nouveau sur le baluchon, la couverture qu’elle serre autour d’elle.. laissant juste dépasser les yeux..
Le bruit d’un ruisseau qui serpente non loin provoque un sourire.. elle aurait, une fois son marché fait, tout ce dont elle avait besoin pour survivre..
Physiquement.

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Nattascha
Les cloches qui sonnent l’angélus du soir au village la réveillent… qu’est ce qu’il peut faire froid. Va falloir trouver une solution vite fait pour ne pas finir en bloc de glace.

Trop tard pour descendre au village. La nuit était tombée et sa blessure qui la faisait encore souffrir risquait de se rouvrir si elle chutait sur une racine d’arbre ou autre chose du même acabit.
Impossible de voir autour d’elle, de visiter plus avant la bicoque pour trouver ne serait ce qu’un fétu de paille pour le bruler… mais non, elle n’avait rien pour allumer un feu. Départ en catastrophe annonce de catastrophe.
Non non, pas se laisser abattre. Elle avait une raison de vivre encore, et pour celle là elle se battrait. Un filet de lumière de lune entrait par la fenêtre, elle se traina jusqu’à cet éclairage et fouilla son baluchon… rien, désespérant.
Le baluchon vole derrière elle dans un geste de rage. Douleur. Une mimique de colère se colle sur ses lèvres. Faut être idiote pour partir comme ça sans prendre de précautions.
Mais trop tard le mal est fait. Va falloir s’accommoder de ce qu’elle a. A savoir… rien du tout.
Ah si… le drap pour faire les bandages tiens… une couche supplémentaire pour la nuit à venir.
Va falloir prévoir quelques sacs de jute pour remonter tout le nécessaire demain… la nourriture, une couverture, de quoi allumer un feu si elle parvenait à trouver des choses à bruler, de la gnôle, en grande quantité, et… louer un âne pour porter tout ça. Sinon… catastrophe effective à prévoir.
Ça sera bien un âne… oui, surtout ne pas oublier l’animal têtu. Servira aussi pour aller chercher de l’eau.
Prévoir des gourdasses.
Retourne à genoux chercher son baluchon et en sort plume, flacon d’encre et un parchemin. Faire une liste. Pas évident de se souvenir de tout demain. Retour sous le rayon de la lune.
La main glacée écrit une à une les choses à ne pas oublier… bordel ce que ça caille..
Boirait bien une p’tite chopine, histoire de se réchauffer de l’intérieur. Non une ne suffirait pas. Rêve d’un fut dans lequel elle se jetterait. Même pas drôle…
Et puis cette couverture qui n’tient pas en place sur ses épaules a le don de l’énerver davantage.
Percute et se dit que si elle a envie de gueuler parce qu’elle est à bout, c’est pas ici que ça dérangera qui que ce soit. Note de ne pas l’oublier.
Un mouvement sur sa droite, près de la cheminée. De la visite ?
Pas un geste, se caler sous sa couverture et attendre. Observer. En silence. De petits grattements sur le plancher. Ah oui, de la visite. Les yeux s’habituent à l’obscurité petit à petit et aperçoivent une souris, un mulot, un rat allez savoir. Un compagnon d’infortune en tout cas, un ventre creux qui a dû sentir les miettes de sa miche de pain du jour et farfouille, les moustaches en alerte à la recherche de sa pitance.
Ne pas bouger. Continuer à observer. Une vie pour tromper la solitude, quand bien même elle serait du type rongeur, est bienvenue.
Ça furète, ça farfouille encore et encore, ça pousse le parchemin au sol, s’approche mais pas trop près. Doit pas avoir l’habitude de voir quelqu’un sur son territoire l’animal. Puis en un instant, disparait dans un coin près de la cheminée.
Il faudra regarder demain… et s’arranger pour que son visiteur ait envie de revenir la voir.
Trop fugitive présence. Regret qu’il ait déjà disparu.

On se bouge, autant qu’on peut bien sûr étant donné son état. Histoire de ne pas geler sur place.
Retour au parchemin. De plus en plus difficile de sortir les mains gelées de la couverture. Mais besoin de bouger.
Prenant appui sur ses mains elle se relève comme elle peut du sol et se dirige vers le balcon.
La lumière du village. La vie. Les autres. Eux. Lui peut être. Soupir qui s’échappe de la poitrine, profond, triste. Coup de cafard. Et ça n’est que le premier jour. D’autres suivront qui lui feront sentir davantage l’absence et le manque de chaleur de cette famille qu’elle s’était trouvée.
Assise sur le rebord de la fenêtre elle regarde la vie qui s’écoule doucement en bas. Ils doivent rire, boire, chanter peut être pour certains ces villageois. La chaleur de leur foyer leur fait oublier le froid à l’extérieur.
Et eux.. à la taverne.
Sourire qui tente de s’étirer. Souvenirs qui remontent.
Bah. La vie est ainsi faite. On n’a pas toujours le choix.
Un regard dans « sa pièce » lui fait se souvenir qu’elle peut se protéger du froid avec le drap. Elle se lève, se dirige vers son baluchon dont les effets sont éparpillés au sol et récupère le drap. La couverture se retrouve au sol, remplacée immédiatement sur sa peau par ce drap qui lui sera plus agréable. Froid de prime abord, il semble se réchauffer vite au contact de celle qui sans s’en rendre compte commence à subir les assauts d’une fièvre. La couverture vient s’ajouter sur ses épaules et une sensation de bien être s’empare de son être. Elle jette un œil près de la cheminée, espérant voir son ondatra de compagnon de misère re pointer son nez.
Mais non. Il est rentré « chez lui ». Soupirer.
Le balcon, retrouver le balcon. S’y installer aussi confortablement que possible, à l’abri du vent.
Et à nouveau plonger son regard vers cette vie en bas.

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Nattascha
12 décembre 1456

Front brûlant, mains glacées qui glissent sous les aisselles pour se réchauffer, pieds engourdis…
La nuit prochaine il fera meilleur, se promet elle.
La neige a beaucoup fondu, quelques plaques à l’horizon sur les collines les plus élevées rappellent que la veille tout était blanc.
Après avoir quitté son balcon la nuit dernière, elle s’était réfugiée dans un coin de « sa pièce » pour être davantage à l’abri des courants d’air… et grand bien lui en avait pris. Constatant l’état de ses mains, de son nez et de ses oreilles, elle réalisa qu’en restant sur son mirador, elle ne se serait peut être pas réveillée ce matin.
Sa douleur au ventre était toujours là, sourde mais présente. Il faudrait absolument changer ce pansement aujourd’hui.
Regard circulaire. Tout ce fatras dans la pièce. Pas envie de s’en occuper. Des choses bien plus urgentes à faire. Notamment calmer cette faim qui lui vrille l’estomac.
Un soupir, allez il faut se lever de là… et les pieds glacés qui font mal… maudit hiver.
Ne gardant que sa couverture sur elle, elle s’empare de son baluchon, de sa bourse et prend le chemin du village. Cœur qui se serre, espère ne pas rencontrer âme amie. Sans quoi elle pourrait ne plus avoir le courage de rentrer à son refuge.
Première étape, trouver un vendeur ou loueur d’ânes. Ça, des ânes elle en avait croisé dans Angoulême… et pas que du baudet… de l’âne qui crie des conneries en place publique pour s’faire remarquer, yen avait à la pelle. Et il serait étonnant qu’un de ceux là l’aident à monter ses victuailles dans son repaire. Trop…. Comment dire… imbus d’eux même et ne prêtant pas cas à autrui… enfin si… s’il y avait moyen de tirer quelque chose de cet autrui. Mais une pauvrette en sale état, aucun intérêt pour eux.
Pis de toute façon, pas dit qu’elle aurait accepté un coup d’main de ces gens là. Ou alors juste pour se marrer de les voir lui servir de porteur.

Pour pouvoir accorder un peu d’attention à l’un de ces crieurs, histoire de rigoler un peu, elle avait traversé places et ruelles d’Angoulême et se souvenait de bien des échoppes aperçues alors.
Commencer par un boulanger, qui lui dirait où trouver un ânier et lui acheter quelques miches de pain.

- Un ânier ? Qu’est c’c’est ti qu’ça ?
- Heu un vendeur ou loueur d’ânes m’sieur.
- Aaaaah un gars qui vend des ânes, ben v’zavez l’Emile sur la grand place qu’en a. mais j’vous promet pas qu’y sont en grande forme ses bestiaux. Vous prêt’ ra bien une de ses carnes jolie d’moiselle.


Grommelle intérieurement… jolie, t’as vu ma tête ? Et ma dégaine ? pis l’est moche le boulanger, alors s’en fout qu’il la trouve jolie.
Mais bon, un sourire, quelques écus et la voilà partie chercher « l’Emile » histoire de lui emprunter un baudet.
Arrive sur la grande place, ses deux miches de pain sous le bras et cherche une échoppe au nom d’l’Emile.
Rien, pas d’Emile en vue où que ce soit. Pas une enseigne ou même la moindre affiche pour trouver l’vendeur de carnes.
Tiens, un vendeur de légumes qui passe…


Hep hep m’sieur !!!

Tête qui se retourne

- Oui m’dame ?
- vos légumes là ont pas l’air trop mal, et puis surtout ça m’évitera d’en chercher ailleurs.. Combien ?

Transaction qui se fait, toujours ça de temps et de fatigue de gagné. Puis sourire forcé demande au maraicher s’il connait un gars du nom d’Emile qui vendrait des ânes.

L’Emile ? Ben l’est là bas en face. Verrez pas ses bestioles il les met derrière sa baraque. Mais y doit être là. Bonne journée m’dame j’file sur l’marché vendre c’que vous m’avez laissé.
Et disparait à un angle de la place.

Direction le marchand d’mules. A bien y regarder quand on se trouve devant, effectivement on se doute que ce gars là ne vend pas des tissus précieux. Ça tombe bien ce n’est pas ce qu’elle recherche. Une odeur de bourrique émane de la fenêtre entrouverte qui déboucherait le nez d’un enrhumé chronique.
Il faut bien se lancer, pousse la porte et entre dans la… boutique ? Oui, boutique… d’Emile et regarde autour d’elle pour finir par apercevoir carré dans un coin un p’tit vieux qui lit la gazette du coin.


- J’voudrais pas vous déranger m’sieur mais… parait qu’vous vendez des ânes alors… enfin, si on pouvait s’entendre sur un prix pas trop élevé ça m’arrangerait.

Tête de l’Emile qui se lève, l’air de dire « bordel j’étais en train de lire un truc intéressant, qui ose me déranger ? » puis sourire qui s’affiche. Elle se demande bien pourquoi mais bon, profitons de l’occasion

- ‘jour ma ptite dame, vous voulez un âne ? c’est pour quoi donc faire ?
- ben j’ai quelques provisions à amener… chez moi… et comme je suis un peu souffrante, je ne peux pas les porter moi-même.
- ben qu’est c’qui vous arrive ma jolie ?

Nouveau grognement… L’énervent avec ce mot.
- disons que nous avons avec mes camarades croisé une armée quelque peu énervée et qu’on a tous payé la note.
Grimace de l’Emile.
- encore une de ces foutues poutreuse hein m’dame ? dit sur un ton compréhensif
Hochement de tête de la poutrée, pas besoin de parler, il a deviné.
- ben vous savez quoi ? J’vous l’fais pas payer mon baudet. Bordel v’zavez assez payé comme ça. J’vais vous l’chercher. J’vous file l’Antoine c’est mon plus costaud. Pourrez lui coller tout c’que vous voulez sur l’dos, y bronchera pas.
Sourire reconnaissant pour l’Emile.
Ya donc des gens sympas dans ce patelin.
Attend dans la boutique se demandant par où il va faire entrer l’Antoine, et puis le voit arriver dehors devant l’échoppe. Sort en souriant.

- Merci m’sieur Emile, vous êtes vraiment gentil et… bonjour Antoine.
Sacré bestiau que l’Antoine. Et comble du luxe, Emile lui a collé sur le dos des panières qui pendent de chaque côté.
- Pour vous m’amzelle, pis vous embêtez pas à m’le ramener, il connait tous les chemins autour d’Angoulême. Il retrouvera bien son étable tout seul.
Geste impulsif de Natt qui se hisse sur la pointe des pieds pour déposer sur la joue d’Emile un bécot. Rougissement du vendeur d’ânes qui s’en retourne dans sa boutique sans demander son reste.
Elle saisit la bride du bestiau, et l’entraine dans ses derniers achats. De la gnôle, ne pas oublier la gnôle… a oublié son parchemin-liste la gueuse et la voilà se questionnant sur ce qu’elle va bien pouvoir oublier.
Drap, couverture, un peu de viande, briquet à silex, bois, alcool fort… le minimum vital.

Le marché fut fait rapidement et tout le nécessaire chargé sur le dos d’Antoine par des marchands compréhensifs au vu du teint pâle et du faciès épuisé de la demoiselle.
Une fois fait, une halte s’imposait. Tous ces efforts, cette marche, et la faim qui la tenaillait l’avaient épuisée.
Le muret à partir duquel elle avait vu Aye tenter de cracher à la tronche de la rouquine lui parut bien. Antoine attendant sagement près d’elle, elle passa ainsi quelques minutes à récupérer. Se remplissant les yeux de la vie, du mouvement, des rires et des cris des marchands qui circulaient dans le village.
Puis il fut l’heure de repartir.
Tirant derrière elle Antoine, elle reprit le chemin de son refuge, guère enthousiaste à l’idée du travail à fournir pour décharger toutes ces marchandises.

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Nattascha
Les voilà enfin rentrés du village.
La remontée fut longue et difficile. La blessure commençait à tirailler vraiment et elle s’était demandé plusieurs fois si sous le bandage, la couture d’Enorig n’avait pas lâché.
Pas envie de le savoir maintenant. D’autres efforts étaient à fournir et il fallait parer au plus pressé.
Antoine fut tiré jusqu’au porche de la maison.
Natt, s’asseyant sur la première marche montant à sa pièce, sourit à l’animal, en forme de remerciement. Le souffle court, elle lui caressa une oreille, chaude, douce… de la vie.
Restait maintenant à tout décharger..
Un âne monte t’il des marches ? Bonne question à laquelle elle pourrait répondre sans tarder.
Reprenant la bride d’Antoine, elle le tira doucement vers elle pour l’attirer vers l’étage.
Grumpf, avait pas l’air décidé l’animal. Il faudrait feinter.
Dans les légumes achetés sur le marché quelques uns devraient plaire à la tête de bourrique et l’inciter à la suivre sans qu’elle ait à forcer.
Tu me feras pas lâcher l’affaire comme ça bourrique…
S’approche des panières pour y fouiller un instant, en retire une belle carotte et vient la tendre sous le nez de l’animal. Oreilles qui bougent, nez qui ausculte la main tendue… et Natt qui monte les escaliers à reculons, sourire aux lèvres.
La charge est lourde et elle plaint l’animal d’avoir à faire tout cela. Mais seule avec ses p’tits bras elle n’y arrivera pas.
Petit à petit, l’Antoine qui doit aimer son estomac, la suit et monte les quelques marches qui mènent à « la pièce ».
Soulagée, elle lui flatte l’encolure l’embrasse même entre les oreilles, lui murmure des tas de remerciements et sort sa dague pour lui découper en morceaux la grosse carotte qu’elle lui réservait.
Alors qu’il se penche pour manger, elle s’attèle à la tache et sort des panières ses achats du jour.
Le bois… cette nuit elle aura chaud, frisson qui lui parcourt l’échine, il fait si froid ici… sortir les buches n’est pas mince affaire, et sa blessure en prend un sérieux coup… peu importe, elle s’en occupera une fois tout ça réglé.
Les légumes, le morceau de viande, les deux miches de pain et…. La gnôle… sourire ravi qui s’étire.
Elle ouvre une bouteille et la porte à ses lèvres. Soupire de contentement. Le réchauffement intérieur va pouvoir commencer.
Quelques gorgées plus tard elle poursuit l’âne curieux qui a décidé de se balader dans sa pièce.

Oh viens là l’Antoine, pas l’temps d’jouer !!!
La couverture supplémentaire, le drap pour les bandages, tout est sorti des panières.
Reste à l’intérieur quelques gourdasses d’occasion trouvées sur le marché… la journée n’est pas terminée.
Laissant en vrac au sol ses achats elle reprend Antoine par la bride et redescend l’escalier, puis passe les murets de l’entrée et prend un petit chemin qui descend au travers des arbres pour arriver au ruisseau tout en bas.
Elle s’accroupit au bord de l’eau et emplit les gourdes. Les charge une à une dans les panières, laisse à Antoine le temps de s’abreuver, et remonte.
La fatigue la plombe soudain. Trop d’efforts. Mais il faut survivre, et pour survivre tout ça est nécessaire.
L’envie de s’asseoir là et de laisser passer un peu de temps la dévore mais… le froid de la fin de journée commence à se manifester et il faut se dépêcher.
Un coup de main sur l’arrière train d’Antoine pour l’inciter à avancer sans qu’elle ait besoin de le tirer. Aimerait même qu’il l’aide à monter… s’accroche à sa crinière et l’encourage à monter la côte qui les mènera une dernière fois pour aujourd’hui à ce refuge.
Emile ne s’était pas moqué d’elle… le bestiau était courageux et monta la côte portant les gourdasses…. Et trainant la gourdasse.
Derniers efforts, mêmes efforts et les gourdes terminent près de la cheminée.
Antoine libéré de toutes ses charges, elle le redescend sur le chemin qui mène au village lui claque le derrière en le remerciant une dernière fois et le regarde retourner vers son maître et son étable.
Demi tour, tout n’est pas terminé. Mettre des buches dans la cheminée, réussir à faire partir un feu, ce qui n’a jamais été vraiment son fort.
Ramasser les gamelles de la veille, les rincer, et mettre de l’eau à bouillir. Une gamelle pour un repas, et une gamelle pour nettoyer ses blessures.
Légumes découpés jetés dans l’une d’elle, morceau de viande qui suit, le repas de ce soir sera fortifiant.
Et découvrir enfin l’état de son ventre.
Retirer sa chemise, et enlever le bandage. Il colle à la plaie. Grimaces. Ça n’est pas bon signe. Prendre un peu d’eau, mouiller tout ça pour le rendre plus facile à retirer. Et se rendre à l’évidence. C’est pas bon. Du tout. Ça suinte, c’est chaud, douloureux. S’approcher de la cheminée, déchirer quelques morceaux du drap, les tremper dans l’eau déjà tiédie et rincer ces plaies écœurantes. Attraper une bouteille de gnôle et en avaler quelques autres gorgées, puis serrant les dents en laisser couler sur la plaie. Geindre. Grogner, gémir mais ne pas lâcher l’affaire.
Déchirer de nouveaux bandages sur la longueur du drap et se les enrouler tant bien que mal autour du ventre. Peu importe l’esthétique, ce qui compte c’est que la plaie ne soit pas à l’air dans l’état actuel des choses.
Remettre sa chemise et s’approcher du feu. Fermer les yeux et apprécier au plus haut point cette chaleur dont elle avait tant besoin. Sentir l’odeur du repas qui embaume la pièce et après avoir déposé la gamelle sur un coin de feu qui brule moins fort, prendre ses couvertures, s’enrouler dedans et s’allonger au sol pour prendre enfin un peu de repos. Bouteille de gnôle à portée de main. Une bonne cuite l’aidera à oublier la douleur et à dormir la nuit prochaine.
Les jours à venir seront plus calmes. Tout est à disposition. Sa blessure va pouvoir cicatriser normalement et elle récupérer enfin un peu.

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Nattascha
Entre deux rasades de gnôle, elle avait mangé un peu, sans grand appétit, remis des buches dans sa cheminée, et s’était emplie de cette chaleur dont elle avait tant manqué ces deux derniers jours.
Et puis il y avait eu le coup de sang, de cœur, la lutte impossible, et couverture sur le dos, elle était descendue au village dans la nuit froide et silencieuse. L’alcool aidant elle avait cheminé sans crainte d’une chute ou d’une mauvaise rencontre. Rien à foutre, le manque de ses amis lui était par trop insupportable.
La porte du cimetière entrouverte légèrement avait laissé apparaitre ses plus proches amies, pas de présence non souhaitée, et c’est en s’ébrouant qu’elle poussa la porte pour l’ouvrir en grand.
L’odeur de la Taverne, la chaleur y régnant, les voix, les sourires… Baile, Aye, Linon d’abord, puis Barbi qui s’était jointe à elles par la suite. Poumons qui s’emplissent de ces souvenirs olfactifs, oreilles qui enregistrent les voix amies pour ces soirées de solitude à venir.

Les conversations étaient allées bon train, entrecoupées de rires et d’éclats de rires même, lorsqu’une prétentieuse du village s’était pointée pour apprendre la vie à des donzelles rompues aux échanges acérés.
Quelques chopines plus tard, il avait fallu rejoindre son antre, et c’est encore plus défaite par l’alcool qu’elle avait zigzagué jusqu’à sa cheminée presque éteinte.
Vite, remettre des buches. Retrouver la bouteille de gnôle entamée et constater qu’elle est quasiment vide. En prendre une autre, la déboucher et l’attaquer après avoir terminé la première.
Quinte de toux qui la secoue. Tiens c’est nouveau ça. Mais en rien étonnant.

Pigeon qui se pose sur le balcon… c’est le blanc à collerette bleue, elle en connait l’expéditeur. Se précipite comme elle peut vers l’oiseau, décroche le message de sa patte et vient le lire devant la cheminée. Cœur qui s’emballe, yeux qui se mouillent…
Répondre, vite, ne pas perdre un instant, pour lui dire, lui exprimer… ce qu’elle a en elle. Donner au Pigeon la réponse à transmettre, lui déposer sur la tête un baiser qu’il devra amener jusqu’à Lui. Et le regarder prendre son envol, le cœur en miettes d’être si loin de Lui qui souffre.

Finir très tard dans la nuit allongée devant sa cheminée, enroulée dans les couvertures, avec à portée de main la bouteille pour oublier. Ses souffrances, celles des autres, sa solitude, son manque d’eux, de Lui, ses craintes. Oublier le temps de quelques instants ce que la vie lui impose.
Et s’endormir lentement, les pensées flottant entre un champ de bataille, une taverne, et des yeux, dont la couleur avait imprimé sa rétine pour toujours.

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Nattascha
13 décembre 1456

S'étirer, aïe, non pas s'étirer.
il est temps de raviver le feu et d'y ajouter quelques buches, mais Arf, le stock diminue à vue d'œil.
Antoine n'étais pas assez costaud pour lui porter de quoi se chauffer pendant au moins une semaine.
Grogner ouvertement, jurer même, et s'dire que pff ya pas moyen d'avoir une journée tranquille.
Pas le choix, il va falloir descendre au village et trouver un moyen de ramener davantage de bois.
Rien ici à cramer, pas une planchette dans les décombres pour faire briller une flamme.

Et la voilà repartie, tête qui bourdonne, qui corne même. Sacrée gnôle que voilà. Faudra penser à en avoir toujours sous la main.
Elle se dirige droit sur la boutique d’Emile et y entre aisément sans tenir compte de l’odeur toujours aussi accusée de bourrique en stationnement.

- B'jour Emile, votre Antoine s'rait pas disponible dites moi ? J’ai besoin de ramener une bonne quantité de bois « chez moi ». ça brule plus vite que prévu ces choses là !!
Emile qui se lève, perturbé dans des panières qu’il était en train de fabriquer.
- Ah ben c’est pas d’chance, notre Antoine il est parti au verger aider un maraicher à transporter sa récolte. J’suis désolée ma p’tite dame. Pis j’en ai pas d’autre assez costaud pour vous monter du bois chez vous.
Mais si vous trouvez un canasson, j’ai bien une charrette à vous prêter, pour lui coller au derrière et mettre autant d’bois qu’vous voudrez d’dans.

Réflexion intense de la nouvelle ermite du village et sourire qui s’affiche soudain…

- Ah oui je connais quelqu’un qui aura peut être un cheval à m’prêter… bougez pas, gardez moi votre charrette et j’reviens .

Détour dans quelques rues pour s’approcher du cimetière. Et ces maudites fenêtres au travers desquelles on ne peut pas voir.. Elle entrouvre la porte et jette un œil.. Baile et un consommateur.. allez hop on entre et on s’pose quelques minutes.
Deux chopines plus tard, elle repart avec Hurriya le cheval de Baile et retourne du côté de chez Emile, pour le retrouver, le sourire jusqu’aux oreilles. Aime pas montrer qu’elle à mal Natt, alors… s’plaint jamais. Mais elle douille là. Tous ces efforts en deux jours, ça lui met le ventre en effervescence. Pas dit qu’ça finisse par guérir un jour cette histoire là.
Toujours est il qu’aimable comme il semble l’être au naturel, Emile se charge d’attacher la charrette au derrière d’Hurriya. Et ajoute même en secouant la tête


- M’faites d’la peine ma p’tite dame, même si vous dites rien j’vois bien qu’vous avez mal. Alors allez chercher vot’ bois et rev’nez m’chercher. J’viendrai vous aider à décharger ça chez vous. M’semblez pas assez costaude pour faire ça toute seule.

Total ahurissement s’en suit chez l’estropiée qui se demande comment elle pourra un jour remercier Emile pour tant de gentillesse.

- Oh... et bien... je, je… comment vous remercier ? Je sais pas quoi dire là, j’suis toute retournée par votre offre m’sieur Emile.

- T’occupe pas de m’remercier et appelle moi Émile tout court, le m’sieur j’laisse ça à ceux qui s’la pêtent ma mignonne. Pis t’as intérêt à arrêter d’me vouvoyer sinon j’te rends plus d’service.
Joues qui rosissent, pieds qui se soulèvent à nouveau pour déposer un bécot sur la joue râpeuse d’Emile.

- D’accord Emile, j’vais chercher mon bois et j’reviens vous... Hem, te chercher.

Elle file rapidement vers le marché, assise sur la charrette et trouve un marchand de bois qui s’occupe de charger tout ça sans qu’elle ait à s’bouger. Juste sortir les écus de sa bourse et le payer avant de retourner chercher Émile.

- J’vais prendre les rênes, pas la peine de t’bousiller davantage en tirant sur c’te carne.

Air revêche qui s’imprime sur le visage.
- Nan mais ho, c’est pas une carne, c’est l’canasson d’une amie alors respect !! Commence pas hein, sinon t’descends et j’me dém.erde. Ça va êt’ quoi d’taleur ? T’vas critiquer mon intérieur aussi ? Ben j’te l’dis tout d’suite, ya que dalle chez moi. Même pas un plumard. Alors garde ta salive et tes forces pour m’filer un coup d’main. T’fatigue pas à m’énerver. Ça risquerait d’marcher.

Et l’autre qui s’marre en coin.

- L’a pas d’forces la mignonne mais manque pas d’bagout. Installe toi et profite du voyage, pour une fois qu’t’as rien à foutre, te gène pas.

Se rencogne en grimaçant contre les buches dans son dos, en s’disant que si elle était pas dans cet état il comprendrait où s’cache son vrai bagout. Faut croire que les blessures ça ramollit la langue aussi… vivement que tout ça soit terminé.
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Nattascha
Une légère secousse sur l'épaule. Elle sursaute, prête à se battre. et puis grimace.. bordel cette blessure. où j'suis ? et dans quel état j'erre ?

un Emile ricanant la regarde.
eh ben, sur ses gardes la d'moiselle.. tu pionces d'puis une heure. et r'garde derrière toi, t'as pu rien à faire. j'ai tout vidé. on dit merci qui ?

Elle regarde derrière elle en se redressant et constate que oui, ya plus rien dans la charette..
ptain Emile t'aurais dû m'réveiller !! j'sais pu où m'foutre moi du coup.
sourire moqueur du marchand d'ânes..
ben t'as qu'à t'foutre sur l'lit d'paille que j't'ai fait dans ton antre ma belle. et pis tu recommences à pioncer.


Sourcil qui se hausse
où t'as trouvé d'la paille ? j'en ai pas vu moi ici !!!

épaules qui se haussent chez le faiseur de miracles
j'connais du monde moi m'zelle, j'suis pas un sauvage. pis comme tu roupillais j'me suis arrêté chez un gus que j'connais qu'élève des vaches, j'lui ai piqué un peu d'paille et pis voilà. cherche pas et rentre chez toi. t'as un bon feu qui flambe, un plumard qui t'attend. et me r'mercie pas sinon j't'en colle une... un d'ces quatre j't'expliquerai pourquoi j'fais ça.. pour l'instant j'ramène le ch'val à ta copine si tu m'dis qui c'est et tu t'occupes de rien.

Ben là, sait vraiment plus où s'mettre. ya des lustres qu'on s'est pas occupé d'elle comme ça, sans lui d'mander son avis et sait pas quoi dire.
ben oui mais, si j'dis pas merci j'suis comme une conne moi.. j'dis quoi ?
ben tu dis rien et tu vas t'pieuter.

l'Emile remonte dans la charette, prend les rênes et fait faire demi tour au cheval.
bon alors j'le dépose où l'canasson ?

Yeux qui se lèvent vers lui. si elle ne peut pas lui dire merci, elle espère que son regard l'exprime.
Baile, mon amie Baile, au cimetière, la taverne des Libertad.. elle est proprio du lieu... et dis lui merci pour moi si tu la vois.

petit geste de l'ânier qui d'un coup de renes sur le dos d'Hurriya s'en retourne vers Angoulème.
Plus envie de dormir, juste rentrer "chez elle" et se remettre de cette émotion. se faire aider, c'est pas son truc. Lui en voudrait presque à l'Emile si elle était pas si mal en point.


Ses pas l'amènent jusqu'en haut de son petit escalier et elle découvre effectivement un lit de paille dans l'angle juste à côté de la cheminée. Ses affaires entassées dans un coin et non plus éparpillées comme avant son départ. Regard en direction de la fenêtre... mais c'est qui cet Emile ? pourquoi il fait ça ?
Secoue la tête en geste d'incompréhension et file mettre sur le feu sa gamelle de la veille. ya d'quoi manger pour deux jours encore là d'dans.
Intriguée quand même par ce lit elle s'en approche et y dépose une main.. pas mal.. ça changera du parquet..
La gnôle, où est la gnôle ?? c'est bien d'ranger mais faut encore trouver quand on a b'soin d'quelque chose après... ah... pas bête..
sourire qui s'étire jusqu'aux oreilles. l'est pas bête l'Emile.. a collé la gnôle sur le balcon.. histoire d'la garder fraiche. Les bouteilles s'alignent les unes à côté des autres, et elle sent la supplication "bois moi bois moi". Pas le genre à se faire supplier longtemps de la sorte, s'approche ouvre celle déjà entamée et en boit une bonne rasade.
Le pansement, faut refaire le pansement... les gestes de la veille renouvelés. toujours chaud et douloureux mais ça ne suinte plus.. elle prend ça comme un encouragement. Les bandages sont refaits rapidement et on passe à autre chose.
Manger. la gamelle est chaude et l'odeur de cette sorte de pot au feu qu'elle s'est fait avec sa viande et ses légumes lui ouvre l'appétit. Ca aussi c'est bon signe...

Le temps passe et la nuit tombe.
retour sur le balcon pour y regarder la vie en bas.
Puis le pigeon arrive, le blanc... les messages se suivront tout au long de la soirée, faisant à chaque fois battre son coeur un peu plus fort.
puis... un long délai après l'envoi d'une question... Peut être dort Il à présent. Pas de réponse... elle espère qu'Il va bien.

Attrape la bouteille de gnôle… s’en glisse une lampée dans la gorge. Etouffer cette inquiétude. Une autre rasade, puis une autre. Sombrer dans le sommeil, rêver de Lui peut être. Mais crainte de manquer le blanc messager s’il venait à lui apporter une réponse. Se redresse en grimaçant, va jeter quelques buches supplémentaires dans la cheminée, attrape la deuxième couverture, se la dépose sur les épaules, et retourne vers son balcon. S’installe de façon à ne pas sentir sa blessure lui rappeler qu’elle n’est que convalescente, referme les couvertures sur elle et regarde l’horizon, le ciel dégagé, les étoiles, une peut être qui brille plus que les autres. Espérer qu’Il la voit aussi. Il fait froid, peu importe, elle se réchauffera à coups de gnôle, mais ne lâchera pas des yeux ce ciel, attendant la nuit entière s’il le faut le messager.

Sursaute en voyant une bestiole énorme, aux plumes ébouriffées atterrir sur sa rambarde. Se recule un instant. Aime pas trop ces bêtes là. Porte malheur parait. Le bestiau la regarde de ses yeux jaunes l’air de vouloir quelque chose. Manquerait plus qu’il lui demande de dégager pour prendre sa place. Fait un geste pour le chasser, battement d’ailes exprimant un mécontentement. Et sur une des pattes, dans le mouvement du rapace, aperçoit un petit parchemin enroulé. Sourcils qui se haussent. Serait il arrivé quelque chose à son emplumé blanc ? ou est ce un message venu d’ailleurs, d’une autre âme songeant à elle ? »

Tend la main vers le hibou, ou chouette, pas rassurée. A eu un faucon autrefois mais ça, elle s’en méfie quand même. Bronche pas l’épouvantail, se laisse prendre le message sans réagir, comme soulagé qu’on lui enlève ce poids à sa patte. Elle déroule le parchemin, tout en gardant un œil sur le machin posé sur son balcon, on n’est jamais trop prudente… et réalise que… une réponse de Lui. Avant de lire le message, elle redépose son regard sur la bestiole en fronçant les sourcils
t’es qui toi ? Regard jaune qui la fixe, frisson me r’garde pas comme ça ou j’te bute. Se retire près de sa cheminée, jetant de légers regards en arrière pour surveiller l’oiseau. En aurait presque pitié. Ça bouffe quoi ces trucs là ? Des rongeurs ? oui ben non.. Aura pas son pote qui vient lui rendre visite de temps en temps. Prend des morceaux de viande dans sa Gamelle et lui les jette de loin fous moi la paix que j’lise tranquille s’installe près de sa cheminée et commence à lire, le cœur battant la chamade… »

lit, relit et s'allonge dans son lit, près de la cheminée, le message serré contre son coeur. et s'endort doucement, ivre de mots et de gnôle... demain elle renverra l'épouvantail vers Lui, et lui dira l'attente, l'impatience...

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Nattascha
14 décembre 1456

Elle n'avait rien vu du jour qui se lève ou du soir qui s’annonce...
Ivre morte toute la journée. Même pas une pause pour manger. Boire et dormir étaient ses seules préoccupations. Entre deux siestes les pansements avaient été changés, mais quoi d’autre ? Rien.
Juste l’envie de ne pas voir le temps passer. Dormir Dormir Dormir
Quelques pigeons échangés tard dans la soirée et tôt dans la nuit l’avaient tenue éveillée un temps, mais les messages reçus lui avaient donné plus que jamais l’envie de plonger dans ses rêves, dans les ombres d’un sommeil qui laisserait le temps passer sans elle.


15 décembre 1456

Réveil embrumé. Esprit cotonneux, crâne en vrille, les abus de la veille se faisaient sentir. Fallait arrêter ça. L’alcool à petite dose ça va bien, mais là… trop c’est trop. Le malaise est insupportable.
Une seule solution… un passage au ruisseau pour se remettre les idées en place.
Mais d’abord regarder sous le bandage.
Tissus qui se détachent du corps lentement, légère crainte de ce qu’elle va trouver dessous… La douleur déjà est moins présente. C’est encourageant. Et puis découverte de la plaie. Et sourire qui s’étale. Pas de suintement, définitivement terminés semble t’il les bandages qui collent et l’infection qui couve. A compter d’aujourd’hui, plus de bandages. Elle laissera respirer la plaie pour une cicatrisation plus saine. Une main se pose sur la plaie, doucement d’abord, peur d’avoir mal, et puis petit à petit insiste davantage. La douleur est supportable comme jamais depuis qu’elle est tombée. Nouveau sourire. La vie revient en elle.

Elle fait du regard un tour de sa pièce et cherche son baluchon. A l’intérieur ce pain de savon qu’elle porte sur elle depuis quelques temps déjà.
Attraper au passage le reste de drap qui ne servira plus pour les soins et descendre au ruisseau.
L’air encore un peu frais du midi réveille ses sens doucement lorsque un à un ses vêtements trouvent le chemin du sol.
Le courant est vif et elle manque de se trébucher lorsque ses pieds se fondent dans l’eau fraiche et stimulante.
Les premières éclaboussures sont comme des coups portés à sa peau endormie depuis si longtemps. Et puis petit à petit elle sent son corps s’éveiller, se souvenir. Le pain de savon est sorti du baluchon et la peau frottée, comme si les miasmes de cette bataille perdue étaient encore sur elle. Quel sentiment de bien être, là dans la fraicheur du jour que de se sentir renaitre à la vie. L’eau, source de vie lui rend la sienne.
Les cheveux sont ensuite lavés, essorés puis relavés, cette eau froide sur son crâne termine de la soulager des restes de gnôle qui y stagnaient encore.
La bouche est rincée, encore et encore… grimace qui se déploie. Non décidément, les cuites comme ça terminé.
Et puis le drap, le restant de drap atterrit sur ses épaules. Profiter de l’occasion pour laver son linge.
Le froid pénètre son corps si peu recouvert, mais ce besoin de propreté est profond, et elle lave et relave ses vêtements, comme obnubilée par ces traces qui restent de cette bataille où elle avait cru laisser la vie. Cet échec personnel qu’elle vit comme une infidélité à ses compagnons. Souvenirs qui remontent qu’elle avait caché dans un coin de sa tête depuis tous ces jours. Les autres qui tombent, le sang, la boue… Un frisson la parcourt qui n’est pas de froid.
Renait alors en elle cette envie de vengeance et puis, là, d’un coup, elle sort de ses entrailles ce qu’elle retient, ce qu’elle avait enfoui depuis tout ce temps, et crie, hurle même dans le silence de la nature troublé seulement par le ruissellement de l’eau, sa haine. Les oiseaux se taisent comme terrorisés par ce cri venu du plus profond d’elle. Des larmes de dépit coulent ensuite le long de ses joues. Tout sort, là au bord de l’eau, tout ce qu’elle contient de tristesse et de haine refait surface. Elle a froid mais n’y pense pas. Seuls les images de ces nuits là, les visages de l’enfant et de ses compagnons blessés ou morts occupent ses pensées.
Elle reste ainsi un bon moment, frigorifiée au bord de l’eau à évacuer ce qui pourrait la rendre folle si elle le gardait en elle plus longtemps.
Puis quelque peu apaisée, elle ramasse ses vêtements trempés, les dépose sur son bras et reprend le chemin de sa ruine.

Les couvertures trouvent le chemin de ses épaules et la cheminée est allumée prestement. Les vêtements sont étalés devant le feu.
Elle attrape une miche de pain et vient s’asseoir, dos au mur, sur son lit de misère, et morceau par morceau, sans y penser, mange parce qu’il faut le faire.
Le regard perdu dans le vide devant elle, elle envisage les jours à venir,

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Nattascha
17.12.1456

Dormir, elle ne fait que ça. Dormir et se réveiller pour manger... depuis deux jours.
une horrible douleur lui a cisaillé les entrailles en fin de journée la veille.. et ne la lâche plus depuis.
Lui, il ne va pas bien, elle en est persuadée. Elle le sent au plus profond d'elle même.
comment l'aider ? Où est il ? n'y a t'il donc personne pourvoler à son secours ?

c'est plus fort qu'elle. elle le sait en danger.

Une douleur insupportable qui la laisse pliée en deux sur son lit de fortune.
Son impuissance ajoute à son malaise.
Mais où sont ils tous ces gens avec le coeur sur la main ? où sont les anges qui secourent, qui aident, qui sauvent ?
elle aimerait presque savoir prier pour que quelqu'un entende, voie ce corps qui souffre et attend soulagement.
mais elle ne sait pas prier. jamais fait.
lui reste juste à espérer...
elle ne fait que ça depuis des jours.
espérer, encore et encore.

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--Emile
20.12.1456

Après s'être occupé d'son bourricot d'bétail, L'émile avait décidé d'aller voir c'que dev'nait la sauvageonne dans son repaire.
Il ne l'avait pas vue d'puis des jours et commençait à s'demander si lui s'rait pas arrivé une tuile à la brunette.
La neige recouvrait la campagne environnante et une petite marche, les bottes enfoncées dans la pureté de c'que la nature peut offrir lui parut une bonne idée.
il irait à pieds... pas fainéant l'Emile, malgré son âge avancé.

De loin la ruine avait l'air très tranquille. En même temps, quand on est seul dans ce genre d'endroit c'est pas là qu'on a envie d'faire des raouts. Donc pas d'inquiétude précipitée, d'vait roupiller la gamine.
Arrivé devant le porche, vu qu'il n'était pas du genre mal élevé, s'mit à appeler

HEY !!! ya quelqu'un ? t'es là la brunette ? c'est l'Emile, va pas t'faire d'frayeurs pour rien !!

quelques instants d'attente, histoire d'voir si l'écho lui ramènerait une réponse, mais non, que dalle.
Là l'vieux commence à s'demander si c'est du lard ou du cochon.. et monte précipitamment les marches qui mènent à la pièce de la d'moiselle.
Première chose qu'il remarque dans la pénombre, ça caille. Pas d'feu dans la cheminée.
Son regard se tourne immédiatement vers le lit de fortune et n'y voit personne allongé.
Nom de Dieu où est c'qu'elle est passée la mignonne ? se demande t'il...

petit tour du propriétaire pour remarquer la gamelle sale dans la cheminée, les papelards éparpillés partout, et surtout, aucun cadavre de boutanche qui traine. Où qu'elle soit elle a pris sa picole avec elle.

Il redescend le petit escalier et va se mettre à la petite fenêtre qui donne sur la campagne.. vision périphérique sur tout ce qui entoure la barraque. Personne au ruisseau non plus.
Retour dans la pièce. Elle lui avait dit qu'elle était assignée au village pour un bon moment. Pouvait pas être partie en voyage. ptête bien qu'elle était r'tournée chez ses potes en bas, mais avait l'air d'dire que l'amitié avait tendance à s'faire la malle dans l'tripot.
Bah irait faire un tour pour voir si elle était là bas, juste histoire d'être sur qu'il lui était rien arrivé..
Faut dire que l'Emile, une ptite jeunette comme ça, qu'avait morflé à cause d'l'armée à tendance hystérique, il en avait connue une. sa propre fille. Quelques mois en arrière. l'était morte sur l'bord d'une route sans qu'personne lui porte secours.
Alors celle là, il f'sait avec elle comme il aurait voulu qu'on fasse avec sa propre fille, sa ptite Hermine, son ptit bout d'femme en qui il avait mis tout ses rêves.
Il voulait l'aider à r'prendre du poil d'la bête.
s'en cognait d'quel côté d'la barrière elle était, pis l'avait pas l'air mauvaise en plus la ptiote. Alors qu'on vienne pas lui dire quoi qu'ce soit sinon ce s'rait distribution d'baffes en rafale.
d'toute façon au village, tout l'monde savait par quoi il était passé l'Emile. et ça broncherait pas.

Histoire de pas être monté là pour rien, il ramasse c'qui traine au sol et l'entasse dans un coin près du lit d'paille.
Allumer un feu ? l'aurait bien fait mais il sait pas quand elle va rev'nir.

Va déjà descendre au village voir s'il la retrouve. Pas dit qu'une autre mignonne crèvera parce qu'il aura pas été assez attentif..
Nattascha
Retour aux sources (suite du dernier post à la taverne du cimetière)

Viento De Abril trottait doucement, le pas aurait été trop lent, et elle était pressée d’arriver à destination, impatiente que tout ce qui les avait amenés à partir si vite reste derrière eux.

L’Andalou dans un demi sommeil laissait son corps reposer contre elle, et il était temps d’arriver, la fatigue commençait à prendre le pas sur la force dont elle s’était sentie emplie tout à l’heure dans l’écurie.

Une silhouette un peu plus loin attira son regard. Les rênes furent tirées afin de ralentir le cheval. Intriguée qu’elle était de voir quelqu’un sur le chemin qui mène à son refuge. Pourvu que tout n’ait pas été saccagé là haut. Fab aurait besoin du lit, même de fortune, pour se reposer.
Le mieux à faire était de stopper Viento et d’attendre de voir qui venait à leur rencontre. La silhouette lui rappelait quelqu’un, mais ces derniers jours l’avaient tellement ébranlée qu’elle ne cherchait pas davantage à savoir avant de voir.
Bras qui se referment sur son andalou, presque protecteurs, visage qui s’abaisse et nez qui se retrouve respirant l’odeur de ses cheveux, son parfum à lui, nouvelle sensation de force qui la submerge… on ne touche pas à l’autre moitié d’elle-même.
Et puis tranquillement, arrivant à leur hauteur un Emile qui sourit.

Alors jeune fille, on s’ballade ? T’as trouvé où ton canasson ?
Regard du vieillard qui se pose sur Fab.
Mmmh l’a l’air aussi mal en point qu’toi l’jour où j’t’ai croisé pour la première fois, ton camarade là

Elle desserre un peu ses bras, redonne un peu de liberté au corps endolori qui repose contre elle.
Quelques mots qui s’échappent, simples mots qui résument sa pensée.

Oui il va mal, sa jambe, son épaule… faut que je prenne soin de lui, faut qu’il vive Emile.

Sourire en coin du vendeur de bourriques.

S’rait pas plus qu’un camarade çui là des fois ? T’s’rais pas amoureuse des fois ?

Direct l’Emile, pas le genre à tortiller pour dire noir ou blanc.
Elle ne rougit pas, la confiance toujours…

Clair que j’l’aime. Et des fois que tu te demanderais… nan, je ne l’ai pas enlevé. Voulait s’laisser mourir, et moi j’veux pas. Alors, j’le monte là haut, et j’vais m’occuper de lui. D’ailleurs, si tu veux bien venir m’donner un coup de main, ce sera pas d’refus.

Regard qui plonge à nouveau vers son Andalou, bouche qui s’approche de son oreille et qui lui murmure… « tiens l’coup, on est presque arrivés, me lâche pas »
Yeux qui glissent vers Emile, le suppliant presque de les accompagner au refuge.
Mais déjà le sourire est en place sur le visage de l’ânier

Bien sûr que j’t’aide ma fillotte, j’t’accompagne, on va l’sortir d’la ton copain.

Il attrape les rênes du cheval et les emmène vers ce refuge, cette grotte, qui verra revenir dans les yeux de l’andalou l’envie de vivre et de continuer son chemin.
Elle le serre contre elle, présence vitale, besoin de sentir ce coeur qui bat tout contre le sien.
Le bruit du ruisseau en bas, les quelques sons que la nature offre, comme dans un cocon au milieu de cette neige qui recouvre tout autour d’eux, un sentiment de paix et de sérénité régne ici. Tout ce dont ils ont besoin maintenant.
Restait à le transporter jusqu’au lit sans lui faire de mal plus que ce qu’il ne subissait déjà.

Laisse moi faire, fais c’que j’te dis et ça va bien s’passer. Déjà t’essaies de l’lâcher un peu, parc ‘que si tu l’tiens comme ça, il risque pas d’descendre du canasson.
Bras qui se desserrent à nouveau, légère sensation de vide lorsque son corps de détache du Sien.
Passe lui la guibole qu’a pas d’mal de c’côté ci, et laisse le glisser douc’ment. J’vais l’attraper t’inquiète pas. J’suis ptête vieux mais pour tanner mes bourriques j’ai b’soin d’force, alors me r’garde pas comme si j’me foutais d’ta gueule et fais moi confiance.

Elle avait confiance, et puis de toute façon elle n’avait pas le choix.
Son andalou fut descendu aussi doucement que ses pauvres muscles lui permettaient de le faire, et rattrapé sans aucun souci par Emile, qui le prit directement sous les aisselles après avoir grommelé quelques paroles d’encouragement, et l’entraina vers la bâtisse.
Elle sauta du cheval. Et l’emmena vers cette pièce qu’elle n’avait pas re visitée depuis son premier jour.. les murs éboulés par endroit ne gèneraient en rien le repos du cheval. Faudrait trouver de la paille et de quoi le nourrir, mais elle savait pouvoir compter sur Emile pour ça… on verrait plus tard… d’abord Fab.

Il était en de bonnes mains pour l’instant, elle en était certaine, alors elle prit le temps d’enlever l’harnachement du cheval, prit avec elle les sacoches contenant les frusques et autre barda dont Il ne souhaitait pas se séparer, et les rejoignit.

Fab était allongé sur le lit, recouvert du drap et d’une couverture, les yeux mi clos, un léger sourire au bord des lèvres, comme soulagé d’être enfin posé quelque part. Elle s’approcha et se baissa pour lui déposer un baiser, lui passa une main dans les cheveux pour repousser quelques mèches qui lui tombaient sur les yeux, lui sourit, lui fit un clin d’œil et lui murmura « tu peux te laisser aller maintenant, repose toi, demande moi ce que tu veux, tu l’auras ». Une main qui prend la Sienne et la serre, doigts emmêlés, en forme de promesse. Un autre sourire. Heureuse d’être enfin arrivée à bon port.
Détachant doucement sa main de celle qui dans la mesure de ses forces aurait voulu la retenir, elle s’approcha d’Emile, déjà en train de faire partir un feu.

J’ferais quoi sans toi Emile ? Je ne sais pas comment j’aurais réussi à l’amener ici sans toi. Je sais plus quoi dire ou faire pour te montrer ma gratitude. J’sais même pas pourquoi tu fais tout ça…

Regard noir du vendeur de bourriques qui se pose sur elle. De souriant il est passé à grincheux.

J’t’ai déjà dit d’jamais m’remercier m’semble nan ? Alors tu t’tais là d’sus et tu ne m’fais pas chier. Tu dis rien. C’est comme ça pis c’est tout.
Alors j’t’explique la suite des évènements, et tu dis rien tu m’laisses finir.
D’jà j’vais descendre au village t’chercher d’quoi bouffer, enfin, pour vous deux. J’ai entendu quand t’as posé ton merdier qu’y d’vait t’rester d’la picole, donc pas b’soin d’en reprendre. J’vais prendre la charrette de mon pote vacher et j’ramènerai c’qui faut pour l’canasson, t’occupes pas d’ça non plus.
Tout c’que t’as à faire, c’est t’occuper d’ton jules et d’toi. L’reste j’m’en charge.


Yeux qui s’mouillent, même pas envie de parler, ou de le contrarier. Regard qui se pose sur Fab, tripes qui se vrillent en le voyant si faible, et s’avouer que tout ce dont elle a envie c’est d’être près de lui et rien d’autre.
Sentiments mêlés d’espoir, de gratitude, d’inquiétude, de fatigue aussi..

Elle ne fait pas un geste lorsqu’Emile se lève et sort. Elle reste là devant la cheminée, les yeux perdus dans les flammes qui commencent à danser, dessinant déjà sur les murs derrière elle des silhouettes pleines de vie, présage certainement de la vie qui renaitrait bientôt en ces lieux.

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Fablitos
Hors de la ville, ils se trouvent brusquement confrontés à l’obscurité opaque. Pas le moindre quartier de lune. Seulement une neige tenace au sol et un vent glacial qui balaie la poudreuse, formant par endroit des congères peu profondes, et qui les secouent par bouffées glaciales, fouettant leurs visages tandis qu’ils traversent la campagne environnante. Ils se livrent alors à un slalom improvisé alors qu’à la dernière minute surgissent de l’obscurité des obstacles imprévisibles. Cisaillant ses virages pour éviter des monticules ou des stères de bois enneigés, la brunette dirige sa monture d’une main sure, l’autre maintenant fermement l’Andalou plaqué contre elle.

la notion de temps lui a totalement échappée. Un temps d’arrêt est observé, un dialogue s’amorce entre un homme dont il perçoit la voix lointaine et celle qui s’obstine à le maintenir en vie. Seules des bribes de phrases lui parviennent entrecoupées par les mugissements du vent dans les branches. Qu’est ce que peut fabriquer c’gazier dehors, par ce froid et en pleine nuit ? brigand ou braconnier en quête de proies à dépouiller ? Un souffle chaud vient mettre fin à l’inquiétude qui commence à le gagner « tiens l’coup, on est presque arrivés, me lâche pas »

Doucement des bras viennent l’enlacer, le plaquant fermement contre le corps de la cavalière montée en croupe derrière lui, lui insufflant sa chaleur alors qu’il se remet à grelotter. Le ballottement qui s’en suit lui fait comprendre que tout va bien et qu’ils se sont remis en route. Quand il font halte de nouveau quelques instants plus tard, les yeux entrouverts l’andalou aperçoit la masse noire d’une masure qui se confond presque avec le grisé du ciel. Non loin, le clapotis de l’eau indique la présence d’une source ou d’un ruisseau, des pas étouffés par la neige se mêlent à la musique nocturne.

Soutenu et encouragé par un homme à l’odeur chevaline, l’taureau s’laisse glisser au bas de sa monture et emmener à l’intérieur de la masure en serrant les crocs. Des éclairs de douleurs transperçant sa jambe blessée pas après pas, marche après marche. L’inconnu lui fait encore traverser c’qui semble être la pièce principale et l’aide à s’étendre sur un lit de paille qui le long d’un mur en pierre, fait face à une cheminée dans laquelle ne brûle encore aucun feu. Confortablement échoué sur la couche de fortune, l’andalou se pelotonne dans le drap et la couverture qui le couvrent, laissant éclore un sourire d’aise à fleur de lèvres.

Il pose ses grands yeux fiévreux sur la belle qui, après s’être occupé de sa bestiole, se rapproche de lui pour l’embrasser et lui dégager les mèches qui barrent son front humide. Chope le clin d’œil balancé à son intention et sourit, l’air mutin, aux murmures qui font pulser un sang chaud l’long de ses veines, « tu peux te laisser aller maintenant, repose toi, demande moi ce que tu veux, tu l’auras ». Elle continue de sourire, les lèvres entrouvertes sur des dents blanches et humides, il ne la quitte pas des yeux, une ombre bistre ses paupières et alors que ses doigts cherchent les siens, il s’empare de sa main.

Elle s’apprête à se relever.
Il la retient par la main.
Il n’a de cesse qu’elle l’embrasse encore.

Elle se penche rapidement sur lui. L’andalou goûte à sa bouche, pensant que la sienne doit avoir la saveur d’un enfant qui vient d’attraper un gros rhume et qui a le front bouillant. Il la suit encore un moment du regard alors qu’elle échange encore quelques mots avec l’homme qui les a aidés avant de le saluer. Et c’est les yeux humides, emplis de gratitude, qu’elle se penche dans l’âtre pour y déposer quelques buches.

La sueur ruisselle encore sur son visage attentif. Il scrute sans curiosité particulière la pièce aux allures plus que modestes. L’endroit dégage une impression de confort possible et de propreté. La flambée que Natt à allumée dans la cheminée assure une rassurante chaleur. Son foyer poussé au rouge ronfle au milieu de l’espace vide de meuble, faisant étinceler les émeraudes de l’andalou qui glisse sur un profil ourlé d’un délicat liseré de lumière dorée. Un visage qui efface toute peine, lui rend le sourire de l’amour et sa confiance en la vie. Retrouvant dans un souffle l’usage de la parole, les lèvres étirés par un sourire taquin, il murmure,

Agua ! j’ai soif !


Ils se retrouvèrent autour d’une nouvelle bouteille de gnole extirpée d’il ne sait où. Ils burent silencieusement le premier verre. Trinquèrent avec le deuxième. Le troisième leur apporta quelque chaleur supplémentaire. Alors, l’andalou plonge ses yeux dans l’éclat sombre des prunelles de la divette et un avec un r’gard empli de malice, lui souffle,

J’ai faim !
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Nattascha
La fatigue de la journée, ajoutée aux quelques verres qu'ils venaient de boire, et c'est comme dans un état second qu'elle l'entendit lui demander à manger.
Rêve ? Réalité ? Alcool ? Cerveau qui s'égare peut être, souhaits qu'elle imagine se réaliser dans l'instant. Se pincerait bien volontiers pour avoir la certitude d'être éveillée.
Une gorgée supplémentaire avalée. Étant donné la puissance du breuvage, si elle ne se réveille pas en sursaut c'est bien qu'il vient de lui dire qu'il a faim.
Et non, pas de sursaut, juste une sensation de brulure dans l'estomac qui se trouve être bien vide aussi.

Un sourire au survivant de multi tentatives de meurtre officielles. Une main qui caresse sa joue...

je vais te préparer quelque chose tout de suite.

Un léger tournis accompagne le retour à la position verticale. Un petit rire pour englober le tout et elle ressemble à une ivrogne en début de carrière.
Peu importe. Elle est heureuse, il est là, en vie, et elle aussi.

Détour par le garde manger arrangé près du balcon, au frais... un tri est fait dans ce qui reste de mangeable...
Une miche de pain grignotée... tiens tiens, l'ami rongeur aurait profité de son absence pour se remplir la panse…
Un morceau de viande enroulé dans un tissu, qui finira grillé tout à l'heure…
Quelques fruits ramenés de ses jours de cueillette au verger.

Deux pas en arrière, et regard jeté vers l'Andalou qui, contrairement à elle s'en est retourné à la position horizontale. Il a l'air bien. Mais avant tout, il a faim.
Une gamelle propre pour faire bouillir de l'eau, les victuailles posées dedans, deux gourdasses pleines et retour à la cheminée.
Yeux qui pétillent en simplement constatant qu'il est là, tout près.
L’eau est mise à bouillir, la viande déposée sur les braises, et les fruits rapprochés de la bouteille et des verres posés au sol.

Comme tu peux le constater, on manque un peu de confort ici... on mange par terre, ou pour toi... au lit. Certains appelleraient ça du luxe... vivons le donc comme ça.

Hésitation en pensant à ce qu’elle doit lui annoncer maintenant. Souvenirs qui remontent de ces moments pénibles où elle devait s’occuper de ses blessures…

La mauvaise nouvelle pour toi... c'est qu'il va falloir refaire tes bandages.
Mimique désolée sur le visage marqué par la fatigue.
Je pense qu'une fois que ta faim sera apaisée et que quelques verres auront accompagné le tout tu seras plus apte à supporter ce qui t'attend.

"Et moi aussi" pense t'elle... revoir ses blessures allait encore lui mettre un coup au cœur. Et d'ailleurs... la bouteille est soulevée et le goulot penché du côté des verres pour les remplir.
Un petit clin d'œil et elle se sauve vers la cheminée, verre en main, à moitié vidé avant d'arriver à destination.
La viande qui cuit et qu'elle retourne, commence à embaumer la pièce. Demain elle ira soulever la neige pour trouver quelques herbes qui parfumeront ce qu'elle mettra à cuire ici.

Encore quelques petites minutes et tu pourras manger...

Glisse t'elle l'œil fixé sur les braises qui rougeoient... l'esprit ailleurs... foutue fatigue.

Terminer son verre, la puissance du tord boyaux réveillerait un mort, et lui permettra de tenir debout encore un peu.
Mais il faut se relever… les membres engourdis par l’alcool et l’épuisement. Retourner au garde manger chercher de quoi poser la viande… tout semble un effort surhumain. Mais surtout ne rien lui montrer. Tenir jusqu’au bout.
Sourire qui s’affiche en revenant vers la cheminée…
Elle dépose l’écuelle sur le manteau de l’âtre, retire sa dague de sa botte, l’essuie sur le tissu qui recouvrait la viande et vient embrocher la chair avec, pour la déposer dans l’assiette.

Voilà ta pitance homme fort et vigoureux… lance t’elle dans une maladroite tentative pour le faire sourire.
Mmmh nan, laisse tomber, fais comme si j’avais rien dit… régale toi. Moi j’ai pas faim, je vais juste manger un fruit et ça ira bien pour aujourd’hui.
Et ne laisse rien hein !!


Elle étouffe discrètement un bâillement, lui donne la dague qui servira à découper son morceau de bœuf, et vient se poser au sol contre la paille du lit, près de lui, une pomme dans la main.
Croquer dedans histoire de ne plus avoir l’estomac qui brûle et puis s’en tenir à ça.
Arf, les bandages, il faut préparer les bandages..
Retour à la position debout, s’arranger pour ne rien oublier cette fois. La gamelle d’eau est posée au sol afin de refroidir un peu, on ne va pas le bruler non plus… le drap pour les banda…
La tuile... ce drap lui avait servi lors de son bain au ruisseau... il n’est plus suffisamment propre pour protéger une blessure... soupir… rien d’autre à disposition.
Yeux attristés qui se posent sur lui mangeant de bon appétit… re soupir.

Fab, je suis désolée, il faudra attendre demain pour refaire tes bandages. Je n’ai plus ce qu’il faut pour ça ici. J’suis nulle. J’ai même pas pensé à ça avant de partir.

Ne pas s’apitoyer sur sa nullité, ne pas craquer, ne pas laisser la fatigue l’emporter.
Retourner s’asseoir près de lui, remplir à nouveau les godets, jeter la pomme dans le feu, plus faim du tout, et lutter contre le besoin de sommeil, en picolant.
Ce passage en Périgord l’aura vu boire plus en deux semaines, que durant les années qui la séparent de sa naissance.
Pitoyable.

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Fablitos
[El veintidos de diciembre]

L’andalou constate qu’il a cédé à un lourd sommeil. Doucement les mirettes s’entrouvrent, l’une après l’autre, luttant contre la lumière aveuglante du jour qui s’est levé puisque c’est son droit…. Il repose sur le dos, l’corps est détendu. Un léger sourire r’trousse le bord d’ses lèvres… Les traces d’la fatigue, conséquences des jours noirs qui avaient suivis la dernière baston commence à s’estomper. Reste les stigmates des sévices infligés par les lames poit’vines, deux vilaines plaies fraîchement r’cousues à la cuisse et à l’épaule. Une croûte sur l’arcade sourcilière ainsi qu’des restes d’hématomes jaunissants sur ses flancs trahissent encore la violence des coups que l’on lui a infligés.

Ses tempes battent, prises dans l’étau d’une lancinante migraine certainement due à l’alcool ingurgitée la veille au soir. Il lutte un instant contre les images éteintes, se revoie lever son verre embué à leurs retrouvailles et à sa guérison future. Il se revoie liquidant le breuvage qui coulait de la boutanche pour emplir leurs verres. Puis, n’ayant pas de quoi confectionner bandages et pansements, le reste de la fiole n’avait pu servir d’antiseptique. La gnole avait donc été administrée à haute dose par voie orale… Désinfection par l’intérieur qu’elle lui avait dit la brunette. T’parles d’une ordonnance ! une cuite digne de c’nom, oui… Combinée à l’émotion des r’trouvailles, l’résultat est très convaincant. Hormis un sévère mal de crinière, les douleurs se font plus diffuses, la fièvre est tombée.

Il jette un œil à sa gauche et découvre sa compagne endormie. L’andalou s’accorde la permission d’se lover contre elle, le nez enfoui dans son épaisse chevelure de jais, cherchant à ancrer l’odeur de son parfum dans ses narines. Si bien que la matinée est d’jà bien avancée quand il s’étire longuement avant d’se lever, prenant grand soin de n’pas réveiller Natt qui, harassée par d’longues journées à s’soigner puis à prendre soin d’lui, se refuse encore à accéder à la surface du monde sensible. L’œil petit, glissant sur ses pieds, il traverse lentement la pièce en direction d’la cheminée. Tout en étant à l’écoute de son corps, il se penche pour ramasser une bûche de la main droite. Aucune douleur… Nada… Juste une légère sensation de tiraill’ment dans l’épaule au moment où il s’penche pour déposer l’rondin sur les braises qui rougissent encore dans l’âtre.

Malgré tout, c’n’est pas parce que la souffrance physique s’fait discrète, qu’il à l’fondement sorti des ronces… et ça l’andalou en est parfaitement conscient. Il faudra bien finir par les changer ses pans’ments, s’résoudre à r’garder ses blessures en face afin d’voir si la cicatrisation n’est pas freinée par une infection quelconque. Un pas pour choper une ch’mise propre dans l’cuir de ses fontes, l’tissus est rapidement transformé en bandelettes.

Bueno ! y’a plus qu’à faire bouillir de l’eau avant…

L’taureau se saisit du récipient qui avait servi à faire cuire la pitance d’la belle ces derniers jours, puis longeant le mur lentement, trouvant des points d’appuis pour éviter de trop solliciter sa cuisse déchirée, descend d’un étage. Un rapide salut à Viento de Abril que Natt à logé dans une pièce aux parois semi éboulées.

Holà Compañero ! como esta amigo ?

L’sourire se creuse tandis que l’œil repère ce qui, jadis, avait du être le manche d’une cognée. Canne improvisée dans une main, bassine sous l’bras, l’voilà pret à affronter sa corvée du jour.

Dehors le ciel a cessé d’déverser ses trombes de neige sur la campagne alentour. L’andalou, doué pour la r’connaissance d’voleur de poules, en profite pour boitiller en équilibre sur sa canne autour d’la bâtisse tapie au creux d’la roche. La masure, éclairée soudain par l’pâle sourire d’un soleil de derrière les nuages, luit de reflets nacrés.. F’nêtres étroites, portes basses et costaudes, murs de pierres flanqués d’arcs-boutants… pas mal comme planque, reste plus qu’à songer au confort intérieur…

Encore un peu faiblard pour parcourir avec une bassine pleine d’eau, la distance qui sépare la source dont il perçoit le clapotis à la ch’minée, l’andalou se baisse pour la remplir de neige fraîchement tombée. Un fois sa tache accompli, il cale le récipient contre sa hanche droite et laisse un moment son regard se perdre vers la ville qu’il distingue sous la ligne de l’horizon grisâtre. De ch’minée en ch’minée, de fumée en fumée, son r’gard ne tarde pas à se perdre au-delà des remparts. Il divague là-bas, à la limite du visible, s’éloigne entre les toits et les terrasses, plane un court instant au d’ssus d’Angoulême et fini par s’égarer dans une forêt d’cheminée. Et alors qu’il murmure le nom d’sa mioche une main de glace vient serrer son palpitant.

Liberta… où est tu ?

Où est elle ? où s’trouvent ils ? comment vont-ils ? L’échine traversée de tremblements incoercibles, l’andalou repique au délire de l’angoisse. Il est dans les mêmes dispositions qu’la terre ravinée d’une colline après l’orage. Ses lèvres sont arides. Il hurle,

Naaaaaaaaatt’ !
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Nattascha
Un cri, non un hurlement vient lui vriller les tympans dans le sommeil qui s’était emparé d’elle la veille sans qu’elle ne voit rien venir.
Boire, encore boire, l’explication à cette sensation de ne pas être vraiment en elle-même alors qu’elle bondit sur ses pieds pour trouver d’où vient ce cri..
Et puis souvenir… Fab, où est-il ? Regard affolé qui se pose sur le lit où il devrait se reposer, vide.
Mazette, faudrait pas qu’il lui réserve des réveils du genre chaque matin, sans quoi elle tournerait de l’œil au bout d’une semaine à peine.
Course qui la mène vers le balcon, œillade jetée rapidement alentour, pas âme qui vive, mais des traces de pas dans la neige immaculée devant leur refuge. Vite, vite prendre une couverture, il fait si froid ce matin encore, et descendre les quelques marches à toute allure, sensation de panique au ventre… qu’est ce qu’il était allé foutre dehors dans son état ?
Arrivée dehors, elle suit les traces de pas qui l’amènent sur le côté de la maison, et aperçoit… Son Andalou, posé contre le mur, le souffle court, tremblant de la tête aux pieds, les yeux perdus dans la campagne droit devant lui.. Elle s’approche doucement, le cœur en vrac de le voir aussi mal.
Des réminiscences de plein de choses ont dû envahir son âme. Elle a connu, vécu ces moments d’angoisse, de peur, de chagrin... ces images qui vous envahissent l’esprit alors même que vous les voudriez effacées à jamais.

Calmement, elle vient poser sur son bras une main apaisante, lui parlant à voix basse…

Hey… hey, j’suis là… ça va aller…

Puis s’approche, lui dépose sur les épaules la couverture, et passe ses bras autour de lui dans une étreinte réconfortante. Quelques instants ainsi immobiles, elle tente de calmer ses tremblements. Sont-ils de froid, de rage ou de peur ? Peu importe… Peut être le lui dira t’il plus tard, pour l’instant il faut qu’il revienne près du feu. C’est la seule urgence.
Elle lui passe doucement ses mains dans les cheveux, puis tente d’accrocher son regard en laissant glisser sur sa joue une main qui détourne lentement son visage du vide en face de lui.
Puis les yeux rivés sur les siens, dans un nouveau murmure, une main posée dans son dos l’orientant vers l’entrée de la maison, le somme doucement de la suivre

Viens, faut pas que tu restes là à geler, viens on rentre… allez, écoute ton infirmière personnelle…

La main dans le dos qui se transforme en bras autour de sa taille pour le pousser dans la bonne direction. Elle a le cœur qui bat la chamade, inquiète bien qu’imaginant très bien par quoi il passe. Le vivre soi et le voir vivre par ceux qu’on aime…. Tellement différent. Tellement plus difficile de voir les autres… de le voir Lui, le cœur certainement en bouillie là dedans.

Petit à petit leurs pas, lents, qui laissent derrière eux non pas des traces de pas mais des trainées, les ramènent vers la maison.
Les pieds sont lourds, chacun portant sur ses épaules un poids que l’autre ne peut connaitre. Un regard au village en arrivant devant l’entrée… il faudra bien qu’elle y descende pour trouver le tissu pour faire ses bandages… mais le laisser seul... Non, hors de question… Plus tard, plus tard… d’abord comprendre… l’écouter, le laisser parler s’il en a envie, ne pas le brusquer…
Les quelques marches sont montées en un temps qui semble une éternité. Le silence qui les entoure est pesant. Pesant de toutes ces images qu’elle revoit alors qu’elle le tient tout contre elle pour l’aider à avancer. Pesant de tout ce qu’il imagine, espère, craint… lui fait mal.

Le seul refuge qu’elle a à lui proposer pour l’instant est ce maigre lit de paille sur lequel il a passé sa première nuit d’homme brisé. Mais Libre.
Elle l’y accompagne et l’aide à s’y poser, dos au mur, la couverture toujours sur les épaules, puis vient s’accroupir devant lui, pose ses mains sur ses genoux.

Tu veux m’en parler ? Me dire ? M’expliquer ? Me dire ce que je peux faire pour t’aider ?

Ses yeux cherchent l’émeraude, mais lui, tête baissée semble soit prêt à bondir, soit prêt à s’effondrer. Des deux elle préfèrerait encore l’impulsion, qu’il réagisse, qu’il ne se laisse pas sombrer dans les limbes qui lui torturent l’âme en cet instant…

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