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[Rp] - Une épopée maritime où la traitrise d'un Chambellan

La_renarde
[ Parce qu'il n'y a pas de raison qu'on se prive de faire un bon Rp quand on en a l'occasion, je rouvre le topic sur le combat naval. Pour ceux qui voudraient y participer, veuillez demander l'autorisation au préalable qu'on évite à nouveau ce qu'il s'est produit la veille. Merci d'avance.]

[Kergroadez, toujours le matin dans l'expectative :]

Les deux corps étendus l'un contre l'autre ne bougeaient pas, seul mouvement quasiment imperceptible, leur respiration lente et profonde, toutes deux en rythme l'une avec l'autre. La vieille main ridée pleine d'histoire de Brivael, continuait d'enserrer avec tendresse celle de son improbable maîtresse, quand on vint frapper à la porte.

- Ma Dame ? Dit une voix fluette.
- Qui va là ? Répondit aussitôt Brivael, la rouquine inerte à ses côtés.
- C'est moi... Reprit la voix.
- Qui ça moi ? S'impatienta la vieille servante.
- Bah...C'est moi... Jeannette quoi... Rétorqua l’intéressée.
- Et bien que veux-tu ? Tonna l'ancêtre.
- J'ai une missive pour Ma Dame...Elle porte les armes du Duc. Gloussa Jeannette ignorant tout de la situation et du désespoir dans lequel tout le château était plongé.

Brivael sauta du lit, laissant une Lallie sans réaction perdue dans les méandres de son esprit souffreteux. Elle ouvrit la porte à la volée, dévoilant une silhouette maigrelette et enfantine. La jeune fille tendit la lettre que la vieille femme s'empressa de lui arracher des mains.
Ni une ni deux elle décacheta le pli et lu avidement ce dont il retournait. Son visage devint livide, ce courrier n'était pas annonciateur de bonnes nouvelles bien au contraire. Etait-ce là la dernière lettre que le Duc enverrait à sa femme ? Etait-ce un adieu définitif ? Devait-elle la lui montrer de peur d'agrafer son mal et de voir redoubler et sa colère et son chagrin ? Malheureusement, la rouquine s'était redressée et regardait à présent la vieille servante d'un œil interrogateur et suppliant.


- Qui y-a-t-il ? Demanda-t-elle d'une voix grave.
- Je... Rien d'important... Répondit la vielle femme.
- Cette enfant à dit que c'était une lettre du Duc... Montre-moi. Répliqua-t-elle en tendant ses mains vers Brivael.

C’est à contre cœur que cette dernière s’avança vers les mains d’albâtre tendues vers elle pour lui remettre le fameux pli tant espéré. Mais l’espoir ne serait malheureusement pas au rendez-vous. Dans la pénombre de la chambre, les yeux de la rouquine tout mouillés de larmes étaient bien incapables de lire quoi que se soit. Elle rendit la lettre à Brivael et dit.

- Lis pour moi… Je n’ai pas la force.
- Vous êtes certaine ? ça peut attendre, habillez-vous…Mangez quelques choses… Vous n’avez rien avalé !
- Non Brivael, je veux savoir. Je n’avalerai rien dans l’état où je suis, j’ai besoin de savoir !
- Madame…
- Lis…Lis moi, ne m’épargne pas même si c’est dur.


La vieille femme n’eut pas d’autre choix que d’obéir, aussi et malgré le peu de lumière, lu-t-elle à haute voix la lettre tant attendue.

- Ma Lallie, Ces mots seront peut-être les derniers […] Je t’aime. Prends soin de notre fils Gs.

Après une lecture ponctuée de hoquets malheureux, Brivael osa un regard vers sa maîtresse. Celle-ci semblait comme pétrifiée, le visage inexpressif elle demeurait statique sur son lit, le regard perdu dans le vide.

- Lallie… Brivael avait déposé la lettre sur le petit guéridon qui autrefois était orné du vase qui avait achevé sa vie contre un mur, et rejoint sa maîtresse. Elle s’empara à nouveau de ses mains, celles-ci étaient froides.
- Lallie. Répéta-t-elle avec cette familiarité qu’on ne connait pas aux domestiques. C’était d’avantage la voix d’une mère, d’une amie que celle d’une servante tout aussi indiscrète et mal éduquée soit-elle.

La jeune femme ne répondit pas, comme si elle analysait encore chacun des mots qu’elle venait d’entendre. Ils raisonnaient un à un dans sa tête, se faisaient écho sans qu’elle n’en saisisse réellement le sens. Tout ceci était-il vrai ? N’était-ce pas une mascarade ? Bientôt Gs passerait la porte un sourire aux lèvres, il lui dirait que ce n’était qu’une plaisanterie, que rien de tout cela ne pouvait être vrai. Non… Mieux, il n’avait jamais prit la mer durant son absence, il n’était jamais monté à bord de l’Iffig et il ne s’était jamais fait attaquer par cette chienne d’un autre temps, d’une autre époque. Tout n’était que Chimère et sitôt le jour revenu, elle se rendrait compte que tout ceci n’avait rien de vrai, qu’il était là dans ce lit, contre elle, endormit et paisible.

Mais le jour s’était installé depuis plusieurs heures maintenant, et rien ne venait démentir ce triste constat. Se entrailles se contractèrent subitement, elle n’eut pas le temps de quitter la pièce qu’elle recrachait au sol le contenu de son estomac vide depuis la veille. Le goût acre de la bile accentua son malaise, quelques picotements dans les jambes et elle sombra.

_________________
--La_mouette
[Au dessus des flots, quelque part au large de Brest]

Vole la mouette, vole! Virevolte au dessus des flots. Une vie saine et simple pour notre volatile marin. Voler au dessus des flots et de temps en temps piquer à la surface des eaux pour y pêcher de quoi se nourrir.

Une vie calme et tranquille que d'aucun trouverait morne et insipide. Mais notre mouette n'a pas conscience de cela. Pour elle la vie s'écoule loin de ce genre de considérations. Elle est faite pour voler et pêcher. Alors elle vole et pêche.

Rares sont les évènements qui viennent troubler le cours linéaire de son existence. Pourtant... alors qu'elle survole les environs de brest à la recherche de son poisson du jour, elle constate une agitation en dessous d'elle.

Intriguée par ce phénomène qui sort de l'ordinaire, elle tourne et retourne au dessus de la zone. Sous ses yeux, flottent à la surface de l'eau ce qui pour elle ressemble de tout là haut à des coquilles. Une grosse coquille vide. Et une gigantesque coquille vide. Deux coquilles immenses qui flottent et semblent glisser sur l'eau au gré du vent.

A deux reprises elle s'est approchée pour y voir de plus près. Ce ne sont pas des coquilles. Ca non... bien que de tout là haut ça y ressemble. Et elles ne sont pas vides. Elle a aperçu, marchant sur ces coquilles, de ces créatures bipèdes à peau rose qui peuplent la terre.

Pendant longtemps, la plus grosse des coquilles semble suivre la petite. Plus les heures passent et plus notre mouette qui vole en cercle au dessus de ce petit carreau de mer constate que la gigantesque coquille se rapproche inexorablement de la petite qui n'arrive pas à fuir.

Bientôt elle est sur elle. Assurément la petite coquille ne pourra pas encaisser le choc et se brisera en deux pour couler au fond de l'océan. Mais pourtant elle résiste. S'en suit une agitation bruyante qui effraye notre mouette et la pousse à remonter plus haut dans le ciel. Qu'est-ce que ce bruit? Cette fumée? Cette odeur âcre?

Il n'y a pas que pour les hommes que la curiosité est un vilain défaut. Notre petite mouette n'échappe pas à la règle. Cette nouveauté, toute effrayante qu'elle soit au premier abord l'attire. Elle vole en piqué et fait un passage au dessus des deux coquilles qui sont très proches l'une de l'autre. L'agitation règne chez les créatures bipèdes. Elles crient, elles bougent dans tous les sens, certaines sautent à la mer.

L'assaut se poursuit, encore et encore. Mais la petite coquille, agitée et abimée, tient bon. Elle menace de rompre, de se fendre en deux, de se laisser engloutir par la mer mais toujours résiste. Toujours tant et bien que la nuit tombe sur les flots agités.

Et toute la nuit durant ce combat inégal se poursuit. Inexorablement la grosse coquille poursuit son oeuvre de destruction de sa petite voisine. Invariablement la petite encaisse les coups de la grosse, en rend quelques uns et surtout... tient bon. Elle reste à flôt, fière et droite. Elle tangue, elle prend l'eau mais elle ne coule pas.

Fascinée par ce spectacle inédit, notre mouette n'en perd pas une miette et continue à voler tout autour de la zone. La matiné passe et le scénario reste invariable. La grosse coquille qui n'aurait dû faire qu'une bouchée de la petite ne prend pas le dessus. Elle domine, elle enchaine les coups mais ne parvient pas à terrasser la petite.

Sur les coups de midi, quand le soleil est à son zénith et chauffe les eaux froides de l'océan, le combat parait pourtant scellé. La petite coquille ne flotte plus pour longtemps. Elle menace de se briser à chaque instant. Et pourtant elle tient encore et encore.

Un nouveau passage à l'applomb de la scène qui se joue et notre mouette entend les bipèdes de la petite coquille s'agiter encore et encore pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Plein de courage et d'abnégation, ils ne semblent pas se résigner à servir de nourriture aux poissons qu'elle, notre mouette, pêchera avec plaisir comme à son habitude.

L'après midi passe. Et dans un assaut violent qu'elle pense être le dernier, la grosse coquille vient mettre à mort la petite. Mais une fois encore, miraculeusement, elle échappe à son sinistre destin. Jamais elle n'a été si proche de couler à pic. Et pourtant, vaillante et courageuse... elle parvient une fois encore à rester bien ancrée à la surface de l'eau narguant son assaillante par son incroyable résistance.

Sa seule issue, son seul salut, réside dans une fuite qu'elle ne parvient pas à prendre depuis déjà plus d'une journée. A chaque fois la grosse coquille revient à l'assaut et fait avorter ce mouvement miraculeux qui sauverait la petite coquille de l'engloutissement dans le néant des flots.

Alors elle se bat et se bat encore, coup après coup, dans ce seul espoir insensé de pouvoir avoir l'opportunité de se dégager de ce monstre vorace qui ne sera jamais repu que lorsqu'elle reposera au fond de l'océan.

Combien de temps résistera encore cette petite coquille d'apparence si fragile et pourtant si solide et pleine de courage? Nul ne le sait. Notre mouette encore moins. Mais elle ne quittera pas la zone avant que le sort ne scelle le destin des deux coquilles et emporte la petite dans les eaux tumultueuses. A moins que David n'arrive à se sortir des griffes acérées de Goliath...

L'avenir seul le dira. En attendant, prise d'une petit faim, notre mouette s'éloigne un instant pour pêcher sa pitance dans des eaux plus calmes, espérant, si tant est que l'espérance anime les mouettes, que l'acte final ne se jouera pas pendant son absence.
La_renarde
[Quelques jours plus tard, un matin de très bonne heure au lavoir du château.]

Comme bien souvent en Bretagne, les matinées étaient frisquettes et une fine couche de brume s'étendait à perte de vue sur l'herbe inondée de rosée. Le soleil était encore jeune dans le ciel et rayonnait timidement non sans rougir devant une lune bien pâle qui ne tarderait pas à retourner se coucher mordre l’éternité à dent pleine.

Pieds nus sur l’herbe humide, les pends de sa robe relevés à mi-mollet, la rouquine marchait d’un pas rapide. Elle était habillée avec une rare élégance ce qui rendait cette scène d’une étrangeté singulière. Le buste était enserré dans un corps piqué et les hanches soulignées par le positionnement d’un vertugadin. La sous jupe en brocard était d’un blanc immaculé quant au reste de la robe, un velours ciselé noir à motifs d’or et d’argent, marque d’un deuil prématuré. Point de coiffe pour entraver ses cheveux, ils demeureraient dénoués. Les emmanchures étaient surpiquées de fil d’or, une fraise haute entourait son cou frêle et pour parfaire ce tableau, une ceinture bijoux marquait définitivement ses hanches.

Dans cet insolite accoutrement, la jeune femme rejoignait à grand pas le lavoir du château qui se trouvait en contrebas au sud-ouest de l’allée des chênes qui conduisait à la demeure. Dans la cours et sur le chemin de terre, quelques curieux s’étaient regroupés pour regarder ce manège inhabituel, une nouvelle lubie de leur maitresse. Celle-ci soufflait fortement, le poids de la robe y était sans doute pour quelque chose. Quelle bonne idée avait-elle eu encore ?
Mais le lavoir se dessinait peu à peu devant ses yeux, lui faisant oublier sa toilette pesante au profit de réflexions bien moins futiles. Serait-elle au rendez-vous ? Bientôt la rovelaine serait fixée. Quand elle fut au lavoir, pas âme qui vive. La rouquine pesta sourdement quand, quittant le bosquet où elle s’était cachée, une jeune servante apparue emmitouflée dans une cape de voyage un paquet dans les bras. La rouquine lui saisit par le bras, approchant son visage du sien elle lui parla dans le blanc de l’œil d’une voix quasiment menaçante.


- Tu as ce que je t’ai demandé ?

La jeune servante hocha la tête en guise de réponse, le visage blême et lui tendit le paquet. Sans rien ajouter de plus la femme s’en saisit, retira la toile qui protégeait ce qu’elle considérait comme le dernier symbole d’humanité que la Grande Aliéniore pouvait encore posséder, et sourit avec satisfaction. Une chemise,pure et blanche, la représentation parfaite à défaut d'une saie, de ce qu’ils étaient : des druides.

Chacun ses armes, les siennes étaient aujourd’hui faites de symboles, d’augure et de présages ancestraux. Si Aliéniore n’avait jamais été qu’un piètre druide, ignorante des vraies valeurs et des préceptes de vie que le druidisme lui avait normalement inculqué tout au long de son apprentissage, elle l’était par ses attributs. Faute de pouvoir la défaire de sa chevalière ou de son bâton ou encore de la saie qu'elle revêtait, elle la dépossèderait d'une chemise blanche. S’eut été tout aussi symbolique. Bien qu’il ne lui appartenu pas directement de la défaire de ses attributs, cette privation marquerait définitivement la fin de son appartenance à cette communauté, et la volonté de rejet que faisait cette dernière à son encontre.

La jeune femme contempla longuement l’étoffe qu’elle tenait entre ses mains, avant de reporter son attention sur la jeune fille qui le lui avait remis. La rouquine sorti une petite bourse de l’une de ses poches dissimulées dans les replis de sa robe.


- Tiens voilà ton obole, maintenant vas-t-en.
Elle lui lança la bourse à la figure avant de retourner à sa contemplation. Mais la petite servante ne semblait pas l’entendre de cette oreille.

- Euh…
- Quoi ? Tu n’es pas encore partie ? Qu’est-ce que tu attends ? Je t’ai payé, maintenant file donc !
Aboya-t-elle.

La jeune fille eut un mouvement de recul sûrement apeurée par cette soudaine explosion de colère. Mais sans doute habitée par un courage peu commun, ou une inconscience juvénile, la petite servante parla à nouveau d’une voix qui trahissait son émotion.


- Qu’est-ce que vous allez en faire… ?
- De quoi tu parles ?!
- Et bien de la chemise…
- C'est mon affaire ! J'aurais préféré que tu m'apportes sa saie...On fera avec tant pis. Enfin je présume que ta maîtresse ne doit pas la porter souvent tant tout ceci lui est parfaitement étranger, comme l’honneur du reste… Je peux comprendre que tu ne saches pas à quoi cela ressemble.
Je dois savoir… Si elle s’aperçoit qu’elle n’y est plus…Vous comprenez.


La rouquine dévisagea la pauvre servante et sourit avec froideur pour ajouter non sans ironie :

- Comme la duchesse d’Ancenis a de la chance d’avoir des gens aussi fidèles. Mais sois rassurée, la vieillesse qui étreint jour à après jour ta maîtresse rend cette chemise bien trop longue pour elle. Je vais simplement la reprendre un peu pour qu’à l’avenir celle-ci lui aille comme un gant.
Vous savez….nous aurions pu le faire nous-mêmes…
- Non, non voyons! Seul un autre druide peut la repriser… Se serait un sacrilège qu’une main non initiée ose s’aventurer sur un tissu si noble. Vas, ne t’en fais pas, je t’appellerai quand j’en aurais fini.


Elle lui sourit de nouveau avec cette même fausse bienveillance. La servante n’osa répliquer, s’inclina légèrement et disparue derrière le bosquet, celui-là même dont elle s’était extirpée quelques minutes plus tôt.

Lorsqu’elle fut enfin seule, la jeune femme poussa un profond soupire de satisfaction, elle tenait entre ses mains quelque chose qui allait enfin alléger sa peine… Du moins pour un temps.


- Maudit soit le jour où j’ai croisé ta route, vipère. Mais puisque le temps ne se charge pas de venir à bout de ta personne, je vais lui donner le coup de main qui lui fait défaut.

Une voix pourtant vint troubler cette solitude, Brivael avait suivit de près l’échange.

Qu’est-ce que vous faites debout à une heure aussi matinale et vêtue de la sorte ?

La rouquine sursauta, elle se retourna en cachant dans son dos le butin qu’elle avait dérobé à son ennemie.

- Je me promenais pour admirer le levé du soleil… N’est-il pas magnifique dans son habit sanglant… ? Mentit-elle se composant un air dégagé.

Brivael cependant n’était pas dupe, vieille certes, mais point sotte.

- Qu’est-ce que vous tenez dans vos mains ?
- Mais rien voyons…Que tu es soupçonneuse dès l’aube… Et puis qu’est-ce que toi tu fais à cette heure là en plein milieux des jardins ?
- La même chose que vous dirait-on…


La rouquine grimaça, sentant que la vielle ne lâcherait pas l’affaire aussi vite. D’un geste trop vif pour un âge aussi avancé que celui de l’ancêtre, cette dernière s’empara néanmoins de la chemise et ouvrit des yeux comme deux ronds de flancs.

- Mais c’est votre chemise de nuit ?
- Qu’est-ce que tu racontes !
S’emporta la rouquine. C’est celle de cette chienne ça se voit non ?!
- Mais d’où sortez-vous ça ?
- Je l’ai…Acquis…
- De quelle manière ?
- Est-ce que cela te regarde ? Tu es de la police ?
- Il se pourrait en effet que d’autres que moi vous pose les mêmes questions.
- Allons bon ! Qu’ils viennent, je les attends !
- Ne dites pas de bêtises et répondez-moi plutôt, j’ai vu une fille vous parler.
- Alors si tu as tout vu… Je n’ai pas besoin de te faire un dessin.
- Vous avez retourné le personnel de la Duch’…de la Chienne ?
- Non… Je lui ai simplement raconté une petite histoire pour qu’elle me donne ce dont j’avais besoin… L’idiote s’imagine que je vais faire de la couture…
- Vous êtes vraiment une affreuse bonne femme quand vous le voulez…Et à quoi cela peut bien vous servir de posséder le linge de cette Aliéniore ?
- Tu le sauras sous peu… Puisque tu es là rends-toi utile. Va me chercher un veau à l’étable. Un veau et un couteau…
- Il n’est pas un peu tôt pour préparer le souper ?
- Il n’est jamais trop tôt…


La vieille Brivael s’éloigna en claudiquant, habituée aux ordres farfelus de sa maîtresse. Elle revint plus tard, avec un couteau dans une main et de l’autre la longe au bout de laquelle se tenait l’animal. La rouquine eut un mouvement de recul, un instant elle douta de ses projets et de la trop grande cruauté dont elle allait faire preuve à l’égard de cette bête. Elle se ressaisit néanmoins et prit le couteau des mains de la servante et s’approcha du veau.

- Tiens-le fermement et approche-le du lavoir.
- Mais pour quoi faire ?
- J’ai besoin de son sang…
- Encore un de vos rituels sataniques ?
- Non, j’ai besoin de son sang c’est tout.
- Sorcellerie !
- Tais-toi ! Tu n’as jamais vu de sorcières de ta vie, cesses donc là tes élucubrations de vieille bigotes et aide moi.
- Je ne serais jamais complice de vos diableries ! Je suis une bonne croyante moi !
- BRIVAEL ! C’est un ordre !


La vieille femme ronchonna dans sa barbe et attrapa le veau à bras le corps. Ce dernier s’agitait sentant sans doute sa fin toute proche. Il beugla fortement, ce qui fit une fois de plus hésiter notre rouquine. Cependant, plus décidée que jamais, elle trancha vivement la gorge de l’animal éclaboussant au passage ses vêtements. Le sang chaud et sirupeux de la bête coulait sur ses doigts et une soudaine nausée manqua de la faire défaillir. Le spectacle était intenable, le veau s’agitait, Brivael avait bien du mal à le contenir, le sang coulait, Lallie se recula. Le veau tomba dans le lavoir, cette fois il était mort. L’eau pure ne tarda pas à s’empourprer sous le regard dégoûté de la vieille femme. La rovelaine quant à elle se voulait impassible même si à l’intérieur cette vision la retournait profondément.

- Maintenant laisse-moi…
- Comment ?
- Laisse-moi.
- Mais qu’est-ce que…Je ne comprends pas…
- Il n’y a rien à comprendre, j’ai besoin d’être seule.


Brivael la dévisagea avec inquiétude mais ne moufeta plus et se retira. Lorsque la solitude fut revenue, la rouquine prit dans ses mains la chemise, s’approcha du bord de l’eau. Le cadavre du veau flottait à la surface, son regard vitreux et sa bouche béante troublèrent d’avantage la jeune femme qui détourna bien vite les yeux. Elle plongea dans l’eau rougie l'étoffe de l’infâme et la frotta vigoureusement jusqu’à ce qu’elle soit totalement maculée de sang.

- Ainsi font les lavandières
La veille des combats,
Telles des messagères,
Apportent de l’au de-là,
Les présages de mort sur les champs de bataille.


Sa voix, plus qu’un souffle inaudible, tandis qu’elle tordait l’étoffe dans l’eau glaciale afin qu’elle s’imprègne en profondeur du crime qui venait d’être commit.

- Si Morrigan l’a fait en son temps… Je peux bien en faire Autant...

Là-dessus elle étala sur l’herbe la chemise qui n’en avait plus vraiment l’air. Ses propres vêtements étaient désormais souillés eux aussi, elle semblait plus folle que jamais. Mais sa souffrance n’avait pas prit fin, elle ne se sentait pas vengée pour autant… La chemise étendue près d’elle n’avait pas été assez détruite… Elle avait lavé le linge espérant que la mort viendrait prendre l’âme, si tant est que cette garce en posséda une, de celle dont elle souhaitait ardemment la mort. Mais elle trouvait que son œuvre n’était pas achevée, quelque chose manquait à sa vengeance, le goût d’avoir triomphé sans doute.

Contre toute attente, elle sauta dans l’eau sans prendre la peine de retirer sa lourde robe, de toute manière elle était gâtée désormais et rien ne saurait faire partir le sang. Elle la brûlerait plus tard.


- Je porte ton deuil chère Aliéniore… C’est pour toi que j’ai mis ce noir. Je ne serais pas veuve une seconde fois.

Elle attrapa les pattes avant du veau qu’elle tenta d’extraire de l’eau avec une force qu’on ne lui soupçonnait pas. La rage aide parfois à décupler certaines facultés. Quand celui-ci fut enfin sur le bord, elle prit à nouveau le couteau dans ses mains et entailla profondément la poitrine de l’animal. Elle en extrait le cœur et les entrailles qu’elle déposa sur la chemise de nuit avant de les recouvrir soigneusement avec les pends. Elle se rinça ensuite les mains, se redressa et prit le petit paquet qu’elle avait formée avec le tissu.

- La peste soit des tiens et des enfants que tu as engendrés contre Nature, c’est bien la dernière fois que tu l’offenses.

Ainsi retourna-t-elle au château où l’attendait la horde de serviteur et bien évidemment Brivael le petit Maël dans ses bras. Elle passa près d’elle et lui dit d’une voix éteinte.

- Nous mangerons du veau ce soir…
- Bien…


Puis lorsqu’elle fut au niveau de Jeannette, elle lui remit le paquet et lâcha :

- Je veux que tu ailles à Ancenis porter ceci. Avec tout mes hommages. Dis leur qu’il n’est pas d’actes qui ne se payent un jour. Et qu’ils transmettent comme ils le peuvent ces mots à cette trainée qui n’en finit pas de crever.
- Dans les mêmes termes ?
- Je laisse le soin à ta mémoire de retranscrire mes propos le plus justement possible.
- Bien...
- Non...Attends donc... Si cette femme venait à revenir en vie...Nous lui porterions à ce moment là. Je te donnerais le signal.


Elle retourna alors s’enfermer dans sa chambre, pour ne plus être dérangée jusqu’au diner, auquel pour une fois depuis des jours elle tenait à assister. Se serait le grand couvert, même si elle serait seule à faire ripaille à table. Il y avait peut-être une issue heureuse à célébrer.
_________________
Pumae
[Journée d'orage sur fond d'orage : tempête dans l'air.]

Les messages mouettés s'étaient succédés, les uns après les autres. Les pigeons avaient pris le relais. Puis s'étaient espacés.
Le dernier courrier ne faisait état que de brèche de plus en plus grandes, gueules béantes s'ouvrant sur l'immensité grise.
Son rapporteur se faisait attendre. Aucune nouvelle depuis.

La nuit était passée, lente mais aucun autre courrier n'était arrivé à sa connaissance.
Debout près d'une chandelle à veiller. Elle n'avait rien trouvé de plus intelligent à faire. Marick n'était pas rentré, Gael dormait, Margot était chez les moines et Patience dans la ville.
Seul sur une île à se morfondre dans l'espoir d'un courrier, d'une nouvelle quelconque, ses pensées tournées vers l'immensité glacée, vers ses amis, vers Vannes.

Pas une larme n'avait coulé, pas un mot. Son esprit bouillonnait, ses remords. Vengeance lui était inconnu, mais commençait à poindre vers l'horizon.



[Les jours plus tard.]


Lallie. Elle n'avait rien pu lui envoyer. Pas un mot. Elle ne doutait pas que la jeune femme en avait besoin, tout en sachant qu'elle était soutenue.

Il était temps de stopper l'immobilisme, de sortir de sa torpeur. De se bouger.

Une plume, un pigeon, un parchemin. Laisser la colère s'apaiser, ne pas gâcher le papier.


Citation:
Lallie,

Je n'attends qu'un mot de toi pour envoyer mes pigeons par delà la Manche, en quête de nouvelles. Quelques contacts me restent de l'Angleterre, ils sauront probablement nous donner des indications.
J'imagine que Chimera pourra te rendre le même service.
N'hésite pas à me demander ce que tu souhaites. Je le ferai, dans la mesure de mes moyens.

Pumae.

_________________
--Grand_sage
[Sur le pont de l’Iffig]

- Estimation de la situation ?
- Trois voies d’eau, à babord au niveau de la poupe pour la plus importante. Les deux autres sont colmatées.
- Heureusement que vous avez acheté du bois aux anglois finalement
- Mouai… Beaucoup d’eau dans la cale ?
- Cinquante centimètres. Nous écopons pour éviter que cela n’empire mais à chaque assaut il nous faut stopper pour aider à la manœuvre. Je ne suis pas optimiste vu la vitesse à laquelle l’eau monte.
- On va tous mourir…
- La ferme Alex ! Si nous devions mourir, ce serait déjà fait. Je ne sais quel miracle nous maintient à flot mais il est efficace.
- C’est grace à vous Capitaine.
- Non… Je n’y suis absolument pour rien. Mettez cela au crédit de la chance, au bénéfice de Dieu ou bien à la bienveillance de La Mère, mais certainement pas sur mon compte.
- Il faudrait que cela s’arrête… Nous ne tiendrons plus très longtemps…L’équipage est épuisé et c’est peu de le dire.
- Je sais…

Le Duc fit la moue. Il avait parfaitement conscience de l’épuisement, tant moral que physique ou nerveux de l’équipage. Voilà des heures et des heures que le combat faisait rage, l’Iffig affrontant vaillamment les assauts répétés du Galetez avec comme seul et unique espoir de ne gagner que quelques heures de répit à chaque fois. Les hommes à bord se débattaient pour maintenir le fragile esquif à l’eau, animés par l’énergie du désespoir.

Il savait que ce n’était qu’une question de temps et que jamais il ne réussirait à s’échapper des griffes du monste. Surtout vu l’état du bateau qui n’avait pas encore sombré sans qu’il comprenne bien pourquoi… Une chance exceptionnelle, un hasard monstrueux, la volonté divine… il n’en connaissait pas la cause exacte, mais il sentait surtout que tout cela n’était pas naturel.

Il rageait également contre la déveine qui elle aussi était de la partie. A plusieurs reprises, le Galetez avait manqué son assaut. A cette occasion, il avait bondi sur le pont et hurlé des ordres pour faire mouvement rapidement, ne voulant pas manquer cette opportunité de fuir. Sans succès… les vents tombant mystérieusement autour d’eux, empêchant tout déplacement.

C’était comme si une force supérieure avait décidé que ce combat serait sans fin, ne permettant pas à l’assaillant d’expédier sa victime par le fond mais refusant à celle-ci l’espoir de pouvoir fuir.

Serrant les dents, il ne quittait pas des yeux la carte marine étalée sur la table devant lui. Dire qu’ils étaient proches de Brest… et pourtant si loin à la fois. Il soupira et frappa soudainement du poing sur la table.


- Hors de question de se laisser aller. Nous n’avons pas résisté deux jours pour nous laisser abattre comme ça !

Il éleva très nettement la voix pour bien se faire entendre de tout l’équipage.

- Je sais que vous êtes tous épuisés… Je sais que vous voudriez dormir. Mais si vous vous relâchez, votre sommeil sera éternel. Il n’y a nul repos dans l’eau delà. Nul espoir de retour. Nous avons eu énormément de chance jusque là, il n’y a aucune raison qu’elle nous abandonne maintenant. Voyez-y un signe de Dieu ou une aide de la nature, comme vous voulez. Mais surtout gardez foi en vous, en nous et en l’Iffig qui n’a pas failli jusque là.

Lorsque nous rentrerons à Brest, nous serons fêtés pour avoir résisté avec courage à cette attaque honteuse. Tous saurons que les rescapés de l’Iffig n’ont rien lâché et qu’ils ont tout donné pour se sortir de ce guet-apend.

Ne lâchez rien ! Ne lâchez rien et vous aurez une chance de revoir vos femmes et vos enfants, de boire un verre en taverne, de toucher votre solde, de… vivre tout simplement.

Quelques hochements de tête dans l’assemblée. Quelques murmures et divers acquiescements, certains d’un simple hochement de tête, d’autres d’un oui sonore aux intonations convaincues. Dire que par ces quelques mots ils étaient totalement remotivés serait mentir. Mais au moins trouveraient-ils la force de lutter contre le prochain assaut qui ne tarderait plus. Cela suffisait au Duc qui n’entrevoyait plus l’avenir qu’à très court terme, rythmé par les attaques régulières au cours desquelles il s’attendait à chaque seconde à voir l’Iffig se fendre en deux et être englouti par l’océan entrainant avec lui ces marins courageux.

- Capitaine… le Galetez…
- Messieurs, c’est l’heure… le revoilà
- Non… il…
- Tous à vos postes ! Préparez vous à déguster !
- Non non ! Votre Grâce !
- Quoi non ?
- Il n’attaque pas…
- Quoi ?
- Il n’attaque pas ! Il vire de bord !
- Comment ça ?
- Voyez vous même, il change de cap !

Le Duc arracha la longue vue des mains de son secrétaire placé à babord pour surveiller l’approche de l’ennemi. Il la porta à l’œil et fixa droit devant lui. Le Galetez apparaissait nettement dans son champ de vision. Et effectivement, surpris comme jamais, il constata que le bateau quittait sa trajectoire d’interception et virait vers le sud-ouest.

- Bordel… Ils abandonnent ! Ils abandonnent !!!
- Hourra !

Les cris explosèrent de toute part sur le bateau. Des hurlements plus de soulagement que de joie Peut-être finalement n’avaient-ils pas fait tout cela pour rien. Peut-être leurs efforts désespérés ne seraient pas vains. Peut-être le Capitaine avait-il raison et réussiraient-ils à regagner Brest sans encombre…

- C’est peut-être une feinte…
- Non… Ils virent très largement de bord. Ils abandonnent le combat. C’est un miracle…
- C’est le mot.
- Ils ont dû comprendre qu’ils n’arriveraient pas à nous couler.
- Possible…
- Il nous faut en profiter sans attendre. Rien ne dit qu’ils ne changeront pas d’avis. Préparez vous à faire mouvement ! Hissez la grand voile, on met le cap sur l’Ouest immédiatement ! Et que ça saute !
- A vos ordres capitaine !

Et tandis que tous se précipitaient pour la manœuvre, le Duc tout sourire s’emparait d’un parchemin et d’une plume pour prévenir à terre de l’excellente nouvelle. Sans hésitation aucune ses premiers mots furent pour Lallie, pour la rassurer. Elle pourrait aisément faire passer le mot aux autorités : l’Iffig est touché mais pas coulé.

Citation:
Mon amour,

Ces quelques mots pour t’informer du miracle que nous vivons. Après avoir résisté pendant deux jours aux attaques des traitres Aliéniore et Milouse, ceux-ci ont abandonné le combat. Je ne sais si je dois remercier Aristote ou La Mère, ou les deux pour cela, mais nous sommes saufs.

Le bateau est très amoché. Et gagner la côte ne sera pas de tout repos. Mais au moins n’avons nous pas coulé. Et s’il a résisté avec tant de vaillance aux attaques, il devrait supporter les dernières heures de voyage qui me séparent encore de toi.

J’espère que le vent va nous être favorable et que…


Ce furent là les derniers mots qu’il coucha sur le papier. La seconde suivante, il glissait inexorablement au fond de l’eau. Lorsque le grondement brutal déchira le silence marin et que le bateau fut pris de tremblements soudains, il n’eut pas le temps de réagir. Tous relevèrent la tête, sans comprendre.

Le temps qu’ils réalisent il était déjà trop tard… Le mât du bateau, touché pendant les attaques, venait de céder, arrachant sur sa base une partie du pont du bateau et déchirant la coque lorsqu’il glissa pour venir s’abattre dans l’eau en un grand « splaaaach » sonore, projetant des trombes d’eau tout autour.

Ainsi éventré, l’Iffig s’enfonça très vite dans l’eau glacée. Sous la pression de l’eau, la plaie ouverte par le mât dans la coque s’accentua et le bateau finit par se casser brutalement en deux morceaux, scellant définitivement son sort et celui des marins à bord.

Ce n’est qu’en s’enfonçant dans l’eau que le Duc réalisa que le bateau venait de sombrer. Quel coup du sort… Après avoir résisté encore et encore, le navire venait finalement de les abandonner.

Il tenta bien de s’accrocher à ce qu’il pouvait mais tout était entrainé à l’eau. Et l’effet d’aspiration du bateau englouti par les flots allait inévitablement l’entrainer vers le fond à sa suite, sans qu’il ne puisse rien faire pour tenter de rester à la surface.

Finalement, alors qu’il se débattait follement en vain, un baril vint lui frapper l’arrière du crâne. La douleur fulgurante finit de noyer ses derniers espoirs et tandis qu’il était inexorablement entrainé vers le fond, sa dernière pensée fut pour Lallie et son fils… Puis un voile noir passa sur ses yeux et il sombra dans les abymes ténébreuses, dévoré par l’océan.
La_renarde
[Le chant du cygne]

Quelques jours s’étaient écoulés depuis l’affaire du veau et de la chemise, de longues journées à guetter le moindre signe, espérer le plus présage sans que rien ne vienne. La fièvre l’avait de nouveau reprise entre délire et accès de colère, ses discours devenaient chaque jour plus incohérent. Brivael avait pourtant tout essayé, les bains de camphre pour le tonus, les infusions de mélisse ou de tilleul pour calmer ses angoisses et ses fièvres, en vain. Quand c’est l’âme qui ne souhaite pas guérir, aucun remède n’est efficace.

La veille, un homme s’était présenté à Kergroadez, un homme qui était attendu depuis deux jours et qui revenait seulement faire part de son rapport de mission.
En effet elle avait reçu peu après son « rituel », un jeune armateur espagnol dont le bateau était amarré sur les quais du port de Brest. Un fameux trois mâts fin comme un oiseau, « Hissez haut » ! Après un échange épistolaire elle avait réussit à le convaincre d’apporter son aide au duc d’Ouessant en se rendant sur les lieux où le combat faisait rage, en échange bien évidemment d’une large compensation pécuniaire. Il était revenu au château, mais seul.

La jeune femme avait essayé de se convaincre que le Duc était peut-être encore trop mal en point pour faire le voyage jusqu’à l’intérieur des terres où se trouvait sa demeure. Peut-être encore, était-il trop occupé à remplir cette fichue paperasse administrative et autres procédures judiciaires pour mettre en procès ces deux traitres. Chacune des explications qu’elle tentait de fournir pour expliquer son absence sonnait étonnamment faux dans son esprit. Pourquoi l’armateur n’était-il pas revenu avec lui ? Quelle mauvaise nouvelle allait-elle encore apprendre, quelle nouvelle désillusion devrait-elle encore supporter ?

Brivael avait introduit l’homme dans l’antichambre où l’attendait la jeune femme. L’excitation était encore visible dans son regard, l’espoir aussi. Elle était assise cependant, trop faible pour se mettre debout et accueillir comme il se devait l’étranger, une couverture couvrait ses genoux et l’atmosphère était saturée par l’odeur des plantes calmantes qui brulaient sur les charbons ardents. On fit pénétrer l’homme qui toussa discrètement, il s’inclina, puis on fit quérir l’interprète. Ce n’était autre qu’un des valets du duc dont la mère d’origine hispanique avait transmit à son fils les joies du bilinguisme. Lorsque tout ce petit monde fut réunit dans la pièce étouffante, la rouquine prit la parole d’une voix faible.


- Quelles sont les nouvelles ?
- Cuáles son las noticias?
Traduit aussitôt le valet.

L’étranger fit un sourire forcé et retira son couvre chef qu’il posa sur son cœur avant de s’incliner de nouveau, cherchant probablement ses mots.

- Señora, desgraciadamente cuando soy llegar en el lugar de la battala… No habia nadie…
- Qu’est-ce qu’il dit ?
- Et bien… Il dit que lorsqu’il s’est rendu sur les lieux de la bataille, il n’y avait plus personne.
- Comment ça plus personne ?
- Puede explicar a mi Maestra lo que pasó ?
- Muchas ruinas se extendían en el mar. Pero… no permanecía nada de los dos buques. Sin embargo, ningún barcos no puede navegar sin palo…
- Il dit que lorsqu’il est arrivé beaucoup de débris flottaient à la surface de l’eau, il ne restait rien des deux bateaux. Il ajoute qu’aucun bateau ne saurait naviguer en ayant perdu l’un de ses mâts.
- Cela ne veut pas dire que c’est forcément l’Iffig qui à couler ! Peut-être que son bateau est indemne. ! S’il ne l’a pas trouvé c’est qu’il doit être sur la route pour nous revenir !
- Nada indicar que es nosotros buque que ha hecho naufragio ?
- El palo era mas pequeños para una embarcación como esta aquélla del Galetez. Estoy profundo triste para su marido, Señora… Pero no podemo esperar nada. Estan ahogados, claro.


Le valet marqua une pause et regarde avec inquiétude sa maîtresse. Celle-ci qui ne lâchait pas du regard ce dernier l’implora d’un mouvement de la main de continuer sa traduction. Le jeune homme déglutit et poursuivit.

- Il a dit que le mât était trop petit pour qu’il appartienne au Galetez, qu’il était désolé pour vous d’avoir à vous annoncer cela… Mais qu’il n’y avait rien à espérer…Qu’ils sont probablement morts noyés…

L’entretien s’était terminé là-dessus, l’infime parcelle d’espoir qui habitait encore la jeune femme avait totalement disparue et elle ne pouvait en entendre davantage tant sa douleur était trop grande. L’espagnol avait réclamé sa part pour les frais de déplacement à Brivael, qui lui avait remit une bourse à contre cœur. Elle aussi plongée dans un profond chagrin.

La rouquine quant à elle restait désormais clouée au lit refusant obstinément et de se soigner et d’ingurgiter la moindre quantité de nourriture, de même qu’elle ne tolérait aucune présence à ses côté, pas même celle de ses enfants et surtout pas celle de Maël dont les pleures incessants ne cessaient de lui rappeler sa propre peine et le souvenir du Duc fraichement disparu.

Elle relisait parfois, lorsque ses yeux n’étaient plus baigner de larmes la dernière lettre qui lui était parvenue. S’en suivait alors une profonde colère qui la mettait hors d’elle, puis elle s’apaisait, tout du moins elle ne hurlait plus pour se tapir dans un mutisme dont personne n’aurait su la sortir.

Un matin pourtant Brivael avait pu lui faire avaler une demi-tranche de brioche et une tasse de lait sans que celle-ci n’en recrache l’entièreté sinon plus. Puis elle lui avait donné son bain sans pour autant qu’un mot ne fut prononcé. Une fois habillée, la vieille servante l’avait laissé seule puisque c’était ce que sa maîtresse désirait. L’envie prit alors la jeune femme de se rendre à la fauconnerie. Sa volonté de distraire son esprit sans pour autant à avoir à supporter la présence des hommes et leur fausse compassion, lui avait fait porter son choix sur l’équipage de faucons dont disposait le château à la fauconnerie.

L’un d’entre eux avait su charmer outre mesure notre rouquine. C’était un faucon pèlerin d’une bonne taille, le plumage clair sur le ventre et d’un gris ardoise sur le dos. Un œil vif et alerte qui rendait cet animal infiniment fascinant. Comme s’il eut été doué d’un intellect hors du commun. Outre le fait que cet oiseau à l’apparence quasi divine pu charmer n’importe quel amateur d’art, il avait aussi la qualité d’être un animal relativement silencieux.

On est rarement obligé de parler aux bêtes, le dialogue est muet, l’on se comprend sans les mots, c’est une compagnie silencieuse qui sait se passer de palabres et qui pourtant est parfois bien plus clairvoyante que le plus sage des druides. Aussi, ne tolérait-elle plus que la présence de ses oiseaux, devenus son seul passe-temps, sa seule distraction, ses seuls confidents.

Elle ne passait plus que ses journées à nourrir ses faucons et les observer voler, pourtant une nouvelle lettre lui fut adressée. Pumae avait sans doute eut vent de la nouvelle. Elle ne souhaitait pas vraiment s’exprimer sur ses sentiments tout simplement parce qu’elle en était incapable, mais écrire ce n’est pas vraiment parler…alors elle lui répondit.


Citation:
Merci de ton soutien.

Même si je n’ai plus aucun espoir concernant le sort de Grand_Sage, qui sait si un miracle ne pourrait pas se produire. Mais je suis trop lasse d’attendre, trop lasse d’être constamment déçue lorsque rien n’arrive. Cherches donc si tu le veux du côté de nos amis anglois mais ne prévient pas pour me dire que tu n’as rien trouvé… Je ne suis pas sûre de supporter une énième désillusion.

Ton amie,




Elle choisit également ce moment pour prévenir Edmond à qui elle n’avait plus adressé la parole depuis le dernier échange il y a de cela bien des mois.

Citation:
Edmond,

Si je prends ma plume ce jour, ce n’est pas pour vous compter fleurette mais pour vous apprendre une bien morbide nouvelle. A l’heure où je vous écris il est probable que les poissons festoient des restes d’un homme que nous avons jadis tout deux aimer avec déraison.

Je vous apprends donc la mort de votre presque fils, qui, attaqué en mer par deux abominables traitres à leur pays, a périt non sans livrer vaillamment bataille.

J’envoie d’ici peu un bateau pour essayer de récupérer son corps et ainsi pouvoir lui faire mes adieux.

Je vous tiendrais au courant.

Puisse la Mère nous apporter le réconfort qui nous fait défaut dans ses heures sombres.

Votre amie, si toutefois je lui encore.



Elle remit ses plis à un jeune valet, avant de lever fermement son poing ganté vers le ciel, cherchant du regard son faucon partit en chasse.
_________________
Milouse
[A bord du Galetez Breizh]

Deux jours, quarante huit heures et un nombre incalculable d'assaut pour arriver à couler cette barque de pêcheur.
Sur les cartes, le combat était inégal et l'affaire retournait en deux ou trois rouleaux....enfin le monde est injuste et pour notre part notre première expérience dans cet exercice.
Notre ardeur décuplée en retrouvant notre cible entre deux eaux par le plus grand fruit du hasard est vite retombé après quelques heures.

Nous avions chanté en hissant nos couleurs sur le grand mât et une rasade de chouchen pour se donner du courage.



La suite avait été laborieuse mais nous y étions arrivés.
La brèche venait de naître et de s'ouvrir à la mer. Nous pouvions nous retirer et attendre la suite....
Ordre que je donnais de suite à la capitaine, lui indiquant de prendre plein sud.


- Dis papa,pourquoi nous partons après autant d'efforts ??? Tu dis toujours que chaque travail mérite salaire ou au moins récompense.
- Nous ne partons pas, nous prenons du recul pour observer et contempler le spectacle à venir. Si tu restes trop près, ton oeil va s'attarder sur des détails et tu ne regarderas pas avec une vu d'ensemble. Ton jugement ne sera pas objectif et tu pourrais te tromper.
Cette embarcation n'ira pas plus loin, il attend sans résistance de se faire engloutir.
Nous reviendrons si les vents nous le permettent...pour l'heure, le repos s'impose pour tous.

_________________
Milouse Coatmeur, Pirate de l'Atlantique
Pumae
[Lettres angloises et bretonnes angoisses.]

La lettre de Lallie ne tarda pas, sans espoir, morne. La diablesse n'avait même pas trouvé le courage de lui envoyer une pique, une pointe d'humour ou une râlerie.
Aller la voir ? Ce serait peut être une bonne chose, mais elle n'était pas sure d'en avoir la force.

Il ne lui restait qu'une chose à faire. Envoyer ses pigeons outre-manche, patienter.

Patienter... Veine attente ? L'espoir se mêle à la résignation dans les noires angoisses de l'âme. Les pires images, les pires annonces défilent dans sa tête. Apprendre la mauvaise nouvelle, venir mettre à bas la moindre étincelle qui reste à ses amis, à Lallie ? Les images se succèdent, allant de la plus tragique ou mélo-dramatique.

***
Lallie, j'ai eu des nouvelles.
Moue douloureuse de la rousse, lueur d'espoir se dessinant dans le cristal de ses yeux.
J'ai bien peur que.
Mâchoire qui se serre, redressement de tête, extinction des feux.
On a retrouvé le corps de GS.
Hurlement fou de la diablesse qui se jette par la fenêtre.
ou bien ?
Sanglots qui s'étranglent dans la gorge de la jolie rousse.

***

Elle fronce les sourcils.
Pas la peine de se faire des théâtres* pareil, advienne que pourra.

Une plume, une pile de parchemin et elle se met à l'ouvrage. Commencer par le port de départ, et s'étendre sur toutes les villes côtières.
Retrouver son anglois, tracer les mots, faire crisser la plume. Se saisir d'un pigeon, lui roucouler la destination.

Attendre...




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* se faire des films bien entendu
_________________
Edmond_tesquieu
[Petit monastère près de Brest au beau milieu de la nuit]

Mais vous n’y songez pas messire Edmond ?
Bien sûr que si ! M’enfin pourquoi voudriez-vous, sous prétexte que je me repose en ce lieu saint, que je me prive des petits plaisirs de la vie ?
L’alcool est nuisible pour la santé
Sornettes ! Ce sont les gens qui ne supportent pas l’alcool qui disent ça ! Vous dites cela, mais avez-vous seulement déjà eu l’occasion de ressentir vous même les effets d’une bonne liqueur ou d’un bon vin ?
Euh... Je vous avoue que non.
Et bien nous allons remédier à cela. Accompagnez-moi donc, que je comble ce manque dans votre éducation.
M’enfin messire Edmond, il n’y a pas d’alcool au monastère !
Que nenni ! C’est ce que vous croyez ! Il faut juste savoir où chercher croyez moi !
Vous en êtes certain ?
Pourquoi croyez-vous que l’abbé bégaye au moment de la messe du soir ? Hum ?
Comment donc ? Messire l’abbé… ? C’est impossible voyons !
Si si ! Et je m’en vais vous le prouver ! Suivez-moi !


Les deux hommes quittent la cellule monacale du vieil Edmond et s’engagent comme deux ombres dans les couloirs obscurs du petit monastère endormi. Le vieux sait parfaitement où il va et le jeune moine intrigué ne pipe mot et le suite docilement. Après plusieurs enfilades de couloirs, ils dévalent un escalier puis un second, direction des sous-sols.

Quelques couloirs traversés à l’aveuglette plus loin, les deux hommes se heurtent à une lourde porte en bois massif, verrouillée par une serrure imposante. Edmond sourit à pleine dent face à l’obstacle qui se dresse devant eux.


Voilà, nous y sommes ! Il n’y a qu’une clé qui ouvre cette porte qui nous mènera au trésor liquide que nous sommes venus chercher. Mais pas de panique, même sans la clé nous entrerons.
Vous semblez bien connaître les lieux messire Edmond…
Et comment ! Voyez-vous jeune homme, je n’ai pas choisi ce monastère par hasard. N’imaginez pas une seconde que j’ai échoué ici par hasard. Ni même que j’ai choisi ce lieu de retraite pour la qualité de ses offices religieux ou pour son cadre buccolique. Non non… Si je suis venu ici c’est pour une raison précise. Raison qui se trouve très exactement derrière cette porte.
Vous êtes déjà venu ?
Non… Mais je me suis bien renseigné. Je me suis intéressé de près à l’histoire de ces lieux. Une matière très instructive l’histoire !
Sans doute mais… Et maintenant ?
Prenez cette torche là et approchez là…


Le moinillon s’exécute et prend possession de la torche qui illumine faiblement le couloir du sous-sol. Tandis qu’il l’approche de la porte, Edmond s’accroupit près de celle-ci et passe un œil près de la serrure pour y regarder de plus près.

Un bon ouvrier ne sort jamais sans ses outils mon cher. Moi c’est pareil. Quand je pars à la chasse au trésor, je m’équipe en conséquence !

Il ricane de contentement et sort de sa poche deux crochets en métal qu’il agite sous le nez de son jeune compagnon

Avec ça, nulle serrure ne nous résistera. Celle-ci pas plus qu’une autre.
Mais c’est… c’est mal !
La fin justifie les moyens, jeune homme ! Apprenez-le… Voyons voir maintenant si je n’ai pas trop perdu la main.


Tout en continuant à parler, il entreprend de crocheter la serrure d’une main se révélant experte.

Voyez vous mon jeune ami, il y a un producteur de chouchen réputé dans les environs de Brest. Le père colateur qu’il s’appelle. Oui oui, c’est un religieux. Comme quoi vous voyez, l’alcoolisation touche toutes les couches de la société. Et le curé qui vous dira que l’alcool c’est mal n’est qu’un hypocrite.
Le père colateur donc, produit ce qui est sans aucun doute le meilleur chouchen – je n’irai pas jusqu’à dire de la Bretagne – mais au moins du Léon. Il est d’ailleurs devenu le fournisseur officiel du Duc d’Ouessant. Et ce père colateur a été moine de longues années. Devinez où ?
Je n’en sais rien…

Soupir du vieux crocheteur de serrure

Ici voyons… Je pensais que vous auriez deviné tout seul… Bref… Ce que je sais également, pour avoir bu plus que de raison avec ce père colateur lors d’une visite en sa distillerie, c’est qu’il beaucoup œuvré à remplir les caves du monastère qui l’a hébergé tant d’années.

Il accentue ses mouvements sur la serrure qui semble ne rien vouloir lâcher. Il tire légèrement la langue, concentré sur son office tout en poursuivant son explication.

Je sais notamment qu’une cuvée exceptionnelle de chouchen, le millésime 1432, n’a jamais été mis en vente. L’intégralité de la production de cette année là est stocjée ici. Elle est la propriété exclusive de messire l’abbé. Personne à part le père colateur et lui n’ont eu la chance d’y goûter.
Tout est ici ?
Oui… De nombreux fûts… Une pure merveille à n’en pas douter…C’est pour cela, et rien d’autre, que je suis là.
C’est mal…

Nouveau soupir

Mais non ce n’est pas mal ! Vous ne vous rendez pas compte de la chance exceptionnelle que vous allez avoir de goûter à pareille merveille. C’est un privilège immense qui vaut bien quelques sacrifices et quelques arrangements avec les convenances. De toute façon, quelques gouttes de ce breuvage ne manqueront pas à messire l’abbé. Il y a du stock… Un fût de plus ou de moins, il ne sentira pas la différence.

Soudain un cliquetis. La serrure vient de céder et la porte s’ouvre.

Voilà… Bienvenue au paradis !

Ils entrent dans la petite pièce remplie de nombreux fûts.

Éclairez-moi donc, je n’y vois rien ! Faut que je puisse lire les étiquettes !

Il farfouille un moment avant de s’écrier :

Là ! C’est là ! Père Colateur, 1432 ! Enfin…

Point besoin de perdre de temps, il se met en devoir de percer le fût immédiatement pour s’en servir un verre. Il sort de la besace qu’il a emmené avec lui deux godets qu’il remplit. Il tend l’un des deux au jeune moine et garde le second pour lui. Il lève le verre et l’approche de son nez pour sentir l’arôme du précieux liquide.

Cette boisson est unique. C’est la seule occasion que vous aurez d’en boire, tâchez au moins d’apprécier ce moment !
Promis je vais essayer.

Alors qu’Edmond s’apprête à porter à ses lèvres le liquide si convoité, un bruit se fait entendre de l’extérieur. Un bruit de cheval puis la voix d’un homme qui crie, étouffée par l’épaisseur des murs. Comprenant que la pièce doit donner sur l’extérieur pour ainsi transmettre le son du dehors, Edmond cherche du regarde une ouverture quelconque. Passant derrière quelque fûts empilés les uns sur les autres, il finit par la trouver. Une sorte de vasistas qui s’ouvre sur l’extérieur, au ras du sol. Prenant appui sur un fût il grimpe à hauteur de la petite lucarne et chercher à trouver l’origine de ces bruits qui perturbent le calme nocture du monastère.

Un cavalier vient d’arriver. Un coursier visiblement. Il crie pour attirer l’attention sur lui. Les sourcils d’Edmond se redressent lorsqu’un moine qui vient à la rencontre du messager, éclaire les armes dudit homme avec sa torche. Cet écartelé… Aucun doute il s’agit du blason d’Ouessant.

Sacrebleu ! Le Duc lui envoie un message. Pour sûr, il sait parfaitement qu’Edmond est venu se reposer au monastère. Bien entendu il ignore les véritables desseins de son vieux tuteur, mais ce n’est sans doute pas pour cela que le messager est là.


Qu’est-ce messire Edmond ? Voyez-vous quelque chose ?
Certes oui… Un perturbateur qui vient troubler notre joyeuse séance de dégustation.


Il redescend promptement du dût, tiraillé. Il pourrait ignorer l’arrivée du messager, s’installer confortablement et déguster ce merveilleux chouchen d’une rareté incroyable. On finirait par le trouver c’est certain. Mais le temps qu’ils finissent par le débusquer dans la cave personnelle de messire l’abbé, il pourrait s’enfiler aisément la moitié du fût, peut-être même plus…

Ou alors y aller maintenant. Avec l’espoir que personne ne remarque le petit crochetage de serrure et l’ouverture d’un fût de ce chouchen merveilleux avant qu’il ne puisse revenir le boire. Si tant est qu’il en ai la possibilité. Car il se doute bien que si un coursier du Duc arrive en trombe au milieu de la nuit en criant, ce n’est pas seulement pour remettre une petite missive de courtoisie de la part du Duc… Ce doit être diablement important…

Il hésite un instant, regardant avec avidité ce chouchen qui lui tend les bras mais résistant à l’envie de se laisser aller, imaginant le pire pour la nouvelle qu’on vient lui porter. La conscience qu’une chose grave est peut-être arrivée l’emporte finalement et le vieil Edmond abandonne mortifié son verre pour aller cueillir le garde avant qu’il ne réveille toute la région.


Je cherche messire Tesquieu !
Je suis là, je suis là… J’ose croire que c’est vraiment important pour troubler ainsi ma nuit et anéantir la réalisation de mes rêves les plus fous !
Une missive urgente pour vous.
Diantre ! le Duc ne pouvait pas attendre demain ?
Elle n’est pas du Duc messire. Elle est de son épouse.
Lallie ? Lallie m’écrit ? Palsambleu, ça doit vraiment être grave alors ! Donnez moi ça.


Il arrache plus qu’il n’attrape la missive de la rouquine, l’ouvre et prend un énorme coup à l’estomac en la découvrant…

C’est pas possible… Non… Pas mon p’tit sage !
Un problème messire Tesquieu ?
Un drâme vous voulez dire… Mon jeune enfant, je crains qu’il ne me faille vous abandonner sur le champ, vous et nos projets gustatifs
A ce point là ? Mais que se passe-t-il donc ?
Un Duc est mort…


Puis il se tourne vers le messager déjà prêt à partir

Vous rentrez au château ? Auriez-vous la bonté d’escorter un presque vieillard dans la nuit bretonne pour que je ne me perde pas ?
Assurément messire…
Bien ne bougez pas alors, je m’habille et je suis à vous. Lallie aura besoin de moi en ces heures graves.


Aussitôt dit, aussitôt fait. Oubliant déjà sa cuvée millésimée, il court plus qu’il ne marche jusqu’à sa cellule monacale, s’habille et sans prendre le temps de rassembler ses affaires, file récupérer son vieux canasson et repart accompagné du messager jusqu’à Kergroadez.
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In dubio pro reo
Gawam
[À bord du Galetez Breizh, le seul des deux navires qui n’a pas coulé.]

« Vous pensez qu’il est mort ? » Tout en regardant, au loin, le batelet sombrer rapidement dans les eaux du nord, je m’adressais à Sa Grâce de Cholet. Notre navire reprenait déjà sa route initiale, se dirigeant maintenant tout au sud sans même attendre la fin du spectacle. Quel intérêt de le couler si nous ne pouvons pas le voir s’enfoncer en pleine mer ?

Je rejoignais un autre endroit du bateau pour toujours pouvoir observer la magnifique scène qui se présentait sous mes yeux.
« Peut-être devrions-nous y retourner, juste pour nous en assurer et l’achever si nécessaire. Il serait tout de même navrant de le revoir en pleine vie dans quelques mois. » Inutile alors de préciser que je parlais du Duc d’en face, tout le monde compris aisément. « Il aura tout de même bien résisté, vainement, mais ce fut beau. »

Rapidement, la mer reprit ses droits sur l’embarcation ducale, l’engloutissant totalement. De loin, il ne semblait plus rien y rester, hormis quelques éléments flottants. J’observais toujours plus, scrutant le moindre détail me permettant de déceler un signe de vie. Mais rien, nous étions bien trop éloignés à présent pour distinguer quoi que ce soit.

Je souriais alors, lançant quelques mots.
« Un de moins. Bon débarras. » Puis, je retournais à mes occupations, comme si rien n’était arrivé.
_________________

Vidéo alternative
--Grand_sage
[sur la plage près de Brest, quelques jours plus tard]

De Bauer, juché sur un rocher surplombant la plage, gardait les yeux rivés sur l’océan. Il avait toujours du mal à croire que le Duc avait fini noyé dans cette immensité, son corps nourrissant les poissons . Il devait pourtant bien se résoudre à accepter ce fait maintenant que l’océan recrachait à chaque marée les restes d’un bateau qui était sans doute l’Iffig.

Connaissant un peu la mer, il s’était bien douté qu’en cas de naufrage, il ne manquerait pas de trouver les traces de celui-ci sur le rivage. Il avait donc commencé à surveiller la plage avec quelques hommes. Et en effet, la marée montante eut vite fait à rejeter des morceaux de bois, des tonneaux, de la corde, un bout de voile etc… Le squelette d’un bateau ayant fait naufrage… Depuis, ils fouillaient inlassablement la plage à la recherche d’une confirmation sur l’identité de l’embarcation coulée.

La non duchesse qu’on ne sort donc pas et dont il était malgré tout chargé de la sécurité avait eu vent des premiers débris échoués. Elle n’avait pas manifesté tout de suite l’envie ou le devoir de se rendre sur place. Résignée comme elle était, obtenir une confirmation matérielle ne semblait plus trop une priorité. Mais au bout de deux jours, elle avait finalement décidé de les suivre. Sans un mot, elle s’était jointe à la petite délégation qui se rendait sur la plage, accompagnée de la vieille Brivael. De Bauer n’avait rien dit, se contentant d’hocher la tête quand elle s’était présenté prête à monter à cheval pour les suivre.

Depuis ils fouillaient donc le littoral breton, le long de la côte brestoise, depuis la sortie de la rade, en allant vers le nord, en plein sur les terres du duché d’Ouessant. De temps à autre, un des gardes lui faisait signe pour attirer son attention sur un débris découvert. Ce qui se passa également cette fois là. Depuis son rocher, il entendit qu’on l’appelait. Quittant l’immensité liquide des yeux, il aperçut un garde qui faisait de grands moulinets avec les bras tout en criant, pour attirer son attention.

Il quitta son promontoire naturel et descendit rejoindre le garde dans les rochers en contrebas. Vu l’énergie qu’il déployait pour l’alerter, cela devait être important.

Et ça l’était... Son homme venait de dégager des rochers un morceau de bois, issu de la coque du bateau. Anodin en apparence… Sauf que lorsque De Bauer l’eut retourné, sur les conseils du garde, un frisson lui parcourut l’échine. Il gratta fermement le dépôt de mousse que le séjour prolongé dans l’eau avait créé, comme si cela pouvait suffire à faire disparaitre cette inscription qu’il ne voulait pas voir. Mais en vain.

Sous ses yeux, 5 lettres qui firent mourir ses derniers espoirs…


IFFIG

Il jeta un œil alentours. Ca va… pas de rouquine en vue. Il commençait à se dire que sa présence n’était peut-être pas une si bonne idée que cela…

- Ramenez ça à Brest et donnez le au Baron de Plougonvelen. Et gardez le secret là-dessus pour le moment. Pas un mot… Surtout à la compagne du Duc.

Anéanti, il n’était pourtant pas au bout de ses surprises… Un autre garde choisit cet instant précis pour porter le coup de grâce…

- Messire de Bauer !
- Quoi ?

Le garde hésita…

- Et bien quoi ? Parlez !
- Nous avons retrouvé… un corps…

De Bauer déglutit… Décidément une fichue mauvaise idée que la rouquine soit venue…

- C’est…
- Nous ne savons pas messire. Il est face contre terre et nous n’y avons pas touché. Mais ça n’est pas joli à voir… Les noyés vous savez…
- Je sais oui…
- Il est au bout là bas à droite, dans les rochers…
- Assurez-vous que la rouquine ne vienne pas par là. Je vais voir…
Edmond_tesquieu
[Kergroadez, une arrivée au petit matin]

Les deux cavaliers prennent au galop l'allée de chênes qui mène au domaine. Pas de temps à perdre. Arrivé dans la cour, Edmond saute de son vieux bourrin sans laisser le temps au palefrenier d'arriver. Immédiatement il se rue à l'intérieur du château

Lallie!

Il crie son prénom, passant de pièce en pièce sans la trouver.

Lallie! Ma jeune amie où êtes-vous?

Un serviteur se précipite vers lui

Messire Tesquieu!
Lallie! Où est cette pauvre enfant?
Elle n'est point là.
Comment donc?
Partie sur le littoral avec messire de Bauer. Des restes d'épave ont été retrouvés sur la plage.
Des...


Il cherche un siège avant que ses vieilles jambes ne se dérobent sous lui, rattrapé par la peine et la fatigue de sa chevauché nocturne. Le serviteur lui laisse quelques instants pour se reprendre, avant de déposer un courrier sur la table devant lui

Vous avez reçu du courrier en votre absence messire Tesquieu.
Croyez-vous que c'est le moment?
Oui oui, il est de môman le courrier.
De...
Oui, de la mère du Duc.
Elle ne sait pas?
Il semble que non...


Nouveau soupir avant qu'il ne s'empare de la missive et la lise. Elle est donc arrivée mais pas au courant. Le voilà contraint à jouer les oiseaux de mauvais augures. Peu désireux de s'attarder, il prend de quoi écrire et couche sur le papier la terrible nouvelle.

Citation:
Scarlett,

Vous me voyez heureux d'apprendre que vous avez suffisamment récupéré pour quitter Niort et achever votre voyage jusqu'en Bretagne. Les bruits que vous avez entendu au sujet de votre fils et d'un bateau sont exacts. Le Duc a entrepris un voyage jusqu'en Angleterre à la tête du bateau de la ville de Brest.

Je crains malheureusement que les choses ne se soient compliquées sur la fin de son voyage. Je me vois au regret de vous annoncer que votre fils a disparu en mer. Je ne saurais que trop vous conseiller de reprendre la route immédiatement pour nous rejoindre sur les terres de votre fils, que je puisse vous entretenir plus avant des derniers évènements.

J'espère avoir d'ici là de meilleures nouvelles à vous apporter. Gardons espoir.

Ed.


Quant à l'épave, nul besoin qu'elle sache pour le moment. Qu'elle garde un mince espoir le temps de son voyage. Il sera bien temps de lui conter l'entièreté du drâme une fois arrivée. Il relit brièvement et remet le pli au serviteur resté près de lui.

Débrouillez vous pour faire parvenir au plus vite ce courrier à la mère du Duc.
Très bien messire Tesquieu
Je me rend sur la plage me joindre aux recherches. Il faut que je vois Lallie.

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In dubio pro reo
Trilo
Trilo restait perché sur le phare de la Pointe St Mathieu à la recherche de la moindre voile qui pourrait se détacher de l'horizon. Mais les heures passèrent, la nuit à son tour mais toujours rien, aucune nouvelle. Quirk était rentrée depuis longtemps mais sans la moindre réponse de la part du duc d'Ouesant. Elle seule connaissait la vérité mais pas le moindre mot ne voulait sortir de son bec.

-Baron, baron nous avons trouver quelque chose, descendez vite voir.


-Si c'est pas le duc d'Ouessant que tu as trouvé tu vas me rejoindre en haut. Je ne vais pas descendre pour remonter les 400 marches immédiatement après.


L'homme arriva quelques minutes après, essoufflé, au bord de l'évanouissement, tenant le morceau de bois qu'il donna au Baron.

Reconnaissant l"essence du bois, son visage devint livide avant même de voir le nom gravé dans le bois. Des larmes coulèrent de ses yeux.

C'est de ma faute ce qui est arrivé. Jamais je n'aurai du l'envoyer en mer. Il n'était pas prêt. Je m'en voudrais par delà la tombe. Je jure qu'à partir de cet instant je passerais ma vie au service de sa famille et pour le venger de cette vermine. Je n'aurais de repos que lorsqu'ils seront à leur tour au milieu des poissons.

Mais j'y pense, il faut protéger l'héritier du duché d'Ouessant. Ces maudits curés sont capable de le déclarer illégitime. Avec les temps qui cours en Bretagne il faut s'attendre à tout.

Gardes prenez plusieurs hommes avec et allez directement à Kergroadez. Vous vous mettrez au service de l'épouse du duc. Vous devez le défendre à tout prix contre ceux qui pourraient lui vouloir du mal à elle et à son fils.
Vous lui direz que je vous envoie pour aider au château en cette malheureuse épreuve. Pas un mot du reste. Ajoutez que nous ne savons toujours rien de ce qui s'est passé et que je préfère rester ici pour participer aux recherches. je viendrais la voir dès que j'en saurais plus.

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La_renarde
On avait réussit à lui faire quitter la fauconnerie, du moins l’avait-elle bien voulu. Ce jour là, de Bauer avait prit l’initiative d’aller arpenter les plages à la recherche d’un témoin du naufrage. Morceau de planche, corps inanimé bleuit par manque de souffle, voile blanche ou effets personnels des marins qui étaient à bord de l’Iffig.

Il fallait encore et inlassablement se rattacher au plus infime espoir, croire qu’après tant de temps, la vie était encore possible. Alors que la moindre de ces trouvailles feraient basculer à jamais le plus fervents croyant dans l’Agnosticisme le plus extrême, renier leur existence venait à laisser aux passagers de l’Iffig, une chance de survie.

Pour la rouquine qui s’était déjà fait une raison, ces recherches n’étaient qu’une torture de plus. Au fond d’elle-même, elle savait qu’il n’y avait plus rien à espérer. Si l’océan ne rejetait ni les corps ni les voiles ou les débris de l’esquif, c’est qu’il les avait emporté dans les abysses de son énorme ventre. Si au contraire ils s’échouaient sur la plage telles des baleines malades, c’est que trop indigestes, la mer les avait recraché pour ne pas avoir dans sa bouche déjà trop impure, le goût du crime d’une autre.

Chaudement parée pour affronter les vents capricieux de la côte, elle s’était hissée sur le dos de son fidèle Raoir et la petite compagnie s’était rendue sur la plage en traversant le duché. Quelques pas encore et se serait la fin du domaine d’Ouessant. Le Léon n’était pas loin et une profonde haine s’insinua une fois de plus dans le cœur de la jeune femme. Une haine féroce à l’égard de celle qui fut par le passé duchesse du Léon puis déchue de ses terres pour des raisons qu’elle ignorait. Par delà Ouessant c’était donc la terre chérie de l’ennemie, la terre de ceux qui probablement trouvaient leurs intérêts dans cette disparition. Cette proximité dérangeante ne fit qu’intensifier le malaise déjà bien présent et qui comme le vent accablait la petite troupe.

De tout le voyage personne n’avait ouvert la bouche, si ce n’est De Bauer pour donner quelques ordres. Brivael qui avait tenue à accompagner sa maîtresse était restée également silencieuse. Chacun devait se demander ce qui pouvait bien les attendre là-bas, quelles découvertes pourraient-ils faire, et s’ils venaient à découvrir quelque chose, qu’en feraient-ils ?
La plage se dessina enfin sous leurs yeux. Tandis que de Bauer prenait de l’altitude pour dominer le littoral, la rouquine préférait de loin s’asseoir sur le sable peu encline à faire des fouilles probablement infructueuses ou décevantes. De toutes évidences les jeux étaient déjà fait. Puis un attroupement se fit sur la plage et attira l’œil de la jeune femme. Brivael qui couvait du regard sa maîtresse ne manqua pas de remarquer l’intérêt que cette dernière semblait manifester.


- Vous voulez que j’aille voir de quoi il en retourne ?
- Tout part toujours dans les flots au fond des nuits sereines, ne vois-tu rien venir ?
- Quoi ?
- Rien, je voulais simplement dire que peu importe ce qu’ils ont découvert, à l’heure qu’il est l’Iffig repose au fond de l’eau.
- Vous ne souhaitez pas savoir de quoi il s’agit alors ?
- Je ne sais plus bien pourquoi je suis venue ici.
- Pour en avoir enfin le cœur net, j’imagine.


Sans attendre l’ordre de sa maîtresse, Brivael se leva et se dirigea vers le groupe d’hommes.
Peu désireuse de rester seule à contempler avec amertume l’eau grise qui clapotait sur les rochers, la jeune femme se redressa à son tour et rejoignit d’un pas lent sa suivante.
Sous ses yeux un corps gisait, face contre terre. Un noyé sans aucun doute possible. Ses vêtements détrempés indiquaient qu’il venait tout juste d’être rejeté par la mer. Les mouches n’avaient pas attendu qu’il soit sec pour pulluler autour de lui dans un bourdonnement assourdissant. Sur ses jambes et ses poignés, des laminaires comme des entraves, trace d’un furieux combat entre les éléments et l’homme. Mais on ne lutte pas contre la nature malheureusement, car le combat est vain et toujours elle prend le dessus. Ainsi c’était soldé cette joute et les flots recrachaient désormais les carcasses inertes des marins trop impétueux.


- Retournez-le. Ordonna-t-elle à de Baueur, n’osant toucher elle-même le corps sans vie de l’homme.
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--De.baueur
Il s’était déplacé à reculons jusqu’au corps. Il en avait pourtant vu d’autres et ce n’était pas son premier cadavre, loin de là. Certains avaient d’ailleurs atteint cet état de corps sans vie par sa faute. Mais l’idée d’avoir à admettre que c’était peut-être le cadavre du Duc lui était insupportable. Inconsciemment il avait freiné ses pas pour retarder l’inévitable.

Erreur fatale qui laissa à la rouquine tout le loisir de s’approcher. Perdu dans ses sombres pensées, il ne l’avait pas vu se lever et se déplacer jusqu’à l’attroupement qui entourait le noyé rejeté par les flots capricieux de l’océan. Lorsqu’il s’en rendit compte, il était déjà trop tard. Elle l’avait devancé et il n’avait pu arriver sur les lieux avant elle.

Le corps à ses pieds lui tournait le dos. Il restait debout, sans broncher, les yeux rivés sur lui. Les vêtements déchirés et gorgés d’eau rendaient impossible au premier coup d’œil toute identification de la classe sociale du noyé. Fripes usées d’un simple matelot ou vêtements neufs et classieux d’un Duc, personne n’aurait pu le dire.

Il leur faudrait donc empoigner le corps aux tissus gonflés d’eau et le retourner pour essayer de l’identifier si son passage prolongé au fond de l’eau le permettait encore. L’état des mains et des jambes laissaient présager le pire. Dire que les noyés servent de repas aux poissons n’était pas qu’une expression ou un vain mot. C’était une affreuse vérité et ils en avaient la terrible démonstration sous les yeux.

Pendant un long moment, personne n’osa bouger. De Bauer le premier. Il aurait voulu que Lallie ne soit pas venue finalement. Le calme apparent avec lequel elle prenait les choses n’était sans aucun doute qu’une carapace, une manière de se protéger, intériorisant la réalité de sa tourmente. Nul doute pour le garde du corps qu’une confirmation de l’identité du noyé engendrerait une réaction de désespoir profond. Elle était une véritable bombe à retardement. Et il ne voulait pas assister à cela.

Il s’était pris d’affection pour elle, bien qu’elle fût toujours aussi réfractaire à sa présence imposée. Si elle l’avait pu, elle l’aurait renvoyé cent fois. De Bauer n’était là que par la volonté du Duc, il ne le savait que trop bien. Duc qui avait tenu bon et imposé qu’il reste malgré les récriminations de sa compagne qui se considérait comme apte à se charger seule de sa propre protection.

Il s’était pris d’affection et se refusait à la voir souffrir plus qu’elle ne souffrait déjà. Il ne voulait pas qu’elle voit ça bien qu’il sache qu’elle avait les tripes suffisamment solides pour encaisser la vue d’un noyé de plusieurs jours. A condition que ce ne fût pas grand_sage…

Tandis qu’il hésitait toujours autant, cherchant désespérément à trouver un moyen d’éloigner la rouquine des lieux alors qu’il savait cela presque impossible, elle coupa court à sa réflexion d’une voix qui se voulait sans appel.


- Retournez le.

Ce n’était pas une demande ou une supplique. C’était bel et bien un ordre. Un ordre donné d’une voix froide, détachée et lointaine.

Il leva les yeux vers elle, cherchant à déceler un signe, une émotion. Mais rien ne transparaissait. Elle était là, le regard posé sur le cadavre, inflexible et résolue. La faire changer d’avis serait difficile, voire impossible. Mais de Bauer ne semblait pas décider à lui obéir.


- Ma dame…

Aussitôt elle le fixa froidement. D’un regard qui veut dire bien plus que ne l’auraient fait quelques paroles que ce soient.

Ils se regardèrent ainsi un long moment dans un affrontement silencieux dont le perdant serait le premier à baisser le regard, ce qu’aucun des deux ne semblait disposé à faire.

Soutenant son regard de pierre, de Bauer insista malgré tout :


- Ma dame… malgré tout le respect que je vous dois, Je crois qu’il vaudrait mieux que vous ne restiez pas là...
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