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Acta est Fabula

--_marcello


Soigneusement dissimulé de la vue publique, le nettoyeur vénitien surveillait les alentours. Son commanditaire le lui avait ordonné.

Il attendait donc que quelqu'un apparaisse.

Et tandis qu'il attendait, il se remémorait son périple en ce Royaume. Sa mission initiale était fort simple, et en foulant le sol françois, lui et son compagnon pensaient être rapidement entré à Venise.

En ce jour, et alors qu'il attendait, il décomptait les pertes : Michele, mort...et lui inconsolable.

Et en face: le vieux Nikos à Blois, rissolé. Le transylvanien : défiguré. Sa soeur : embrochée. Mais malgré cela, leur cible continuait à leur échapper et à les faire courir.

Travail pitoyable, en vérité, et peu digne du professionnel qu'il prétendait être.

Mais les choses allaient rentrer dans l'ordre, maintenant que les deux silhouettes qu'il attendait se trouvaient dans son champ de vision.

Discrètement, le nettoyeur quitta son poste de guet pour aller rendre compte de l'approche du duo. La phase finale allait pouvoir débuter.



Marcello
Dict
« Le Bourreau »
Parce qu’il le vaut bien
Sindbad
A mesure qu'ils s'approchaient du lieu de rendez-vous, Sindbad se sentait devenir de plus en plus nerveux. Malgré les propos apaisants d'Aparajita, une appréhension montait en lui.

Et s'il était réellement un criminel ? S'il avait tué de sang froid cet homme pour lui voler la Pierre-Dieu ? Après tout, pourquoi pas ? Puisqu'il savait s'en servir, pourquoi n'aurait-il pas été tenté de l'utiliser à des fins personnelles ?

Dans ce cas, il devrait se rendre à Venise, répondre de ses actes, subir son châtiment...Et décevoir tous ceux qui, au Royaume de France comme ailleurs, lui avait accordé leur confiance.

D'un coup d'oeil latéral, il vit sa protégée égrener un chapelet en marmonnant des paroles incompréhensibles. Récitait-elle des prières de protection ? Partageait-elle son angoisse, malgré ses paroles réconfortante ? Ou jetait-elle un sort à d'éventuels ennemis ? Car, s'il était innocent, qui d'autre avait commis ces forfaits ?

De loin, deux formes sombres apparurent, comme allongées sur le sol. Au même moment, il sentit la main d'Aparajita saisir son bras. Qu'était-ce donc ?

Les deux formes se trouvaient à l'intérieur d'une excavation rocheuse, entourée de deux promontoire. L'endroit parfait pour tendre une embuscade.

Sindbad et Aparajita se regardèrent. Le risque était-il acceptable ? Comment allaient-ils gérer la situation ?

Sindbad regarda la dravidienne dans les yeux et ne prononça que trois mots :
Servir et protéger.

Tous deux s'avancèrent donc vers l'excavation, laissant dans leur dos les deux promontoires rocheux. A partir de là, ils avancèrent dos à dos, afin de prévenir toute attaque surprise.

En se rapprochant, Sindbad reconnut Katalin et Theobald. Ils gisaient là, immobiles, allongés, les yeux clos. Etaient-il morts ?

Tout alla alors très vite.

Sindbad entendit, dans son dos, Aparajita gronder. Quelque chose se passait. Il se retourna.

Deux personnes leur faisaient face. Marcello...le nettoyeur de Venise.

Mais l'autre...cette femme...Ses cheveux teints au henné, son regard, et ce
Nazar Bonçuk autour de son cou, comme des milliers d'yeux qui le dévisageaient. La femme qu'il voyait en rêve plusieurs nuits par semaines depuis son réveil au couvent Sainte Marguerite de Cahors.

Graziella...

_________________

Ambassadeur Royal de France en Angleterre

Ex-Chambellan de Guyenne (avril/septembre 1456)
--Graziella.


D'abord un grondement de la moricaude à leur apparition...Décidément, elle avait toujours aussi peu de conversation, celle là.

Mais peu importe, la rousse n'était pas là pour elle.

Seul le constantinopolitain attirait son regard. Il semblait avoir pris une assurance qui le rendait encore plus charmant et fatal. Un sourire illumina alors son visage :


Theodoros, tendre objet de ma passion...Enfin, je te retrouve...

Les bras grands ouverts, elle accourut vers lui et se jeta à son cou, l'embrassant jusqu'à en perdre le souffle pendant ce qui lui sembla de longues minutes. Leurs étreintes vénitiennes lui revinrent en mémoire, et avec elles un bonheur enfin retrouvé.

Peu importait la présence du nettoyeur derrière elle, quand l'amour de sa vie se tenait devant elle.

Tout était oublié...Le bonheur, comme une vague, la submergea toute entière. Sous l'emprise de cette si forte émotion qui bousculait tout dans sa tête, lui nouait les entrailles et rendait ses jambes flasques et flageolantes, elle ferma les yeux et glissa gracieusement dans une bienheureuse inconscience.
--Aparajita


Visadhara...Elle ici ?

Aparajita était partagée entre peur et colère.

Elle se souvenait parfaitement de ce qui s'était passé entre elle et la femme aux cheveux de feu. A cause d'elle, elle s'était retrouvé sous la coupe de
Prison, dont elle s'était soustraite avec difficulté. Et là voilà qui revenait...

La dravidienne était donc fermement déterminée à défendre
Ganapati de l'emprise de celle qui l'avait envoûté dans La-Cité-sous-les-Flots.

Et voilà qu'elle se précipitait dans les bras de
Ganapati, qui non seulement ne la repoussait pas, mais semblait prête à l'accueillir.

Avec un grondement de rage, Aparajita repoussa celle qui n'était pour elle qu'une prédatrice. Mais le regard courroucé de
Ganapati lui apprit que le charme de cette femme faisait de nouveau effet sur lui. D'un ton sec, il lui ordonna de s'occuper de l'état de Prison et de Baul. A contrecoeur, elle s'exécuta.

Les deux hommes, à part une grosse bosse sur le crâne, n'avaient subi aucun autre dommage. Aparajita les ranima, tout en gardant un oeil sur
Ganapati.

L'histoire allait-elle se répéter ?



Aparajita,
Mi-femme, mi-bête
Protégée de
Ganapati
Recherchée par l'Ordre de la Pierre-Dieu
--_marcello


Le nettoyeur vénitien était resté à bonne distance, regardant Graziella évoluer tel un papillon effectuant sa parade nuptiale.

Il sut alors que son rôle prenait fin. Il avait rabattu le gibier là où son commanditaire le lui avait demandé. Elle prenait désormais les choses en main.

Cependant, il restait à verser le solde de son dû. Pas question de retourner à
Venezia sans cela. Michele ne l'aurait pas accepté, s'il était resté en vie.

Il se retira donc subrepticement, avant que le transylvanien ne retrouve ses esprits. Celui ci ne faisait pas partie de sa mission, et rien ne lui était plus désagréable que de semer les morts sur sa route. Ce n'était pas professionnel.


Marcello
Dict
« Le Bourreau »
Parce qu’il le vaut bien
Sindbad
Des sentiments mêlés agitaient l'esprit et le coeur de Sindbad.

Son coeur bondissait dans sa poitrine, en recevant dans ses bras le corps gracile de la femme, en respirant son parfum capiteux, en sentant la douceur et la chaleur de sa peau si délicate, le froissement de ses robes si raffinées...

Et simultanément, la tête lui tournait. La sensation qui l'avait saisi à Blois le reprenait de nouveau.

Tout se mettait en place. Des souvenirs qu'il croyait à jamais perdu dans les limbes de sa mémoire remontaient à la surface.

Une sourde colère déferlait en lui comme une vague que rien ne pouvait arrêter, qui emporterait tout sur son passage.

Il savait désormais ce qui s'était passé...Qui avait tué le gardien et volé la Pierre-Dieu.

Enfin, la vérité éclaterait au grand jour.

_________________

Ambassadeur Royal de France en Angleterre

Ex-Chambellan de Guyenne (avril/septembre 1456)
--Graziella.


Doucement, comme on sort d'un rêve, Graziella ouvrit les yeux.

Un sourire naquit sur son visage lorsqu'elle vit que ce doux oreiller sur lequel reposait sa tête n'était autre que le torse de celui qu'elle avait désespéré de retrouver.

Elle se redressa, et rejeta ses bras en extension derrière son corps, afin de se maintenir en appui. Machinalement, sa langue vint lécher ses lèvres rouges et pulpeuses. Détournant la tête de trois-quart, elle lança un clin d'oeil à son amoureux.

Mais la mine sombre et hostile de son compagnon, ses sourcils froncés, ses yeux plissés et son regard fixe firent disparaître ce sourire et apparaître une lueur d'inquiétude dans son regard. S'accrochant à sa taille d'un bras, elle prit sa main de l'autre pour y déposer ses lèvres délicates, comme une ofrande. Puis, toujours accrochée à sa taille, elle caressa tendrement sa joue :


Mon tendre amour, quel sombre nuage traverse ton coeur et attriste ton esprit ? Allons, un écu pour tes pensées...
--Theobald


Décidément, il faisait soif ce jour, en dépit du froid qui régnait. De nouveau, le ménestrel but quelques gorgées d'eau fraîche, puis se râcla la gorge afin de s'éclaircir de nouveau la voix et de reprendre le fil de son récit.

La protégée indienne du constantinopolitain m'avait tiré, quelques instants auparavant, de l'inconscience dans laquelle un vilain coup sur le crâne m'avait plongé, grâce à sa pharmacopée venue d'ailleurs. A qui devais-je cette bosse sur mon crâne ? Je l'ignore aujourd'hui encore.

Mais j'étais suffisamment conscient pour entendre le récit que fit l'homme de Constantinople à la splendide rousse qui lui faisait face dans une posture des plus suggestives, et dont les sentiments à son égard étaient plus qu'évident, même pour un observateur non averti.

Comme le constantinopolitain l'avait raconté à Orléans, la rousse utilisait ses atours pour obtenir des informations auprès de la diplomatie vénitienne. C'est ainsi qu'elle apprit qu'un lituanien négociait auprès des ottomans la carte des égouts de Constantinople.

Le but de la démarche était évident : les ottomans rêvaient, depuis fort longtemps déjà, d'annexer militairement la capitale de l'Empire d'Orient.Cette carte leur donnait les moyens de le faire en douceur.

Le patriotisme de Sindbad n'avait fait qu'un tour en apprenant cette nouvelle. Et c'est effectivement l'arme à la main qu'il entama les négociations. Erreur de jeunesse...

Mais le calme semblait revenir. Cela ne faisait pas les affaires de Graziella. Empoignant le poignet de son amoureux, elle enfonça elle même l'épée qu'il tenait encore en main dans le coeur du lituanien qui s'écroula.

Laissant le jeune constantinopolitain hébété, en état d'un choc qui le hanterait encore de longues nuits, la charmante informatrice s'en alla chercher la relique sacrée, avant de déguerpir, non sans tirer par le bras son infortuné amoureux.

Alors qu'il songeait à se rendre auprès des autorités locales, elle lui fit miroiter le spectre abominable du jugement, de la mort qui s'ensuivrait fatalement, tant toutes les preuves l'accablaient, du désshonneur qui éclabousserait son père, et de l'opprobre qui retomberait sur ses épaules.

Désorienté, il suivit donc sa rousse, qui ne fuyait que pour le protéger, se faisant ainsi, par amour, sa complice.

Ils embarquèrent à bord d'un navire sous des noms d'emprunt : Flavia pour elle, Sindbad pour lui.

Les flots agités de la mer et leur fuite éperdue les menèrent jusqu'à Saint Jean d'Acre. Puis, une caravane les conduisit à Jérusalem. Sindbad réalisa alors que sa compagne n'était pas vénitienne, comme elle l'avait prétendu, mais ottomane. Et l'homme qui était mort n'était pas un traitre à la cause de Constantinople, mais une source d'information infiltré dans l'Empire ottoman.

Graziella, dont il ignorait toujours l'identité véritable, le confia aux bons soins d'un certain Hassan, un survivant de la sombre secte des Nizârites, aussi connue sous le nom d'Hashishin, afin qu'il apprit l'art du combat à mains nus et devienne un agent de l'Empire. Il refusa, tout d'abord. Mais elle lui fit comprendre que rien ne serait pire que la peine qu'il encourait s'il était pris pour meurtre et vol de la Pierre-Dieu. Et sous ses yeux horrifiés, elle dévoila le produit de son larcin.

L'entraînement était dur. Et, pour ne rien arranger, Hassan s'employait à humilier le constantinopolitain, qui, outre la défense, apprenait les bases de la langue ottomane.


Le ménestrel interrompit son récit, afin de reprendre son souffle.

Theobald
Ménestrel,
Narrateur de « La Geste d’Orient »
Commentateur de matches de soule
--Theobald


Le ménestrel reprit, après un bref silence, le fil de son récit :

En six mois de présence en la cité de Jérusalem, Sindbad se sentait fatigué.

Ces séances d'entraînement physique intensif à toute heure du jour ou de la nuit pompaient son énergie. Il avait perdu goût à l'existence. D'ailleurs, en menait-il encore une ?

Il sortait peu, et toujours en compagnie de Graziella. Comme un prisonnier sous surveillance.

Le ciel était toujours d'un bleu limpide, et les rues animées d'un va-et-vient populaire, ponctué de passage de cavaliers, devant lesquels chacun s'écartait.

Voilà pourquoi le constantinopolitain ne prêta guère plus attention au bruit de sabot qui résonnait derrière lui ce jour là. jusqu'au moment où il se sentit coiffé d'un sac opaque, soulevé de terre et mis en travers d'une selle.

Il entendit, au lointain, les cris de Graziella. Le clapotis de l'eau. Les claquements de voiles. Il avait pris la mer.

Durant trois jours, il alterna sommeil profond et demi-sommeil. Entre deux, il avalait le contenu d'une modeste assiette, se demandant où il se trouvait.

Au matin du quatrième jour, une blonde à fossette entra dans sa cabine. Elle se présenta comme envoyé par son père pour l'hypnotiser afin de connaître la vérité. Son choix était simple : accepter et bénéficier d'une mesure de clémence en cas de culpabilité, ou refuser et comparaître avec une présomption de culpabilité.

Las de fuir, Sindbad accepta la séance d'hypnose.

A partir de là, il n'avait guère que des bribes de souvenirs. Mais l'un d'eux était particulièrement précis : il revoyait Graziella brandir une épée au dessus de sa tête. Puis, une douleur intense, un bruit comme un coup de tonnerre, le bateau qui semblait déchiqueté par une force invisible, le froid de l'eau et son sang visqueux qui coulait, coulait...

Et plus rien, jusqu'à son réveil au Couvent Sainte Marguerite de Cahors.


Theobald
Ménestrel,
Narrateur de « La Geste d’Orient »
Commentateur de matches de soule
--Katalin_lupescu


Le transylvanien reprenait peu à peu conscience.

Il se souvenait de cette charmante vendeuse, qui semblait si impuissante et désemparée tandis qu'elle essayait de l'avertir par signes que l'homme qu'il cherchait lui imposait le silence sous la menace de son arme.

Puis, une violence douleur derrière la nuque, et plus rien...

La douleur était toujours présente, en dépit des soins prodigués par son élève. Mais il découvrit avec surprise sa vendeuse dans les bras de l'homme de Constantinople. Que s'était-il donc passé ?

La relation entre eux semblait d'ailleurs orageuse.

Sindbad accusait la femme de lui avoir assséné un coup d'épée sur le sommet du crâne, le laissant pratiquement pour mort.

Du coup, cette créature au visage d'ange avait éclaté en sanglots.

Jamais de sa vie elle n'aurait porté atteinte à l'intégrité physique d'un homme qui était devenu sa raison de vivre, pour lequel elle avait tant sacrifié, malgré son geste malheureux autant que maladroit qui avait coûté la vie au lituanien. Sa tentative pour retenir le bras armé de son bien-aimé n'avait pu empêcher le trépas de l'homme.

La vérité était d'ailleurs fort simple : son amoureux, enlevé par d'horribles pirates et drogué, tandis que les écumeurs des mers conmptaient le libérer moyennant une confortable rançon, n'avait dû sa vie sauve qu'à l'intervention d'un valeureux équipage, dont elle avait pris la tête. Elle n'avait pas hésité à monter à l'abordage avec eux, et était intervenu juste à temps pour éviter à celui pour qui elle aurait sacrifié sa vie la décapitation.

Dans une manoeuvre désespérée, les forbans avaient détruit leur navire. Seul l'amour qu'elle lui portait lui avait donné la force de nager avec lui inconscient et blessé jusqu'au rivage le plus proche, bravant ainsi l'eau glaciale, et de le confier aux bons soins d'une congrégation. Mais poursuivie par les pirates survivants et leur impitoyable capitaine en jupon, elle avait dû se réfugier en ce territoire obscur qui, plus tard, devint le Comté du Béarn.

Se sentant remis, Katalin s'approcha du couple et s'adressa d'abord à Sindbad :


Votre courroux pour cette femme, qui depuis si longtemps a couvert votre forfait, est tout à fait déplacé.

En outre, elle m'a prouvé sa probité tantôt en m'avertissant, au péril de sa vie, qu'un homme armé la menaçait.

Nous avions un accord : nous reprendrons donc ensemble la route pour Venise, afin que vous soyez jugé pour votre acte.


Puis, il se tourna vers Graziella qui séchait ses larmes, après avoir exprimé sa peine :

Je vous prie de m'excuser, Madame, mais je n'ai pu m'empêcher d'entendre ce que vous avez évoqué au sujet de la mort de notre frère Darjus.

Ma mission consiste, si cet homme a commis ce meurtre, à le ramener à Venise afin que soit jugé son acte, et sanctionné de la peine qui paraitra la plus appropriée. Vous m'avez, par vos paroles, confirmé que les soupçons portés à son encontre étaient fondés.

Par contre, vos propos révèlent également votre présence lors de la commission de cet acte. Je vais donc vous inviter à me suivre jusqu'à Venise, afin que toute la lumière soit faite.


Katalin Lupescu
Le traqueur de Transylvanie, mentor d’Aparajita
Custos de l'Ordre de la Pierre-Dieu
mutilé par les M&M, il aura sa vengeance dans cette vie ou dans l’autre
--Graziella.

Elle dévisageait son interlocuteur défiguré, un demi-sourire s'affichant sur son visage tandis que sa langue passait une à une en revue les dents de sa mâchoire supérieure. Machinalement, elle glissa son pouce entre le majeur et l'annulaire de sa main gauche, tandis que sa main droite vint se poser sur sa hanche, doigts pointés vers l'avant.

Aurais-je laissé entendre que j'avais passé autant de temps aux côtés d'un vulgaire voleur, et aurais-je dépensé tant d'énergie à sauver un assassin ? Alors il semble, mon beau Sire, que vous ne me connaissez point encore assez.

Le lieu et le moment ne me paraissent pas propice à une explication. Cependant, je gage que vous saurez trouver un peu de votre temps à accorder à la femme que je suis, qui vous fera connaître dans le détail l'enchaînement des événements qui conduisirent à son déplorable trépas...je veux dire, à ce déplorable trépas.

Mais dans l'immédiat, laissez donc deux amants se retrouver, après des mois d'attente et d'angoisse, de larmes essuyées et d'espoirs parfois déçus. Et ne soyez pas trop sévère avec ses accusations à mon égard, le pauvre homme n'était plus que l'ombre de lui même lorsque mon équipage le trouva.


Puis, prenant la main de son bien-aimé, elle sussura à son oreille :

Rentrons, maintenant...
--Aparajita


Décidément, la déesse Sanghyang Bhagawati semblait s'acharner sur Ganapati. Quand donc desserrerait-elle son étreinte ?

Aparajita suivit néanmoins celui qu'elle considérait comme son protecteur. Qui sait si son aide ne s'avérerait pas de quelque utilité ?
Baul et Prison lui emboîtèrent le pas.

La dravidienne remarqua avec quel étrange regard
Prison détaillait la vénitienne. Elle ne connaissait que trop ce regard dans les yeux d'un homme.

En chemin, un pauvre
Jat implora leur aide. Il avait été mordu par un serpent. Sans nul doute avait-il dérangé la quiétude de ce naga.

Ganapati lui expliqua la situation. Sortant alors de sa besace une trousse de cuir remplie de fioles, elle entreprit de soigner le pauvre hère, non sans réciter quelques mandala pour sauver son âme.Pendant ce temps, Ganapati détaillait à Vidashara le contenu des fioles, comme s'il s'agissait de breuvages magiques, ce dont Vidashara semblait n'avoir cure.

De retour en ville,
Baul signifia son congé. Sa mission, en effet, touchait à son terme. Les adieux furent chaleureux et cordiaux. Prison, quant à lui, s'en retourna à l'auberge où il logeait.

La dravidienne resta donc seule avec les amoureux. Peu de temps, puisque
Vidashara la mena jusqu'à la chambre d'ami dont elle disposait.

La dravidienne se retrouva seule...


Aparajita,
Mi-femme, mi-bête
Protégée de
Ganapati
Recherchée par l'Ordre de la Pierre-Dieu
Sindbad
Deux semaines...

Deux semaines que le constantinopolitain nageait dans le bonheur.

Aux côtés de Graziella, ses journées passaient sans qu'il ne s'en aperçoive. Et dans ses bras, les nuits semblaient trop courtes.

Il lui semblait sourire tout le temps, sans raison valable. Les gens devaient penser qu'il était devenu fou, mais il s'en moquait bien.

Et elle...Elle irradiait de bonheur. Toujours aux petits soins pour lui, toujours une attention délicate à son égard, toujours un geste prévenant.

Dès lors, il la choyait, lui offrait occasionnellement quelques menus cadeaux : des vêtements, des bijoux...Elle se jetait alors à son cou de bonheur, et l'embrassait avec fougue et passion.

De temps en temps, mais rarement, elle lui parlait des jours anciens à Venise. Elle évoquait parfois la Pierre-Dieu, lui demandant s'il se souvenait encore comment l'utiliser.

Mais Sindbad se moquait de la Pierre-Dieu comme d'une guigne. Il avait tout oublié à son sujet, et n'en éprouvait aucun regret, tant ce caillou de malheur et l'acte qu'il avait commis lui avait causé soucis, remords et tourments.

Il ne se préoccupa guère plus de n'avoir aucune nouvelle du Loup de Transylvanie. Même Aparajita lui semblait lointainte. Le nuage sur lequel il vivait semblait dissoudre les questions graves comme l'eau dissolvait le sucre.

"Sur gens heureux malheurs n'ont poinct d'emprise", disait un vieil adage. Jamais formule n'avait été aussi vraie.
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Ambassadeur Royal de France en Angleterre

Ex-Chambellan de Guyenne (avril/septembre 1456)
--Katalin_lupescu


Deux semaines...

Deux semaines que le transylvanien reprenait goût à l'existence.

Tout avait débuté lorsque l'ottomane, profitant d'une journée de travail de Sindbad, l'avait invité à partager son modeste repas, pour le remercier du risque qu'il avait pris en tentant de lui porter secours dans sa boutique.

Elle avait adopté, pour la circonstance, une tenue des plus suggestives. Durant tout le repas, copieusement arrosé, elle avait étourdi ses sens et lui avait prodigué force oeillades et sourires, avait ri de bon coeur à toutes ses plaisanteries. Dans l'air autour d'eux flottait un parfum doux et délicat, comme celui qu'elle portait.

Et lorsqu'au dessert, oubliant la disgrâce physique que lui avait infligé le nettoyeur, il l'avait enlacé et embrassé, le repas s'était terminé en une farandole de passion et de désir. Tous deux s'étaient abandonné l'un à l'autre, jusqu'aux portes du paradis des amants, en un voyage qui restait marqué dans sa chair et gravé dans sa mémoire.

Graziella se révélait une femme fragile. Tout sentiment envers le constantinopolitain l'avait abandonné lorsqu'il l'avait accusé de lui avoir porté ce coup d'épée à bord du navire. Mais dans les bras du transylvanien, elle retrouvait tous les délices de l'amour.

Elle redoutait cependant la réaction de Sindbad s'il apprenait cette liaison. C'est que sa jalousie était proverbiale. Il serait capable de les tuer tous les deux s'il apprenait leur relation. Et elle ne voulait revenir sur Venise que pour épouser son transylvanien et s'enivrer de bonheur à ses côtés. Cela n'arriverait pas tant que le constantinopolitain serait attaché à elle.

Katalin était donc partagé entre le bonheur que cette femme lui apportait, et la gêne que devenait désormais celui que son élève considérait comme son protecteur.

Comment se débarrasser de lui ?



Katalin Lupescu
Le traqueur de Transylvanie, mentor d’Aparajita
Custos de l'Ordre de la Pierre-Dieu
mutilé par les M&M
--Graziella.


Deux semaines...

Deux semaines que l'ottomane louvoyait de l'un à l'autre, tantôt passionnée et insouciante, tantôt apeurée et soucieuse, tantôt femme fatale, tantôt femme-enfant.

Tout cela l'amusait beaucoup...

Mais d'expérience, elle savait que les ménages à trois duraient peu de temps. Elle allait bientôt se séparer de quelqu'un.

Le spectacle de l'indienne soignant ce brave paysan mordu par un serpent hantait son esprit. De quel produit se servait-elle donc ?

Jour et nuit, elle harcela Sindbad afin que celui ci obtienne de l'indienne qu'elle lui montre ses produits.

De guerre lasse devant ses suppliques tour à tour capricieuses et enjôleuses, ses mines tantôt pleureuses, tantôt boudeuses, son amoureux céda. Et, à contrecoeur, la dravidienne dut s'exécuter. Culture imbécile, qui ne savait rien refuser à un homme.

De ce jour, les relations entre les deux femmes s'alourdirent du poids de cet incident. Et Graziella savait que, tôt ou tard, Aparajita lui ferait payer son initiative.

Mais elle n'en n'avait cure. Les pièces de son plan se mettaient progressivement en place.
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